Sougya : Le folio referme d'abord la discussion sur l'éloge funèbre dans les trente jours qui précèdent la fête : la nafka mina entre les deux raisons apparaît dans le cas où le professionnel des lamentations opère gratuitement. Vient ensuite la michna des travaux funéraires : on ne creuse pas de kokhin ni de tombeaux pendant le moed, mais on peut ajuster une niche déjà creusée, aménager un bassin de lavage et fabriquer un cercueil lorsque le mort se trouve dans la cour, Rabbi Yehouda exigeant alors des planches sciées avant la fête.
La guemara distingue le kokh creusé du tombeau bâti, explique le mot mehankhin et identifie la nivrekhet. Une seconde michna interdit ensuite de se marier pendant le moed — vierges, veuves ou yevama — parce que c'est une joie pour l'époux, tout en permettant de reprendre sa divorcée.
La guemara en cherche la raison et en recense quatre : on ne mêle pas une joie à une autre joie, l'époux délaisse la joie de la fête pour celle de son épouse, la derasha de "tu te réjouiras dans ta fête" et non dans ta femme, l'effort excessif selon Oula, et le risque de retarder la mitsva de procréation selon Rabbi Yitshak Nafha.
Parce que le mort ne s'efface pas du cœur pendant trente jours. Quelle différence y a-t-il entre eux ?
Il y a entre eux [le cas] où il agit gratuitement.
La guemara achève la discussion ouverte au folio précédent sur l'éloge funèbre fait dans les trente jours qui précèdent une fête. Deux motifs avaient été avancés : l'un financier, l'époux dépensant pour le safdan (professionnel des lamentations) l'argent qu'il avait mis de côté pour la fête ; l'autre affectif, le mort ne s'efface pas du cœur pendant trente jours, de sorte que le chagrin ravivé resterait présent pendant la fête.
La question mai beinaihou cherche le cas où les deux motifs se séparent. Ce cas est celui du safdan qui opère be-hinam, gratuitement : rien n'est prélevé sur l'argent de la fête, donc le premier motif tombe, tandis que le second demeure entier puisque le chagrin, lui, ne dépend pas du prix payé.
MICHNA. On ne creuse pas de kokhin (niches funéraires) ni de tombeaux pendant le moed, mais on ajuste les kokhin pendant le moed.
Et l'on fait une nivrekhet (bassin de lavage) pendant le moed, ainsi qu'un cercueil lorsque le mort est dans la cour. Rabbi Yehouda l'interdit, à moins qu'il n'ait avec lui des planches [déjà sciées].
La michna distingue deux gestes funéraires. Creuser un kokh (niche horizontale taillée dans la paroi d'une grotte) ou bâtir un kever à l'avance, pour des morts à venir, demande un effort considérable et ne répond à aucun besoin présent : c'est interdit pendant le moed. En revanche mehankhin, ajuster une niche déjà creusée aux dimensions du mort qui doit y être déposé, reste permis parce que le besoin est immédiat et l'effort limité.
La nivrekhet est un bassin creusé pour la lessive ; la guemara l'identifiera plus bas. Le cercueil n'est autorisé que si le mort se trouve dans la même cour : cette présence rend visible à tous que le travail sert au défunt, et écarte le soupçon d'un ouvrage ordinaire. Rabbi Yehouda restreint encore : on ne scie pas de planches pendant le moed, il faut en avoir de déjà sciées avant la fête.
GUEMARA. Que sont les kokhin et que sont les tombeaux ?
Rav Yehouda a dit : les kokhin se font par creusement, et les tombeaux par construction. Cela a été enseigné ainsi dans une beraita : voici ce que sont les kokhin et voici ce que sont les tombeaux — les kokhin par creusement, et les tombeaux par construction.
La guemara demande la différence matérielle entre les deux termes de la michna. Rav Yehouda répond que le kokh est obtenu be-hafira, en creusant la roche ou la terre, tandis que le kever est obtenu be-vinyan, en montant une construction. Une beraita confirme mot pour mot cette distinction, ce qui donne à la réponse de Rav Yehouda l'appui d'un enseignement tannaitique.
« Mais on ajuste les kokhin. » Comment ajuste-t-on ? Rav Yehouda a dit : s'il était trop long, on le raccourcit.
Dans une beraita on a enseigné : il l'allonge et il l'élargit.
La michna permet mehankhin sans préciser le geste. Rav Yehouda le comprend comme un ajustement en réduction : la niche était plus longue que le corps, on la raccourcit pour qu'elle lui convienne. La beraita décrit l'opération inverse, allonger et élargir la niche trop étroite. Dans les deux cas le principe reste le même : le travail porte sur une niche déjà creusée et répond à la mesure d'un mort présent, non à une préparation d'avance.
« Et l'on fait une nivrekhet, etc. » Qu'est-ce que la nivrekhet ? Rav Yehouda a dit : c'est un bakia (fosse de lavage).
Mais on a enseigné dans une beraita : « la nivrekhet et le bakia » [ce qui les distingue] ! Abaye a dit, et certains disent que c'est Rav Kahana : une gicha et une bar gicha.
Rav Yehouda identifie la nivrekhet au bakia, la fosse creusée pour laver le linge. La beraita qui mentionne les deux mots côté à côté suppose pourtant deux réalités distinctes. Abaye — ou Rav Kahana — résout en ramenant l'écart à une simple différence de taille : gicha, le grand bassin, et bar gicha, le petit bassin annexe. Rachi précise leur fonctionnement : le grand bassin recueille les eaux usées de la cour, et le petit, placé à côté, reçoit le trop-plein lorsque le grand est rempli.
« Et un cercueil lorsque le mort est dans la cour. » Nous avons déjà appris cela, car les maîtres ont enseigné : on accomplit tous les besoins du mort. On lui coupe les cheveux, on lave son vêtement [ses linceuls], et on lui fait un cercueil avec des planches sciées depuis la veille du yom tov.
Rabban Chimon ben Gamliel dit : on apporte même du bois et on le scie discrètement à l'intérieur de sa maison.
La guemara remarque que la règle de la michna sur le cercueil est déjà enseignée dans une beraita, laquelle énumère les tsorkhei ha-met, les soins dus au défunt : lui couper les cheveux, laver ses linceuls, lui préparer un cercueil. La beraita pose la même limite que Rabbi Yehouda dans la michna : les planches doivent avoir été sciées avant la fête.
Rabban Chimon ben Gamliel assouplit : on peut apporter du bois et le scier, à condition de le faire be-tsin'a, discrètement, à l'intérieur de la maison. Le critère n'est donc pas la quantité de travail mais sa visibilité ; Tossefot s'arrête précisément sur ce point, en le rapprochant du cas du conduit d'eau nettoyé discrètement (Ketoubot 60a) plutôt que de la règle générale selon laquelle ce que les Sages ont interdit pour l'apparence demeure interdit même en privé.
MICHNA. On ne prend pas femme pendant le moed, ni vierges ni veuves, et l'on n'accomplit pas le yiboum (lévirat), parce que c'est une joie pour lui.
Mais il reprend sa divorcée.
La michna interdit tout mariage pendant le moed, quelle que soit la situation de l'épouse — betoula (vierge) ou almana (veuve) — et même le yiboum, qui est pourtant l'accomplissement d'une mitsva envers un frère mort sans enfant. Le motif annoncé est mifnei che-simha hi lo : parce que c'est pour lui une joie. La guemara demandera en quoi une joie pose problème un jour de fête.
L'exception fermant la michna éclaire le motif : reprendre sa guerouchato, la femme qu'il avait divorcée, reste permis. Selon Rachi, cette union ne porte pas une joie de même intensité, et elle échappe donc à l'interdit.
Et la femme fait ses parures pendant le moed. Rabbi Yehouda dit : elle ne s'enduit pas de chaux, parce que c'est pour elle un enlaidissement.
Le profane coud à sa manière habituelle, et l'artisan fait des points espacés. Et l'on entrelace les sangles des lits ; Rabbi Yossi dit : on les tend seulement.
La michna passe aux travaux permis pendant le moed. La femme peut accomplir ses tachkhitim, les soins qui l'embellissent, puisqu'ils servent la joie de la fête ; la guemara en donnera la liste. Rabbi Yehouda excepte l'application de chaux, procédé d'épilation qui laisse d'abord le visage enlaidi : la peine subie pendant la fête l'emporte sur l'embellissement qui viendra après.
Vient ensuite la règle générale du travail pendant le moed, fondée sur la distinction entre le hedyot (le profane, sans métier) et l'ouman (l'artisan). Le premier coud à sa manière habituelle ; le second doit makhliv, faire des points espacés et irréguliers, un travail volontairement imparfait qui marque le caractère exceptionnel du moment. Sur les lits, on peut retendre les sangles ; Rabbi Yossi restreint à une simple mise en tension, sans les entrelacer à nouveau.
GUEMARA. Et si c'est une joie pour lui, qu'est-ce que cela fait ?
Rav Yehouda a dit au nom de Chemouel, et ainsi a dit Rabbi Elazar au nom de Rabbi Ochaya — et certains rapportent : Rabbi Elazar a dit au nom de Rabbi Hanina : parce que l'on ne mêle pas une joie à une autre joie. Rabba bar Rav Houna a dit : parce qu'il délaisse la joie de la fête et s'occupe de la joie de son épouse.
La question de la guemara est directe : la joie n'est nullement interdite un jour de fête, elle en est au contraire la mitsva. Pourquoi donc l'écarter ? Deux réponses ouvrent la sougya.
La première, portée par Chemouel comme par Rabbi Elazar, pose le principe ein me'arvin simha be-simha : on ne mêle pas une joie à une autre joie. Tossefot souligne qu'il s'agit d'un guezerat ha-katouv, un décret de l'Écriture, appuyé plus loin sur le verset relatif à Salomon, et qu'on peut en apercevoir la raison : comme on n'accomplit pas les mitsvot havilot havilot, par paquets, il faut que le cœur soit tout entier à une seule joie.
La seconde, de Rabba bar Rav Houna, ne raisonne pas sur le principe mais sur le partage de l'attention : l'époux quitte la joie de la fête, qui lui est commandée, pour celle de son épouse.
Abaye dit à Rav Yossef : cet enseignement de Rabba bar Rav Houna est celui de Rav. Car Rav Daniel bar Ketina a dit au nom de Rav : d'où sait-on que l'on ne prend pas femme pendant le moed ?
De ce qu'il est dit : « et tu te réjouiras dans ta fête » — dans ta fête, et non dans ta femme.
Abaye fait observer à Rav Yossef que la raison donnée par Rabba bar Rav Houna n'est pas une opinion nouvelle : elle reprend celle de Rav, transmise par Rav Daniel bar Ketina. Rav la tire du verset ve-samahta be-haguekha (Deutéronome 16,14) : la Torah assigne la joie à la fête, be-haguekha et non be-ichtekha, dans ta femme.
Tossefot précise le statut de cette lecture : il s'agit d'une derasha véritable et non d'un simple asmakhta (appui mnémotechnique), comme le montre la discussion de Haguiga 8b, où l'on demande ce que Rav Achi, lui, dérive de ce même mot be-haguekha.
Oula a dit : à cause de l'effort. Rabbi Yitshak Nafha a dit : à cause de l'annulation de la procréation.
Deux raisons supplémentaires, qui ne touchent plus à la joie elle-même. Oula retient ha-torah, l'effort : les préparatifs d'une noce demandent un travail considérable, et l'effort excessif est interdit pendant le moed. Tossefot montre que la michna se lit alors ainsi : « parce que c'est une joie pour lui » — et qu'il s'y donne trop de peine.
Rabbi Yitshak Nafha retient bitoul periya ou-reviya, l'annulation de la procréation. Rachi explique le mécanisme : si le mariage était permis pendant la fête, on attendrait ce moment toute l'année afin de n'avoir qu'un seul repas à préparer pour la fête et pour la noce ; le retard accumulé reviendrait à différer la mitsva d'engendrer.
On objecte : tous ceux dont on a dit qu'il leur est interdit de se marier pendant le moed —
La guemara ouvre une teyouvta, une objection tirée d'une beraita, contre l'une des raisons avancées. Le segment s'arrête au milieu de la citation, dont la suite se lit au folio suivant : la beraita énumérera les personnes empêchées de se marier pendant le moed et en tirera une conséquence qui permettra de départager les explications données ici.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).