Moed Katan 8b — Les travaux funéraires pendant le moed et l'interdiction de se marier : on ne mêle pas une joie à une autre joie

Moed_Katan 8b

Sougya : Le folio referme d'abord la discussion sur l'éloge funèbre dans les trente jours qui précèdent la fête : la nafka mina entre les deux raisons apparaît dans le cas où le professionnel des lamentations opère gratuitement. Vient ensuite la michna des travaux funéraires : on ne creuse pas de kokhin ni de tombeaux pendant le moed, mais on peut ajuster une niche déjà creusée, aménager un bassin de lavage et fabriquer un cercueil lorsque le mort se trouve dans la cour, Rabbi Yehouda exigeant alors des planches sciées avant la fête.

La guemara distingue le kokh creusé du tombeau bâti, explique le mot mehankhin et identifie la nivrekhet. Une seconde michna interdit ensuite de se marier pendant le moed — vierges, veuves ou yevama — parce que c'est une joie pour l'époux, tout en permettant de reprendre sa divorcée.

La guemara en cherche la raison et en recense quatre : on ne mêle pas une joie à une autre joie, l'époux délaisse la joie de la fête pour celle de son épouse, la derasha de "tu te réjouiras dans ta fête" et non dans ta femme, l'effort excessif selon Oula, et le risque de retarder la mitsva de procréation selon Rabbi Yitshak Nafha.

Éloge funèbre dans les trente jours : la nafka mina 1er motif : l'argent de la fête Il dépense pour le professionnel l'argent mis de côté pour la fête le tort est financier 2e motif : le cœur n'oublie pas Le mort ne s'efface pas du cœur avant trente jours le tort est le chagrin dans la fête Cas d'épreuve : le professionnel opère gratuitement 1er motif : permis (aucune dépense) — 2e motif : interdit (le chagrin demeure)
La fin de la sougya précédente : deux motifs pour interdire l'éloge funèbre dans les trente jours, et le cas gratuit qui les sépare.
Travaux funéraires pendant le hol ha-moed (michna) INTERDIT Creuser des kokhin (niches) Creuser / bâtir des tombeaux effort excessif, et rien ne montre qu'un mort en a besoin maintenant PERMIS Ajuster un kokh (mehankhin) Aménager une nivrekhet Faire un cercueil, le mort étant dans la cour RABBI YEHOUDA Le cercueil seulement si on a des planches déjà sciées avant la fête scier fait trop de bruit Les deux définitions de la guemara (Rav Yehouda) KOKH = par creusement niche taillée dans la paroi KEVER = par construction tombeau bâti de pierres Ajuster (mehankhin) : raccourcir s'il est trop long (Rav Yehouda) — l'allonger, l'élargir (beraita) Règle générale : on répond au besoin du mort présent, on ne prépare pas pour l'avenir
Michna des travaux funéraires au moed : ce que l'on ne creuse pas, ce que l'on ajuste, et la condition de Rabbi Yehouda pour le cercueil.
Pourquoi on ne se marie pas pendant le moed : quatre raisons Michna : mifnei che-simha hi lo Chemouel / R. Elazar On ne mêle pas une joie à une autre joie chaque joie veut un cœur libre Rabba bar Rav Houna Il délaisse la joie de la fête pour celle de son épouse = la derasha de Rav Oula Mipnei ha-torah : l'effort des préparatifs tout effort est interdit au moed Rabbi Yitshak Nafha Bitoul periya ou-reviya : on attendrait la fête pour un seul repas la mitsva serait retardée La derasha de Rav (Rav Daniel bar Ketina) ve-samahta be-haguekha dans TA FÊTE — et non dans ta femme Mais on reprend sa divorcée Rachi : ce n'est pas une joie à ce point. Tossefot : ni mélange de joies, ni effort, ni retard de la procréation — il avait déjà cette femme, et l'on n'attend pas la fête pour cela
Les quatre raisons avancées par la guemara pour interdire le mariage pendant le moed, et pourquoi reprendre sa divorcée reste permis.
1
לְפִי שֶׁאֵין הַמֵּת מִשְׁתַּכֵּחַ מִן הַלֵּב שְׁלֹשִׁים יוֹם. מַאי בֵינַיְיהוּ? אִיכָּא בֵּינַייְהוּ דְּקָעָבֵיד בְּחִנָּם.

Parce que le mort ne s'efface pas du cœur pendant trente jours. Quelle différence y a-t-il entre eux ?

Il y a entre eux [le cas] où il agit gratuitement.

📜 Rachi (2)
לְפִי שֶׁאֵין הַמֵּת מִשְׁתַּכֵּחַ מִן הַלֵּב שְׁלֹשִׁים יוֹם כְּלוֹמַר כֵּיוָן דְּמֵת אֵין מִשְׁתַּכֵּחַ מִן הַלֵּב שְׁלֹשִׁים יוֹם אִם מַסְפִּידוֹ פָּחוֹת מִשְּׁלֹשִׁים יוֹם לִפְנֵי הָרֶגֶל אָתֵי לְמִסְפַּד בָּרֶגֶל דַּעֲדַיִין לֹא שָׁכְחוּ:
C'est-à-dire : puisque le mort ne s'efface pas du cœur pendant trente jours, s'il fait son éloge funèbre à moins de trente jours avant la fête, il en viendra à le pleurer pendant la fête, car il ne l'a pas encore oublié.
דַּעֲבִיד בְּחִנָּם מ"ד מִשּׁוּם מָעוֹת שֶׁזִּימֵּן לָרֶגֶל כֵּיוָן דְּסַפְדָן עֲבִיד בְּחִנָּם שַׁפִּיר דָּמֵי ומ"ד לְפִי שֶׁאֵין הַמֵּת מִשְׁתַּכֵּחַ מִן הַלֵּב שְׁלֹשִׁים יוֹם בְּחִנָּם נָמֵי אָסוּר:
Ou il agit gratuitement — pour celui qui dit : à cause de l'argent qu'il avait préparé pour la fête, puisque le safdan agit gratuitement, c'est parfaitement permis ; et pour celui qui dit : parce que le mort ne s'efface pas du cœur pendant trente jours, même gratuitement c'est interdit.
🗂️ Tossefot (1)
דְּקָא עֲבִיד בְּחִנָּם. וְנִרְאֶה דַּהֲלָכָה כְּרַב בְּאִיסּוּרֵי. וַאֲפִילּוּ לִשְׁמוּאֵל י"ל דְּלָא אֲסִירֵי אֶלָּא ע"י סַפְדָּנָא אֲבָל הוּא עַצְמוֹ שָׁרִי יוֹתֵר מִתְאַפֵּק מְצַעֲרוֹ עַל יְדֵי צְעָקָה וְיִשְׂמַח לְאַחַר זְמַן:
Ou il agit gratuitement. — Il semble que la halakha suive Rav en matière d'interdits. Et même selon Chemouel on peut dire que cela n'est interdit que par l'intermédiaire d'un safdan, tandis que l'endeuillé lui-même a le droit [de pleurer son mort] : il se soulage davantage de sa peine par le cri, et il se réjouira ensuite.
💡 Explication

La guemara achève la discussion ouverte au folio précédent sur l'éloge funèbre fait dans les trente jours qui précèdent une fête. Deux motifs avaient été avancés : l'un financier, l'époux dépensant pour le safdan (professionnel des lamentations) l'argent qu'il avait mis de côté pour la fête ; l'autre affectif, le mort ne s'efface pas du cœur pendant trente jours, de sorte que le chagrin ravivé resterait présent pendant la fête.

La question mai beinaihou cherche le cas où les deux motifs se séparent. Ce cas est celui du safdan qui opère be-hinam, gratuitement : rien n'est prélevé sur l'argent de la fête, donc le premier motif tombe, tandis que le second demeure entier puisque le chagrin, lui, ne dépend pas du prix payé.

2
מַתְנִי׳ אֵין חוֹפְרִין כּוּכִין וּקְבָרוֹת בַּמּוֹעֵד, אֲבָל מְחַנְּכִין אֶת הַכּוּכִין בַּמּוֹעֵד. וְעוֹשִׂין נִבְרֶכֶת בַּמּוֹעֵד, וְאָרוֹן עִם הַמֵּת בֶּחָצֵר. רַבִּי יְהוּדָה אוֹסֵר אֶלָּא אִם כֵּן יֵשׁ עִמּוֹ נְסָרִים.

MICHNA. On ne creuse pas de kokhin (niches funéraires) ni de tombeaux pendant le moed, mais on ajuste les kokhin pendant le moed.

Et l'on fait une nivrekhet (bassin de lavage) pendant le moed, ainsi qu'un cercueil lorsque le mort est dans la cour. Rabbi Yehouda l'interdit, à moins qu'il n'ait avec lui des planches [déjà sciées].

📜 Rachi (5)
מַתְנִי' אֵין חוֹפְרִין כּוּכִין וּקְבָרוֹת לְצֹורֶךְ מֵתִים שֶׁדַּרְכָּן לַחְפֹּור כּוּכִין וּקְבָרוֹת לִזְמַנָּן לְצֹורֶךְ מֵתִים שֶׁיָּמוּתוּ דְּטִירְחָא יַתִּירָא הוּא:
MICHNA. On ne creuse pas de kokhin ni de tombeaux — pour les besoins de morts [à venir] : on a coutume de creuser des kokhin et des tombeaux pour les tenir prêts aux morts qui viendront à mourir. Or c'est un effort excessif.
מְחַנְּכִין מְפָרֵשׁ בַּגְּמָ':
Mehankhin (on ajuste) — la guemara l'explique.
נִבְרֶכֶת בְּרֵיכָה שֶׁל כּוֹבְסִין וְלֵית בֵּיהּ טִירְחָא כֻּולֵּי הַאי:
Nivrekhet — un bassin de blanchisseurs, et il n'y a pas là un si grand effort.
וְאָרוֹן עִם הַמֵּת בֶּחָצֵר שֶׁהַמֵּת שָׁם מֻותָּר לַעֲשׂוֹת אָרוֹן וּלְנַסֵּר הַנְּסָרִים מִתְּחִילָּה לְצֹורֶךְ הָאָרוֹן וְלַעֲשׂוֹתוֹ כֻּולּוֹ אֲבָל לֹא בְּחָצֵר אַחֶרֶת שֶׁלֹּא יֹאמְרוּ מְלָאכָה אַחֶרֶת הִיא:
Et un cercueil lorsque le mort est dans la cour — puisque le mort est là, il est permis de faire un cercueil, de scier les planches depuis le début pour ce cercueil et de le fabriquer entièrement ; mais non dans une autre cour, de peur qu'on ne dise qu'il s'agit d'un autre travail.
ר' יְהוּדָה אוֹסֵר לְהָבִיא עֵצִים וְלַעֲשׂוֹתָן נְסָרִים לְצֹורֶךְ הָאָרוֹן אא"כ הָיוּ מְנֻוסָּרִים בַּתְּחִילָּה קֹודֶם י"ט:
Rabbi Yehouda l'interdit — [il interdit] d'apporter du bois et d'en faire des planches pour le cercueil, à moins qu'elles n'aient été sciées auparavant, avant le yom tov.
🗂️ Tossefot (3)
אֵין חוֹפְרִין כּוּכִין וּקְבָרוֹת בַּמּוֹעֵד. פֵּי' בַּקּוּנְטְרֵס לְצֹורֶךְ מֵתִים הוּא עוֹשֶׂה אֲפִילּוּ כְּשֶׁאֵין צָרִיךְ עַתָּה כְּדִתְנַן בְּהַמּוֹכֵר פֵּירוֹת (ב"ב דַּף ק:) הַמּוֹכֵר מָקוֹם לַחֲבֵירוֹ לַעֲשׂוֹת לוֹ קֶבֶר עוֹשֶׂה רָחְבָּהּ שֶׁל מְעָרָה אֲבָל לְצֹורֶךְ הַמֵּת שֶׁמֵּת כְּבָר מֻותָּר אֲפִילּוּ בְּיו"ט שֵׁנִי לְמֵיגַז לֵיהּ גְּלִימָא וּלְמֵיגַז לֵיהּ אָסָא כִּדְאָמַר בפ"ק דְּבֵיצָה (דַּף ו. וְשָׁם) כ"ש חוֹל הַמּוֹעֵד ואע"פ שֶׁיֵּשׁ לְחַלֵּק דְּחוֹל הַמּוֹעֵד דְּאוֹרָייְתָא ויו"ט שֵׁנִי דְּרַבָּנָן כְּמוֹ יו"ט שֵׁנִי דַּעֲצֶרֶת ויו"ט שֵׁנִי דִּשְׁבִיעִי שֶׁל פֶּסַח וּשְׁמִינִי עֲצֶרֶת אֵין נִרְאֶה דִּבְכָל יוֹם שֵׁנִי קָאָמַר בְּבֵיצָה וְעוֹד כָּל עִנְיַן מְלָאכָה חֲמִיר טְפֵי י"ט שֵׁנִי מֵחֹול הַמּוֹעֵד וּכְמוֹ שֶׁפֵּירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס דְּאַייְרֵי בְּחוֹפֵר מֵחַיִּים כָּךְ פר"ח אֲבָל לְאַחַר מִיתָה שָׁרִי וְהָא דְּתָנֵינַן כּוּכִין וּקְבָרוֹת אֲפִילּוּ בְּלֹא מֵת וְאָרוֹן דַּוְקָא עִם הַמֵּת שֶׁמָּא כְּשֶׁחוֹפֵר הוּא רָגִיל לַחְפֹּור בַּבַּיִת וְהָוֵי הֶכֵּירָא דְּצָרִיךְ לַמֵּת נִרְאֶה לִי וְהָא דְּלָא שָׁרִי הָכָא לְר' יְהוּדָה אֶלָּא מִנְּסָרִים הַמְנֻוסָּרִים מֵעֶרֶב יו"ט וְהָתָם שָׁרִי לְמֵיגַז לֵיהּ גְּלִימָא וְאָסָא שֶׁמָּא נְסָרִים יְכוֹלִים לִמְצוֹא מְנֻוסָּרִים הַרְבֵּה אֲבָל גְּלִימָא וְאָסָא לֹא יִמָּצֵא עֲשׂוּיִים אוֹ שֶׁמָּא בִּנְסִירַת נְסָרִים יֵשׁ קוֹל וּפִירְסוּם גָּדוֹל וי"מ דְּאֵין חוֹפְרִין מַייְרֵי אֲפִילּוּ לְאַחַר מִיתָה דֻּומְיָא דִּמְחַנְּכִין דְּמַשְׁמַע לְאַחַר מִיתָה דִּמְפָרֵשׁ בגמ' שֶׁאִם הָיָה אָרֹוךְ מְקַצְּרוֹ וּמֵחַיִּים אֵין רְגִילוּת לְשַׁנּוֹתוֹ כִּי אֵינוֹ יוֹדֵעַ מִי יָשִׂים בּוֹ וְיֵשׁ לְפָרֵשׁ שֶׁעוֹשֶׂה לְצָורְכּוֹ אוֹ לְצֹורֶךְ אַחֵר וּכְמוֹ שֶׁפֵּירֵשׁ שֶׁהָיוּ עוֹשִׂין וְהָא דְּשָׁרֵינַן בפ"ק דְּבֵיצָה (דַּף ו. וְשָׁם) לְמֵיגַז לֵיהּ גְּלִימָא וְאָסָא הַיְינוּ דַּוְקָא כִּדְפָרֵישִׁית שֶׁלֹּא יִמְצָא גְּלִימָא וְאָסָא עָשׂוּי מֵעֶרֶב יו"ט אֲבָל כּוּכִין וּקְבָרוֹת יִמְצָא הַרְבֵּה שֶׁהָיוּ רְגִילִים לַחְפֹּור מֵחַיִּים וּמֵהַאי טַעְמָא יָכוֹל לִהְיוֹת מֻותָּר בַּזְּמַן הַזֶּה לְפִי שֶׁאֵין עוֹשִׂין כּוּכִין וּקְבָרוֹת מֵחַיִּים:
On ne creuse pas de kokhin ni de tombeaux pendant le moed. — Le Kountras (Rachi) a expliqué : il les fait pour les besoins de morts à venir, même sans nécessité présente, comme nous l'avons appris au chapitre Ha-mokher perot (Baba Batra 100b) : celui qui vend à son compagnon un emplacement pour lui faire un tombeau fait la cour de la grotte. Mais pour les besoins d'un mort déjà mort, c'est permis même le second jour de fête, pour lui couper un linceul et pour lui couper du myrte, comme il est dit au premier chapitre de Betsa (6a) — à plus forte raison pendant le hol ha-moed. Et bien que l'on puisse distinguer, le hol ha-moed étant de la Torah et le second jour de fête d'institution rabbinique — comme le second jour de Chavouot, le second jour du septième jour de Pessa'h et Chemini Atseret —, cela ne semble pas juste, car c'est de tout second jour que parle Betsa ; en outre, pour tout ce qui touche au travail, le second jour de fête est plus grave que le hol ha-moed. Et conformément à l'explication du Kountras, il s'agit de celui qui creuse du vivant [du futur défunt] ; ainsi a expliqué Rabbenou Hananel : mais après la mort c'est permis. Et si nous avons appris kokhin et tombeaux même sans mort présent, tandis que le cercueil exige la présence du mort, c'est peut-être parce que celui qui creuse a coutume de creuser dans la maison, et il y a là un signe manifeste que c'est pour le mort — ainsi me semble-t-il. Et si Rabbi Yehouda ne permet ici qu'à partir de planches sciées avant le yom tov, alors que là-bas on permet de couper un linceul et du myrte, c'est peut-être parce que l'on peut trouver beaucoup de planches déjà sciées, tandis que linceul et myrte ne se trouvent pas tout prêts ; ou peut-être parce que le sciage des planches fait grand bruit et grande publicité. D'autres expliquent que "on ne creuse pas" vise même après la mort, à l'image de mehankhin, qui s'entend après la mort — la guemara expliquant que, s'il était trop long, il le raccourcit —, alors que du vivant on n'a pas coutume de le modifier, puisqu'on ne sait pas qui l'on y déposera. Et l'on peut expliquer qu'il le fait pour son propre besoin ou pour celui d'un autre, ainsi qu'on l'a expliqué : telle était la coutume. Quant à ce que nous permettons au premier chapitre de Betsa (6a), couper un linceul et du myrte, c'est précisément pour la raison indiquée, qu'on ne trouvera pas linceul et myrte tout prêts depuis la veille du yom tov ; tandis que des kokhin et des tombeaux, on en trouvera beaucoup, puisqu'on avait coutume de creuser du vivant. Et pour ce motif, il se pourrait que ce soit permis de nos jours, puisque l'on ne fait plus de kokhin ni de tombeaux du vivant.
וְעוֹשִׂין נִבְרֶכֶת בַּמּוֹעֵד. תֵּימַהּ וְאַמַּאי צָרִיךְ בַּמּוֹעֵד וַהֲלֹא אֵין מְכַבְּסִין בַּמּוֹעֵד וי"ל לְצֹורֶךְ כָּל אוֹתָם שֶׁהִתִּירוּ חֲכָמִים לְכַבֵּס לְקַמָּן בְּפֶרֶק בָּתְרָא (מוֹעֵד קָטָן דַּף יג:) וי"מ לִרְחֹוץ אֶת הַמֵּת וְתַכְרִיכִין:
Et l'on fait une nivrekhet pendant le moed. — C'est étonnant : pourquoi en faut-il une pendant le moed, puisqu'on ne fait pas de lessive pendant le moed ? On peut répondre : pour tous les cas où les Sages ont permis de laver, plus loin au dernier chapitre (Moed Katan 13b). Et d'autres expliquent : pour laver le mort et les linceuls.
וְאָרוֹן עִם הַמֵּת בֶּחָצֵר. אָמְרִינַן בִּירוּשַׁלְמִי אָמַר רַבִּי מָנָא הָדָא דְּאָמַר בְּמֵת שֶׁאֵינוֹ מְפֻורְסָם אֲבָל בְּמֵת שֶׁמְּפֻורְסָם עוֹשִׂין לוֹ אָרוֹן אֲפִילּוּ בַּשּׁוּק כְּהָדָא דְּרַבִּי חֲנִינָא חַבְרַייְהוּ דְּרַבָּנָן דָּמְךָ בְּחוֹל הַמּוֹעֵד עָבְדִי לֵיהּ אָרוֹן בְּשׁוּקָא וְנִרְאֶה דִּלְדִידַן שֶׁיֵּשׁ קְהִלּוֹת מוּעָטִין חָשְׁבִינַן לְהוּ מְפֻורְסָם לְכוּלְּהוּ מֵתִים:
Et un cercueil lorsque le mort est dans la cour. — Nous disons dans le Yerouchalmi : Rabbi Mana a dit, cela ne vaut que pour un mort qui n'est pas connu ; mais pour un mort connu de tous, on lui fait un cercueil même sur la place publique, comme dans le cas de Rabbi Hanina, compagnon des rabbins, qui mourut pendant le hol ha-moed et à qui l'on fit un cercueil sur la place. Et il semble que pour nous, où les communautés sont peu nombreuses, nous tenons tous les morts pour connus de tous.
💡 Explication

La michna distingue deux gestes funéraires. Creuser un kokh (niche horizontale taillée dans la paroi d'une grotte) ou bâtir un kever à l'avance, pour des morts à venir, demande un effort considérable et ne répond à aucun besoin présent : c'est interdit pendant le moed. En revanche mehankhin, ajuster une niche déjà creusée aux dimensions du mort qui doit y être déposé, reste permis parce que le besoin est immédiat et l'effort limité.

La nivrekhet est un bassin creusé pour la lessive ; la guemara l'identifiera plus bas. Le cercueil n'est autorisé que si le mort se trouve dans la même cour : cette présence rend visible à tous que le travail sert au défunt, et écarte le soupçon d'un ouvrage ordinaire. Rabbi Yehouda restreint encore : on ne scie pas de planches pendant le moed, il faut en avoir de déjà sciées avant la fête.

🖼️ Schéma
Kokh et kever : les deux formes de sépulture de la michna KOKH — par creusement paroi de la grotte (me'ara) niches horizontales taillées dans la roche KEVER — par construction assises de pierres montées en tombeau Les deux sont interdits au moed quand on les prépare d'avance — ajuster un kokh existant reste permis
Le kokh se creuse, le kever se bâtit : la définition donnée par Rav Yehouda dans la guemara.
3
גְּמָ׳ מַאי כּוּכִין וּמַאי קְבָרוֹת? אָמַר רַב יְהוּדָה: כּוּכִין בַּחֲפִירָה, וּקְבָרוֹת בְּבִנְיָן. תַּנְיָא נָמֵי הָכִי: אֵלּוּ הֵן כּוּכִין וְאֵלּוּ הֵן קְבָרוֹת, כּוּכִין בַּחֲפִירָה, וּקְבָרוֹת בְּבִנְיָן.

GUEMARA. Que sont les kokhin et que sont les tombeaux ?

Rav Yehouda a dit : les kokhin se font par creusement, et les tombeaux par construction. Cela a été enseigné ainsi dans une beraita : voici ce que sont les kokhin et voici ce que sont les tombeaux — les kokhin par creusement, et les tombeaux par construction.

💡 Explication

La guemara demande la différence matérielle entre les deux termes de la michna. Rav Yehouda répond que le kokh est obtenu be-hafira, en creusant la roche ou la terre, tandis que le kever est obtenu be-vinyan, en montant une construction. Une beraita confirme mot pour mot cette distinction, ce qui donne à la réponse de Rav Yehouda l'appui d'un enseignement tannaitique.

4
אֲבָל מְחַנְּכִין אֶת הַכּוּכִין. כֵּיצַד מְחַנְּכִין? אָמַר רַב יְהוּדָה: שֶׁאִם הָיָה אָרֹוךְ — מְקַצְּרוֹ. בְּמַתְנִיתָא תַּנָּא: מַאֲרִיךְ בּוֹ, וּמַרְחִיב בּוֹ.

« Mais on ajuste les kokhin. » Comment ajuste-t-on ? Rav Yehouda a dit : s'il était trop long, on le raccourcit.

Dans une beraita on a enseigné : il l'allonge et il l'élargit.

💡 Explication

La michna permet mehankhin sans préciser le geste. Rav Yehouda le comprend comme un ajustement en réduction : la niche était plus longue que le corps, on la raccourcit pour qu'elle lui convienne. La beraita décrit l'opération inverse, allonger et élargir la niche trop étroite. Dans les deux cas le principe reste le même : le travail porte sur une niche déjà creusée et répond à la mesure d'un mort présent, non à une préparation d'avance.

5
וְעוֹשִׂין נִבְרֶכֶת כו׳. מַאי נִבְרֶכֶת? אָמַר רַב יְהוּדָה: זוֹ בָּקִיעַ. וְהָתַנְיָא: הַנִּבְרֶכֶת וְהַבָּקִיעַ! אָמַר אַבָּיֵי וְאִיתֵּימָא רַב כָּהֲנָא: גִּיהָא וּבַר גִּיהָא.

« Et l'on fait une nivrekhet, etc. » Qu'est-ce que la nivrekhet ? Rav Yehouda a dit : c'est un bakia (fosse de lavage).

Mais on a enseigné dans une beraita : « la nivrekhet et le bakia » [ce qui les distingue] ! Abaye a dit, et certains disent que c'est Rav Kahana : une gicha et une bar gicha.

📜 Rachi (1)
גְּמ' גִּיהָא וּבַר גִּיהָא בְּרֵיכָה גְּדוֹלָה שֶׁעוֹשִׂין בֶּחָצֵר שֶׁיִּכָּנְסוּ בּוֹ כָּל הַשּׁוֹפְכִים בָּקִיעַ בַּר גִּיהָא בְּרֵיכָה קְטַנָּה שֶׁעוֹשִׂין סָמוּךְ לַגְּדוֹלָה כְּדֵי שֶׁיִּכָּנְסוּ הַמַּיִם הַיּוֹצְאִין מִן הַגְּדוֹלָה לִקְטַנָּה שֶׁהִיא מְלֵיאָה וְנִכְנָסִין לִקְטַנָּה:
GUEMARA. Une gicha et une bar gicha — le grand bassin que l'on fait dans la cour, où entrent toutes les eaux usées ; le bakia, la bar gicha, est un petit bassin que l'on fait à côté du grand, pour que les eaux qui débordent du grand, lorsqu'il est plein, entrent dans le petit.
🗂️ Tossefot (1)
גִּיהָא וּבַר גִּיהָא. פֵּי' רַ"ח מְחַמְּצָן וְנַדְיָין דְּפֶרֶק לֹא יַחְפֹּור (ב"ב דַּף יט.) וְלֵיתָא דְּהָתָם תְּנַן מַרְחִיקִין אֶת הַנִּבְרֶכֶת שְׁלֹשָׁה טְפָחִים וְקָאָמְרִינַן בגמ' לֹא שָׁנוּ אֶלָּא מִן הַחַמְצָן אֲבָל מִן הַנַּדְיָין אַרְבַּע אַמּוֹת וּבַתּוֹסֶפְתָּא. תָּנֵי מַרְחִיקִין אֶת הַנִּבְרֶכֶת וְאֶת הַבְּקִיעָה שְׁלֹשָׁה טְפָחִים:
Une gicha et une bar gicha. — Rabbenou Hananel a expliqué : le mahmetsan et le nadyan du chapitre Lo yahpor (Baba Batra 19a). Et ce n'est pas exact, car là-bas nous avons appris dans la michna que l'on écarte la nivrekhet de trois tefahim, et nous disons dans la guemara : on n'a enseigné cela que pour le mahmetsan, mais pour le nadyan il faut quatre coudées. Et dans la Tossefta on enseigne : on écarte la nivrekhet et le bakia de trois tefahim.
💡 Explication

Rav Yehouda identifie la nivrekhet au bakia, la fosse creusée pour laver le linge. La beraita qui mentionne les deux mots côté à côté suppose pourtant deux réalités distinctes. Abaye — ou Rav Kahana — résout en ramenant l'écart à une simple différence de taille : gicha, le grand bassin, et bar gicha, le petit bassin annexe. Rachi précise leur fonctionnement : le grand bassin recueille les eaux usées de la cour, et le petit, placé à côté, reçoit le trop-plein lorsque le grand est rempli.

🖼️ Schéma
Gicha et bar gicha : deux bassins, une seule institution la cour (hatser) GICHA grand bassin : reçoit toutes les eaux usées BAR GICHA petit bassin annexe trop-plein La beraita nomme les deux : la différence tient à la taille, non à la nature Usage selon Tossefot : la lessive permise au moed, ou le lavage du mort et des linceuls
Le grand bassin et son annexe : la réponse d'Abaye à la contradiction de la beraita.
6
וְאָרוֹן עִם הַמֵּת בֶּחָצֵר. תְּנִינָא לְהָא דְתָנוּ רַבָּנַן: עוֹשִׂין כָּל צָורְכֵי הַמֵּת. גּוֹזְזִין לוֹ שְׂעָרוֹ, וּמְכַבְּסִין לוֹ כְּסוּתוֹ, וְעוֹשִׂין לוֹ אָרוֹן מִנְּסָרִין הַמְנֻוסָּרִין מֵעֶרֶב יוֹם טוֹב. רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר: אַף מְבִיאִין עֵצִים וּמְנַסְּרָן בְּצִינְעָא בְּתוֹךְ בֵּיתוֹ.

« Et un cercueil lorsque le mort est dans la cour. » Nous avons déjà appris cela, car les maîtres ont enseigné : on accomplit tous les besoins du mort. On lui coupe les cheveux, on lave son vêtement [ses linceuls], et on lui fait un cercueil avec des planches sciées depuis la veille du yom tov.

Rabban Chimon ben Gamliel dit : on apporte même du bois et on le scie discrètement à l'intérieur de sa maison.

📜 Rachi (2)
וְאָרוֹן עִם הַמֵּת בֶּחָצֵר כְּלוֹמַר כְּשֶׁמֵּת בֶּחָצֵר (שַׁפִּיר דָּמֵי) דְּמוֹכְחָא מִילְּתָא דִּלְצֹורֶךְ הַמֵּת עֲבִידָא מָצֵי לְמֶיעְבַּד אָרוֹן וּבְאוֹתָהּ חָצֵר:
Et un cercueil lorsque le mort est dans la cour — c'est-à-dire : lorsqu'il est mort dans la cour, c'est permis, car l'affaire est manifeste, le cercueil étant fait pour le besoin du mort ; il peut alors faire le cercueil, et dans cette même cour.
מִנְּסָרִין הַמְנֻוסָּרִין יֵשׁ עִמּוֹ נְסָרִין מְתֻוקָּנִין מֵעֶרֶב הַמּוֹעֵד דְּטֹורַח גָּדוֹל לַעֲשׂוֹתָן בַּמּוֹעֵד:
Avec des planches sciées — il a avec lui des planches préparées depuis la veille du moed, car les faire pendant le moed serait un grand effort.
🗂️ Tossefot (1)
וּמְנַסְּרָן בְּצִנְעָא. וְאָסוּר בְּפַרְהֶסְיָא וְיֵשׁ לִיתֵּן טַעַם דְּלָא דָּמֵי לְהַהִיא (שַׁבָּת דַּף קמו:) דְּכֹל שֶׁאָסְרוּ חֲכָמִים מִשּׁוּם מַרְאִית הָעַיִן כו' וְדָמֵי טְפֵי לְהַהִיא דְּפֶ' אע"פ (כְּתֻובּוֹת ס. וְשָׁם) צִינּוֹר שֶׁעָלוּ בּוֹ קַשְׂקַשִּׂים כו':
Et on le scie discrètement. — Mais c'est interdit en public. Et il y a lieu de donner une raison : cela ne ressemble pas à la règle (Chabbat 146b) selon laquelle tout ce que les Sages ont interdit à cause de l'apparence est interdit même dans les appartements intérieurs ; cela ressemble davantage au cas du chapitre Af al pi (Ketoubot 60a), le conduit où étaient montées des impuretés, etc.
💡 Explication

La guemara remarque que la règle de la michna sur le cercueil est déjà enseignée dans une beraita, laquelle énumère les tsorkhei ha-met, les soins dus au défunt : lui couper les cheveux, laver ses linceuls, lui préparer un cercueil. La beraita pose la même limite que Rabbi Yehouda dans la michna : les planches doivent avoir été sciées avant la fête.

Rabban Chimon ben Gamliel assouplit : on peut apporter du bois et le scier, à condition de le faire be-tsin'a, discrètement, à l'intérieur de la maison. Le critère n'est donc pas la quantité de travail mais sa visibilité ; Tossefot s'arrête précisément sur ce point, en le rapprochant du cas du conduit d'eau nettoyé discrètement (Ketoubot 60a) plutôt que de la règle générale selon laquelle ce que les Sages ont interdit pour l'apparence demeure interdit même en privé.

7
מַתְנִי׳ אֵין נוֹשְׂאִין נָשִׁים בַּמּוֹעֵד, לֹא בְּתוּלוֹת וְלֹא אַלְמָנוֹת, וְלֹא מְיַיבְּמִין — מִפְּנֵי שֶׁשִּׂמְחָה הִיא לוֹ. אֲבָל מַחְזִיר הוּא אֶת גְּרוּשָׁתוֹ.

MICHNA. On ne prend pas femme pendant le moed, ni vierges ni veuves, et l'on n'accomplit pas le yiboum (lévirat), parce que c'est une joie pour lui.

Mais il reprend sa divorcée.

📜 Rachi (2)
מַתְנֵי' מִפְּנֵי שֶׁשִּׂמְחָה הִיא לוֹ מְפָרֵשׁ בַּגְּמָ':
MICHNA. Parce que c'est une joie pour lui — la guemara l'explique.
מַחֲזִיר גְּרוּשָׁתוֹ דְּאֵינָהּ שִׂמְחָה כָּל כָּךְ:
Il reprend sa divorcée — car ce n'est pas une joie à ce point.
🗂️ Tossefot (1)
אֲבָל מַחֲזִיר גְּרוּשָׁתוֹ. בַּיְּרוּשַׁלְמִי הָדָא דְּתֵימָא מֵהַנִּישּׂוּאִין פֵּירוּשׁ גֵּרְשָׁהּ אַחַר נִישּׂוּאִין וְהֶחֱזִיר אֲבָל לֹא מִן הָאֵירוּסִין:
Mais il reprend sa divorcée. — Dans le Yerouchalmi : cela, tu le dis à partir du mariage — c'est-à-dire qu'il l'a répudiée après le mariage puis l'a reprise —, mais non depuis les seules fiançailles.
💡 Explication

La michna interdit tout mariage pendant le moed, quelle que soit la situation de l'épouse — betoula (vierge) ou almana (veuve) — et même le yiboum, qui est pourtant l'accomplissement d'une mitsva envers un frère mort sans enfant. Le motif annoncé est mifnei che-simha hi lo : parce que c'est pour lui une joie. La guemara demandera en quoi une joie pose problème un jour de fête.

L'exception fermant la michna éclaire le motif : reprendre sa guerouchato, la femme qu'il avait divorcée, reste permis. Selon Rachi, cette union ne porte pas une joie de même intensité, et elle échappe donc à l'interdit.

8
וְעוֹשָׂה אִשָּׁה תַּכְשִׁיטֶיהָ בַּמּוֹעֵד. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: לֹא תָּסוּד, מִפְּנֵי שֶׁנִּיוּוּל הוּא לָהּ. הַהֶדְיוֹט תּוֹפֵר כְּדַרְכּוֹ, וְהָאֻומָּן מַכְלִיב. וּמְסָרְגִין אֶת הַמִּטּוֹת, רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: מְמַתְּחִין.

Et la femme fait ses parures pendant le moed. Rabbi Yehouda dit : elle ne s'enduit pas de chaux, parce que c'est pour elle un enlaidissement.

Le profane coud à sa manière habituelle, et l'artisan fait des points espacés. Et l'on entrelace les sangles des lits ; Rabbi Yossi dit : on les tend seulement.

📜 Rachi (3)
וְעוֹשֶׂה אִשָּׁה תַּכְשִׁיטֶיהָ הָנֵי תַּכְשִׁיטִין דְּקָא מְפָרֵשׁ בַּגְּמָ':
Et la femme fait ses parures — ces parures que la guemara explique.
לֹא תָּסוּד בְּסִיד מִפְּנֵי שֶׁנִּיוּוּל הוּא אֶצְלָהּ עַכְשָׁיו בַּמּוֹעֵד שֶׁהִיא תָּסוּד בְּסִיד וּמִצְטַעֶרֶת:
Elle ne s'enduit pas de chaux — parce que c'est pour elle un enlaidissement, maintenant, pendant le moed, quand elle s'enduit de chaux, et elle en souffre.
וּמְסָרְגִין אֶת הַמִּטּוֹת בַּגְּמ' מְפָרֵשׁ:
Et l'on entrelace les sangles des lits — la guemara l'explique.
💡 Explication

La michna passe aux travaux permis pendant le moed. La femme peut accomplir ses tachkhitim, les soins qui l'embellissent, puisqu'ils servent la joie de la fête ; la guemara en donnera la liste. Rabbi Yehouda excepte l'application de chaux, procédé d'épilation qui laisse d'abord le visage enlaidi : la peine subie pendant la fête l'emporte sur l'embellissement qui viendra après.

Vient ensuite la règle générale du travail pendant le moed, fondée sur la distinction entre le hedyot (le profane, sans métier) et l'ouman (l'artisan). Le premier coud à sa manière habituelle ; le second doit makhliv, faire des points espacés et irréguliers, un travail volontairement imparfait qui marque le caractère exceptionnel du moment. Sur les lits, on peut retendre les sangles ; Rabbi Yossi restreint à une simple mise en tension, sans les entrelacer à nouveau.

9
גְּמָ׳ וְכִי שִׂמְחָה הִיא לוֹ, מַאי הָוֵי? אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל, וְכֵן אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר אָמַר רַבִּי אוֹשַׁעְיָא, וְאָמְרִי לָהּ: אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר אָמַר רַבִּי חֲנִינָא: לְפִי שֶׁאֵין מְעָרְבִין שִׂמְחָה בְּשִׂמְחָה. רַבָּה בַּר [רַב] הוּנָא אָמַר: מִפְּנֵי שֶׁמַּנִּיחַ שִׂמְחַת הָרֶגֶל וְעוֹסֵק בְּשִׂמְחַת אִשְׁתּוֹ.

GUEMARA. Et si c'est une joie pour lui, qu'est-ce que cela fait ?

Rav Yehouda a dit au nom de Chemouel, et ainsi a dit Rabbi Elazar au nom de Rabbi Ochaya — et certains rapportent : Rabbi Elazar a dit au nom de Rabbi Hanina : parce que l'on ne mêle pas une joie à une autre joie. Rabba bar Rav Houna a dit : parce qu'il délaisse la joie de la fête et s'occupe de la joie de son épouse.

📜 Rachi (2)
גְּמ' מַאי הָוֵי וְכִי שִׂמְחָה אֲסוּרָה ביו"ט:
GUEMARA. Qu'est-ce que cela fait — la joie serait-elle donc interdite un jour de fête ?
דְּאֵין מְעָרְבִין שִׂמְחָה בְּשִׂמְחָה כְּלוֹמַר בָּעֵינַן דִּלְיִשְׂמַח בְּשִׂמְחַת מוֹעֵד לְחוּדֵיהּ:
Que l'on ne mêle pas une joie à une autre joie — c'est-à-dire : nous exigeons qu'il se réjouisse de la joie du moed à elle seule.
🗂️ Tossefot (1)
לְפִי שֶׁאֵין מְעָרְבִין שִׂמְחָה בְּשִׂמְחָה. גְּזֵירַת הַכָּתוּב כִּדְדָרֵישׁ לְקַמָּן מִקְּרָא דִּשְׁלֹמֹה וּבִירוּשַׁלְמִי דָּרֵישׁ מִדִּכְתִיב מָלֵא שָׁבוּעַ זֹאת וְטַעַם נִרְאֶה קְצָת דִּכְמוֹ שֶׁאֵין עוֹשִׂין מִצְוֹת חֲבִילוֹת דְּבָעֵינַן שֶׁיְּהֵא לִבּוֹ פָּנוּי לְמִצְוָה אַחַת וְלֹא יִפְנֶה עַצְמוֹ הֵימֶנָּה וְכֵן שִׂמְחָה בְּשִׂמְחָה יִהְיֶה לִבּוֹ פָּנוּי בְּשִׂמְחָה:
Parce que l'on ne mêle pas une joie à une autre joie. — C'est un décret de l'Écriture, comme on le dérive plus loin du verset concernant Salomon ; et dans le Yerouchalmi on le dérive de ce qu'il est écrit « achève la semaine de celle-ci » (Genèse 29,27). Une raison en apparaît quelque peu : de même que l'on n'accomplit pas les mitsvot par paquets, car nous exigeons que le cœur soit libre pour une seule mitsva et ne s'en détourne pas, de même pour une joie mêlée à une autre joie : que le cœur soit libre dans sa joie.
💡 Explication

La question de la guemara est directe : la joie n'est nullement interdite un jour de fête, elle en est au contraire la mitsva. Pourquoi donc l'écarter ? Deux réponses ouvrent la sougya.

La première, portée par Chemouel comme par Rabbi Elazar, pose le principe ein me'arvin simha be-simha : on ne mêle pas une joie à une autre joie. Tossefot souligne qu'il s'agit d'un guezerat ha-katouv, un décret de l'Écriture, appuyé plus loin sur le verset relatif à Salomon, et qu'on peut en apercevoir la raison : comme on n'accomplit pas les mitsvot havilot havilot, par paquets, il faut que le cœur soit tout entier à une seule joie.

La seconde, de Rabba bar Rav Houna, ne raisonne pas sur le principe mais sur le partage de l'attention : l'époux quitte la joie de la fête, qui lui est commandée, pour celle de son épouse.

10
אֲמַר לֵיהּ אַבָּיֵי לְרַב יוֹסֵף: הָא דְּרַבָּה בַּר [רַב] הוּנָא — דְּרַב הוּא. דְּאָמַר רַב דָּנִיאֵל בַּר קַטִּינָא אָמַר רַב: מִנַּיִן שֶׁאֵין נוֹשְׂאִין נָשִׁים בַּמּוֹעֵד, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְשָׂמַחְתָּ בְּחַגֶּךָ״, ״בְּחַגֶּךָ״ — וְלֹא בְּאִשְׁתֶּךָ.

Abaye dit à Rav Yossef : cet enseignement de Rabba bar Rav Houna est celui de Rav. Car Rav Daniel bar Ketina a dit au nom de Rav : d'où sait-on que l'on ne prend pas femme pendant le moed ?

De ce qu'il est dit : « et tu te réjouiras dans ta fête » — dans ta fête, et non dans ta femme.

🗂️ Tossefot (1)
בְּחַגֶּךָ וְלֹא בְּאִשְׁתֶּךָ. עִיקַּר דְּרָשָׁה הוּא וְלֹא אַסְמַכְתָּא כִּדְאָמְרִינַן פּ"ק דַחֲגִיגָה (ד' ח: וְשָׁם) וְרַב אָשֵׁי הַאי בְּחַגֶּךָ מַאי דָּרֵישׁ בֵּיהּ:
Dans ta fête et non dans ta femme. — C'est une derasha véritable et non un asmakhta, comme nous le disons au premier chapitre de Haguiga (8b) : « et Rav Achi, ce mot be-haguekha, qu'en dérive-t-il ? »
💡 Explication

Abaye fait observer à Rav Yossef que la raison donnée par Rabba bar Rav Houna n'est pas une opinion nouvelle : elle reprend celle de Rav, transmise par Rav Daniel bar Ketina. Rav la tire du verset ve-samahta be-haguekha (Deutéronome 16,14) : la Torah assigne la joie à la fête, be-haguekha et non be-ichtekha, dans ta femme.

Tossefot précise le statut de cette lecture : il s'agit d'une derasha véritable et non d'un simple asmakhta (appui mnémotechnique), comme le montre la discussion de Haguiga 8b, où l'on demande ce que Rav Achi, lui, dérive de ce même mot be-haguekha.

11
עֻולָּא אָמַר: מִפְּנֵי הַטֹּורַח. רַבִּי יִצְחָק נַפָּחָא אָמַר: מִפְּנֵי בִּיטּוּל פְּרִיָּה וּרְבִיָּה.

Oula a dit : à cause de l'effort. Rabbi Yitshak Nafha a dit : à cause de l'annulation de la procréation.

📜 Rachi (2)
מִפְּנֵי הַטֹּורַח לִיטְרַח לְצֹורֶךְ נִישּׂוּאִין וְטִירְחָא בַּמּוֹעֵד אָסוּר:
À cause de l'effort — pour la peine que demandent les noces ; or l'effort est interdit pendant le moed.
מִשּׁוּם בִּיטּוּל פְּרִיָּה וּרְבִיָּה דְּאִי שָׁרֵי נִשּׂוּאִין ביו"ט אֵין אָדָם נוֹשֵׂא אִשָּׁה כָּל הַשָּׁנָה כֻּולָּהּ אֶלָּא מַמְתִּין עַד הַמּוֹעֵד שֶׁיְּהֵא עוֹשֶׂה סְעוּדָה אַחַת לַמּוֹעֵד וְלַנִּשּׂוּאִין:
À cause de l'annulation de la procréation — car si l'on permettait les noces pendant le yom tov, nul ne prendrait femme de toute l'année, mais attendrait le moed, afin de ne faire qu'un seul repas pour le moed et pour les noces.
🗂️ Tossefot (2)
מִפְּנֵי הַטֹּורַח. וּמַתְנִיתִין הָכִי פֵּי' מִפְּנֵי שֶׁשִּׂמְחָה הִיא לוֹ וְטוֹרֵחַ בָּהּ יוֹתֵר מִדַּאי:
À cause de l'effort. — Et la michna s'explique ainsi : parce que c'est une joie pour lui, et qu'il s'y donne trop de peine.
מִפְּנֵי בִּיטּוּל פְּרִיָּה וּרְבִיָּה. וּמַתְנִי' ה"פ ... מִפְּנֵי שֶׁשִּׂמְחָה הִיא לוֹ וּמַשְׁהֶה אוֹתָהּ בְּרָצוֹן עַד הָרֶגֶל שֶׁיְּהֵא שָׂמֵחַ אוֹ שֶׁיִּהְיֶה פָּנוּי וְהָא דְּקָתָנֵי אֲבָל מַחֲזִיר גְּרוּשָׁתוֹ שֶׁאֵין שִׂמְחָה לוֹ וְלֹא שַׁיָּיךְ עֵירוּב בְּשִׂמְחָה וְלֹא מַנִּיחַ שִׂמְחַת הָרֶגֶל וְגַם אֵין טֹורַח בָּהּ וְגַם בִּיטּוּל פְּרִיָּה וּרְבִיָּה אֵין כָּאן שֶׁהָיָה לוֹ אִשָּׁה כְּבָר וּסְתָמָא דְּמִילְּתָא יֵשׁ לוֹ בָּנִים וְגַם אֵין רָגִיל לִשְׁהוֹת דָּבָר זֶה עַד הָרֶגֶל וּסְעוּדַת בְּרִית מִילָה מֻותָּר לַעֲשׂוֹת בְּחוֹל הַמּוֹעֵד דְּלֵיכָּא שִׂמְחָה כִּדְאָמְרִינַן פ' קַמָּא דִּכְתֻובּוֹת (ד' ח.) דְּלָא מְבָרְכִין שֶׁהַשִּׂמְחָה בִּמְעוֹנוֹ מִשּׁוּם דְּאִית לֵיהּ צַעֲרָא לְיָנוֹקָא אִי נָמֵי כֵּיוָן שֶׁזְּמַנּוֹ קָבוּעַ אֵין לְבַטֵּל זֶה מִפְּנֵי זֶה אֲבָל סְעוּדַת פִּדְיוֹן הַבֵּן צָרִיךְ עִיּוּן אִם מֻותָּר לַעֲשׂוֹת בַּמּוֹעֵד וְאֵין לוֹמַר הָא זְמַנָּהּ קָבוּעַ תִּינַח בִּזְמַנָּהּ שֶׁלֹּא בִּזְמַנָּהּ הֵיאַךְ יְהֵא מֻותָּר וְנִרְאֶה לִי דְּקַייְמָא לָן כְּרַב אַשִּׁי דְּדָרֵישׁ בַּחֲגִיגָה בפ"ק (ד' ח: וְשָׁם) בְּחַגֶּךָ וְלֹא בְּאִשְׁתֶּךָ וְאֵינוֹ אָסוּר לְעָרֵב שִׂמְחָה בְּשִׂמְחָה ועי"ל דְּלָא חֲשִׁיבִי שִׂמְחָה בְּשִׂמְחָה כִּי אִם סְעוּדַת נִישּׂוּאִין לְבַד:
À cause de l'annulation de la procréation. — Et la michna s'explique ainsi : parce que c'est une joie pour lui, et qu'il la retarde volontiers jusqu'à la fête, afin d'être joyeux ou d'être libre. Quant à ce qui est enseigné, « mais il reprend sa divorcée », c'est qu'il n'y a pas là de joie pour lui : il n'y a pas de mélange de joies, il ne délaisse pas la joie de la fête, il n'y a pas non plus d'effort, et il n'y a pas davantage d'annulation de la procréation, puisqu'il avait déjà cette femme et qu'en règle générale il en a des enfants ; enfin on n'a pas coutume de retarder cette affaire jusqu'à la fête. Et le repas de la circoncision, il est permis de le faire pendant le hol ha-moed, car il n'y a pas là de joie, comme nous le disons au premier chapitre de Ketoubot (8a) : on n'y dit pas la bénédiction « che-ha-simha bi-me'ono », parce que l'enfant souffre ; ou bien : puisque son temps est fixé, l'un ne doit pas être annulé à cause de l'autre. Mais pour le repas du rachat du premier-né, il faut examiner s'il est permis de le faire pendant le moed ; et l'on ne peut pas dire que son temps est fixé : cela vaudrait en son temps, mais hors de son temps, comment serait-ce permis ? Et il me semble que nous tenons comme Rav Achi, qui dérive au premier chapitre de Haguiga (8b) « dans ta fête et non dans ta femme », et qu'il n'est pas interdit de mêler une joie à une autre joie. On peut encore dire que seul le repas de noces est tenu pour un mélange de joies.
💡 Explication

Deux raisons supplémentaires, qui ne touchent plus à la joie elle-même. Oula retient ha-torah, l'effort : les préparatifs d'une noce demandent un travail considérable, et l'effort excessif est interdit pendant le moed. Tossefot montre que la michna se lit alors ainsi : « parce que c'est une joie pour lui » — et qu'il s'y donne trop de peine.

Rabbi Yitshak Nafha retient bitoul periya ou-reviya, l'annulation de la procréation. Rachi explique le mécanisme : si le mariage était permis pendant la fête, on attendrait ce moment toute l'année afin de n'avoir qu'un seul repas à préparer pour la fête et pour la noce ; le retard accumulé reviendrait à différer la mitsva d'engendrer.

12
מֵיתִיבִי: כָּל אֵלּוּ שֶׁאָמְרוּ אֲסוּרִין לִישָּׂא בַּמּוֹעֵד —

On objecte : tous ceux dont on a dit qu'il leur est interdit de se marier pendant le moed —

💡 Explication

La guemara ouvre une teyouvta, une objection tirée d'une beraita, contre l'une des raisons avancées. Le segment s'arrête au milieu de la citation, dont la suite se lit au folio suivant : la beraita énumérera les personnes empêchées de se marier pendant le moed et en tirera une conséquence qui permettra de départager les explications données ici.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).