Pesachim 100a — Interrompre le repas quand le Chabbat entre

Pesachim 100a

Sougya : Le daf poursuit la sougya des veilles de Pessa'h : à partir de quand cesse-t-on de manger, et que fait-on si le repas est déjà commencé quand le jour entre. Une beraïta est d'abord soupçonnée d'être corrompue ; Mareimar rapporte que Rav Pinhas l'a reçue, et la Guemara tient pour clair l'avis de Rav Houna.

L'objection vient d'une halakha : comme Rabbi Yehouda la veille de Pessa'h, comme Rabbi Yossi la veille de Chabbat. La réponse limite le désaccord à l'hafsaka, l'interruption d'un repas déjà entamé.

La beraïta et le fait d'Akko fixent, pour le Chabbat, l'avis de Rabbi Yossi. Chmouel ne retient ni le retrait de la table ni l'absence de tout arrêt : on étend une nappe et l'on fait le kiddouch.

Le jour entre au milieu du repasTrois conduites : retrait, poursuite, nappeRabbi YehoudaOn interrompt.On retire la table(akirat shulhan).Birkat hamazon,puis le kiddouch.Ensuite on achèvele repas.Rabbi YossiOn poursuit.On achève le repasen cours.Birkat hamazon.Le kiddouch vientaprès.ChmouelVoie propre.On étend une nappe(pores mapa).Kiddouch sur la tablecouverte.Puis on continueà manger.À Akko, ils fixent la halakha comme Rabbi Yossi.Chmouel tranche ensuite par la nappe, sans retirer la table.
Yehouda retire la table. Yossi achève le repas. Chmouel couvre la table et fait le kiddouch.
Commencer ou interrompreLe mot halakha, dans la réponse, vise l'hafsakaHatchala : commencerHafsaka : interrompreVeillede Pessa'hRabbi Yossi convient :on ne commence pasdès la minha.La michna l'enseigne.Mahloket.Yossi : s'il a commencé,il n'interrompt pas.Halakha comme Yehouda.Veillede ChabbatRabbi Yossi permetjusqu'à la nuit.Même commencer.Halakha comme Yossi :on n'interrompt pasquand le jour entre.L'histoire d'Akko.
Veille de Pessah : on ne commence pas ; si l'on a commencé, la halakha suit Yehouda. Veille de Chabbat : Yossi permet de poursuivre.
De la beraïta douteuse à l'hafsaka1. DouteLa beraïta estpeut-êtrecorrompue(mechavchata).2. PirkaRav Pinhasreçoit la versionenseignée parle tanna.3. Rav HounaLa version tient.C'est clairselonRav Houna.4. RéponseLe mot halakhavise l'hafsaka,l'interruptiondu repas.Suite du daf : l'histoire d'Akko, puis la nappe de Chmouel.
La version douteuse est reçue par Rav Pinhas. Rav Houna reste. Le mot halakha vise l'interruption.
1
דִּילְמָא מְשַׁבַּשְׁתָּא הִיא.

Peut-être est-elle corrompue.

📜 Rachi (1)
מְשַׁבַּשְׁתָּא הִיא וְהָכִי אִיבְּעִי לֵיהּ לְמִיתְנֵי מט' שָׁעוֹת וּמֶחֱצָה וְאֵילָךְ:
Et ainsi il aurait fallu enseigner : à partir de neuf heures et demie et au-delà.
🗂️ Tossefot (1)
דִּילְמָא מְשַׁבַּשְׁתָּא הִיא וּבָרַייְתָא קַמַּייְתָא דְּקָתָנֵי מִן הַמִּנְחָה וּלְמַעְלָה הִיא עִיקָּר מִשּׁוּם דִּלְדִידֵיהּ אָתְיָא מַתְנֵי' כְּכוּלֵּי עָלְמָא:
Et la première beraïta, qui enseigne : à partir de la minha et au-dessus, est la principale, parce que selon lui la michna vient selon tout le monde.
💡 Explication

La sougya examine une beraïta sur l'heure où l'on cesse de manger. Une formulation dit : dès la minha. Une autre : des neuf heures et demie.

Mechavchata : le texte serait fautif, et ne porterait plus l'objection. Rachi : la leçon attendue est neuf heures et demie et au-delà. Tossefot : la première beraïta, dès la minha et au-dessus, reste le texte de référence, et la michna suit alors tout le monde (koule alma).

2
אֲמַר לֵיהּ מֵרִימֶר, וְאִיתֵּימָא רַב יֵימַר: אֲנָא אִיקְּלַעִי לְפִירְקֵיהּ דְּרַב פִּנְחָס בְּרֵיהּ דְּרַב אַמֵּי, וְקָם תַּנָּא וְתָנֵי קַמֵּיהּ וְקַיבְּלַהּ מִינֵּיהּ. אִי הָכִי קַשְׁיָא! אֶלָּא מְחַוַּורְתָּא כִּדְרַב הוּנָא.

Mareimar lui dit, et certains disent Rav Yeimar : Moi, il m'est arrivé d'être au pirka (leçon publique) de Rav Pinhas, fils de Rav Ami. Un tanna s'est levé, a enseigné devant lui, et il l'a reçu de lui.

S'il en est ainsi, c'est difficile ! Mais c'est clair selon Rav Houna.

📜 Rachi (2)
וְקָא תְּנָא קַמֵּיהּ לְהַךְ מַתְנִיתָא הָכִי מט' שָׁעוֹת וּלְמַעְלָה אַלְמָא מְתָרַצְתָּא הִיא:
Cette beraïta, ainsi : à partir de neuf heures et au-dessus. Il en ressort qu'elle est bien établie.
אֶלָּא מְחַווַּרְתָּא כְּרַב הוּנָא וּמִן הַמִּנְחָה דְּקָתָנֵי מַתְנִיתָא קַמַּיְיתָא סָמוּךְ לַמִּנְחָה קָאָמַר:
Et "à partir de la minha", qu'enseigne la première beraïta, veut dire : proche de la minha.
💡 Explication

Mareimar, et selon d'autres Rav Yeimar, a entendu au pirka de Rav Pinhas fils de Rav Ami un tanna enseignér cette version. Rav Pinhas l'a reçue : elle est tenue pour exacte. Rachi précise la leçon entendue : à partir de neuf heures et au-dessus.

La difficulte reste donc ouverte. La Guemara conclut : c'est clair selon Rav Houna (mehouvarta). Dans la première beraïta, "dès la minha" signifie proche de la minha.

3
וּלְרַב הוּנָא מִי נִיחָא? וְהָאָמַר רַבִּי יִרְמְיָה אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן, וְאִיתֵּימָא אָמַר רַבִּי אֲבָהוּ אָמַר רַבִּי יוֹסֵי בַּר רַבִּי חֲנִינָא: הֲלָכָה כְּרַבִּי יְהוּדָה בְּעֶרֶב הַפֶּסַח, וַהֲלָכָה כְּרַבִּי יוֹסֵי בְּעֶרֶב שַׁבָּת.

Et selon Rav Houna, cela se tient-il ? Or Rabbi Yirmeya a dit que Rabbi Yo'hanan a dit, et certains disent que Rabbi Abahou a dit que Rabbi Yossi bar Rabbi Hanina a dit : la halakha est comme Rabbi Yehouda la veille de Pessa'h, et la halakha est comme Rabbi Yossi la veille de Chabbat.

🗂️ Tossefot (1)
ה"ג וְהָאָמַר ר' יִרְמְיָה א"ר יוֹחָנָן וְאִיתֵּימָא רַבִּי אָבָהוּ א"ר יוֹסֵי בַּר ר' חֲנִינָא וְלֹא גָּרַס רַבִּי יוֹחָנָן א"ר אָבָהוּ דְּרַבִּי אָבָהוּ תַּלְמִידֵיהּ דְּר' יוֹחָנָן הֲוָה:
Voici la leçon : Et Rabbi Yirmeya a dit que Rabbi Yo'hanan a dit, et certains disent : Rabbi Abahou a dit que Rabbi Yossi bar Rabbi Hanina a dit. Et l'on ne lit pas : Rabbi Yo'hanan a dit que Rabbi Abahou a dit, car Rabbi Abahou était le disciple de Rabbi Yo'hanan.
💡 Explication

Si l'on suit Rav Houna, une tradition tranche : halakha comme Rabbi Yehouda la veille de Pessa'h, et comme Rabbi Yossi la veille de Chabbat.

Deux chaînes circulent : Rabbi Yirmeya au nom de Rabbi Yo'hanan, ou Rabbi Abahou au nom de Rabbi Yossi bar Rabbi Hanina. Tossefot écarte la leçon qui ferait parler Yo'hanan au nom d'Abahou : Abahou est son disciple.

4
הֲלָכָה כְּרַבִּי יְהוּדָה בְּעֶרֶב הַפֶּסַח, מִכְּלָל דִּפְלִיג רַבִּי יוֹסֵי בְּתַרְוַיְיהוּ!

La halakha est comme Rabbi Yehouda la veille de Pessa'h : il en résulte que Rabbi Yossi est en désaccord sur les deux !

💡 Explication

Énoncer que la halakha suit Yehouda la veille de Pessa'h montre que Yossi diverge. Le diyuk porte sur les deux (be-tarvaihou) : veille de Chabbat et veille de Pessa'h.

Rabbi Yossi permettrait alors jusqu'à la nuit, y compris la veille de Pessa'h. L'interdit de la michna ne peut plus être présenté comme son accord.

5
לֹא: הֲלָכָה, מִכְּלָל דִּפְלִיגִי בְּהַפְסָקָה.

Non. "La halakha" : il en résulte qu'ils sont en désaccord sur l'interruption (hafsaka).

📜 Rachi (1)
הֲלָכָה מִכְּלָל דִּפְלִיגִי לְהַפְסָקָה הָא דא"ר יִרְמְיָה הַלִּכְ' כְּר' יְהוּדָה בְּעֶרֶב הַפֶּסַח דְּמַשְׁמַע דִּפְלִיג נַמֵּי רַבִּי יוֹסֵי בְּעֶרֶב הַפֶּסַח לְהַפְסָקָה הוּא דִּפְלִיג דְּאִם הִתְחִיל לֶאֱכֹול אַף בְּעֶרֶב הַפֶּסַח אֵינוֹ מַפְסִיק אֲבָל לְהַתְחִיל מוֹדֶה ר' יוֹסֵי דְּאָסוּר וּמַתְנִיתִין בְּהַתְחָלָה לְרַבִּי יוֹסֵי אִיצְטְרִיךְ דְּקָמַשְׁמַע לָן דְּמוֹדֶה רַבִּי יוֹסֵי בְּעֶרֶב הַפֶּסַח דְּאֵין מַתְחִילִין:
Ce que Rabbi Yirmeya a dit : la halakha est comme Rabbi Yehouda la veille de Pessa'h, ce qui implique que Rabbi Yossi diverge aussi la veille de Pessa'h. C'est sur l'interruption qu'il diverge : s'il a commencé à manger, même la veille de Pessa'h, il n'interrompt pas. Mais pour commencer, Rabbi Yossi convient que c'est interdit. Et la michna, au sujet du commencement, était nécessaire selon Rabbi Yossi : elle nous apprend que Rabbi Yossi convient, la veille de Pessa'h, qu'on ne commence pas.
🗂️ Tossefot (1)
מִכְּלָל דִּפְלִיגִי בְּהַפְסָקָה כִּדְתַנְיָא לָא גָּרַס דְּתַנְיָא דְּהָא בַּבָּרַייְתָא לָא פְלִיגִי בְּהַפְסָקָה דְּפֶסַח אֶלָּא כִּדְתַנְיָא גָּרַס וּמַיְיתִי כִּי הֵיכִי דִּפְלִיגִי בְּהַפְסָקָה דְּשַׁבָּת הָכִי קִים לֵיהּ דִּפְלִיגִי נָמֵי בְּהַפְסָקָה דְּפֶסַח וּמוֹרִי רַבֵּינוּ יְחִיאֵל אָמַר דְּגָרַס דְּתַנְיָא וְדִיֵּיק מִדְּקָאָמַר ר' יוֹסֵי אֵין מַפְסִיקִין וְהַייְנוּ אֲפִילּוּ בְּעֶרֶב הַפֶּסַח דְּאֵין מַתְחִילִין דבע"ש שָׁרִי רַבִּי יוֹסֵי אַפֵּי' לְהַתְחִיל עוֹד נִרְאֶה דְּאָמַר לְקַמָּן (פְּסָחִים ד' קב.) בְּנֵי חֲבוּרָה שֶׁהָיוּ מְסֻובִּין וְקִדֵּשׁ כּוּ' וְקָתָנֵי פְּלֻוגְתָּא דְּר' יְהוּדָה וְרַבִּי יוֹסֵי וְהָתָם סְתָמָא קָתָנֵי וְקִידֵּשׁ בֵּין שַׁבָּת בֵּין פֶּסַח:
On ne lit pas detanya (car on a enseigné), puisque dans la beraïta ils ne divergent pas sur l'interruption de Pessa'h. On lit plutôt kedetanya (comme on a enseigné), et l'on apporte ceci : de même qu'ils divergent sur l'interruption du Chabbat, ainsi tient-il qu'ils divergent aussi sur l'interruption de Pessa'h. Et mon maître Rabbeinou Yehiel dit qu'on lit detanya, et qu'on déduit de ce que Rabbi Yossi dit : on n'interrompt pas. Cela vaut même la veille de Pessa'h, à savoir qu'on ne commence pas, car la veille de Chabbat Rabbi Yossi permet même de commencer. Il apparaît encore ce qui est dit plus bas (Pessahim 102a) : des membres d'une compagnie étaient accoudés et l'on a sanctifié, etc. On y enseigne le désaccord de Rabbi Yehouda et de Rabbi Yossi, et là-bas c'est enseigné sans précision : "et l'on a sanctifié", que ce soit Chabbat ou Pessa'h.
💡 Explication

Le mot halakha ne prouve pas que Yossi permette de manger la veille de Pessa'h. Il prouve un désaccord sur l'hafsaka : interrompre un repas déjà commencé, quand le jour entre.

Hatchala (commencement) : Rabbi Yossi convient qu'on ne commence pas la veille de Pessa'h. La michna sert à l'enseigner. S'il a déjà commencé, Yossi dit qu'il n'interrompt pas, même la veille de Pessa'h.

Tossefot discute la leçon detanya ou kedetanya. La beraïta citee ensuite porte sur le Chabbat. Pessahim 102a enseigné le même désaccord sans distinguer Chabbat et Pessa'h.

🖼️ Schéma
Que prouve le mot halakha ?Lecture écartéeYossi divergesur les deux veilles.Il permetrait jusqu'àla nuit, même la veillede Pessa'h.Lecture retenueIls divergentsur l'hafsaka.Pour commencer,Yossi convient : interditla veille de Pessa'h.La michna, sur le commencement, reste utile selon Rabbi Yossi.
Deux lectures du mot halakha. La sougya retient le désaccord sur l'interruption.
6
דְּתַנְיָא: מַפְסִיקִין לְשַׁבָּתוֹת, דִּבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה. רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: אֵין מַפְסִיקִין.

Car on a enseigné : on interrompt pour les Chabbats, paroles de Rabbi Yehouda. Rabbi Yossi dit : on n'interrompt pas.

📜 Rachi (1)
דְּתַנְיָא דִּבְהַפְסָקָה נָמֵי פְּלִיגִי:
Car sur l'interruption aussi, ils divergent.
🗂️ Tossefot (3)
מַפְסִיקִין לְשַׁבָּתוֹת פִּי' בַּעֲקִירַת שֻׁולְחָן כִּדְמוֹכַח בְּסָמוּךְ וְהַייְנוּ שֶׁמְּבָרֵךְ בִּרְכַּת הַמָּזוֹן כִּדְתַנְיָא לְקַמָּן (שָׁם:) רִאשׁוֹן אוֹמֵר עָלָיו בִּרְכַּת הַמָּזוֹן וְהָיוּ רְגִילִין לְסַלֵּק הַשֻּׁולְחָן לִפְנֵי בִּרְכַּת הַמָּזוֹן כִּדְאָמַר בְּפֶרֶק [כֵּיצַד מְבָרְכִין] (בְּרָכוֹת דַּף מב.) סִילֵּק אָסוּר מִלֶּאֱכֹול וּלְכָךְ קָאָמַר בְּסָמוּךְ דְּבָעֵי לְר' יְהוּדָה עֲקִירַת שֻׁולְחָן וְלִסְפָרִים דְּגָרְסִי לְקַמָּן רִאשׁוֹן אוֹמֵר עָלָיו קִידּוּשׁ הַיּוֹם וְשֵׁנִי בִּרְכַּת הַמָּזוֹן הָיוּ עוֹקְרִין אֶת הַשֻּׁולְחָן לִפְנֵי קִידּוּשׁ כְּדֵי לְהַפְסִיק אֶלָּא שֶׁהַקִּידּוּשׁ עוֹשֶׂה קֹודֶם לְפִי שֶׁאָסוּר לִשְׁתּוֹת כּוֹס שֶׁל בִּרְכַּת הַמָּזוֹן בְּלֹא קִידּוּשׁ דע"כ עֲקִירַת שֻׁולְחָן אֵינוֹ בֵּין קִידּוּשׁ לְבִרְכַּת הַמָּזוֹן מִדְּקָאָמַר פּוֹרֵס מַפָּה וּמְקַדֵּשׁ וּפְרִיסַת הַמַּפָּה הִיא בִּמְקוֹם עֲקִירַת שֻׁולְחָן לְרַבִּי יְהוּדָה:
On l'explique par le retrait de la table, comme le prouve la suite. C'est-à-dire qu'il récite le birkat hamazon (bénédiction après le repas), ainsi qu'on enseigne plus bas (au folio suivant) : le premier dit sur cela le birkat hamazon. Et l'on avait coutume de retirer la table avant le birkat hamazon, comme il est dit au chapitre Keitsad mevarkhin (Berakhot 42a) : une fois desservi, il est interdit de manger. C'est pourquoi il dit ensuite que Rabbi Yehouda exige le retrait de la table. Et selon les livres qui lisent plus bas : le premier dit sur cela le kiddouch du jour, et le second le birkat hamazon, ils retiraient la table avant le kiddouch, afin d'interrompre. Mais on fait le kiddouch d'abord, parce qu'il est interdit de boire la coupe du birkat hamazon sans kiddouch. Forcément, le retrait de la table ne se place pas entre le kiddouch et le birkat hamazon, puisqu'il est dit : on étend une nappe et on fait le kiddouch. Et étendre la nappe tient lieu du retrait de la table, selon Rabbi Yehouda.
רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר אֵין מַפְסִיקִין וְגוֹמֵר כָּל הַסְּעוּדָה וּמְבָרֵךְ בִּרְכַּת הַמָּזוֹן וְאַחַ"כּ מְקַדֵּשׁ כִּדְמוֹכַח בַּבָּרַייְתָא דִּלְקַמָּן (פְּסָחִים דַּף קב.) מַשְׁמַע דְּאֵין צָרִיךְ לַעֲשׂוֹת סְעוּדָה לְשֵׁם שַׁבָּת דְּאִי צָרִיךְ מַה לוֹ לְהַמְתִּין יַפְסִיק מִיָּד וא"ת וְאֵיךְ יַעֲשׂוּ קִידּוּשׁ בְּלֹא סְעוּדָה הֲלֹא אֵין קִידּוּשׁ אֶלָּא בִּמְקוֹם סְעוּדָה וי"ל דַּחֲשִׁיב קִידּוּשׁ בִּמְקוֹם סְעוּדָה כֵּיוָן שֶׁמִּיָּד אַחַר הַסְּעוּדָה עוֹשֶׂה קִידּוּשׁ וְאוֹתָהּ סְעוּדָה עוֹלָה לוֹ לִסְעוּדַת שַׁבָּת כִּדְמוֹכַח בַּתּוֹסֶפְתָּא דְּקָתָנֵי בְּמִילְּתֵיהּ דְּרַבִּי יוֹסֵי וּמַזְכִּיר שֶׁל שַׁבָּת בְּבִרְכַּת הַמָּזוֹן וּמִיהוּ קָשֶׁה לְר' יוֹסֵי אֵיךְ יַעֲשׂוּ ד' כּוֹסוֹת כֵּיוָן שֶׁלֹּא יְקַדְּשׁוּ אֶלָּא אַחַר בִּרְכַּת הַמָּזוֹן וְלֹא יַעֲשׂוּ סְעוּדָה אַחֶרֶת וי"ל דְּיַעֲשׂוּ ד' כּוֹסוֹת שֶׁלֹּא כְּסֵדֶר הָרְגִילִין לַעֲשׂוֹת כּוֹס בִּרְכַּת הַמָּזוֹן תְּחִלָּה וְאַחֲרָיו כּוֹס שֶׁל קִידּוּשׁ וִירָקוֹת וְאַחֲרָיו כּוֹס שְׁלִישִׁי לָמָּה נִשְׁתַּנָּה וְאַחֲרָיו מָרוֹר וְעַל כּוֹס רְבִיעִי הַלֵּל:
Et il achève tout le repas, récite le birkat hamazon, et ensuite fait le kiddouch, comme le prouve la beraïta plus bas (Pessahim 102a). Il en ressort qu'il n'est pas besoin de faire un repas au nom du Chabbat. S'il le fallait, pourquoi attendre : qu'il interrompe aussitôt. Et si tu dis : comment feront-ils le kiddouch sans repas, puisqu'il n'y a de kiddouch qu'à l'endroit du repas (bimkom seouda) ? On peut dire : cela compte comme un kiddouch à l'endroit du repas, puisqu'il fait le kiddouch aussitôt après le repas, et ce repas lui vaut comme repas de Chabbat, comme le prouve la Tossefta, qui enseigne dans les paroles de Rabbi Yossi : et il mentionne ce qui concerne le Chabbat dans le birkat hamazon. Toutefois c'est difficile pour Rabbi Yossi : comment feront-ils les quatre coupes, puisqu'ils ne feront le kiddouch qu'après le birkat hamazon et ne feront pas un autre repas ? On peut dire : ils feront les quatre coupes hors de l'ordre habituel. D'abord la coupe du birkat hamazon, puis la coupe du kiddouch et les légumes, puis la troisième coupe, pour Mah nichtana, puis le maror, et sur la quatrième coupe le Hallel.
אֵין מַפְסִיקִין בְּהִתְחִילוּ בְּהֶיתֵּר אַייְרֵי דִּבְהִתְחִילוּ בְּאִיסּוּר מוֹדֶה ר' יוֹסֵי דְּמַפְסִיקִין וּלְרַבִּי יְהוּדָה נָמֵי דְּמַפְסִיקִין הַיְינוּ כְּשֶׁכְּבָר קִידֵּשׁ הַיּוֹם כִּדְמוֹכַח בְּעֻובְדָּא דְּמַייְתִי דְּקָתָנֵי וְקִידֵּשׁ עֲלֵיהֶן הַיּוֹם אֲבָל הִגִּיעַ שְׁעַת מִנְחָה אֵין מַפְסִיקִין וַהֲלָכָה כְּרַבִּי יוֹסֵי וּבְעַרְבֵי שַׁבָּתוֹת וְי"ט אַפֵּי' לְהַתְחִיל שָׁרִי כְּר' יוֹסֵי דְּרַבִּי יְהוּדָה וְר' יוֹסֵי הֲלָכָה כְּר' יוֹסֵי כִּדְמוֹכַח בְּעֵירוּבִין (דַּף מו:) וּבְעַרְבֵי פְּסָחִים אָסוּר לְהַתְחִיל וְאִם הִתְחִיל אַפֵּי' בְּהֶיתֵּר מַפְסִיקִין בְּבִרְכַּת הַמָּזוֹן דִּבְהָא פָּסְקִינַן כְּר' יְהוּדָה וּמוֹרִי רַבֵּינוּ יְחִיאֵל אוֹמֵר מִדִּפְסִיק כְּר' יוֹסֵי בְּהַפְסָקָה בְּהַהוּא עֻובְדָּא מִכְּלָל דִּלְכַתְּחִלָּה לָא קי"ל כְּוָותֵיהּ וְעוֹד כָּתַב בה"ג דבע"ש אֵין לְהַתְחִיל לֶאֱכוֹל מִן הַמִּנְחָה וּלְמַעְלָה דְּאַפֵּי' ר' יוֹסֵי לָא קָאָמַר אֶלָּא דְּלָא יַפְסִיק אֲבָל לְאַתְחוֹלֵי לֹא וע"כ ה"פ דְּלָא קי"ל כְּרַבִּי יוֹסֵי אֶלָּא לְהַפְסָקָה אֲבָל לֹא לְהַתְחִיל:
Cela vise celui qui a commencé de façon permise. S'il a commencé de façon interdite, Rabbi Yossi convient qu'on interrompt. Et chez Rabbi Yehouda aussi, "on interrompt" vise le cas où le jour est déjà sanctifié, comme le prouve le fait qu'on rapporte, qui enseigne : et le jour fut sanctifié sur eux. Mais si l'heure de la minha est arrivée, on n'interrompt pas. Et la halakha est comme Rabbi Yossi. Les veilles de Chabbat et de jour de fête, même commencer est permis, comme Rabbi Yossi : entre Rabbi Yehouda et Rabbi Yossi, la halakha est comme Rabbi Yossi, comme le prouve Erouvin (46b). Et les veilles de Pessa'h, il est interdit de commencer ; et si l'on a commencé, même de façon permise, on interrompt par le birkat hamazon, car sur ce point nous tranchons comme Rabbi Yehouda. Et mon maître Rabbeinou Yehiel dit : du fait que, dans ce fait, on tranche comme Rabbi Yossi sur l'interruption, il en résulte que de prime abord (lekhatehila) nous ne tenons pas comme lui. Et encore, les Halakhot Gedolot écrivent que la veille de Chabbat on ne doit pas commencer à manger à partir de la minha et au-dessus : même Rabbi Yossi n'a dit que de ne pas interrompre, mais pour commencer, non. Et forcément, voici le sens : nous ne tenons comme Rabbi Yossi que pour l'interruption, et non pour le commencement.
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' תַּנְיָא לֹא יֹאכַל אָדָם בְּעַרְבֵי שַׁבָּתוֹת וּבְעַרְבֵי יָמִים טוֹבִים מט' שָׁעוֹת וּמֶחֱצָה וּלְמַעְלָה כְּדֵי שֶׁיִּכָּנֵס לַשַּׁבָּת כְּשֶׁהוּא תָּאֵב דִּבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה. רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר אוֹכֵל וְהוֹלֵךְ עַד שֶׁתֶּחְשַׁךְ. וקי"ל הֲלָכָה כְּר' יוֹסֵי מֵחֲבֵירוֹ. וּמַתְנִיתִין דְּעַרְבֵי פְּסָחִים ד"ה הִיא דְּמוֹדֶה ר' יוֹסֵי בְּעֶרֶב הַפֶּסַח שֶׁלֹּא יַתְחִיל הַסְּעוּדָה מט' שָׁעוֹת וּמֶחֱצָה וָמַעְלָה מִשּׁוּם חִיּוּבָא דְּמַצָּה וּבְעַרְבֵי שַׁבָּתוֹת ובעי"ט הֵיכָא דְּאַתְחִיל לֵיהּ מִקַּמֵּי ט' שָׁעוֹת וְאִימְּשִׁיךְ לֵיהּ בִּסְעוֹדְתֵּיהּ עַד דְּקַדֵּישׁ לֵיהּ יוֹמָא פְּרִיס לֵיהּ לְמַפָּה עַל הַשֻּׁלְחָן וּמְקַדֵּשׁ וַהֲדַר גָּמַר לֵיהּ לִסְעוֹדְתֵּיהּ. דְּתַנְיָא מַפְסִיקִין לְשַׁבָּת דִּבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה. רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר אֵין מַפְסִיקִין. וּמַעֲשֶׂה בְּרַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל וְרַבִּי יְהוּדָה וְרַבִּי יוֹסֵי שֶׁהָיוּ מְסֻובִּין בְּעַכּוֹ וְקִדֵּשׁ עֲלֵיהֶן הַיּוֹם וְאָמַר רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל לְר' יוֹסֵי רְצוֹנְךָ שֶׁנַּפְסִיק וְנִיחוּשׁ לְדִבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה חֲבֵרֵנוּ. אָמַר לוֹ בְּכָל יוֹם אַתָּה מְחַבֵּב דְּבָרַי בִּפְנֵי רַבִּי יְהוּדָה וְעַכְשָׁיו אַתָּה מְחַבֵּב דִּבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה בְּפָנַי. הֲגַם לִכְבּוֹשׁ אֶת הַמַּלְכָּה עִמִּי בַּבָּיִת. א"ל א"כ לֹא נַפְסִיק שֶׁמָּא יִרְאוּ הַתַּלְמִידִים וְיִקְבְּעוּ הֲלָכָה לְדוֹרוֹת אָמְרוּ לֹא זָזוּ מִשָּׁם עַד שֶׁקָּבְעוּ הֲלָכָה כְּרַבִּי יוֹסֵי. תֵּימַהּ הוּא עַל לְשׁוֹן רִי"ף שֶׁכָּתַב שֶׁמּוֹדֶה רַבִּי יוֹסֵי בְּעֶרֶב הַפֶּסַח שֶׁלֹּא יַתְחִיל בִּסְעוּדָה מִתֵּשַׁע שָׁעוֹת וּלְמַעְלָה אַלְמָא דִּסְבִירָא לְרַבִּי יוֹסֵי דִּבְעֶרֶב שַׁבָּת שָׁרִי אַף לְהַתְחִיל וּפָסַק הֲלָכָה כְּמוֹתוֹ. וַהֲדַר תּוּ קָאָמַר וְעַרְבֵי שַׁבָּתוֹת וְיָמִים טוֹבִים הֵיכָא דְּאַתְחִיל לֵיהּ מִקַּמֵּי תֵּשַׁע שָׁעוֹת וְאִימְּשִׁיךְ לֵיהּ וְכוּ' אַמַּאי נְקַט מִקַּמֵּי תֵּשַׁע שָׁעוֹת. וְהָרַמְבַּ"ן כָּתַב שֶׁמָּצָא בְּהִלְכוֹת רַב אִלְפָּס זַ"ל מְדֻוייֶּקֶת הֵיכָא דְּאַתְחִיל מִקַּמֵּי דְּקַדֵּישׁ יוֹמָא. אֲבָל בַּהֲלָכוֹת גְּדוֹלוֹת כָּתַב מִן תֵּשַׁע שָׁעוֹת דִּמְעַלֵּי שַׁבְּתָא וּמַעֲלֵי יוֹמָא טָבָא לָא מִתַּבְעִי לֵיהּ לְאִינִישׁ מִיתְּחִיל בִּסְעוּדְתָא דְּתַנְיָא לֹא יֹאכַל אָדָם וְכוּ' וַאֲפִילּוּ רַבִּי יוֹסֵי לֹא אָמַר אֶלָּא דְּאִי אַתְחִיל לֹא מַפְסִיק אֲבָל לְכַתְּחִלָּה לֹא יַתְחִיל. וְהָא לֵיתָא דְּהָא אָמְרִינַן בִּשְׁמַעְתִּין אֶלָּא הָא דְּקָתָנֵי וְשָׁוִין שֶׁמַּתְחִילִין אֵימָתַי אִי בְּעַרְבֵי שַׁבָּתוֹת וְיָמִים טוֹבִים הָא מִיפְּלִיג פְּלִיגִי אַלְמָא דְּרַבִּי יוֹסֵי שָׁרִי אַף לְהַתְחִיל. וה"ר יְשַׁעְיָה מִטְרָאנִי הֵבִיא רְאָיָה לְדִבְרֵי הֲלָכוֹת גְּדוֹלוֹת מִדְּאִיצְטְרִיךְ לֵיהּ לְרַבִּי יוֹחָנָן לִפְסֹוק הֲלָכָה כְּר' יוֹסֵי בְּעֶרֶב שַׁבָּת לְהַפְסָקָה מִכְּלָל דְּלָא סְבִירָא לֵיהּ כְּוָותֵיהּ בְּהַתְחָלָה. דְּאִי סָבַר כְּוָותֵיהּ הַשְׁתָּא לְהַתְחִיל שָׁרִי כָּל שֶׁכֵּן שֶׁאֵין צָרִיךְ לְהַפְסִיק אֶלָּא שְׁמַע מִינָּה דַּוְקָא בְּהַפְסָקָה פָּסַק כְּוָותֵיהּ וְלֹא בְּהַתְחָלָה. וְהָא לֵיתָא דא"כ תִּיקְשֵׁי לָךְ לְרַבִּי יוֹסֵי גּוּפֵיהּ מַאי אִיצְטְרִיךְ לֵיהּ לְאַשְׁמוֹעִינַן דְּאֵין מַפְסִיקִין הַשְׁתָּא אַתְחוֹלֵי מַתְחֲלִינַן אִיפְּסוֹקֵי מִיבְּעֵי אֶלָּא וַדַּאי כְּמוֹ שֶׁפֵּירֵשׁ רִ"י דִּתְרֵי מִילֵּי נִינְהוּ דְּאֶפְשָׁר דאע"ג דְּשָׁרֵי רַבִּי יוֹסֵי לְהַתְחִיל וְלָא חָיֵישׁ לִיכָּנֵס כְּשֶׁהוּא תָּאֵב מִכָּל מָקוֹם לִכְשֶׁתֶּחְשַׁךְ צָרִיךְ לְהַפְסִיק מִפְּנֵי כְּבוֹד הַשַּׁבָּת הִלְכָּךְ אע"ג דְּרַבִּי יוֹחָנָן סָבַר כְּרַבִּי יוֹסֵי בַּהַתְחָלָה הֻוצְרַךְ לִפְסֹוק כְּמוֹתוֹ בְּהַפְסָקָה וְכֵן פָּסְקוּ רַשְׁבָּ"ם ור"י דְּמֻותָּר לְהַתְחִיל בִּסְעוּדָה בְּעֶרֶב שַׁבָּת עַד שֶׁתֶּחְשַׁךְ. וְכֵן מוֹכַחַת סְתָם מַתְנֵי' מִדְּתָנֵי עַרְבֵי פְּסָחִים עַד שֶׁתֶּחְשַׁךְ מִכְּלָל דִּבְעֶרֶב שַׁבָּת וְי"ט שָׁרִי. אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל אֵין הֲלָכָה לֹא כְּרַבִּי יְהוּדָה דְּאָמַר אָדָם מַפְסִיק סְעֻודָּתוֹ וְעוֹקֵר אֶת הַשֻּׁלְחָן וּמְבָרֵךְ בִּרְכַּת הַמָּזוֹן וּמְקַדֵּשׁ וְאַחַ"כּ גּוֹמֵר סְעֻודָּתוֹ. וְלֹא כְּרַבִּי יוֹסֵי דְּאָמַר גּוֹמֵר סְעֻודָּתוֹ וְאַחַר כָּךְ מְקַדֵּשׁ. אֶלָּא פּוֹרֵס מַפָּה וּמְקַדֵּשׁ וְאַחַר כָּךְ שָׁרֵי הַמּוֹצִיא וְגוֹמֵר לִסְעוֹדְתֵּיהּ וּמְבָרֵךְ בִּרְכַּת הַמָּזוֹן. מִדְּלָא הֵבִיא רַב אִלְפָּס דִּבְרֵי רַבִּי יוֹחָנָן וְרַבִּי יוֹסֵי בַּר חֲנִינָא דְּאָמְרִי הֲלָכָה כְּרַבִּי יְהוּדָה בְּעֶרֶב הַפֶּסַח וְאוֹקֵימְנָא לָהּ לְהַפְסָקָה מִכְּלָל דְּאִיהוּ לָא מְפַלֵּיג בְּהַפְסָקָה בֵּין פֶּסַח וּבֵין שַׁבָּתוֹת וְיָמִים טוֹבִים וּבְכוּלְּהוּ פְּסִיק כִּשְׁמוּאֵל דְּפוֹרֵס מַפָּה וּמְקַדֵּשׁ. וּמַה שֶׁכָּתַב לְעֵיל בְּעַרְבֵי שַׁבָּתוֹת וּבְעַרְבֵי יָמִים טוֹבִים הֵיכָא דְּאַתְחִיל וְכוּ' פְּרִיס מַפָּה וְכוּ' וְלֹא הִזְכִּיר עֶרֶב הַפֶּסַח מִשּׁוּם דְּהָוֵי בִּכְלַל עַרְבֵי יָמִים טוֹבִים דִּלְעִנְיַן הַפְסָקָה אֵין טַעַם לְחַלֵּק בֵּינֵיהֶם דְּבִשְׁלָמָא לְעִנְיַן הַתְחָלָה מִשּׁוּם חִיּוּבָא דְּמַצָּה רָאוּי לְחַלֵּק בֵּינֵיהֶם כְּדֵי שֶׁיֹּאכַל מַצָּה לְתֵיאָבוֹן. אֲבָל בְּהַפְסָקָה שֶׁהוּא מִשּׁוּם כְּבוֹד שַׁבָּת וְיוֹם טוֹב אֵין טַעַם לְחַלֵּק בֵּינֵיהֶם. וְאִם תֹּאמַר כֵּיוָן דְּחָזֵינַן דָּר' יוֹסֵי בַּר חֲנִינָא וְר' יוֹחָנָן מְפַלְּגִי בְּהַפְסָקָה בֵּין פֶּסַח לְשַׁבָּת הֵיכִי שַׁבְקִינְהוּ רַב אִלְפָּס וּפָסַק כִּשְׁמוּאֵל. וְנִרְאֶה לִי דְּרַב אִלְפָּס סָבַר כְּשִׁינּוּיָא דְּרַב פָּפָּא דְּהוּא בָּתְרָאָה דְּמוּקִי מַתְנֵי' כְּרַבִּי יְהוּדָה וְרַבִּי יוֹסֵי פְּלִיג אַף בְּעֶרֶב הַפֶּסַח וְרַבִּי יוֹחָנָן וְרַבִּי יוֹסֵי בַּר חֲנִינָא בְּהַתְחָלָה אַיְּירִי וְלָא בְּהַפְסָקָה וּבָרַיְיתָא בָּתְרָייְתָא מְשַׁבֵּשׁ לָהּ מִן קָדַם קַמַּיְיתָא ואע"ג דְּרַב פִּנְחָס בְּרֵיהּ דְּרַב אַמֵּי קַבָּלָה וּמִשּׁוּם הָכִי קָאָמַר הַשַּׁ"ס אֶלָּא מְחַווַּרְתָּא כִּדְרַב הוּנָא מִסְתַּבְּרָא לֵיהּ לְרַב אִלְפָּס לְשַׁבֵּשׁ בָּתְרָיְיתָא וּלְאוֹקְמֵי לְשִׁינּוּיָא דְּרַב פַּפָּא כְּדֵי שֶׁלֹּא נִצְטָרֵךְ לְחַלֵּק בְּהַפְסָקָה בֵּין שַׁבָּת לְפֶסַח דְּיוֹתֵר מִסְתַּבֵּר לְהַחְמִיר בְּהַפְסָקָה שֶׁהִיא מִשּׁוּם כְּבוֹד שַׁבָּת מִבְּפָסַח וְשִׁינּוּיָא דְּחִיקָא הוּא דְּשָׁנֵי רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק כְּדֵי לְהַעֲמִיד דִּבְרֵי רַב הוּנָא וְלָא אָזְלִינַן בָּתְרֵיהּ אֶלָּא אָמְרִינַן מֵחֲמַת קֻושְׁיָא זוֹ דְּפָרִיךְ הַשַּׁ"ס לְרַב הוּנָא מִדְּרַבִּי יוֹחָנָן וְרַבִּי יוֹסֵי בַּר חֲנִינָא הָדַר בֵּיהּ הַשַּׁ"ס מֵהַאי דְּקָאָמַר אֶלָּא מְחַווַּרְתָּא כִּדְרַב הוּנָא וּמוֹקְמִינָא לְשִׁינּוּיָא דְּרַב פַּפָּא וּמִשֶּׁבָּיְשַׁנָא לְבָרַיְיתָא בָּתְרָייְתָא וְרַב פִּנְחָס שֶׁקִּבְּלָהּ לָא הָוֵי שֹׁמֵיעַ לֵיהּ הַךְ קַמַּייְתָא. אוֹמֵר אֲנִי שֶׁזּוֹ הִיא סְבָרַת רַב אִלְפָּס וּסְבָרָא נְכוֹנָה הִיא וְלֹא כְּמוֹ שֶׁפָּסַק רַשְׁבָּ"ם לְעִנְיַן הַפְסָקָה הֲלָכָה כְּרַבִּי יוֹחָנָן בְּעֶרֶב הַפֶּסַח וְכִשְׁמוּאֵל בְּעַרְבֵי שַׁבָּתוֹת וְיָמִים טוֹבִים. כָּךְ דַּנְתִּי דַּעַת רַב אִלְפָּס. אֶלָּא שֶׁנִּסְתַּכַּלְתִּי בְּרֵאשִׁית דְּבָרָיו שֶׁכָּתַב וּמַתְנִיתִין דְּעֶרֶב הַפֶּסַח דִּבְרֵי הַכֹּל הִיא דְּמוֹדֶה רַבִּי יוֹסֵי בְּעֶרֶב הַפֶּסַח שֶׁלֹּא יַתְחִיל וְכוּ' נִמְצָא דְּסָבַר כְּאוֹקִימְתָּא דְּרַב הוּנָא וּלְפִי זֶה לֹא יָכֹולְתִּי לְתָרֵץ דע"כ לִדְבָרָיו דְּרַב הוּנָא צ"ל דְּר' יוֹחָנָן וְר' יוֹסֵי בַּר חֲנִינָא בְּהַפְסָקָה אַיְּירִי וְלָמָּה לֹא הֵבִיא דִּבְרֵיהֶם לִפְסֹוק כְּמוֹתָם בְּהַפְסָקָה דְּעֶרֶב הַפֶּסַח. וּמִכָּל מָקוֹם מַה שֶׁכָּתַבְתִּי דְּבָרִים נְכוֹחִים הֵם וְיֵשׁ לִסְמֹוךְ עֲלֵיהֶם דְּאַף בְּעֶרֶב הַפֶּסַח סַגִּי בִּפְרִיסַת מַפָּה וְכֵן פָּסַק הר"ז הַלֵּוִי וְהָרַמְבַּ"ן זַ"ל. וּמַה שֶׁכָּתַב רַב אִלְפָּס וַהֲדַר שָׁרֵי הַמּוֹצִיא וְגוֹמֵר סְעֻודָּתוֹ הִקְשָׁה עָלָיו הר"ז הַלֵּוִי אִילּוּ הָיָה צָרִיךְ לְבָרֵךְ הַמּוֹצִיא הֲוָה טָעוּן בִּרְכַּת הַמָּזוֹן אַסְּעוּדָה הָרִאשׁוֹנָה שֶׁלֹּא מָצִינוּ בִּרְכַּת הַמָּזוֹן אַחַת לִשְׁתֵּי בְּרָכוֹת שֶׁל הַמּוֹצִיא וְעוֹד דְּחָזֵינַן לְקַמָּן גַּבֵּי חֲבֵרִים שֶׁהָיוּ מְסֻובִּין דִּתְפִלָּה לָא הֲוָה הֶפְסֵק לְהַצְרִיךְ הַמּוֹצִיא וכ"ש קִידּוּשׁ וְלָא קַשְׁיָא מִידִי דְּאַף עַל פִּי שֶׁטָּעוּן הַמּוֹצִיא אֵין צָרִיךְ לְבָרֵךְ בִּרְכַּת הַמָּזוֹן עַל מַה שֶּׁאָכַל כִּדְאִיתָא בְּפֶרֶק כָּל הַבָּשָׂר (חֻולִּין דַּף קז:) הַשַּׁמָּשׁ מְבָרֵךְ עַל כָּל פְּרוּסָה וּפְרוּסָה מִשּׁוּם דְּהָוֵי כְּנִמְלָךְ שֶׁאֵינוֹ יוֹדֵעַ אִם יִתְּנוּ לוֹ יוֹתֵר וְצָרִיךְ לְבָרֵךְ הַמּוֹצִיא עַל כָּל פְּרוּסָה וְאֵינוֹ צָרִיךְ לְבָרֵךְ בִּרְכַּת הַמָּזוֹן עַל מַה שֶּׁאָכַל מִדְּלָא קָאָמַר מְבָרֵךְ אַחַר כָּל פְּרוּסָה וּפְרוּסָה. וּמַה שֶׁהִקְשָׁה מִתְּפִלָּה תֵּירֵץ ה"ר יוֹנָה דְּלָא דָּמֵי דְּהָכָא כֵּיוָן שֶׁקִּדֵּשׁ הַיּוֹם נֶאֶסְרָה עָלָיו אֲכִילָה הִלְכָּךְ כְּמִי שֶׁנִּגְמְרָה אֲכִילָה הָרִאשׁוֹנָה דָּמֵי וּכְשֶׁאָכַל אַחַר הַקִּידּוּשׁ הָוֵי הַתְחָלַת אֲכִילָה אַחֶרֶת וְצָרִיךְ לַחֲזֹור וּלְבָרֵךְ וּמִיהוּ קָשֶׁה לְרַב אִלְפָּס מֵהָא דְּאָמְרִינַן בִּירוּשַׁלְמִי פ"ק דִּבְרָכוֹת הֵל' ו' גַּבֵּי הָא דְּאָמַר בְּרָכָה הַסְּמוּכָה לַחֲבֶירְתָּהּ אֵינָהּ פּוֹתַחַת בְּבָרוּךְ וּפָרִיךְ וַהֲרֵי קִידּוּשׁ פִּי' דִּסְמוּכָה לבפה"ג וּפוֹתַחַת בְּבָרוּךְ וּמְשַׁנֵּי שַׁנְיָא שֶׁאִם הָיָה אוֹכֵל מִבְּעוֹד יוֹם וּמָשַׁךְ סְעֻודָּתוֹ עַד שֶׁיְּקַדֵּשׁ הַיּוֹם אֵינוֹ אוֹמֵר בּוֹרֵא פְּרִי הַגֶּפֶן. וְאִילּוּ הָיָה קִידּוּשׁ הֶפְסֵק לְהַצְרִיךְ הַמּוֹצִיא מִשּׁוּם דְּנֶאֶסְרָה עָלָיו הָאֲכִילָה הוּא הַדִּין דְּנֶאֶסְרָה עָלָיו הַשְּׁתִיָּה וְצָרִיךְ לְבָרֵךְ בּוֹרֵא פְּרִי הַגָּפֶן קֹודֶם קִידּוּשׁ. וְנִרְאֶה לִי דְּלָא קָשֶׁה דְּוַדַּאי הָאִיסּוּר אֲכִילָה גּוֹרֵם לְקִידּוּשׁ דְּהָוֵי הֶפְסֵק לְהַצְרִיךְ הַמּוֹצִיא אֲבָל בּוֹרֵא פְּרִי הַגָּפֶן שֶׁהוּא קֹודֶם הַקִּידּוּשׁ בִּשְׁבִיל אִיסּוּר הַשְּׁתִיָּה לָא הָוֵי הֶפְסֵק. וְכֵן כָּתַב ה"ר יִצְחָק גֵּיאוּת זַ"ל יֵשׁ מִי שֶׁסּוֹבֵר דְּקִידּוּשׁ לָא הָוֵי הֶפְסֵק דְּלָא עָקַר דַּעְתֵּיהּ מֵאֲכִילָה וְלֹא דִּייֵּק. וְכֵן כָּתַב בַּהֲלָכוֹת גְּדוֹלוֹת דְּצָרִיךְ לְבָרֵךְ הַמּוֹצִיא.
Guemara. On a enseigné : qu'un homme ne mange pas les veilles de Chabbat et les veilles de jours de fête à partir de neuf heures et demie et au-dessus, afin qu'il entre dans le Chabbat alors qu'il a appétit : paroles de Rabbi Yehouda. Rabbi Yossi dit : il mange et continue jusqu'à la tombée de la nuit. Et nous tenons : la halakha est comme Rabbi Yossi contre son collègue. Et la michna des veilles de Pessa'h est l'avis de tous, car Rabbi Yossi convient, la veille de Pessa'h, qu'on ne commence pas le repas à partir de neuf heures et demie et au-dessus, à cause de l'obligation de la matsa. Et les veilles de Chabbat et la veille de jour de fête, là où il a commencé avant neuf heures et où son repas s'est prolongé jusqu'à ce que le jour soit sanctifié, il étend une nappe sur la table, fait le kiddouch, puis achève son repas. Car on a enseigné : on interrompt pour le Chabbat, paroles de Rabbi Yehouda. Rabbi Yossi dit : on n'interrompt pas. Et un fait : Rabban Chimone ben Gamliel, Rabbi Yehouda et Rabbi Yossi étaient accoudés à Akko, le jour fut sanctifié sur eux, et Rabban Chimone ben Gamliel dit à Rabbi Yossi : veux-tu que nous interruptions et que nous tenions compte des paroles de Rabbi Yehouda notre collègue ? Il lui dit : chaque jour tu chéris mes paroles devant Rabbi Yehouda, et maintenant tu chéris les paroles de Rabbi Yehouda devant moi. Jusqu'à soumettre la reine avec moi dans la maison. Il lui dit : s'il en est ainsi, nous n'interromprons pas, de peur que les disciples voient et fixent la halakha pour les générations. Ils dirent : ils ne bougèrent pas de là jusqu'à ce qu'ils fixent la halakha comme Rabbi Yossi. Il y a lieu de s'étonner du libellé du Rif, qui a écrit que Rabbi Yossi convient, la veille de Pessa'h, de ne pas commencer le repas à partir de neuf heures et au-dessus. Il en ressort que Rabbi Yossi estime permis, la veille de Chabbat, même de commencer, et il a tranché la halakha comme lui. Puis il dit encore : et les veilles de Chabbat et les jours de fête, là où il a commencé avant neuf heures et où cela s'est prolongé, etc. Pourquoi a-t-il retenu "avant neuf heures" ? Le Ramban a écrit qu'il a trouvé, dans les Halakhot de Rav Alfas de mémoire bénie, un texte exact : là où il a commencé avant que le jour soit sanctifié. Mais dans les Halakhot Gedolot il a écrit : à partir de neuf heures de la veille de Chabbat et de la veille du jour de fête, il ne convient pas qu'un homme commence un repas, car on a enseigné : qu'un homme ne mange pas, etc. Et même Rabbi Yossi n'a dit que ceci : s'il a commencé, il n'interrompt pas ; mais de prime abord il ne commencera pas. Or cette thèse tombe, car nous disons dans notre sougya : mais ce qu'on enseigne, "et ils s'accordent à ce qu'on commence", quand ? Si c'est les veilles de Chabbat et les jours de fête, ils sont bien en désaccord. Il en ressort que Rabbi Yossi permet même de commencer. Rabbeinou Yechaya de Trani a apporté une preuve aux paroles des Halakhot Gedolot : du fait que Rabbi Yo'hanan a eu besoin de trancher la halakha comme Rabbi Yossi la veille de Chabbat pour l'interruption, il en résulte qu'il ne tient pas comme lui pour le commencement. Car s'il tenait comme lui, dès lors que commencer est permis, à plus forte raison il n'est pas besoin d'interrompre. Apprends-en plutôt qu'il n'a tranché comme lui que pour l'interruption, et non pour le commencement. Or cette thèse tombe, car sinon la difficulte porterait sur Rabbi Yossi lui-même : qu'avait-il besoin de nous apprendre qu'on n'interrompt pas ? Dès lors que nous commençons, l'interruption serait-elle encore en question ? Mais certes, comme l'a expliqué le Ri, ce sont deux choses. Il est possible que, bien que Rabbi Yossi permette de commencer et ne se soucie pas d'entrer alors qu'on a appétit, néanmoins, à la tombée de la nuit, il faille interrompre à cause de l'honneur du Chabbat. C'est pourquoi, bien que Rabbi Yo'hanan tienne comme Rabbi Yossi pour le commencement, il a eu besoin de trancher comme lui pour l'interruption. Et ainsi ont tranché le Rashbam et le Ri : il est permis de commencer un repas la veille de Chabbat jusqu'à la tombée de la nuit. Et ainsi le prouve la michna anonyme, de ce qu'elle enseigne les veilles de Pessa'h jusqu'à la tombée de la nuit : il en résulte que la veille de Chabbat et un jour de fête, c'est permis. Rav Yehouda a dit que Chmouel a dit : la halakha n'est pas comme Rabbi Yehouda, qui a dit qu'un homme interrompt son repas, retire la table, récite le birkat hamazon, fait le kiddouch, puis achève son repas. Ni comme Rabbi Yossi, qui a dit qu'il achève son repas et ensuite fait le kiddouch. Mais il étend une nappe et fait le kiddouch, ensuite il récite hamotsi, achève son repas, et récite le birkat hamazon. Du fait que Rav Alfas n'a pas rapporté les paroles de Rabbi Yo'hanan et de Rabbi Yossi bar Hanina, qui disent que la halakha est comme Rabbi Yehouda la veille de Pessa'h, et que nous l'avons établie au sujet de l'interruption, il en résulte qu'il ne distingue pas, pour l'interruption, entre Pessa'h, les Chabbats et les jours de fête, et que pour tous il tranche comme Chmouel : on étend une nappe et on fait le kiddouch. Et ce qu'il a écrit plus haut, les veilles de Chabbat et les veilles de jours de fête, là où il a commencé, etc., il étend une nappe, etc., sans mentionner la veille de Pessa'h : elle est comprise dans les veilles de jours de fête. Car pour l'interruption, il n'y a pas de raison de les distinguer. Soit : pour le commencement, à cause de l'obligation de la matsa, il convient de les distinguer, afin qu'on mange la matsa avec appétit. Mais pour l'interruption, qui tient à l'honneur du Chabbat et du jour de fête, il n'y a pas de raison de les distinguer. Et si tu dis : puisque nous voyons que Rabbi Yossi bar Hanina et Rabbi Yo'hanan distinguent, pour l'interruption, entre Pessa'h et Chabbat, comment Rav Alfas les a-t-il laissés pour trancher comme Chmouel ? Il me semble que Rav Alfas tient comme la réponse de Rav Pappa, qui est le dernier (batra). Celui-ci établit la michna selon Rabbi Yehouda, et Rabbi Yossi diverge même la veille de Pessa'h. Rabbi Yo'hanan et Rabbi Yossi bar Hanina parlent du commencement, et non de l'interruption. Et il tient pour corrompue la dernière beraïta, au régard de la première. Et bien que Rav Pinhas fils de Rav Ami l'ait reçue, et que pour cela le Talmud dise : mais c'est clair selon Rav Houna, il est vraisemblable aux yeux de Rav Alfas d'altérer la dernière et d'établir la réponse de Rav Pappa, afin que nous n'ayons pas a distinguer, pour l'interruption, entre Chabbat et Pessa'h. Car il est plus vraisemblable d'être strict sur l'interruption, qui tient à l'honneur du Chabbat, que sur Pessa'h. Et c'est une réponse forcée (chinouya dehika) que Rav Nahman bar Yitshak a donnée pour maintenir les paroles de Rav Houna, et nous ne le suivons pas. Nous disons plutôt : à cause de cette difficulte que le Talmud oppose a Rav Houna, à partir de Rabbi Yo'hanan et de Rabbi Yossi bar Hanina, le Talmud s'est rétracté de ce qu'il avait dit : mais c'est clair selon Rav Houna. Nous établissons la réponse de Rav Pappa, et nous tenons pour corrompue la dernière beraïta. Et Rav Pinhas, qui l'a reçue, n'avait pas entendu celle-ci, la première. Je dis que tel est le raisonnement de Rav Alfas, et que c'est un raisonnement juste, et non selon la décision du Rashbam qui, pour l'interruption, met la halakha comme Rabbi Yo'hanan la veille de Pessa'h et comme Chmouel les veilles de Chabbat et les jours de fête. Ainsi ai-je jugé l'avis de Rav Alfas. Mais j'ai régarde le début de ses paroles, où il a écrit : et la michna de la veille de Pessa'h est l'avis de tous, car Rabbi Yossi convient, la veille de Pessa'h, de ne pas commencer, etc. Il en ressort qu'il tient comme l'établissement de Rav Houna. Et selon cela, je n'ai pas pu resoudre la chose. Car forcément, selon ses paroles, d'après Rav Houna, il faut dire que Rabbi Yo'hanan et Rabbi Yossi bar Hanina parlent de l'interruption. Pourquoi n'a-t-il pas rapporté leurs paroles, pour trancher comme eux sur l'interruption de la veille de Pessa'h ? Néanmoins, ce que j'ai écrit sont des paroles droites, et l'on peut s'y appuyer : même la veille de Pessa'h, étendre une nappe suffit. Et ainsi ont tranché le Razah (Rabbi Zerahia ha-Levi) et le Ramban, de mémoire bénie. Et ce qu'a écrit Rav Alfas : et ensuite il récite hamotsi et achève son repas, le Razah le lui a objecté. S'il fallait bénir hamotsi, cela exigerait le birkat hamazon sur le premier repas, car on ne trouve pas un seul birkat hamazon pour deux bénédictions de hamotsi. Et encore, nous voyons plus bas, au sujet des collègues qui étaient accoudés, que la prière (tefila) n'était pas une interruption au point d'exiger hamotsi, et à plus forte raison le kiddouch. Et il n'y a aucune difficulte : même si hamotsi est requis, il n'est pas besoin de réciter le birkat hamazon sur ce qu'on a mangé, comme il est dit au chapitre Kol ha-bassar (Houlin 107b) : le serviteur bénit sur chaque morceau, parce qu'il est comme celui qui se ravise (nimlakh), qui ne sait pas s'ils lui en donneront davantage. Il doit réciter hamotsi sur chaque morceau, et il n'a pas à réciter le birkat hamazon sur ce qu'il a mangé, du fait qu'il ne dit pas : il bénit après chaque morceau. Et ce qu'il a objecté à partir de la prière, Rabbeinou Yona l'a résolu : cela ne se compare pas. Car ici, une fois le jour sanctifié, le manger lui a été interdit. C'est donc semblable à un premier manger qui est achevé. Et quand il mange après le kiddouch, c'est le début d'un autre manger, et il doit revenir bénir. Toutefois c'est difficile pour Rav Alfas, de ce que nous disons dans le Yerouchalmi, premier chapitre de Berakhot, halakha 6, au sujet de l'enseignement : une bénédiction adjacente à sa voisine ne s'ouvre pas par baroukh. Et l'on objecte : or le kiddouch ! Explication : il est adjacent a bore peri ha-gafen et il s'ouvre par baroukh. Et l'on répond : c'est différent, car s'il mangeait tant qu'il faisait jour et qu'il a prolongé son repas jusqu'à ce que le jour soit sanctifié, il ne dit pas bore peri ha-gafen. Et si le kiddouch était une interruption au point d'exiger hamotsi, parce que le manger lui a été interdit, la même regle vaudrait : le boire lui a été interdit, et il devrait réciter bore peri ha-gafen avant le kiddouch. Et il me semble qu'il n'y a pas de difficulte. Certes, l'interdit de manger fait du kiddouch une interruption au point d'exiger hamotsi. Mais bore peri ha-gafen, qui vient avant le kiddouch, à cause de l'interdit de boire, ne constitue pas une interruption. Et ainsi a écrit Rabbeinou Yitshak Giat, de mémoire bénie : il y a qui estime que le kiddouch n'est pas une interruption, car il n'a pas retiré son attention du manger, et cela manque de précision. Et de même, il est écrit dans les Halakhot Gedolot qu'il faut réciter hamotsi.
💡 Explication

Mafsikin : on interrompt pour le Chabbat. Rachi : le désaccord porte bien sur cette hafsaka. Chez Rabbi Yehouda, interrompre se marque par le retrait de la table (akirat shulhan), lie au birkat hamazon. Une fois la table retirée, on ne mange plus (Berakhot 42a).

La coupe du birkat hamazon ne se boit pas sans kiddouch. Le kiddouch passe donc avant. Étendre la nappe (pores mapa) tient lieu, chez Yehouda, du retrait de la table. Rabbi Yossi achève le repas, récite le birkat hamazon, puis fait le kiddouch. Ce repas lui compte comme repas de Chabbat : kiddouch bimkom seouda, kiddouch à l'endroit du repas.

Tossefot : si l'on a commencé dans l'interdit, Yossi aussi dit d'interrompre. L'interruption de Yehouda vise le moment où le jour est sanctifié, non la simple arrivée de la minha. Veilles de Chabbat et de fête : la halakha suit Yossi, y compris pour commencer (Erouvin 46b). Veille de Pessa'h : on ne commence pas ; si l'on a commencé, on interrompt par le birkat hamazon, comme Yehouda. Rabbeinou Yehiel et les Halakhot Gedolot limitent l'avis de Yossi à l'interruption déjà engagée.

7
וּמַעֲשֶׂה בְּרַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל [וְרַבִּי יְהוּדָה] וְרַבִּי יוֹסֵי שֶׁהָיוּ מְסֻובִּין בְּעַכּוֹ וְקִדֵּשׁ עֲלֵיהֶם הַיּוֹם, אֲמַר לֵיהּ רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל לְרַבִּי יוֹסֵי: בְּרַבִּי, רְצוֹנְךָ נַפְסִיק וְנֵיחוּשׁ לְדִבְרֵי יְהוּדָה חֲבֵירֵנוּ?

Et un fait touchant Rabban Chimone ben Gamliel, Rabbi Yehouda et Rabbi Yossi, qui étaient accoudés à Akko, et le jour fut sanctifié sur eux. Rabban Chimone ben Gamliel dit à Rabbi Yossi : Berabbi, veux-tu que nous interruptions, et que nous tenions compte des paroles de Yehouda notre collègue ?

💡 Explication

Le fait se passe à Akko, un vendredi. Ils sont déjà accoudés pour le repas. Le jour fut sanctifié : le Chabbat est entré.

Berabbi est un titre d'honneur. Rabban Chimone ben Gamliel propose d'interrompre, par égard pour l'avis de Yehouda, présent avec eux.

8
אָמַר לוֹ: בְּכָל יוֹם וְיוֹם אַתָּה מְחַבֵּב דְּבָרַיי לִפְנֵי רַבִּי יְהוּדָה, וְעַכְשָׁיו אַתָּה מְחַבֵּב דִּבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה בְּפָנַי? ״הֲגַם לִכְבּוֹשׁ אֶת הַמַּלְכָּה עִמִּי בַּבָּיִת״.

Il lui dit : chaque jour, tu chéris mes paroles devant Rabbi Yehouda, et maintenant tu chéris les paroles de Rabbi Yehouda devant moi ? "Jusqu'à soumettre la reine avec moi dans la maison."

💡 Explication

Rabbi Yossi relève le renversement : d'ordinaire, Rabban Chimone ben Gamliel préfère ses paroles à celles de Rabbi Yehouda. Ici, il met en avant Yehouda en sa présence.

Il applique Esther 7, 8 : hagam likhbosh et ha-malka imi ba-bayit, jusqu'à soumettre la reine avec moi dans la maison. Le verset sert ici de protestation contre cette préférence, dite devant lui.

9
אֲמַר לֵיהּ: אִם כֵּן לֹא נַפְסִיק, שֶׁמָּא יִרְאוּ הַתַּלְמִידִים וְיִקְבְּעוּ הֲלָכָה לְדוֹרוֹת. אָמְרוּ: לֹא זָזוּ מִשָּׁם עַד שֶׁקָּבְעוּ הֲלָכָה כְּרַבִּי יוֹסֵי.

Il lui dit : s'il en est ainsi, nous n'interromprons pas, de peur que les disciples voient et fixent la halakha pour les générations. Ils dirent : ils ne bougèrent pas de là jusqu'à ce qu'ils fixent la halakha comme Rabbi Yossi.

💡 Explication

Interrompre devant les disciples aurait été lu comme une décision : la halakha suivrait Yehouda pour les générations. Rabban Chimone ben Gamliel renonce donc à l'interruption.

Ils restent sur place jusqu'à fixer la halakha comme Rabbi Yossi : quand le jour entre au milieu d'un repas déjà commencé, on n'interrompt pas.

🖼️ Schéma
Akko : ils ne bougent pas avant d'avoir tranché1. Le jour entreIls sont accoudés.Rabban Chimonepropose d'interromprecomme Yehouda.2. ReprocheRabbi Yossi :tu chéris d'ordinairemes paroles.Verset d'Esther.3. RefusOn n'interrompt pas.Les disciplesfixeraient la halakhacomme Yehouda.4. DécisionIls restent la.La halakha estfixée commeRabbi Yossi.Cas : le repas était déjà commencé, et le jour vient d'entrer.
Akko : la proposition d'interrompre est retirée, et la halakha est fixée comme Rabbi Yossi.
10
אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל: אֵין הֲלָכָה לֹא כְּרַבִּי יְהוּדָה וְלֹא כְּרַבִּי יוֹסֵי, אֶלָּא פּוֹרֵס מַפָּה וּמְקַדֵּשׁ. אֵינִי?! וְהָא אָמַר רַב תַּחְלִיפָא בַּר אַבְדִּימִי אָמַר שְׁמוּאֵל: כְּשֵׁם שֶׁמַּפְסִיקִין לְקִידּוּשׁ

Rav Yehouda a dit que Chmouel a dit : la halakha n'est ni comme Rabbi Yehouda, ni comme Rabbi Yossi, mais on étend une nappe et l'on fait le kiddouch. Est-ce ainsi ?!

Or Rav Tahlifa bar Avdimi a dit que Chmouel a dit : de même qu'on interrompt pour le kiddouch

📜 Rachi (3)
אֵין הֲלָכָה כְּרַבִּי יְהוּדָה דְּאָמַר מַפְסִיקִין דְּמַשְׁמַע עֲקִירַת שֻׁולְחָן:
Qui a dit qu'on interrompt, ce qui implique le retrait de la table.
וְלֹא כְּרַבִּי יוֹסֵי דְּאָמַר אֵין מַפְסִיקִין כְּלָל:
Qui a dit qu'on n'interrompt pas du tout.
אֶלָּא פּוֹרֵס מַפָּה עַל הַשֻּׁולְחָן וּמְקַדֵּשׁ הַיּוֹם וְחוֹזֵר וְאוֹכֵל:
Sur la table : on sanctifie le jour, et l'on revient manger.
🗂️ Tossefot (2)
שֶׁהָיוּ מְסֻובִּין וְהִתְחִילוּ בְּהֶיתֵּר שֶׁהֲרֵי רַבִּי יְהוּדָה הָיָה שָׁם ה"ג בַּתּוֹסֶפְתָּא אָמַר לוֹ א"כ לָאֵל נַפְסִיק וה"פ א"כ כֵּיוָן שֶׁמָּחִיתָ לֹא נַפְסִיק שֶׁמָּא יִרְאוּ הַתַּלְמִידִים:
Voici la leçon dans la Tossefta : Il lui dit : s'il en est ainsi, nous n'interromprons pas. Et voici le sens : s'il en est ainsi, puisque tu as proteste, nous n'interromprons pas, de peur que les disciples voient.
אֶלָּא פּוֹרֵס מַפָּה וּמְקַדֵּשׁ פִּי' רַשְׁבָּ"ם דְּאִית לֵיהּ לִשְׁמוּאֵל דַּהֲלָכָה כְּר' יוֹסֵי אֶלָּא שֶׁבָּא לְהַחְמִיר עַל דְּבָרָיו שֶׁלֹּא לִגְמֹור סְעוּדָה קֹודֶם קִידּוּשׁ דְּאִי לָא תֵּימָא הָכִי שְׁמוּאֵל דְּאָמַר כְּמַאן דְּבָרַיְיתָא דְּקָתָנֵי פּוֹרֵס מַפָּה וּמְקַדֵּשׁ לָא מַייְרֵי בְּהַפְסָקַת אֲכִילָה אֶלָּא בְּבָא לְהַתְחִיל לֶאֱכֹול וּבְחִנָּם דָּחַק דִּשְׁמוּאֵל סָבַר כַּחֲכָמִים דְּהָכִי אִיתָא בִּירוּשַׁלְמִי רַב יְהוּדָה בְּשֵׁם שְׁמוּאֵל זוֹ דִּבְרֵי ר' יְהוּדָה וְר' יוֹסֵי אֲבָל חֲכָמִים אוֹמְרִים פּוֹרֵס מַפָּה וּמְקַדֵּשׁ וְצָרִיךְ לְדַקְדֵּק כְּמַאן הֲלָכָה דְּאע"ג דְּאָמַר ר' יוֹחָנָן לְעֵיל הֲלָכָה כְּר' יוֹסֵי וּבְמִי שֶׁהוֹצִיאוּהוּ (שָׁם ד' מז:) מַשְׁמַע דַּהֲלָכָה כַּר' יוֹחָנָן לְגַבֵּי שְׁמוּאֵל אִיכָּא חַד לִישָּׁנָא דְּלָא א"ר יוֹחָנָן וְרַב נָמֵי סָבַר לְקַמָּן (פְּסָחִים ד' קה.) כִּשְׁמוּאֵל וְקָאָמַר שַׁבָּת קָבְעָה נַפְשָׁהּ ואע"ג דִּבְשֶׁל סוֹפְרִים הַלֵּךְ אַחַר הַמֵּיקֵל הַיְינוּ דַּוְקָא בְּשָׁוִין כִּדְאָמַר בפ"ק דְּמַסֶּכֶת ע"ג (ד' ז.):
Le Rashbam explique que Chmouel tient la halakha comme Rabbi Yossi, mais qu'il vient être plus strict que ses paroles, afin de ne pas achever le repas avant le kiddouch. Car si tu ne dis pas ainsi : Chmouel, selon qui parle-t-il ? La beraïta qui enseigne : on étend une nappe et on fait le kiddouch, ne traite pas de l'interruption du manger, mais de celui qui vient commencer à manger. Et il a forcé cette lecture en vain, car Chmouel tient comme les Sages. Ainsi est-il dans le Yerouchalmi : Rav Yehouda au nom de Chmouel : ce sont les paroles de Rabbi Yehouda et de Rabbi Yossi, mais les Sages disent : on étend une nappe et on fait le kiddouch. Et il faut examiner selon qui est la halakha. Car bien que Rabbi Yo'hanan ait dit plus haut que la halakha est comme Rabbi Yossi, et que dans le chapitre Mi chehotziouhou (là-bas, 47b) il ressort que la halakha suit Rabbi Yo'hanan face à Chmouel, il existe une version selon laquelle Rabbi Yo'hanan ne l'a pas dit. Et Rav aussi tient plus bas (Pessahim 105a) comme Chmouel, et il dit : le Chabbat s'est fixe lui-même. Et bien que, dans une regle des scribes (divrei soferim), on suive l'avis indulgent, c'est seulement lorsqu'ils sont a egalite, comme il est dit au premier chapitre du traite Avoda Zara (7a).
💡 Explication

Chmouel ne retient pas le retrait de la table de Rabbi Yehouda, ni la poursuite sans arrêt de Rabbi Yossi. On étend une nappe (pores mapa) et l'on fait le kiddouch, puis l'on revient manger. Rachi : la nappe couvre la table ; on sanctifie le jour ; on reprend le repas.

La Guemara ouvre une objection, coupée à la fin de l'amud : Rav Tahlifa bar Avdimi rapporte Chmouel, de même qu'on interrompt pour le kiddouch. La suite est au daf suivant.

Tossefot rapporte le Yerouchalmi : étendre la nappe est l'avis des Sages, distinct de Yehouda et de Yossi. Le Rashbam lisait Chmouel comme Yossi, avec une sévérité de plus : ne pas finir avant le kiddouch. Pessahim 105a : Chabbat keva'a nafshah, le Chabbat s'est fixe lui-même.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).