Pesachim 103b — Détourner son attention du vin, et la havdala

Pesachim 103b

Sougya : Rav Yeiva l'ancien sert les disciples de Rav. Dès qu'ils disent ' donne-nous et nous bénirons ', Rav leur interdit de boire encore : ils ont détourné leur attention.

Au repas d'Ameimar, de Mar Zutra et de Rav Ashi, trois usages se croisent. La halakha suit Mar Zutra : on rebénit bore peri ha-gafen sur la coupe du birkat ha-mazon.

La preuve de Rav Ashi, tirée de l'ordre yakneh, est écartée, parce que là l'attention n'a pas quitté la boisson. Le daf revient à la havdala de Rava : la torche est la façon la plus choisie, et l'on ne descend pas au-dessous de trois formules ni au-dessus de sept.

Trois façons de bénir le vin au repasAmeimar, Mar Zutra, Rav Ashi. Rav Aha fils de Rava les sert.Ameimarbore peri ha-gafensur chaque coupeIl se raviseChaque coupe devaitêtre la dernière.L'attention se retire,il bénit de nouveau.Mar Zutrapremière coupeet dernière coupeComme les disciplesde RavDire : nous bénirons,retire l'attention.On rebénit aprèsle birkat ha-mazon.Rav Ashipremière coupeseulementPreuve : yaknehUne bénédictionsur le vin suffitpour kiddouchet havdala.Halakha : Mar Zutra et les disciples de RavLe birkat ha-mazon retire l'attention. On dit bore peri ha-gafen avant de boire la coupe.Celui qui se ravise, comme Ameimar : nouvelle bénédiction avant la coupe suivante.Pas de bénédiction finale pour ce seul motif.
Ameimar rebénit à chaque coupe parce qu'il se ravise. Mar Zutra : première et dernière. Rav Ashi : la première seule. La halakha suit Mar Zutra.
Faut-il redire bore peri ha-gafen ?On a déjà béni sur le vin du repasDonne-nous,nous bénironsL'attention quittela boisson.Interdit de boiresans nouvelle bénédiction.Birkat ha-mazonOn loue pour cequ'on a mangé et bu.Interruption.bore peri ha-gafenjuste avant de boire.YaknehLa coupe resteen main.L'attention restesur la boisson.Une seule bénédiction.Vin pendant le repasIl fait passer la nourriture. Même régime que ce qui vientà cause du repas : pas de bénédiction finale sur ce vin.Son importance lui donne quand même bore peri ha-gafen au début.
Dire qu'on va bénir, ou dire le birkat ha-mazon, retire l'attention du vin. Dans yakneh, la coupe reste en main : une seule bénédiction suffit.
Havdala : la torche, et le nombre de formulesLa lumièreLa lampe est déjà là.Le serviteur allumeune torche (avouka).RavaTorche : mitsva min ha-muvhar,la façon la plus choisie.Les formulesRabbi Yehouda ha-Nassi : une.hamavdil bein kodech le-holRabbi Elazar, Rabbi OchayaMinimum : troisMaximum : septRava en dit quatre.Les trois du compte, puis la formule de clôture1. saint et profane2. lumière et ténèbres3. Israël et les peuplesentre le septième jour et les six jours de l'ouvragedu genre de la conclusion (me'ein hatima), hors du compteSceau, selon Chmouel : hamavdil bein kodech le-hol
La torche accomplit la mitsva de la façon la plus choisie. On dit au moins trois distinctions, au plus sept. La formule du septième jour est du genre de la conclusion.
1
קָאֵי עֲלַיְיהוּ רַב ייֵבָא סָבָא. אָמְרוּ לֵיהּ: הַב לָן וְנִיבָרֵיךְ. לְסוֹף אָמְרוּ לֵיהּ: הַב לָן וְנִישְׁתֵּי, אֲמַר לְהוּ: הָכִי אָמַר רַב, כֵּיוָן דְּאָמְרִיתוּ הַב לַן וְנִיבָרֵיךְ, אִיתַּסְרָא לְכוּ לְמִישְׁתֵּי. מַאי טַעְמָא, דְּאַסְחֵיתוּ דַּעְתַּיְיכוּ.

Rav Yeiva l'ancien se tenait auprès d'eux. Ils lui ont dit : donne-nous, et nous bénirons.

À la fin, ils lui ont dit : donne-nous, et nous boirons. Il leur a dit : ainsi a dit Rav : puisque vous avez dit donne-nous et nous bénirons, il vous est interdit de boire.

Quelle en est la raison ? Vous avez détourné votre attention.

📜 Rachi (3)
קָאֵי עֲלַיְיהוּ מְשַׁמֵּשׁ עֲלַיְיהוּ:
Il se tenait auprès d'eux : il les servait.
הַב וְנִיבָרֵיךְ בִּרְכַּת הַמָּזוֹן וַהֲדַר אִמְּלִיכוּ וְאָמְרוּ הַב בְּרֵישָׁא וְנִישְׁתֵּי:
Donne, et nous bénirons : le birkat ha-mazon. Ensuite ils se sont ravisés et ont dit : donne d'abord, et nous boirons.
כֵּיוָן דְּאָמְרִיתוּ הַב וְנִיבָרֵיךְ בִּרְכַּת הַמָּזוֹן אַסְחֵיתוּ דַּעְתַּיְיכוּ מִשְּׁתִיָּה וְאָסוּר לְמִישְׁתֵּי עַד לְאַחַר בִּרְכַּת הַמָּזוֹן אַלְמָא בִּרְכַּת הַמָּזוֹן אַסּוֹחֵי דַּעְתָּא הוּא וְצָרִיךְ לַחֲזֹור וּלְבָרֵךְ:
Puisque vous avez dit donne, et nous bénirons : le birkat ha-mazon. Vous avez détourné votre attention de la boisson, et il est interdit de boire jusqu'après le birkat ha-mazon. On en déduit que le birkat ha-mazon est un détournement de l'attention, et il faut revenir bénir.
🗂️ Tossefot (1)
כֵּיוָן דְּאָמַר הַב וְנִיבָרֵיךְ אִיתְּסַר לְמִישְׁתֵּי וא"ת בְּפֶ' ג' שֶׁאָכְלוּ (בָּרְכוּ' דמ"ח.) גַּבֵּי יַנַּאי מַלְכָּא כו' דְּקָאָמַר מַאן יָהֵיב לַן גַּבְרָא דִּמְבָרֵךְ לַן דְּהָוֵי הַב וְנִיבָרֵיךְ הֵיכִי נִצְטָרֵף תּוּ עִמָּהֶן ר"ש בֶּן שֶׁטַח הָא אָמְרִי' לְעֵיל בְּהַהוּא פִּרְקִין (פְּסָחִים דַּף מז.) דְּרַב וּשְׁמוּאֵל הֲווֹ יָתְבִי בִּסְעוֹדְתָּא עָל וַאֲתָא רַב שִׁימִי בַּר חִיָּיא הֲוָה קָמְסַרְהֵב וְאָכֵיל אֲמַרוּ לֵיהּ מַאי דַּעְתָּךְ לְאִצְטְרוֹפֵי בַּהֲדַן אֲנַן אָכְלִינַן אַלְמָא כֵּיוָן דְּגָמְרוּ מִלֶּאֱכֹול תּוּ לָא מִצְטָרְפִי וי"ל בְּלָאו הָכִי אָמְרִי' הָתָם הוּא דַּעֲבַד לְגַרְמֵיהּ שֶׁהוֹצִיאָם אע"פ שֶׁלֹּא אָכַל כַּזַּיִת דָּגָן:
Puisque vous avez dit donne, et nous bénirons, il est interdit de boire. On objectera : au chapitre ' Trois qui ont mangé ' (Berakhot 48a), au sujet du roi Yannaï, lorsqu'il dit ' qui nous donnera un homme qui bénisse pour nous ', ce qui équivaut à ' donne, et nous bénirons ', comment Rabbi Chimon ben Chetah a-t-il encore pu se joindre à eux ? Or nous disons plus haut dans ce même chapitre (Pesachim 47) : Rav et Chmouel étaient assis à un repas, Rav Chimi bar Hiya est venu, il se hâtait de manger. Ils lui ont dit : quelle est ton intention, te joindre à nous ? Nous, nous avons mangé. On en déduit : puisqu'ils ont fini de manger, on ne se joint plus. On peut répondre : même sans cela, on dit là-bas qu'il a agi pour lui-même, puisqu'il les a acquittés bien qu'il n'eût pas mangé un kazayit de céréales.
💡 Explication

Suite du récit de Rav Brouna et Rav Hananel, disciples de Rav. Rav Yeiva l'ancien les sert. Ils demandent la coupe du birkat ha-mazon, puis se ravisent et veulent encore boire.

Rav : dès les mots donne-nous et nous bénirons, l'attention a quitté le vin. C'est un heisekh ha-daat. Boire encore exige une nouvelle bénédiction bore peri ha-gafen. Rachi précise : on ne boit qu'après le birkat ha-mazon.

🖼️ Schéma
Rav Yeiva l'ancien sert les disciples de Rav1Donne-nous,nous bénirons.Coupe dubirkat ha-mazon2Ils se ravisent.Donne-nous,nous boirons.3Rav : interdit.Vous avez détournévotre attention.4Pour boire encore :bore periha-gafenRachi : on ne boit qu'après le birkat ha-mazon, puis on rebénit.
Ils demandent à bénir, puis veulent boire. Rav interdit : l'attention s'est retirée.
2
אָמֵימָר וּמַר זוּטְרָא וְרַב אָשֵׁי הֲווֹ יָתְבִי בִּסְעוּדָה, וְקָאֵי עֲלַיְיהוּ רַב אַחָא בְּרֵיהּ דְּרָבָא. אַמֵּימָר בָּרֵיך עַל כָּל כָּסָא וְכָסָא, וּמָר זוּטְרָא בָּרֵיךְ אַכָּסָא קַמָּא וְאַכָּסָא בָּתְרָא, רַב אָשֵׁי בָּרֵיךְ אַכָּסָא קַמָּא, וְתוּ לָא בְּרִיךְ.

Ameimar, Mar Zutra et Rav Ashi étaient assis à un repas, et Rav Aha fils de Rava se tenait auprès d'eux. Ameimar bénissait sur chaque coupe.

Mar Zutra bénissait sur la première coupe et sur la dernière. Rav Ashi bénissait sur la première coupe, et il ne bénissait plus.

🗂️ Tossefot (2)
בְּרִיךְ אָכַל כָּסָא וְכִסֵּא אַחֲרָיו לֹא הָיָה מְבָרֵךְ דְּבִרְכַּת הַמָּזוֹן פּוֹטֶרֶת וְהָא דְּשִׁינּוּי מָקוֹם צָרִיךְ לְבָרֵךְ הַייְנוּ דַּוְקָא לְפָנָיו וְלֹא לְאַחֲרָיו כִּדְפִיר' לְעֵיל:
Il bénissait sur chaque coupe. Après, il ne bénissait pas, car le birkat ha-mazon dispense. Et ce qu'on dit, qu'un changement de lieu exige de bénir, vise la bénédiction d'avant, et non celle d'après, comme on l'a expliqué plus haut.
רַב אָשֵׁי בָּרֵיךְ אַכָּסָא קַמָּא וְתוּ לָא בָּרֵיךְ אע"ג דְּבִרְכַּת הַמָּזוֹן טְעוּנָה כּוֹס לֹא הָיָה מְבָרֵךְ וּבַיְּרוּשַׁלְמִי נָמֵי קָאָמַר דְּאִם הִתְחִיל לִסְעֹוד בע"ש מִבְּעוֹד יוֹם אֵין צָרִיךְ בְּקִידּוּשׁ לְבָרֵךְ בפה"ג מַשְׁמַע דְּכָל דְּבַר מִצְוָה הַטָּעוּן כּוֹס א"צ לְבָרֵךְ בפה"ג הֵיכָא דְּלָא הָוֵי הֶפְסֵק וא"ת א"כ אַמַּאי מְבָרְכִין בְּכוֹס שֵׁנִי שֶׁאַחַר הַגָּדָה בפה"ג אֲפִילּוּ תְּהֵא הַגָּדָה טְעוּנָה כּוֹס אֵין צָרִיךְ לְבָרֵךְ דְּלָא הָוֵי הֶפְסֵק כִּדְאָמַר הָכָא וְי"ל דְּהַגָּדָה וְהַלֵּילָא נָמֵי הָוֵי הֶפְסֵק ואע"ג דְּבֵין רִאשׁוֹן לִשְׁנֵי אִם רָצָה לִשְׁתּוֹת יִשְׁתֶּה מִכֵּיוָן דְּהִתְחִיל אֲשֶׁר גְּאָלָנוּ אָסוּר לִשְׁתּוֹת וְהָוֵי כְּמוֹ בִּרְכַּת הַמָּזוֹן דְּמַסְּקִינַן הָכָא דְּצָרִיךְ לְבָרֵךְ ומ"מ חֲשִׁיב קִידּוּשׁ בִּמְקוֹם סְעוּדָה דִּלְעִנְיָן זֶה לָא חֲשִׁיבָא הַגָּדָה הֶפְסֵק וּלְמַאי דְּפָרֵישִׁית דְּהָוְיָא הַגָּדָה הֶפְסֵק צָרִיךְ לְבָרֵךְ אַחַר יְרָקוֹת בּוֹרֵא נְפָשׁוֹת וְגַם נִרְאֶה לְבָרֵךְ אַחַר כָּל אַרְבַּע כּוֹסוֹת עַל הַגֶּפֶן חוּץ מִכּוֹס שֵׁנִי הַסָּמוּךְ לַסְּעוּדָה וְגַם אַחַר ב' כּוֹסוֹת שֶׁל אֵירוּסִין וְנִשּׂוּאִין נִרְאֶה דְּצָרִיךְ לְבָרֵךְ אַחַר כָּל אֶחָד עַל הַגֶּפֶן:
Rav Ashi bénissait sur la première coupe et ne bénissait plus. Bien que le birkat ha-mazon exige une coupe, il ne bénissait pas. Le Talmud de Jérusalem dit aussi : s'il a commencé à manger vendredi de jour, il n'a pas à dire bore peri ha-gafen au kiddouch. On en déduit : toute mitsva qui exige une coupe n'exige pas bore peri ha-gafen lorsqu'il n'y a pas d'interruption. On objectera : pourquoi bénit-on alors bore peri ha-gafen sur la deuxième coupe, après la Haggada ? Même si la Haggada exige une coupe, on n'aurait pas à bénir, puisqu'il n'y a pas d'interruption, comme on le dit ici. On peut répondre : la Haggada et le Hallel sont aussi une interruption. Entre la première et la deuxième, s'il veut boire, il boit. Dès qu'on a commencé acher ge'alanou, il est interdit de boire, et c'est comme le birkat ha-mazon, dont nous concluons ici qu'il faut bénir. Néanmoins cela compte comme un kiddouch à l'endroit du repas : sur ce point, la Haggada ne compte pas comme une interruption. Selon ce que j'ai expliqué, la Haggada étant une interruption, il faut bénir après les légumes bore nefachot. Il paraît aussi qu'il faut bénir après chacune des quatre coupes al ha-gefen, sauf la deuxième coupe, qui touche le repas. Après les deux coupes des fiançailles (eiroussin) et du mariage (nissouin), il paraît aussi qu'il faut bénir après chacune al ha-gefen.
💡 Explication

Trois pratiques au même repas, sous les yeux de Rav Aha fils de Rava.

Ameimar : une bénédiction par coupe. Mar Zutra : la première, au début du repas, et la dernière, coupe du birkat ha-mazon. Rav Ashi : la première seule. La suite dira qu'Ameimar se ravisait chaque fois, et que la halakha suit Mar Zutra.

🖼️ Schéma
Trois façons de bénir le vin au repasAmeimar, Mar Zutra, Rav Ashi. Rav Aha fils de Rava les sert.Ameimarbore peri ha-gafensur chaque coupeIl se raviseChaque coupe devaitêtre la dernière.L'attention se retire,il bénit de nouveau.Mar Zutrapremière coupeet dernière coupeComme les disciplesde RavDire : nous bénirons,retire l'attention.On rebénit aprèsle birkat ha-mazon.Rav Ashipremière coupeseulementPreuve : yaknehUne bénédictionsur le vin suffitpour kiddouchet havdala.Halakha : Mar Zutra et les disciples de RavLe birkat ha-mazon retire l'attention. On dit bore peri ha-gafen avant de boire la coupe.Celui qui se ravise, comme Ameimar : nouvelle bénédiction avant la coupe suivante.Pas de bénédiction finale pour ce seul motif.
Trois usages. La halakha retient la première coupe et la coupe du birkat ha-mazon.
3
אֲמַר לְהוּ רַב אַחָא בַּר רָבָא: אֲנַן כְּמַאן נַעֲבִיד? אָמֵימָר אָמַר: נִמְלַךְ אֲנָא. מַר זוּטְרָא אָמַר: אֲנָא דַּעֲבַדִי כְּתַלְמִידֵי דְרַב.

Rav Aha bar Rava leur a dit : selon qui devons-nous agir ? Ameimar a dit : moi, je me ravise.

Mar Zutra a dit : moi, j'agis comme les disciples de Rav.

⚖️ Rosh (1)
אָמֵימָר וּמַר זוּטְרָא וְרַב אָשֵׁי הֲווֹ יָתְבִי בִּסְעוֹדְתָּא וְקָאֵי עֲלַיְיהוּ רַב אַחָא בְּרֵיהּ דְּרָבָא. אָמֵימָר בְּרִיךְ אָכַל כָּסָא וְכִסֵּא. וּמָר זוּטְרָא בָּרֵיךְ אַכָּסָא קַמָּא וְאַכָּסָא בָּתְרָא וְרַב אָשֵׁי בָּרֵיךְ אַכָּסָא קַמָּא וְתוּ לָא בָּרֵיךְ אָמַר רַב אַחָא בְּרֵיהּ דְּרָבָא אֲנַן כְּמַאן נַעֲבֵיד אַמֵּימָר אָמַר אֲנָא נִמְלַךְ אֲנָא וּמַר זוּטְרָא אָמַר אֲנָא דַּעֲבַדִי כְּתַלְמִידֵי דְּרַב דְּרַב בְּרוֹנָא וְרַב חֲנַנְאֵל תַּלְמִידֵי דְּרַב הָווּ יָתְבוּ בִּסְעוֹדְתָּא וְקָאֵי עֲלַיְיהוּ רַב ייֵבָא סָבָא אֲמַרוּ לֵיהּ הַב לַן וְנִבָרֵךְ וַהֲדַר אֲמַרוּ לֵיהּ הַב לַן וְנִשְׁתֵּי אֲמַר לְהוּ הָכִי אָמַר רַב כֵּיוָן דְּאָמְרִיתוּ הַב לַן וְנִיבָרֵךְ אִיתְּסַר לְכוּ לְמִישְׁתֵּי. פֵּירוּשׁ מִשּׁוּם דְּעָקְרִיתוּ דַּעְתַּיְיכוּ מִמִּישְׁתָּא הִלְכָּךְ אִי בָּעֵיתוּ לְמִישְׁתֵּי צְרִיכִיתוּ לְבָרֵךְ בּוֹרֵא פְּרִי הַגָּפֶן וְרַשְׁבָּ"ם פֵּירֵשׁ אִיתְּסַר לְכוּ לְמִישְׁתֵּי עַד דְּבָרְכִיתוּ בהמ"ז וּכְמוֹ שָׁפֵי' רַב אִלְפָּס עִיקָּר וְזֶה בֵּיאַרְתִּי בְּפָ' כִּיסּוּי הַדָּם סִי' ה'. וְהִלְכְתָא כְּמַר זוּטְרָא דְּתַלְמִידֵי דְּרַב קָיְימִי כְּוָותֵיהּ דְּאַפֵּי' הַב לָן וּנְבָרֵיךְ הָוֵי כְּהֶיסַּח הַדַּעַת לְהַצְרִיךְ בפה"ג כ"ש בהמ"ז. וּמֵהַאי טַעְמָא נָמֵי נִשְׁתַּנָּה בהמ"ז מִכָּל דְּבָרִים הָאֲחֵרִים הַטְּעוּנִים כּוֹס כְּגוֹן קִידּוּשׁ וְהַבְדָּלָה בִּרְכַּת חֲתָנִים וּבִרְכַּת מִילָה שֶׁכֻּולָּן בּוֹרֵא פְּרִי הַגָּפֶן קוֹדַמְתָּן וְכָאן מְבָרֵךְ בּוֹרֵא פְּרִי הַגָּפֶן בָּאַחֲרוֹנָה. וְאֵין לוֹמַר מִשּׁוּם דא"א לְבָרֵךְ בּוֹרֵא פְּרִי הַגָּפֶן תְּחִלָּה שֶׁהֲרֵי אִם הָיָה רוֹצֶה לִשְׁתּוֹת הָיָה שׁוֹתֶה בְּלֹא בפה"ג וְאֵיךְ יִתָּכֵן שֶׁיְּבָרֵךְ בּוֹרֵא פְּרִי הַגָּפֶן דְּהָא לֵיתָא דְּהָא מִכִּי אָמַר הַב לָן וּנְבָרֵיךְ אָסוּר לִשְׁתּוֹת בְּלֹא בפה"ג. כָּל שֶׁכֵּן שֶׁנָּטַל הַכּוֹס בְּיָדוֹ לְבָרֵךְ. אֶלָּא הַייְנוּ טַעְמָא לְפִי שֶׁבְּבִרְכַּת הַמָּזוֹן הוּא מוֹדֶה וּמְשַׁבֵּחַ לַבּוֹרֵא עַל מַה שֶּׁאָכַל וְשָׁתָה וַהֲוָה הֶיסַּח הַדַּעַת וְהֶפְסֵק עַל מַה שֶּׁעָשָׂה וַאֲפִילּוּ עַל בפה"ג שֶׁבֵּירֵךְ וְהַכּוֹס בְּיָדוֹ וְהִלְכָּךְ צָרִיךְ לְבָרֵךְ תֵּכֶף לִשְׁתִייָּתוֹ. וּמַה שֶׁאֵין מְבָרְכִין בְּרָכָה אַחֲרוֹנָה עַל הַיַּיִן שֶׁבְּתוֹךְ הַמָּזוֹן אֲפִילּוּ אִם לֹא נִשְׁאַר לוֹ כּוֹס לְבִרְכַּת הַמָּזוֹן. פִּי' רַשְׁבָּ"ם מִשּׁוּם דְּבִרְכַּת הַמָּזוֹן פּוֹטֶרֶת מִקַּל וָחֹומֶר הַשְׁתָּא בְּרָכָה מֵעֵין שָׁלֹשׁ פּוֹטֶרֶת שָׁלֹשׁ מִיבְּעֵי. וְהַאי קַל וָחֹומֶר פְּרִיכָא הוּא דִּדְבָרִים הַבָּאִים שֶׁלֹּא מֵחֲמַת סְעוּדָה בְּתוֹךְ הַסְּעוּדָה יוֹכִיחוּ שֶׁטְּעוּנִין בְּרָכָה לִפְנֵיהֶם וּלְאַחֲרֵיהֶם וְאֵין בִּרְכַּת הַמָּזוֹן פּוֹטַרְתָּן. אֶלָּא הַייְנוּ טַעְמָא מִשּׁוּם דְּהַיַּיִן בָּא לִשְׁרוֹת הָאֲכִילָה וְאִי אֶפְשָׁר לַאֲכִילָה בְּלֹא שְׁתִיָּה וְהָוֵי כִּדְבָרִים הַבָּאִים תּוֹךְ הַסְּעוּדָה מֵחֲמַת הַסְּעוּדָה שֶׁאֵינָן טְעוּנִין בְּרָכָה לֹא לִפְנֵיהֶם וְלֹא לְאַחֲרֵיהֶם. וּמֵהַאי טַעְמָא פָּרִיךְ הָתָם יַיִן נָמֵי לִיפְטְרֵיהּ פַּת שֶׁלֹּא יְבָרֵךְ עָלָיו בפה"ג וּמְשַׁנֵּי דְּמֵחֲמַת חֲשִׁיבוּתוֹ גּוֹרֵם בְּרָכָה לְעַצְמוֹ. אֲבָל לְאַחֲרָיו וַדַּאי נִפְטַר מֵהַאי טַעְמָא. וּבַהֲלָכוֹת גְּדוֹלוֹת כָּתַב דְּכוֹס שֶׁל בִּרְכַּת הַמָּזוֹן אֵין צָרִיךְ לְבָרֵךְ לְאַחֲרֶיהָ. וּדְבַר תֵּימַהּ הוּא וְשֶׁמָּא חָשְׁבוּ כְּבָא מֵחֲמַת הַסְּעוּדָה אע"פ שֶׁהִפְסִיק בְּבִרְכַּת הַמָּזוֹן. וְהָעוֹלָם לֹא נָהֲגוּ כֵּן. וְרַב אָשֵׁי אָמַר לֵית הִלְכְתָא כְּתַלְמִידֵי דְּרַב דְּהָא יוֹם טוֹב אַחַר הַשַּׁבָּת וְקָאָמַר רַב יקנ"ה וְהִנֵּה הַבְּרָכָה אֵינָהּ מַפְסֶקֶת וְכָל שֶׁכֵּן אִי אָמַר הַב לָן וּנְבָרֵיךְ. וְלֹא הִיא הָתָם כִּי אָמַר הַב לָן וּנְבָרֵיךְ עָקַר דַּעְתָּא מִמִּישְׁתָּא וּמֵיכְלָא. וְהָכָא אִיתָא לְכִסֵּא בִּידֵיהּ וְדַעְתֵּיהּ לְמִישְׁתְּייֵהּ וּבְרָכוֹת דְּקָא מְסַדֵּר עֲלָהּ כַּחֲדָא בְּרָכָה דָּמְייָן וקי"ל כְּמַר זוּטְרָא וּכְתַלְמִידֵי דְּרַב. וּבְנִמְלָךְ קי"ל כְּאָמֵימָר דְּאִי בְּרִיךְ אֶחָד כָּסָא אַדַּעְתָּא דְּלָא לִישְׁתֵּי אֶלָּא הַהוּא כָּסָא בִּלְחוּד וַהֲדַר אִימְּלִיךְ לְמִישְׁתָּא כָּסָא אַחֲרִיתִי בָּעֵי לְבָרוֹכֵי בּוֹרֵא פְּרִי הַגָּפֶן וַהֲדַר שָׁתֵי אֲבָל בְּרָכָה אַחֲרוֹנָה לָא בָּעֵי דְּהֶיסַּח הַדַּעַת לֹא מַצְרִיךְ בְּרָכָה אֶלָּא לְהַבָּא.
Ameimar, Mar Zutra et Rav Ashi étaient assis à un repas, et Rav Aha fils de Rava se tenait auprès d'eux. Ameimar bénissait sur chaque coupe. Mar Zutra bénissait sur la première coupe et sur la dernière, et Rav Ashi bénissait sur la première coupe et ne bénissait plus. Rav Aha fils de Rava a dit : selon qui devons-nous agir ? Ameimar a dit : moi, je me ravise. Mar Zutra a dit : moi, j'agis comme les disciples de Rav. Car Rav Brouna et Rav Hananel, disciples de Rav, étaient assis à un repas, et Rav Yeiva l'ancien se tenait auprès d'eux. Ils lui ont dit : donne-nous et nous bénirons. Ensuite ils lui ont dit : donne-nous et nous boirons. Il leur a dit : ainsi a dit Rav : puisque vous avez dit donne-nous et nous bénirons, il vous est interdit de boire. Explication : parce que vous avez déraciné votre attention de la boisson. Par conséquent, si vous voulez boire, vous devez bénir bore peri ha-gafen. Le Rachbam explique : il vous est interdit de boire jusqu'à ce que vous ayez dit le birkat ha-mazon. Comme l'explique Rav Alfas, c'est là l'essentiel. Je l'ai éclairci au chapitre du recouvrement du sang, siman 5. La halakha suit Mar Zutra, car les disciples de Rav se tiennent comme lui : même ' donne-nous et nous bénirons ' compte comme un détournement de l'attention (heisekh ha-daat) qui exige bore peri ha-gafen, à plus forte raison le birkat ha-mazon. Pour cette raison aussi, le birkat ha-mazon se distingue de toutes les autres choses qui exigent une coupe, comme le kiddouch, la havdala, la bénédiction des mariés et la bénédiction de la circoncision : pour toutes, bore peri ha-gafen les précède, et ici l'on bénit bore peri ha-gafen à la fin. On ne dira pas que c'est parce qu'il est impossible de bénir bore peri ha-gafen au début, puisque, s'il voulait boire, il boirait sans bore peri ha-gafen, et comment se ferait-il qu'il bénisse bore peri ha-gafen ? Cela ne tient pas : dès qu'il a dit ' donne-nous et nous bénirons ', il est interdit de boire sans bore peri ha-gafen. À plus forte raison lorsqu'il a pris la coupe en main pour bénir. La raison est celle-ci : dans le birkat ha-mazon, il remercie et loue le Créateur pour ce qu'il a mangé et bu. Il y a détournement de l'attention et interruption sur ce qu'il a fait, même sur le bore peri ha-gafen qu'il a dit en tenant la coupe. Il faut donc bénir aussitôt avant de boire. Ce qu'on ne dit pas de bénédiction finale sur le vin pris pendant le repas, même s'il ne lui reste pas de coupe pour le birkat ha-mazon. Le Rachbam explique : le birkat ha-mazon dispense, par kal va-homer (a fortiori) : si une bénédiction du genre des trois (me'ein chaloch) dispense, à plus forte raison les trois bénédictions. Ce kal va-homer est réfutable : les choses qui viennent au cours du repas sans venir à cause du repas le prouvent. Elles exigent une bénédiction avant elles et après elles, et le birkat ha-mazon ne les dispense pas. La raison est celle-ci : le vin vient faire passer la nourriture, et manger sans boire ne se fait pas. Il est comme les choses qui viennent au cours du repas à cause du repas, lesquelles n'exigent de bénédiction ni avant elles ni après elles. Pour cette raison on objecte là-bas : que le pain dispense aussi le vin, de sorte qu'on ne dirait pas bore peri ha-gafen sur lui. On répond : à cause de son importance, il provoque une bénédiction pour lui-même. Après lui, il est dispensé pour cette raison. Les Halakhot Gedolot écrivent que la coupe du birkat ha-mazon n'exige pas de bénédiction après elle. C'est une chose étonnante. Peut-être l'ont-ils comptée comme venant à cause du repas, bien qu'on se soit interrompu par le birkat ha-mazon. L'usage courant ne va pas dans ce sens. Rav Ashi a dit : la halakha ne suit pas les disciples de Rav, car un Yom Tov après le Chabbat, et Rav a dit yakneh (vin, kiddouch, lumière, havdala). Voici que la bénédiction n'interrompt pas, à plus forte raison s'il a dit ' donne-nous et nous bénirons '. Il n'en est pas ainsi. Là, quand il dit ' donne-nous et nous bénirons ', il déracine son attention de la boisson et du manger. Ici, la coupe est dans sa main, son attention est de la boire, et les bénédictions qu'il enchaîne sur elle comptent comme une seule bénédiction. Nous tenons comme Mar Zutra et comme les disciples de Rav. Pour celui qui se ravise (nimlakh), nous tenons comme Ameimar : s'il a béni sur une coupe avec l'intention de ne boire que cette coupe-là, puis il s'est ravisé pour boire une autre coupe, il doit dire bore peri ha-gafen, puis il boit. Une bénédiction finale, il n'en a pas besoin : le détournement de l'attention n'exige une bénédiction que pour la suite.
💡 Explication

Nimlakh : Ameimar croyait, à chaque coupe, que ce serait la dernière. L'attention se retirait, d'où une nouvelle bénédiction. Il ne pose pas une règle pour toute coupe.

Mar Zutra s'aligne sur Rav Brouna et Rav Hananel : préparer le birkat ha-mazon retire l'attention du vin. Le Roch tranche comme Mar Zutra, et comme Ameimar seulement pour celui qui se ravise.

4
וְרַב אַשִּׁי אָמַר: לֵית הִילְכְתָא כְּתַלְמִידֵי דְרַב, דְּהָא יוֹם טוֹב שֶׁחָל לִהְיוֹת אַחַר הַשַּׁבָּת, וְאָמַר רַב: יקנ״ה.

Et Rav Ashi a dit : la halakha ne suit pas les disciples de Rav. Car un Yom Tov qui tombe après le Chabbat, Rav a dit : yakneh (vin, kiddouch, lumière, havdala).

📜 Rachi (1)
וְאָמַר רַב יקנ"ה וְלָא בָּעֵי לְבָרוֹכֵי בִּרְכַּת הַיַּיִן תְּרֵי זִימְנֵי חֲדָא אַקִּידּוּשׁ וַחֲדָא אַהַבְדָּלָה וה"ה לִתְרֵי כָּסֵי דְּקִידּוּשׁ הַיּוֹם וּבִרְכַּת הַמָּזוֹן:
Et Rav a dit yakneh : il n'a pas besoin de dire la bénédiction du vin deux fois, une pour le kiddouch et une pour la havdala. Il en va de même pour les deux coupes, celle du kiddouch du jour et celle du birkat ha-mazon.
🗂️ Tossefot (1)
וְקָאָמַר רַב יקנ"ה פֵּי' בַּקּוּנְטְרֵס דְּדָייֵק מִדְּלָא מַצְרִיךְ לְבָרֵךְ תְּרֵי זִימְנֵי בפה"ג חַד אַקִּידּוּשׁ וְחַד אַהַבְדָּלָה אַלְמָא לָא הָוֵי קִידּוּשׁ הֶפְסֵק וְהוּא הַדִּין נָמֵי בִּרְכַּת הַמָּזוֹן וְקָשֶׁה דְּאֵיךְ יְבָרֵךְ פַּעֲמַיִם בפה"ג עַל כּוֹס א' וְזֶה לֹא מָצִינוּ וְנִרְאֶה דְּדָיֵיק מִדְּלָא תִּיקְּנוּ יַיִן לְבַסּוֹף ש"מ דְּלָא הָוֵי הֶפְסֵק הוּא הַדִּין נָמֵי בִּרְכַּת הַמָּזוֹן:
Et Rav a dit yakneh. Le commentaire explique : il déduit de ce qu'on n'exige pas de dire deux fois bore peri ha-gafen, une pour le kiddouch et une pour la havdala. On en déduit que le kiddouch ne fait pas interruption, et il en va de même du birkat ha-mazon. C'est difficile : comment dirait-il deux fois bore peri ha-gafen sur une seule coupe ? Nous ne trouvons pas cela. Il paraît qu'il déduit de ce qu'on n'a pas institué le vin à la fin. On apprend ainsi qu'il n'y a pas d'interruption, et il en va de même du birkat ha-mazon.
💡 Explication

Yakneh : yayin, kiddouch, ner, havdala. Rav Ashi en tire une preuve contre les disciples de Rav. Le kiddouch s'intercale entre la bénédiction sur le vin et la havdala, et l'on ne redit pas bore peri ha-gafen.

Tossefot : la déduction porte sur l'ordre institué. On n'a pas placé une seconde bénédiction sur le vin à la fin. Rav Ashi transporte cela au birkat ha-mazon.

🖼️ Schéma
Preuve de Rav Ashi : l'ordre yaknehYom Tov après le Chabbat. Une bénédiction sur le vin.1. Vinbore peri ha-gafen2. Kiddouchsainteté du jour3. Lumièrener4. Havdalasans second vinRav Ashi : le kiddouch intercalé n'exige pas une seconde bénédiction sur le vin.
Yakneh : une bénédiction sur le vin, puis kiddouch, lumière, havdala.
5
וְלֹא הִיא, הָתָם — עָקַר דַּעְתֵּיהּ מִמִּשְׁתְּיָא, הָכָא — לָא עָקַר דַּעְתֵּיהּ מִמִּשְׁתְּיָא.

Il n'en est pas ainsi. Là-bas, il a déraciné son attention de la boisson.

Ici, il n'a pas déraciné son attention de la boisson.

🗂️ Tossefot (1)
וְלֹא הִיא כו' וְהָכִי מַסְּקִינַן דִּמְבָרְכִין אַכָּסָא דְּבִרְכְּתָא וְקָשֶׁה דְּאָמְרִינַן בְּכִיסּוּי הַדָּם (חֻולִּין דַּף פֹּז.) דְּכוֹס שֶׁל בְּרָכָה אַתָּה שׁוֹתֶה אוֹ מ' זְהוּבִים אַתָּה נוֹטֵל וְהַשְׁתָּא הָאִיכָּא נ' זְהוּבִים בִּשְׁבִיל בִּרְכַּת בּוֹרֵא פְּרִי הַגָּפֶן וְי"ל דְּהָתָם לָא נְקַט נ' מִשּׁוּם רַב אַשִּׁי דְּלָא בְּרִיךְ אַכָּסָא דְּבִרְכְּתָא וְעוֹד פְּעָמִים מְבָרְכִין בִּרְכַּת הַמָּזוֹן בְּלֹא כּוֹס:
Il n'en est pas ainsi, etc. Nous concluons ainsi : on bénit sur la coupe de la bénédiction. C'est difficile. Nous disons au chapitre du recouvrement du sang (Houlin 87a) : ou bien tu bois la coupe de bénédiction, ou bien tu prends quarante pièces d'or. Or il y aurait cinquante pièces d'or, à cause de la bénédiction bore peri ha-gafen. On peut répondre : là-bas on ne compte pas cinquante, à cause de Rav Ashi, qui ne bénissait pas sur la coupe de la bénédiction. En outre, il arrive qu'on dise le birkat ha-mazon sans coupe.
💡 Explication

Là-bas : les mots ' donne-nous et nous bénirons ' décident d'en finir avec la boisson. L'attention est déracinée.

Ici, dans yakneh : on tient encore la coupe, on va la boire. Kiddouch et havdala s'enchaînent sur le même vin. La conclusion retenue : on dit bore peri ha-gafen sur la coupe du birkat ha-mazon.

🖼️ Schéma
La Guemara écarte la preuveLà-bas : birkat ha-mazonIl a déraciné son attentionde la boisson.Il faut rebénir.Ici : yaknehIl n'a pas déracinéson attention.La coupe reste à boire.Conclusion : on bénit sur la coupe du birkat ha-mazon.
Le birkat ha-mazon retire l'attention. Yakneh la laisse sur la coupe.
6
כִּי מְטָא לְאַבְדּוֹלֵי, קָם שַׁמָּעֵיהּ וְאַדְלֵיק אֲבוּקָה מִשְּׁרָגָא. אֲמַר לֵיהּ: לָמָּה לָךְ כֻּולֵּי הַאי, הָא מַנְּחָא שְׁרָגָא! אֲמַר לֵיהּ: שַׁמָּעָא מִדַּעְתֵּיהּ דְּנַפְשֵׁיהּ קָא עָבֵיד. אֲמַר לֵיהּ: אִי לָא שְׁמִיעַ לֵיהּ מִינֵּיהּ דְּמָר, לָא הֲוָה עֲבִיד! אֲמַר לֵיהּ: לָא סָבַר לֵיהּ מָר אֲבוּקָה לְהַבְדָּלָה מִצְוָה מִן הַמֻּובְחָר.

Quand vint le moment de faire la havdala, son serviteur se leva et alluma une torche à la lampe. Il lui dit : pourquoi te faut-il tout cela ?

La lampe est posée ! Il lui dit : le serviteur agit de sa propre initiative.

Il lui dit : s'il ne l'avait pas entendu du maître, il ne l'aurait pas fait. Il lui dit : le maître ne tient-il pas qu'une torche pour la havdala est la façon la plus choisie d'accomplir la mitsva ?

📜 Rachi (4)
כִּי מְטָא רָבָא לְאַבְדּוֹלֵי בְּמוֹצָאֵי שַׁבָּת וּלְעֵיל קָאֵי אֶלָּא אַגַּב גְּרָרָא אַיְיתִינְהוּ לְהָנָךְ תַּרְתֵּי עוֹבְדֵי וְעֻובְדָּא רִאשׁוֹנָה בְּשַׁבָּת הֲוָה:
Quand vint : Rava, pour faire la havdala à la sortie du Chabbat. Cela se rattache à plus haut. C'est en passant qu'on a amené ces deux récits, et le premier récit avait lieu un Chabbat.
קָא מַתְלֵי נוּרָא בִּשְׁרָגָא מַדְלִיק אֲבוּקָה בַּנֵּר:
Il attache le feu à la lampe : il allume une torche à la bougie.
א"ל רַב יַעֲקֹב בַּר אַבָּא לָמָּה לֵיהּ לְמָר כֻּולֵּי הַאי הָא אִיכָּא שְׁרָגָא:
Il lui dit : Rav Yaakov bar Abba. Pourquoi le maître a-t-il besoin de tout cela ? Il y a une lampe.
אַדַּעְתֵּיהּ דְּנַפְשֵׁיהּ כְּלוֹמַר מֵעַצְמוֹ אֲשֶׁר לֹא צִוִּיתִיו:
De sa propre initiative : c'est-à-dire de lui-même, alors que je ne le lui avais pas ordonné.
💡 Explication

Retour au récit de Rava et de Rav Yaakov bar Abba, à la sortie du Chabbat. Les deux repas précédents ont été insérés en passant.

Le serviteur allume une avouka, une torche, à partir de la cheraga, la lampe déjà là. Rava : la torche est mitsva min ha-muvhar, la façon la plus choisie. La flamme est plus grande.

🖼️ Schéma
Lampe ou torche pour la havdalaLa lampe (cheraga)Déjà allumée, posée là.Rav Yaakov bar Abba :pourquoi aller plus loin ?La torche (avouka)Allumée à partir de la lampe.Rava : façon la plus choisied'accomplir la mitsva.
La lampe suffit pour la bénédiction. La torche est la façon la plus choisie.
7
פָּתַח וְאָמַר: ״הַמַּבְדִּיל בֵּין קֹודֶשׁ לְחֹול בֵּין אוֹר לְחֹשֶׁךְ בֵּין יִשְׂרָאֵל לָעַמִּים בֵּין יוֹם הַשְּׁבִיעִי לְשֵׁשֶׁת יְמֵי הַמַּעֲשֶׂה״ אֲמַר לֵיהּ: לָמָּה לָךְ כֻּולֵּי הַאי? וְהָאָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: ״הַמַּבְדִּיל בֵּין קֹודֶשׁ לְחֹול״ זוֹ הִיא הַבְדָּלָתוֹ שֶׁל רַבִּי יְהוּדָה הַנָּשִׂיא?

Il ouvrit et dit : ' Celui qui distingue entre le saint et le profane, entre la lumière et les ténèbres, entre Israël et les peuples, entre le septième jour et les six jours de l'ouvrage. ' Il lui dit : pourquoi te faut-il tout cela ? Rav Yehouda a dit au nom de Rav : ' Celui qui distingue entre le saint et le profane ', c'est là la havdala de Rabbi Yehouda ha-Nassi ?

💡 Explication

Rava dit quatre formules de havdala. Rav Yaakov bar Abba objecte : Rabbi Yehouda ha-Nassi se contentait d'une seule, hamavdil bein kodech le-hol.

8
אֲמַר לֵיהּ: אֲנָא כְּהָא סְבִירָא לִי, דְּאָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר אָמַר רַבִּי אוֹשַׁעְיָא: הַפּוֹחֵת לֹא יִפְחֹות מִשָּׁלֹשׁ, וְהַמּוֹסִיף לֹא יוֹסִיף עַל שֶׁבַע. אֲמַר לֵיהּ:

Il lui dit : moi, je tiens comme ceci, car Rabbi Elazar a dit au nom de Rabbi Ochaya : celui qui réduit ne réduira pas en dessous de trois, et celui qui ajoute n'ajoutera pas au-delà de sept. Il lui dit :

📜 Rachi (1)
עַל שֶׁבַע מְפָרֵשׁ לְהוּ לְקַמֵּיהּ:
Au-delà de sept : il les expliquera plus loin.
⚖️ Rosh (1)
וְכִי מְטָא לְאַבְדּוֹלֵי קָם שַׁמָּעֵיהּ אַדְלִיק אֲבוּקָה מִשְּׁרָגָא א"ל לָמָּה לֵיהּ לְמַר לְמֶיעְבַּד כֻּולֵּי הַאי הָא מַנְחָא שְׁרָגָא. א"ל וְלֹא סָבַר מָר אֲבוּקָה לְהַבְדָּלָה מִצְוָה מִן הַמֻּובְחָר. פָּתַח וְאָמַר הַמַּבְדִּיל בֵּין קֹודֶשׁ לְחֹול בֵּין אוֹר לְחֹושֶׁךְ בֵּין יִשְׂרָאֵל לָעַמִּים וּבֵין יוֹם הַשְּׁבִיעִי לְשֵׁשֶׁת יְמֵי הַמַּעֲשֶׂה. אֲמַר לָמָּה לֵיהּ לְמַר לְמֵימַר כֻּולֵּי הַאי וְהָא אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל הַמַּבְדִּיל בֵּין קֹודֶשׁ לְחֹול זוֹ הִיא הַבְדָּלָתוֹ שֶׁל רַבִּי יְהוּדָה הַנָּשִׂיא. אֲמַר לֵיהּ אֲנָא כִּי הָא סְבִירָא לִי דְּאָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר אָמַר ר"י הַפּוֹחֵת אַל יִפְחֹות מִשָּׁלֹשׁ וְהַמּוֹסִיף אַל יוֹסִיף עַל שֶׁבַע אֲמַר לֵיהּ וְהָא מָר לָא תְּלָת וְלֹא שֶׁבַע אָמַר. א"ל אִיבְרָא בֵּין יוֹם הַשְּׁבִיעִי לְשֵׁשֶׁת יְמֵי הַמַּעֲשֶׂה מֵעֵין חֲתִימָה הוּא. דְּאָמַר רַב תַּחְלִיפָא בַּר אַבְדִּימִי אָמַר שְׁמוּאֵל כָּל הַבְּרָכוֹת כֻּולָּן צָרִיךְ לוֹמַר מֵעֵין חֲתִימָתָן סָמוּךְ לַחֲתִימָתָן וּבְפוּמְבְּדִיתָא אָמְרִי מֵעֵין פְּתִיחָה סָמוּךְ לַחֲתִימָתָהּ. וקי"ל כִּשְׁמוּאֵל הִלְכָּךְ יוֹם טוֹב שֶׁחָל אַחַר הַשַּׁבָּת בָּעֵי לְמֵימַר מֵעֵין חֲתִימָתָהּ סָמוּךְ לַחֲתִימָתָהּ בֵּין קְדֻושַּׁת שַׁבָּת לִקְדֻושַּׁת יו"ט הִבְדַּלְתָּ וּמַה שֶׁנָּהֲגוּ הָעָם לְהוֹסִיף וְאֶת יוֹם הַשְּׁבִיעִי מִשֵּׁשֶׁת יְמֵי הַמַּעֲשֶׂה קִדַּשְׁתָּ הִבְדַּלְתָּ וְקִדַּשְׁתָּ אֶת עַמְּךָ יִשְׂרָאֵל בִּקְדֻושָּׁתֶךָ תָּמַהּ רַבֵּינוּ אֶפְרַיִם מֵהֵיכָן בָּא לָהֶם תּוֹסֶפֶת זֶה וְגַם אֵינוֹ. לֹא מֵעֵין חֲתִימָה וְלֹא מֵעֵין פְּתִיחָה. וְהֵשִׁיב לוֹ ר"ת מִשּׁוּם דְּאָמַר הַמּוֹסִיף אַל יוֹסִיף עַל שֶׁבַע רָצוּ לִפְעָמִים לְהַזְכִּיר שֶׁבַע הַבְדָּלוֹת וְהוֹסִיפוּ בְּהַבְדָּלַת יו"ט בְּמוֹצָאֵי שַׁבָּת לְפִי שֶׁהֵן מֵעִנְיַן יו"ט. וְאֵלּוּ הֵן בֵּין קֹדֶשׁ לְחֹול בֵּין אוֹר לְחֹושֶׁךְ בֵּין יִשְׂרָאֵל לָעַמִּים הֲרֵי ג' בֵּין יוֹם הַשְּׁבִיעִי לְשֵׁשֶׁת יְמֵי הַמַּעֲשֶׂה אַגַּב דַּאֲמַר לֵיהּ בְּעָלְמָא אַחַר הַשָּׁלֹשׁ אָמַר לֵיהּ נַמֵּי הָכָא וְאֵינוֹ מִן הַמִּנְיָן. בֵּין קְדֻושַּׁת שַׁבָּת לִקְדֻושַּׁת יוֹם טוֹב הִבְדַּלְתָּ הַיְינוּ אֹוכֶל נֶפֶשׁ דְּשָׁרֵי בי"ט. וְאֶת יוֹם הַשְּׁבִיעִי מִשֵּׁשֶׁת יְמֵי הַמַּעֲשֶׂה קִדַּשְׁתָּ הַיְינוּ י"ט אַחֲרוֹן שֶׁל חַג שֶׁהוּא חָלוּק מִשֵּׁשֶׁת יְמֵי חֹול הַמּוֹעֵד שֶׁלְּפָנָיו וְהִבְדַּלְתָּ וְקִדַּשְׁתָּ אֶת עַמְּךָ יִשְׂרָאֵל בִּקְדֻושָּׁתֶךָ הַייְנוּ שְׁתֵּי הַבְדָּלוֹת בֵּין כֹּהֲנִים וּלְוִיִּם וְיִשְׂרְאֵלִים. וְהַייְנוּ מֵעֵין חֲתִימָה הַמַּבְדִּיל בֵּין קֹדֶשׁ לְקֹדֶשׁ וְרֶמֶז בְּעָלְמָא הוּא לְשֶׁבַע הַבְדָּלוֹת דְּמִקְצָתָן אֵינָן כְּתֻובּוֹת בַּתּוֹרָה. הִלְכְתָא אֲבוּקָה לְהַבְדָּלָה מִצְוָה מִן הַמֻּובְחָר. וְהַמַּבְדִּיל לֹא יִפְחֹות מִשָּׁלֹשׁ וְלֹא יוֹסִיף עַל שֶׁבַע ואע"ג דְּאָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל הַמַּבְדִּיל בֵּין קֹודֶשׁ לְחֹול זוֹ הַבְדָּלָתוֹ שֶׁל ר' יְהוּדָה הַנָּשִׂיא וְעֻולָּא נָמֵי עֲבִיד כְּוָותֵיהּ וְאָמְרִי' נָמֵי בְּשַׁבָּת בְּפֶ' שׁוֹאֵל (שַׁבָּת דַּף קנ:) אָמַר רַב אָשֵׁי כִּי הָוֵינַן בֵּי רַב כָּהֲנָא אָמְרִי' הַמַּבְדִּיל בֵּין קֹודֶשׁ לְחֹול וְסָלְתִינַן סִילְתֵּי. אֲפִילּוּ הָכֵי נָהֲגוּ הָעָם לוֹמַר שָׁלֹשׁ וקי"ל כה"ג דְּמִנְהָגָא מִילְּתָא הִיא הִלְכָּךְ צָרִיךְ לְמֵימַר שָׁלֹשׁ הַבְדָּלוֹת בֵּין קֹודֶשׁ לְחֹול בֵּין אוֹר לְחֹושֶׁךְ בֵּין יִשְׂרָאֵל לָעַמִּים. וּבֵין יוֹם הַשְּׁבִיעִי לְשֵׁשֶׁת יְמֵי הַמַּעֲשֶׂה מֵעֵין חֲתִימָה הִיא וְאֵינָהּ מִן הַמִּנְיָן. וְהָא דְּרַב אַשִּׁי לָאו בְּהַבְדָּלָה עַל הַכּוֹס אַיְירֵי אֶלָּא בְּרוֹצֶה לַעֲשׂוֹת חֲפָצָיו קֹודֶם שֶׁיַּבְדִּיל עַל הַכּוֹס דְּבָעֵי לְמֵימַר בָּרוּךְ אַתָּה ה' אֱ-לֹהֵינוּ מֶלֶךְ הָעוֹלָם הַמַּבְדִּיל בֵּין קֹודֶשׁ לְחֹול. אֲבָל עַל הַכּוֹס מוֹדֶה הוּא לְמֶיעְבַּד כְּבָרַיְיתָא. מִיחְתָּם מַאי חָתֵים רַב אָמַר מְקַדֵּשׁ יִשְׂרָאֵל. וּשְׁמוּאֵל אָמַר הַמַּבְדִּיל בֵּין קֹודֶשׁ לְחֹול. וְהִלְכְתָא כִּשְׁמוּאֵל. דְּהָא אַבָּיֵי וְאִיתֵּימָא רַב יוֹסֵף לָייֵט אַהָא דְּרַב וְהִלְכְתָא אוֹמְרִים הַבְדָּלוֹת בְּמוֹצָאֵי שַׁבָּת וּבְמוֹצָאֵי יוֹם טוֹב וּבְמוֹצָאֵי יוֹם הַכִּפּוּרִים וּבְמוֹצָאֵי יו"ט חֻולּוֹ שֶׁל מוֹעֵד וּבְמוֹצָאֵי שַׁבָּת לְיוֹם טוֹב אֲבָל לֹא בְּמוֹצָאֵי י"ט לְשַׁבָּת. גָּרְסִי' בְּסוֹף פֶּרֶק קַמָּא דְּחֻולִּין דַּף כו: אָמַר רָבָא יוֹם טוֹב שֶׁחָל לִהְיוֹת בְּאֶמְצַע הַשַּׁבָּת אוֹמְרִים הַמַּבְדִּיל בֵּין קֹודֶשׁ לְחֹול בֵּין אוֹר לְחֹושֶׁךְ וּבֵין יִשְׂרָאֵל לָעַמִּים בֵּין יוֹם הַשְּׁבִיעִי לְשֵׁשֶׁת יְמֵי הַמַּעֲשֶׂה. מ"ט סֵדֶר הַבְדָּלוֹת הוּא מוֹנֶה. תַּנְיָא לֵילֵי שַׁבָּת וְלֵילֵי יו"ט יֵשׁ בָּהֶן קְדֻושָּׁה עַל הַכּוֹס וְיֵשׁ בָּהֶן הַזְכָּרָה בְּבִרְכַּת הַמָּזוֹן שַׁבָּת וי"ט אֵין בָּהֶם קְדֻושָּׁה עַל הַכּוֹס וְיֵשׁ בָּהֶם אַזְכָּרָה בְּבִרְכַּת הַמָּזוֹן. רַב חֲנַנְיָא בַּר שֶׁלֶמְיָא וְתַלְמִידֵי דְּרַב הֲווֹ יָתְבִי בִּסְעוֹדְתָּא וַהֲוָה קָאֵי עֲלַיְיהוּ רַב ייֵבָא סָבָא. אָמְרוּ לֵיהּ זִיל עַייֵּן אִי נַגְהֵי יוֹמָא וְנִפְסוֹק וְנִיקְבָּעֶיהָ לְשַׁבָּת. פִּי' נִפְסֹוק בַּעֲקִירַת שֻׁולְחָן. אֲמַר לְהוּ לָא צְרִיכְתּוּ דְּהָא קָבְעָה נַפְשָׁהּ כְּלוֹמַר וְדַי בִּפְרִיסַת מַפָּה. דְּהָכִי אָמַר רַב כְּשֵׁם שֶׁשַּׁבָּת קוֹבַעַת לְמַעֲשֵׂר כָּךְ קוֹבַעַת לְקִידּוּשׁ פִּי' כָּל דָּבָר שֶׁאוֹכֵל מִמֶּנּוּ בְּחוֹל עֲרַאי וַעֲדַיִין לֹא הוֹצִיא מִמֶּנּוּ הַמַּעֲשֵׂר אָסוּר לֶאֱכֹול מִמֶּנּוּ בְּשַׁבָּת אא"כ עִישֵּׂר. מ"ט כֵּיוָן דִּכְתִיב וְקָרָאתָ לַשַּׁבָּת עֹונֶג וּבָעֵי לְעַנּוֹגֵי לְשַׁבָּת בְּמַאֲכָל וּבְמִשְׁתֶּה אִיסְתַּלַּקוּ לְהוּ כֻּולֵּי פְּרִי מִתּוֹרַת עֲרַאי וְהָווּ לְהוּ לְשַׁבָּת כְּמַאן דְּאַזְּמִינְהוּ לְמֵיכַל מִינַּייְהוּ בְּשַׁבָּת בְּתוֹרַת קֶבַע וְאִי לָא עַשְּׂרִינְהוּ מִבְּעוֹד יוֹם אָסוּר לְמָעַשְׂרִינְהוּ מִשֶּׁחֲשֵׁיכָה וְאִי עַשְּׂרִינְהוּ מִבְּעוֹד יוֹם מָצֵי לְמֵיכַל מִינַּייְהוּ בְּשַׁבָּת. וַאֲפִילּוּ סָפֵק חֲשֵׁיכָה סָפֵק אֵינָהּ חֲשֵׁיכָה אֵין מְעַשְּׂרִין אֶת הַוַּדַּאי וּבְאוֹתָהּ שַׁבָּת קְבַעְתֶּן הַשַּׁבָּת לְמַעֲשֵׂר וְאָסוּר לֶאֱכֹול מֵהֶם בְּאוֹתָהּ שַׁבָּת מִפְּנֵי שֶׁנִּקְבְּעוּ לְמַעֲשֵׂר. וְכֵן סָפֵק חֲשֵׁיכָה סָפֵק אֵינָהּ חֲשֵׁיכָה קוֹבַעַת הַשַּׁבָּת לְעַצְמָהּ לְקִידּוּשׁ וְלָא צְרִיכְתּוּ לְמֵידַק אִי חֲשֵׁיכָה אִי לֹא חֲשֵׁיכָה לְמִיקַּבְעָה מִשּׁוּם דְּהִיא קָבְעָה נַפְשָׁהּ הוֹאִיל וּסְפֵק חֲשֵׁיכָה וְסָפֵק אֵינוֹ חֲשֵׁיכָה הוּא. פְּרוּסוּ מַפָּה וְקִידְּשׁוּ וְתִיהַדְּרוּ לִסְעוֹדָתַייְכוּ. וְקָא קָשֶׁה לִי לְפֵירוּשׁ זֶה מָה אַייְּתִי רְאָיָה מִקְּבִיעַת שַׁבָּת לְמַעֲשֵׂר לְעִנְיַן סָפֵק חֲשֵׁיכָה הֵיכָא אַשְׁכְּחַן דְּסָפֵק חֲשֵׁיכָה קוֹבַעַת לְעִנְיַן אִיסּוּר אֲכִילַת עֲרַאי עִיקַּר הָרְאָיָה דְּמַיְיתֵי הַייְנוּ מֵהָא דְּסָפֵק חֲשֵׁיכָה אֵין מְעַשְּׂרִין אֶת הַוַּדַּאי. אֵין זֶה נִכְלָל בְּמִלַּת שַׁבָּת קוֹבַעַת לְמַעֲשֵׂר. וְגַם בִּסְפָרִים שֶׁלָּנוּ כְּתִיב פּוּק חֲזִי אִי קַדִּישׁ יוֹמָא. והר"ז הַלֵּוִי זַ"ל פֵּירֵשׁ שֶׁרָצוּ לַעֲקֹר מִשָּׁעָה שֶׁקִּידֵּשׁ הַיּוֹם שֶׁהוּא מִשֶּׁתִּשְׁקַע הַחַמָּה וְאָמַר לְהוּ לָא צְרִיכִיתוּ לְמַהֵר כָּל כָּךְ שֶׁהִיא קוֹבַעַת עַצְמָהּ בְּעִיצּוּמָהּ שֶׁל שַׁבָּת וְהוּא בְּצֵאת הַכּוֹכָבִים דְּהָכִי תָּנֵי גַּבֵּי מַעֲשֵׂר הָיָה אוֹכֵל בָּאֶשְׁכּוֹל וְחָשֵׁיכָה לֵילֵי שַׁבָּת ר"א אוֹמֵר יִגְמֹור וְר' יְהוֹשֻׁעַ אוֹמֵר לֹא יִגְמֹור אַלְמָא אֵין הַשַּׁבָּת קוֹבַעַת לְמַעֲשֵׂר עַד שֶׁתֶּחְשַׁךְ לְגַמְרֵי וְכֵן פְּרִיסַת מַפָּה:
Quand vint le moment de faire la havdala, son serviteur se leva et alluma une torche à la lampe. Il lui dit : pourquoi le maître fait-il tout cela ? La lampe est posée. Il lui dit : le maître ne tient-il pas qu'une torche pour la havdala est une mitsva de la façon la plus choisie ? Il ouvrit et dit : Celui qui distingue entre le saint et le profane, entre la lumière et les ténèbres, entre Israël et les peuples, et entre le septième jour et les six jours de l'ouvrage. Il dit : pourquoi le maître dit-il tout cela ? Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : ' Celui qui distingue entre le saint et le profane ', c'est là la havdala de Rabbi Yehouda ha-Nassi. Il lui dit : moi, je tiens comme ceci, car Rabbi Elazar a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : celui qui réduit ne réduira pas en dessous de trois, et celui qui ajoute n'ajoutera pas au-delà de sept. Il lui dit : le maître n'en a dit ni trois ni sept. Il lui dit : en vérité, ' entre le septième jour et les six jours de l'ouvrage ' est du genre de la conclusion. Car Rav Tahlifa bar Avdimi a dit au nom de Chmouel : toutes les bénédictions, il faut dire quelque chose du genre de leur conclusion, tout près de leur conclusion. À Pumbedita on dit : du genre de l'ouverture, tout près de la conclusion. Nous tenons comme Chmouel. Par conséquent, un Yom Tov qui tombe après le Chabbat, il faut dire du genre de sa conclusion, tout près de sa conclusion : Tu as distingué entre la sainteté du Chabbat et la sainteté du Yom Tov. Ce que le peuple a coutume d'ajouter : et le septième jour, Tu l'as sanctifié parmi les six jours de l'ouvrage, Tu as distingué, et Tu as sanctifié Ton peuple Israël dans Ta sainteté. Rabbeinou Ephraïm s'en étonne : d'où leur vient cet ajout ? Il n'est du genre ni de la conclusion ni de l'ouverture. Rabbeinou Tam lui a répondu : puisque l'on dit ' celui qui ajoute n'ajoutera pas au-delà de sept ', ils ont voulu parfois mentionner sept distinctions, et ils les ont ajoutées dans la havdala du Yom Tov à la sortie du Chabbat, parce qu'elles relèvent du sujet du Yom Tov. Les voici. Entre le saint et le profane, entre la lumière et les ténèbres, entre Israël et les peuples : cela fait trois. ' Entre le septième jour et les six jours de l'ouvrage ' : puisqu'on le dit d'ordinaire après les trois, on le dit aussi ici, et il n'entre pas dans le compte. ' Tu as distingué entre la sainteté du Chabbat et la sainteté du Yom Tov ' : c'est l'okhel nefech, la nourriture nécessaire à la personne, permise à Yom Tov. ' Et le septième jour, Tu l'as sanctifié parmi les six jours de l'ouvrage ' : c'est le dernier Yom Tov de la fête, qui se distingue des six jours de Hol ha-moèd qui le précèdent. ' Tu as distingué et Tu as sanctifié Ton peuple Israël dans Ta sainteté ' : ce sont deux distinctions, entre kohanim, leviim et Israélites. C'est du genre de la conclusion : Celui qui distingue entre saint et saint. C'est une allusion aux sept distinctions, dont une partie n'est pas écrite dans la Torah. Halakha : une torche pour la havdala est une mitsva de la façon la plus choisie. Celui qui fait la havdala ne réduira pas en dessous de trois et n'ajoutera pas au-delà de sept. Bien que Rav Yehouda ait dit au nom de Chmouel : ' Celui qui distingue entre le saint et le profane ', c'est la havdala de Rabbi Yehouda ha-Nassi, qu'Oula agissait aussi ainsi, et que nous disons aussi à Chabbat, chapitre ' Celui qui emprunte ' (Chabbat 150b) : Rav Ashi a dit : quand nous étions chez Rav Kahana, nous disions ' Celui qui distingue entre le saint et le profane ', et nous nous occupions de nos affaires. Même ainsi, le peuple a pris la coutume d'en dire trois, et nous tenons cet avis, car la coutume est une chose qui compte. Il faut donc dire trois distinctions : entre le saint et le profane, entre la lumière et les ténèbres, entre Israël et les peuples. ' Et entre le septième jour et les six jours de l'ouvrage ' est du genre de la conclusion, et n'entre pas dans le compte. Ce cas de Rav Ashi ne porte pas sur la havdala dite sur la coupe. Il porte sur celui qui veut s'occuper de ses affaires avant de faire la havdala sur la coupe : il doit dire : Béni sois-Tu, Hachem, notre D.ieu, Roi du monde, Celui qui distingue entre le saint et le profane. Sur la coupe, il convient d'agir selon la baraïta. Comment conclut-on ? Que scelle-t-on ? Rav a dit : Qui sanctifie Israël. Chmouel a dit : Celui qui distingue entre le saint et le profane. La halakha suit Chmouel, car Abaye, et d'aucuns disent Rav Yossef, a maudit celui qui suit cet avis de Rav. Halakha : on dit des havdalot à la sortie du Chabbat, à la sortie d'un Yom Tov, à la sortie de Yom Kippour, à la sortie d'un Yom Tov vers Hol ha-moèd, et à la sortie du Chabbat vers un Yom Tov. On n'en dit pas à la sortie d'un Yom Tov vers le Chabbat. Nous lisons à la fin du premier chapitre de Houlin, daf 26b : Rava a dit : un Yom Tov qui tombe au milieu de la semaine, on dit : Celui qui distingue entre le saint et le profane, entre la lumière et les ténèbres, entre Israël et les peuples, entre le septième jour et les six jours de l'ouvrage. Quelle est la raison ? Il énumère l'ordre des distinctions. On a enseigné : les nuits de Chabbat et les nuits de Yom Tov ont une sainteté sur la coupe, et elles ont une mention dans le birkat ha-mazon. Le jour du Chabbat et le jour du Yom Tov n'ont pas de sainteté sur la coupe, et ils ont une mention dans le birkat ha-mazon. Rav Hanania bar Chelamya et les disciples de Rav étaient assis à un repas, et Rav Yeiva l'ancien se tenait auprès d'eux. Ils lui ont dit : va voir si le jour a baissé, nous interromprons et nous fixerons le repas pour le Chabbat. Explication : nous interromprons en retirant la table. Il leur a dit : vous n'en avez pas besoin, car elle se fixe d'elle-même, c'est-à-dire qu'il suffit d'étendre la nappe. Car ainsi a dit Rav : de même que le Chabbat fixe pour la dîme (maasser), de même il fixe pour le kiddouch. Explication : tout aliment dont on mange en semaine de façon occasionnelle (araï), et dont on n'a pas encore prélevé la dîme, il est interdit d'en manger le Chabbat, à moins de l'avoir dîmé. Quelle est la raison ? Puisqu'il est écrit : tu appelleras le Chabbat un délice, et qu'il faut donner du délice au Chabbat par le manger et le boire, tous les fruits sortent du statut d'occasionnel. Pour le Chabbat, c'est comme s'il les avait désignés pour en manger le Chabbat à titre fixe. S'il ne les a pas dîmés de jour, il est interdit de les dîmer une fois la nuit tombée. S'il les a dîmés de jour, il peut en manger le Chabbat. Même en cas de doute, nuit tombée ou non, on ne dîme pas ce qui est certainement non dîmé. Ce Chabbat-là, le Chabbat les a fixés pour la dîme, et il est interdit d'en manger ce Chabbat-là, parce qu'ils ont été fixés pour la dîme. De même, le doute, nuit tombée ou non, fait que le Chabbat se fixe de lui-même pour le kiddouch. Vous n'avez pas à vérifier si la nuit est tombée ou non pour le fixer, parce qu'elle se fixe d'elle-même, dès lors qu'il y a doute si la nuit est tombée ou non. Étendez la nappe, faites le kiddouch, et revenez à votre repas. Cette explication me fait difficulté : quelle preuve tire-t-on de la fixation du Chabbat pour la dîme, au sujet du doute sur la tombée de la nuit ? Où trouvons-nous que le doute sur la tombée de la nuit fixe l'interdiction de manger de façon occasionnelle ? La preuve principale qu'on apporte est celle-ci : en cas de doute sur la tombée de la nuit, on ne dîme pas le certain. Cela n'entre pas dans les mots ' le Chabbat fixe pour la dîme '. De plus, dans nos livres il est écrit : sors, vois si le jour est sanctifié. Rav Zerahia ha-Levi, de mémoire bénie, explique : ils voulaient déraciner le repas dès l'heure où le jour est sanctifié, c'est-à-dire dès le coucher du soleil. Il leur a dit : vous n'avez pas à vous presser autant. Elle se fixe d'elle-même au cœur du Chabbat, c'est-à-dire à la sortie des étoiles. Car on enseigne ainsi au sujet de la dîme : il mangeait une grappe, et la nuit du Chabbat est tombée. Rabbi Eliezer dit : qu'il achève. Rabbi Yehochoua dit : qu'il n'achève pas. On en déduit : le Chabbat ne fixe pour la dîme qu'une fois la nuit entièrement tombée. Il en va de même pour étendre la nappe.
💡 Explication

Rava suit Rabbi Elazar au nom de Rabbi Ochaya : au moins trois distinctions, au plus sept. La phrase s'arrête sur ' il lui dit ' : l'objection de Rav Yaakov bar Abba continue au daf suivant.

Les trois du compte : saint et profane, lumière et ténèbres, Israël et les peuples. ' Entre le septième jour et les six jours de l'ouvrage ' est un me'ein hatima, du genre de la conclusion, hors du nombre. Le Roch retient la coutume des trois, et la torche comme façon la plus choisie.

🖼️ Schéma
Combien de distinctions dans la havdala ?Plancher : 3saint / profanelumière / ténèbresIsraël / peuplesCoutume retenueHors compteseptième jour /six jours d'ouvrageme'ein hatimaprès de la conclusionPlafond : 7On n'ajoute pasau-delà de sept.Rabbi le Prince :une seule formule.Rava en dit quatre. La quatrième est la formule proche de la conclusion.
Trois distinctions au minimum, sept au maximum. La formule du septième jour clôt, elle ne compte pas.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).