Pesachim 105b - Une seule coupe, le kiddouch à son heure et la havdala retardée

Pesachim 105b

Sougya : La page continue le cas d'une seule coupe. Ravina objecte : si le kiddouch manqué le soir se rattrape le lendemain, qu'on garde la coupe et qu'on accomplisse deux mitsvot le jour.

Rav Nahman bar Yitzhak répond : une mitsva est chère en son temps. Ravina oppose alors la sortie du Chabbat : avec une seule coupe, on attend après le repas, on n'avance pas la havdala.

La réponse distingue l'entrée du jour, qu'on avance, et la sortie, qu'on retarde pour que le Chabbat ne pèse pas comme un fardeau. De la baraïta, la Guemara tire une série de halakhot sur la coupe de bénédiction.

Une seule coupe, la nuit du ChabbatBaraïta : le kiddouch du jour passe avant l'honneur du jouret avant l'honneur de la nuit.ObjectionS'il rattrape le kiddouchle lendemain,qu'il garde la coupeet fasse les deux demain.RéponseHaviva mitsva be-shaatahUne mitsva est chèreen son temps.On fait le kiddouch le soir.Les deux usages du lendemain : kiddouch et honneur du jour.On ne les réunit pas. L'heure du kiddouch est la nuit.
Une coupe, la nuit. On fait le kiddouch à son heure, on ne la garde pas pour le lendemain.
Entrée du jour et sortie du jourIyulei yomaEntrée du jourPlus on avance, mieux c'est.Kiddouch dès le soir.On saisit le Chabbatà son arrivée.On le rend cher.Apukei yomaSortie du jourOn retarde.Exemple : la havdala.Une seule coupe :après le repas.Le Chabbat ne pèse pascomme un fardeau.Même principe, deux sensHaviva mitsva be-shaatah vaut pour l'entrée : on ne remet pas le kiddouch.À la sortie, retarder montre que le Chabbat n'est pas un tona.
On avance l'entrée du Chabbat. On retarde sa sortie, pour qu'il ne soit pas un fardeau.
Ce que la baraïta enseigneLa Guemara annonce huit halakhot. Six sont nommées sur cette page.1. Tefila et coupeHavdala dans la prière,encore sur la coupe.2. Birkat ha-mazonLa bénédictionexige une coupe.3. ShiourCoupe de berakha :une mesure, le reviit.4. GoûterCelui qui bénitdoit goûter.5. PegimaY avoir goûtéaltère la coupe.6. Taam mavdilOn a mangé :on fait encore la havdala.Pourquoi une seule coupe ne se partage pasSans shiour, on la couperait en deux : havdala tout de suite, reste pour le repas.Sans obligation de goûter, on bénirait deux fois sans y toucher.Le goût rend la coupe peguma : elle ne revient pas au birkat ha-mazon.Tossefot : une neuvième était possible, manger avant la havdala.
Six halakhot nommées ici, tirées de la baraïta de celui qui rentre à la sortie du Chabbat.
1
קִידּוּשׁ הַיּוֹם, מִפְּנֵי שֶׁקִּידּוּשׁ הַיּוֹם קוֹדֵם לִכְבוֹד יוֹם (וּכְבוֹד לַיְלָה). וְאִם אִיתָא — לִישְׁבְּקֵיהּ עַד לְמָחָר, וּלְיַעֲבֵיד בֵּיהּ תַּרְתֵּי! אֲמַר לֵיהּ: חֲבִיבָה מִצְוָה בִּשְׁעָתָהּ.

le kiddouch du jour, parce que le kiddouch du jour précède l'honneur du jour (et l'honneur de la nuit). Et s'il en est ainsi, qu'il le laisse jusqu'au lendemain, et qu'il accomplisse par lui deux [mitsvot] !

Il lui dit : une mitsva est chère en son temps.

💡 Explication

La phrase continue 105a. Avec une seule coupe, on dit le kiddouch du jour. Il passe avant l'honneur du jour, et avant l'honneur de la nuit.

L'objection porte sur l'enseignement précédent : celui qui n'a pas fait le kiddouch le soir le fait encore tout le jour. Qu'il garde alors cette coupe jusqu'au lendemain. Elle servirait au kiddouch et à l'honneur du jour, deux mitsvot.

La réponse tient en une formule : haviva mitsva be-shaatah. Une mitsva est chère en son temps. On fait le kiddouch le soir.

🖼️ Schéma
Une seule coupe, la nuit du ChabbatBaraïta : le kiddouch du jour passe avant l'honneur du jouret avant l'honneur de la nuit.ObjectionS'il rattrape le kiddouchle lendemain,qu'il garde la coupeet fasse les deux demain.RéponseHaviva mitsva be-shaatahUne mitsva est chèreen son temps.On fait le kiddouch le soir.Les deux usages du lendemain : kiddouch et honneur du jour.On ne les réunit pas. L'heure du kiddouch est la nuit.
Garder la coupe pour deux usages le lendemain cède devant l'heure du kiddouch.
2
וּמִי אָמְרִינַן חֲבִיבָה מִצְוָה בִּשְׁעָתָהּ? וְהָא תַּנְיָא: הַנִּכְנָס לְבֵיתוֹ בְּמוֹצָאֵי שַׁבָּת מְבָרֵךְ עַל הַיַּיִן וְעַל הַמָּאוֹר וְעַל הַבְּשָׂמִים, וְאַחַר כָּךְ אוֹמֵר הַבְדָּלָה עַל הַכּוֹס. וְאִם אֵין לוֹ אֶלָּא כּוֹס אֶחָד — מַנִּיחוֹ עַד לְאַחַר הַמָּזוֹן וּמְשַׁלְשְׁלָן כֻּולָּן לְאַחֲרָיו, וְלָא אָמְרִינַן חֲבִיבָה מִצְוָה בִּשְׁעָתָהּ!

Et dit-on qu'une mitsva est chère en son temps ? Or on enseigne : celui qui entre chez lui à la sortie du Chabbat bénit sur le vin, sur la lumière et sur les aromates, puis il dit la havdala sur la coupe.

Et s'il n'a qu'une seule coupe, il la laisse jusqu'après le repas et il les enchaîne toutes après lui. Et l'on ne dit pas qu'une mitsva est chère en son temps !

📜 Rachi (1)
וְלָא אָמְרִינַן חֲבִיבָה מִצְוָה בִּשְׁעָתָהּ דְּלָא מַבְדִּיל מִקַּמֵּי סְעוּדְתָא דְּהָוֵי שְׁעַת הַבְדָּלָה:
Et l'on ne dit pas qu'une mitsva est chère en son temps : car il ne fait pas la havdala avant le repas, alors que c'est l'heure de la havdala.
⚖️ Rosh (1)
תַּנְיָא הַנִּכְנָס לְבֵיתוֹ בְּמוֹצָאֵי שַׁבָּת מְבָרֵךְ עַל הַיַּיִן וְעַל הַמָּאוֹר וְעַל הַבְּשָׂמִים. וְאִם אֵין לוֹ אֶלָּא כּוֹס אֶחָד מַנִּיחוֹ לְאַחַר הַמָּזוֹן וּמְשַׁלְשֵׁל כֻּולּוֹ לְאַחֲרָיו. ש"מ מֵהָא מַתְנִיתָא תַּמְנֵי. שְׁמַע מִינַּהּ הַמַּבְדִּיל בִּתְפִילָּה צָרִיךְ שֶׁיַּבְדִּיל עַל הַכּוֹס וּשְׁמַע מִינַּהּ טָעַם מַבְדִּיל וּשְׁמַע מִינַּהּ בְּרָכָה טְעוּנָה כּוֹס וּשְׁמַע מִינַּהּ הַמְבָרֵךְ צָרִיךְ שֶׁיִּטְעֹום וּשְׁמַע מִינַּהּ טְעָמוֹ פְּגָמוֹ וּשְׁמַע מִינַּהּ כּוֹס שֶׁל בְּרָכָה צָרִיךְ שִׁיעוּר וּשְׁמַע מִינָּהּ אוֹמְרִים שְׁתֵּי קְדֻושּׁוֹת עַל כּוֹס אֶחָד וּשְׁמַע מִינַּהּ בֵּית שַׁמַּאי הִיא וְאַלִּיבָּא דְּרַבִּי יְהוּדָה. מַשְׁמַע מֵהָכָא דְּבִרְכַּת הַמָּזוֹן טְעוּנָה כּוֹס אֲפִילּוּ בְּיָחִיד דְּהָא נִכְנַס לְבֵיתוֹ קָתָנֵי מַשְׁמַע שֶׁהוּא יָחִיד. מִיהוּ יֵשׁ לִדְחוֹת הַנִּכְנָס לְבֵיתוֹ הַייְנוּ בַּעַל הַבַּיִת וְיֵשׁ לוֹ בְּנֵי בַּיִת וְיָכוֹל לְזַמֵּן. וְעוֹד יֵשׁ לְהָבִיא רְאָיָה מֵהָא דִּלְקַמָּן (פְּסָחִים דַּף קיז:) גַּבֵּי הָא דִּתְנַן כּוֹס שְׁלִישִׁי מְבָרֵךְ עָלָיו בִּרְכַּת הַמָּזוֹן וְאָמְרִינַן עֲלָהּ בַּגְּמָרָא שְׁמַע מִינַּהּ בִּרְכַּת הַמָּזוֹן טְעוּנָה כּוֹס וְד' כּוֹסוֹת תִּקְּנוּ אֲפִילּוּ לְיָחִיד. גַּם זֶה יֵשׁ לִדְחוֹת מִשּׁוּם דְּבִרְכַּת הַמָּזוֹן טְעוּנָה כּוֹס בִּשְׁלֹשָׁה תִּקְּנוּ עָלָיו כּוֹס אֶחָד אֲפִילּוּ לְיָחִיד. וְאִם לֹא הָיָה צָרִיךְ כּוֹס בְּשׁוּם פַּעַם גַּם עַתָּה לֹא הָיוּ מְתַקְּנִין כּוֹס אֶחָד לְבִרְכַּת הַמָּזוֹן. וְנִרְאֶה לה"ר יְחִיאֵל מפרי"ש לְהָבִיא רְאָיָה מִכָּאן דְּאִם לֹא הָיָה צָרִיךְ כּוֹס אֲפִילּוּ בְּיָחִיד יַבְדִּיל עַל הַכּוֹס וְיֹאכַל כָּל אֶחָד לְבַדּוֹ דְּרַשָּׁאִין לְחַלֵּק כָּל זְמַן שֶׁלֹּא הִתְחִילוּ לֶאֱכֹול בְּיַחַד אֶלָּא וַדַּאי אַף בְּיָחִיד טְעוּנָה כּוֹס. רַבִּי יַעֲקֹב בַּר אִידִי קָפֵיד אַחַצְבָּא פְּגִימָא. פִּי' רַשְׁבָּ"ם דַּוְקָא לְכַתְּחִלָּה אֲבָל אִם אֵין לוֹ אֶלָּא כּוֹס פָּגוּם יְבָרֵךְ עָלָיו. וְתֵימַהּ הֵיאַךְ הִתִּירוּ לֶאֱכֹול בְּלֹא הַבְדָּלָה מִשּׁוּם קְפִידָא דִּפְגִימָא כֵּיוָן דִּבְדִיעֲבַד יָכוֹל לְבָרֵךְ עַל הַכּוֹס פָּגוּם. וּבִירוּשַׁלְמִי מַשְׁמַע דְּכוֹס פָּגוּם מַרְבֶּה עָלָיו כָּל שֶׁהוּא וּמַכְשִׁירוֹ וַאֲפִילּוּ בְּמַיִם יָכוֹל לְתַקְּנוֹ. דְּגָרְסִינַן הָתָם רַבִּי יוֹנָה טַעַם כִּסֵּא וּמִתְקַנֵּא לֵיהּ. פִּי' הָיָה שׁוֹתֶה מִכּוֹס שֶׁל קִידּוּשׁ אוֹ מִכּוֹס שֶׁל בִּרְכַּת הַמָּזוֹן וְנוֹתֵן בּוֹ מְעַט מַיִם וּמַנִּיחוֹ עַד לְמָחָר. וּפָרִיךְ עָלֶיהָ וְהָא תַּנְיָא הַשּׁוֹתֶה מַשְׁקִין מְזוּגִין שֶׁעָבַר עֲלֵיהֶן הַלַּיְלָה דָּמוֹ בְּרֹאשׁוֹ. אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן וְהוּא שֶׁלָּנוּ בִּכְלֵי מַתָּכוֹת. וְתֵימַהּ אִם כֵּן הָכָא לָמָּה לֹא יַבְדִּיל עַל הַכּוֹס וִיתַקְּנוּ בְּמַיִם וְיַכְשִׁירֶנּוּ בְּבִרְכַּת הַמָּזוֹן וְיֵשׁ לוֹמַר דְּמַיְירֵי שֶׁכְּבָר הָיָה מָזוּג כְּדִינוֹ וְאִם הָיָה מֵשִׂים בּוֹ מַיִם יוֹתֵר הָיָה מְקַלְקְלוֹ וְלֹא הָיָה רָאוּי לִשְׁתִיָּה:
On enseigne : celui qui entre chez lui à la sortie du Chabbat bénit sur le vin, sur la lumière et sur les aromates. S'il n'a qu'une seule coupe, il la laisse après le repas et il enchaîne le tout après lui. On en déduit huit choses de cette baraïta. On en déduit : celui qui fait la havdala dans la prière doit faire la havdala sur la coupe. On en déduit : taam mavdil (celui qui a goûté fait encore la havdala). On en déduit : une bénédiction exige une coupe. On en déduit : celui qui bénit doit goûter. On en déduit : s'il en a goûté, il l'a altérée (pagum). On en déduit : une coupe de bénédiction exige une mesure. On en déduit : on dit deux kiddoushim sur une seule coupe. On en déduit : c'est l'avis de Beit Shammaï, selon Rabbi Yehouda. Il ressort d'ici que le birkat ha-mazon exige une coupe même pour un particulier, puisqu'on enseigne celui qui entre chez lui, ce qui indique qu'il est seul. On peut toutefois repousser : celui qui entre chez lui, c'est le maître de maison. Il a des gens de sa maison, et il peut faire le zimoun. On peut encore apporter une preuve de plus loin (Pessahim 117b), à propos de ce qu'enseigne la michna : sur la troisième coupe, il dit le birkat ha-mazon. La Guemara dit à ce sujet : on en déduit que le birkat ha-mazon exige une coupe, et les quatre coupes ont été instituées même pour un particulier. Cela aussi se repousse. Puisque le birkat ha-mazon exige une coupe lorsqu'ils sont trois, on a institué pour lui une coupe même pour un particulier. Et s'il n'avait eu besoin d'une coupe en aucun cas, on n'aurait pas institué non plus, à présent, une coupe pour le birkat ha-mazon. Il paraît à notre maître Yehiël de Paris d'apporter une preuve d'ici : s'il n'avait pas besoin d'une coupe même lorsqu'il est seul, il ferait la havdala sur la coupe et chacun mangerait seul, car on a le droit de se séparer tant qu'on n'a pas commencé à manger ensemble. C'est donc acquis : même pour un particulier, elle exige une coupe. Rabbi Yaakov bar Idi était rigoureux pour une cruche altérée (pagum). Le Rachbam explique : seulement au départ (le-khathila). S'il n'a qu'une coupe altérée, il bénit sur elle. Difficulté : comment a-t-on permis de manger sans havdala à cause de cette rigueur sur l'altération, puisque, après coup (be-diavad), on peut bénir sur une coupe altérée ? Dans le Talmud de Jérusalem, il ressort qu'une coupe altérée, on y ajoute n'importe quelle quantité et on la rend valide, et même avec de l'eau on peut la réparer. On y lit : Rabbi Yona goûtait la coupe et la réparait. Explication : il buvait de la coupe du kiddouch ou de la coupe du birkat ha-mazon, il y mettait un peu d'eau, et il la laissait jusqu'au lendemain. On lui objecte : or on enseigne que celui qui boit des boissons coupées sur lesquelles la nuit a passé, son sang est sur sa tête. Rabbi Yo'hanan a dit : cela vise ce qui a passé la nuit dans un récipient de métal. Difficulté : s'il en est ainsi, ici, pourquoi ne ferait-il pas la havdala sur la coupe, ne la réparerait-il pas avec de l'eau, et ne la rendrait-il pas valide pour le birkat ha-mazon ? On peut répondre : il s'agit d'un cas où elle était déjà coupée selon la règle. S'il y mettait encore de l'eau, il la gâterait, et elle ne serait plus propre à être bue.
💡 Explication

L'objection retourne la formule vers la sortie du Chabbat. L'ordre de la baraïta : bénédiction sur le vin, sur la lumière, sur les aromates, puis la havdala sur la coupe.

S'il n'a qu'une coupe, il la réserve jusqu'après le repas, puis il enchaîne toutes ces bénédictions. Il ne fait donc pas la havdala avant de manger. Rachi : l'heure de la havdala est pourtant avant le repas.

Le Roch reprend la baraïta et en tire huit conséquences, puis discute la coupe du birkat ha-mazon pour un particulier, et la réparation d'une coupe peguma.

🖼️ Schéma
Sortie du Chabbat, ordre de la baraïta1. Vinbore peri ha-gafen2. Lumièremeor3. Aromatesbesamim4. Havdalasur la coupeS'il n'a qu'une coupeIl la laisse jusqu'après le repas.Il enchaîne vin, lumière, aromates et havdala ensuite.On n'avance pas la havdala avant le repas.
Vin, lumière, aromates, havdala. Une seule coupe : tout cela après le repas.
3
אֲמַר לֵיהּ: אֲנָא לָא חַכִּימָאָה אֲנָא, וְלָא חוֹזָאָה אֲנָא, וְלָא יְחִידָאָה אֲנָא, אֶלָּא גַּמְרָנָא וְסַדְרָנָא אֲנָא, וְכֵן מוֹרִין בְּבֵי מִדְרְשָׁא כְּוָותִי. שָׁאנֵי לַן בֵּין עַיּוֹלֵי יוֹמָא לְאַפּוֹקֵי יוֹמָא: עַיּוֹלֵי יוֹמָא — כָּל כַּמָּה דְּמַקְדְּמִינַן לֵיהּ עֲדִיף, וּמְחַבְּבִינַן לֵיהּ. אִפּוּקֵי יוֹמָא — מְאַחֲרִינַן לֵיהּ, כִּי הֵיכִי דְּלָא לֶיהֱוֵי עֲלַן כְּטוּנָא.

Il lui dit : moi, je ne suis pas un 'hakham (sage), ni un hozeh (voyant), ni un yahid (avis isolé). Je suis un gemarna et un sadrana, et l'on instruit ainsi dans le beit midrach selon moi.

Il y a pour nous une différence entre l'entrée du jour et la sortie du jour. L'entrée du jour : plus on l'avance, mieux cela vaut, et nous le rendons cher.

La sortie du jour : nous la retardons, afin qu'il ne soit pas sur nous comme un fardeau.

📜 Rachi (8)
לָא חַכִּימָא אֲנָא דְּלָא אָמֵינָא לֵיהּ אֲנָא מִדַּעְתַּאי לְהָא דַּחֲבִיבָה מִצְוָה בִּשְׁעָתָהּ:
Je ne suis pas un sage : je n'ai pas dit de mon propre avis qu'une mitsva est chère en son temps.
וְלָא חוֹזָאָה אֲנָא מַגִּיד:
Et je ne suis pas un hozeh : un annonceur.
וְלָא אָמֵינָא לֵיהּ מִשְּׁמֵיהּ דְּגַבְרָא יְחִידָאָה:
Et je ne le dis pas au nom d'un homme isolé.
אֶלָּא גַּמְרָנָא אֲנָא כָּךְ שָׁמַעְתִּי בִּישִׁיבָה:
Mais je suis un gemarna : c'est ainsi que je l'ai entendu à la yechiva.
וְסַדְרָנָא אֲנָא מְסַדֵּר שְׁמוּעוֹת לִפְנֵי רַבּוֹתַי תָּמִיד:
Et je suis un sadrana : j'ordonne les enseignements devant mes maîtres, en permanence.
עַיּוֹלֵי יוֹמָא מְחַבְּבִינָא לֵיהּ וְעָבְדִינַן קִידּוּשׁ מֵאֻורְתָּא כִּי הֵיכִי דִּלְנַקְּטֵיהּ עִילָּווַן הַיָּיא:
L'entrée du jour : nous le rendons cher, et nous faisons le kiddouch le soir, afin de le saisir à son entrée.
אִפּוּקֵי יוֹמָא כְּגוֹן אַבְדָּלְתָּא:
La sortie du jour : par exemple la havdala.
מְאַחֲרִינַן לֵיהּ הֵיכָא דְּאֵין לוֹ אֶלָּא כּוֹס אֶחָד עַד לְאַחַר הַמָּזוֹן:
Nous la retardons : là où il n'a qu'une seule coupe, jusqu'après le repas.
💡 Explication

Rachi lit les trois refus. 'Hakham : haviva mitsva be-shaatah est l'enseignement qu'il a reçu. Hozeh : un annonceur. Yahid : il ne parle pas au nom d'un seul homme. Gemarna : il répète l'enseignement de la yechiva. Sadrana : il ordonne les shemouot devant ses maîtres. Le beit midrach tranche comme lui.

Iyulei yoma, l'entrée du jour : on avance. Le kiddouch du soir prend le Chabbat dès qu'il arrive. Apukei yoma, la sortie : on retarde, comme la havdala, lorsqu'il n'y a qu'une coupe, jusqu'après le repas. Ainsi le Chabbat ne pèse pas comme un tona, un fardeau.

🖼️ Schéma
Entrée du jour et sortie du jourIyulei yomaEntrée du jourPlus on avance, mieux c'est.Kiddouch dès le soir.On saisit le Chabbatà son arrivée.On le rend cher.Apukei yomaSortie du jourOn retarde.Exemple : la havdala.Une seule coupe :après le repas.Le Chabbat ne pèse pascomme un fardeau.Même principe, deux sensHaviva mitsva be-shaatah vaut pour l'entrée : on ne remet pas le kiddouch.À la sortie, retarder montre que le Chabbat n'est pas un tona.
Avancer l'entrée, retarder la sortie. Une seule coupe à la havdala attend après le repas.
4
שְׁמַע מִינַּהּ מִיהָא מַתְנִיתָא תַּמְנֵי. שְׁמַע מִינָּה: הַמַּבְדִּיל בִּתְפִלָּה — צָרִיךְ שֶׁיַּבְדִּיל עַל הַכּוֹס.

On en déduit en tout cas huit choses de cette baraïta. On en déduit : celui qui fait la havdala dans la prière doit faire la havdala sur la coupe.

📜 Rachi (1)
שְׁמַע מִינַּהּ הַמַּבְדִּיל בִּתְפִלָּה כו' דְּקָתָנֵי הַנִּכְנָס לְבֵיתוֹ בְּמוֹצָאֵי שַׁבָּת מַבְדִּיל אַף עַל גַּב דִּסְתָם בְּנֵי אָדָם מַבְדִּילִין בִּתְפִלָּה:
On en déduit : celui qui fait la havdala dans la prière, etc. : car on enseigne que celui qui entre chez lui à la sortie du Chabbat fait la havdala, bien que, en règle générale, les gens fassent la havdala dans la prière.
🗂️ Tossefot (2)
שְׁמַע מִינָּה תַּמְנֵי תֵּימַהּ דַּהֲוָה מָצֵי לְמֵימַר תֵּשַׁע שְׁמַע מִינָּה שֶׁמֻּותָּר לֶאֱכֹול קֹודֶם הַבְדָּלָה כְּשֶׁאֵין לוֹ אֶלָּא כּוֹס אֶחָד וּלְפֵירוּשׁ רַבֵּינוּ נִיסִּים דְּמַייְרֵי כְּשֶׁהִתְחִיל לֶאֱכֹול מִבְּעוֹד יוֹם נִיחָא אַךְ קָשֶׁה עַל פֵּירוּשׁוֹ כִּדְפֵי' לְעֵיל:
On en déduit huit. Difficulté : il aurait pu dire neuf. On en déduit qu'il est permis de manger avant la havdala lorsqu'on n'a qu'une seule coupe. Selon l'explication de Rabbeinou Nissim, qui vise le cas où il a commencé à manger tant qu'il faisait jour, cela se tient. Son explication reste difficile, comme on l'a expliqué plus haut.
שְׁמַע מִינַּהּ הַמַּבְדִּיל בִּתְפִלָּה צָרִיךְ שֶׁיַּבְדִּיל עַל הַכּוֹס וא"ת בְּפֶרֶק אֵין עוֹמְדִין (בְּרָכוֹת דַּף לג:) דְּאָמַר לֵיהּ רָבִינָא לְרָבָא הִלְכְתָא מַאי א"ל כְּקִידּוּשָׁא מַה קִידּוּשָׁא בִּתְפִלָּה וְעַל הַכּוֹס אַף הַבְדָּלָה אַמַּאי לָא פָּשֵׁיט לֵיהּ מִבָּרַיְיתָא דְּהָכָא וְי"ל מִשּׁוּם דְּאִיכָּא בָּרַייְתָא הָתָם שֶׁסּוֹבֶרֶת שא"צ לְהַבְדִּיל בִּשְׁנֵיהֶם דְּקָתָנֵי הַמַּבְדִּיל בְּזוֹ וּבָזוֹ יָנוּחוּ לוֹ בְּרָכוֹת עַל רֹאשׁוֹ וְהָכָא דְּמַשְׁמַע לֵיהּ דְּוַדַּאי הִבְדִּיל בִּתְפִלָּה אַף עַל גַּב דְּאִיכָּא דְּלָא מַבְדְּלִי מִדְּאָמַר הַמַּבְדִּיל בְּזֶה וּבָזֶה כּוּ' מִשּׁוּם דְּרֹוב בְּנֵי אָדָם מַבְדִּילִים בִּתְפִלָּה:
On en déduit : celui qui fait la havdala dans la prière doit faire la havdala sur la coupe. Si l'on objecte : au chapitre On ne se tient pas (Berakhot 33b), Ravina dit à Rava : quelle est la halakha ? Il lui dit : comme le kiddouch. De même que le kiddouch se dit dans la prière et sur la coupe, de même la havdala. Pourquoi ne tranche-t-il pas à partir de la baraïta d'ici ? On peut répondre : il y a là-bas une baraïta qui tient qu'on n'a pas à faire la havdala dans les deux. Elle enseigne : celui qui fait la havdala dans l'une et dans l'autre, que les bénédictions reposent sur sa tête. Ici, il lui paraît acquis qu'il a fait la havdala dans la prière, bien qu'il y en ait qui ne la fassent pas, du fait qu'on dit : celui qui fait la havdala dans l'une et dans l'autre. La raison : la plupart des gens font la havdala dans la prière.
💡 Explication

La baraïta livre huit halakhot. La première : la havdala dite dans la tefila se redit sur la coupe. Rachi : celui qui rentre fait la havdala, et les gens la disent en général dans la prière.

Tossefot ajoute une neuvième, possible : manger avant la havdala quand on n'a qu'une coupe. Selon Rabbeinou Nissim, la baraïta vise celui qui a commencé à manger de jour. Tossefot renvoie à la difficulté déjà posée plus haut.

Dans Berakhot 33b, Rava aligne la havdala sur le kiddouch, prière et coupe, sans citer cette baraïta. Une autre baraïta félicite celui qui fait la havdala dans les deux : les deux ne sont donc pas présentés là comme une obligation. Ici, la Guemara tient la havdala de la prière pour acquise, parce que la plupart des gens la disent.

5
וּשְׁמַע מִינָּהּ: בְּרָכָה טְעוּנָה כּוֹס. וּשְׁמַע מִינָּהּ: כּוֹס שֶׁל בְּרָכָה צָרִיךְ שִׁיעוּר.

Et l'on en déduit : une bénédiction exige une coupe. Et l'on en déduit : une coupe de bénédiction exige une mesure.

📜 Rachi (2)
וש"מ בְּרָכָה טְעוּנָה כּוֹס בִּרְכַּת הַמָּזוֹן:
Et l'on en déduit qu'une bénédiction exige une coupe : le birkat ha-mazon.
וּשְׁמַע מִינָּהּ (בִּרְכַּת הַמָּזוֹן) [כּוֹס] שֶׁל בְּרָכ' צָרִיךְ שִׁיעוּר דְּאִי לֹא צָרִיךְ שִׁיעוּר לִיחְלְקֵיהּ לִתְרֵי:
Et l'on en déduit : une coupe de bénédiction exige une mesure. Car si elle n'exigeait pas de mesure, il la partagerait en deux.
🗂️ Tossefot (2)
שְׁמַע מִינַּהּ בְּרָכָה טְעוּנָה כּוֹס קְצָת מַשְׁמַע דַּאֲפִילּוּ בְּיָחִיד טְעוּנָה כּוֹס דְּהַנִּכְנָס מַשְׁמַע שֶׁהוּא יְחִידִי וְכֵן מַשְׁמַע לְקַמָּן (פְּסָחִים דַּף קיז:) דִּתְנַן שְׁלִישִׁי אוֹמֵר עָלָיו בִּרְכַּת הַמָּזוֹן וְקָאָמַר בגמ' שְׁמַע מִינָּה בהמ"ז טְעוּנָה כּוֹס וְאַרְבָּעָה כּוֹסוֹת תִּיקְּנוּ אֲפִילּוּ בִּיחִידִי מִיהוּ יֵשׁ לִדְחוֹת מִשּׁוּם דבהמ"ז טְעוּנָה כּוֹס בַּג' תִּיקְּנוּ בְּפֶסַח אֲפִילּוּ בְּיָחִיד כּוֹס לְבִרְכַּת הַמָּזוֹן דְּאִי בְּשׁוּם פַּעַם אֵינָהּ צְרִיכָה מֶה עִנְיָן כּוֹס בבהמ"ז הָיָה לָהֶם לְתַקֵּן שִׁיר לְכוֹס שְׁלִישִׁי וְהָעוֹלָם אֵין נוֹהֲגִין לְבָרֵךְ בהמ"ז עַל הַכּוֹס אֶלָּא בַּג' וְרַבֵּינוּ שְׁלֹמֹה בֶּן רַבֵּינוּ מֵאִיר אוֹמֵר לְהַטְעִין כּוֹס אֲפִילּוּ בְּיָחִיד וְכֵן מוּכָח בְּמִדְרַשׁ שׁוֹחֵר טוֹב עַל קְרָא דִּשְׁנֵי רְשָׁעִים שִׁבַּרְתָּ וְעוֹד מוֹכִיחַ מוֹרִי הר"ר יְחִיאֵל דִּטְעוּנָה כּוֹס אֲפִילּוּ בְּיָחִיד דְּאִי אֵינָהּ טְעוּנָה כּוֹס לָמָּה מַנִּיחוֹ אַחַר הַמָּזוֹן יַבְדִּיל לִפְנֵי הַמָּזוֹן וְיֹאכַל כָּל אֶחָד בְּעַצְמוֹ וְאָז לֹא תְּהֵא טְעוּנָה כּוֹס וא"ת לר"ג דְּאָמַר בִּכְיָצֹד מְבָרְכִין (בְּרָכוֹת דַּף מד.) דְּכָל ז' מִינִין טְעוּנִין ג' בְּרָכוֹת דְּהַייְנוּ בהמ"ז וְאִם יִצְטָרֵךְ כּוֹס גַּם אוֹתוֹ כּוֹס יִצְטָרֵךְ כּוֹס אַחֵר א"כ לֹא יִפָּטֵר לְעוֹלָם וי"ל דְּלָא תִּקְּנוּ כּוֹס אֶלָּא אַחַר סְעוּדַת לֶחֶם ולה"ג שֶׁאֵין לְבָרֵךְ עַל הַגֶּפֶן אַחַר בהמ"ז אָתֵי נָמֵי שַׁפִּיר וְנִרְאֶה דְּכֵן הֲלָכָה דבהמ"ז טְעוּנָה כּוֹס וּבְאֵלּוּ דְּבָרִים (שָׁם דַּף נב.) דְּאִיכָּא בָּרַיְיתָא דְּסָבְרָה אֵינָהּ טְעוּנָה מוּקִי לָהּ הָתָם כְּתַנָּאֵי אַלִּיבָּא דב"ש:
On en déduit qu'une bénédiction exige une coupe. Il ressort un peu que même un particulier (yahid) exige une coupe, car celui qui entre indique qu'il est seul. Il en ressort de même plus loin (Pessahim 117b) : la michna enseigne que, sur la troisième coupe, on dit le birkat ha-mazon, et la Guemara dit : on en déduit que le birkat ha-mazon exige une coupe, et les quatre coupes ont été instituées même pour un particulier. On peut toutefois repousser : puisque le birkat ha-mazon exige une coupe lorsqu'ils sont trois, on a institué à Pessa'h, même pour un particulier, une coupe pour le birkat ha-mazon. Car si elle n'était jamais exigée, quel rapport une coupe aurait-elle avec le birkat ha-mazon ? Ils auraient institué un chant pour la troisième coupe. Et l'usage est de dire le birkat ha-mazon sur la coupe seulement lorsqu'ils sont trois. Rabbeinou Chelomo, fils de Rabbeinou Meir, dit d'exiger une coupe même pour un particulier. Cela se prouve aussi dans le Midrach Shoher Tov, sur le verset shinei resha'im shibarta (Tu as brisé les dents des méchants). Mon maître, Rabbi Yehiël, prouve encore qu'elle exige une coupe même pour un particulier : si elle n'exigeait pas de coupe, pourquoi la laisse-t-il après le repas ? Qu'il fasse la havdala avant le repas, et que chacun mange pour soi. Alors elle n'exigerait pas de coupe. Si l'on objecte, selon Rabban Gamliel, qui dit au chapitre Comment bénit-on (Berakhot 44a) que les sept espèces exigent trois bénédictions, c'est-à-dire un birkat ha-mazon : s'il fallait une coupe, cette coupe aussi exigerait une autre coupe, et l'on ne serait jamais quitte. On peut répondre : on n'a institué la coupe qu'après un repas de pain. Selon les Halakhot Gedolot, qui tiennent qu'on ne dit pas al ha-gefen après le birkat ha-mazon, cela se tient aussi. Il paraît que telle est la halakha : le birkat ha-mazon exige une coupe. Au chapitre Ces choses (Berakhot 52a), une baraïta tient qu'elle n'en exige pas. On l'y établit comme un débat de tannaïm, selon Beit Shammaï.
וש"מ כּוֹס שֶׁל בְּרָכָה צָרִיךְ שִׁיעוּר פִּי' מִדְּאֵינוֹ מְחַלְּקוֹ לֵב' כּוֹסוֹת וְתֵימַהּ דְּהָא מִדְּקָתָנֵי אֵין אֶלָּא כּוֹס א' מַשְׁמַע דְּאֵין לוֹ כְּלִי אַחֵר דְּהָכִי אָמְרִי' בִּבְרָכוֹת בְּאֵלּוּ דְּבָרִים (ג"ז שָׁם) דְּקָאָמַר הָתָם וְסָבְרִי ב"ש בהמ"ז טְעוּנָה כּוֹס וְהִתְנָן בָּא לָהֶם יַיִן אַחַר הַמָּזוֹן וְאֵין לוֹ אֶלָּא כּוֹס אֶחָד מְבָרֵךְ עַל הַיַּיִן וְאַחַ"כּ מְבָרֵךְ עַל הַמָּזוֹן מַאי לָאו דִּמְבָרֵךְ עָלֶיהָ וְשָׁתֵי לֵיהּ מִיָּד לֹא דִּמְבָרֵךְ וּמַנַּח לֵיהּ וְלָא שָׁתֵי וּמַנִּיחוֹ לבהמ"ז וְהָאָמַר מָר הַמְבָרֵךְ צָרִיךְ שֶׁיִּטְעֹום דְּטָעֵים לֵיהּ בִּידֵיהּ שֶׁיַּנִּיחַ מְעַט מִן הַיַּיִן בְּיָדוֹ וְיִשְׁתֶּה וְלֹא יִפְגֹּום וּמַייְרֵי שֶׁאֵין שָׁם רְבִיעִית בְּצִמְצוּם מַשְׁמַע מִדְּמוּקֵי לָהּ בִּטְעִים לֵיהּ בִּידֵיהּ וְלָא קָאָמַר שֶׁיַּנִּיחַ הֶיתֵּר מֵרְבִיעִית בִּכְלִי אַחֵר מִשּׁוּם דְּקָתָנֵי אֵין לוֹ אֶלָּא כּוֹס אֶחָד הַיְינוּ אֵין לוֹ אֶלָּא כְּלִי אֶחָד וְי"ל דְּהָתָם כֵּיוָן דְּמַייְרֵי דְּאִיכָּא טְפֵי מֵרְבִיעִית א"כ אֵין לוֹ אֶלָּא כּוֹס אֶחָד הַייְנוּ עַל כָּרְחָךְ כְּלִי אֶחָד דְּאִי לְעִנְיָן דְּלֵיכָּא שְׁנֵי רְבִיעִית קָאָמַר הֲלֹא א"צ שִׁיעוּר לְבָרֵךְ עַל הַיַּיִן לִשְׁתּוֹת דַּאֲפִילּוּ אַמַּשֶּׁהוּ מְבָרֵךְ שֶׁלֹּא יֵהָנֶה בְּלֹא בְּרָכָה וַהֲרֵי יָכוֹל לְבָרֵךְ וְלִשְׁתּוֹת הָעוֹדֵף עַל הָרְבִיעִית וּרְבִיעִית הַנִּשְׁאָר יַנִּיחַ לְבִרְכַּת הַמָּזוֹן אֶלָּא אֵין לוֹ אֶלָּא כְּלִי אֶחָד קָאָמַר אֲבָל הָכָא אֵין לוֹ אֶלָּא כּוֹס אֶחָד אֵין נִרְאֶה דִּכְלִי אֶחָד קָאָמַר דְּהָא הַנִּכְנָס לְבֵיתוֹ קָתָנֵי שֶׁלֹּא הִתְחִיל לֶאֱכֹול וְאִי אֶפְשָׁר שֶׁלֹּא יִמְצָא כְּלִי אַחֵר דְּמִסְּתָמָא לָא מַייְרֵי בְּגַבְרָא עַרְטִילַאי הִלְכָּךְ ע"כ לְעִנְיַן דְּאֵין לוֹ שְׁנֵי שִׁיעוּרִין קָאָמַר וּבִבְרָכוֹת דְּמַייְרֵי בְּבָא לָהֶם יַיִן עַל הַשֻּׁלְחָן אֶפְשָׁר שֶׁאֵין לוֹ עַל הַשֻּׁלְחָן אֶלָּא כְּלִי אֶחָד:
Et l'on en déduit qu'une coupe de bénédiction exige une mesure. Explication : puisqu'il ne la divise pas en deux coupes. Difficulté : de ce qu'on enseigne qu'il n'a qu'une seule coupe, il ressort qu'il n'a pas d'autre récipient. C'est ainsi que nous disons dans Berakhot, au chapitre Ces choses (même endroit) : on dit là-bas : et Beit Shammaï tient-il que le birkat ha-mazon exige une coupe ? Or la michna enseigne : s'il leur est venu du vin après le repas et qu'il n'a qu'une seule coupe, il bénit sur le vin, puis il bénit sur le repas. Est-ce à dire qu'il bénit sur elle et la boit aussitôt ? Non : il bénit, il la pose, il ne boit pas, et il la laisse pour le birkat ha-mazon. Or le maître a dit : celui qui bénit doit goûter. Il en goûte dans sa main : il laisse un peu de vin dans sa main, il le boit, et il n'altère pas la coupe. Il s'agit d'un cas où il n'y a pas un reviit au juste. De ce qu'on explique par il en goûte dans sa main, et qu'on ne dit pas qu'il laisse l'excédent du reviit dans un autre récipient, parce qu'on enseigne qu'il n'a qu'une seule coupe, cela veut dire qu'il n'a qu'un seul récipient. On peut répondre : là-bas, puisqu'il y a plus d'un reviit, il n'a qu'une seule coupe veut dire, forcément, un seul récipient. Si l'on parlait de l'absence de deux reviit, il n'y a pas de mesure pour bénir sur le vin que l'on boit : même sur une quantité infime (mashehou) on bénit, afin de ne pas jouir sans bénédiction. Il peut donc bénir et boire l'excédent du reviit, et laisser le reviit restant pour le birkat ha-mazon. On dit donc bien : il n'a qu'un seul récipient. Ici, il n'a qu'une seule coupe ne vise pas un seul récipient. On enseigne celui qui entre chez lui : il n'a pas commencé à manger, et il trouvera un autre récipient. On ne parle pas, à ce qu'il semble, d'un homme sans aucun ustensile. On parle donc forcément de celui qui n'a pas deux mesures. Dans Berakhot, où le vin leur est apporté sur la table, il est possible qu'il n'ait sur la table qu'un seul récipient.
💡 Explication

Berakha teouna kos : le birkat ha-mazon exige une coupe. Rachi le dit en un mot. Sinon, la coupe unique n'aurait pas à attendre la fin du repas.

Kos shel berakha tsarikh shiour : la coupe a une mesure, un reviit. Sans mesure, on la partagerait : havdala tout de suite, et le reste pour le birkat ha-mazon.

Tossefot demande si cela vaut pour un yahid. L'usage courant retient la coupe lorsqu'ils sont trois. Rabbeinou Chelomo fils de Rabbeinou Meir, et Rabbi Yehiël, l'exigent même pour un seul. Tossefot conclut que le birkat ha-mazon exige une coupe. La baraïta contraire, Berakhot 52a, est rangée selon Beit Shammaï. Le mot une seule coupe, ici, vise deux mesures, et, dans Berakhot, un seul récipient sur la table.

🖼️ Schéma
Pourquoi la coupe a un shiourSans mesureOn la divise en deux.Havdala maintenant.Le reste, après,pour le repas.Avec le reviitUne coupe de berakhaa une mesure.On ne la coupe pas.On la garde entière.Ce que dit la pageIl n'a qu'une coupe.Il ne la partage pas.Donc la coupeexige un shiour.
Sans shiour, une coupe se partage. La baraïta ne la partage pas : elle a donc une mesure.
6
וּשְׁמַע מִינָּהּ: הַמְבָרֵךְ צָרִיךְ שֶׁיִּטְעֹום. וּשְׁמַע מִינָּהּ: טַעְמוֹ — פְּגָמוֹ. וּשְׁמַע מִינָּהּ: טַעַם מַבְדִּיל.

Et l'on en déduit : celui qui bénit doit goûter. Et l'on en déduit : s'il en a goûté, il l'a altérée.

Et l'on en déduit : taam mavdil (celui qui a goûté fait encore la havdala).

📜 Rachi (2)
וּשְׁמַע מִינָּהּ צָרִיךְ הַמְבָרֵךְ שֶׁיִּטְעֹום דְּאִי לָא טְעִים לֵיהּ לִיבָרֵיךְ עָלֶיהָ תְּרֵי זִימְנֵי:
Et l'on en déduit que celui qui bénit doit goûter : car s'il n'en goûtait pas, il bénirait sur elle deux fois.
וּשְׁמַע מִינַּהּ טְעָמוֹ פְּגָמוֹ כְּבָר מִבִּרְכַּת הַמָּזוֹן:
Et l'on en déduit : s'il en a goûté, il l'a altérée, déjà pour le birkat ha-mazon.
🗂️ Tossefot (2)
שְׁמַע מִינָּה טַעְמוֹ פְּגָמוֹ נִרְאֶה דס"ד דְּאִיכָּא טְפֵי מֵרְבִיעִית וּמִשּׁוּם דְּלֵיכָּא שְׁתֵּי רְבִיעִיּוֹת קָרֵי לֵיהּ כּוֹס אֶחָד וְהַשְׁתָּא מוּכָח שַׁפִּיר דְּטַעְמוֹ פְּגָמוֹ אַף עַל גַּב דְּכוֹס שֶׁל בְּרָכָה צָרִיךְ שִׁיעוּר דִּנְהִי דְּצָרִיךְ שִׁיעוּר יִטְעֹום מָלֵא לוֹגְמָיו הֶיתֵּר עַל הָרְבִיעִית וְהָרְבִיעִית יַנִּיחַ לבהמ"ז וְרַב אַשִּׁי דָּחֵי דְּמַיְירֵי דְּלֵיכָּא שִׁיעוּר טְעִימָה יוֹתֵר מֵרְבִיעִית דְּאִם טַעְמוֹ חָסֵר שִׁיעוּרוֹ וּמִיהוּ קָשֶׁה הֵיכִי מוּכָח טַעְמוֹ פְּגָמוֹ מִדְּלָא טָעַם הָעוֹדֵף אַכַּתִּי תִּיקְשֵׁי לֵיהּ אַמַּאי לָא טְעִים לֵיהּ בִּידֵיהּ אוֹ בִּכְלִי אַחֵר כִּדְאָמַר בְּאֵלּוּ דְּבָרִים וי"ל בְּכוֹס חוֹבָה כְּגוֹן הַבְדָּלָה ובהמ"ז וְקִידּוּשׁ צָרִיךְ לִשְׁתּוֹת מִכּוֹס שֶׁיֵּשׁ בּוֹ רְבִיעִית הִלְכָּךְ לָא אֶפְשָׁר לְמִיטְעַם בִּידֵיהּ אוֹ בִּכְלִי אַחֵר אֲבָל בִּבְרָכוֹת דְּלָא מַיְירֵי בְּכוֹס חוֹבָה אֶפְשָׁר לְתַקֵּן ע"י דִּטְעֵים לֵיהּ בִּידֵיהּ:
On en déduit : s'il en a goûté, il l'a altérée. Il paraît qu'on pensait d'abord qu'il y a plus d'un reviit, et que, faute de deux reviit, on appelle cela une seule coupe. Dès lors on prouve bien que le goût altère, bien qu'une coupe de bénédiction exige une mesure. Même si elle exige une mesure, qu'il goûte une pleine gorgée (melo lugmav) prise sur l'excédent du reviit, et qu'il laisse le reviit pour le birkat ha-mazon. Rav Ashi repousse : il s'agit d'un cas où il n'y a pas une mesure de dégustation en plus du reviit, car s'il en goûtait, la mesure manquerait. Toutefois, difficulté : comment prouve-t-on que le goût altère, du fait qu'il ne goûte pas l'excédent ? On peut encore objecter : pourquoi n'en goûte-t-il pas dans sa main, ou dans un autre récipient, comme on le dit au chapitre Ces choses ? On peut répondre : pour une coupe d'obligation (kos hova), comme la havdala, le birkat ha-mazon et le kiddouch, il faut boire d'une coupe qui contient un reviit. On ne peut donc pas en goûter dans sa main ou dans un autre récipient. Dans Berakhot, où il ne s'agit pas d'une coupe d'obligation, on peut arranger les choses en goûtant dans sa main.
ש"מ טַעַם מַבְדִּיל וְלֹא יַמְתִּין עַד לְמָחָר קֹודֶם אֲכִילָה:
On en déduit : taam mavdil (celui qui a goûté fait encore la havdala). Et il n'attendra pas jusqu'au lendemain avant de manger.
💡 Explication

Ha-mevarekh tsarikh she-yit'om : celui qui bénit goûte. Rachi : sinon, il bénirait deux fois sur la même coupe, sans y avoir touché.

Ta'amo pagmo : le goût altère. La coupe ne sert plus pour le birkat ha-mazon. Tossefot écarte l'idée de goûter seulement l'excédent d'un reviit : pour une kos hova, havdala, birkat ha-mazon, kiddouch, on boit d'une coupe qui contient le reviit. Goûter dans la main, ou dans un autre récipient, ne répare pas ce cas.

Taam mavdil : celui qui a déjà mangé fait encore la havdala. Tossefot : il n'attend pas le lendemain pour manger.

🖼️ Schéma
Ce que la baraïta enseigneLa Guemara annonce huit halakhot. Six sont nommées sur cette page.1. Tefila et coupeHavdala dans la prière,encore sur la coupe.2. Birkat ha-mazonLa bénédictionexige une coupe.3. ShiourCoupe de berakha :une mesure, le reviit.4. GoûterCelui qui bénitdoit goûter.5. PegimaY avoir goûtéaltère la coupe.6. Taam mavdilOn a mangé :on fait encore la havdala.Pourquoi une seule coupe ne se partage pasSans shiour, on la couperait en deux : havdala tout de suite, reste pour le repas.Sans obligation de goûter, on bénirait deux fois sans y toucher.Le goût rend la coupe peguma : elle ne revient pas au birkat ha-mazon.Tossefot : une neuvième était possible, manger avant la havdala.
Goûter, altérer, faire quand même la havdala : trois des enseignements de la baraïta.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).