Sougya : La page achève les enseignements tirés de la baraïta sur la coupe unique. On y dit deux kiddoushim sur une seule coupe, et la baraïta suit Beit Shammaï selon Rabbi Yehouda.
Rav Ashi réunit en une seule chose le goût qui altère et la mesure exigée d'une coupe de bénédiction. Puis la baraïta de Souviens-toi est remise en ordre : le kiddouch sur le vin vise d'abord la nuit, à l'entrée du Chabbat, et le jour s'apprend du mot jour.
Rav Yehouda n'y dit que Qui crée le fruit de la vigne. Enfin, la havdala se rattrape jusqu'au mercredi, sur le modèle des jours d'un guet, sans la bénédiction sur le feu.
On en déduit : on dit deux kiddoushim sur une seule coupe. On en déduit : c'est Beit Shammaï, selon l'avis de Rabbi Yehouda.
La liste ouverte sur la page précédente se ferme ici. Chtei kedouchot : deux sanctifications sur une seule coupe, lorsqu'il n'a pas une seconde coupe. Tossefot renvoie à Pessahim 102b.
La baraïta est rangée comme Beit Shammaï selon Rabbi Yehouda : la bénédiction sur la lumière précède celle des aromates.
Rav Ashi dit : S'il y a goûté, il l'a altérée, et une coupe de bénédiction exige une mesure : c'est une seule chose.
Taamo pagmo et kos shel berakha tsarikh shiour ne se comptent pas à part. Rav Ashi les lit comme une seule raison : goûter fait descendre le vin au-dessous de la mesure exigée.
Et voici ce qu'il dit : pourquoi, s'il y a goûté, l'a-t-il altérée ? Parce qu'une coupe de bénédiction exige une mesure.
Rachi précise la limite. S'il reste dans la coupe plus que le shiour, le goût ne la rend pas pagum. L'altération, ici, vient du manque de mesure.
Tossefot garde la halakha de taamo pagmo. Rav Ashi l'admet, avec les Amoraïm qui suivent et qui sont rigoureux sur la pegima. Cette baraïta, à elle seule, ne l'enseigne pas comme un point séparé.
Rabbi Yaakov bar Idi était rigoureux pour une cruche pagum. Rav Idi bar Chicha était rigoureux pour une coupe pagum.
Mar bar Rav Ashi était rigoureux même pour un tonneau pagum.
Trois degrés. Hatsava, la cruche. Kasa, la coupe. Havita, le tonneau : Mar bar Rav Ashi n'en tire le vin du kiddouch que s'il n'a pas encore été entamé.
Rachi limite la rigueur aux coupes de mitsva : kiddouch, havdala, birkat ha-mazon. Pour boire, on dit bore peri ha-gafen même sur une coupe pagum.
Le Rachbam : cette rigueur vaut le-khathila. Après coup, une coupe pagum reste utilisable. Tossefot demande alors pourquoi l'on a permis de manger avant la havdala pour éviter la pegima. On s'appuie sur lui dans un che'at ha-dehak.
Les maîtres ont enseigné : Souviens-toi du jour du Chabbat pour le sanctifier. Évoque-le sur le vin.
Je n'ai que le jour. La nuit, d'où ?
Le verset dit : Souviens-toi du jour du Chabbat pour le sanctifier.
La baraïta attache zakhor, le souvenir, au vin. Telle qu'elle est citée, elle part du jour et cherche la nuit. La Guemara va la redresser au segment suivant.
Rachi lit lekadcho : dès l'instant où le jour devient saint, donc à l'entrée. Il annonce l'objection : l'essentiel du kiddouch est la nuit.
Tossefot relie zekhira et vin par deux versets, Osée et le Cantique. Vayekhoulou se dit dans la prière. Sur la coupe, il sert à acquitter la maison. On le répète à voix haute après la prière à cause d'un jour de fête qui tombe un Chabbat, où l'on dit Ata bahartanou et où Vayekhoulou manque dans la prière. L'usage reste le même chaque Chabbat.
Sur le degré d'obligation : Tossefot propose d'abord une asmakhta. Le kiddouch du jour, pour les femmes, est de la Torah (Berakhot 20b). Le vin, dans cette lecture, est rabbinique, à partir de Nazir 3b. Autre lecture : le kiddouch sur le vin est de la Torah, et l'obligation de goûter, pour celui qui bénit, est rabbinique.
La nuit, d'où ? Au contraire, l'essentiel de la sanctification, c'est la nuit qu'on sanctifie, car lorsqu'on sanctifie, c'est le début du jour qu'il faut sanctifier.
Et encore : La nuit, d'où ? Le verset dit : Souviens-toi du jour.
Le tanna se tourne vers la nuit, et il prend pour elle un verset du jour ?
Deux objections. La première porte sur le fond : on sanctifie le Chabbat à son début, la nuit. Chercher un verset pour la nuit, en tenant le jour pour acquis, inverse l'ordre.
La seconde porte sur la preuve : le tanna demande la nuit et cite zokhor et yom, un verset qui parle du jour.
Voici ce qu'il dit : Souviens-toi du jour du Chabbat pour le sanctifier. Évoque-le sur le vin à son entrée.
Je n'ai que la nuit. Le jour, d'où ?
Le verset dit : Souviens-toi du jour du Chabbat.
La baraïta se lit ainsi. Bekhnisato : à l'entrée du Chabbat, la nuit, sur le vin. De là, je n'ai que la nuit. Le jour s'apprend du mot yom, le jour, dans le verset.
Le Roch reprend le même fil, puis le statut de Vayekhoulou : le dire le vendredi soir est comme un témoignage sur la création en six jours et le repos du septième. À la synagogue on l'a déjà dit. On le redit au kiddouch pour la maison, et après la prière à cause du jour de fête.
Le jour, que bénit-on ? Rav Yehouda dit : Qui crée le fruit de la vigne.
Rav Ashi arriva à Mehoza. Ils lui dirent : Que le Maître nous dise le grand kiddouch.
(On la lui donna.)
Le kiddouch du jour ne reprend pas le texte de la nuit. Rav Yehouda : on apporte une coupe et l'on dit bore peri ha-gafen.
À Mehoza, on demande à Rav Ashi le kiddoucha rabba, le grand kiddouch. Rachi : ce nom vise cette bénédiction, parce qu'elle ouvre tous les kiddouchim. La parenthèse note qu'on lui a tendu la coupe.
Il pensa : qu'est-ce que le grand kiddouch ? Il dit : puisque, pour toutes les bénédictions, on dit d'abord Qui crée le fruit de la vigne, il dit Qui crée le fruit de la vigne, et il prolongea.
Il vit un vieillard qui se penchait et buvait. Il appliqua à lui-même : Le sage, ses yeux sont dans sa tête.
Rav Ashi ne connaît pas l'usage de Mehoza. Il commence par bore peri ha-gafen, commun à toute coupe, et il prolonge, pour voir si l'on attend une suite. Le vieillard boit. La bénédiction est donc close. Le verset du Qohélet marque qu'il a vu à temps.
Tossefot demande comment le vieillard boit avant celui qui bénit. Dans Berakhot 47a, les convives attendent. Réponse : cette attente vise ha-motsi, où celui qui rompt doit manger avec les hôtes. Au kiddouch, celui qui bénit n'est pas tenu de boire.
Le Yerouchalmi distingue une seule coupe, où l'on attend, et une coupe dans chaque main, où l'on boit sans attendre. D'où la preuve qu'on ne verse pas d'office de la coupe de berakha dans les autres. Si ces coupes sont pagum, on verse, pour que chacun boive d'une coupe intacte.
Les fils de Rabbi Hiya disent : celui qui n'a pas fait la havdala à la sortie du Chabbat la fait, et il peut la faire pendant toute la semaine. Et jusqu'à quand ?
Rabbi Zeira dit : jusqu'au quatrième jour de la semaine.
Mavdil ve-holekh : la havdala manquée à la sortie se rattrape dans la semaine. Rabbi Zeira fixe le terme au quatrième jour, mercredi.
Rachi : dès mercredi, les jours se comptent avec le Chabbat suivant. Le délai couvre donc dimanche, lundi et mardi.
Comme ce cas où Rabbi Zeira siégeait devant Rav Assi, et d'autres disent : Rav Assi devant Rabbi Yo'hanan. Il siégeait et disait : au sujet des guittin, le premier jour, le deuxième et le troisième sont après le Chabbat.
Le quatrième, le cinquième et la veille du jour sont avant le Chabbat.
Le calendrier des guittin éclaire la havdala. Une condition au guet qui dit après le Chabbat vise dimanche, lundi, mardi. Avant le Chabbat vise mercredi, jeudi et vendredi.
Même partage ici. Les trois premiers jours restent après le Chabbat passé : on y fait encore la havdala. Les trois suivants regardent le Chabbat qui vient.
Rabbi Yaakov bar Idi dit : toutefois, pas sur le feu.
Le rattrapage de la semaine porte sur la havdala. Il ne porte pas sur bore meorei ha-ech, la bénédiction sur le feu. Rachi : si on ne l'a pas dite à la sortie du Chabbat, on ne la dit plus ensuite.
Le Roch, sur ce passage, reprend d'abord les huit enseignements de la baraïta sur la coupe unique, puis la question du yahid pour le birkat ha-mazon, et la façon de réparer une coupe pagum selon le Yerouchalmi : un peu d'eau. Si le vin est déjà coupé selon la règle, ajouter de l'eau le gâterait.
Rav Berouna a dit que Rav a dit :
La phrase ouvre l'enseignement suivant. Le texte s'arrête ici, au seuil de la page d'après. Le Roch cité plus haut rapporte déjà la suite : celui qui s'est lavé les mains, et le kiddouch.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).