Pesachim 106a - Kiddouch de nuit et de jour, coupe pagum, havdala dans la semaine

Pesachim 106a

Sougya : La page achève les enseignements tirés de la baraïta sur la coupe unique. On y dit deux kiddoushim sur une seule coupe, et la baraïta suit Beit Shammaï selon Rabbi Yehouda.

Rav Ashi réunit en une seule chose le goût qui altère et la mesure exigée d'une coupe de bénédiction. Puis la baraïta de Souviens-toi est remise en ordre : le kiddouch sur le vin vise d'abord la nuit, à l'entrée du Chabbat, et le jour s'apprend du mot jour.

Rav Yehouda n'y dit que Qui crée le fruit de la vigne. Enfin, la havdala se rattrape jusqu'au mercredi, sur le modèle des jours d'un guet, sans la bénédiction sur le feu.

Les derniers enseignements, puis Rav AshiDeux kiddoushimsur une seule coupequand il n'en a pas d'autreTossefot : Pessahim 102bBeit Shammaïselon Rabbi Yehoudad'abord la lumièreensuite les aromatesRav Ashi : une seule choseS'il y a goûté, il l'a altérée.Une coupe de bénédiction exige une mesure.Le goût fait manquer le shiour.S'il reste plus que la mesure, Rachi : le goût n'altère pas.
Deux kiddoushim sur une coupe, Beit Shammaï, puis Rav Ashi : le goût altère parce que la mesure manque.
Souviens-toi du jour du ChabbatFormulation à redresserÉvoque-le sur le vin.Je n'ai que le jour.La nuit, d'où ?Le verset qu'il citeparle du jour.Sens retenuÉvoque-le sur le vinà l'entrée du Chabbat.Je n'ai que la nuit.Le jour, d'où ?Du mot jour.La nuitKiddouch à l'entrée.C'est l'essentiel :on sanctifiele début du jour.Le jourAvant le repas :bore peri ha-gafenQui crée le fruitde la vigne.Kiddoucha rabbaLe grand kiddouch.Rachi : on l'appelleainsi parce qu'on ditcette bénédictionà chaque kiddouch.
La nuit, kiddouch à l'entrée. Le jour, bore peri ha-gafen, qu'on appelle le grand kiddouch.
Jusqu'où rattraper la havdalaSortieHavdalaet bénédictionsur le feuDimanche à mardiAprès le ChabbatOn rattrapela havdala, sans le feuMercredi à vendrediAvant le Chabbatqui vientLe délai est closMême découpage que pour un guetJours 1, 2 et 3 : après le Chabbat.Jours 4, 5 et la veille : avant le Chabbat.
Havdala jusqu'à mardi inclus. Dès mercredi, le délai est clos. Le feu reste à la sortie du Chabbat.
1
וּשְׁמַע מִינָּהּ: אוֹמֵר שְׁתֵּי קְדֻושּׁוֹת עַל כּוֹס אֶחָד. וּשְׁמַע מִינָּהּ: בֵּית שַׁמַּאי הִיא, וְאַלִּיבָּא דְּרַבִּי יְהוּדָה.

On en déduit : on dit deux kiddoushim sur une seule coupe. On en déduit : c'est Beit Shammaï, selon l'avis de Rabbi Yehouda.

📜 Rachi (1)
[וְאַלִּיבָּא דְּר' יְהוּדָה דְּאָמַר מָאוֹר וְאַחַ"כּ בְּשָׂמִים:
Selon l'avis de Rabbi Yehouda, qui dit : la lumière, puis les aromates.
🗂️ Tossefot (1)
וּשְׁמַע מִינַּהּ אוֹמֵר שְׁתֵּי קְדֻושּׁוֹת עַל כּוֹס אֶחָד וּבְשֶׁאֵין לוֹ כִּדְאָמַר לְעֵיל (פְּסָחִים ד' קב:):
On en déduit qu'on dit deux kiddoushim sur une seule coupe. Et c'est lorsqu'il n'en a pas, comme il est dit plus haut (Pessahim 102b).
💡 Explication

La liste ouverte sur la page précédente se ferme ici. Chtei kedouchot : deux sanctifications sur une seule coupe, lorsqu'il n'a pas une seconde coupe. Tossefot renvoie à Pessahim 102b.

La baraïta est rangée comme Beit Shammaï selon Rabbi Yehouda : la bénédiction sur la lumière précède celle des aromates.

2
רַב אַשִּׁי אָמַר: טְעָמוֹ פְּגָמוֹ וְכוֹס שֶׁל בְּרָכָה צָרִיךְ שִׁיעוּר — חֲדָא מִילְּתָא הִיא.

Rav Ashi dit : S'il y a goûté, il l'a altérée, et une coupe de bénédiction exige une mesure : c'est une seule chose.

💡 Explication

Taamo pagmo et kos shel berakha tsarikh shiour ne se comptent pas à part. Rav Ashi les lit comme une seule raison : goûter fait descendre le vin au-dessous de la mesure exigée.

3
וְהָכִי קָאָמַר: מַאי טַעְמָא טְעָמוֹ פְּגָמוֹ? מִשּׁוּם דְּכוֹס שֶׁל בְּרָכָה צָרִיךְ שִׁיעוּר.

Et voici ce qu'il dit : pourquoi, s'il y a goûté, l'a-t-il altérée ? Parce qu'une coupe de bénédiction exige une mesure.

📜 Rachi (1)
מִשּׁוּם דְּכוֹס שֶׁל בְּרָכָה טָעוּן שִׁיעוּר אֲבָל אִי הֲוָה בֵּיהּ טְפֵי מִכַּשִּׁיעוּר טְעָמוֹ לֹא פְּגָמוֹ]:
Parce qu'une coupe de bénédiction exige une mesure. S'il y avait plus que la mesure, y avoir goûté ne l'altère pas.
🗂️ Tossefot (1)
מִשּׁוּם דְּכוֹס שֶׁל בְּרָכָה צָרִיךְ שִׁיעוּר רַב אַשִּׁי לָא פְּלִיג אַאָמוֹרָאֵי דִּבְסָמוּךְ וְאִית לֵיהּ שַׁפִּיר טַעְמוֹ פְּגָמוֹ אֶלָּא דְּמֵהָא לֵיכָּא לְמִישְׁמַע מִינָּהּ קָאָמַר:
Parce qu'une coupe de bénédiction exige une mesure. Rav Ashi ne diverge pas des Amoraïm qui suivent. Il tient bien que, s'il y a goûté, il l'a altérée. Il dit qu'on ne peut pas l'apprendre de ce passage.
💡 Explication

Rachi précise la limite. S'il reste dans la coupe plus que le shiour, le goût ne la rend pas pagum. L'altération, ici, vient du manque de mesure.

Tossefot garde la halakha de taamo pagmo. Rav Ashi l'admet, avec les Amoraïm qui suivent et qui sont rigoureux sur la pegima. Cette baraïta, à elle seule, ne l'enseigne pas comme un point séparé.

4
רַבִּי יַעֲקֹב בַּר אִידִי קָפֵיד אַחַצְבָּא פְּגִימָא. רַב אִידִי בַּר שִׁישָׁא קָפֵיד אַכָּסָא פְּגִימָא. מָר בַּר רַב אָשֵׁי קָפֵיד אֲפִילּוּ אַחָבִיתָא פְּגִימְתָּא.

Rabbi Yaakov bar Idi était rigoureux pour une cruche pagum. Rav Idi bar Chicha était rigoureux pour une coupe pagum.

Mar bar Rav Ashi était rigoureux même pour un tonneau pagum.

📜 Rachi (1)
קָפֵיד לְקִידּוּשׁ וְהַבְדָּלָה וּבִרְכַּת הַמָּזוֹן אֲבָל אִם בָּא לִשְׁתּוֹת מִכּוֹס פָּגוּם מְבָרֵךְ עָלָיו בִּרְכַּת הַיַּיִן:
Il était rigoureux : pour le kiddouch, la havdala et le birkat ha-mazon. S'il vient boire d'une coupe pagum, il dit sur elle la bénédiction du vin.
🗂️ Tossefot (1)
קָפֵיד אַכָּסָא פְּגִימָא פֵּירֵשׁ רַשְׁבַּ"ם דְּקָפֵיד לְכַתְּחִלָּה דַּוְקָא וְאִם אֵין לוֹ אֶלָּא פָּגוּם יְקַדֵּשׁ עָלָיו וְתֵימַהּ א"כ אֵיךְ הִתִּירוּ לֶאֱכֹול קֹודֶם הַבְדָּלָה מִשּׁוּם קְפִידָא דִּפְגִימָה מִיהוּ רָאוּי רַשְׁבָּ"ם לִסְמֹוךְ עָלָיו בִּשְׁעַת הַדְּחָק:
Il était rigoureux pour une coupe pagum. Le Rachbam explique qu'il n'est rigoureux qu'au départ (le-khathila). S'il n'a qu'une coupe pagum, il fait le kiddouch sur elle. Difficulté : s'il en est ainsi, comment a-t-on permis de manger avant la havdala à cause de la rigueur sur la pegima ? Toutefois, il convient de s'appuyer sur le Rachbam dans un cas de contrainte (che'at ha-dehak).
💡 Explication

Trois degrés. Hatsava, la cruche. Kasa, la coupe. Havita, le tonneau : Mar bar Rav Ashi n'en tire le vin du kiddouch que s'il n'a pas encore été entamé.

Rachi limite la rigueur aux coupes de mitsva : kiddouch, havdala, birkat ha-mazon. Pour boire, on dit bore peri ha-gafen même sur une coupe pagum.

Le Rachbam : cette rigueur vaut le-khathila. Après coup, une coupe pagum reste utilisable. Tossefot demande alors pourquoi l'on a permis de manger avant la havdala pour éviter la pegima. On s'appuie sur lui dans un che'at ha-dehak.

🖼️ Schéma
Trois rigueurs sur la pegimaRabbi Yaakov bar IdiCruche pagumhatsavaRav Idi bar ChichaCoupe pagumkasaMar bar Rav AshiMême le tonneauhavitaRachi : kiddouch, havdala, birkat ha-mazon.Pour boire, on dit la bénédiction du vin même sur une coupe pagum.
Cruche, coupe, tonneau : trois rigueurs. Rachi les réserve aux coupes de mitsva.
5
תָּנוּ רַבָּנַן: ״זָכוֹר אֶת יוֹם הַשַּׁבָּת לְקַדְּשׁוֹ״ — זָוכְרֵהוּ עַל הַיַּיִן. אֵין לִי אֶלָּא בְּיוֹם, בַּלַּיְלָה מִנַּיִן? תַּלְמוּד לוֹמַר: ״זָכוֹר אֶת יוֹם הַשַּׁבָּת לְקַדְּשׁוֹ״.

Les maîtres ont enseigné : Souviens-toi du jour du Chabbat pour le sanctifier. Évoque-le sur le vin.

Je n'ai que le jour. La nuit, d'où ?

Le verset dit : Souviens-toi du jour du Chabbat pour le sanctifier.

📜 Rachi (2)
לְקַדְּשׁוֹ מַשְׁמַע מִשָּׁעָה שֶׁמִּתְקַדֵּשׁ הַיּוֹם:
Pour le sanctifier : cela implique dès l'heure où le jour se sanctifie.
אֵין לִי אֶלָּא בְּיוֹם לְקַמָּן פָּרֵיךְ אַדְּרַבָּה עִיקַּר קִדּוּשָׁא בַּלַּיְלָה הוּא דִּכְנִיסָתוֹ הִיא קְדֻושָּׁתוֹ:
Je n'ai que le jour : plus loin on objecte. Au contraire, l'essentiel du kiddouch est la nuit, car son entrée est sa sanctification.
🗂️ Tossefot (1)
זָוכְרֵהוּ עַל הַיַּיִן דִּזְכִירָה כְּתִיב עַל הַיַּיִן זִכְרוֹ כְּיֵין לַבְנוּן (הוֹשֵׁעַ י״ד:ח׳) נַזְכִּירָה דּוֹדֶיךָ מִיַּיִן (שִׁיר הַשִּׁירִים א׳:ד׳) וְהַאי זְכִירָה הַיְינוּ קִידּוּשׁ דְּוַיְכּוֹלוּ לֹא מָצִינוּ עַל הַכּוֹס אֶלָּא בִּתְפִלָּה כִּדְאָמַר בְּשַׁבָּת (ד' קיט:) וְלֹא נִיתְקַן עַל הַכּוֹס אֶלָּא לְהוֹצִיא בָּנָיו וּבְנֵי בֵּיתוֹ וּמַה שֶׁרְגִילִין לוֹמַר וַיְכֻולּוּ אַחַר הַתְּפִלָּה בְּקוֹל רָם הַייְנוּ מִשּׁוּם י"ט שֶׁחָל לִהְיוֹת בְּשַׁבָּת שֶׁמִּתְפַּלְּלִין אַתָּה בְּחַרְתָּנוּ וְאֵין אוֹמֵר וַיְכֻולּוּ בִּתְפִלָּה וְתִקְּנוּ נָמֵי לוֹמַר בְּכָל שַׁבָּתוֹת שֶׁלֹּא לְחַלֵּק בֵּין שַׁבָּת לְשַׁבָּת וְנִרְאֶה דְּקִידּוּשׁ עַל הַיַּיִן אַסְמַכְתָּא הִיא וְהָא דְאָמַר בְּמִי שֶׁמֵּתוּ (בְּרָכוֹת ד' כ:) נָשִׁים חַיָּיבוֹת בְּקִידּוּשׁ הַיּוֹם דְּבַר תּוֹרָה הַיְינוּ דַּוְקָא קִידּוּשׁ הַיּוֹם אֲבָל עַל הַיַּיִן לָא הָוְיָא אֶלָּא מִדְּרַבָּנָן כִּדְמַשְׁמַע בְּרֵישׁ נָזִיר (ד' ג:) דְּקָאָמַר מִיַּיִן וְשֵׁכָר יַזִּיר לֶאֱסֹור יֵין מִצְוָה כְּיֵין הָרְשׁוּת וּפָרִיךְ מַאי נִיהוּ קִידּוּשָׁא וְהַבְדָּלָה מֻושְׁבָּע וְעוֹמֵד מֵהַר סִינַי הוּא דְּאִיצְטְרִיךְ קְרָא לְמֵיסַר אֶלָּא כִּי הָא דְּאָמַר רָבָא שְׁבוּעָה שֶׁאֶשְׁתֶּה וְחָזַר וְאָמַר הֲרֵינִי נָזִיר אִיצְטְרִיךְ קְרָא דִּנְזִירוּת חָל עָלָיו אַף עַל פִּי שֶׁמֻּושְׁבָּע וְעוֹמֵד הוּא וְעוֹד מָצִינוּ לְמֵימַר דְּקִידּוּשׁ עַל הַיַּיִן דְּבַר תּוֹרָה אֲבָל הָא דְאָמַר הַמְבָרֵךְ צָרִיךְ שֶׁיִּטְעֹום זֶהוּ מִדְּרַבָּנָן:
Évoque-le sur le vin. Le souvenir est écrit au sujet du vin : Son souvenir est comme le vin du Liban (Osée 14, 8), Nous évoquerons tes amours plus que le vin (Cantique des cantiques 1, 4). Ce souvenir est le kiddouch. Vayekhoulou, on ne le trouve sur la coupe que dans la prière, comme il est dit dans Chabbat (119b). On ne l'a institué sur la coupe que pour acquitter ses fils et les gens de sa maison. Ce que l'on a coutume de dire Vayekhoulou après la prière à voix haute vient d'un jour de fête qui tombe un Chabbat : on prie Ata bahartanou, et l'on ne dit pas Vayekhoulou dans la prière. On a aussi institué de le dire tous les Chabbats, afin de ne pas distinguer un Chabbat d'un autre. Il paraît que le kiddouch sur le vin est une asmakhta (un appui de verset). Ce que l'on dit dans Celui dont un proche est mort (Berakhot 20b), les femmes sont tenues au kiddouch du jour par la Torah, vise le kiddouch du jour. Sur le vin, l'obligation est rabbinique, comme il ressort au début de Nazir (3b). On y dit : Du vin et de la boisson forte il s'abstiendra, pour interdire le vin de mitsva comme le vin facultatif. On objecte : de quoi s'agit-il ? Du kiddouch et de la havdala. Il est déjà assermenté et tenu depuis le Sinaï. À quoi le verset sert-il pour interdire ? Plutôt le cas que dit Rava : un serment que je boirai, puis il dit me voici nazir. Le verset est nécessaire pour que la nezirout prenne effet sur lui, bien qu'il soit déjà assermenté et tenu. On peut encore dire que le kiddouch sur le vin est de la Torah, et que l'enseignement celui qui bénit doit goûter est rabbinique.
💡 Explication

La baraïta attache zakhor, le souvenir, au vin. Telle qu'elle est citée, elle part du jour et cherche la nuit. La Guemara va la redresser au segment suivant.

Rachi lit lekadcho : dès l'instant où le jour devient saint, donc à l'entrée. Il annonce l'objection : l'essentiel du kiddouch est la nuit.

Tossefot relie zekhira et vin par deux versets, Osée et le Cantique. Vayekhoulou se dit dans la prière. Sur la coupe, il sert à acquitter la maison. On le répète à voix haute après la prière à cause d'un jour de fête qui tombe un Chabbat, où l'on dit Ata bahartanou et où Vayekhoulou manque dans la prière. L'usage reste le même chaque Chabbat.

Sur le degré d'obligation : Tossefot propose d'abord une asmakhta. Le kiddouch du jour, pour les femmes, est de la Torah (Berakhot 20b). Le vin, dans cette lecture, est rabbinique, à partir de Nazir 3b. Autre lecture : le kiddouch sur le vin est de la Torah, et l'obligation de goûter, pour celui qui bénit, est rabbinique.

6
״בַּלַּיְלָה מִנַּיִן״?! אַדְּרַבָּה, עִיקַּר קִדּוּשָׁא בַּלַּיְלָה הוּא קָדֵישׁ, דְּכִי קַדִּישׁ — תְּחִלַּת יוֹמָא בָּעֵי לְקַידּוֹשֵׁי! וְתוּ: ״בַּלַּיְלָה מִנַּיִן תַּלְמוּד לוֹמַר: זָכוֹר אֶת יוֹם״, תַּנָּא מְיהַדַּר אַלַּיְלָה וְקָא נָסֵיב לֵיהּ קְרָא דִּימָמָא?!

La nuit, d'où ? Au contraire, l'essentiel de la sanctification, c'est la nuit qu'on sanctifie, car lorsqu'on sanctifie, c'est le début du jour qu'il faut sanctifier.

Et encore : La nuit, d'où ? Le verset dit : Souviens-toi du jour.

Le tanna se tourne vers la nuit, et il prend pour elle un verset du jour ?

💡 Explication

Deux objections. La première porte sur le fond : on sanctifie le Chabbat à son début, la nuit. Chercher un verset pour la nuit, en tenant le jour pour acquis, inverse l'ordre.

La seconde porte sur la preuve : le tanna demande la nuit et cite zokhor et yom, un verset qui parle du jour.

7
הָכִי קָאָמַר: ״זָכוֹר אֶת יוֹם הַשַּׁבָּת לְקַדְּשׁוֹ״ — זָוכְרֵהוּ עַל הַיַּיִן בִּכְנִיסָתוֹ, אֵין לִי אֶלָּא בַּלַּיְלָה, בַּיּוֹם מִנַּיִן? תַּלְמוּד לוֹמַר: ״זָכוֹר אֶת יוֹם הַשַּׁבָּת״.

Voici ce qu'il dit : Souviens-toi du jour du Chabbat pour le sanctifier. Évoque-le sur le vin à son entrée.

Je n'ai que la nuit. Le jour, d'où ?

Le verset dit : Souviens-toi du jour du Chabbat.

⚖️ Rosh (1)
ת"ר זָכוֹר אֶת יוֹם הַשַּׁבָּת לְקַדְּשׁוֹ זָוכְרֵהוּ עַל הַיַּיִן. רֶמֶז לַדָּבָר שֶׁהֲרֵי מָצִינוּ זְכִירָה עַל הַיַּיִן דִּכְתִיב זִכְרוֹ כְּיֵין לַבְנוּן. נַזְכִּירָה דּוֹדֶיךָ מִיַּיִן. אֵין לִי אֶלָּא בְּיוֹם בַּלַּיְלָה מִנַּיִן. תַּלְמוּד לוֹמַר אֶת יוֹם. תַּנָּא מַהְדַּר אַלַּיְלָה וְנָסֵיב לֵיהּ קְרָא דִּימָמָא. וְתוּ עִיקַּר קִידּוּשׁ בְּלַיְלָה הוּא אֶלָּא זָכוֹר אֶת יוֹם הַשַּׁבָּת לְקַדְּשׁוֹ זָוכְרֵהוּ עַל הַיַּיִן בִּכְנִיסָתוֹ. אֵין לִי אֶלָּא בַּלַּיְלָה בַּיּוֹם מִנַּיִן תַּלְמוּד לוֹמַר אֶת יוֹם. וּזְכִירָה דְּהָכָא הַיְינוּ קִידּוּשׁ. אֲבָל וַיְכֻולּוּ לֹא מָצִינוּ שֶׁתִּקְּנוּ לוֹמַר עַל הַכּוֹס אֶלָּא דְּקָאָמַר הַשַּׁ"ס בְּפֶרֶק כָּל כִּתְבֵי הַקֹּדֶשׁ דַּף קיע: כָּל הָאוֹמֵר וַיְכֻולּוּ בְּעֶרֶב שַׁבָּת כְּאִילּוּ מֵעִיד עַל הקב"ה שֶׁבָּרָא עוֹלָמוֹ בְּשִׁשָּׁה יָמִים וְשַׁבָּת בַּיּוֹם הַשְּׁבִיעִי. וּמַה שֶׁאוֹמְרִים אוֹתוֹ בִּשְׁעַת קִידּוּשׁ אע"פ שֶׁכְּבָר אָמַר בְּבֵית הַכְּנֶסֶת הַייְנוּ כְּדֵי לְהוֹצִיא בָּנָיו וּבְנֵי בֵּיתוֹ. וּמַה שֶׁאוֹמֵר אַחַר הַתְּפִלָּה אע"פ שֶׁכְּבָר אֲמָרָהּ בְּתוֹךְ הַתְּפִלָּה הַייְנוּ מִשּׁוּם דִּכְשֶׁחָל לִהְיוֹת י"ט בְּשַׁבָּת אוֹמְרִים אַתָּה בְּחַרְתָּנוּ וְלָא אָמְרִינַן בְּתוֹךְ הַתְּפִלָּה וְצָרִיךְ לוֹמַר לְאַחַר הַתְּפִלָּה לְכָךְ נָהֲגוּ לוֹמַר כֵּן בְּכָל שַׁבְּתוֹת הַשָּׁנָה. בְּיוֹם מַאי מְבָרֵךְ אָמַר רַב יְהוּדָה בּוֹרֵא פה"ג.
Les maîtres ont enseigné : Souviens-toi du jour du Chabbat pour le sanctifier. Évoque-le sur le vin. Un indice : on trouve le souvenir au sujet du vin, comme il est écrit : Son souvenir est comme le vin du Liban. Nous évoquerons tes amours plus que le vin. Je n'ai que le jour. La nuit, d'où ? Le verset dit : le jour. Le tanna cherche la nuit et prend un verset du jour. Et encore, l'essentiel du kiddouch est la nuit. On reprend donc : Souviens-toi du jour du Chabbat pour le sanctifier. Évoque-le sur le vin à son entrée. Je n'ai que la nuit. Le jour, d'où ? Le verset dit : le jour. Le souvenir dont il s'agit ici est le kiddouch. Vayekhoulou : on ne trouve pas qu'on ait institué de le dire sur la coupe, sinon que le Talmud dit, au chapitre Tous les écrits (Chabbat 119b) : quiconque dit Vayekhoulou le vendredi soir est comme s'il témoignait du Saint, béni soit-Il, qu'Il a créé Son monde en six jours et qu'Il s'est reposé le septième. Ce que l'on dit au moment du kiddouch, bien qu'on l'ait déjà dit à la synagogue, sert à acquitter ses fils et les gens de sa maison. Ce que l'on dit après la prière, bien qu'on l'ait déjà dit dans la prière, vient de ceci : lorsqu'un jour de fête tombe un Chabbat, on dit Ata bahartanou, et on ne le dit pas dans la prière. Il faut le dire après la prière. C'est pourquoi l'usage est de le dire ainsi tous les Chabbats de l'année. Le jour, que bénit-on ? Rav Yehouda dit : Qui crée le fruit de la vigne.
💡 Explication

La baraïta se lit ainsi. Bekhnisato : à l'entrée du Chabbat, la nuit, sur le vin. De là, je n'ai que la nuit. Le jour s'apprend du mot yom, le jour, dans le verset.

Le Roch reprend le même fil, puis le statut de Vayekhoulou : le dire le vendredi soir est comme un témoignage sur la création en six jours et le repos du septième. À la synagogue on l'a déjà dit. On le redit au kiddouch pour la maison, et après la prière à cause du jour de fête.

8
בַּיּוֹם מַאי מְבָרֵךְ? אָמַר רַב יְהוּדָה: ״בּוֹרֵא פְּרִי הַגָּפֶן״. רַב אָשֵׁי אִיקְּלַע לְמָחוֹזָא, אָמְרוּ לֵיהּ: לִיקַדֵּישׁ לַן מָר קִידּוּשָׁא רַבָּה (הַבוּ לֵיהּ).

Le jour, que bénit-on ? Rav Yehouda dit : Qui crée le fruit de la vigne.

Rav Ashi arriva à Mehoza. Ils lui dirent : Que le Maître nous dise le grand kiddouch.

(On la lui donna.)

📜 Rachi (1)
קִידּוּשָׁא רַבָּא בּוֹרֵא פְּרִי הַגָּפֶן וְאַהָכִי קָרֵי לֵיהּ קִידּוּשָׁא רַבָּה דְּאַכֻּולְּהוּ קִידּוּשֵׁי אָמְרִי לָהּ:
Le grand kiddouch : Qui crée le fruit de la vigne. On l'appelle ainsi parce qu'on dit cette bénédiction à tous les kiddouchim.
💡 Explication

Le kiddouch du jour ne reprend pas le texte de la nuit. Rav Yehouda : on apporte une coupe et l'on dit bore peri ha-gafen.

À Mehoza, on demande à Rav Ashi le kiddoucha rabba, le grand kiddouch. Rachi : ce nom vise cette bénédiction, parce qu'elle ouvre tous les kiddouchim. La parenthèse note qu'on lui a tendu la coupe.

9
סָבַר: מַאי נִיהוּ ״קִידּוּשָׁא רַבָּה״? אָמַר, מִכְּדֵי כָּל הַבְּרָכוֹת כֻּולָּן ״בּוֹרֵא פְּרִי הַגָּפֶן״ אָמְרִי בְּרֵישָׁא, אָמַר ״בּוֹרֵא פְּרִי הַגָּפֶן״ וְאַגִּיד בֵּיהּ. חַזְייֵהּ לְהָהוּא סָבָא דְּגָחֵין וְשָׁתֵי, קָרֵי אַנַּפְשֵׁיהּ ״הֶחָכָם עֵינָיו בְּרֹאשׁוֹ״.

Il pensa : qu'est-ce que le grand kiddouch ? Il dit : puisque, pour toutes les bénédictions, on dit d'abord Qui crée le fruit de la vigne, il dit Qui crée le fruit de la vigne, et il prolongea.

Il vit un vieillard qui se penchait et buvait. Il appliqua à lui-même : Le sage, ses yeux sont dans sa tête.

📜 Rachi (1)
וְאַגִּיד בֵּיהּ הֶאֱרִיךְ בּוֹ:
Et il prolongea : il l'allongea.
🗂️ Tossefot (1)
הֲוָה גְּחֵין וְשָׁתֵי וא"ת דִּבְפֶרֶק שְׁלֹשָׁה שֶׁאָכְלוּ (בְּרָכוֹת ד' מז.) אָמְרִינַן אֵין הַמְּסֻובִּין רַשָּׁאִין לִטְעֹום עַד שֶׁיִּטְעֹום הַמְּבָרֵךְ וְי"ל דְּהַייְנוּ דַּוְקָא בְּהַמּוֹצִיא שֶׁצָּרִיךְ לֶאֱכֹול כִּדְאָמְרִי' בְּפֶרֶק רָאוּהוּ ב"ד (ר"ה ד' כט:) לָא יִפְרֹוס אָדָם פְּרוּסָה לָאוֹרְחִין אא"כ אוֹכֵל עִמָּהֶן הִלְכָּךְ צָרִיךְ לְהַמְתִּין עַד שֶׁיִּטְעֹום הַמְבָרֵךְ אֲבָל קִידּוּשׁ שֶׁאֵין חוֹבָה לִשְׁתּוֹת לְהַמְבָרֵךְ א"צ לְהַמְתִּין וּמִיהוּ בִּירוּשַׁלְמִי דִּבְרָכוֹת א"ר אַבָּא בְּשֵׁם רַב מְסֻובִּין אֲסוּרִין לִטְעֹום עַד שֶׁיִּטְעֹום הַמְּבָרֵךְ ר' יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי אוֹמֵר שׁוֹתִין אע"פ שֶׁלֹּא שָׁתָה וְלָא פְּלִיגִי מַה דא"ר אָבָהוּ כְּשֶׁהָיוּ כֻּולָּן זִקּוּקִין לְכוֹס אֶחָד מַה דְּאָמַר ר' יְהוֹשֻׁעַ כְּשֶׁיֵּשׁ לְכָל אֶחָד כּוֹסוֹ בְּיָדוֹ וּמַשְׁמַע נָמֵי אִם אֵין כּוֹסוֹ בְּיָדוֹ אַפֵּי' שָׁפַךְ מִכּוֹס בְּרָכָה לְכוֹסוֹת אֲחֵרִים אֵין לָהֶם לִטְעֹום עַד שֶׁיִּטְעֹום הַמְּבָרֵךְ אֲבָל כְּשֶׁיֵּשׁ לְכָל אֶחָד כּוֹס א"צ לְהַמְתִּין וּלְכָךְ הֲוָה גְּחֵין וְשָׁתֵי וּמִכָּאן יֵשׁ לְהוֹכִיחַ שא"צ לִשְׁפֹּוךְ מִכּוֹס שֶׁל בְּרָכָה לִשְׁאָר כּוֹסוֹת וּמִיהוּ הֵיכָא דִּפְגִימִי צָרִיךְ לִשְׁפֹּוךְ מִמֶּנּוּ לִשְׁאָר כּוֹסוֹת כְּדֵי שֶׁיִּשְׁתּוּ כֻּולָּם מִכּוֹס שֶׁאֵינוֹ פָּגוּם אע"ג דִּשְׁתִיָּה לָא מְעַכְּבָא כִּדְאָמְרִינַן בְּפֶרֶק בְּכָל מְעָרְבִין (עֵירוּבִין דַּף מ:) וְגַם בְּהַמּוֹצִיא יֵשׁ לְהוֹכִיחַ מִיְּרוּשַׁלְמִי אִם יֵשׁ לְכָל אֶחָד כִּכָּרוֹ א"צ לְהַמְתִּין וְאוֹכֵל כָּל אֶחָד מִשֶּׁלּוֹ וְהָא דְּאָמַר טֹול בָּרוּךְ (בְּרָכוֹת דַּף מ.) וְאָמְרִינַן נָמֵי (שָׁם דַּף מו.) בַּעַל הַבַּיִת בּוֹצֵעַ כְּדֵי שֶׁיִּבְצַע בְּעַיִן יָפָה דְּמַשְׁמַע שֶׁאֵין אוֹכְלִין אֶלָּא מַה שֶׁמְּחַלֵּק לָהֶם מַיְירֵי בְּשֶׁאֵין כִּכָּר לִפְנֵי כָּל אֶחָד א"נ בְּשַׁבָּת וּכְגוֹן שֶׁאֵין לָהֶם לֶחֶם מִשְׁנֶה דְּאָז צְרִיכִין לֶאֱכֹול מִבְּצִיעָתוֹ:
Il se penchait et buvait. Si l'on objecte : au chapitre Trois qui ont mangé (Berakhot 47a), on dit que les convives n'ont pas le droit de goûter avant que celui qui bénit ait goûté. On peut répondre : cela vise ha-motsi, où il doit manger, comme on dit au chapitre Ils l'ont vu, le tribunal (Roch Hachana 29b) : on ne rompt un morceau pour des hôtes que si l'on mange avec eux. Il faut donc attendre que celui qui bénit goûte. Pour le kiddouch, où celui qui bénit n'a pas l'obligation de boire, on n'a pas à attendre. Toutefois, dans le Yerouchalmi de Berakhot, Rabbi Abba dit au nom de Rav : les convives ont interdiction de goûter avant que celui qui bénit ait goûté. Rabbi Yehochoua ben Levi dit : ils boivent même s'il n'a pas bu. Et ils ne divergent pas. Ce que dit Rabbi Abahou vise le cas où tous dépendent d'une seule coupe. Ce que dit Rabbi Yehochoua vise le cas où chacun a sa coupe en main. Il en ressort aussi : s'il n'a pas sa coupe en main, même s'il a versé de la coupe de berakha dans d'autres coupes, ils ne goûtent qu'une fois que celui qui bénit a goûté. Quand chacun a une coupe, on n'a pas à attendre. C'est pourquoi il se penchait et buvait. D'ici l'on prouve qu'on n'a pas à verser de la coupe de berakha dans les autres coupes. Toutefois, lorsqu'elles sont pagum, il faut verser d'elle dans les autres coupes, afin que tous boivent d'une coupe qui n'est pas pagum, bien que boire ne soit pas indispensable, comme on dit au chapitre Avec tout on fait l'érouv (Erouvin 40b). Pour ha-motsi aussi, on prouve du Yerouchalmi : si chacun a son pain, on n'a pas à attendre, et chacun mange du sien. Et ce que l'on dit : Prends, toi qui es béni (Berakhot 40a), et ce que l'on dit aussi (là, 46a), le maître de maison rompt afin de rompre avec largesse, ce qui montre qu'ils mangent ce qu'il leur distribue, vise le cas où il n'y a pas un pain devant chacun. Ou bien le Chabbat, lorsqu'ils n'ont pas de le'hem michneh : alors ils doivent manger de ce qu'il a rompu.
⚖️ Rosh (1)
רַב אָשֵׁי אִיקְּלַע לְמָחוֹזָא אֲמַרוּ לֵיהּ לֵימָא לַן מַר קִידּוּשָׁא רַבָּא אָמַר מַאי קִידּוּשָׁא רַבָּא כָּל הֵיכָא דְּאִיתָא בּוֹרֵא פְּרִי הַגָּפֶן בָּעֵי לְבָרוֹכֵי בְּרֵישָׁא. בְּרִיךְ בפ"ג וְאַגִּיד בֵּיהּ. חַזְיֵהּ לְהַהוּא סָבָא דַּהֲוָה גְּחֵין וְשָׁתֵי. קָרֵי אַנַּפְשֵׁיהּ הֶחָכָם עֵינָיו בְּרֹאשׁוֹ. וא"ת וְהַהוּא סָבָא הֵיאַךְ שָׁתָה קֹודֶם הַמְבָרֵךְ הָא אָמְרִינַן בְּפֶרֶק שְׁלֹשָׁה שֶׁאָכְלוּ (בְּרָכוֹת דַּף מז.) אֵין הַמְּסֻובִּין רַשָּׁאִין לִטְעֹום עַד שֶׁיִּטְעֹום הַמְּבָרֵךְ וְיֵשׁ לוֹמַר שֶׁפָּשַׁט יָדוֹ לִיקַּח הַכּוֹס לְפִי שֶׁהָיָה מַאֲרִיךְ אֲבָל עֲדַיִין לֹא שָׁתָה. וְיֵשׁ מְפָרְשִׁים הַייְנוּ דַּוְקָא גַּבֵּי הַמּוֹצִיא שֶׁצָּרִיךְ הַמְבָרֵךְ לִטְעֹום כִּדְאָמְרִינַן בְּפָ' רָאוּהוּ ב"ד (רֹאשׁ הַשָּׁנָה דַּף כט.) לָא יִפְרֹוס אָדָם פְּרוּסָה לָאוֹרְחִים אא"כ אוֹכֵל עִמָּהֶם הִלְכָּךְ לֹא יִטְעֹום אַחֵר לְפָנָיו. אֲבָל גַּבֵּי קִידּוּשׁ דְּאֵין חוֹבָה רַק שֶׁיִּטְעֹום אֶחָד יָכוֹל אַחֵר לִטְעֹום לְפָנָיו. מִיהוּ בִּירוּשַׁלְמִי פ' כֵּיצַד מְבָרְכִין מַשְׁמַע דְּאֵין חִילּוּק. דְּגָרְסִינַן הָתָם א"ר אַבָּא בְּשֵׁם רַבֵּינוּ אֵין הַמְּסֻובִּין רַשָּׁאִין לִטְעֹום עַד שֶׁיִּטְעֹום הַמְּבָרֵךְ. ר' יְהוּדָה בֶּן לָקִישׁ אוֹמֵר שׁוֹתִין אע"פ שֶׁלֹּא שָׁתָה הוּא. וְלָא פְּלִיגִי מַה דְּאָמַר רַבִּי אַבָּא כְּשֶׁהָיוּ כֻּולָּן זְקוּקִים לְכוֹס אֶחָד. וּמַה דְּאָמַר ר' יְהוּדָה בֶּן לָקִישׁ כְּשֶׁיֵּשׁ לְכָל אֶחָד וְאֶחָד כּוֹסוֹ בְּיָדוֹ וְהַשְׁתָּא נִיחָא הָכָא כְּשֶׁהָיָה כּוֹסוֹ בְּיָדוֹ. וְצָרִיךְ לוֹמַר כִּי כּוֹסוֹת שֶׁלָּהֶן לֹא הָיוּ פְּגוּמִים שֶׁהָיוּ רְאוּיִין לִבְרָכָה שֶׁאָנוּ רוֹאִין כְּאִלּוּ כָּל אֶחָד קִדֵּשׁ עַל כּוֹסוֹ ואע"פ שֶׁאֵין צְרִיכִין לִשְׁתּוֹת לְכַתְּחִלָּה מִיהוּ מִצְוָה לִשְׁתּוֹת. וְכֵן בְּשַׁבָּת אִם רָצָה כָּל א' לֶאֱכֹול מִכִּכָּרוֹ צָרִיךְ שֶׁיְּהֵא לְפָנָיו שְׁתַּיִם מִשּׁוּם לֶחֶם מִשְׁנֶה. וְיֵשׁ שֶׁנּוֹהֲגִין לִשְׁפֹּוךְ מִכּוֹס שֶׁל בְּרָכָה לִשְׁאָר כּוֹסוֹת וְהָכָא מַשְׁמַע דְּלָא צָרִיךְ דְּהַהוּא סָבָא שָׁתָה מִכּוֹסוֹ אע"פ שֶׁלֹּא שָׁתָה מְבָרֵךְ וְשָׁפַךְ מְבָרֵךְ מִכּוֹס בְּרָכָה לְשֶׁלּוֹ. ונ"ל דְּאֵין רְאָיָה מֵהָכָא דְּאִיכָּא לְמֵימַר דִּגְחֵין וְהִגְבִּיהַּ כּוֹסוֹ לְהוֹשִׁיט לַמְּבָרֵךְ שֶׁיִּשְׁפֹּוךְ לְכוֹסוֹ. וּגְחֵין וְשָׁתֵי דְּקָאָמַר פִּי' גְּחֵין לִיתֵּן כּוֹסוֹ כְּדֵי לְתַקְּנוֹ לִשְׁתּוֹת. אָמַר רַב בְּרוֹנָא אָמַר רַב הַנּוֹטֵל יָדָיו לֹא יְקַדֵּשׁ שֶׁאִם הָיָה מִקְדָּשׁ הָיָה הַקִּידּוּשׁ הֶפְסֵק וְהֶסַּח הַדַּעַת בֵּין נְטִילָה לְבִרְכַּת הַמּוֹצִיא וְהָיָה צָרִיךְ לִיטֹּול יָדָיו וּלְבָרֵךְ פַּעַם אַחֶרֶת עַל הַנְּטִילָה נִמְצָא בְּרָכָה שֶׁבֵּירֵךְ עַל הַנְּטִילָה הָרִאשׁוֹנָה הִיא לְבַטָּלָה הִלְכָּךְ לֹא יְקַדֵּשׁ הוּא אֶלָּא יִתֵּן לְאַחֵר שֶׁלֹּא נָטַל יָדָיו לְקַדֵּשׁ וְיֵצֵא הוּא בִּשְׁמִיעָה וְלָא הֲוָה הֶפְסֵק. וְרַב לְטַעְמֵיהּ דְּאָמַר יֵשׁ קִידּוּשׁ שֶׁלֹּא בִּמְקוֹם סְעוּדָה וְלֹא שַׁיָּיךְ הַקִּידּוּשׁ לִסְעוּדָה הִלְכָּךְ הָוֵי הֶפְסֵק. אֲבָל לִשְׁמוּאֵל דְּסָבַר אֵין קִידּוּשׁ אֶלָּא בִּמְקוֹם סְעוּדָה הָוֵי קִידּוּשׁ אַתְחַלְתָּא דִּסְעוּדָה וְלָא הָוֵי הֶפְסֵק. וְכֵן אָמַר רַב אַדָּא בַּר אַהֲבָה הַנּוֹטֵל יָדָיו לֹא יְקַדֵּשׁ אֲמַר לֵיהּ רַב יִצְחָק בַּר שְׁמוּאֵל בַּר מָרְתָא אַכַּתִּי לָא נָח נַפְשֵׁיהּ דְּרַב וְשֶׁכְּחִינָּהּ לִשְׁמַעְתֵּיהּ. זִימְנִין סַגִּיאִין הֲוָה קָאֵימְנָא קַמֵּיהּ דְּרַב זִימְנִין דַּחֲבִיבָא לֵיהּ רִיפְתָּא וּמְקַדֵּשׁ אַרִיפְתָּא וְזִימְנִין דַּחֲבִיבָא לֵיהּ חַמְרָא וְקַדִּישׁ אַחֲמָרָא. אַלְמָא בְּחַבִּיבוּתָא תַּלְיָא מִילְּתָא וְלָא בִּנְטִילוּתָא תַּלְיָא מִילְּתָא וְכֵן הִלְכְתָא. פֵּירֵשׁ רַשְׁבַּ"ם זִימְנִין דַּחֲבִיבָא לֵיהּ רִיפְתָּא וּמְקַדֵּשׁ אַרִיפְתָּא אַלְמָא לָא בָּעֵי נְטִילָה אַחֲרִיתִי אֶלָּא מֵעִיקָּרָא מֶשִׁי וְאָכִיל נַהְמָא דְּקִדּוּשָׁא אַלְמָא קִידּוּשׁ שֶׁלְּאַחַר נְטִילָה לָא הָוֵי הֶיסַּח הַדַּעַת. וְכֵן הֲלָכָה דָּמֵי שֶׁנָּטַל יָדָיו קֹודֶם קִידּוּשׁ אֵין צָרִיךְ לַחֲזֹור וְלִיטֹּול אַחַר קִדּוּשׁ. וְלָא פְּלִיגִי רַבָּנָן בֵּין מְקַדֵּשׁ אַחֲמָרָא לִמְקַדֵּשׁ אַרִיפְתָּא מִדְּלָא מֵהַדָּרוּ לֵיהּ לְרַב יִצְחָק בַּר שְׁמוּאֵל מִידִי מִיהוּ לְכַתְּחִלָּה מוֹזְגִין וְאַחַ"כּ נוֹטְלִין לַיָּדַיִם כְּבֵית שַׁמַּאי הִלֵּל בְּמַס' בְּרָכוֹת דַּף נא: ור"י חִילֵּק מִשּׁוּם דִּמְזִיגָה שֶׁהִיא בְּחַמִּין צָרִיךְ דִּקְדּוּק גָּדוֹל. שֶׁלֹּא יְחַסֵּר וְשֶׁלֹּא יוֹתִיר וְאִיכָּא הֶיסַּח הַדַּעַת טְפֵי. ור"ת תֵּירֵץ דְּהָתָם מַיְירֵי בְּחוֹל וְאִם יִטֹּול יָדָיו תְּחִלָּה לִפְעָמִים יִתְעַסֵּק בִּשְׁאָר צְרָכִים וְלֹא יֹאכַל לְאַלְתַּר וְאָתֵי לְאַסּוֹחֵי דַּעְתֵּיהּ אֲבָל בְּשַׁבָּת הַשֻּׁלְחָן עָרוּךְ לֵיכָּא לְמֵיחַשׁ לְהָכִי.
Rav Ashi arriva à Mehoza. Ils lui dirent : que le Maître nous dise le grand kiddouch. Il dit : qu'est-ce que le grand kiddouch ? Partout où il y a une coupe, il faut bénir d'abord Qui crée le fruit de la vigne. Il bénit Qui crée le fruit de la vigne, et il prolongea. Il vit un vieillard qui se penchait et buvait. Il appliqua à lui-même : Le sage, ses yeux sont dans sa tête. Si l'on objecte : comment ce vieillard a-t-il bu avant celui qui bénit ? On dit au chapitre Trois qui ont mangé (Berakhot 47a) : les convives n'ont pas le droit de goûter avant que celui qui bénit ait goûté. On peut répondre : il a tendu la main pour prendre la coupe, parce qu'il prolongeait, mais il n'avait pas encore bu. Certains expliquent : cela ne vise que ha-motsi, où celui qui bénit doit goûter, comme on dit au chapitre Ils l'ont vu, le tribunal (Roch Hachana 29a) : on ne rompt un morceau pour des hôtes que si l'on mange avec eux. Un autre ne goûte donc pas avant lui. Pour le kiddouch, où l'obligation est qu'un seul goûte, un autre peut goûter avant lui. Toutefois le Yerouchalmi, au chapitre Comment bénit-on, implique qu'on ne distingue pas. On y lit : Rabbi Abba dit au nom de notre maître : les convives n'ont pas le droit de goûter avant que celui qui bénit ait goûté. Rabbi Yehouda ben Lakich dit : ils boivent même s'il n'a pas bu. Et ils ne divergent pas. Ce que dit Rabbi Abba vise le cas où tous dépendent d'une seule coupe. Ce que dit Rabbi Yehouda ben Lakich vise le cas où chacun a sa coupe en main. Ici, cela se tient : il avait sa coupe en main. Il faut dire que leurs coupes n'étaient pas pagum, qu'elles étaient propres à la bénédiction, car on considère que chacun a fait le kiddouch sur sa coupe. Même s'ils n'ont pas à boire au départ (le-khathila), boire est une mitsva. De même le Chabbat : si chacun veut manger de son pain, il faut deux pains devant lui, à cause du le'hem michneh. Certains ont l'usage de verser de la coupe de berakha dans les autres coupes. Ici, il ressort que ce versement n'est pas exigé : ce vieillard a bu de sa coupe, bien que celui qui bénit n'ait pas bu et n'ait pas versé de la coupe de berakha dans la sienne. Il me semble qu'il n'y a pas de preuve d'ici. On peut dire qu'il s'est penché et a soulevé sa coupe pour la tendre à celui qui bénit, afin qu'il verse dans sa coupe. Et il se pencha et but veut dire : il se pencha pour donner sa coupe, afin de la préparer à boire. Rav Berouna a dit que Rav a dit : celui qui s'est lavé les mains ne fait pas le kiddouch. S'il faisait le kiddouch, le kiddouch serait une interruption et une distraction (hesseh ha-daat) entre le lavage et la bénédiction ha-motsi. Il devrait se laver de nouveau et bénir une autre fois sur le lavage. La bénédiction dite sur le premier lavage serait en vain. Il ne fait donc pas le kiddouch lui-même. Il le donne à un autre qui ne s'est pas lavé les mains. Il s'acquitte en écoutant, et il n'y a pas d'interruption. Rav reste fidèle à son avis : il y a un kiddouch hors du lieu du repas. Le kiddouch n'appartient pas au repas, et c'est donc une interruption. Pour Chemouel, qui tient que le kiddouch se fait au lieu du repas, le kiddouch est le début du repas, et il n'y a pas d'interruption. De même Rav Ada bar Ahava a dit : celui qui s'est lavé les mains ne fait pas le kiddouch. Rav Its'hak bar Chemouel bar Marta lui dit : Rav vient à peine de nous quitter, et l'on a déjà oublié son enseignement. Bien des fois je me tenais devant Rav. Parfois le pain lui était cher, et il faisait le kiddouch sur le pain. Parfois le vin lui était cher, et il faisait le kiddouch sur le vin. La chose dépend donc de ce qui est cher, et elle ne dépend pas du lavage. Et telle est la halakha. Le Rachbam explique : parfois le pain lui était cher, et il faisait le kiddouch sur le pain. Il n'a donc pas besoin d'un autre lavage. Dès le début il se lave, et il mange le pain du kiddouch. Le kiddouch après le lavage n'est donc pas une distraction. Et telle est la halakha : celui qui s'est lavé les mains avant le kiddouch n'a pas à se relaver après le kiddouch. Les maîtres ne distinguent pas celui qui fait le kiddouch sur le vin et celui qui le fait sur le pain, puisqu'ils n'ont rien répondu à Rav Its'hak bar Chemouel. Toutefois, au départ, on coupe le vin, puis on se lave les mains, comme Beit Shammaï et Hillel dans le traité Berakhot, daf 51b. Ri (Rabbeinou Yits'hak) distingue : la coupe du vin qui se fait avec de l'eau chaude demande une grande précision, ni trop peu ni trop, et la distraction est plus grande. Rabbeinou Tam répond : là, il s'agit d'un jour de semaine. S'il se lave les mains d'abord, il arrive qu'il s'occupe d'autres besoins et ne mange pas aussitôt, et il en vient à détourner son attention. Le Chabbat, la table est dressée, et cette crainte tombe.
💡 Explication

Rav Ashi ne connaît pas l'usage de Mehoza. Il commence par bore peri ha-gafen, commun à toute coupe, et il prolonge, pour voir si l'on attend une suite. Le vieillard boit. La bénédiction est donc close. Le verset du Qohélet marque qu'il a vu à temps.

Tossefot demande comment le vieillard boit avant celui qui bénit. Dans Berakhot 47a, les convives attendent. Réponse : cette attente vise ha-motsi, où celui qui rompt doit manger avec les hôtes. Au kiddouch, celui qui bénit n'est pas tenu de boire.

Le Yerouchalmi distingue une seule coupe, où l'on attend, et une coupe dans chaque main, où l'on boit sans attendre. D'où la preuve qu'on ne verse pas d'office de la coupe de berakha dans les autres. Si ces coupes sont pagum, on verse, pour que chacun boive d'une coupe intacte.

🖼️ Schéma
À Mehoza, le kiddouch du jour1. La demandeKiddoucha rabbale grand kiddouch2. Rav Ashibore peri ha-gafenil prolonge3. Le vieillardil se pencheet boit4. Le versetLe sage, ses yeuxsont dans sa têteRien ne suit. Le kiddouch du jour est cette bénédiction.
Rav Ashi prolonge bore peri ha-gafen. Le vieillard boit : le grand kiddouch s'arrête là.
10
אָמְרִי בְּנֵי רַבִּי חִייָּא: מִי שֶׁלֹּא הִבְדִּיל בְּמוֹצָאֵי שַׁבָּת — מַבְדִּיל וְהוֹלֵךְ בְּכָל הַשַּׁבָּת כֻּולּוֹ. וְעַד כַּמָּה? אָמַר רַבִּי זֵירָא: עַד רְבִיעִי בַּשַּׁבָּת.

Les fils de Rabbi Hiya disent : celui qui n'a pas fait la havdala à la sortie du Chabbat la fait, et il peut la faire pendant toute la semaine. Et jusqu'à quand ?

Rabbi Zeira dit : jusqu'au quatrième jour de la semaine.

📜 Rachi (1)
עַד רְבִיעִי בַּשַּׁבָּת אֲבָל מֵרְבִיעִי וּלְהַלָּן גַּבֵּי שַׁבָּת הַבָּא מִתְחַשֵּׁב:
Jusqu'au quatrième jour de la semaine. À partir du quatrième et au-delà, on compte avec le Chabbat qui vient.
💡 Explication

Mavdil ve-holekh : la havdala manquée à la sortie se rattrape dans la semaine. Rabbi Zeira fixe le terme au quatrième jour, mercredi.

Rachi : dès mercredi, les jours se comptent avec le Chabbat suivant. Le délai couvre donc dimanche, lundi et mardi.

11
כִּי הָא דְּיָתֵיב רַבִּי זֵירָא קַמֵּיהּ דְּרַב אַסִּי, וְאָמְרִי לַהּ רַב אַסִּי קַמֵּיהּ דְּרַבִּי יוֹחָנָן, וְיָתֵיב וְקָאָמַר: לְעִנְיַן גִּיטִּין, חֲדָא בְּשַׁבְּתָא תְּרֵי וּתְלָתָא — בָּתַר שַׁבְּתָא. אַרְבַּע וְחַמְשָׁא וּמַעֲלֵי יוֹמָא — קַמֵּי שַׁבְּתָא.

Comme ce cas où Rabbi Zeira siégeait devant Rav Assi, et d'autres disent : Rav Assi devant Rabbi Yo'hanan. Il siégeait et disait : au sujet des guittin, le premier jour, le deuxième et le troisième sont après le Chabbat.

Le quatrième, le cinquième et la veille du jour sont avant le Chabbat.

📜 Rachi (1)
לְעִנְיַן גִּיטִּין אָמַר לָהּ ה"ז גִּיטֵּךְ עַל מְנָת שֶׁתִּתְּנִי לִי מָאתַיִם זוּז אַחַר הַשַּׁבָּת אוֹ שֶׁאָמַר קֹודֶם הַשַּׁבָּת תִּתְּנִי לִי:
Au sujet des guittin : il lui dit, voici ton guet, à condition que tu me donnes deux cents zouz après le Chabbat, ou bien il dit : avant le Chabbat, tu me les donneras.
💡 Explication

Le calendrier des guittin éclaire la havdala. Une condition au guet qui dit après le Chabbat vise dimanche, lundi, mardi. Avant le Chabbat vise mercredi, jeudi et vendredi.

Même partage ici. Les trois premiers jours restent après le Chabbat passé : on y fait encore la havdala. Les trois suivants regardent le Chabbat qui vient.

12
אָמַר רַבִּי יַעֲקֹב בַּר אִידִי: אֲבָל לֹא עַל הָאוּר.

Rabbi Yaakov bar Idi dit : toutefois, pas sur le feu.

📜 Rachi (1)
אֲבָל לֹא עַל הָאוּר אִם לֹא בֵּירֵךְ בּוֹרֵא מְאוֹרֵי הָאֵשׁ בְּמוֹצָאֵי שַׁבָּת שׁוּב אֵינוֹ מְבָרֵךְ:
Toutefois, pas sur le feu. S'il n'a pas dit Qui crée les lumières du feu à la sortie du Chabbat, il ne bénit plus.
⚖️ Rosh (1)
תַּנְיָא הַנִּכְנָס לְבֵיתוֹ בְּמוֹצָאֵי שַׁבָּת מְבָרֵךְ עַל הַיַּיִן וְעַל הַמָּאוֹר וְעַל הַבְּשָׂמִים. וְאִם אֵין לוֹ אֶלָּא כּוֹס אֶחָד מַנִּיחוֹ לְאַחַר הַמָּזוֹן וּמְשַׁלְשֵׁל כֻּולּוֹ לְאַחֲרָיו. ש"מ מֵהָא מַתְנִיתָא תַּמְנֵי. שְׁמַע מִינַּהּ הַמַּבְדִּיל בִּתְפִילָּה צָרִיךְ שֶׁיַּבְדִּיל עַל הַכּוֹס וּשְׁמַע מִינַּהּ טָעַם מַבְדִּיל וּשְׁמַע מִינַּהּ בְּרָכָה טְעוּנָה כּוֹס וּשְׁמַע מִינַּהּ הַמְבָרֵךְ צָרִיךְ שֶׁיִּטְעֹום וּשְׁמַע מִינַּהּ טְעָמוֹ פְּגָמוֹ וּשְׁמַע מִינַּהּ כּוֹס שֶׁל בְּרָכָה צָרִיךְ שִׁיעוּר וּשְׁמַע מִינָּהּ אוֹמְרִים שְׁתֵּי קְדֻושּׁוֹת עַל כּוֹס אֶחָד וּשְׁמַע מִינַּהּ בֵּית שַׁמַּאי הִיא וְאַלִּיבָּא דְּרַבִּי יְהוּדָה. מַשְׁמַע מֵהָכָא דְּבִרְכַּת הַמָּזוֹן טְעוּנָה כּוֹס אֲפִילּוּ בְּיָחִיד דְּהָא נִכְנַס לְבֵיתוֹ קָתָנֵי מַשְׁמַע שֶׁהוּא יָחִיד. מִיהוּ יֵשׁ לִדְחוֹת הַנִּכְנָס לְבֵיתוֹ הַייְנוּ בַּעַל הַבַּיִת וְיֵשׁ לוֹ בְּנֵי בַּיִת וְיָכוֹל לְזַמֵּן. וְעוֹד יֵשׁ לְהָבִיא רְאָיָה מֵהָא דִּלְקַמָּן (פְּסָחִים דַּף קיז:) גַּבֵּי הָא דִּתְנַן כּוֹס שְׁלִישִׁי מְבָרֵךְ עָלָיו בִּרְכַּת הַמָּזוֹן וְאָמְרִינַן עֲלָהּ בַּגְּמָרָא שְׁמַע מִינַּהּ בִּרְכַּת הַמָּזוֹן טְעוּנָה כּוֹס וְד' כּוֹסוֹת תִּקְּנוּ אֲפִילּוּ לְיָחִיד. גַּם זֶה יֵשׁ לִדְחוֹת מִשּׁוּם דְּבִרְכַּת הַמָּזוֹן טְעוּנָה כּוֹס בִּשְׁלֹשָׁה תִּקְּנוּ עָלָיו כּוֹס אֶחָד אֲפִילּוּ לְיָחִיד. וְאִם לֹא הָיָה צָרִיךְ כּוֹס בְּשׁוּם פַּעַם גַּם עַתָּה לֹא הָיוּ מְתַקְּנִין כּוֹס אֶחָד לְבִרְכַּת הַמָּזוֹן. וְנִרְאֶה לה"ר יְחִיאֵל מפרי"ש לְהָבִיא רְאָיָה מִכָּאן דְּאִם לֹא הָיָה צָרִיךְ כּוֹס אֲפִילּוּ בְּיָחִיד יַבְדִּיל עַל הַכּוֹס וְיֹאכַל כָּל אֶחָד לְבַדּוֹ דְּרַשָּׁאִין לְחַלֵּק כָּל זְמַן שֶׁלֹּא הִתְחִילוּ לֶאֱכֹול בְּיַחַד אֶלָּא וַדַּאי אַף בְּיָחִיד טְעוּנָה כּוֹס. רַבִּי יַעֲקֹב בַּר אִידִי קָפֵיד אַחַצְבָּא פְּגִימָא. פִּי' רַשְׁבָּ"ם דַּוְקָא לְכַתְּחִלָּה אֲבָל אִם אֵין לוֹ אֶלָּא כּוֹס פָּגוּם יְבָרֵךְ עָלָיו. וְתֵימַהּ הֵיאַךְ הִתִּירוּ לֶאֱכֹול בְּלֹא הַבְדָּלָה מִשּׁוּם קְפִידָא דִּפְגִימָא כֵּיוָן דִּבְדִיעֲבַד יָכוֹל לְבָרֵךְ עַל הַכּוֹס פָּגוּם. וּבִירוּשַׁלְמִי מַשְׁמַע דְּכוֹס פָּגוּם מַרְבֶּה עָלָיו כָּל שֶׁהוּא וּמַכְשִׁירוֹ וַאֲפִילּוּ בְּמַיִם יָכוֹל לְתַקְּנוֹ. דְּגָרְסִינַן הָתָם רַבִּי יוֹנָה טַעַם כִּסֵּא וּמִתְקַנֵּא לֵיהּ. פִּי' הָיָה שׁוֹתֶה מִכּוֹס שֶׁל קִידּוּשׁ אוֹ מִכּוֹס שֶׁל בִּרְכַּת הַמָּזוֹן וְנוֹתֵן בּוֹ מְעַט מַיִם וּמַנִּיחוֹ עַד לְמָחָר. וּפָרִיךְ עָלֶיהָ וְהָא תַּנְיָא הַשּׁוֹתֶה מַשְׁקִין מְזוּגִין שֶׁעָבַר עֲלֵיהֶן הַלַּיְלָה דָּמוֹ בְּרֹאשׁוֹ. אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן וְהוּא שֶׁלָּנוּ בִּכְלֵי מַתָּכוֹת. וְתֵימַהּ אִם כֵּן הָכָא לָמָּה לֹא יַבְדִּיל עַל הַכּוֹס וִיתַקְּנוּ בְּמַיִם וְיַכְשִׁירֶנּוּ בְּבִרְכַּת הַמָּזוֹן וְיֵשׁ לוֹמַר דְּמַיְירֵי שֶׁכְּבָר הָיָה מָזוּג כְּדִינוֹ וְאִם הָיָה מֵשִׂים בּוֹ מַיִם יוֹתֵר הָיָה מְקַלְקְלוֹ וְלֹא הָיָה רָאוּי לִשְׁתִיָּה:
On enseigne : celui qui entre chez lui à la sortie du Chabbat bénit sur le vin, sur la lumière et sur les aromates. S'il n'a qu'une seule coupe, il la laisse après le repas et il enchaîne le tout après lui. On en déduit huit choses de cette baraïta. On en déduit : celui qui fait la havdala dans la prière doit faire la havdala sur la coupe. On en déduit : taam mavdil (celui qui a goûté fait encore la havdala). On en déduit : une bénédiction exige une coupe. On en déduit : celui qui bénit doit goûter. On en déduit : s'il en a goûté, il l'a altérée (pagum). On en déduit : une coupe de bénédiction exige une mesure. On en déduit : on dit deux kiddoushim sur une seule coupe. On en déduit : c'est l'avis de Beit Shammaï, selon Rabbi Yehouda. Il ressort d'ici que le birkat ha-mazon exige une coupe même pour un particulier, puisqu'on enseigne celui qui entre chez lui, ce qui indique qu'il est seul. On peut toutefois repousser : celui qui entre chez lui, c'est le maître de maison. Il a des gens de sa maison, et il peut faire le zimoun. On peut encore apporter une preuve de plus loin (Pessahim 117b), à propos de ce qu'enseigne la michna : sur la troisième coupe, il dit le birkat ha-mazon. La Guemara dit à ce sujet : on en déduit que le birkat ha-mazon exige une coupe, et les quatre coupes ont été instituées même pour un particulier. Cela aussi se repousse. Puisque le birkat ha-mazon exige une coupe lorsqu'ils sont trois, on a institué pour lui une coupe même pour un particulier. Et s'il n'avait eu besoin d'une coupe en aucun cas, on n'aurait pas institué non plus, à présent, une coupe pour le birkat ha-mazon. Il paraît à notre maître Yehiël de Paris d'apporter une preuve d'ici : s'il n'avait pas besoin d'une coupe même lorsqu'il est seul, il ferait la havdala sur la coupe et chacun mangerait seul, car on a le droit de se séparer tant qu'on n'a pas commencé à manger ensemble. C'est donc acquis : même pour un particulier, elle exige une coupe. Rabbi Yaakov bar Idi était rigoureux pour une cruche altérée (pagum). Le Rachbam explique : seulement au départ (le-khathila). S'il n'a qu'une coupe altérée, il bénit sur elle. Difficulté : comment a-t-on permis de manger sans havdala à cause de cette rigueur sur l'altération, puisque, après coup (be-diavad), on peut bénir sur une coupe altérée ? Dans le Talmud de Jérusalem, il ressort qu'une coupe altérée, on y ajoute n'importe quelle quantité et on la rend valide, et même avec de l'eau on peut la réparer. On y lit : Rabbi Yona goûtait la coupe et la réparait. Explication : il buvait de la coupe du kiddouch ou de la coupe du birkat ha-mazon, il y mettait un peu d'eau, et il la laissait jusqu'au lendemain. On lui objecte : or on enseigne que celui qui boit des boissons coupées sur lesquelles la nuit a passé, son sang est sur sa tête. Rabbi Yo'hanan a dit : cela vise ce qui a passé la nuit dans un récipient de métal. Difficulté : s'il en est ainsi, ici, pourquoi ne ferait-il pas la havdala sur la coupe, ne la réparerait-il pas avec de l'eau, et ne la rendrait-il pas valide pour le birkat ha-mazon ? On peut répondre : il s'agit d'un cas où elle était déjà coupée selon la règle. S'il y mettait encore de l'eau, il la gâterait, et elle ne serait plus propre à être bue.
💡 Explication

Le rattrapage de la semaine porte sur la havdala. Il ne porte pas sur bore meorei ha-ech, la bénédiction sur le feu. Rachi : si on ne l'a pas dite à la sortie du Chabbat, on ne la dit plus ensuite.

Le Roch, sur ce passage, reprend d'abord les huit enseignements de la baraïta sur la coupe unique, puis la question du yahid pour le birkat ha-mazon, et la façon de réparer une coupe pagum selon le Yerouchalmi : un peu d'eau. Si le vin est déjà coupé selon la règle, ajouter de l'eau le gâterait.

13
אָמַר רַב בְּרוֹנָא אָמַר רַב:

Rav Berouna a dit que Rav a dit :

💡 Explication

La phrase ouvre l'enseignement suivant. Le texte s'arrête ici, au seuil de la page d'après. Le Roch cité plus haut rapporte déjà la suite : celui qui s'est lavé les mains, et le kiddouch.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).