Sougya : Entre les premières coupes, boire est permis. Entre la troisième et la quatrième, non.
Le vin ouvre l'appétit : autrement, la matsa du soir serait une akhila gasa. Rav Chechet jeûnait toute la veille de Pesach : il était istenis, et un goût le matin ôtait l'appétit de la matsa.
On avait proposé l'avis de Ben Beteira, pour qui tout le quatorze est temps de chehita. La suite fixe la hessiba, sur le côté gauche.
La matsa et les quatre coupes l'exigent, le maror non. Une femme ordinaire auprès de son mari en est dispensée, une femme importante la doit.
Le fils la doit, le disciple auprès de son maître en est dispensé, l'apprenti d'un métier et le serviteur la doivent.
Entre ces coupes-ci, s'il veut boire, qu'il boive. Entre la troisième et la quatrième, qu'il ne boive pas.
Et si tu dis que le vin rassasie, pourquoi boirait-il ? Voici qu'il mange la matsa en akhila gasa (manger déjà rassasié).
Apprends-en plutôt : le vin entraîne, il ouvre l'appétit.
Suite de la michna des quatre coupes. Entre ces coupes : Rachi, entre la première et la deuxième, boire est permis. Entre la troisième et la quatrième, boire est interdit.
L'argument porte sur la permission. Si le vin rassasie, mesaed sa'id, celui qui boit en plus arrive à la matsa déjà plein : une akhila gasa. La michna ne dirait pas qu'il boive. Conclusion : megarer garir, le vin entraîne et ouvre l'appétit.
Tossefot relie Berakhot 35b, où le vin rassasie et réjouit. Répartition : beaucoup, il entraîne ; peu, il rassasie.
Rav Chechet jeûnait toute la veille de Pesach. Dirons-nous que Rav Chechet tient ceci : nous avons enseigné à l'approche de la minha gedola, et c'est à cause du Pesach, de peur qu'il se laisse entraîner et qu'il en vienne à s'abstenir d'accomplir le Pesach,
Rav Chechet jeûne toute la veille de Pesach. La Guemara demande s'il tient ceci. La michna " à l'approche de la minha " viserait la minha gedola, et le motif serait le Pesach : le repas se prolonge, il en vient à ne pas l'accomplir.
Rachi : il suit Rabbi Yehouda ben Beteira. Tout le jour est temps de chehita (abattage). Bein ha-arbayim court depuis la fin du soir d'hier, donc depuis l'aube, jusqu'au soir. D'où le jeûne de la journée entière, même sans Pesach de son temps : l'interdit tient.
Tossefot glose le mot jeûne, et la lecture proposée, avant la réponse par l'istenis. Lecture large : il se garde de manger. Autre lecture : un vrai jeûne, pour rester attentif. Les bekhorot (premiers-nés), Soferim 21, 3 : en Nissan, eux seuls jeûnent, la veille de Pesach. Ben Beteira ne valide le matin que bediavad (après coup). Lekhat'hila (d'emblée), le verset interdit d'égorger le Pesach sur du 'hamets, jusqu'à la sixième heure, et aucun tana ne conteste. Puisque bediavad le matin reste kacher (valide), il serre : rien depuis le matin.
et qu'il tient comme ce qu'a dit Rabbi Ochaya, que Rabbi Elazar a dit : Ben Beteira validait un Pesach qu'on a abattu le matin du quatorze, pour son nom. Et depuis le matin, c'est le temps du Pesach, car tout le jour est apte au Pesach,
Suite de la lecture proposée. Ben Beteira, au dire de Rabbi Ochaya au nom de Rabbi Elazar, valide un Pesach abattu le matin du quatorze, li-shmo, pour son nom. Dès le matin le temps est ouvert : tout le jour est apte au Pesach.
car il tient que bein ha-arbayim veut dire : entre le soir d'hier et le soir d'aujourd'hui.
Le verset, Chemot 12, 6. Bein ha-arbayim, lu d'ordinaire sur l'après-midi, est pris ici au large : entre le soir d'hier et le soir d'aujourd'hui. L'aube entre dans le temps de la chehita.
On dit : non. Rav Chechet est à part, car il était istenis (homme délicat).
S'il goûtait le matin quelque chose, le soir le repas ne lui profitait plus.
La lecture est levée. Rav Chechet était istenis, homme délicat. Rachi : homme de délices. Un goût le matin, et le repas du soir ne sert plus : il ne peut plus prendre la matsa avec appétit.
Le jeûne rejoint donc l'enjeu du vin, au début du daf. Il s'agit d'arriver à la matsa de la nuit avec faim, hors akhila gasa.
Et même un pauvre d'Israël ne mangera pas avant de s'être accoudé. On a enseigné : la matsa exige la hessiba (accoudement), le maror (herbe amère) n'exige pas la hessiba.
Le vin : on a enseigné au nom de Rav Na'hman qu'il exige la hessiba. Et on a enseigné au nom de Rav Na'hman qu'il n'exige pas la hessiba.
Début de la hessiba (accoudement). Même le pauvre s'accoude avant de manger. Rachi : sur le côté gauche. La matsa l'exige, manière des hommes libres, rappel de la délivrance. Le maror (herbe amère) ne l'exige pas : rappel de la servitude. Le vin : deux enseignements au nom de Rav Na'hman. La suite les répartit.
Le Roch reprend la sougya et fixe la pratique. Les deux lectures restant, les quatre coupes exigent la hessiba. Matsa : le premier kezayit (volume d'une olive) et le kezayit de l'afikoman. Sans hessiba, on n'est pas quitte, on recommence accoudé. Coupes une et deux : on reboit accoudé. Coupe trois ou quatre : reboire a l'air d'ajouter une coupe. La coupe bue hors règle ne comptait pas. Celle qu'on boit est la coupe d'obligation. À la quatrième, nouvelle bénédiction bore peri ha-gafen : l'oubli a fait un hese'h ha-daat, un détournement de l'attention.
Le Roch place d'abord la lecture des dernières coupes, puis celle des premières. La Guemara, aux segments suivants, prend l'ordre inverse.
Et ils ne sont pas en désaccord : ceci pour les deux premières coupes, cela pour les deux dernières. Les uns le disent dans ce sens, les autres dans l'autre sens.
Les uns le disent dans ce sens : les deux premières coupes exigent la hessiba, car c'est maintenant que la liberté commence pour lui. Les deux dernières coupes n'exigent pas la hessiba : ce qui a été, a été.
Les deux dires de Rav Na'hman se répartissent. Ce sens : les deux premières coupes exigent la hessiba, car la liberté commence maintenant. Les deux dernières non : mai de-hava hava, ce qui a été, a été. La délivrance a déjà été dite avant le repas.
Tossefot garde la hessiba de la matsa. Elle est le principal du repas, plus que le vin. Au vin, on s'est déjà accoudé deux fois. La Torah la donne en rappel de liberté : la pâte n'est pas devenue 'hamets avant la délivrance. Le'hem oni, le pain de pauvreté, se mange en homme libre. La hessiba de la matsa : à al akhilat matsa, et à l'afikoman.
Et les autres le disent dans l'autre sens : au contraire, les deux dernières coupes exigent la hessiba, c'est cette heure où il y a la liberté. Les deux premières coupes n'exigent pas la hessiba, car il dit encore : nous étions esclaves.
Maintenant que cela a été enseigné ainsi et que cela a été enseigné ainsi, les unes et les autres exigent la hessiba.
L'autre sens : les deux dernières coupes exigent la hessiba, heure de la liberté. Les deux premières non : on dit encore avadim hayinou, nous étions esclaves.
Les deux lectures restent. Les unes et les autres exigent la hessiba. Tossefot : les quatre, au moment de boire. L'oubli reste en tsarikh iyoun, cela demande examen, surtout à la troisième coupe, où la michna interdit de boire avant la quatrième. Le Roch, plus haut, tranche : on reboit, et la coupe hors règle ne comptait pas.
Parakdan (couché sur le dos) ne s'appelle pas hessiba. La hessiba du côté droit ne s'appelle pas hessiba.
Et il y a plus : de peur qu'il fasse passer la trachée avant l'œsophage, et qu'il en vienne au danger.
Trois points. Parakdan : couché sur le dos. Tossefot : le visage vers le haut. Le visage vers le bas ne convient pas à un repas. Preuve, Bava Batra 74a : les morts du désert gisent ainsi, un cavalier passe sous leurs genoux, lance en main. Côté droit : cela ne s'appelle pas hessiba.
Le danger : la trachée avant l'œsophage, on étouffe. Rachi rattache la phrase au parakdan. Le cou part en arrière, le rebord du couvercle, l'épiglotte, se relève, la trachée s'ouvre vers le haut, l'aliment y entre.
Le Roch cite le Rachbam : on mange de la main droite, le côté droit prend cette main. Selon cela, le gaucher s'accoude à droite. L'autre lecture fait porter le danger sur le côté droit : gaucher ou non, même règle.
Une femme auprès de son mari n'exige pas la hessiba. Et si c'est une femme importante, elle exige la hessiba.
Un fils auprès de son père exige la hessiba. On a demandé : un disciple auprès de son maître, qu'en est-il ?
Femme auprès de son mari : la hessiba n'est pas exigée. Femme importante : elle l'est. Fils auprès de son père : elle l'est. Question ouverte : le disciple auprès de son maître.
Le Roch donne deux motifs pour la femme. Rachbam : crainte du mari, elle lui est soumise. Alors une veuve et une divorcée doivent s'accouder. Les Cheiltot de Rav A'hai : les femmes n'ont pas l'usage de s'accouder. Alors veuve et divorcée non plus. La femme importante a cet usage. Le fils doit la hessiba même si son père est son maître : en règle, un père enseigne la Torah à son fils.
Viens et entends. Abaye a dit : quand nous étions chez le Maître, nous nous accoudions sur les genoux les uns des autres.
Quand nous sommes venus chez Rav Yossef, il nous a dit : vous n'en avez pas besoin. La crainte de ton maître est comme la crainte du Ciel.
Abaye. Chez le Maître, Rabba, on s'accoudait sur les genoux les uns des autres. Rachi : chacun sur les genoux de son compagnon. Chez Rav Yossef : inutile. La crainte de ton maître est comme la crainte du Ciel.
Tossefot. Si le père est aussi le maître, la dispense tiendrait : il ne pèse pas moins qu'un autre maître. Difficulté : en règle le père enseigne la Torah, et le fils le craint plus que la mère, Kiddouchin 31a. La Guemara dit pourtant que devant son père la hessiba est exigée.
On objecte : avec tout le monde l'homme s'accoude, et même un disciple auprès de son maître ! Quand on a enseigné cela, c'est au sujet de l'apprenti du charpentier.
La baraita : on s'accoude avec tout le monde, même le disciple auprès du maître. Réponse : elle vise le choulia de-naggarei, l'apprenti du charpentier, à qui l'on apprend un métier.
Le disciple de Torah reste sous la crainte dite au segment précédent. Le Roch en tire que la dispense vaut même sans rav mouvhak (maître principal) : la baraita " même un disciple devant son maître " ne se pose que sur l'apprenti du métier.
On a demandé : le serviteur, qu'en est-il ? Viens et entends ce qu'a dit Rabbi Yehochoua ben Levi : le serviteur qui a mangé un kezayit (volume d'une olive) de matsa pendant qu'il était accoudé est quitte.
Accoudé, oui. Sans être accoudé, non.
Apprends-en : il exige la hessiba. Apprends-en.
Le serviteur. Rabbi Yehochoua ben Levi : un kezayit de matsa mangé en hessiba, il est quitte. Inférence : sans hessiba, il n'est pas quitte. Donc le serviteur exige la hessiba. La Guemara reprend l'inférence et la retient.
Et Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : les femmes sont tenues à ces quatre coupes,
Autre dire de Rabbi Yehochoua ben Levi : les femmes sont tenues aux quatre coupes. La phrase s'arrête sur la virgule.
Rachi compte les coupes. Trois en regard des trois fois " coupe " dans le verset de l'échanson, et la coupe de Pharaon est dans ma main (Bereshit 40, 11). La quatrième est le birkat ha-mazon. Le Roch, dans la glose de la hessiba, ajoute le motif : elles aussi ont été dans ce même miracle.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).