Sougya : La page achève la formule d'Ameimar face aux sorcières. En Occident on n'est pas pointilleux sur les zougot ; Rav Dimi de Nehardea l'est jusqu'aux entailles du tonneau, et un tonneau a éclaté.
Il rapporte la halakha le-Moché mi-Sinaï : deux œufs, deux noix, deux concombres, et autre chose. Les sages, qui ne savent pas quelle est cette autre chose, ont décrété l'interdit sur toutes les paires.
Dix, huit, six et quatre sont hors d'interdit pour les mazikin ; la sorcellerie reste à craindre, même pour un grand nombre. La suite règle ce qui se joint au compte : ispargus, vin et chekhar, coupes de la table, vin coupé.
Que vos épices soient dispersées ; que le vent emporte le safran frais que vous tenez, femmes sorcières. Tant que l'on m'a fait grâce et que vous m'avez fait grâce, je ne suis pas venu parmi vous.
Maintenant que je suis venu parmi vous : votre grâce s'est refroidie, et ma grâce.
Suite de la formule d'Ameimar, coupée à la fin de 110a. On disperse les épices et le safran frais (morika, le karkom) dont les sorcières se servent.
Rachi lit la fin ainsi : tant que le ciel l'épargnait, qu'il s'épargnait, et qu'elles épargnaient sa venue, il n'entrait pas parmi elles. Une fois venu, les deux miséricordes se sont refroidies, la leur et la sienne, parce qu'il ne s'est pas épargné.
En Occident, on n'est pas pointilleux sur les zougot. Rav Dimi de Nehardea est pointilleux même sur la marque du tonneau.
Il y eut un fait, et le tonneau éclata. Règle de la chose : quiconque est pointilleux, on est pointilleux avec lui ; et celui qui ne l'est pas, on ne l'est pas avec lui.
Toutefois, il y a lieu de craindre.
Occident : Erets Israël. On n'y est pas pointilleux sur les zougot. Rav Dimi de Nehardea l'est jusque sur le rochma du tonneau. Rachi : à la vente du vin, on grave des entailles selon le nombre d'épha. Un tonneau marqué en paires a éclaté.
La règle : les mazikin suivent la pointillosité de l'homme. La fin maintient la crainte : on se préoccupe des paires.
Quand Rav Dimi vint, il dit : deux œufs, deux noix, deux concombres, et autre chose, halakha le-Moché mi-Sinaï. Et les sages doutent : qu'est cette autre chose ?
Et les sages ont décrété sur toutes les paires, à cause de cette autre chose.
La halakha le-Moché mi-Sinaï vise quatre choses : deux œufs, deux noix, deux concombres, et autre chose. Rachi : un fruit, dont les paires comptent.
Les sages ne savent pas nommer ce fruit. Ils ont donc décrété l'interdit sur toutes les paires, à cause de lui.
Et ce que nous avons dit : dix, huit, six, quatre n'ont pas d'interdit de zougot, nous ne l'avons dit que touchant les mazikin. Mais touchant la sorcellerie, même un grand nombre, nous craignons aussi.
Renvoi à 110a. Selon les avis, dix, huit, six ou quatre sortent de l'interdit de zougot. Cela ne vaut que pour les mazikin.
Pour les kechafim, la sorcellerie, Rachi précise : là où il y a des femmes sorcières. Là, même un grand nombre pair reste à craindre. Le récit qui suit en est le cas.
Comme ce fait d'un certain homme qui divorça de sa femme. (Il alla.) Elle épousa un marchand.
Chaque jour il allait et buvait du vin. Elle lui faisait de la sorcellerie, et cela n'agissait pas sur lui, parce qu'il se gardait lui-même au sujet de la paire.
Cas de kechafim. L'homme a divorcé ; son ancienne femme a épousé un marchand de vin. Il boit là chaque jour. La sorcellerie ne prend pas, tant qu'il surveille le zoug, le nombre pair.
Un jour, il but beaucoup, et il ne savait pas combien il avait bu. Jusqu'à seize il comptait et se gardait ; à partir de là, il ne comptait plus et ne se gardait plus.
Elle le fit sortir sur une paire. Comme il s'en allait, un certain Arabe le rencontra.
Il lui dit : c'est un homme mort qui marche ici. Il alla et étreignit un palmier ; le palmier cria, et lui éclata.
Jusqu'à seize coupes il tient le compte. Au-delà, il ne sait plus. Elle le fait partir sur un zoug.
Un tayea, un Arabe, le voit et le dit mort debout. Il s'appuie à un palmier. Le texte : le palmier crie, et l'homme éclate. Rachi lit l'inverse, et explique : le palmier sèche sous la sorcellerie.
Rav Avira a dit : les plats et les pains n'ont pas d'interdit de zougot. Règle de la chose : tout ce qui a été achevé par la main de l'homme n'a pas d'interdit de zougot.
Achevé par la main du Ciel : pour les sortes de choses à manger, nous craignons.
Rav Avira sort les plats et les pains des zougot. Rachi : même deux plats mangés.
La règle : achèvement par la main de l'homme, plat façonné ou pain cuit, pas d'interdit. Achèvement par la main du Ciel, le fruit tel qu'il pousse : pour les choses à manger, on craint. D'où les œufs, les noix et les concombres.
Une boutique : pas d'interdit de zougot. S'il s'est ravisé : pas d'interdit de zougot.
Un hôte : pas d'interdit de zougot. Une femme : pas d'interdit de zougot.
Et si c'est une femme importante, nous craignons.
Quatre situations hors des zougot. Boutique : Rachi donne deux lectures. Deux boutiques ne comptent pas comme deux coupes. Autre version : les mazikin laissent la boutique, faute de keviout, de lieu fixe. Le récit de la femme et du marchand reste à part : c'était de la sorcellerie.
Nimlakh : il s'est ravisé, la coupe ajoutée n'entrait pas dans son compte de départ. Hôte : c'est l'hôte qui fixe ce qu'il boit. Femme : pas d'interdit, sauf si elle est importante. Même logique qu'à la maison pour l'homme important, en 110a.
Rav Hinena, fils de Rabbi Yehochoua, a dit : l'ispargus se joint pour le bien, et ne se joint pas pour le mal.
L'ispargus est la boisson du matin, avant de manger. Rachi : avant le repas.
Il se joint pour le bien : il peut mener le compte à l'impair. Il ne se joint pas pour le mal : il ne fait pas basculer un impair en paire. Même partage que les mots de la birkat kohanim en 110a.
Ravina a dit au nom de Rava : les zougot, le-houmera. Et il y en a qui disent : les zougot, le-koula.
Rav Yossef a dit : deux de vin et un de chekhar ne se joignent pas ; deux de chekhar et un de vin se joignent.
Doute : a-t-il bu un pair ? Ravina au nom de Rava : le-houmera, qu'il boive encore. Rachi : s'il était déjà sur une paire, l'intention de joindre mène au bien. S'il n'y était pas, c'est un nimlakh, et la coupe ne se joint pas pour le mal.
L'autre avis : le-koula, qu'il s'arrête. Boire montre qu'il est pointilleux, et la coupe peut fermer une paire. On rejoint alors la règle : avec le pointilleux, on est pointilleux.
Rav Yossef : deux vins plus un chekhar (bière) ne se joignent pas. Deux chekhar plus un vin se joignent. Le signe est au segment suivant.
Et ton signe : ceci est la règle. Tout ce qui lui est joint, s'il vient de ce qui est plus grave que lui, impur ; s'il vient de ce qui est plus léger que lui, pur.
Le siman est une règle de touma, michna Kelim 27, 2. Le mapets devient impur des cinq sur cinq : il est hamour. La mahatselet seulement des six sur six : elle est kal.
On joint à la pièce légère un morceau plus grave : l'ensemble reçoit l'impureté. On joint à la pièce grave un morceau plus léger : pas de jonction. Ainsi le vin, hamour, se joint au chekhar. Le chekhar, kal, ne se joint pas au vin.
Rav Nahman a dit, Rav a dit : deux avant la table et un à la table se joignent. Un d'avant la table et deux à la table ne se joignent pas.
La table est celle qu'on apporte pour le repas. Avant : avant qu'elle soit là. À la table : pendant le repas.
Deux avant et une à table : les trois se joignent, le compte est impair. Une avant et deux à table : Rachi, les deux de la table sont déjà un zoug. Y joindre la coupe d'avant ne sert pas. La version de Rachi nomme Rav Nahman, sans répéter Rav.
Rav Mecharchiya objecte : nous cherchons donc à arranger la table ? Nous avons à arranger l'homme, et l'homme se tient déjà arrangé.
L'objection porte sur le second cas : une coupe avant, deux à la table. Pour l'homme, le total est trois.
Rav Mecharchiya : on a à arranger le gavra, l'homme, et il se tient déjà sur un impair. Régler la table à part ne répond pas a cela.
(Mais Rav Mecharchiya a dit :) selon tout le monde, deux à la table et un après la table ne se joignent pas. Comme ce fait de Rabba bar Nahmani.
Le point sur lequel tout le monde s'accorde, Rav Mecharchiya compris : deux coupes à la table et une après qu'on l'a retirée ne se joignent pas.
Rachi renvoie à Bava Metsia 86a. On avait servi deux coupes, puis retiré la table. Rabba bar Nahmani a fait ramener la table pour la coupe suivante. La coupe bue une fois la table partie ne rompt pas la paire du repas.
Rav Yehouda a dit, Chemouel a dit : tout ce qui est coupé se joint,
Mazug : le vin coupé d'eau, la façon ordinaire de le boire. Rachi : ce vin, puis une autre boisson après le repas, se joignent pour le bien et pour le mal.
La phrase s'arrête ici sur une virgule. Elle continue au daf suivant. À la différence de l'ispargus, le mazug entre dans les deux sens du compte.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).