Sougya : Le feuillet reprend la baraita des trois que le Ciel proclame en éloge. Le visage de Rav Safra s'éclaire.
Rava reporte l'éloge sur Rav 'Hanina et Rav Ochaya, cordonniers en terre d'Israël, qui ne lèvent pas les yeux au marché des prostituées. Puis trois que le Saint, béni soit-Il, aime, et trois qu'il haït.
De la haine : celui qui voit seul une erva ne témoigne pas, Zigoud est frappé, haïr est permis et même une mitsva, et l'on ne le dit au maître que si l'on est cru comme deux témoins. Suivent des listes, de trois jusqu'à sept mis en nidouy envers le Ciel, puis les enseignements de Rabbi Yossi de Houtsal : ne pas interroger les Chaldéens, honorer qui vous dépasse même en une chose, attendre une ona après le dam tahor.
Le feuillet s'achève sur les noms multiples d'un même sage.
Un tanna enseignait devant Rava et Rav Safra. Le visage de Rav Safra s'éclaire.
Rava lui dit : le cas du maître reste hors de cette baraita. Elle vise des gens comme Rav 'Hanina et Rav Ochaya, qui étaient cordonniers en terre d'Israël.
Ils siégeaient au marché des prostituées, leur fabriquaient des chaussures, et celles-ci entraient chez eux. Elles les regardaient.
Eux ne levaient pas les yeux pour les regarder. Et leur serment était ainsi : par la vie des rabbins saints de la terre d'Israël.
Rachi rattache la scène à la baraita des trois que le Saint, béni soit-Il, proclame en éloge chaque jour. Le visage de Rav Safra s'éclaire. Rava laisse le maître hors du cas. L'éloge vise Rav 'Hanina et Rav Ochaya, cordonniers en terre d'Israël.
Elles entrent et regardent. Eux ne lèvent pas les yeux. Leur serment : par la vie des rabbins saints de la terre d'Israël.
Trois que le Saint, béni soit-Il, aime : celui qui ne se met pas en colère, celui qui ne s'enivre pas, et celui qui n'insiste pas sur ses midot. Trois que le Saint, béni soit-Il, haït : celui qui dit une chose de la bouche et une autre du cœur, celui qui connaît un témoignage en faveur de son prochain et ne témoigne pas pour lui, et celui qui voit une chose d'erva chez son prochain et témoigne contre lui seul.
Trois aimés. Ne pas se mettre en colère. Ne pas s'enivrer. Ne pas insister sur ses midot : la mesure de ce qui lui est du, en honneur ou en bien.
Trois haïs. Bouche et cœur en désaccord. Un témoignage connu, et il ne témoigne pas. Une erva vue, et il témoigne seul : le tribunal ne peut rien en faire, le renom reste.
Tossefot relient ce dernier cas à Bava Metsia 32b. On aide d'abord celui qu'on haït, pour plier le yetser. La haine réciproque, Michlei 27, 19, peut devenir une haine entière. Le pliage du yetser reste en jeu.
C'est comme ce cas. Touvia a fauté, et Zigoud vint seul et témoigna contre lui devant Rav Pappa.
Il fit frapper Zigoud. Il lui dit : Touvia a fauté, et Zigoud est frappé ?
Il lui dit : oui, car il est écrit : Un seul témoin ne se lèvera pas contre un homme. Et toi, tu as témoigné contre lui seul.
Tu fais sortir sur lui un mauvais renom, et rien de plus.
Cas de Touvia et Zigoud. La faute est la. Le témoin est seul. Rav Pappa fait frapper Zigoud.
Le verset, Devarim 19, 15 : un seul témoin ne se lève pas contre un homme. Le témoignage n'a pas de suite au tribunal. Il fait sortir un mauvais renom.
Rabbi Chmouel bar Rav Its'hak a dit au nom de Rav : il est permis de le haïr. Car il est dit : Si tu vois l'âne de celui qui te haït couché sous son fardeau.
Que signifie celui qui haït ? Si l'on dit : un non-Juif qui haït, on a enseigné : le haïsseur dont on a parlé est un haïsseur d'Israël, et non un haïsseur non-Juif.
Rav, rapporte par Rabbi Chmouel bar Rav Its'hak : permis de haïr celui qu'on a vu seul dans une erva. Rachi : le droit de témoigner lui manque, la permission de haïr lui reste.
Le verset, Chemot 23, 5, parle de l'âne de celui qui te haït. La baraita : ce haïsseur est un Israélite. Le non-Juif reste hors du verset.
C'est donc établi : un Israélite qui haït. Haïr est-il permis ?
Il est écrit : Tu ne haïras pas ton frère dans ton cœur. S'il y a des témoins qu'il a commis un interdit, tout le monde aussi le haït.
Quelle particularité a celui-ci ? Le verset vise donc le cas où lui-même a vu en lui une chose d'erva.
Le verset parle d'un Israélite qui haït. Vayikra 19, 17 interdit de haïr son frère dans son cœur.
S'il y a des témoins de l'interdit, la haine serait celle de tous. Celui-ci n'a rien de plus. Le verset vise donc l'homme qui, seul, a vu une erva. Lui peut haïr. Les autres, qui n'ont pas vu, restent tenus par l'interdit de haïr.
Rav Na'hman bar Its'hak a dit : c'est une mitsva de le haïr. Car il est dit : La crainte de Hachem est de haïr le mal.
Rav A'ha, fils de Rava, dit à Rav Ashi : peut-on le dire à son maître, pour qu'il le haïsse ? Il lui dit : s'il sait qu'il est cru par son maître comme deux témoins, qu'il le lui dise.
S'il ne l'est pas, qu'il ne le lui dise pas.
Rav Na'hman bar Its'hak monte d'un degré : mitsva de haïr. Michlei 8, 13 : la crainte de Hachem est de haïr le mal. Le texte porte la leçon entre parenthèses, shon'ei, à côté de ra.
Question de Rav A'ha à Rav Ashi : le dire au maître, pour que le maître haïsse. S'il est cru comme deux témoins, il le dit. S'il ne l'est pas, il se tait. Un seul dire référait le mauvais renom de Zigoud.
Les maîtres ont enseigné : trois dont la vie n'est pas une vie : les compatissants, les colériques, et les délicats. Et Rav Yossef a dit : tous se trouvent en moi.
Trois dont la vie n'est pas une vie : les compatissants, les colériques, les délicats (aninei ha-daat, gens que la moindre chose blesse). Rav Yossef dit que les trois sont en lui.
Tossefot confrontent Beitsa 32a, qui compte trois autres : attendre la table d'autrui, une femme qui domine, des souffrances qui dominent le corps. Ici, la liste reste dans les dispositions de l'homme, dans la suite de celui qui ne se met pas en colère.
Les maîtres ont enseigné : trois se haïssent les uns les autres. Les voici : les chiens, les coqs, et les havarin.
Certains disent : aussi les prostituées. Certains disent : aussi les disciples des sages de Babylonie.
Trois espèces dont les membres se haïssent entre eux : les chiens, les coqs, les havarin (prêtrès perses). Deux ajouts, en yech omrim : les prostituées, puis les disciples des sages de Babylonie.
Les maîtres ont enseigné : trois s'aiment les uns les autres. Les voici : les convertis, les esclaves, et les corbeaux.
Trois espèces dont les membres s'aiment entre eux : les gerim (convertis), les esclaves, les corbeaux.
Quatre que l'esprit ne supporte pas. Les voici : un pauvre orgueilleux, un riche qui nie, un vieillard débauché, et un parnas qui s'enorgueillit sur la communauté pour rien.
Certains disent : aussi celui qui répudie sa femme une première fois et une seconde, et la reprend.
Quatre que la daat ne supporte pas. dal gae : pauvre orgueilleux. Ashir mekhahesh : riche qui nie. zaken menaef : vieillard débauché. Parnas : administrateur qui s'élève sur la communauté sans cause.
Rachi : eux-mêmes, plus tard, regrettent, et ils sont méprisés à leurs yeux. Yech omrim ajoute celui qui répudie deux fois et reprend sa femme.
Et le premier tanna ? Parfois sa ketouba est élevée.
Autre cas : il a des enfants d'elle, et il ne peut pas la répudier.
Le tanna kama n'a pas compté celui qui répudie et reprend. Deux cas où il reprend sans que l'esprit le lui reproche comme un caprice. La ketouba est trop élevée, il ne peut pas payer. Ou il a des enfants d'elle, et il ne peut pas la répudier.
Cinq choses que Canaan a ordonnées à ses fils : aimez-vous les uns les autres, aimez le vol, aimez la zima, haïssez vos maîtres, et ne dites pas la vérité.
Cinq ordres de Canaan à ses fils. S'aimer entre eux. Aimer le vol. Aimer la zima (débauche). Haïr les maîtres. Ne pas dire la vérité.
Six choses sont dites du cheval : il aime la zenout, il aime la guerre, son esprit est hautain, il dédaigne le sommeil, il mange beaucoup et évacue peu. Certains disent : il cherche aussi à tuer son maître dans la guerre.
Six traits du cheval. Zenout : la débauche. La guerre. Rouho gasa : l'esprit hautain. Il dédaigne le sommeil. Il mange beaucoup et évacue peu. Yech omrim : dans la guerre, il cherche à tuer son maître.
Sept sont en nidouy envers le Ciel. Les voici : celui qui n'a pas de femme, celui qui a une femme et n'a pas d'enfants, celui qui a des enfants et ne les élève pas au Talmud Torah, celui qui n'a pas de tefillin à la tête, ni de tefillin au bras, ni de tsitsit à son vêtement, ni de mezouza à sa porte, et celui qui refuse des chaussures à ses pieds.
Certains disent : aussi celui qui ne s'installe pas dans un groupe de mitsva.
Sept menoudim envers le Ciel : mis au ban, sans qu'un tribunal d'ici-bas l'ait prononcé. Sans femme. Femme sans enfants. Enfants qu'on n'élève pas au Talmud Torah. Sans tefillin de tête et de bras, sans tsitsit, sans mezouza. Celui qui refuse des chaussures à ses pieds. Yech omrim : celui qui ne s'installe pas dans un groupe de mitsva.
Le texte hébreu porte la parenthèse yehoudi et les crochets mi. La phrase vise celui qui n'a pas de femme. Tossefot : l'absence d'enfants vise la négligence de la periya ou-reviya. Les tefillin et les tsitsit : il en a et ne les pose pas, ou il doit se mettre en situation de mitsva, comme Moché qui désirait la terre d'Israël (Sota 14a). Le corps pur d'Elisha (Chabbat 49a) : ne pas émettre de vent dans les tefillin, ne pas y dormir. Au Chema, la garde est à portée.
Le repas de mitsva, selon Tossefot : mila, noces d'un talmid 'hakham, fille de kohen à un kohen, et seulement avec des gens convenables (Sanhedrin 23a).
Rabba bar bar 'Hana a dit que Rabbi Chmouel bar Marta a dit que Rav a dit, au nom de Rabbi Yossi, l'homme de Houtsal : d'où sait-on qu'on n'interroge pas les Chaldéens ? Car il est dit : Tu seras intègre avec Hachem, ton D.ieu.
Chaîne : Rabba bar bar 'Hana, Rabbi Chmouel bar Marta, Rav, au nom de Rabbi Yossi de Houtsal. On n'interroge pas les Chaldéens. Devarim 18, 13 : tu seras tamim, intègre, avec Hachem.
Rachi identifie les Chaldéens aux ba'alei ov.
Et d'où, pour celui qui sait en son prochain qu'il est plus grand que lui, même en une seule chose, qu'il est tenu de se conduire avec lui dans l'honneur ? Car il est dit : Attendu qu'un esprit supérieur était en lui, et le roi pensa à l'établir sur tout le royaume.
Même chaîne d'enseignement. Qui sait que son prochain le dépasse, même en une chose, lui doit l'honneur. Le verset est Daniel 6, 4 : un esprit de plus était en lui, le roi pensa à l'établir sur tout le royaume. Le texte porte entre crochets la suite du verset.
Tossefot : cela vise celui dont on n'a pas appris. Si l'on a appris de lui, Avot chapitre 6 : David appela A'hitofel son maître et son alouf, pour deux choses seulement. La leçon entre parenthèses, assao, est corrigée en : il l'appela.
Et celle qui siège sur du sang pur est interdite au rapport. Jusqu'à quand ?
Rav a dit : une ona.
Toujours dans les dires transmis au nom de Rabbi Yossi de Houtsal. La femme qui siège sur le dam tahor, le sang pur de la yoledet, est interdite au rapport.
Rachi : l'interdit tient même si la source s'est arrêtée et qu'elle n'a rien vu. Jusqu'à quand : une ona. Rachi : on attend un jour et une nuit.
On a enseigné : c'est Yossef de Houtsal, c'est Yossef le Babylonien, c'est Issi ben Gour Arye, c'est Issi ben Yehouda, c'est Issi ben Gamliel, c'est Issi ben Mahalalel. Et quel est son nom ?
Issi ben Akavia est son nom. C'est Rabbi Its'hak ben Tavla, c'est Rabbi Its'hak ben 'Hakla, c'est Rabbi Its'hak ben Ela, c'est
Un tanna identifie un seul sage sous plusieurs noms. Yossef de Houtsal, Yossef le Babylonien, Issi ben Gour Arye, ben Yehouda, ben Gamliel, ben Mahalalel. Son nom : Issi ben Akavia.
Une seconde série s'ouvre : Rabbi Its'hak ben Tavla, ben 'Hakla, ben Ela. Le dernier mot, hou, ouvre une suite qui passe au feuillet suivant.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).