Pesachim 113b : éloges, témoin unique, listes de trois à sept

Pesachim 113b

Sougya : Le feuillet reprend la baraita des trois que le Ciel proclame en éloge. Le visage de Rav Safra s'éclaire.

Rava reporte l'éloge sur Rav 'Hanina et Rav Ochaya, cordonniers en terre d'Israël, qui ne lèvent pas les yeux au marché des prostituées. Puis trois que le Saint, béni soit-Il, aime, et trois qu'il haït.

De la haine : celui qui voit seul une erva ne témoigne pas, Zigoud est frappé, haïr est permis et même une mitsva, et l'on ne le dit au maître que si l'on est cru comme deux témoins. Suivent des listes, de trois jusqu'à sept mis en nidouy envers le Ciel, puis les enseignements de Rabbi Yossi de Houtsal : ne pas interroger les Chaldéens, honorer qui vous dépasse même en une chose, attendre une ona après le dam tahor.

Le feuillet s'achève sur les noms multiples d'un même sage.

Trois que le Ciel aime, trois qu'il haïtIl aimeQui ne se met pas en colèreQui ne s'enivre pasQui n'insiste pas sur ses midotLe du, en honneur ou en bienIl haïtUne chose à la bouche, une autre au cœurIl connaît un témoignage et se taitIl voit une erva et témoigne seulLe témoignage unique fait un mauvais renomTrois dont la vie n'est pas une vieLes compatissantsLes colériquesLes délicatsRav Yossef : les trois sont en moi
Trois aimés, trois haïs, et trois dont la vie n'est pas une vie.
Il a vu seul une chose d'ervaUn seul a vuTémoigner seulDevarim 19, 15Zigoud est frappéMauvais renom, sans suite au tribunalSe taire au tribunalRav : permis de haïrRav Na'hman bar Its'hakmitsva de haïrL'âne du verset, Chemot 23, 5Le haïsseur est un Israélite. S'il y avait des témoins,tout le monde le haïrait. Ici, lui seul a vu.Cru par son maître comme deuxIl le lui ditpour que le maître le haïssePas cru comme deux témoinsIl se taitmême envers son maîtreMichlei 8, 13 : la crainte de Hachem est de haïr le mal
Témoin unique d'une erva : se taire, haïr, et ne parler au maître que si l'on est cru comme deux.
Quatre que l'esprit ne supporte pas, jusqu'aux septPauvreorgueilleuxdal gaeRichequi nieashir mekhaheshVieillarddébauchezaken menaefParnassans causeSur la communautéYech omrim : il répudie deux fois et la reprend. Tanna kama : ketouba forte, ou des enfants.Canaan à ses filsS'aimer. Aimer le vol.Aimer la débauche.Haïr les maîtres.Ne pas dire le vrai.Six traits du chevalDébauche et guerreEsprit hautain, dédain du sommeilMange beaucoup, évacue peuYech omrim : veut tuer son maîtreSept en nidouy envers le CielSans femmeFemme, sans enfantsEnfants sans Talmud TorahYech omrim : absent d'un groupe de mitsvaSans tefillin, tsitsit, mezouzaTête, bras, vêtement, porteIl refuse des chaussures à ses piedsLui-même les refuse
De quatre que l'esprit ne supporte pas jusqu'aux sept en nidouy envers le Ciel.
1
תָּנֵי תַּנָּא קַמֵּיהּ דְּרָבָא וְרַב סָפְרָא, צָהֲבוּ פָּנָיו דְּרַב סָפְרָא. אֲמַר לוֹ רָבָא: לָאו כְּגוֹן מַר, אֶלָּא כְּגוֹן רַב חֲנִינָא וְרַב אוֹשַׁעְיָא דַּהֲווֹ אֻושְׁכָּפֵי בְּאַרְעָא דְיִשְׂרָאֵל, וַהֲווֹ יָתְבִי בְּשׁוּקָא דְזוֹנוֹת, וְעָבְדִי לְהוּ מְסָאנֵי לְזוֹנוֹת, וְעָיְילִי לְהוּ. אִינְהוּ מִסְתַּכְּלִי בְּהוּ, וְאִינְהוּ לָא מַדְלָן עֵינַיְיהוּ לְאִיסְתַּכּוֹלֵי בְּהוּ. וּמוֹמָתַייְהוּ הָכִי: בְּחַיֵּיהֶן רַבָּנַן קַדִּישֵׁי דִּבְאַרְעָא דְיִשְׂרָאֵל.

Un tanna enseignait devant Rava et Rav Safra. Le visage de Rav Safra s'éclaire.

Rava lui dit : le cas du maître reste hors de cette baraita. Elle vise des gens comme Rav 'Hanina et Rav Ochaya, qui étaient cordonniers en terre d'Israël.

Ils siégeaient au marché des prostituées, leur fabriquaient des chaussures, et celles-ci entraient chez eux. Elles les regardaient.

Eux ne levaient pas les yeux pour les regarder. Et leur serment était ainsi : par la vie des rabbins saints de la terre d'Israël.

📜 Rachi (1)
תָּנֵי תַּנָּא לְהַךְ מַתְנִיתָא שְׁלֹשָׁה מַכְרִיז הקב"ה עֲלֵיהֶן לְשַׁבֵּחַ בְּכָל יוֹם:
Il enseignait cette baraita : trois dont le Saint, béni soit-Il, proclame l'éloge chaque jour.
🪔 Ben Yehoyada (1)
הָכִי מִמֵּיאֵן:בְּחַיַּיהוֹן דְּרַבָּנָן קַדִּישֵׁי דִּבְאַרְעָא דְּיִשְׂרָאֵל. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת מַה שַׁייָּכוּת יֵשׁ לְשֶׁבַח זֶה שֶׁל שְׁבוּעָתָם עִם הַשֶּׁבַח שֶׁל גֶּדֶר עֶרְוָה הַמְדַבֵּר בּוֹ עֲלֵיהֶם. וּמָהַרְשָׁ"א זַ"ל כָּתַב כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ (וַיִּקְרָא רַבָּה כד, ב) 'כָּל מָקוֹם שֶׁאַתָּה מוֹצֵא גֶּדֶר עֶרְוָה אַתָּה מוֹצֵא קְדֻושָּׁה' וּדְבָרָיו סְתוּמִים! אֵיךְ נִתְייַשְּׁבוּ הַדְּבָרִים בָּזֶה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּמָצִינוּ שֶׁהַנִּזְהָר בִּגְדֵרִים וּסְיָיגִים הַשַּׁייָּכִים לָעֶרְוָה נִקְרָא קָדוֹשׁ וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ בַּגְּמָרָא הַטַּעַם שֶׁנִּקְרָא רַבִּי 'רַבֵּינוּ הַקָּדוֹשׁ' בִּשְׁבִיל גָּדֵר וּסְייָג שֶׁנָּהַג בְּעַצְמוֹ שֶׁלֹּא נִסְתַּכֵּל בְּאַמָּה שֶׁלּוֹ, וּלְפִי זֶה רַבִּי חֲנִינָא וְרַבִּי אוֹשַׁעְיָא שֶׁהָיוּ נִזְהָרִים כָּל כָּךְ בְּעִנְיַן עֶרְוָה שֶׁהָיוּ מְסַיְּימוֹ לְזוֹנוֹת מְסָאנֵי בִּכְרָעַייְהוּ וְעִם כָּל זֶה לָא מַדְּלוּ עֵינַייְהוּ לְאִסְתַּכּוֹלֵי בְּהוּ שֶׁלֹּא הָיוּ מְהַרְהֲרִים אֲפִילּוּ הִרְהוּר כָּל דְּהוּ לָהֶם נָאֶה וְיָאֶה לִקְרוֹתָם בְּתֹואַר 'קַדִּישֵׁי' אַךְ הֵם אַף עַל פִּי שֶׁהָיָה לָהֶם תִּגְבֹּורֶת גְּדוֹלָה בְּעֶרְוָה שֶׁרָאוּי לָהֶם תֹּואַר קַדִּישֵׁי, יוֹתֵר מִזּוּלָתָם, הִנֵּה הֵם כְּשֶׁהָיוּ נִשְׁבָּעִים בְּחַיְּיהוֹן דְּרַבָּנָן הָיוּ מְכַנִּים אוֹתָם בְּתֹואַר 'קַדִּישֵׁי', מַשְׁמַע מִדִּבְרֵיהֶם שֶׁהֵם עֲדַיִין לֹא זָכוּ לְתֹואַר קַדִּישֵׁי אֶלָּא רַק הַחֲכָמִים אֲשֶׁר נִשְׁבָּעִים בְּחַיֵּיהֶם הֵמָּה הָרְאוּיִים לְהִקָּרֵא בְּתֹואַר קַדִּישֵׁי דְּהַדֶּרֶךְ שֶׁהַקָּטָן הַנִּשְׁבָּע בְּחַיֵּי הַגָּדוֹל מַזְכִּיר אוֹתוֹ בְּשֶׁבַח הַגָּדוֹל שֶׁיֵּשׁ בּוֹ אֲשֶׁר הַנִּשְׁבָּע עֲדַייִן לֹא הִגִּיעַ אֵלָיו. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם שֶׁהִזְכִּיר עַתָּה דִּבְרֵי שְׁבוּעָתָם עִם שֶׁבַח שֶׁל גֶּדֶר עֶרְוָה הַמְדַבֵּר בּוֹ עֲלֵיהֶם הַייְנוּ כֵּיוָן דְּהַנִּזְהָר בְּעֶרְוָה בְּיוֹתֵר הוּא הָרָאוּי לִהְיוֹת נִקְרָא בְּשֵׁם קָדוֹשׁ, לְכָךְ כְּשֶׁהָיוּ נִשְׁבָּעִים בְּחַיְּיהוֹן דְּרַבָּנָן הָיוּ מְכַנִּים אוֹתָם בְּשֵׁם קַדִּישֵׁי לוֹמַר מַה שֶׁנִּרְאֶה בָּנוּ תִּגְבֹּורֶת בְּעִנְיַן עֶרְוָה לָאו רְבוּתָא דִּידַן הִיא אֶלָּא זְכוּת רַבָּנָן הַנִּקְרָאִים בְּשֵׁם קְדוֹשִׁים הוּא דְּמֵגֵין עָלֵינוּ לִהְיוֹת נִשְׁמָרִים מִן הַיֵּצֶר הָרַע בְּהִרְהוּר עֶרְוָה.
Ainsi : par la vie des rabbins saints de la terre d'Israël. Il y a lieu d'objecter : quel lien entre cet éloge de leur serment et l'éloge de la barrière de l'erva dont le texte parle à leur sujet ? Le Maharsha, sa mémoire est une bénédiction, a écrit comme on le dit (Vayikra Rabba 24, 2) : partout où tu trouves une barrière de l'erva, tu trouves la kedousha. Ses paroles restent closes. Comment la chose s'en trouve-t-elle réglée ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que celui qui prend garde aux barrières et aux seyagim qui touchent à l'erva est appelé kadoch. Comme on le dit dans la Guemara : Rabbi est appelé Rabbeinou ha-Kadoch à cause de la barrière et du seyag qu'il a pratiqués sur lui-même, de ne pas regarder son membre. D'après cela, Rabbi 'Hanina et Rabbi Ochaya, qui prenaient tant garde en matiere d'erva qu'ils achevaient de mettre les chaussures aux pieds des prostituées, et qui, avec cela, ne levaient pas les yeux pour les regarder, sans même un hirhur si léger soit-il, méritent d'être appelés du titre kedoshim. Eux, bien qu'un grand assaut d'erva fût le leur, au point que le titre kedoshim leur allait plus qu'à d'autres, quand ils juraient par la vie des rabbins, ils les appelaient du titre kedoshim. Il ressort de leurs paroles qu'eux-mêmes n'avaient pas encore mérité le titre kedoshim, et que seuls les sages par la vie desquels on jure sont dignes de ce titre. Car la voie du petit qui jure par la vie du grand est de le nommer avec le grand éloge qui est en lui, éloge que celui qui jure n'a pas encore atteint. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, pourquoi le texte joint maintenant les paroles de leur serment à l'éloge de la barrière de l'erva. Celui qui prend le plus garde à l'erva est celui qui mérite le nom de kadoch. Quand on jurait par la vie des rabbins, on les appelait kedoshim, pour dire : l'assaut d'erva qui se voit en nous relève du mérite des rabbins appelés kedoshim. Ce mérite nous protège, afin que nous soyons gardés du yetser ha-ra dans le hirhur d'erva.
💡 Explication

Rachi rattache la scène à la baraita des trois que le Saint, béni soit-Il, proclame en éloge chaque jour. Le visage de Rav Safra s'éclaire. Rava laisse le maître hors du cas. L'éloge vise Rav 'Hanina et Rav Ochaya, cordonniers en terre d'Israël.

Elles entrent et regardent. Eux ne lèvent pas les yeux. Leur serment : par la vie des rabbins saints de la terre d'Israël.

🖼️ Schéma
Marché des prostituées, yeux baissésRav 'HaninaRav OchayaCordonniersTerre d'IsraëlElles entrentElles regardentEux ne lèvent pasles yeuxLeur sermentPar la vie desrabbins saintsde la terre d'Israël
Au marché des prostituées, elles regardent. Les cordonniers ne lèvent pas les yeux.
2
שְׁלֹשָׁה הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא אוֹהֲבָן: מִי שֶׁאֵינוֹ כּוֹעֵס, וּמִי שֶׁאֵינוֹ מִשְׂתַּכֵּר, וּמִי שֶׁאֵינוֹ מַעֲמִיד עַל מִדּוֹתָיו. שְׁלֹשָׁה הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא שׂוֹנְאָן: הַמְדַבֵּר אֶחָד בַּפֶּה וְאֶחָד בַּלֵּב, וְהַיּוֹדֵעַ עֵדוּת בַּחֲבֵירוֹ וְאֵינוֹ מֵעִיד לוֹ, וְהָרוֹאֶה דְּבַר עֶרְוָה בַּחֲבֵירוֹ וּמֵעִיד בּוֹ יְחִידִי.

Trois que le Saint, béni soit-Il, aime : celui qui ne se met pas en colère, celui qui ne s'enivre pas, et celui qui n'insiste pas sur ses midot. Trois que le Saint, béni soit-Il, haït : celui qui dit une chose de la bouche et une autre du cœur, celui qui connaît un témoignage en faveur de son prochain et ne témoigne pas pour lui, et celui qui voit une chose d'erva chez son prochain et témoigne contre lui seul.

🗂️ Tossefot (1)
שֶׁרָאָה בּוֹ דְּבַר עֶרְוָה וְאִם תֹּאמַר דִּבְאֵלּוּ מְצִיאוֹת (בּ"מ דַּף לב: וְשָׁם) אָמְרִינַן אוֹהֵב לִפְרֹוק וְשׂוֹנֵא לִטְעֹון מִצְוָה בְּשׂוֹנֵא כְּדֵי לָכֹוף אֶת יִצְרוֹ וְהַשְׁתָּא מַה כְּפִיַּית יֵצֶר שַׁייָּךְ כֵּיוָן דְּמִצְוָה לְשִׂנְאָתוֹ וְי"ל כֵּיוָן שֶׁהוּא שׂוֹנְאוֹ גַּם חֲבֵירוֹ שׂוֹנֵא אוֹתוֹ דִּכְתִיב (מִשְׁלֵי כ״ז:י״ט) כַּמַּיִם הַפָּנִים לַפָּנִים כֵּן לֵב הָאָדָם לָאָדָם וּבָאִין מִתּוֹךְ כָּךְ לִידֵי שִׂנְאָה גְּמוּרָה וְשַׁיָּיךְ כְּפִייַּת יֵצֶר:
Celui qui a vu en lui une chose d'erva. Si tu dis : dans Elu metsiot (Bava Metsia 32b) nous disons, celui qu'on aime pour décharger, et celui qu'on haït pour charger, la mitsva est avec celui qu'on haït, afin de plier son yetser. Quel pliage du yetser a lieu, puisqu'il y a mitsva de le haïr ? On peut dire : puisqu'il le haït, son prochain le haït aussi, comme il est écrit (Michlei 27, 19) : comme l'eau, un visage répond à un visage, ainsi le cœur de l'homme à l'homme. Ils en viennent par là à une haine entière, et le pliage du yetser a lieu.
🪔 Ben Yehoyada (3)
שְׁלֹשָׁה, הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא אוֹהֲבָן; מִי שֶׁאֵינוֹ כּוֹעֵס. נִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם כּוֹעֵס [156] עוֹלֶה מִסְפַּר קנ"ו כְּמִנְיַן י"ב פְּעָמִים אַהֲבָה [12×13=156] , וְלָכֵן זֶה שֶׁאֵינוֹ כּוֹעֵס נִמְשָׁךְ לוֹ שֶׁפַע אַהֲבָה מִן י"ב צֵרוּפִים שֶׁל שֵׁם הֲוָיָ"ה שֶׁכָּל צֵירוּף שׁוֹלֵט בְּחֹודֶשׁ אֶחָד בַּשָּׁנָה כַּנּוֹדָע וְנִמְצָא מִסְפַּר 'כּוֹעֵס' נֶהְפַּךְ לוֹ לְטוֹבָה שֶׁיִּהְיֶה לוֹ י"ב פְּעָמִים אַהֲבָה מִן י"ב צֵרוּפִים. אַךְ קָשֶׁה מֵאַחַר דְּהַכּוֹעֵס מְגֻונֶּה בְּיוֹתֵר דַּחֲשִׁיב כְּאִלּוּ עוֹבֵד עֲבוֹדָה זָרָה (נְדָרִים כב:) אֵיךְ בְּהֶעְדֵּר הַכַּעַס זוֹכֶה לְאַהֲבָה מֵאִתּוֹ יִתְבָּרֵךְ דְּמַאי רְבוּתֵיהּ בָּזֶה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד מַה שֶׁאָמְרוּ 'כְּאִילּוּ עוֹבֵד עֲבוֹדָה זָרָה' הַיְינוּ בְּכוֹעֵס בְּמִילֵּי דְּעָלְמָא, אֲבָל הָכָא אַייְרֵי בְּשֶׁבַח שֶׁאֵינוֹ כּוֹעֵס בְּמִילֵּי דְּמִצְוָה שֶׁהוּא מִתְכַּעֵס לִכְבוֹדוֹ יִתְבָּרֵךְ עִם בְּנֵי אָדָם שֶׁהָיוּ עוֹבְרִים רְצוֹנוֹ יִתְבָּרֵךְ אוֹ כְּרַב הַכּוֹעֵס עִם תַּלְמִידוֹ בִּשְׁבִיל לִימּוּד תּוֹרָה שֶׁמְּלַמְּדוֹ דְּהַנִּזְהָר גַּם בָּזֶה הֲרֵי זֶה הקב"ה אוֹהֲבוֹ.
Trois que le Saint, béni soit-Il, aime : celui qui ne se met pas en colère. Il me semble, avec l'aide du Ciel, la raison. Ko'es (celui qui se met en colère) monte au nombre 156, comme douze fois ahava (amour), car douze fois treize font 156. Celui qui ne se met pas en colère attire donc sur lui un shefa (influx) d'amour, venu des douze permutations du Nom. Chaque permutation règne sur un mois de l'année, comme on le sait. Le nombre de ko'es se retourne pour lui en bien : douze fois l'amour, des douze permutations. La difficulte : le colérique est des plus blâmables, car on le compte comme s'il servait l'avoda zara (Nedarim 22b). Comment, par l'absence de colère, mérite-t-il l'amour de Lui, béni soit-Il ? Quel est l'exploit en cela ? Il me semble, avec l'aide du Ciel : ce qu'on a dit, comme s'il servait l'avoda zara, vise celui qui se met en colère pour les affaires du monde. Ici, l'éloge vise celui qui ne se met pas en colère dans les affaires de mitsva, là où l'on se met en colère pour l'honneur de Lui, béni soit-Il, envers des hommes qui transgressaient Sa volonté, béni soit-Il, ou comme Rav, qui se met en colère contre son élève pour l'étude de la Torah qu'il lui enseigne. Celui qui prend garde aussi à cela, le Saint, béni soit-Il, l'aime.
וּמִי שֶׁאֵינוֹ מִשְׂתַּכֵּר. נִרְאֶה לִי בס"ד שָׂכָר [520] מִסְפַּר תק"ך וְלָכֵן זֶה שֶׁלֹּא נִשְׂתַּכֵּר בְּשָׂכָר שֶׁמִּסְּפָרוֹ תק"ך זוֹכֶה לְשַׁפֵּעַ אַהֲבָה מִן אַרְבָּעִים סְפִירוֹת שֶׁל ד' עוֹלָמוֹת אבי"ע [אֲצִילוּת, בְּרִיאָה, יְצִירָה, עֲשִׂיָּה] כִּי בְּכָל עוֹלָם יֵשׁ עֲשָׂרָה סְפִירוֹת בִּכְלָלוּת, וְהִנֵּה אַרְבָּעִים פְּעָמִים אַהֲבָה הוּא מִסְפַּר שָׂכָר שֶׁהוּא תק"ך [40×13=520] וְנִמְצָא כִּי הַשָּׂכָר שֶׁפֵּירֵשׁ מִמֶּנּוּ שֶׁלֹּא נִשְׂתַּכֵּר בּוֹ נֶהְפַּךְ לוֹ מִסִּפְרוֹ לְטוֹבָה לְאַרְבָּעִים פְּעָמִים אַהֲבָה. וּמַה שֶׁאָמְרוּ מִי שֶׁאֵינוֹ מַעֲמִיד עַל מִדּוֹתָיו , נִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם כִּי הַמַּעֲמִיד עַל מִדּוֹתָיו יִהְיֶה לִבּוֹ מָלֵא דְּאָגָה תָּמִיד שֶׁדּוֹאֵג אֲפִילּוּ עַל מִקְצָת זִלְזוּל שֶׁיַּגִּיעַ לוֹ מֵאֲחֵרִים אֲבָל אִם אֵינוֹ מַעֲמִיד עַל מִדּוֹתָיו אֵינוֹ חוֹשֵׁשׁ מִכָּל זִלְזוּל שֶׁיִּהְיֶה הֵן קָטָן הֵן גָּדוֹל, וְלָכֵן אֵין לוֹ שׁוּם דְּאָגָה בַּעֲבוּר זֹאת בְּלִבּוֹ, וּכְמוֹ שֶׁאָמַר דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה וַאֲנִי (תְּהִלִּים לח, יד) 'כְּחֵרֵשׁ לֹא אֶשְׁמָע.. וָאֱהִי כְּאִישׁ אֲשֶׁר לֹא שֹׁמֵעַ וְאֵין בְּפִיו תּוֹכָחוֹת', לָכֵן יִזְכֶּה שֶׁיִּתְהַפֵּךְ מִסְפַּר דְּאָגָה שֶׁפֵּירַשׁ מִמֶּנָּה לְמִסְפַּר אַהֲבָה [13] כִּי הַחֶשְׁבּוֹן שָׁוֶה, וְהַייְנוּ שֶׁיִּזְכֶּה לִהְיוֹת לוֹ אַהֲבָה מֵאִתּוֹ יִתְבָּרֵךְ שֶׁיֶּאֱהַב אוֹתוֹ.
Et celui qui ne s'enivre pas. Il me semble, avec l'aide du Ciel : shekhar (boisson enivrante) a le nombre 520. Celui qui ne s'enivre pas de ce shekhar dont le nombre est 520 mérite un shefa d'amour venant des quarante sefirot des quatre mondes ABYA, atsilout, beria, yetsira, assiya. En chaque monde il y a dix sefirot en globalité. Quarante fois ahava font le nombre de shekhar, 520, car quarante fois treize font 520. Le shekhar dont il s'est écarté, en ne s'enivrant pas, voit son nombre se retourner en bien : quarante fois l'amour. Et ce qu'on a dit : celui qui n'insiste pas sur ses midot. Il me semble, avec l'aide du Ciel, la raison. Celui qui insiste sur ses midot a le cœur toujours plein de daaga (souci). Il s'inquiète même d'un léger mépris qui lui vient des autres. S'il n'insiste pas sur ses midot, aucun mépris ne le soucie, ni petit ni grand. Il n'a donc, pour cela, aucun souci dans le cœur. Comme l'a dit David, le roi, sa mémoire est une bénédiction, et moi (Tehilim 38, 14) : comme un sourd je n'entendrai pas, et je serai comme un homme qui n'entend pas, et il n'y a pas de reproches dans sa bouche. Il méritera donc que le nombre de daaga, dont il s'est écarté, se retourne en nombre d'ahava. Le compte est égal : treize. Il méritera l'amour de Lui, béni soit-Il, qui l'aimera.
שְׁלֹשָׁה, הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא שׂוֹנְאָן; הַמְדַבֵּר אֶחָד בַּפֶּה וְאֶחָד בַּלֵּב. וְהַיּוֹדֵעַ עֵדוּת לַחֲבֵרוֹ וְאֵינוֹ מֵעִיד לוֹ, וְהָרוֹאֶה דְּבַר עֶרְוָה בַּחֲבֵרוֹ וּמֵעִיד בּוֹ יְחִידִי. אַף עַל גַּב דִּשְׁנַיִם הָרִאשׁוֹנִים הֵם מִידֵּי דְּאִיסּוּרָא וְכָל הָעוֹשֶׂה אִיסּוּר הוּא שָׁנוּי לִפְנֵי הקב"ה, נִרְאֶה יֵשׁ שִׂנְאָה בִּשְׁתַּיִם אֵלֶּה בְּיוֹתֵר מִפְּנֵי שֶׁהוּא חוֹשֵׁב כְּאִלּוּ אֵין הקב"ה יוֹדֵעַ מַה שֶׁבִּלְבָבוֹ וְלָכֵן בִּשְׁתַּיִם אֵלּוּ רַק הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא שׂוֹנְאוֹ אֲבָל בֵּית דִּין שֶׁל מַעְלָה אֵין מַכִּירִין חֵטְא זֶה שֶׁהוּא בַּלֵּב. וְהִנֵּה זֶה יַפְסִיד הַרְבֵּה שֶׁיִּתְנַהֵג עִמּוֹ הקב"ה מִדָּה כְּנֶגֶד מִדָּה כִּי לִפְעָמִים הָאָדָם עוֹשֶׂה עֲבֵירָה לִשְׁמָהּ שֶׁכַּוָּנָתוֹ לְטוֹבָה אַךְ בֵּית דִּין שֶׁל מַעְלָה שֶׁאֵין רוֹאִין הַלֵּב מְחַיְּיבִין אוֹתוֹ כִּי הֵמָּה רָאוּ שֶׁעָשָׂה עֲבֵירָה גְּמוּרָה אַךְ הקב"ה שֶׁרוֹאֶה הַלֵּב יְזַכֵּהוּ, וְאִם זֶה הָאָדָם נִרְאֶה מִמֶּנּוּ דְּבָרִים אֵלּוּ אֲשֶׁר מוֹרִין כְּאִלּוּ הוּא חוֹשֵׁב שֶׁאֵין הַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ יוֹדֵעַ מַה שֶׁיֵּשׁ בַּלֵּב ח"ו אִם כֵּן אֵיךְ יִזְכֶּה בַּעֲבֵירָה לִשְׁמָהּ שֶׁיִּהְיֶה נִיצּוֹל מִכֹּחַ רְאִייָּתוֹ יִתְבָּרֵךְ בַּלֵּב?! וּבְעִנְיָן הַשְּׁלִישִׁי שֶׁמֵּעִיד יְחִידִי הוּא שִׁנּוּי לִפְנֵי הקב"ה בְּיוֹתֵר, בִּשְׁבִיל כִּי מִזֶּה יָצָא נֶזֶק לְיִשְׂרָאֵל שֶׁאָז גַּם הַשָּׂטָן רוֹצֶה לְהָעִיד עֲלֵיהֶם יְחִידִי. וְכֵן מָצִינוּ לְרַבּוֹתֵינוּ זַ"ל בְּדִין שֶׁל מַעְלָה בְּיוֹם רֹאשׁ הַשָּׁנָה שֶׁאוֹמֵר לַשָּׂטָן הָבֵא עֵדִים וּמֵבִיא מַלְאָךְ הַמְמֻונֶּה עַל חַמָּה לְהָעִיד, וּכְשֶׁיִּרְצֶה לְהָבִיא אֶת מַלְאָךְ הַמְמֻונֶּה עַל הַלְּבָנָה לֹא יִמְצָאֵהוּ מִפְּנֵי שֶׁהַלְּבָנָה מְכֻוסֵּית דִּכְתִיב (תְּהִלִּים פא, ד) 'בַּכֶּסֶה לְיוֹם חַגֵּנוּ' וְכַנִּזְכָּר בַּמִּדְרָשׁ וּלְפִי דְּבָרָיו שֶׁל זֶה שֶׁמֵּעִיד יְחִידִי יֹאמַר הַשָּׂטָן גַּם בָּזֶה תִּסְגֵּי עֵדוּת יָחִיד שֶׁהוּא מַלְאָךְ הַמְמֻונֶּה עַל חַמָּה וְכֵיוָן שֶׁמִּזֶּה יָצָא חוֹבָה לְיִשְׂרָאֵל לְכָךְ הוּא שִׁנּוּי לִפְנֵי הקב"ה בְּיוֹתֵר.
Trois que le Saint, béni soit-Il, haït : celui qui dit une chose de la bouche et une autre du cœur ; celui qui connaît un témoignage pour son prochain et ne témoigne pas pour lui ; et celui qui voit une chose d'erva chez son prochain et témoigne contre lui seul. Les deux premiers sont des choses d'issour, et quiconque fait un interdit est haï devant le Saint, béni soit-Il. Dans ces deux-là, la haine est plus forte. Il pense comme si le Saint, béni soit-Il, ignorait ce qui est dans son cœur. Pour ces deux-là, seul le Saint, béni soit-Il, le haït. Le tribunal d'en haut ne reconnaît pas ce peche, qui est dans le cœur. Il perdra beaucoup. Le Saint, béni soit-Il, se conduira avec lui mesure pour mesure. Parfois l'homme fait une aveira lishma (une faute dont l'intention est droite). Le tribunal d'en haut, qui ne voit pas le cœur, le déclare coupable : ils ont vu une faute entière. Le Saint, béni soit-Il, qui voit le cœur, l'acquitte. Si l'on voit chez cet homme des choses qui montrent qu'il pense que le Nom, béni soit-Il, ignore ce qui est dans le cœur, à D.ieu ne plaise, comment méritera-t-il, dans une aveira lishma, d'être sauvé par la vue de Lui, béni soit-Il, dans le cœur ? Le troisieme, qui témoigne seul, est haï devant le Saint, béni soit-Il, plus encore. Il en sort un dommage pour Israël. Alors le satan veut aussi témoigner contre eux, seul. Nos maîtres, leur mémoire est une bénédiction, le disent du jugement d'en haut au jour de Roch Hachana. On dit au satan d'amener des témoins. Il amene l'ange préposé au soleil pour témoigner. Quand il veut amener l'ange préposé à la lune, il ne le trouve pas, parce que la lune est couverte, comme il est écrit (Tehilim 81, 4) : à la lune couverte, pour le jour de notre fété, ainsi qu'il est rappelé dans le midrach. D'après les paroles de celui qui témoigne seul, le satan dira : ici aussi suffit le témoignage d'un seul, l'ange préposé au soleil. Puisqu'il en sort une charge contre Israël, il est haï devant le Saint, béni soit-Il, plus encore.
💡 Explication

Trois aimés. Ne pas se mettre en colère. Ne pas s'enivrer. Ne pas insister sur ses midot : la mesure de ce qui lui est du, en honneur ou en bien.

Trois haïs. Bouche et cœur en désaccord. Un témoignage connu, et il ne témoigne pas. Une erva vue, et il témoigne seul : le tribunal ne peut rien en faire, le renom reste.

Tossefot relient ce dernier cas à Bava Metsia 32b. On aide d'abord celui qu'on haït, pour plier le yetser. La haine réciproque, Michlei 27, 19, peut devenir une haine entière. Le pliage du yetser reste en jeu.

3
כִּי הָא דְּטוֹבִיָּה חָטָא, וַאֲתָא זִיגּוּד לְחוּדֵיהּ וְאַסְהֵיד בֵּיהּ קַמֵּיהּ דְּרַב פָּפָּא. נַגְּדֵיהּ לְזִיגּוֹד. אֲמַר לֵיהּ: טוֹבִיָּה חֲטָא וְזִיגּוּד מִינַּגַּד?! אֲמַר לֵיהּ: אִין, דִּכְתִיב: ״לֹא יָקוּם עֵד אֶחָד בְּאִישׁ״, וְאַתְּ לְחוֹדָךְ אַסְהֵדְתְּ בֵּיהּ, שֵׁם רַע בְּעָלְמָא קָא מַפְּקַתְּ בֵּיהּ.

C'est comme ce cas. Touvia a fauté, et Zigoud vint seul et témoigna contre lui devant Rav Pappa.

Il fit frapper Zigoud. Il lui dit : Touvia a fauté, et Zigoud est frappé ?

Il lui dit : oui, car il est écrit : Un seul témoin ne se lèvera pas contre un homme. Et toi, tu as témoigné contre lui seul.

Tu fais sortir sur lui un mauvais renom, et rien de plus.

💡 Explication

Cas de Touvia et Zigoud. La faute est la. Le témoin est seul. Rav Pappa fait frapper Zigoud.

Le verset, Devarim 19, 15 : un seul témoin ne se lève pas contre un homme. Le témoignage n'a pas de suite au tribunal. Il fait sortir un mauvais renom.

🖼️ Schéma
Touvia a fauté. Zigoud vient seulTouviaIl a fautéZigoudTémoin uniqueRav PappaFait frapper Zigoud
Touvia a fauté. Zigoud témoigne seul. Rav Pappa le fait frapper.
4
אָמַר רַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר רַב יִצְחָק אָמַר רַב: מֻותָּר לְשִׂנְאָתוֹ. שֶׁנֶּאֱמַר: ״כִּי תִרְאֶה חֲמוֹר שֹׂנַאֲךָ רֹובֵץ תַּחַת מַשָּׂאוֹ״. מַאי ״שׂוֹנֵא״? אִילֵּימָא שׂוֹנֵא גּוֹי, וְהָא תַּנְיָא: שׂוֹנֵא שֶׁאָמְרוּ — שׂוֹנֵא יִשְׂרָאֵל וְלֹא שׂוֹנֵא גּוֹי.

Rabbi Chmouel bar Rav Its'hak a dit au nom de Rav : il est permis de le haïr. Car il est dit : Si tu vois l'âne de celui qui te haït couché sous son fardeau.

Que signifie celui qui haït ? Si l'on dit : un non-Juif qui haït, on a enseigné : le haïsseur dont on a parlé est un haïsseur d'Israël, et non un haïsseur non-Juif.

📜 Rachi (1)
מֻותָּר לִשְׂנֹוא אוֹתוֹ הָרוֹאֶה דְּבַר עֶרְוָה בַּחֲבֵירוֹ יְחִידִי אע"פ שֶׁאֵינוֹ רַשַּׁאי לְהָעִיד מֻותָּר לְשִׂנְאָתוֹ:
Il est permis de le haïr : celui qui voit une chose d'erva chez son prochain, seul. Bien qu'il n'ait pas le droit de témoigner, il est permis de le haïr.
💡 Explication

Rav, rapporte par Rabbi Chmouel bar Rav Its'hak : permis de haïr celui qu'on a vu seul dans une erva. Rachi : le droit de témoigner lui manque, la permission de haïr lui reste.

Le verset, Chemot 23, 5, parle de l'âne de celui qui te haït. La baraita : ce haïsseur est un Israélite. Le non-Juif reste hors du verset.

5
אֶלָּא פְּשִׁיטָא, שׂוֹנֵא יִשְׂרָאֵל. וּמִי שָׁרְיָא לִמְסָנֵיהּ? וְהָכְתִיב: ״לֹא תִשְׂנָא אֶת אָחִיךָ בִּלְבָבֶךָ״. אֶלָּא דְּאִיכָּא סָהֲדִי דְּעָבֵיד אִיסּוּרָא — כֻּולֵּי עָלְמָא נָמֵי מִיסְנֵי סָנֵי לֵיהּ, מַאי שְׁנָא הַאי? אֶלָּא לָאו כִּי הַאי גַּוְונָא, דַּחֲזָיא בֵּיהּ אִיהוּ דְּבַר עֶרְוָה.

C'est donc établi : un Israélite qui haït. Haïr est-il permis ?

Il est écrit : Tu ne haïras pas ton frère dans ton cœur. S'il y a des témoins qu'il a commis un interdit, tout le monde aussi le haït.

Quelle particularité a celui-ci ? Le verset vise donc le cas où lui-même a vu en lui une chose d'erva.

💡 Explication

Le verset parle d'un Israélite qui haït. Vayikra 19, 17 interdit de haïr son frère dans son cœur.

S'il y a des témoins de l'interdit, la haine serait celle de tous. Celui-ci n'a rien de plus. Le verset vise donc l'homme qui, seul, a vu une erva. Lui peut haïr. Les autres, qui n'ont pas vu, restent tenus par l'interdit de haïr.

6
רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק אָמַר: מִצְוָה לְשִׂנְאָתוֹ. שֶׁנֶּאֱמַר: ״יִרְאַת ה׳ (שׂוֹנְאֵי) רַע״. אָמַר רַב אַחָא בְּרֵיהּ דְּרָבָא לְרַב אָשֵׁי: מַהוּ לְמֵימְרָא לֵיהּ לְרַבֵּיהּ לְמִשְׂנְייֵהּ? אֲמַר לֵיהּ: אִי יָדַע דִּמְהֵימַן לְרַבֵּיהּ כְּבֵי תְרֵי — לֵימָא לֵיהּ, וְאִי לָא — לָא לֵימָא לֵיהּ.

Rav Na'hman bar Its'hak a dit : c'est une mitsva de le haïr. Car il est dit : La crainte de Hachem est de haïr le mal.

Rav A'ha, fils de Rava, dit à Rav Ashi : peut-on le dire à son maître, pour qu'il le haïsse ? Il lui dit : s'il sait qu'il est cru par son maître comme deux témoins, qu'il le lui dise.

S'il ne l'est pas, qu'il ne le lui dise pas.

💡 Explication

Rav Na'hman bar Its'hak monte d'un degré : mitsva de haïr. Michlei 8, 13 : la crainte de Hachem est de haïr le mal. Le texte porte la leçon entre parenthèses, shon'ei, à côté de ra.

Question de Rav A'ha à Rav Ashi : le dire au maître, pour que le maître haïsse. S'il est cru comme deux témoins, il le dit. S'il ne l'est pas, il se tait. Un seul dire référait le mauvais renom de Zigoud.

7
תָּנוּ רַבָּנַן, שְׁלֹשָׁה חַיֵּיהֶן אֵינָם חַיִּים: הָרַחֲמָנִין, וְהָרַתְחָנִין, וַאֲנִינֵי הַדַּעַת. וְאָמַר רַב יוֹסֵף: כּוּלְּהוּ אִיתַנְהוּ בֵּי.

Les maîtres ont enseigné : trois dont la vie n'est pas une vie : les compatissants, les colériques, et les délicats. Et Rav Yossef a dit : tous se trouvent en moi.

🗂️ Tossefot (1)
שְׁלֹשָׁה חַיֵּיהֶן אֵינָם חַיִּים הָרַתְחָנִין כּוּ' תֵּימַהּ דִּבְפֶרֶק הַמֵּבִיא (בֵּיצָה דַּף לב.) תַּנְיָא ג' חַיֵּיהֶן אֵינָם חַיִּים הַמְצַפֶּה לְשֻׁלְחַן חֲבֵירוֹ וּמִי שֶׁאִשְׁתּוֹ מוֹשֶׁלֶת עָלָיו וּמִי שֶׁייִּסּוּרִין מוֹשְׁלִין בְּגוּפוֹ וְאַמַּאי לָא מָנֵי לְכוּלְּהוּ הָכָא וְיֵשׁ לוֹמַר דְּהָכָא לָא מַיְירֵי אֶלָּא בְּהָנָךְ דְּהָווּ תּוֹלֶדֶת הָאָדָם מִשּׁוּם דִּלְעֵיל נָמֵי אַיְירֵי דְּדָמֵי לְהָנָךְ שְׁלֹשָׁה הקב"ה אוֹהֲבָן מִי שֶׁאֵינוֹ כּוֹעֵס:
Trois dont la vie n'est pas une vie, les colériques, etc. Étonnement : au chapitre Ha-mevi (Beitsa 32a) on enseigne, trois dont la vie n'est pas une vie : celui qui attend la table de son prochain, celui dont la femme le domine, et celui dont les souffrances dominent son corps. Pourquoi ne les compte-t-on pas tous ici ? On peut dire : ici l'on ne parle que de ceux qui sont une disposition de l'homme, parce qu'au-dessus aussi l'on parle de choses semblables aux trois que le Saint, béni soit-Il, aime, celui qui ne se met pas en colère.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אָמַר רַב יוֹסֵף: כּוּלְּהוּ אֶתְּנֵהוּ בֵּי. נִרְאֶה הַכַּוָּונָה דִּשְׁלֹשָׁה אֵלֶּה הַקֹּושִׁי שֶׁלָּהֶם מָצוּי בְּסוּמָא יוֹתֵר מִן הַפִּקֵּחַ כִּי יֵשׁ אָדָם מַכִּים אוֹתוֹ מְעַט וְהוּא צוֹעֵק הַרְבֵּה שֶׁנִּרְאֶה מִכֹּחַ הַצְּעָקָה שֶׁהֵם מַכִּים אוֹתוֹ מַכַּת מָוֶת וְאֵינוֹ כָּךְ, וְלָכֵן הָרוֹאֶה בְּעֵינָיו לֹא יִתְבַּהֵל מִכֹּחַ צַעֲקָתוֹ וְיִצְטַעֵר, אֲבָל הַסּוּמָא שֶׁאֵינוֹ רוֹאֶה בְּעֵינָיו הַהַכָּאוֹת וְרַק שׁוֹמֵעַ צְעָקָה גְּדוֹלָה וּמָרָה מִתְבַּהֵל וּמִצְטַעֵר שֶׁחוֹשֵׁב שֶׁמַּכִּים אוֹתוֹ מַכַּת מָוֶת, וְכֵן הוּא הַדִּין לְהַצּוֹעֵק מִכֹּחַ חַבּוּרָה אוֹ פְּצִיעָה אוֹ אֵיזֶה מַכָּה שֶׁיֵּשׁ לוֹ בְּגוּפוֹ, וְלָכֵן הָרַחֲמָנִין אִם הֵם סוּמִין חַיֵּיהֶם אֵינָם חַיִּים יוֹתֵר מִן הָרַחֲמָנִין שֶׁהֵם רוֹאִין בְּעֵינֵיהֶם, וְכֵן הַכַּעֲסָן שֶׁכּוֹעֵס עַל דָּבָר שֶׁלֹּא נַעֲשָׂה כִּרְצוֹנוֹ אִם הוּא אֵינוֹ רוֹאֶה חוֹשֵׁב שֶׁהַשִּׁינּוּי הוּא עָצוּם וְרַב וְיִתְכַּעֵס בְּיוֹתֵר וְכֵן אֲנִינֵי הַדַּעַת שֶׁנִּמְאָס מִדָּבָר כָּל דְּהוּ שֶׁיֵּשׁ הֶפְרֵשׁ בָּזֶה אִם רוֹאֶה בְּעֵינָיו שֶׁרוֹאֶה שֶׁאֵין הַלִּכְלוּךְ רַב מְאֹד, מַה שֶׁאֵין כֵּן אִם אֵינוֹ רוֹאֶה וּמְצַיֵּיר בְּדַעְתּוֹ שֶׁהַלִּכְלוּךְ רַב מְאֹד וְיִצְטַעֵר הַרְבֵּה וְאֵינוֹ כֵּן.
Rav Yossef a dit : tous se trouvent en moi. Il semble que l'intention est celle-ci. La difficulte de ces trois se trouve chez l'aveugle plus que chez celui qui voit. Il y a un homme qu'on frappe un peu, et il crie beaucoup. À cause du cri, on croit à un coup mortel. Le coup est léger. Celui qui voit de ses yeux ne s'affole pas à cause du cri, et il souffre moins. L'aveugle, qui ne voit pas les coups et n'entend qu'un cri grand et amer, s'affole et souffre : il pense qu'on le frappe d'un coup mortel. Il en va de même pour celui qui crie a cause d'une blessure, d'une plaie, ou d'un coup au corps. Les compatissants, s'ils sont aveugles, ont une vie plus eprouvee que les compatissants qui voient. De même le colérique, qui se met en colère pour une chose qui n'a pas été faite selon sa volonté. S'il ne voit pas, il pense que le changement est immense, et il se met en colère davantage. De même les délicats, que dégoûte la moindre chose. S'il voit de ses yeux, il voit que la saleté reste limitée. S'il ne voit pas, il se figure une saleté très grande, il souffre beaucoup, et la saleté reste limitée.
💡 Explication

Trois dont la vie n'est pas une vie : les compatissants, les colériques, les délicats (aninei ha-daat, gens que la moindre chose blesse). Rav Yossef dit que les trois sont en lui.

Tossefot confrontent Beitsa 32a, qui compte trois autres : attendre la table d'autrui, une femme qui domine, des souffrances qui dominent le corps. Ici, la liste reste dans les dispositions de l'homme, dans la suite de celui qui ne se met pas en colère.

8
תָּנוּ רַבָּנַן: שְׁלֹשָׁה שׂוֹנְאִין זֶה אֶת זֶה, אֵלּוּ הֵן: הַכְּלָבִים, וְהַתַּרְנְגוֹלִין, וְהַחַבָּרִין. וְיֵשׁ אוֹמְרִים: אַף הַזּוֹנוֹת. וְיֵשׁ אוֹמְרִים: אַף תַּלְמִידֵי חֲכָמִים שֶׁבְּבָבֶל.

Les maîtres ont enseigné : trois se haïssent les uns les autres. Les voici : les chiens, les coqs, et les havarin.

Certains disent : aussi les prostituées. Certains disent : aussi les disciples des sages de Babylonie.

🪔 Ben Yehoyada (2)
וְיֵשׁ אוֹמְרִים: אַף הַזּוֹנוֹת. הָא דְּלָא חֲשִׁיב זֶה תַּנָּא קַמָּא נִרְאֶה לִי בס"ד דְּאִיתָא בְּשַׁבָּת (שַׁבָּת לד.) 'יֹאמְרוּ זוֹנוֹת מְפַרְכְּסוֹת זוֹ אֶת זוֹ תַּלְמִידֵי חֲכָמִים לֹא כָּל שֶׁכֵּן?!' נִמְצָא הַזּוֹנוֹת אַף עַל פִּי שֶׁשּׂוֹנְאִין זוֹ אֶת זוֹ בַּלֵּב עִם כָּל זֶה בְּגָלוּי עוֹשִׂין פִּרְכּוּס זֶה לָזֶה שֶׁהוּא מוֹרֶה עַל אַהֲבָה, וּלְכָךְ תַּנָּא קַמָּא לָא חֲשִׁיב זֶה בִּכְלָל. וְהָא דְּלָא חֲשִׁיב תַּלְמִידֵי חֲכָמִים שֶׁבְּבָבֶל מִשּׁוּם דְּהוּא נָקֵיט דָּבָר שֶׁיֶּשְׁנוֹ בְּכָל אוֹתוֹ הַמִּין כֻּולּוֹ וּבְכָל מָקוֹם, אַךְ זֶה אֵינוֹ אֶלָּא בְּבָבֶל.
Certains disent : aussi les prostituées. Que le premier tanna ne l'ait pas compté. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il est dit dans Chabbat (Chabbat 34a) : on dira, les prostituées se parent l'une l'autre, les disciples des sages à plus forte raison. Les prostituées se haïssent l'une l'autre dans le cœur, et en public elles se parent l'une l'autre, ce qui indique l'amour. Le premier tanna ne l'a donc pas compté dans l'ensemble. Et qu'il n'ait pas compté les disciples des sages de Babylonie : il retient une chose qui existe dans toute cette espèce, et en tout lieu. Ceci n'existe qu'a Babylone.
וְיֵשׁ אוֹמְרִים: אַף תַּלְמִידֵי חֲכָמִים שֶׁבְּבָבֶל. קָשֶׁה אֵיךְ יְצֻוייַּר דָּבָר זֶה שֶׁל שִׂנְאָה לִהְיוֹת בֵּין תַּלְמִידֵי חֲכָמִים? וְנִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶׁאָמַר רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל (בְּשַׁעַר הַגִּלְגּוּלִים דַּף יט:) וְזַ"ל גַּם דַּע כִּי אִם יִמְצְאוּ בְּדוֹר אֶחָד שְׁנֵי נְשָׁמוֹת מִשֹּׁורֶשׁ אֶחָד כִּשְׁנֵי אַחִים אוֹ כִּשְׁנֵי חֲבֵירִים, יִהְיוּ שְׁנֵיהֶם שׂוֹנְאִים וּמְקַטְרְגִים זֶה לָזֶה בְּטִבְעָם בְּלִי יְדִיעָה דְּאַף עַל גַּב דְּאִינְהוּ לָא חֲזוֹ מַזָּלַיְיהוּ חָזֵי לְפִי שֶׁשְּׁנֵיהֶם זֶה חָפֵץ לִינֹק מִן הַשֹּׁרֶשׁ הַהוּא יוֹתֵר מֵחֲבֵירוֹ וְהֵם מְקַנְּאִים זֶה לָזֶה בְּטִבְעָם, וְלָכֵן אִם יַשִּׂיגוּ לָדַעַת בְּרוּחַ הַקֹּודֶשׁ שֶׁשְּׁנֵיהֶם מִשֹּׁורֶשׁ אֶחָד אָז וַדַּאי הָיוּ אוֹהֲבִים זֶה לָזֶה, וְדַע כִּי אֵין זֶה אֶלָּא כַּאֲשֶׁר הֵמָּה שְׁנֵיהֶם בַּחַיִּים וְכוּ' עַד כָּאן לְשׁוֹנוֹ עַיֵּין שָׁם. הֲרֵי יָדַעְתָּ הַסִּיבָּה מַה שֶּׁיִּהְיֶה לִפְעָמִים שִׂנְאָה בֵּין תַּלְמִידֵי חֲכָמִים אַף עַל פִּי שֶׁשְּׁנֵיהֶם צַדִּיקִים גְּמוּרִים וְקָאָמַר כָּאן דָּבָר זֶה אֵינוֹ מָצוּי אֶלָּא בְּתַלְמִידֵי חֲכָמִים שֶׁבְּבָבֶל וְאֵין הַכַּוָּונָה שֶׁכֻּולָּם הֵם כָּךְ אֶלָּא הַכַּווָּנָה שֶׁיִּמָּצֵא בָּהֶם קְצָת תַּלְמִידֵי חֲכָמִים שֶׁיִּהְיוּ שׂוֹנְאִין זֶה אֶת זֶה, אֲבָל בְּאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל לֹא יִמָּצֵא כָּזֹאת כְּלָל דְּאַף עַל גַּב שֶׁגַּם שָׁם אֶפְשָׁר לִהְיוֹת שְׁנֵי נְשָׁמוֹת שֶׁהֵם מִשֹּׁורֶשׁ אֶחָד בִּשְׁנֵי תַּלְמִידֵי חֲכָמִים עִם כָּל זֶה מֵאַחַר שֶׁהֵם דָּרִים בְּאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל אָז מִכֹּחַ קְדֻושַּׁת אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל שׁוֹרָה עֲלֵיהֶם רוּחַ הַקֹּודֶשׁ שֶׁיָּדְעֵי הַנְּשָׁמוֹת שֶׁלָּהֶם שֶׁהֵם מִשֹּׁורֶשׁ אֶחָד וְאָז יִהְיֶה כָּל אֶחָד כּוֹפֶה טִבְעוֹ לְבִלְתִּי יִתְקַנֵּא מֵחֲבֵירוֹ וּמִמֵּילָא לֹא יִהְיֶה בֵּינֵיהֶם שִׂנְאָה מֵחֲמַת קִנְאָה וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבֵּינוּ זַ"ל אִם יַשִּׂיגוּ לָדַעַת בְּרוּחַ הַקֹּודֶשׁ שֶׁשְּׁנֵיהֶם מִשֹּׁורֶשׁ אֶחָד הָיוּ אוֹהֲבִים זֶה לָזֶה. וְלָכֵן לֹא יִמָּצֵא דָּבָר זֶה אֶלָּא רַק בְּתַלְמִידֵי חֲכָמִים שֶׁבְּבָבֶל כִּי מֵחֲמַת הַמָּקוֹם אֵין שָׁם הַשְׁרָאַת רוּחַ הַקֹּודֶשׁ עַל כֻּולָּם כָּרָאוּי, וּכְמוֹ שֶׁאָמַר רַשְׁבִּ"י (בַּזֹּוהַר חֵלֶק א' דַּף רַכָּה) עַל חַבְרַייָּא דְּבָבֶל, וְזֶה לְשׁוֹנוֹ דְּהָא אֲוִירָא קַדִּישָׁא וְרוּחָא קַדִּישָׁא אַתַּעֲדִי מִנַּייְהוּ וְיָנְקִי מֵאֲוִירָא וְרוּחָא דִּרְשׁוּתָא אַחֲרָא וְכוּ' עַד כָּאן. וְכַיּוֹצֵא בָּזֶה אָמְרוּ בַּגְּמָרָא בְּהִסְפִּידוּ שֶׁל רַב הוּנָא רָאוּי הָיָה רַבֵּינוּ שֶׁתִּשְׁרֶה עָלָיו שְׁכִינָה אֶלָּא שֶׁבָּבֶל גָּרְמָה לוֹ (מוֹעֵד קָטָן כה.) .
Certains disent : aussi les disciples des sages de Babylonie. Comment se figure une haine entre disciples des sages ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, d'après ce qu'a dit notre maître l'Ari, sa mémoire est une bénédiction (Chaar ha-gilgoulim, page 19b), et voici ses paroles. Sache aussi que si l'on trouve dans une même génération deux nechamot d'un même shoresh (racine), comme deux frères ou comme deux compagnons, ils se haïssent et se font katreg (accusation) l'un contre l'autre par leur nature, sans le savoir. Eux ne voient pas, leur mazal voit. Chacun désire téter de ce shoresh plus que son compagnon, et ils sont jaloux l'un de l'autre par leur nature. S'ils parviennent à savoir, par le roua'h ha-kodech, qu'ils sont tous deux d'un même shoresh, alors ils s'aimeraient l'un l'autre. Et sache que ceci n'a lieu que lorsqu'ils sont tous deux en vie. Jusqu'ici ses paroles, vois là-bas. Tu connais donc la cause d'une haine qui se trouve parfois entre disciples des sages, bien que tous deux soient des tsaddikim complets. Il dit ici que cette chose se trouve chez les disciples des sages de Babylonie. L'intention vise quelques-uns d'entre eux, qui se haïssent l'un l'autre. En terre d'Israël, on ne trouve pas cela. Là-bas aussi, deux nechamot d'un même shoresh peuvent se trouver chez deux disciples des sages. Puisqu'ils habitent en terre d'Israël, la kedousha de la terre fait reposer sur eux un roua'h ha-kodech. Ils savent que leurs nechamot sont d'un même shoresh. Chacun plie alors sa nature, pour ne pas jalouser son compagnon. Il n'y a pas entre eux de haine venue de la jalousie. Comme l'a dit notre maître, sa mémoire est une bénédiction : s'ils parviennent à savoir par le roua'h ha-kodech qu'ils sont d'un même shoresh, ils s'aimeraient. On trouve donc cette chose chez les disciples des sages de Babylonie. À cause du lieu, le roua'h ha-kodech ne repose pas sur eux tous comme il convient. Comme l'a dit Rabbi Chimon bar Yohaï (Zohar, partie 1, page 225) sur les compagnons de Babylone, et voici ses paroles : l'air saint et le souffle saint se sont retirés d'eux, et ils tètent de l'air et du souffle de la reshuta ahara (l'autre domaine). Jusqu'ici. De même, dans l'oraison funèbre de Rav Houna : notre maître était digne que la Chekhina repose sur lui, et Babylone le lui a causé (Moed Katan 25a).
💡 Explication

Trois espèces dont les membres se haïssent entre eux : les chiens, les coqs, les havarin (prêtrès perses). Deux ajouts, en yech omrim : les prostituées, puis les disciples des sages de Babylonie.

9
תָּנוּ רַבָּנַן: שְׁלֹשָׁה אוֹהֲבִין זֶה אֶת זֶה, אֵלּוּ הֵן: הַגֵּרִים, וַעֲבָדִים, וְעוֹרְבִין.

Les maîtres ont enseigné : trois s'aiment les uns les autres. Les voici : les convertis, les esclaves, et les corbeaux.

💡 Explication

Trois espèces dont les membres s'aiment entre eux : les gerim (convertis), les esclaves, les corbeaux.

10
אַרְבָּעָה אֵין הַדַּעַת סוֹבַלְתָּן, אֵלּוּ הֵן: דַּל גָּאָה, וְעָשִׁיר מְכַחֵשׁ, וְזָקֵן מְנָאֵף, וּפַרְנָס מִתְגָּאֶה עַל הַצִּיבּוּר בְּחִנָּם. וְיֵשׁ אוֹמְרִים: אַף הַמְגָרֵשׁ אֶת אִשְׁתּוֹ פַּעַם רִאשׁוֹנָה וּשְׁנִיָּה וּמַחְזִירָהּ.

Quatre que l'esprit ne supporte pas. Les voici : un pauvre orgueilleux, un riche qui nie, un vieillard débauché, et un parnas qui s'enorgueillit sur la communauté pour rien.

Certains disent : aussi celui qui répudie sa femme une première fois et une seconde, et la reprend.

📜 Rachi (1)
אֵין הַדַּעַת סוֹבַלְתָּן אֲפִילּוּ הֵן עַצְמָן מִתְחָרְטִין לְאַחַר זְמַן וְנִבְזִין הֵן בִּפְנֵי עַצְמָן:
L'esprit ne les supporte pas : même eux, après un temps, le regrettent, et ils sont méprisés à leurs propres yeux.
💡 Explication

Quatre que la daat ne supporte pas. dal gae : pauvre orgueilleux. Ashir mekhahesh : riche qui nie. zaken menaef : vieillard débauché. Parnas : administrateur qui s'élève sur la communauté sans cause.

Rachi : eux-mêmes, plus tard, regrettent, et ils sont méprisés à leurs yeux. Yech omrim ajoute celui qui répudie deux fois et reprend sa femme.

11
וְתַנָּא קַמָּא? זִימְנָא דִּכְתֻובָּתָהּ מְרֻובָּה. אִי נָמֵי: יֵשׁ לוֹ בָּנִים הֵימֶנָּה וְלָא מָצֵי מְגָרֵשׁ לַהּ.

Et le premier tanna ? Parfois sa ketouba est élevée.

Autre cas : il a des enfants d'elle, et il ne peut pas la répudier.

💡 Explication

Le tanna kama n'a pas compté celui qui répudie et reprend. Deux cas où il reprend sans que l'esprit le lui reproche comme un caprice. La ketouba est trop élevée, il ne peut pas payer. Ou il a des enfants d'elle, et il ne peut pas la répudier.

12
חֲמִשָּׁה דְּבָרִים צִוָּה כְּנַעַן אֶת בָּנָיו: אֶהֱבוּ זֶה אֶת זֶה, וְאֶהֱבוּ אֶת הַגֶּזֶל, וְאֶהֱבוּ אֶת הֲזָמָה, וּשְׁנָאוֹ אֶת אֲדוֹנֵיכֶם, וְאַל תְּדַבְּרוּ אֱמֶת.

Cinq choses que Canaan a ordonnées à ses fils : aimez-vous les uns les autres, aimez le vol, aimez la zima, haïssez vos maîtres, et ne dites pas la vérité.

🪔 Ben Yehoyada (1)
חֲמִשָּׁה דְּבָרִים צִוָּה כְּנַעַן אֶת בָּנָיו אֶהֱבוּ זֶה אֶת זֶה, אָהֲבוּ אֶת הַגֶּזֶל, אָהֲבוּ אֶת הֲזָמָה, וּשְׁנָאוֹ אֶת אֲדוֹנֵיכֶם, וְאַל תְּדַבְּרוּ אֱמֶת. נִרְאֶה לִי בס"ד עִיקַּר צַווָּאָתוֹ הָיְתָה עַל הַזְּנוּת כִּי זוֹ הַמִּדָּה הָרָעָה שֶׁנִּרְמְזָה עָלָיו בַּתּוֹרָה, אַךְ לִזְנוּת צָרִיךְ מָעוֹת לְשַׁלֵּם אֶתְנָן וְהָעֶבֶד מֵהֵיכָן יֵשׁ לוֹ? דְּמַעֲשֵׂה יָדָיו הֵם לְרַבּוֹ! לָכֵן צִוָּה אוֹתָם עַל הַגֶּזֶל כְּדֵי שֶׁיִּתְּנוּ מִמֶּנּוּ אֶתְנָן. מִיהוּ אִם יִהְיֶה לָהֶם שִׂנְאָה זֶה עִם זֶה לֹא יוּכַל לִגְזוֹל שֶׁכָּל אֶחָד יְגַלֶּה עַל חֲבֵירוֹ, לָכֵן צִוָּה שֶׁיְּאַהֲבוּ זֶה אֶת זֶה כְּדֵי שֶׁיִּהְיוּ קֶשֶׁר רְשָׁעִים לִגְנֹוב וְלִגְזֹול וְלֹא יוֹדֵעַ הַדָּבָר. וַעֲדַייִן צָרִיךְ לָהֶם דָּבָר אֶחָד כִּי הָעֶבֶד נוֹתֵן לוֹ רַבּוֹ עֵסֶק לַעֲסֹוק בּוֹ כָּל הַיּוֹם וְאֵינוֹ רוֹצֶה שֶׁיִּהְיֶה בָּטֵל וְאִם יִהְיֶה הָעֶבֶד אוֹהֵב אֶת אֲדוֹנָיו לֹא יִרְצֶה לְהַשְׁלִיךְ מְלֶאכֶת אֲדוֹנָיו וְלֵילֵךְ אֵצֶל הַזּוֹנָה שֶׁנִּזְדַּמְּנָה לוֹ בְּעֵת שֶׁהוּא עוֹסֵק בִּמְלֶאכֶת רַבּוֹ כִּי חוֹשֵׁשׁ לְהַפְסִיד מָמוֹן רַבּוֹ לְכָךְ צִוָּה שֶׁיִּלְמְדִי לְשׁוֹנָם לְדַבֵּר שֶׁקֶר כְּדֵי שֶׁאִם יוֹכִיחֵהוּ רַבּוֹ אָז תֵּכֶף יָשִׁיב לוֹ הִתְנַצְּלוּת בְּהִמָּצְאוּת שֶׁל שֶׁקֶר וּמִרְמָה וְנִמְצָא עַל יְדֵי כָּל זֶה הֵמָּה עוֹשִׂים הַזְּנוּת אֲשֶׁר אָהַב כְּנַעַן.
Cinq choses que Canaan a ordonnées à ses fils : aimez-vous les uns les autres, aimez le vol, aimez la débauche, haïssez vos maîtres, et ne dites pas la vérité. Il me semble, avec l'aide du Ciel : le fond de son ordre portait sur la zenout (débauche). C'est la mauvaise mida indiquée sur lui dans la Torah. Pour la zenout, il faut de l'argent, afin de payer l'etnan (salaire de la prostituée). L'esclave, d'où l'aurait-il ? Le produit de son travail appartient à son maître. Il leur a donc ordonné le vol, afin qu'ils en donnent l'etnan. S'il y a de la haine entre eux, le vol ne tient pas : chacun dénonce son compagnon. Il leur a donc ordonné de s'aimer, afin qu'il y ait un lien de méchants pour dérober et voler, et que la chose ne se sache pas. Il leur faut encore une chose. Le maître donne à l'esclave une occupation pour toute la journée, et il ne veut pas qu'il soit oisif. Si l'esclave aime son maître, il ne quittera pas le travail du maître pour aller chez la prostituée qui s'est présentée pendant qu'il travaille, car il craint de faire perdre l'argent du maître. Il a donc ordonné qu'ils apprennent à leur langue à dire le mensonge. Si le maître les reprend, ils lui répondent aussitôt une excuse, par des inventions de mensonge et de ruse. Par tout cela, ils font la zenout que Canaan a aimée.
💡 Explication

Cinq ordres de Canaan à ses fils. S'aimer entre eux. Aimer le vol. Aimer la zima (débauche). Haïr les maîtres. Ne pas dire la vérité.

13
שִׁשָּׁה דְּבָרִים נֶאֱמָרִים בַּסּוּס: אוֹהֵב אֶת הַזְּנוּת, וְאוֹהֵב אֶת הַמִּלְחָמָה, וְרוּחוֹ גַּסָּה, וּמוֹאֵס אֶת הַשֵּׁינָה, וְאוֹכֵל הַרְבֵּה וּמוֹצִיא קִמְעָה. וְיֵשׁ אוֹמְרִים: אַף מְבַקֵּשׁ לַהֲרֹוג בְּעָלָיו בַּמִּלְחָמָה.

Six choses sont dites du cheval : il aime la zenout, il aime la guerre, son esprit est hautain, il dédaigne le sommeil, il mange beaucoup et évacue peu. Certains disent : il cherche aussi à tuer son maître dans la guerre.

💡 Explication

Six traits du cheval. Zenout : la débauche. La guerre. Rouho gasa : l'esprit hautain. Il dédaigne le sommeil. Il mange beaucoup et évacue peu. Yech omrim : dans la guerre, il cherche à tuer son maître.

14
שִׁבְעָה מְנֻודִּין לַשָּׁמַיִם, אֵלּוּ הֵן: (יְהוּדִי) [מִי] שֶׁאֵין לוֹ אִשָּׁה, וְשֶׁיֵּשׁ לוֹ אִשָּׁה וְאֵין לוֹ בָּנִים, וּמִי שֶׁיֵּשׁ לוֹ בָּנִים וְאֵין מְגַדְּלָן לְתַלְמוּד תּוֹרָה, וּמִי שֶׁאֵין לוֹ תְּפִילִּין בְּרֹאשׁוֹ וּתְפִילִּין בִּזְרוֹעוֹ וְצִיצִית בְּבִגְדוֹ וּמְזוּזָה בְּפִתְחוֹ, וְהַמּוֹנֵעַ מִנְעָלִים מֵרַגְלָיו. וְיֵשׁ אוֹמְרִים: אַף מִי שֶׁאֵין מֵיסֵב בַּחֲבוּרָה שֶׁל מִצְוָה.

Sept sont en nidouy envers le Ciel. Les voici : celui qui n'a pas de femme, celui qui a une femme et n'a pas d'enfants, celui qui a des enfants et ne les élève pas au Talmud Torah, celui qui n'a pas de tefillin à la tête, ni de tefillin au bras, ni de tsitsit à son vêtement, ni de mezouza à sa porte, et celui qui refuse des chaussures à ses pieds.

Certains disent : aussi celui qui ne s'installe pas dans un groupe de mitsva.

🗂️ Tossefot (2)
וְאֵין לוֹ בָּנִים נִרְאֶה דַּוְקָא עַל יְדֵי פְּשִׁיעָתוֹ שֶׁאֵינוֹ מִתְעַסֵּק בִּפְרִי' וּרְבִיָּה דֻּומְיָא דְּאַחַרְיָנֵי וּמִי שֶׁאֵין לוֹ תְּפִילִּין בְּרֹאשׁוֹ וּבִזְרוֹעוֹ וְצִיצִית בְּבִגְדוֹ מַייְרֵי בְּשֶׁיֵּשׁ לוֹ וְאֵינוֹ מַנִּיחָן אִי נָמֵי אֲפִי' אֵין לוֹ יֵשׁ לְחַזֵּר וּלְהָבִיא עַצְמוֹ לִידֵי חִיּוּב כִּדְאַשְׁכְּחַן (סוֹטָה דַּף יד.) בְּמֹשֶׁה שֶׁהָיָה תָּאֵב לִיכָּנֵס לְאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל כְּדֵי לְקַייֵּם מִצְוֹת שֶׁבָּהּ וְהָא דְּאָמְרִי' (שַׁבָּת דַּף מט.) תְּפִילִּין צְרִיכִין גּוּף נָקִי כֶּאֱלִישָׁע הַייְנוּ כְּדִמְפָרֵשׁ שֶׁלֹּא יָפִיחַ בָּהֶן וְלֹא יִישַׁן בָּהֶן וּבִשְׁעַת ק"ש כְּדֵי לְקַבֵּל עָלָיו מַלְכוּת שָׁמַיִם שְׁלֵימָה בְּקַל יָכוֹל לִיזָּהֵר:
Et il n'a pas d'enfants. Il semble que ce soit précisément par sa négligence, lorsqu'il ne s'occupe pas de periya ou-reviya (fructifier et multiplier), à la manière des autres cas. Et celui qui n'a pas de tefillin à la tête et au bras, ni de tsitsit à son vêtement : il s'agit de celui qui en a et ne les pose pas. Ou bien, même s'il n'en a pas, il doit chercher à se mettre en situation d'obligation, comme nous trouvons (Sota 14a) chez Moché, qui désirait entrer en terre d'Israël afin d'accomplir les mitsvot qui s'y trouvent. Et ce que nous disons (Chabbat 49a), les tefillin exigent un corps pur comme Elisha, cela s'explique : qu'il n'émette pas de vent en eux et qu'il ne dorme pas en eux. Et au moment du Chema, pour recevoir sur soi la royauté du Ciel entière, on peut facilement prendre garde.
וְאֵין מֵיסֵב בִּסְעוּדַת מִצְוָה הַייְנוּ סְעוּדַת מִילָה דְּאָמַר בַּמִּדְרָשׁ דְּנִיצּוֹל מְדִינָה שֶׁל גֵּיהִנָּם וּסְעוּדַת נִישּׂוּאִין בת"ח וּבַת כֹּהֵן לְכֹהֵן וְדַוְקָא שֶׁיֵּשׁ שָׁם בְּנֵי אָדָם מֵהֻוגְנִין כִּדְאָמְרִינַן בְּזֶה בּוֹרֵר (סַנְהֶדְרִין דַּף כג.) נְקִיֵּי הַדַּעַת שֶׁבִּירוּשָׁלַיִם לֹא הָיוּ מְסֻובִּין בִּסְעוּדָה אֶלָּא כֵּן יוֹדְעִין מִי מֵיסֵב עִמָּהֶם:
Et il ne s'installe pas à un repas de mitsva. C'est le repas de la mila, car le midrach dit qu'on est sauvé du jugement du gehinnom, et le repas de noces d'un talmid 'hakham, et d'une fille de kohen donnée à un kohen. Et précisément lorsqu'il y a là des gens convenables, comme nous disons dans Zeh borer (Sanhedrin 23a) : les gens délicats de Jérusalem ne s'installaient à un repas que s'ils savaient qui s'installait avec eux.
🪔 Ben Yehoyada (1)
שִׁבְעָה כִּמְנַדִּין לַשָּׁמַיִם.. וּמִי שֶׁאֵין לוֹ תְּפִלִּין בְּרֹאשׁוֹ וּבִזְרוֹעוֹ, וְצִיצִית בְּבִגְדוֹ, וּמְזוּזָה בְּפִתְחוֹ וּמוֹנֵעַ מִנְעָלִים מֵרַגְלָיו. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר בִּקְצָרָה 'תְּפִלִּין וְצִיצִית וּמְזוּזָה'? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּנָקֵיט בִּתְפִילִּין רֹאשׁוֹ וּזְרוֹעוֹ דָּא לְאַפּוֹקֵי אִי אִית לֵיהּ חַד מִנַּייְהוּ לָא הָוֵי מְנֻודֶּה. וְנָקֵיט בְּבִגְדוֹ גַּבֵּי צִיצִית לְאַפּוֹקֵי טַלִּית שְׁאוּלָה דְּתוֹךְ שְׁלֹשִׁים פָּטוּר וְאַחַר שְׁלֹשִׁים מִחַיַּיב מִשּׁוּם מַרְאִית הָעַיִן וְלָא הָוֵי כִּמְנֻודֶּה. וְנָקֵיט בְּפִתְחוֹ גַּבֵּי מְזוּזָה לְאַפּוֹקֵי דָּר בְּבֵית גּוֹי דְּפָטוּר כָּל שְׁלֹשִׁים יוֹם דְּ'בֵּיתְךָ' (דְּבָרִים יא, כ) אֲמַר רַחֲמָנָא וְלֹא בֵּית גּוֹי וְלָזֶה אָמַר 'בְּפִתְחוֹ' רוֹצֶה לוֹמַר שֶׁלּוֹ מַה שֶׁאֵין כֵּן אִם נִקְרָא עַל שֵׁם הַגּוֹי דְּפָטוּר. וְרָאשֵׁי תֵּיבוֹת שְׁלֹשָׁה אֵלֶּה ' מִצְוֹת ' מ זוּזָהּ צ יַצִּית וְת פִּילִין. וּמַה שֶׁאָמְרוּ מוֹנֵעַ מִנְעָלִים רוֹצֶה לוֹמַר דְּאֵין לוֹ אֹונֶס אֶלָּא הוּא הַמּוֹנֵעַ. וּמַה שֶׁאָמְרוּ וְיֵשׁ אוֹמְרִים : אַף מִי שֶׁאֵינוֹ מֵסֵב בַּחֲבוּרָה שֶׁל מִצְוָה הָא דְּלָא חָשַׁב זֶה תַּנָּא קַמָּא מִשּׁוּם דְּיֵשׁ לוֹ תֵּירוּץ אוּלַי יָבוֹאוּ שָׁם בְּנֵי אָדָם שֶׁאֵינָם מְהֻוגָּנִים וְעַייֵּן בְּתוֹסָפוֹת.
Sept sont comme des menoudim envers le Ciel. Et celui qui n'a pas de tefillin à la tête et au bras, de tsitsit à son vêtement, de mezouza à sa porte, et qui refuse des chaussures à ses pieds. Il y a lieu d'objecter : il aurait pu dire brièvement tefillin, tsitsit et mezouza. Il me semble, avec l'aide du Ciel. Il retient, pour les tefillin, la tête et le bras, afin d'écarter le cas où il en a un des deux : il n'est pas menoudé. Il retient, pour les tsitsit, à son vêtement, afin d'écarter un talit emprunte. Dans les trente jours il est exempté. Après trente jours il est obligé à cause de marit ha-ayin (l'apparence), et il n'est pas comme un menoudé. Il retient, pour la mezouza, à sa porte, afin d'écarter celui qui habite dans la maison d'un non-Juif. Il est exempté pendant trente jours. Ton habitation, a dit le Rahmana, et non la maison d'un non-Juif. C'est pour cela qu'il a dit à sa porte, c'est-à-dire la sienne. S'il est appelé au nom du non-Juif, il est exempté. Les initiales de ces trois forment mitsvot : mezouza, tsitsit, tefillin. Et ce qu'on a dit, il refuse des chaussures : il n'a pas de contrainte, c'est lui qui refuse. Et ce qu'on a dit, certains disent : aussi celui qui ne s'installe pas dans un groupe de mitsva. Le premier tanna ne l'a pas compté, car il a une réponse : peut-être viendront là des gens qui ne sont pas convenables. Vois dans les Tossefot.
💡 Explication

Sept menoudim envers le Ciel : mis au ban, sans qu'un tribunal d'ici-bas l'ait prononcé. Sans femme. Femme sans enfants. Enfants qu'on n'élève pas au Talmud Torah. Sans tefillin de tête et de bras, sans tsitsit, sans mezouza. Celui qui refuse des chaussures à ses pieds. Yech omrim : celui qui ne s'installe pas dans un groupe de mitsva.

Le texte hébreu porte la parenthèse yehoudi et les crochets mi. La phrase vise celui qui n'a pas de femme. Tossefot : l'absence d'enfants vise la négligence de la periya ou-reviya. Les tefillin et les tsitsit : il en a et ne les pose pas, ou il doit se mettre en situation de mitsva, comme Moché qui désirait la terre d'Israël (Sota 14a). Le corps pur d'Elisha (Chabbat 49a) : ne pas émettre de vent dans les tefillin, ne pas y dormir. Au Chema, la garde est à portée.

Le repas de mitsva, selon Tossefot : mila, noces d'un talmid 'hakham, fille de kohen à un kohen, et seulement avec des gens convenables (Sanhedrin 23a).

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אָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר רַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר מָרְתָא אָמַר רַב מִשּׁוּם רַבִּי יוֹסֵי אִישׁ הוּצָל: מִנַּיִין שֶׁאֵין שׁוֹאֲלִין בַּכַּלְדִּיִּים, שֶׁנֶּאֱמַר: ״תָּמִים תִּהְיֶה עִם ה׳ אֱ-לֹהֶיךָ״.

Rabba bar bar 'Hana a dit que Rabbi Chmouel bar Marta a dit que Rav a dit, au nom de Rabbi Yossi, l'homme de Houtsal : d'où sait-on qu'on n'interroge pas les Chaldéens ? Car il est dit : Tu seras intègre avec Hachem, ton D.ieu.

📜 Rachi (1)
בַּכַּלְדִּיִּים בַּעֲלֵי אוֹב:
Les Chaldéens : les ba'alei ov.
🪔 Ben Yehoyada (1)
מִנַּיִן שֶׁאֵין שׁוֹאֲלִים בַּכַּלְדִּיִּים? שֶׁנֶּאֱמַר: (דְּבָרִים יח, יג) "תָּמִים תִּהְיֶה עִם ה' אֱ-לֹהֶיךָ". נִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶׁנֶּאֱמַר בס"ד בַּפָּסוּק (דְּבָרִים ד, ד) 'וְאַתֶּם הַדְּבֵקִים בַּה' אֱ-לֹהֵיכֶם חַיִּים כֻּלְּכֶם הַיּוֹם' כִּי מִסְפַּר יִשְׂרָאֵל [541] תקמ"א וְעִם מִסְפַּר הוי"ה בְּמִלּוּי יוֹדִין שֶׁהוּא ע"ב נִשְׁלַם תרי"ג [541+72=613] כְּמִנְיַן רמ"ח [248] אֵבָרִים וּשְׁסָ"ה [365] גִּידִים שֶׁבָּאָדָם שֶׁיִּהְיוּ נִשְׁמָרִים וְחַיִּים וְקַיָּימִים כֻּולָּם. וְאִם כֵּן כֵּיוָן דְּהַמִּסְפָּר הַנִּזְכָּר מְכֻווָּן כְּנֶגֶד רמ"ח אֵיבָרִים וּשְׁסָ"ה גִּידִים שֶׁבְּגוּפָם זֶה יוֹרֶה שֶׁהֵם לְמַעְלָה מִן הַמַּעֲרָכָה שֶׁל כּוֹכָבִים וּמַזָּלוֹת, וְלָכֵן אֵין לָהֶם לִשְׁאוֹל בַּכַּלְדִּיִּים יַעַן דִּכְתִיב בְּהוּ 'תָּמִים תִּהְיֶה' בְּכָל רמ"ח אֵבָרִים וּשְׁסָ"ה גִּידִים כִּי מִסְפָּרָם מְכֻוָּון בְּחִבּוּר שִׁמְךָ עִם ה' אֱ-לֹהֶיךָ שֶׁזֶּה יוֹרֶה שֶׁאַתָּה נִשְׁפָּע לְמַעְלָה מִן הַמַּעֲרָכָה שֶׁל כּוֹכָבִים וּמַזָּלוֹת
D'où sait-on qu'on n'interroge pas les Chaldéens ? Car il est dit (Devarim 18, 13) : Tu seras intègre avec Hachem, ton D.ieu. Il me semble, avec l'aide du Ciel, d'après ce qui a été dit, avec l'aide du Ciel, sur le verset (Devarim 4, 4) : Et vous qui vous attachez à Hachem votre D.ieu, vous êtes tous vivants aujourd'hui. Le nombre d'Israël est 541. Avec le nombre du Nom en miloui de youdin, qui est 72, s'achève 613, car 541 et 72 font 613. C'est le nombre des 248 membres et des 365 tendons de l'homme, pour qu'ils soient gardés, vivants et subsistants, tous. Puisque ce nombre correspond aux 248 membres et aux 365 tendons de leur corps, cela enseigne qu'ils sont au-dessus de l'ordonnance des étoiles et des mazalot. Ils n'ont donc pas à interroger les Chaldéens. Car il est écrit à leur sujet : Tu seras intègre, dans tous les 248 membres et les 365 tendons. Leur nombre correspond à la jonction du nom Israël avec le Nom. Cela enseigne que tu reçois le shefa au-dessus de l'ordonnance des étoiles et des mazalot.
💡 Explication

Chaîne : Rabba bar bar 'Hana, Rabbi Chmouel bar Marta, Rav, au nom de Rabbi Yossi de Houtsal. On n'interroge pas les Chaldéens. Devarim 18, 13 : tu seras tamim, intègre, avec Hachem.

Rachi identifie les Chaldéens aux ba'alei ov.

🖼️ Schéma
Ne pas interroger les ChaldéensDevarim 18, 13Tu seras tamimavec Hachem, ton D.ieu.Rachi : ba'alei ovIsraël, 541Nom en miloui, 72Total 613Au-dessus des mazalot
Tamim avec Hachem. Rachi : les Chaldéens sont les ba'alei ov.
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וּמִנַּייִן הַיּוֹדֵעַ בַּחֲבֵירוֹ שֶׁהוּא גָּדוֹל מִמֶּנּוּ אֲפִילּוּ בְּדָבָר אֶחָד, שֶׁחַיָּיב לִנְהֹוג בּוֹ כָּבוֹד, שֶׁנֶּאֱמַר: ״כָּל קֳבֵל דִּי רוּחַ יַתִּירָא בֵּיהּ [וּמַלְכָּא עֲשִׁית לַהֲקָמוּתֵיהּ עַל כָּל מַלְכוּתָא]״.

Et d'où, pour celui qui sait en son prochain qu'il est plus grand que lui, même en une seule chose, qu'il est tenu de se conduire avec lui dans l'honneur ? Car il est dit : Attendu qu'un esprit supérieur était en lui, et le roi pensa à l'établir sur tout le royaume.

🗂️ Tossefot (1)
צָרִיךְ לִנְהוֹג בּוֹ כָבוֹד בְּשֶׁלֹּא לָמַד מִמֶּנּוּ דִּבְלָמַד מִמֶּנּוּ אָמְרִינַן (אָבוֹת פ"ו) בְּדָוִד (עֲשָׂאוֹ) [קְרָאוֹ רַבּוֹ אַלּוּפוֹ אע"פ שֶׁלֹּא לָמַד אֶלָּא שְׁנֵי דְבָרִים מֵאֲחִיתֹופֶל:
Il faut se conduire avec lui dans l'honneur. Dans le cas où l'on n'a pas appris de lui. Car si l'on a appris de lui, nous disons (Avot, chapitre 6) au sujet de David : il l'appela son maître et son guide, bien qu'il n'ait appris d'A'hitofel que deux choses.
💡 Explication

Même chaîne d'enseignement. Qui sait que son prochain le dépasse, même en une chose, lui doit l'honneur. Le verset est Daniel 6, 4 : un esprit de plus était en lui, le roi pensa à l'établir sur tout le royaume. Le texte porte entre crochets la suite du verset.

Tossefot : cela vise celui dont on n'a pas appris. Si l'on a appris de lui, Avot chapitre 6 : David appela A'hitofel son maître et son alouf, pour deux choses seulement. La leçon entre parenthèses, assao, est corrigée en : il l'appela.

17
וְהַיּוֹשֶׁבֶת עַל דָּם טָהוֹר — אֲסוּרָה לְשַׁמֵּשׁ. עַד כַּמָּה? אָמַר רַב: עוֹנָה.

Et celle qui siège sur du sang pur est interdite au rapport. Jusqu'à quand ?

Rav a dit : une ona.

📜 Rachi (2)
הַיּוֹשֶׁבֶת עַל דָּם אַף עַל פִּי שֶׁפָּסַק הַמַּעְיָן שֶׁלֹּא רָאֲתָה:
Celle qui siège sur le sang : même si la source s'est arrêtée, et qu'elle n'a pas vu.
עוֹנָה יוֹם וָלַיְלָה צְרִיכִין לְהַמְתִּין:
Ona : un jour et une nuit, ils doivent attendre.
💡 Explication

Toujours dans les dires transmis au nom de Rabbi Yossi de Houtsal. La femme qui siège sur le dam tahor, le sang pur de la yoledet, est interdite au rapport.

Rachi : l'interdit tient même si la source s'est arrêtée et qu'elle n'a rien vu. Jusqu'à quand : une ona. Rachi : on attend un jour et une nuit.

18
תַּנָּא, הוּא יוֹסֵף אִישׁ הוּצָל, הוּא יוֹסֵף הַבַּבְלִי, הוּא אִיסִי בֶּן גּוּר אַרְיֵה, הוּא אִיסִי בֶּן יְהוּדָה, הוּא אִיסִי בֶּן גַּמְלִיאֵל, הוּא אִיסִי בֶּן מַהֲלַלְאֵל. וּמַה שְׁמוֹ? — אִיסִי בֶּן עֲקַבְיָה שְׁמוֹ. הוּא רַבִּי יִצְחָק בֶּן טַבְלָא, הוּא רַבִּי יִצְחָק בֶּן חַקְלָא, הוּא רַבִּי יִצְחָק בֶּן אִלְעָא, הוּא

On a enseigné : c'est Yossef de Houtsal, c'est Yossef le Babylonien, c'est Issi ben Gour Arye, c'est Issi ben Yehouda, c'est Issi ben Gamliel, c'est Issi ben Mahalalel. Et quel est son nom ?

Issi ben Akavia est son nom. C'est Rabbi Its'hak ben Tavla, c'est Rabbi Its'hak ben 'Hakla, c'est Rabbi Its'hak ben Ela, c'est

💡 Explication

Un tanna identifie un seul sage sous plusieurs noms. Yossef de Houtsal, Yossef le Babylonien, Issi ben Gour Arye, ben Yehouda, ben Gamliel, ben Mahalalel. Son nom : Issi ben Akavia.

Une seconde série s'ouvre : Rabbi Its'hak ben Tavla, ben 'Hakla, ben Ela. Le dernier mot, hou, ouvre une suite qui passe au feuillet suivant.

🖼️ Schéma
Un sage, plusieurs nomsYossef de HoutsalYossef le BabylonienIssi ben Gour AryeIssi ben Yehouda, ben Gamliel, ben MahalalelSon nom : Issi ben AkaviaLa chaîne part de Rabbi Yossi, l'homme de HoutsalDeuxième sérieRabbi Its'hakben Tavlaben 'Haklaben Ela, c'est...La phrase continue
Yossef de Houtsal et Issi sont un seul nom. Rabbi Its'hak ouvre une seconde série.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).