Sougya : Reish Lakish lit dans les deux trempages de hazeret que les mitsvot exigent une kavana : le premier a lieu avant l'heure du maror, avec bore peri ha-adama, et l'on trempe une seconde fois au nom du maror. La Guemara répond par la hekhera pour les enfants, même quand on n'a que de la hazeret.
Une baraita où l'on s'acquitte sans intention mène à une discussion de tannaïm : Rabbi Yossi appelle le second apport une mitsva. Le daf fixe ensuite les deux plats cuits, du riz de Rav Houna à l'os et au bouillon de Ravina, puis l'ordre des bénédictions selon qu'il y a d'autres légumes ou seulement de la laitue.
Guemara. Reish Lakish a dit : cela enseigne que les mitsvot exigent une kavana (intention).
Puisqu'il ne le mange pas au temps de l'obligation du maror, c'est avec bore peri ha-adama qu'il le mange. Et peut-être n'a-t-il pas visé le maror.
Il faut donc revenir tremper au nom du maror. Car si tu penses que la mitsva n'exige pas d'intention, pourquoi te faut-il deux trempages ?
Il l'a déjà trempé une fois !
Reish Lakish prend les deux trempages de la michna comme preuve. Le maror de mitsva se mange après la matsa. Le premier trempage est donc trop tôt : on ne dit que bore peri ha-adama, la bénédiction des légumes. Faute de kavana, ce trempage ne compte pas. On trempe une seconde fois le-shem maror.
S'il suffisait de manger, le premier trempage aurait déjà tout fait. Tossefot précisent la lecture : la michna, prise telle quelle, vise aussi celui qui a d'autres légumes. On ferait quand même les deux trempages dans le maror, parce que la kavana manque au premier. La Guemara, elle, fera chercher d'autres légumes pour la hekhera, et réservera la michna au cas où l'on n'a que la hazeret.
D'où le sais-tu ? Peut-être qu'en réalité les mitsvot n'exigent pas d'intention.
Et ce que tu dis : pourquoi me faut-il deux trempages ? Afin qu'il y ait une hekhera (signe distinctif) pour les enfants.
La preuve ne tient pas encore. Les deux trempages peuvent n'être là que pour la hekhera : un signe que les enfants remarquent. Dans cette lecture, les mitsvot n'exigent pas de kavana, et le premier trempage aurait pu compter pour le maror.
Et si tu dis : s'il en est ainsi, qu'elle nous enseigne d'autres légumes. Si elle nous avait enseigné d'autres légumes, j'aurais dit : c'est lorsqu'il y a d'autres légumes qu'il faut deux trempages, mais la hazeret seule n'exige pas deux trempages.
Elle nous apprend que même pour la hazeret il faut deux trempages, afin qu'il y ait en elle une hekhera pour les enfants.
La michna parle de hazeret, pas d'un autre légume. Si elle avait parlé d'autres légumes, on aurait limité le double trempage à ce cas : un légume d'abord, le maror ensuite. La hazeret seule n'aurait demandé qu'un trempage.
Elle enseigne donc que la hazeret elle-même se trempe deux fois, pour la hekhera. Rachi : les enfants interrogent, et l'on multiplie le signe.
Et de plus, on enseigne dans une baraita : s'il les a mangés en demai, il s'est acquitté. S'il les a mangés sans intention, il s'est acquitté.
S'il les a mangés par moitiés, il s'est acquitté.
Trois cas où l'on s'acquitte du maror. Le demai : un doute sur la dîme. Sans intention : le point qui pèse sur Reish Lakish. Par moitiés : Rachi, un demi-kazayit, puis un autre. Tossefot : le tevel certain, même rabbinique, ne permet pas de sortir, le maror étant rapproché de la matsa. Le demai reste recevable : il pourrait abandonner ses biens.
Le Roch ajoute la mesure. Al akhilat maror demande un kazayit. Les premiers légumes, où l'on ne dit pas le mot akhila, n'en demandent pas. Il reprend ensuite les deux plats. Quand Pesah tombe dimanche, le 14 est Chabbat : un seul plat, car la hagiga apportée vendredi est passoul par la lina avant le seder. Orléans et Corbeil comptent deux nuits et un jour. Le Roch : ce compte vaut pour le Pesah, que l'on ne mange pas le jour de l'offrande. Pour la hagiga, ce jour entre dans le délai.
À condition qu'il n'attende pas, entre une consommation et la suivante, plus que le temps d'une akhilat peras.
La réserve porte sur les moitiés. Deux demi-kazayit se joignent s'ils tiennent dans le temps d'une akhilat peras, le temps de manger un demi-pain. Au-delà de ce délai, ils ne se joignent plus.
C'est une discussion de tannaïm. Car on enseigne : Rabbi Yossi dit : bien qu'il ait trempé dans la hazeret, c'est une mitsva d'apporter devant lui de la hazeret, du haroset et deux plats cuits.
Tannaïm. Le tanna de la baraita, celui qui s'acquitte sans intention, ne demande pas la kavana. Rabbi Yossi la demande : même après un premier trempage de hazeret, on apporte à nouveau hazeret, haroset et deux plats. Rachi aligne les deux : l'un dispense de kavana, l'autre l'exige.
Et encore, d'où le sais-tu ? Peut-être Rabbi Yossi estime-t-il que les mitsvot n'exigent pas d'intention, et que les deux trempages sont exigés afin qu'il y ait une hekhera pour les enfants.
S'il en est ainsi, que vient faire le mot mitsva ?
Dernière échappatoire : Rabbi Yossi aussi ne parlerait que de hekhera. La Guemara s'arrête au mot mitsva. Un signe pour les enfants ne reçoit pas ce nom. Le mot vise l'obligation du maror : le premier trempage ne l'a pas remplie.
Que sont les deux plats cuits ? Rav Houna a dit : des bettes (silka) et du riz (orez).
Rava recherchait des bettes et du riz, puisque cela était sorti de la bouche de Rav Houna.
Les deux tavshilin de la michna. Rav Houna donne des bettes et du riz. Rava les recherche, parce que la formule est sortie de la bouche de Rav Houna. Tossefot : deux sortes de viande entrent à plus forte raison. Bettes et riz sont un cas, pas une liste close.
Rav Ashi a dit : apprends-en, de Rav Houna, que personne ne se soucie de cet enseignement de Rabbi Yo'hanan ben Nouri. Car on enseigne : Rabbi Yo'hanan ben Nouri dit : le riz est une espèce de dagan (céréale), on est passible de karet pour son hamets, et un homme s'en acquitte de son obligation à Pesah.
Rav Ashi tire une halakha de côté. Cuire du riz le soir de Pesah suppose qu'il ne lève pas. Rabbi Yo'hanan ben Nouri en fait un dagan : hamets passible de karet, et matsa valable pour l'obligation. Personne ne se règle sur lui.
Tossefot renvoient à Pesachim 35a : le riz va à la pourriture, le hamets ne s'y forme pas.
Hizkiya a dit : même un poisson et l'œuf qui est dessus. Rav Yossef a dit : il faut deux sortes de viande, l'une en souvenir du Pesah, l'autre en souvenir de la hagiga.
Ravina a dit : même un os et le bouillon.
Trois lectures après Rav Houna. Hizkiya : le poisson et l'œuf qui le nappe font déjà deux plats. Rav Yossef exige deux viandes, souvenir du Pesah et de la hagiga du 14. Ravina : l'os et le bouillon d'une même cuisson. Rachi : un morceau de viande, et du bouillon.
Tossefot écartent le couple rôti et bouilli de Rabbeinou Hananel. On tient comme Ben Tema : la hagiga se mange rôtie. Les deux souvenirs sont donc des plats bouillis, comme le dit le mot tavshilin. Quand le 14 est Chabbat, un plat suffirait. Rabbeinou Yitshak maintient les deux toute l'année, pour ne pas installer l'omission. L'offrande future reste aux zerizin, avec Moché et Aharon. Qui omet, on le laisse.
C'est évident : là où il y a d'autres légumes, il bénit sur les autres légumes bore peri ha-adama et il mange, puis il bénit al akhilat maror et il mange.
Cas clair : il y a d'autres légumes. Premier trempage, bore peri ha-adama sur eux. Second trempage, al akhilat maror sur la hazeret. Rachi : la bénédiction propre aux légumes passe d'abord, et elle dispense le maror qui suit.
Le Roch rapporte Rachbam : on ne redit pas bore peri ha-adama. Une objection invoque le heseh ha-daat de la Haggada et du Hallel, comme pour la netila. Le Roch distingue. Pour les mains, le risque est le contact, les mains sont askaniyot. Pour l'akhilat, la hazeret était déjà dans l'intention : pas de nimlakh, pas de heseh. Il poursuit jusqu'à la laitue seule : la halakha suit Rav Hisda, les deux bénédictions au début, le second trempage sans bénédiction, pour que les enfants interrogent. Rav Aha fils de Rava cherche d'autres légumes, et sort ainsi du débat.
Là où il n'y a que de la laitue (hassa), que fait-on ? Rav Houna a dit : il bénit d'abord sur le maror bore peri ha-adama et il mange, et à la fin il bénit sur elle al akhilat maror et il mange.
Plus que la laitue : pas d'autre légume pour porter bore peri ha-adama. Rav Houna la dit d'abord sur le maror, il mange, puis, à la fin, al akhilat maror, et il mange encore. Tossefot : cet ordre suit Reish Lakish. La kavana est exigée, et les deux trempages se font dans le maror même quand d'autres légumes sont là.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).