Sougya : Le daf règle d'abord la place de Hallelouya : fin du chapitre pour Rav Hisda, début du chapitre pour Rabba bar Rav Houna. Les deux lectures restent en difficulté.
Rava et Rabbi Zeira separent le récit, au passé, et la prière, qui est rahamei, une demande. Rav Aha bar Yaakov impose le souvenir de la sortie d'Égypte dans le kiddouch du jour, et le daf fixe maguen David ainsi que la clôture par Avraham seul.
Les anciens de Poumbedita et Rava divergent sur mekadech ha-Chabbat et mekadech Israël veha-zmanim. La halakha suit les anciens.
La michna donne la troisième coupe au birkat ha-mazon et la quatrième à la fin du Hallel, avec la bénédiction du chant. Entre ces deux coupes, on ne boit pas.
Rava refuse d'en tirer qu'une coupe soit exigée toute l'année.
Quoi, n'est-ce pas qu'ils divergent en ceci : selon celui qui dit jusqu'à em ha-banim semeha, il tient que Hallelouya est le début du chapitre, et selon celui qui dit jusqu'à be-tset Israël, il tient que Hallelouya est la fin du chapitre.
La Guemara relit l'écart entre les formules jusqu'à em ha-banim semeha et jusqu'à be-tset Israël. Elle propose d'y voir la place du mot Hallelouya : début du chapitre, ou fin du chapitre.
Si Hallelouya ouvre le chapitre, on s'arrête à em ha-banim semeha. Si Hallelouya ferme le chapitre, la borne nommée est be-tset Israël.
Rav Hisda résout selon son avis : tout le monde tient que Hallelouya est la fin du chapitre. Celui qui dit jusqu'à be-tset Israël, c'est bien.
Et celui qui dit jusqu'à em ha-banim semeha : jusqu'à, et y compris.
Rav Hisda ramène les deux formules à une seule thèse : Hallelouya est la fin du chapitre. Jusqu'à be-tset Israël se lit tel quel. Jusqu'à em ha-banim semeha se lit ad ve-ad bikhlal : le terme est compris.
Et qu'il dise : jusqu'à Hallelouya. Et si tu dis que nous ne savons pas de quel Hallelouya il s'agit, qu'il dise : le Hallelouya de em ha-banim semeha.
Difficulté.
Si le débat porte sur ce Hallelouya-là, le tanna pouvait le nommer. La formule ad ve-ad bikhlal de Rav Hisda reste en difficulté.
Rabba bar Rav Houna résout selon son avis : tout le monde tient que Hallelouya est le début du chapitre. Celui qui dit jusqu'à em ha-banim semeha, c'est bien.
Et celui qui dit jusqu'à be-tset Israël tient : jusqu'à, et non pas y compris.
Rabba bar Rav Houna fait l'autre lecture : tout le monde tient que Hallelouya est le début du chapitre. Jusqu'à em ha-banim semeha se lit tel quel. Jusqu'à be-tset Israël se lit ad, ve-lo ad bikhlal : le terme reste dehors.
Rachi glose les deux sens de ad. Pour l'inclusion : dire jusqu'à be-tset ferait entrer be-tset. On dit donc jusqu'à em ha-banim semeha, et rien de plus. Pour l'exclusion : dire jusqu'à em ha-banim ferait sortir em ha-banim lui-même.
Et qu'il dise : jusqu'à Hallelouya. Et si tu dis que nous ne savons pas de quel Hallelouya il s'agit, qu'il dise : jusqu'àu Hallelouya de be-tset Israël.
Difficulté.
La même objection, tournée vers Rabba bar Rav Houna. Le tanna pouvait dire : jusqu'àu Hallelouya de be-tset Israël. Cette lecture aussi reste en difficulté.
Et il conclut par la délivrance. Rava a dit : la lecture du Chema et le Hallel, gaal Israël.
La prière, goel Israël. Quelle est la raison ?
Ce sont des rahamei.
Le lemme ve-hotem bi-geoula ouvre les formules de clôture. Rava : au Chema et au Hallel, on dit gaal Israël, qui a délivré. À la prière, on dit goel Israël, qui délivre.
La raison : la prière est rahamei, une demande. On y parle au présent de ce que l'on demande.
Rabbi Zeira a dit : le kiddouch, acher kidchanou be-mitsvotav ve-tsivanou. La prière, kadchenou be-mitsvoteikha.
Quelle est la raison ? Ce sont des rahamei.
Même partage. Le kiddouch raconte : acher kidchanou be-mitsvotav ve-tsivanou, Il nous a sanctifiés par Ses commandements et Il nous a ordonné. La prière demande : kadchenou be-mitsvoteikha, sanctifie-nous par Tes commandements.
Là encore, rahamei : la prière se dit à la deuxième personne, tourné vers ce qui est demandé.
Rav Aha bar Yaakov a dit : et il faut mentionner la sortie d'Égypte dans le kiddouch du jour. Il est écrit ici : afin que tu te souviennes du jour.
Et il est écrit là-bas : Souviens-toi du jour du Chabbat pour le sanctifier.
Rav Aha bar Yaakov : le kiddouch du jour, celui du Chabbat, mentionne la sortie d'Égypte. Les deux versets se rejoignent par yom et par le souvenir : lemaan tizkor et yom, et zakhor et yom ha-Chabbat. C'est une gezera chava.
Rachi fixe la leçon complète du premier verset : le jour de ta sortie. Tossefot, au nom du Maharam : perekh, en atbach, donne vav-gimel-lamed, trente-neuf. Les trente-neuf melakhot du Chabbat sont liées à la sortie d'Égypte.
Rabba bar Chila a dit : la prière, matsmiah keren yechoua. La haftara, maguen David.
Deux clôtures encore. Dans la prière, sur la royauté : matsmiah keren yechoua, qui fait germer une corne de salut. Après la haftara : maguen David.
Et Je te ferai un grand nom, comme le nom des grands. Rav Yossef enseigne : c'est ce que l'on dit, maguen David.
Le verset dit à David (Samuel II 7, 9) est lu par Rav Yossef sur la formule maguen David. Rachi : les grands sont Avraham, Its'hak et Yaakov, comme on dit maguen Avraham.
Ben Yehoyada développe le sod de maguen, pris trois fois d'El dans Elokei Avraham, Elokei Its'hak et Elokei Yaakov, et la raison de la formule " ce que l'on dit ".
Rabbi Chimon ben Lakich a dit : Et Je te ferai une grande nation, c'est ce que l'on dit, Elokei Avraham. Et Je te bénirai, c'est ce que l'on dit, Elokei Its'hak.
Et J'agrandirai ton nom, c'est ce que l'on dit, Elokei Yaakov.
Rech Lakich découpe la bénédiction d'Avraham (Genèse 12, 2) sur l'ouverture de l'Amida. Va-e'eskha le-goy gadol : Elokei Avraham. Va-avarekha : Elokei Its'hak. Va-agadla shemekha : Elokei Yaakov.
On pourrait penser qu'ils concluent par tous. Le verset enseigne : Et tu seras une bénédiction.
Par toi ils concluent, et ils ne concluent pas par tous.
Ve-hyeh berakha limite la clôture. On scelle par Avraham : maguen Avraham. La clôture ne rassemble pas Its'hak et Yaakov avec lui.
Ben Yehoyada : maguen est tiré des trois Elokei. De là venait la sevara de sceller au nom de tous. Le verset arrête la clôture sur Avraham.
Rava a dit : j'ai trouvé les anciens de Poumbedita, assis, et ils disaient : le Chabbat, tant dans la prière que dans le kiddouch, mekadech ha-Chabbat. Le jour de fête, tant dans la prière que dans le kiddouch, mekadech Israël veha-zmanim.
Et moi, je leur ai dit : au contraire. La prière, tant le Chabbat que le jour de fête, mekadech Israël.
Le kiddouch du Chabbat, mekadech ha-Chabbat. Le jour de fête, mekadech Israël veha-zmanim.
Deux nuschaot. Les anciens de Poumbedita alignent prière et kiddouch : Chabbat, mekadech ha-Chabbat ; fête, mekadech Israël veha-zmanim. Rava sépare la prière, où il dit mekadech Israël, et le kiddouch, qui suit le jour.
Le Roch reprend d'abord les formules gaal / goel et le kiddouch, puis cette mahloket. Il conclut : vekhen hilkhata, la halakha est comme les anciens.
Et moi, je dirai ma raison et votre raison. Votre raison : le Chabbat, qui est fixé et qui se tient, tant dans la prière que dans le kiddouch, mekadech ha-Chabbat.
Le jour de fête, c'est Israël qui le fixe, car ils intercalent les mois et ils fixent les années : mekadech Israël veha-zmanim.
Raison des anciens. Le Chabbat est kavia ve-kayma : il est fixé de lui-même, au septième jour. On dit mekadech ha-Chabbat. Le yom tov dépend d'Israël, qui intercale les mois et fixe les années. On dit mekadech Israël veha-zmanim.
Ma raison : la prière, qui se trouve en public, mekadech Israël. Le kiddouch, qui se trouve chez le particulier : le Chabbat, mekadech ha-Chabbat, le jour de fête, mekadech Israël veha-zmanim.
Raison de Rava. La prière est l'affaire du public : on dit mekadech Israël, Rachi le dit, pour l'honneur du public. Le kiddouch est l'affaire du particulier : le Chabbat se dit sur le Chabbat, la fête sur Israël et les temps.
Or il n'en est pas ainsi. La prière du particulier, n'existe-t-elle pas ?
Et le kiddouch en public, n'existe-t-il pas ? Et Rava tient : va selon l'essentiel.
La Guemara écarte le partage public / particulier : il y a une prière dite seul, et un kiddouch dit en public. Rava répond : zil batar ikar, on suit l'essentiel de chaque mitsva. L'essentiel de la prière est public. L'essentiel du kiddouch est le particulier.
Oula bar Rav est descendu devant Rava. Il a dit comme les anciens de Poumbedita, et il ne lui a rien dit.
On en déduit que Rava s'est rétracté. Rav Natan, père de Rav Houna fils de Rav Natan, est descendu devant Rav Papa.
Il a dit comme les anciens de Poumbedita, et Rav Papa l'a loué.
Nahit kameih : il descend devant le maître pour diriger la prière. Oula dit la formule des anciens. Rava se tait. La Guemara en tire qu'il s'est rétracté. Rav Papa, lui, loue celui qui dit comme les anciens.
Ravina a dit : je me suis trouvé à Soura devant Maremar. L'émissaire de la communauté est descendu devant lui et a dit comme les anciens de Poumbedita.
Et tout le monde le faisait taire. Il leur a dit : laissez-le, la halakha est comme les anciens de Poumbedita.
Et ils ont cessé de le faire taire.
Maremar tranche. L'assemblée voulait faire taire l'émissaire, dont la formule était nouvelle pour elle. Shabkuhu : laissez-le. Hilkhata ke-savei de-Poumbedita. Chabbat : mekadech ha-Chabbat, à la prière comme au kiddouch. Fête : mekadech Israël veha-zmanim, à la prière comme au kiddouch.
Michna. On lui a versé la troisième coupe, il bénit sur son repas.
La quatrième, il achève sur elle le Hallel, et il dit sur elle la bénédiction du chant. Entre ces coupes, s'il veut boire, qu'il boive.
Entre la troisième et la quatrième, qu'il ne boive pas.
Michna nouvelle, les deux dernières coupes. La troisième porte le birkat ha-mazon. La quatrième porte la fin du Hallel et la birkat ha-chir, la bénédiction du chant. Entre les coupes, boire est permis. Entre la troisième et la quatrième, non.
Tossefot lit quatrième, et écarte la leçon " cinquième ". Le Yerouchalmi, cité ici et chez le Roch : on s'abstient pour ne pas s'enivrer avant le Hallel. Rabbeinou Chmouel permet toute boisson. Rav Alfas permet l'eau et retient le vin.
Rav Hanan a dit à Rava : apprends-en que le birkat ha-mazon exige une coupe. Il lui a dit : les maîtres ont institué quatre coupes sur le mode de la liberté.
Sur chacune, nous ferons une mitsva.
Rav Hanan veut une preuve pour toute l'année : puisque la troisième coupe porte le birkat ha-mazon, la bénédiction exigerait une coupe. Rava refuse la preuve. Les quatre coupes ont été instituées derekh herout, sur le mode de la liberté. Chaque coupe reçoit une mitsva. Cela ne dit pas ce qu'il en est le reste de l'année.
Le Roch reprend la question du particulier, du zimoun, de Yehallekha et de Nichmat, puis la baraïta de celui qui rentre chez lui à la sortie du Chabbat : huit enseignements, et la discussion sur la coupe pagoum.
La quatrième, il achève sur elle le Hallel, et il dit sur elle la bénédiction du chant.
La Guemara reprend le lemme de la quatrième coupe : on y achève le Hallel et on y dit la birkat ha-chir. Le développement de la formule vient au daf suivant.
Le Roch cite le Yerouchalmi : entre la troisième et la quatrième, on ne boit pas, afin de ne pas s'enivrer. Le vin d'au milieu du repas laisse sobre. Le vin d'après le repas enivre.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).