Sougya : Le feuillet ouvre sur la bénédiction du chant. Rav Yehouda la place à Ils Te loueront.
Rabbi Yo'hanan la place à L'âme de tout vivant. Sur la quatrième coupe, Rabbi Tarfon achève le Hallel et dit le grand Hallel.
Certains disent le psaume du berger. La Guemara borne le grand Hallel, de Hodu, de Chir ha-maalot ou de Ki Yaakov, jusqu'aux fleuves de Babel, et elle l'appelle grand parce que le Saint, béni soit-Il, répartit la subsistance.
Viennent vingt-six Hodu pour vingt-six générations, puis la difficulté des subsistances, de l'enfantement à la mer des Joncs. Le Hallel ordinaire reste, pour cinq choses, de la sortie d'Égypte aux douleurs du Machia'h, et pour Hanania, Mishaël et Azaria dans la fournaise.
Quelle est la bénédiction du chant ? Rav Yehouda a dit : Ils Te loueront, ה', notre D.ieu.
Et Rabbi Yo'hanan a dit : L'âme de tout vivant. Nos maîtres ont enseigné : la quatrième [coupe], on achève sur elle le Hallel, et l'on dit le grand Hallel, paroles de Rabbi Tarfon.
Et certains disent : ה' est mon berger, je ne manquerai de rien.
La michna a nommé la bénédiction du chant (birkat ha-chir). Rav Yehouda la place à Yehallelukha, Ils Te loueront. Rabbi Yo'hanan la place à Nichmat kol haï, L'âme de tout vivant.
La baraita passe à la quatrième coupe. On y achève le Hallel. Rabbi Tarfon y ajoute le grand Hallel. Certains disent le psaume du berger, Tehilim 23.
Rachi fixe la version : quatrième coupe, et le grand Hallel se dit sur elle. Tossefot lit Rabbi Yo'hanan comme un ajout : Nichmat après Yehallelukha, puisque l'usage dit les deux. Le singulier bénédiction du chant a conduit Rabbeinou Haim Cohen à ne sceller que par Nichmat.
Depuis où le grand Hallel ? Rabbi Yehouda dit : depuis Rendez grâce jusqu'à Fleuves de Babel.
Et Rabbi Yo'hanan dit : depuis Cantique des degrés jusqu'à Fleuves de Babel. Rav Aha bar Yaakov a dit : depuis Car Yaakov s'est choisi Yah jusqu'à Fleuves de Babel.
Trois bornes pour le début du grand Hallel. Toutes s'arrêtent à Fleuves de Babel.
Rabbi Yehouda part de Hodu, Tehilim 136. Rabbi Yo'hanan part de Chir ha-maalot, Tehilim 134. Rav Aha bar Yaakov part de Ki Yaakov bahar lo Yah, Tehilim 135, 4.
Tossefot : l'usage part de Hodu et va jusqu'à Sur les fleuves de Babel. Le verset Rannenu tsadikim ba-ה' reste hors du psaume.
Et pourquoi son nom est-il appelé grand Hallel ? Rabbi Yo'hanan a dit : parce que le Saint, béni soit-Il, siège dans la hauteur du monde et répartit la subsistance à toute créature.
Le nom grand Hallel tient à la subsistance. Rabbi Yo'hanan : le Saint, béni soit-Il, siège dans la hauteur du monde et répartit la nourriture à chaque créature.
Rachi rapproche deux versets de Tehilim 136 : Rendez grâce au D.ieu des cieux, et Il donne du pain à toute chair. Donner le pain à toute chair, voilà la grande chose.
Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : ces vingt-six Rendez grâce, en regard de qui ? En regard de vingt-six générations que le Saint, béni soit-Il, a créées dans Son monde, auxquelles Il n'a pas donné la Torah, et qu'Il a nourries dans Sa bonté.
Tehilim 136 répète vingt-six fois Hodu, avec le refrain ki le-olam hasdo, car Sa bonté est pour toujours. Rabbi Yehochoua ben Levi les met en regard de vingt-six générations créées avant le don de la Torah, nourries par la 'hessed.
Le compte reçu : dix d'Adam à Noa'h, dix de Noa'h à Avraham, six d'Avraham à Moché : Yitshak, Yaakov, Levi, Kehat, Amram, Moché.
Rav Hisda a dit : que signifie ce qui est écrit : Rendez grâce à ה', car Il est bon ? Rendez grâce à ה', qui recouvre la dette de l'homme dans son bien : le riche par son bœuf, et le pauvre par sa brebis, l'orphelin par son œuf, la veuve par sa poule.
Ki tov, car Il est bon, se lit ici sur la manière de recouvrer. Il prend la dette sur le bien de chacun : bœuf, brebis, œuf, poule.
Rachi : la perte est d'argent, et elle expie pour le corps. Le bien du verset est cette mesure, ajustée à ce que l'homme possède.
Rabbi Yo'hanan a dit : les subsistances de l'homme sont difficiles au double de celle qui enfante. Car pour celle qui enfante il est écrit : dans la peine (be-etsev).
Et pour les subsistances il est écrit : dans la peine redoublée (be-itsavon).
Les deux mots viennent de la même racine, dans Bereshit 3. L'enfantement est be-etsev. La nourriture de la terre est be-itsavon. Rabbi Yo'hanan lit dans la forme plus longue un double.
Et Rabbi Yo'hanan a dit : les subsistances de l'homme sont plus difficiles que la délivrance. Car pour la délivrance il est écrit : l'ange qui me délivre de tout mal, un ange simplement.
Et pour les subsistances il est écrit : אֱ-לֹהִים qui me fait paître.
Les deux versets sont la bénédiction de Yaakov à Yossef, Bereshit 48. La délivrance y est dite par un ange. La subsistance y est dite par אֱ-לֹהִים, qui fait paître. Rabbi Yo'hanan en tire que la subsistance dépasse la délivrance.
Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : au moment où le Saint, béni soit-Il, dit à Adam : et elle te fera germer épine et chardon, ses yeux versèrent des larmes. Il dit devant Lui : Maître du monde, moi et mon âne, nous mangerons dans une même mangeoire ?
Dès qu'Il lui dit : à la sueur de ton front tu mangeras du pain, son esprit se calma.
Bereshit 3, 18 promet l'herbe du champ, après l'épine et le chardon. Adam y entend la mangeoire de l'âne. Le verset suivant, le pain gagné à la sueur du front, apaise son esprit : la nourriture de l'homme reste le pain, au prix du labeur.
Rabbi Chimon ben Lakich a dit : heureux serions-nous si nous étions restés dans la première. Et nous n'en sommes pas encore sortis, car nous mangeons les herbes du champ.
Rech Lakich appelle bonheur le fait d'être restés à la première parole, l'herbe du champ. La sortie de ce décret n'est pas acquise : on mange encore les herbes de la campagne, les légumes.
Rav Cheizvi a dit au nom de Rabbi Elazar ben Azaria : les subsistances de l'homme sont difficiles comme la déchirure de la mer des Joncs. Car il est écrit : Il donne du pain à toute chair.
Et accolé à lui : pour Celui qui fend la mer des Joncs en parts.
Troisième mesure, après le double de l'enfantement et le dépassement de la délivrance. Rav Cheizvi, au nom de Rabbi Elazar ben Azaria, égale la subsistance à la déchirure de la mer.
La preuve est un semikhout, un accolage de versets, dans Tehilim 136 : Il donne du pain à toute chair, et pour Celui qui fend la mer des Joncs. Le refrain commun, ki le-olam hasdo, rapproche les deux louanges.
Rabbi Elazar ben Azaria a dit : les orifices de l'homme sont difficiles comme le jour de la mort et comme la déchirure de la mer des Joncs. Car il est dit : il se hâte, le courbé, de s'ouvrir.
Et il est écrit après : Il agite la mer, et ses vagues mugissent.
Les orifices (nekavim), quand l'homme est retenu, sont mis au rang du jour de la mort et de la déchirure de la mer. Rachi : lorsqu'il est bouché.
Yechaya 51, 14 : le courbé se hâte de s'ouvrir, et il ne descend pas mourir dans la fosse. Le verset d'après, Il agite la mer, fournit la seconde comparaison.
Et Rav Chechet a dit au nom de Rabbi Elazar ben Azaria : quiconque méprise les fêtes, c'est comme s'il servait un culte étranger. Car il est dit : tu ne te feras pas d'elohei massekha, idole de fonte.
Et il est écrit après : la fête des matsot, tu la garderas.
Encore un semikhout. Chemot 34, 17 interdit l'idole de fonte. Le verset suivant, 34, 18, ordonne la fête des matsot. Rav Chechet, au nom de Rabbi Elazar ben Azaria, en tire que mépriser les fêtes (moadot) rejoint le culte étranger.
Et Rav Chechet a dit au nom de Rabbi Elazar ben Azaria : quiconque raconte du lachon ha-ra (médisance), et quiconque reçoit du lachon ha-ra, et quiconque témoigne un faux témoignage contre son prochain, il est digne de le jeter aux chiens. Car il est dit : au chien vous le jetterez.
Et il est écrit après : tu ne porteras pas une rumeur vaine. Et on le lit : tu ne feras pas porter (lo tassi).
Chemot 22, 30 : la chair déchirée, au chien vous la jetterez. Le verset d'après, Chemot 23, 1 : tu ne porteras pas une rumeur vaine.
Lo tissa vise celui qui la raconte. La lecture lo tassi vise celui qui la fait accepter. Le faux témoin est joint à la même rumeur vaine. Les trois sont dignes d'être jetés aux chiens.
Et puisque le grand Hallel existe, nous, pour quelle raison disons-nous celui-ci ? Parce qu'il y a en lui ces cinq choses : la sortie d'Égypte, la déchirure de la mer des Joncs, le don de la Torah, la résurrection des morts, et les douleurs du Machia'h.
Le grand Hallel a sa louange propre, le pain donné à toute chair. La question porte sur celui-ci, le Hallel que l'on dit aux fêtes, Tehilim 113 à 118.
Il reste, parce qu'il réunit cinq choses : sortie d'Égypte, mer des Joncs, don de la Torah, résurrection des morts, douleurs du Machia'h (hevlo chel Machia'h). Les versets viennent aussitôt après.
La sortie d'Égypte, car il est écrit : quand Israël sortit d'Égypte. Et la déchirure de la mer des Joncs, car il est écrit : la mer vit et s'enfuit.
Le don de la Torah, car il est écrit : les montagnes bondirent comme des béliers. La résurrection des morts, car il est écrit : je marcherai devant ה'.
Quatre des cinq choses ont leur verset. Sortie d'Égypte et mer : Tehilim 114. Les montagnes qui bondissent sont lues sur le don de la Torah. Je marcherai devant ה', Tehilim 116, 9, est lu sur la résurrection, après le verset qui a délivré l'âme de la mort.
Les douleurs du Machia'h, car il est écrit : Pas à nous, ה', pas à nous. Et Rabbi Yo'hanan a dit : Pas à nous, ה', pas à nous, c'est l'asservissement des royaumes.
Il en est qui disent que Rabbi Yo'hanan a dit : Pas à nous, ה', pas à nous, c'est la guerre de Gog et de Magog.
La cinquième chose, hevlo chel Machia'h, s'appuie sur Lo lanou, Tehilim 115. Rabbi Yo'hanan y lit l'asservissement des royaumes. D'autres rapportent de lui la guerre de Gog et Magog.
Rav Nahman bar Its'hak a dit : parce qu'il y a en lui le sauvetage des âmes des justes hors du Guehinom, car il est dit : De grâce, ה', délivre mon âme. Hizkiya a dit : parce qu'il y a en lui la descente des justes dans la fournaise de feu, et leur montée hors d'elle.
Deux raisons s'ajoutent aux cinq. Rav Nahman bar Its'hak : le sauvetage des âmes hors du Guehinom, Tehilim 116, De grâce, ה', délivre mon âme.
Hizkiya : la descente des justes dans la fournaise, et leur remontée. La Guemara va partager les versets entre Hanania, Mishaël et Azaria.
Leur descente, car il est écrit : Pas à nous, ה', pas à nous, a dit Hanania. Car à Ton nom donne gloire, a dit Mishaël.
Sur Ta bonté et sur Ta vérité, a dit Azaria. Pourquoi diraient les nations, ils ont dit tous.
La descente dans la fournaise est lue dans Tehilim 115. Chaque membre de la phrase a sa bouche : Hanania, Mishaël, Azaria, puis les trois ensemble.
Leur montée hors de la fournaise de feu, car il est écrit : Louez ה', toutes les nations, a dit Hanania. Célébrez-Le, tous les peuples, a dit Mishaël.
Car Sa bonté a été forte sur nous, a dit Azaria. Et la vérité de ה' est pour toujours, Hallelouya, ils ont dit tous.
La montée est lue dans Tehilim 117, le psaume le plus court du Hallel. Même partage : Hanania, Mishaël, Azaria, puis les trois sur la vérité de ה' pour toujours.
Et certains disent : Et la vérité de ה' est pour toujours, Gavriel l'a dit. Au moment où Nimrod le méchant jeta notre père Avraham dans la fournaise de feu, Gavriel dit devant le Saint, béni soit-Il : Maître du monde, je descendrai, je tiédirai, et je sauverai le juste de la fournaise de feu.
Le Saint, béni soit-Il, lui dit : Moi, Je suis unique dans Mon monde, et lui est unique dans son monde. Il sied à l'unique de sauver l'unique.
Et puisque le Saint, béni soit-Il, ne lèse le salaire d'aucune créature, Il dit : tu mériteras, et tu sauveras trois d'entre les fils de ses fils.
Une autre bouche pour le dernier membre : Gavriel. Devant la fournaise de Nimrod, il demande de descendre et de tiédir (atsanen). La réponse : l'Unique sauve l'unique.
Le salaire n'est pas retranché. Gavriel méritera de sauver trois descendants d'Avraham. La suite du feuillet les nomme dans la fournaise de Nevoukhadnetsar.
Rabbi Chimon ha-Chiloni a exposé : au moment où Nevoukhadnetsar le méchant jeta Hanania, Mishaël et Azaria dans la fournaise de feu, Yourkamo, prince de la grêle, se tint devant le Saint, béni soit-Il. Il dit devant Lui : Maître du monde, je descendrai, je tiédirai la fournaise, et je sauverai ces justes de la fournaise de feu.
Gavriel lui dit : la puissance du Saint, béni soit-Il, ne se montre pas en cela, toi qui es prince de la grêle, et tous savent que l'eau éteint le feu. Mais moi, prince du feu, je descendrai et je refroidirai de l'intérieur,
Rabbi Chimon ha-Chiloni reprend la fournaise, cette fois pour les trois. Yourkamo, prince de la grêle, offre de tiédir. Gavriel, prince du feu, répond que l'eau qui éteint le feu laisserait la puissance sans éclat. Lui refroidira de l'intérieur (akarrer).
La phrase s'arrête ici, au bout du feuillet, sur la virgule de מבפנים, de l'intérieur.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).