Sougya : Le feuillet reprend la michna ouverte en 119a : lร oรน l'on double le Hallel, on double ; lร oรน on le dit une fois, on le dit une fois ; la bรฉnรฉdiction d'aprรจs suit le lieu. Abaye tranche : avant le Hallel, on bรฉnit partout, car toute mitsva se bรฉnit avant l'acte.
Trois versets montrent que over veut dire devancer. Rabbi ne double qu'un peu ; Rabbi Elazar ben Perata double depuis odekha.
Rav Avira expose le festin futur des justes : la coupe passe d'Avraham ร Yitshak, ร Yaakov, ร Moche, ร Yehoshoua, et David la prend. La michna interdit de conclure le pesah par un afikoman.
Rav, Chemouel et Rabbi Yo'hanan en donnent trois sens. Chemouel รฉtend l'interdit ร la matsa.
La michna s'explique par un lo miba'ya. Une tosefta appuie : on peut se remplir de gรขteaux, pourvu qu'on finisse par un kezayit de matsa.
ร doubler, on double. ร dire simplement, on dit simplement.
ร bรฉnir aprรจs lui, on bรฉnit. Tout suit la coutume du lieu.
Abaye dit : on n'a enseignรฉ cela que pour aprรจs. Avant, c'est une mitsva de bรฉnir.
Car Rav Yehouda dit au nom de Chemouel : sur toutes les mitsvot, on bรฉnit avant leur accomplissement (over laassiyatan).
Suite de makom che-nahagou, la michna ouverte au dernier segment de 119a. Trois points suivent le minhag du lieu : doubler le Hallel, le dire une seule fois (lifshot), bรฉnir aprรจs. Rachi : doubler vise le Hallel entier.
Abaye isole la bรฉnรฉdiction d'avant. Elle est une mitsva en tout lieu, parce que toute mitsva se bรฉnit over laassiyatan, avant l'acte. Le Ri, dans Tossefot, objecte : si la bรฉnรฉdiction finale est la hatima de la premiรจre, et si les versets ne font pas hefsek, comment bรฉnir avant sans clรดturer aprรจs ?
D'oรน sait-on que ce mot over est une tournure de devancement ? Rabbi Nahman bar Yitshak dit : il est รฉcrit 'Ahimats courut par le chemin de la plaine et dรฉpassa (vayaavor) le Kouchi'.
Abaye dit, de ce verset : 'Et lui passa (avar) devant eux'. Certains disent, de ce verset : 'Leur roi passera (vayaavor) devant eux, et ื' ร leur tรชte'.
Over : la Guemara demande d'oรน ce mot est une tournure de devancement. Trois versets : Ahimats dรฉpasse le Kouchi (Chemouel II 18, 23) ; Yaakov passe devant sa maison (Berechit 33, 3) ; leur roi passe devant eux, et ื' est ร leur tรชte (Mikha 2, 13).
D'oรน la formule : on bรฉnit over laassiyatan, avant de faire.
On enseigne dans une baraita : Rabbi double en lui des paroles. Rabbi Elazar ben Perata y ajoute des paroles.
Qu'ajoute-t-il ? Abaye dit : il ajoute de doubler depuis odekha et au-dessous.
Deux mesures de redoublement dans le Hallel. Rabbi n'en double qu'un peu. Rachi : depuis baroukh ha-ba, 'Bรฉni soit celui qui vient', et au-dessous. Rabbi Elazar ben Perata รฉtend le redoublement depuis odekha, 'Je Te rends grรขce', et chaque verset ensuite.
La premiรจre glose de Rachi sur ce segment explique dรฉjร miftirin, la michna de l'afikoman qui vient plus bas, et le mot ardilai de Chemouel : truffes et champignons aprรจs le repas.
Rav Avira a exposรฉ. Parfois il le disait au nom de Rav Ami, parfois au nom de Rav Assi.
Que signifie ce qui est รฉcrit : 'L'enfant grandit et fut sevrรฉ (vayigamal)'? ร l'avenir, le Saint, bรฉni soit-Il, fera un festin pour les justes, le jour oรน Il รฉtendra (yigmol) Sa bontรฉ ร la descendance d'Yitshak.
Aprรจs qu'ils ont mangรฉ et bu, on donne ร Avraham notre pรจre la coupe de bรฉnรฉdiction, pour qu'il bรฉnisse.
Rav Avira lit Berechit 21, 8 sur l'avenir. Vayigamal, il fut sevrรฉ, est rapprochรฉ de yigmol, il รฉtendra une bontรฉ. Le festin qu'Avraham a fait au sevrage d'Yitshak devient le festin des justes, le jour de la bontรฉ faite ร sa descendance.
Le repas se ferme par la coupe de bรฉnรฉdiction, la coupe de la birkat hamazon. On la tend d'abord ร Avraham. La suite dira pourquoi chacun se rรฉcuse, jusqu'ร David.
Il leur dit : je ne bรฉnis pas, car Yichmael est sorti de moi. Il dit ร Yitshak : prends et bรฉnis.
Il leur dit : je ne bรฉnis pas, car Essav est sorti de moi. Il dit ร Yaakov : prends et bรฉnis.
Il leur dit : je ne bรฉnis pas, car j'ai รฉpousรฉ deux sลurs de leur vivant, que la Torah devait m'interdire.
Trois refus. Avraham ร cause de Yichmael. Yitshak ร cause d'Essav. Yaakov parce qu'il a รฉpousรฉ Lea et Rahel, deux sลurs, toutes deux vivantes, union que la Torah interdira ensuite.
Chacun renvoie la coupe au suivant : Avraham ร Yitshak, Yitshak ร Yaakov.
Il dit ร Moche : prends et bรฉnis. Il leur dit : je ne bรฉnis pas, car je n'ai pas mรฉritรฉ d'entrer en terre d'Israรซl, ni de mon vivant, ni ร ma mort.
Il dit ร Yehoshoua : prends et bรฉnis. Il leur dit : je ne bรฉnis pas, car je n'ai pas mรฉritรฉ d'avoir un fils.
Car il est รฉcrit : 'Yehoshoua ben Noun', 'Noun son fils, Yehoshoua son fils'.
Moche se rรฉcuse : il n'est pas entrรฉ dans le pays, ni vivant, ni pour y รชtre enseveli. Yehoshoua se rรฉcuse : la gรฉnรฉalogie s'arrรชte ร lui.
Rachi : dans la descendance d'Ephraim (Divrei ha-Yamim I 7, 27), on lit Noun son fils, Yehoshoua son fils, et aucun fils aprรจs Yehoshoua.
Il dit ร David : prends et bรฉnis. Il leur dit : moi, je bรฉnirai, et il m'appartient de bรฉnir, car il est dit : 'Je lรจverai la coupe des dรฉlivrances, et j'invoquerai le nom de ื'.
David accepte, et par deux mots : ani avarekh, moi je bรฉnirai, et li nae levarekh, il m'appartient de bรฉnir. Le verset est Tehilim 116, 13 : la coupe et l'invocation du nom de ื' sont dans la mรชme phrase.
Il est le seul de la chaรฎne ร prendre la coupe.
Michna. On ne conclut pas aprรจs le pesah par un afikoman.
Miftirin vient de niftar, prendre congรฉ. Rachi : en quittant le repas, on apporte des douceurs. Aprรจs le korban pesah, on ne termine pas par cette friandise. Le mot afikoman reรงoit trois lectures dans la Guemara.
Guemara. Qu'est-ce que l'afikoman ?
Rav a dit : qu'on ne se dรฉracine pas d'un groupe vers un autre groupe.
Selon Rav, afikoman vient de afikou man : sortez les mets. On n'emporte pas le pesah d'une havoura vers une autre. Il lit la michna comme Rabbi Yehouda : le pesah ne se mange qu'en un lieu.
Tossefot : cette lecture ne vise que le pesah. On ne trouve pas que la matsa soit interdite en deux endroits, et le hekech avec le pesah ne porte pas sur ce point. Le rรฉcit d'Abaye assoupi devant Rabba, plus loin, le kontres le rattache au pesah par hekech. Tossefot prรฉfรจre le Yerouchalmi, qui le rattache au jeรปne : un assoupissement ne compte pas comme un sommeil.
Et Chemouel a dit : par exemple des ordilai pour moi, et des oisillons pour Abba. Rav Hanina bar Chila et Rabbi Yo'hanan disent : par exemple des dattes, des grains torrรฉfiรฉs et des noix.
On enseigne une baraita selon Rabbi Yo'hanan : on ne conclut pas aprรจs le pesah, par exemple, par des dattes, des grains torrรฉfiรฉs et des noix.
Chemouel entend l'afikoman comme le dessert de chacun. Rachi : ordilai, truffes et champignons, pour lui ; des oisillons pour Abba, c'est-ร -dire Rav. Afikoman : sortez et apportez les douceurs.
Rabbi Yo'hanan, avec Rav Hanina bar Chila, limite ces douceurs : dattes, kaliot (grains torrรฉfiรฉs), noix. Une baraita le confirme. Le texte de la baraita, ici, ne rรฉpรจte pas le mot afikoman : on ne conclut pas aprรจs le pesah par ces mets.
Rav Yehouda dit au nom de Chemouel : on ne conclut pas aprรจs la matsa par un afikoman. Nous avons appris dans la michna : on ne conclut pas aprรจs le pesah par un afikoman.
C'est aprรจs le pesah que l'on ne conclut pas. Aprรจs la matsa, on conclut !
Sans korban pesah, Chemouel reporte l'interdit sur la matsa : le dernier goรปt de la nuit reste celui de la matsa. La michna semble dire l'inverse, puisqu'elle ne nomme que le pesah.
Ce commentaire, que le Roch attribue au Rachbam, fixe la pratique : on bรฉnit au dรฉbut, car aprรจs s'รชtre rempli on ne revient pas bรฉnir, comme Rav Hisda l'a dit du maror (115a). Puis l'on mange ร la fin la matsa brisรฉe, au titre d'obligation, sans nouvelle bรฉnรฉdiction. On ne refait pas le maror : il n'a pas ce titre d'obligation.
Le Roch, sur le segment de Rav, discute ce statut. Ici, son autre glose enchaรฎne dรฉjร la michna du sommeil, au daf suivant : assoupissement ou sommeil profond, et la halakha suit Rabbi Yossi.
Il parle par un 'il va sans dire' (lo miba'ya). Il va sans dire aprรจs la matsa, dont les goรปts ne sont pas abondants.
Mais aprรจs le pesah, dont le goรปt est abondant et que l'on ne peut faire passer, cela ne nous gรชnerait pas. Il nous l'apprend.
La michna choisit le cas fort. Le goรปt de la matsa est lรฉger : manger ensuite l'efface, l'interdit va de soi. Le goรปt du pesah est tenace : on aurait pu croire qu'un mets aprรจs lui ne le chasse pas, et qu'il n'y a rien ร craindre. Kachma lan : mรชme aprรจs le pesah, l'afikoman est interdit.
La phrase de Chemouel sur la matsa reste donc en place. La michna n'a nommรฉ le pesah que parce que c'est le cas qu'il fallait enseigner.
Disons que ceci l'appuie : les soufganin, les douvchanin et les iskaritin, un homme peut s'en remplir le ventre, pourvu qu'il mange un kezayit de matsa ร la fin. ร la fin, oui,
La tosefta va dans le sens de Chemouel. On peut se rassasier de soufganin (gรขteaux spongieux), de douvchanin (gรขteaux au miel) et d'iskaritin (galettes), ร condition de finir par un kezayit de matsa.
L'infรฉrence commence : ร la fin, oui. Le feuillet s'arrรชte sur cette virgule. Le dernier aliment nommรฉ est la matsa.
Texte hรฉbreu et aramรฉen vocalisรฉ : รฉdition numรฉrique William Davidson du Talmud Koren Noรฉ, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction franรงaise, notes et schรฉmas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).