Sougya : Le feuillet achรจve la discussion de l'afikoman. Une baraรฏta permet de se remplir de gรขteaux azymes ร condition d'un kezayit de matsa ร la fin : la Guemara la lit en 'il va sans dire', le dรฉbut avec appรฉtit allant de soi, la fin restant valable malgrรฉ le risque d'akhila gassa.
Mar Zoutra rapporte une leรงon oรน l'on peut conclure aprรจs la matsa ; la michna, relue de la mรชme faรงon, maintient l'interdit aprรจs le Pessa'h. Rava tient la matsa de nos jours pour une obligation de la Torah et le maror pour rabbinique ; Rav Aha bar Yaakov tient les deux pour rabbiniques.
Une baraรฏta confirme Rava : seule la premiรจre nuit est obligatoire, mรชme sans Temple. La michna ajoute : si une partie de la havoura s'endort, on reprend le Pessa'h ; si tous s'endorment, on ne reprend pas.
Au dรฉbut, non. Il s'exprime par un 'il va sans dire'.
Il va sans dire au dรฉbut, car il mange avec appรฉtit ; mais ร la fin, peut-รชtre en viendra-t-il ร manger une akhila gassa, j'aurais dit : non. Cela nous l'apprend.
Au feuillet prรฉcรฉdent, la baraรฏta permet de se remplir de gรขteaux azymes ร condition d'un kezayit de matsa ร la fin. On en tirait : ร la fin, oui ; au dรฉbut, non. Rachi lit ce 'non' comme l'interdit de rien manger aprรจs la matsa de l'obligation.
La Guemara rรฉpond par un lo mibaya : il va sans dire. Au dรฉbut, il mange avec appรฉtit, et l'acquittement va de soi. ร la fin, on craint une akhila gassa, une bouchรฉe prise au-delร de la satiรฉtรฉ. L'enseignement de la baraรฏta : ce kezayit de la fin acquitte lui aussi.
Tossefot serre le cas du 'dรฉbut, non' : celui qui n'a qu'un seul kezayit le garde pour la fin, al hasova, afin que le goรปt reste. S'il a de la matsa pour tout le repas, il en mange au dรฉbut avec appรฉtit, bรฉnit alors, et reprend un kezayit ร la fin.
Mar Zoutra l'enseigne ainsi : Rav Yossef a dit que Rav Yehouda a dit que Chemouel a dit : on conclut aprรจs la matsa par un afikoman. Dirons-nous que cela l'appuie : 'On ne conclut pas aprรจs le Pessa'h par un afikoman' ?
Aprรจs le Pessa'h, non ; mais aprรจs la matsa, on conclut.
Mar Zoutra a une autre leรงon de Chemouel : on peut conclure aprรจs la matsa par un afikoman. La michna 'on ne conclut pas aprรจs le Pessa'h' semblerait l'appuyer : l'interdit viserait le korban, et aprรจs la matsa on pourrait encore manger.
Tossefot demande pourquoi le Pessa'h, au goรปt plus fort, serait plus strict. Le Yerouchalmi : on le mange sur la satiรฉtรฉ pour รฉviter la chevirat etsem, la brisure d'un os (Chemot 12, 46). La minha se mange aussi sur la satiรฉtรฉ, pour une autre raison : ne pas quitter la table de son Maรฎtre en ayant faim. L'avis qui interdit aussi aprรจs la matsa cherche que le goรปt de la matsa et du Pessa'h demeure.
Le Roch fixe ici la nuit sans vin, et la tournรฉe de celui qui fait acquitter plusieurs maisons. Aprรจs son propre birkat hamazone, il ne goรปte plus rien.
Il s'exprime par un 'il va sans dire'. Il va sans dire aprรจs la matsa, car son goรปt n'est pas abondant ; mais aprรจs le Pessa'h, j'aurais dit : non.
Cela nous l'apprend.
La Guemara retire ร Mar Zoutra l'appui de la michna, encore par un lo mibaya. Aprรจs la matsa, le goรปt est faible : il va sans dire qu'un mets ensuite l'efface, et l'interdit s'impose. Aprรจs le Pessa'h, le goรปt est fort : on aurait dit non : l'interdit ne s'appliquerait pas. La michna enseigne que l'afikoman reste interdit mรชme aprรจs le Pessa'h.
On objecte : les souffganin, les douvchanin et les iskaritin, un homme peut s'en remplir le ventre, ร condition de manger un kezayit de matsa ร la fin. ร la fin, oui ; au dรฉbut, non !
Nouvelle objection, par la baraรฏta elle-mรชme. Souffganin : galettes spongieuses azymes. Douvchanin : galettes au miel. Iskaritin : gรขteaux de miel. On peut s'en remplir le ventre, ร condition d'un kezayit de matsa ร la fin. Le diyuk 'ร la fin, oui ; au dรฉbut, non' remettrait en cause l'acquittement par une matsa mangรฉe d'abord.
Il s'exprime par un 'il va sans dire'. Il va sans dire au dรฉbut, car il mange avec appรฉtit ; mais ร la fin, oรน il en vient ร la manger en akhila gassa, j'aurais dit : non.
Cela nous l'apprend.
Mรชme rรฉponse qu'ร l'ouverture du feuillet. Le dรฉbut, avec appรฉtit, va sans dire. La fin est le cas difficile, ร cause de l'akhila gassa. La baraรฏta vient apprendre que ce kezayit de la fin acquitte lui aussi. Elle ne vient pas fermer la voie ร une matsa mangรฉe au dรฉbut.
Rava a dit : la matsa, de nos jours, est deoraita (obligation de la Torah), et le maror est derabbanan (obligation rabbinique). En quoi le maror est-il diffรฉrent ?
Il est รฉcrit : 'sur des matsot et des herbes amรจres'. Lorsqu'il y a le Pessa'h, il y a le maror ; lorsqu'il n'y a pas le Pessa'h, il n'y a pas le maror.
Rava sรฉpare les deux. Sans korban, la matsa reste deoraita. Le maror n'est que derabbanan. Le verset 'sur des matsot et des herbes amรจres' attache le maror au Pessa'h : il y a Pessa'h, il y a maror de la Torah ; il n'y a pas de Pessa'h, il n'y a pas ce maror.
Le Roch reprend ici toute la halakha de l'afikoman. Rav : ne pas quitter sa havoura. Chemouel et Rabbi Yo'hanan : des friandises de fin de repas. Rachbam : le kezayit de la fin est la matsa d'obligation, souvenir du korekh. Le Roch s'en รฉcarte : cette matsa de la fin rappelle le Pessa'h mangรฉ sur la satiรฉtรฉ, d'oรน l'interdit de manger aprรจs, sans maror ni harosset. La pratique suit la premiรจre leรงon, celle de la Guemara : kezayit de matsa surveillรฉe ร la fin, puis plus rien, sauf les coupes du birkat hamazone et du Hallel. L'assoiffรฉ ne boit que de l'eau ; au siman 33, d'aprรจs le Yerouchalmi, le Roch a รฉcrit que boire du vin n'est pas interdit.
La matsa aussi, voici qu'il est รฉcrit : 'sur des matsot et des herbes amรจres' ! La matsa, le verset y revient : 'le soir vous mangerez des matsot'.
Et Rav Aha bar Yaakov a dit : l'une et l'autre sont derabbanan.
La question revient sur la matsa : le mรชme verset l'attache elle aussi au Pessa'h. Rรฉponse : le verset revient sur la matsa, 'le soir vous mangerez des matsot' (Chemot 12, 18). Cette reprise pose une obligation distincte du korban.
Rav Aha bar Yaakov : de nos jours, matsa et maror sont tous deux derabbanan. L'obligation de la Torah ne joue qu'avec le Pessa'h. Tossefot confronte cela ร Pesachim 28b, oรน Rabbi Yehouda et Rabbi Chimon tiennent la matsa pour deoraita.
Mais il est รฉcrit : 'le soir vous mangerez des matsot' ! Ce verset lui est nรฉcessaire pour le tamรฉ et pour celui qui se trouvait sur un chemin lointain.
Car il pourrait te venir ร l'esprit de dire : puisqu'ils ne mangent pas le Pessa'h, ne mangeons pas non plus de matsa ni de maror. Cela nous l'apprend.
Rav Aha retire au verset du soir le rรดle d'une obligation indรฉpendante. ร quoi sert-il alors ? Il vise, du temps du Temple, le tamรฉ et celui qui est sur un chemin lointain. On aurait pu croire : puisqu'ils ne mangent pas le Pessa'h le 14 nissan, ils ne mangent ni matsa ni maror. Le verset enseigne qu'ils mangent l'un et l'autre.
Et Rava te dirait : le tamรฉ et celui qui รฉtait sur un chemin lointain n'ont pas besoin d'un verset, car ils ne valent pas moins que l'arel et le ben nekhar. On enseigne en effet : 'Aucun arel n'en mangera.' 'En' : il n'en mange pas, mais il mange de la matsa et du maror.
Rava n'a pas besoin de ce verset pour le tamรฉ. Ces gens ne valent pas moins que l'arel (incirconcis) et le ben nekhar, dรฉjร exclus du Pessa'h et pourtant tenus ร la matsa et au maror. La baraรฏta lit 'aucun arel n'en mangera' : le mot bo ('de lui') limite l'interdit au Pessa'h. Il mange matsa et maror.
Tossefot refuse d'y voir un homme dispensรฉ de manger : il est tenu de toutes les mitsvot. Le cas est un moumar au moment de la chehita, revenu ensuite par techouva : non inscrit sur le korban, il n'en mange pas, et il mange matsa et maror. L'arel est celui dont les frรจres sont morts ร cause de la mila.
Et l'autre ? C'est รฉcrit pour celui-ci et c'est รฉcrit pour celui-lร , et les deux sont nรฉcessaires.
L'autre, c'est Rav Aha. Manger matsa et maror quand on ne peut pas manger le Pessa'h est รฉcrit pour l'arel, et c'est รฉcrit pour le tamรฉ. Tserikhi : chaque รฉcriture est nรฉcessaire, chacune pour sa raison. Tossefot, juste avant, place cette nรฉcessitรฉ sur la dรฉduction 'il mange matsa et maror' : le cลur tournรฉ vers le Ciel d'un cรดtรฉ, l'absence de rรฉpugnance de l'autre.
On enseigne une baraรฏta comme Rava : 'Six jours tu mangeras des matsot, et le septiรจme jour, une assemblรฉe solennelle pour ื' ton D.ieu'. De mรชme que le septiรจme est facultatif, de mรชme les six jours sont facultatifs.
Une baraรฏta vient comme Rava. Devarim 16, 8 nomme le septiรจme jour 'assemblรฉe solennelle', sans ordre de manger la matsa. Ce jour-lร , la matsa est rechout, facultative. Le mรชme statut passe aux six jours. Rachi : s'il veut, il mange de la viande sans pain, ou il jeรปne.
Quelle en est la raison ? C'est une chose qui รฉtait dans la gรฉnรฉralitรฉ et qui en est sortie pour enseigner : elle n'est pas sortie pour enseigner sur elle seule, elle est sortie pour enseigner sur toute la gรฉnรฉralitรฉ.
Une des treize midot : davar chรฉhaya baklal. Le septiรจme jour รฉtait dans le klal 'vous mangerez des matsot pendant sept jours'. Un verset le fait sortir de ce klal. Lorsqu'un dรฉtail sort pour enseigner, il enseigne pour tout le klal. Les six autres jours reรงoivent le mรชme statut : la matsa y est facultative.
On pourrait dire : mรชme la premiรจre nuit est facultative. L'enseignement dit : 'sur des matsot et des herbes amรจres ils le mangeront'.
La baraรฏta borne la rรจgle. On aurait pu y faire entrer la premiรจre nuit et la rendre facultative elle aussi. Le verset 'sur des matsot et des herbes amรจres ils le mangeront' (Bamidbar 9, 11) maintient, cette nuit-lร , une obligation liรฉe au Pessa'h.
Je n'ai cette obligation que lorsque le Temple existe. Lorsque le Temple n'existe pas, d'oรน le sait-on ?
L'enseignement dit : 'le soir vous mangerez des matsot'. L'รcrit l'a fixรฉe comme obligation.
Le verset 'ils le mangeront' ne donne l'obligation que lorsque le Temple existe, puisqu'il parle du Pessa'h. Lorsque le Temple n'existe plus, 'le soir vous mangerez des matsot'. L'รcrit l'a fixรฉe comme obligation. C'est l'appui de Rava : la matsa de la premiรจre nuit reste deoraita de nos jours.
Michna. Une partie d'entre eux se sont endormis : ils mangeront.
Tous : ils ne mangeront pas.
Michna nouvelle. Si une partie des convives s'endort pendant le Pessa'h, ils mangent ร leur rรฉveil. Si tous s'endorment, ils ne mangent plus. Rachi : ils ont commencรฉ leur Pessa'h, le sommeil coupe, et reprendre donnerait l'apparence de deux havourot, deux groupes. Il amorce aussi le cas de nos jours, sans Pessa'h, lorsque tous se sont endormis.
Texte hรฉbreu et aramรฉen vocalisรฉ : รฉdition numรฉrique William Davidson du Talmud Koren Noรฉ, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction franรงaise, notes et schรฉmas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).