Sougya : Rava écarte la seconde mesure d'Abaye. Si l'on examine les témoins, celui qui dit trois peut viser le début de la troisième heure, et celui qui dit cinq la fin de la cinquième : le témoignage est contredit, et l'on ne met pas à mort sur un doute.
Rava fixe donc la marge à l'écart maximal encore compatible, portée par un seul témoin : deux heures moins un mashehou selon Rabbi Meir, trois heures moins un mashehou selon Rabbi Yehouda. La Guemara passe aux sept hakirot.
Un 'je ne sais pas' sur une hakira annule le témoignage, parce que la hazama devient impossible. On répond en couvrant toute la fenêtre d'erreur, sans reculer dans la nuit.
et l'un d'eux se trompe d'une heure et d'un mashehou.
Fin de la seconde version d'Abaye, au bas de 11b. Selon Rabbi Yehouda, entre la fin de la troisième heure et le début de la cinquième, il y a une heure pleine plus un mashehou. Un seul des deux témoins porte cette erreur.
Rav Houna, fils de Rav Yehouda, alla rapporter l'enseignement devant Rava. Il dit : et si nous examinions ces témoins de près, que celui qui dit trois vise le début de la troisième, et que celui qui dit cinq vise la fin de la cinquième, le témoignage serait contredit, et nous ne mettrions pas à mort ; et nous, nous nous lèverions pour mettre à mort sur un doute ?!
Or le Rachmana à dit : "et l'assemblée jugera", "et l'assemblée sauvera" !
Rav Houna rapporté la mesure d'Abaye à Rava. Rava la refuse par un examen. Si l'on serre les mots, "trois" peut viser le début de la troisième heure, et "cinq" la fin de la cinquième. L'écart monte alors à presque trois heures. Le témoignage est moukhesh, contredit, et l'on ne met pas à mort.
Mettre à mort sans cet examen, c'est mettre à mort sur un safek. Le verset dit que l'assemblée juge et que l'assemblée sauve : le tribunal cherche l'acquittement.
Rachi en tire la suite. La michna maintient pourtant certains témoignages. La marge doit donc couvrir même l'écart le plus large que l'on peut ouvrir entre les deux dires.
Mais Rava dit : selon les paroles de Rabbi Meir, un homme se trompe de deux heures moins un mashehou ; selon les paroles de Rabbi Yehouda, un homme se trompe de trois heures moins un mashehou. Selon les paroles de Rabbi Meir, un homme se trompe de deux heures moins un mashehou : le fait, quand il à eu lieu, c'était où au début de la deuxième, où à la fin de la troisième, et l'un d'eux se trompe de deux heures moins un mashehou.
Rava règle la marge sur le couple que chacun maintient. Rabbi Meir maintient "deux" et "trois" : du début de la deuxième à la fin de la troisième, deux heures moins un mashehou. Un seul témoin porte tout l'écart. L'autre peut avoir dit l'heure du fait.
Tossefot bloque le partage. Si le fait était à la quatrième heure, les deux se seraient trompés, l'un depuis "trois", l'autre depuis "cinq". Rava ne pose pas l'erreur sur les deux à la fois. Le couple trois / cinq reste donc annule chez Rabbi Meir. On n'examine pas non plus les témoins dans le sens qui maintiendrait un témoignage capital.
Selon les paroles de Rabbi Yehouda, un homme se trompe de trois heures moins un mashehou : le fait, quand il à eu lieu, c'était où au début de la troisième, où à la fin de la cinquième, et l'un d'eux se trompe de trois heures moins un mashehou.
Même règle chez Rabbi Yehouda, sur le couple qu'il maintient : "trois" et "cinq". Le fait est au début de la troisième où à la fin de la cinquième. Un seul témoin s'écarte de trois heures moins un mashehou.
Nous avons appris dans une michna : on l'examinait par sept hakirot : en quelle shevua, en quelle année, en quel mois, à quel quantième du mois, en quel jour, à quelle heure, en quel lieu. (Et l'on a enseigné :) quelle différence entre les hakirot et les bedikot ?
Les hakirot : si l'un d'eux dit "je ne sais pas", leur témoignage est annulé. Les bedikot : même si tous deux disent "nous ne savons pas", leur témoignage tient.
La Guemara ouvre une michna de Sanhédrin. Les juges posent sept hakirot : shemita du yovel, année, mois, quantième, jour, heure, lieu. Une bedika porte sur le détail : à-t-on prévenu, quelle armé, quels vêtements.
Si l'un dit "je ne sais pas" sur une hakira, le témoignage tombe. Sur une bedika, même les deux peuvent l'ignorer : le témoignage tient.
Tossefot demande pourquoi interroger sur le jour de la semaine quand la date du mois le fixe déjà. Les sept questions viennent des versets : elles prennent une contradiction entre les témoins, et une contradiction du témoin avec lui-même. Elles servent aussi au cas du 2 et du 3 du mois, déjà vu en 11b, où l'un connaît l'ibour et l'autre non.
Et nous nous sommes demandes : en quoi les hakirot différent-elles, et en quoi les bedikot différent-elles ?
Question de jointure, déjà traitée à Sanhédrin, et reprise ici pour revenir à l'heure.
Et nous disons : les hakirot, si l'un d'eux dit "je ne sais pas", leur témoignage est annulé, car c'est un témoignage que tu ne peux pas soumettre à la hazama.
Une hakira sans réponse empêche la hazama. Les mazimim doivent pouvoir dire : vous étiez avec nous ce jour-la, à cette heure, en ce lieu. Sans l'heure, la formule ne se pose plus sur cette question.
Rachi ajoute : une hazama par le jour entier laisserait la hakira de l'heure sans torat hazama. Or les sept hakirot viennent d'une gezera shava de heitiv / heitev, et chacune doit pouvoir porter la hazama.
Les bedikot : c'est un témoignage que tu peux soumettre à la hazama.
Une bedika ignorée laisse l'heure et le lieu. Les mazimim peuvent encore dire "vous étiez avec nous". La couleur des vêtements ne porte pas la hazama.
Et si tu dis qu'un homme se trompe autant, la hakira de "quelle heure" est elle aussi un témoignage que tu ne peux pas soumettre à la hazama, car ils disent : nous nous sommes trompés, nous nous sommes trompés !
Retour à la marge de Rava. Si un homme se trompe de deux ou trois heures, le témoin qui a dit "à la cinquième" répond aux mazimim : c'était à la quatrième, je me suis trompé. La hakira de l'heure serait alors, elle aussi, un témoignage qu'on ne peut pas soumettre à la hazama.
C'est que nous leur donnons toute leur erreur. Selon Rabbi Meir, nous la leur donnons depuis le début de la première heure jusqu'à la fin de la cinquième.
Réponse : on accorde aux témoins toute leur marge, et les mazimim doivent couvrir cette marge entière, pas seulement l'heure dite.
Chez Rabbi Meir, pour le couple deux / trois, la fenêtre va du début de la première heure à la fin de la cinquième. Celui qui a dit deux peut fuir vers la première, où vers la troisième et la quatrième. Celui qui a dit trois couvre en plus la cinquième. Si les mazimim les tiennent sur toutes ces heures, la hazama est faite.
Le Riva voudrait prêter l'erreur aux mazimim eux-mêmes : ils auraient appelé "cinquième" la quatrième. Le témoignage serait contredit, sans peine de zomemim. Le Ri refuse : on ne rattache pas l'erreur à la seconde paire.
Et en droit, nous devrions leur en donner davantage au début ; mais entre le jour et la nuit, les gens ne se trompent pas.
La marge de deux heures moins un mashehou reculerait avant le jour. On s'arrête au début de la première heure. Entre le jour et la nuit, on ne se trompe pas.
Et selon Rabbi Yehouda, nous la leur donnons depuis le début de la première heure jusqu'à la fin de la sixième. Et en droit, nous devrions leur en donner davantage au début,
Chez Rabbi Yehouda, le couple trois / cinq reçoit la fenêtre du début de la première heure à la fin de la sixième. Rachi détaille celui qui a dit trois : devant lui, la première et la deuxième. Le droit ouvrirait encore plus tôt. La phrase de la Guemara s'arrête ici ; la suite est au daf suivant.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).