Pesachim 13à - Halakha comme Rabbi Yehouda : heures, terouma, dépôt

Pesachim 13a

Sougya : Le daf ferme d'abord le témoignage sur le lever du soleil : avant le lever et pendant le lever, les deux dires ne se rejoignent pas. Rav, par Rav Nahman, tranche la halakha comme Rabbi Yehouda : on mange toute la quatrième heure, on suspend toute la cinquième, on brûle au début de la sixième.

Rava propose Rabbi Meir, puis Rabban Gamliel. Rav Nahman refuse : la michna anonyme ne force pas Rabbi Meir, et Rabban Gamliel est un troisième avis.

Une baraita, quand le 14 nissan tombe un chabbat, brûle la terouma avant chabbat et ne garde que deux repas, jusqu'à quatre heures. Le vote des Sages suit ce Tanna.

Rav Papa limite le vote au biour. Un dépôt de hamets percé par les souris confirme la cinquième heure : on attend, puis on vend, à cause du hehshed, selon Rabbi Yehouda.

Heures du 14 nissan : trois avis, une halakha Rav, rapporté par Rav Nahman : la halakha est comme Rabbi Yehouda. Avis 4e heure 5e heure début de la 6e Rabbi Meir pas d'heure creuse mange mange encore et donne à la bête brûle Rabbi Yehouda halakha mange suspend l'homme ne mange plus brûle Rabban Gamliel raison à lui houlin : fin du repas terouma : encore on peut manger brûle Chez Rabbi Yehouda, la 5e heure : défense de manger, hanaa encore ouverte, on donne à la bête. Rabban Gamliel sépare terouma et houlin. Rabbi Meir et Rabbi Yehouda ne les séparent pas.
Rabbi Meir mange toute la cinquième. Rabbi Yehouda suspend la cinquième. Rabban Gamliel sépare houlin et terouma. Rav tranche comme Rabbi Yehouda.
14 nissan un chabbat : biour avant chabbat Rabbi Elazar ben Yehouda de Bartota, au nom de Rabbi Yehochoua. On brûle terouma temea telouya, douteuse tehora en trop On garde tehora : deux repas jusqu'à quatre heures Pourquoi deux soir et matin pas le repas de minha Discussion sur les pures Sages ne brûle pas les pures Lui déjà cherche personne Sages hors du mur dans le tehoum Lui alors telouyot non plus Eliyahou ne vient pas ni veille de chabbat, ni veille de yom tov, à cause du trouble des préparatifs Vote : halakha comme Rabbi Elazar ben Yehouda, au nom de Rabbi Yehochoua. Rav Papa, au nom de Rava : le vote fixe le biour des pures des le 13. L'heure du repas peut rester à cinq. Aujourd'hui veille de chabbat. Demain, chabbat, est veille de yom tov.
14 nissan un chabbat : on brûle avant chabbat, on garde deux repas jusqu'à quatre heures. Le vote suit Rabbi Elazar. Rav Papa limite le vote au biour.
Diskiya de hamets chez Yo'hanan Hakoukaa Les souris percent. Le hamets sort. Rabbi répond heure par heure. Heure 1 attends Heure 2 attends Heure 3 attends Heure 4 attends Heure 5 vends Heures 1 à 4 : le propriétaire peut encore venir manger. Heure 5 : il ne mangera plus. Guemara, puis Rav Adda vente à des goyim comme Rabbi Yehouda l'Israël ne mange plus Rav Yossef, d'abord vente à un Israël comme Rabbi Meir avant l'ouverture de la 6e Abaye alors prends-le pour toi et paie le prix Hehshed : on ne traite pas avec soi-même Tsedaka : on change les pièces chez autrui. Tamhoui : on vend la nourriture à autrui. Vous serez nets devant Hachem et devant Israël. Rabbi suit Rabban Chimon ben Gamliel : un dépôt qui se perd se vend au beit din, hachavat aveda.
Dépôt percé : on attend quatre heures, on vend à la cinquième. Lecture retenue : à des goyim, comme Rabbi Yehouda. Le dépositaire ne prend pas pour lui, à cause du hehshed.
1
בתוך הנץ החמה — בגילוייא הוה קאי, וזהרורי בעלמא הוא דחזא. קא משמע לן.

pendant le lever du soleil : il se tenait à découvert, et ce ne sont que des rayons qu'il à vus. Il nous l'apprend.

💡 Explication

Fin de Rav Shimi bar Ashi, ouverte en bas de 12b. L'un dit : avant le netz ha-hama, le lever du soleil. L'autre dit : pendant le lever. On aurait pu joindre les deux dires. Celui qui dit pendant le lever se tenait à découvert et à pris des zaherurei, de simples rayons, pour le soleil. Les deux parleraient d'un fait d'avant le lever.

Ka machma lan : l'enseignement écarte cette lecture. Le témoignage est nul. Entre avant le lever et le lever, on ne se trompe pas.

🖼️ Schéma
Avant le lever et pendant le lever Témoin 1 avant le lever Lecture écartée rayons, à découvert Témoin 2 pendant le lever Rav Shimi : les deux dires ne font pas un seul fait. Témoignage nul.
Joindre les deux dires par des rayons vus à découvert : lecture écartée. Le témoignage tombe.
2
אמר רב נחמן אמר רב: הלכה כרבי יהודה. אמר ליה רבא לרב נחמן: ונימא מר הלכה כרבי מאיר, דסתם לן תנא כוותיה.

Rav Nahman dit au nom de Rav : la halakha est selon Rabbi Yehouda. Rava dit à Rav Nahman : que le maître dise plutôt que la halakha est selon Rabbi Meir, puisque le Tanna nous à enseigné une michna anonyme selon lui.

📜 Rachi (2)
הלכה כר' יהודה דתולין כל חמש:
La halakha selon Rabbi Yehouda : on suspend pendant toute la cinquième heure.
ונימא הלכה כר' מאיר דאוכלין כל חמש דהא סתם לן תנא כוותיה דתנן כל שעה שמותר לאכול מאכיל לבהמה לחיה ולעופות דמשמע כשאינו מותר לאכול אינו מאכיל ואי רבי יהודה הא איכא חמש דאינו אוכל ומאכיל אלא ר' מאיר היא דאמר אוכל עד תחלת שש ומשעה שאינו אוכל אין מאכיל:
Et que l'on dise la halakha selon Rabbi Meir : car on mange pendant toute la cinquième, puisque le Tanna nous à enseigné une michna anonyme selon lui. Car nous avons appris : tout le temps où il est permis de manger, on donne à manger à la bête domestique, à la bête sauvage et aux oiseaux. Cela implique : quand il n'est plus permis de manger, on ne donne plus à manger. Or, si c'était Rabbi Yehouda, il y a la cinquième heure où l'on ne mange pas et où l'on donne pourtant à manger. C'est donc Rabbi Meir, qui dit : on mange jusqu'au début de la sixième, et des l'heure où l'on ne mange plus, on ne donne plus à manger.
⚖️ Rosh (1)
גמ' מתניתין דלא כר' יהודה דאי ר"י הא איכא חמש דאינו אוכל ומאכיל וכבר פסק רב לעיל (פסחים דף יג) הלכה כר' יהודה. הא דקתני במתני' מאכיל לבהמה ולחיה קא עביד צריכותא בגמ'. דאי תנא בהמה דאי משיירא קחזי ליה. אבל חיה דאי משיירא מצנע ליה אימא לא קמשמע לן דאפ"ה שרי. וקשה כיון דמצנע ליה היאך יכול להאכילה הא אמר לעיל (פסחים דף ט:) ומה שמשייר יניחנו בצינעה שלא תבא חולדה ותטול בפניו ויהא צריך בדיקה אחריו וכ"ש שלא יתן לה לאכול והיא תצניעהו. ודחק רבינו שמשון לפרש דמיירי בחיה שכפותה וה"ק דאי משיירא ליה בשאינה כפותה ה"א דנגזר כפותה אטו שאינה כפותה. והפי' הנכון נ"ל ומאכיל לבהמה ולחיה ולעוף והוא עומד עליהם עד שיאכלום ולא יעלים עיניו מהם עד שיאכלום ויבער המשוייר. ומתני' היתר הנאה אתא לאשמועי' ולעולם צריך ליזהר שלא יצניעו וה"פ דאי תנא בהמה דאי משיירא קחזי לה דאף אם מחמת טירדא יעלים עיניו מהם יחזור ויבער המשוייר דהא קא חזי ליה: ומותר בהנאתו פשיטא לא צריכא שחרכו קודם זמנו וכדרבא דאמר רבא חרכו קודם זמנו מותר בהנאתו אף לאחר זמנו. וכגון שנפסל מלאכול לכלב דומיא דפת שעיפשה. יש שרוצים לומר לאו דוקא הנאה דהוא הדין נמי אכילה דעפרא בעלמא הוא. ולא מסתבר דאע"פ דבטלה דעת האוכל אצל כל אדם מ"מ כיון דאיהו קאכיל ליה אסור. וכ"כ הרב הברצלוני ז"ל וז"ל והנ"מ דמותר בהנאה לאחר זמנו אבל באכילה לא ומהאי טעמא נמי אסור כותח הבבלי כי אכיל ליה דתנן דף מב אלו עוברין בפסח כותח הבבלי וכו'. ויש מי שאומרים המורייס שעושין האידנא שקורין אלמר"י שמשימין בו לחם קלוי שמותר אחר הפסח חדא שהחמץ ע"י תערובות שעבר עליו הפסח מותר בהנאה ועוד שהרי חרכו קודם זמנו ומותר בהנאה אחר זמנו. ואנן חזינן לרבוותא דאסרין ליה לאחר הפסח. דלא שרי ר"ש אלא כגון דעריב שלא בכוונה אבל לערובי ולשהויי לא ומשום שחרכו נמי לא אימור לא חרכו יפה יפה דלא מסיק אדעתי' פסח בשעת עשייתו ועוד לא קאמרינן חרכו קודם זמנו מותר באכילתו לאחר זמנו אלא בהנאה קאמר. דלאו אורחא דארעא לאכול פת חרוך כל צרכו אבל גבי מורייס דאורחא למיכל הכי אסור:
Guemara. Notre michna n'est pas selon Rabbi Yehouda. Car si c'était Rabbi Yehouda, il y a la cinquième heure où l'on ne mange pas et où l'on donne pourtant à manger. Or Rav à déjà tranché plus haut (Pesachim, daf 13) : la halakha est selon Rabbi Yehouda. Ce que la michna enseigné, on donne à manger à la bête domestique et à la bête sauvage, la Guemara en fait un tsarikhouta : les deux cas sont nécessaires. Si elle n'enseignait que la bête domestique : s'il en reste, il le voit. Mais la bête sauvage, s'il en reste, elle le caché : on aurait dit que c'est interdit. Elle nous apprend que même ainsi c'est permis. Et c'est difficile : puisqu'elle le caché, comment peut-il lui donner à manger ? Car il est dit plus haut (Pesachim 9b) : ce qui reste, il le déposera dans un lieu caché, afin qu'une houlda (belette) ne vienne pas le prendre devant lui et qu'il doive faire une bedika (recherche) après elle. À plus forte raison, il ne le lui donnera pas à manger pour qu'elle le caché. Rabbeinou Chimchon s'est force à expliquer qu'il s'agit d'une bête sauvage attachée. Voici le sens : s'il en restait chez celle qui n'est pas attachée, on aurait dit que l'on interdit l'attachée à cause de celle qui n'est pas attachée. L'explication juste, à mon avis : il donne à manger à la bête domestique, à la bête sauvage et à l'oiseau, et il se tient auprès d'eux jusqu'à ce qu'ils aient mange. Il ne détourne pas les yeux d'eux jusqu'à ce qu'ils aient mange, et il fait le biour de ce qui reste. La michna vient nous apprendre l'autorisation de la hanaa (jouissance). Dans tous les cas, il faut prendre garde qu'ils ne le cachent. Et voici le sens : si elle n'enseignait que la bête domestique, s'il en reste il le voit. Même si, par préoccupation, il détourne les yeux d'eux, il reviendra et fera le biour de ce qui reste, puisqu'il le voit. Et il est permis d'en jouir : c'est évident. L'enseignement vise le cas où on l'a roussi avant son temps, et il suit Rava. Car Rava à dit : si on l'a roussi avant son temps, la hanaa en reste permise même après son temps. C'est lorsqu'il est devenu impropre à être mangé par un chien, à la manière d'un pain qui a moisi. Certains veulent dire : la consommation suit la même règle que la hanaa, car ce n'est que de la poussière. Cela ne se tient pas. Bien que l'avis de celui qui mange soit annulé face à tout homme, puisqu'il le mange, c'est interdit. C'est aussi ce qu'écrit le Rav de Barcelone, de mémoire bénie. Voici ses mots : ces paroles valent pour la hanaa après le temps ; pour la consommation, l'interdit demeure. Pour cette raison aussi, le koutah babli est interdit quand on le mange. Car nous avons appris, daf 42 : voici ce par quoi l'on transgresse à Pessa'h, le koutah babli, etc. Et certains disent : le mourayess que l'on fait de nos jours, qu'on appelle almuri, dans lequel on met du pain grille, est permis après Pessa'h. D'une part, le hamets mélange sur lequel Pessa'h est passé est permis en hanaa. D'autre part, on l'a roussi avant son temps, et la hanaa est permise après son temps. Et nous, nous avons vu les maîtres qui l'interdisent après Pessa'h. Car Rabbi Chimon ne permet que le cas où l'on a mélange sans intention. Mélanger afin de laisser passer Pessa'h reste interdit. La calcination non plus ne suffit pas : peut-être ne l'a-t-on pas bien roussi, car on n'a pas Pessa'h à l'esprit au moment de la fabrication. Et encore : on ne dit pas que le harakh d'avant l'heure permet la consommation après l'heure. Il parle de la hanaa. Ce n'est pas la manière du pays de manger du pain roussi autant qu'il le faudrait. Pour le mourayess, dont la manière est de le manger ainsi, c'est interdit.
💡 Explication

La sougya quitte les témoins et revient au hamets. Rav, par Rav Nahman, tranche : halakha ke-Rabbi Yehouda. On mange toute la quatrième heure. Toute la cinquième, on suspend : l'homme ne mange plus, on peut encore donner à la bête. On brûle au début de la sixième.

Rava objecte par une michna stam, anonyme : tant qu'il est permis de manger, on donne à manger. Chez Rabbi Yehouda, la cinquième heure sépare le repas de l'homme et le repas de la bête. Cette michna, lue ainsi, suit Rabbi Meir.

Le Roch attaché ici suit la suite de la michna : bête sauvage qui caché le reste, hamets roussi avant l'heure, koutah babli et mourayess après Pessa'h. La hanaa et la consommation n'y ont pas le même statut.

3
דתנן: כל שעה שמותר לאכול — מאכיל!

Car nous avons appris : tout le temps où il est permis de manger, on donne à manger.

💡 Explication

Rava cité la michna. Tant que l'homme peut manger le hamets, il le donne à sa bête. Dès qu'il ne peut plus manger, il ne donne plus. Pas d'heure intermédiaire : c'est la position de Rabbi Meir.

4
ההיא לאו סתמא הוא, משום דקשיא ״מותר״.

Celle-là n'est pas une michna anonyme, à cause de la difficulté du mot permis.

📜 Rachi (1)
משום דקשיא מותר בפרק כל שעה מקשינן כל שעה שאוכל מאכיל מיבעי ליה ומותר משמע כל שעה שמותר אדם אחר לאכול מאכיל זה האסור לאכול ומדוחקא דהא קושיא אוקימנא כרבן גמליאל והכי קאמר כל שעה שמותר כהן לאכול בתרומה מאכיל ישראל חולין לבהמה אלמא סתמא לא כר"מ היא:
À cause de la difficulté du mot permis. Dans le chapitre Kol cha'a, nous objectons : il aurait fallu dire : tout le temps où il mange, il donne à manger. Permis implique : tout le temps où il est permis à un autre homme de manger, celui-ci, à qui il est interdit de manger, donne à manger. Sous la contrainte de cette difficulté, nous l'avons établie selon Rabban Gamliel. Et voici ce qu'elle dit : tout le temps où il est permis au cohen de manger de la terouma, l'Israël donne du houlin a la bête. On voit donc que la michna anonyme n'est pas selon Rabbi Meir.
💡 Explication

Rav Nahman refuse d'y voir une michna anonyme selon Rabbi Meir. Le mot moutar, permis, coincé. Selon Rabbi Meir, la michna dirait : tant qu'il mange, il donne à manger. Permis vise un autre mangeur que celui qui donne.

Plus loin, on pose donc cette michna selon Rabban Gamliel : tant que le cohen peut manger la terouma, l'Israël donne du houlin à sa bête.

5
ונימא מר הלכה כרבן גמליאל, דהוה ליה מכריע. אמר ליה: רבן גמליאל לאו מכריע הוא, טעם דנפשיה קאמר.

Et que le maître dise que la halakha est selon Rabban Gamliel, puisqu'il est un makhria. Il lui dit : Rabban Gamliel n'est pas un makhria, il dit une raison qui lui est propre.

📜 Rachi (2)
כרבן גמליאל במתני':
Selon Rabban Gamliel : dans notre michna.
לאו מכריע הוא כדפרישית לקמן בפירקין (פסחים ד' כא.) דאין הכרעת דעת שלישית מכרעת והא הכרעת דעת שלישית היא דהא ר"מ ורבי יהודה לא איירי דניהוי שייך חילוק בין זמן תרומה לזמן חולין כלל דאי הוה תנן ר"מ אומר אחד חולין וא' תרומה כל חמש ר' יהודה אומר א' חולין ואחד תרומה כל ארבע ורבן גמליאל אומר חולין כל ארבע תרומה כל חמש הויא הכרעה אבל השתא דאינהו לא אדכור תרומה וחולין כלל ולא גלו דעתם שיהא שום רמז דין לחלק ביניהם לאו הכרעה היא אלא דעת שלישית:
Il n'est pas un makhria. Comme je l'ai expliqué plus bas dans notre chapitre (Pesachim 21à) : la décision d'un troisième avis ne tranche pas. Et celle-ci est un troisième avis. Car Rabbi Meir et Rabbi Yehouda ne parlent pas d'un partage entre le temps de la terouma et le temps du houlin. Si la michna avait dit : Rabbi Meir dit, houlin comme terouma, toute la cinquième ; Rabbi Yehouda dit, houlin comme terouma, toute la quatrième ; et Rabban Gamliel dit, houlin toute la quatrième, terouma toute la cinquième, ce serait une hakhraa. Mais maintenant, eux n'ont pas mentionné terouma et houlin, et ils n'ont pas révélé le moindre indice de din pour les séparer. Ce n'est donc pas une hakhraa : c'est un troisième avis.
🗂️ Tossefot (1)
רבן גמליאל לאו מכריע הוא וקשה לר"י דלימא הלכה כר"ג דסתם לן תנא כוותיה בפ' כל שעה (לקמן פסחים כא.) מדקתני מותר ואפי' אם מספקא ליה אם יש לדקדק בלשון מותר אם לאו מ"מ נימא הלכה כר' מאיר או כרבן גמליאל דממה נפשך ההיא דכל שעה כחד מינייהו אתו וי"ל דאאיבעית אימא סמיך ודין הכרעה אפרש בסוף פירקין בע"ה:
Rabban Gamliel n'est pas un makhria. Et c'est difficile pour le Ri : que l'on dise la halakha selon Rabban Gamliel, puisque le Tanna nous à enseigné une michna anonyme selon lui dans le chapitre Kol cha'a (plus bas, Pesachim 21à), du fait qu'il enseigné permis. Et même si l'on doute s'il y a lieu de serrer le mot permis, disons en tout cas la halakha selon Rabbi Meir où selon Rabban Gamliel : de toute façon, cette michna de Kol cha'a vient selon l'un d'eux. On peut répondre : il s'appuie sur le ve-iba'it eima. Et la règle de la hakhraa, je l'expliquerai à la fin du chapitre, avec l'aide de Hachem.
💡 Explication

Rava propose Rabban Gamliel, parce qu'un makhria, celui qui se place entre deux avis déjà cités, fait la halakha.

Rav Nahman répond : Rabban Gamliel donne un ta'am di-nafsheh, une raison à lui. Rabbi Meir et Rabbi Yehouda traitent tout hamets ensemble. Ils ne séparent pas terouma et houlin. Séparer les heures entre les deux est un troisième avis. Un troisième avis ne tranche pas.

🖼️ Schéma
Hakhraa, où troisième avis Ce qui serait une hakhraa Meir : houlin et terouma, 5 h Yehouda : houlin et terouma, 4 h Gamliel au milieu : houlin 4 h, terouma 5 h Les deux premiers ont déjà sépare les cas Ce qui est ici Meir et Yehouda ne nomment ni terouma ni houlin Gamliel les sépare de sa propre raison Troisième avis : il ne tranche pas Rachi : la hakhraa suppose que les deux premiers ont déjà ouvert le partage.
Une hakhraa se place entre deux avis qui portent sur les mêmes cas. Ici, Rabban Gamliel ouvre un partage que les deux autres n'ont pas posé.
6
ואיבעית אימא: רב דאמר כי האי תנא, דתניא: ארבעה עשר שחל להיות בשבת — מבערין את הכל מלפני השבת. ושורפין תרומות טמאות, תלויות, וטהורות. ומשיירין מן הטהורות מזון שתי סעודות, כדי לאכול עד ארבע שעות, דברי רבי אלעזר בן יהודה איש ברתותא, שאמר משום רבי יהושע.

Et si tu veux, dis : Rav à parlé selon ce Tanna. Car on a enseigné dans une baraita : le quatorze qui tombe un chabbat, on élimine tout avant chabbat.

On brûle les teroumot impures, suspendues et pures. Et l'on laisse, des pures, de quoi deux repas, afin de manger jusqu'à quatre heures.

Paroles de Rabbi Elazar ben Yehouda, homme de Bartota, qui l'a dit au nom de Rabbi Yehochoua.

📜 Rachi (3)
ה"ג ואיבעית אימא רב דאמר כי האי תנא דקבע הלכתא כר' אלעזר בר' יהודה דאמר אפי' תרומה כל ארבע ותו לא דקתני דקבעו הלכה כמותו:
Voici la leçon : et si tu veux, dis : Rav à parlé selon ce Tanna. Car il à fixé la halakha selon Rabbi Elazar ben Rabbi Yehouda, qui dit : même la terouma, toute la quatrième, et pas au-delà. Car on enseigné qu'ils ont fixé la halakha selon lui.
תלויות ספק טמאות ספק טהורות:
Suspendues : doute impures, doute pures.
מזון שתי סעודות ולא שלש דכל שלש סעודות דשבת ערבית שחרית ומנחה וערב פסח אסור לאכול מן המנחה ולמעלה:
De quoi deux repas, et non trois. Car les trois repas de chabbat sont le soir, le matin et minha. Et la veille de Pessa'h, il est interdit de manger à partir de minha et au-delà.
🗂️ Tossefot (2)
ושורפין תרומות טמאות ותלויות וטהורות אפילו אם נאמר דאסור לשרוף טהורות משום דכתיב (במדבר י״ח:ח׳) את משמרת תרומותי כמו שאסור לטמאם הכא שרי אע"ג דמדאורייתא בביטול בעלמא סגי ואין צריך לשורפה מכל מקום כיון דסופה ליאסר ולילך לאיבוד שרי לשורפה כמו לטמאותה דשרי ר' מאיר בסוף פירקין לשרוף טמאה עם הטהורה:
Et l'on brûle les teroumot impures, suspendues et pures. Même si l'on dit qu'il est interdit de brûler les pures, parce qu'il est écrit (Nombres 18:8) : la garde de Mes teroumot, comme il est interdit de les rendre impures, ici c'est permis. Bien que, de la Torah, un simple bitoul suffise et qu'il ne faille pas la brûler, puisqu'elle finira par être interdite et perdue, il est permis de la brûler, comme il est permis de la rendre impure. Car Rabbi Meir, à la fin du chapitre, permet de brûler l'impure avec la pure.
ומשיירין מזון שתי סעודות וכ"ש בחולין שאוכליהן מרובין דמשיירין כדמשמע בתוספת':
Et l'on laisse de quoi deux repas. À plus forte raison pour les houlin, dont les mangeurs sont nombreux, on en laisse, comme la Tosefta le donne à entendre.
💡 Explication

Second appui de Rav : une baraita. Quand le 14 nissan tombe un chabbat, le biour se fait avant chabbat. On brûle trois sortes de terouma : temea (impure), telouya (douteuse), tehora (pure) dont on n'a pas besoin.

Dès pures, on garde deux repas, pour manger jusqu'à quatre heures. C'est la limite de Rabbi Yehouda, et elle vaut ici même pour la terouma. Rachi : deux repas, pas trois. Le repas de minha tombe après l'heure du hamets.

Tossefot : brûler une pure avant l'heure reste permis, parce qu'elle finira interdite et perdue. De la Torah, le bitoul suffirait.

7
אמרו לו: טהורות לא ישרפו, שמא ימצאו להן אוכלין. אמר להן: כבר בקשו ולא מצאו. אמרו לו: שמא חוץ לחומה לנו?

Ils lui dirent : les pures, on ne les brûlera pas, de crainte que l'on trouve pour elles des mangeurs. Il leur dit : on a déjà cherche, et l'on n'a pas trouvé.

Ils lui dirent : peut-être ont-ils passe la nuit hors du mur.

📜 Rachi (3)
טהורות לא ישרפו כלל הואיל ולא הגיע זמנן לבער ואע"פ שיש לו שיור כדי לאנשי ביתו של כהן שמא ימצא כהנים אורחים שיאכילום ולא נפסיד תרומה בידים ואם לא ימצא יאכילום למחר לכלבי כהנים או יבטלם בלבו:
Les pures, on ne les brûlera pas du tout, puisque leur temps de biour n'est pas arrivé. Et bien qu'il ait un reste pour les gens de la maison du cohen, peut-être trouvera-t-il des cohanim hôtes à qui les faire manger, et l'on ne perd pas la terouma de sa main. S'il ne trouve pas, il les fera manger demain aux chiens des cohanim, où il les annulera dans son cœur.
כבר בקשו ולא מצאו כלומר כל מה שיש לו לבקש כבר ביקש דהא בשבת לא יבואו אורחים וכבר יודע ובקי הוא באותן שבעיר מי יבוא אצלו:
On a déjà cherche, et l'on n'a pas trouvé. C'est-à-dire : tout ce qu'il avait à chercher, il l'a déjà cherche. Car le chabbat, des hôtes ne viendront pas. Et il connaît déjà ceux de la ville : qui viendra chez lui.
לנו לשון מלון שמא בתוך התחום לנים כהנים אורחים הלילה ויבואו למחר:
Ont passé la nuit : langage d'auberge. Peut-être, dans le tehoum, des cohanim hôtes passent-ils la nuit, et ils viendront demain.
💡 Explication

Les Sages refusent de brûler les tehorot avant l'heure : un cohen peut encore se présenter. Brûler alors, c'est perdre une terouma de sa main.

Réponse : la recherche est faite. Chabbat, aucun hôte n'arrive de l'extérieur. Ils répliquent : des cohanim ont pu passer la nuit hors du mur, dans le tehoum, et entrer le matin.

8
אמר להם: לדבריכם, אף תלויות לא ישרפו — שמא יבא אליהו ויטהרם. אמרו לו: כבר מובטח להן לישראל שאין אליהו בא לא בערבי שבתות ולא בערבי ימים טובים, מפני הטורח.

Il leur dit : selon vos paroles, même les suspendues, on ne les brûlera pas, de crainte qu'Eliyahou ne vienne et ne les déclare pures. Ils lui dirent : il est déjà assuré à Israël qu'Eliyahou ne vient ni les veilles de chabbat ni les veilles de jours de fête, à cause de la peine.

📜 Rachi (3)
אף לדבריכם דחיישינן לשמא אמאי לא פלגיתו אלא בטהורות אף תלויות לא ישרפו קודם זמנן שמא יבוא אליהו היום או מחר קודם זמן ביעורן ויטהרם ויאמר לא נגע בהן טומאה ויאכלום:
Même selon vos paroles : puisque l'on craint un peut-être, pourquoi ne partagez-vous que pour les pures ? Même les suspendues, on ne les brûlera pas avant leur temps, de crainte qu'Eliyahou ne vienne aujourd'hui où demain, avant l'heure de leur biour, ne les déclare pures, et ne dise : aucune touma ne les a touchées, et on les mangera.
לא בערבי שבתות כו' והיום ערב שבת ולמחר ערב יום טוב:
Ni les veilles de chabbat, etc. Aujourd'hui est veille de chabbat, et demain veille de yom tov.
מפני הטורח שיש להן לעסוק בסעודות שבת ויטרדו בו:
À cause de la peine : ils ont à s'occuper des repas de chabbat, et ils seraient dérangés par lui.
💡 Explication

Il retourne le peut-être. Si l'on retient un cas aussi faible, on ne brûle pas non plus les telouyot : Eliyahou pourrait venir et dire qu'aucune touma ne les a touchées.

Réponse des Sages : Israël à l'assurance qu'Eliyahou ne vient pas la veille de chabbat ni la veille d'un yom tov, à cause du torah, le trouble des préparatifs. Aujourd'hui est veille de chabbat. Demain, le 14, est chabbat et veille de yom tov.

9
אמרו: לא זזו משם עד שקבעו הלכה כרבי אלעזר בן יהודה איש ברתותא שאמר משום רבי יהושע.

Ils dirent : ils ne bougèrent pas de la jusqu'à ce qu'ils fixent la halakha selon Rabbi Elazar ben Yehouda, homme de Bartota, qui l'a dit au nom de Rabbi Yehochoua.

💡 Explication

Ils votent sur place. La halakha est fixée selon Rabbi Elazar ben Yehouda de Bartota, au nom de Rabbi Yehochoua : on brûle avant chabbat, et l'on ne garde que de quoi manger jusqu'à quatre heures.

10
מאי לאו, אפילו לאכול? אמר רב פפא משמיה דרבא: לא, לבער.

Quoi, même pour manger ? Rav Papa dit au nom de Rava : non, pour le biour.

📜 Rachi (2)
מאי לאו אפי' לאכול בכל דבריו קבעו כמותו ואף במה שקבע זמן האכילה עד ד' שעות ואפילו בתרומה:
Quoi, même pour manger : sur toutes ses paroles ils ont fixé selon lui, y compris la où il à fixé le temps du repas jusqu'à quatre heures, même pour la terouma.
לא לבער הא דקבעו כמותו לא איירי באכילה אלא בביעור שהיו חביריו חלוקין עליו שלא יבערו טהורות עד למחר קבעו דשורפין מערב שבת בשלשה עשר אבל בשיור לעולם אימא לך כדי לאכול עד חמש שעות והיא בכלל:
Non, pour le biour. Ce qu'ils ont fixé selon lui ne parle pas du repas, mais du biour. Ses collègues étaient en désaccord avec lui : eux ne voulaient pas éliminer les pures jusqu'au lendemain. Ils ont fixé que l'on brûle des la veille de chabbat, le treize. Mais pour le reste, tu peux maintenir : de quoi manger jusqu'à cinq heures, et celle-ci est comprise.
💡 Explication

Portée du vote. Mai lav, afilou le-ekhol : même pour manger, jusqu'à quatre heures, y compris la terouma, comme Rabbi Yehouda.

Rav Papa, au nom de Rava : la, le-vaer. Le vote porte sur le biour. On brûle les pures des le 13, veille de chabbat. L'heure du repas peut rester ouverte jusqu'à cinq heures.

🖼️ Schéma
Que couvre le vote Hava amina même pour manger jusqu'à 4 heures, terouma comprise Rav Papa, au nom de Rava le vote porte sur le biour le repas peut aller jusqu'à 5 heures On brûle les pures des le 13. La limite de quatre heures du vote vise l'élimination.
Le vote fixe le biour des pures avant chabbat. Rav Papa ne l'étend pas à l'heure du repas.
11
ואף רבי סבר להא דרב נחמן. דאמר רבין בר רב אדא: מעשה באדם אחד שהפקיד דיסקיא מלאה חמץ אצל יוחנן חקוקאה, ונקבוה עכברים, והיה חמץ מבצבץ ויוצא. ובא לפני רבי, שעה ראשונה אמר לו: המתן. שניה, אמר לו: המתן. שלישית, אמר לו: המתן. רביעית, אמר לו: המתן. חמישית, אמר לו: צא ומוכרה בשוק.

Et Rabbi aussi tient ceci de Rav Nahman. Car Ravin bar Rav Adda à dit : un fait.

Un homme déposa une diskiya pleine de hamets chez Yo'hanan Hakoukaa. Dès souris la percèrent, et le hamets débordait et sortait.

Il vint devant Rabbi. La première heure, il lui dit : attends.

La deuxième, il lui dit : attends. La troisième, il lui dit : attends.

La quatrième, il lui dit : attends. La cinquième, il lui dit : sors, et vends-la au marché.

📜 Rachi (5)
דיסקייא שתי מלות מורכבות שני שקים אמתחת של עור:
Diskiya : deux mots collés, deux sacs, une sacoche de cuir.
ונקבוה עכברים והיה נחסר וארבעה עשר בניסן היה וחמץ בזול ובא לפני רבי לידע אם ימכרוהו מפני חסרונו של מפקיד:
Dès souris la percèrent : et elle diminuait. C'était le quatorze nissan, le hamets était à bas prix. Il vint devant Rabbi pour savoir s'ils le vendraient, à cause de la perte du déposant.
המתן שמא יבא ויאכל בעליו:
Attends : peut-être le propriétaire viendra-t-il et le mangera.
חמישית דמהשתא תו לא אכיל ליה:
La cinquième : car désormais il ne le mangera plus.
אמר לו צא ומוכרן בשוק בעוד שהוא מותר בהנאה:
Il lui dit : sors et vends-les au marché, tant que la hanaa en est permise.
💡 Explication

Un fait va dans le sens de Rav Nahman. Dépôt de hamets, une diskiya, sacoche de cuir, chez Yo'hanan Hakoukaa. Les souris percent, le hamets sort, le déposant perd.

Rabbi fait attendre les quatre premières heures : le propriétaire peut encore manger. À la cinquième, il dit de vendre au marché. Rachi : des la cinquième, l'homme ne mange plus. La vente garde la hanaa, encore permise. C'est la ligne de Rabbi Yehouda.

12
מאי לאו, לגוים — כרבי יהודה? אמר רב יוסף: לא, לישראל — כרבי מאיר. אמר ליה אביי: אי לישראל — נישקליה לנפשיה?

Quoi, à des goyim, selon Rabbi Yehouda ? Rav Yossef dit : non, à un Israël, selon Rabbi Meir.

Abaye lui dit : si c'est à un Israël, qu'il la prenne pour lui-même.

📜 Rachi (2)
לא לישראל וכר' מאיר והכי קאמר ליה אי שהייתו הא שעתא לא משכחת ישראל דזבין ליה:
Non, à un Israël, et selon Rabbi Meir. Et voici ce qu'il lui dit : si tu tardes à cette heure, tu ne trouveras plus d'Israël qui l'achète.
נישקליה לנפשיה ויאכלנו ויתן דמין לבעלים למה לו לטרוח ולילך בשוק אחרי שנותן לו רשות למכור:
Qu'il la prenne pour lui-même : qu'il la mange et en donne le prix aux propriétaires. Pourquoi se donner la peine d'aller au marché, des lors qu'on lui permet de vendre ?
🗂️ Tossefot (1)
מאי לאו לנכרים להכי משמע לנכרים דאי לישראל לישקול לנפשיה כדפריך אביי בסמוך. בירושלמי גרס צא ומוכרה בבית דין בשוק משמע אע"פ שנתן לו רשות רבי שהיה אב"ד למכור אפי' הכי צריך ב"ד בשעת מכירה כדי לשומן וא"ת מ"ש מאלמנה דמוכרת לאחרים שלא בב"ד ובב"ד יכולה לעכב אפילו לעצמה דאמר בכתובות (ד' צח. ושם) אלמנה ששמה לעצמה לא עשתה ולא כלום דאמר מאן שם ליך משמע דבבית דין יכולה לשום וקאמרינן נמי התם ההוא גברא דאפקידו גביה כיסתא דיתמי אזל שמה לנפשיה לסוף אייקר אמר ליה מאן שם ליך וי"ל דמוכרת שלא בבית דין משום חינא וגבי כיסתא דיתמי דיכול לעכב לעצמו היינו דוקא בדיעבד א"נ גבי יתמי בית דין עצמן הן המפקידים ולכך יכול לעכב לעצמו על פיהם אבל פקדון של אחרים לא והא דאמר באלו מציאות (ב"מ כח:) שם דמיהם ומניחן גבי מציאה התם ליכא חשד שהרי הוא מחזיר אבידה:
Quoi, à des non-Juifs. C'est pour cela que le sens est : à des non-Juifs. Car si c'était à un Israël, qu'il la prenne pour lui-même, comme Abaye objecte juste après. Dans le Yerouchalmi, la version est : sors et vends-la au beit din, au marché. On entend : bien que Rabbi, qui était av beit din, lui ait permis de vendre, il faut quand même un beit din au moment de la vente, pour l'estimer. Et si tu dis : en quoi est-ce différent de la veuve, qui vend à d'autres sans beit din, et qui, au beit din, peut même retenir pour elle-même ? Car il est dit dans Ketoubot (daf 98à, et la-bas) : une veuve qui a estimé pour elle-même n'a rien fait, car on dit : qui a estimé pour toi ? On entend qu'au beit din elle peut estimer. Et l'on dit aussi la-bas : un homme chez qui l'on avait dépose une bourse d'orphelins alla l'estimer pour lui-même. À la fin, elle prit de la valeur. On lui dit : qui a estimé pour toi ? On peut répondre : elle vend sans beit din à cause du hen (faveur : pour qu'on accepte de traiter avec elle). Et pour la bourse des orphelins, qu'il puisse la retenir pour lui-même, c'est seulement bediavad. Ou bien : pour les orphelins, le beit din lui-même est le déposant, et c'est pourquoi il peut retenir pour lui-même sur leur parole. Un dépôt d'autrui, non. Et ce que l'on dit dans Elou metsiot (Bava Metzia 28b) : il en fixe le prix et les laisse, à propos d'une trouvaille. La, il n'y a pas de hehshed, puisqu'il rend une aveida.
💡 Explication

Première lecture : vendre à des goyim, selon Rabbi Yehouda. À la cinquième heure, un Israël ne mange plus.

Rav Yossef : vendre à un Israël, selon Rabbi Meir, avant que la sixième heure n'ouvre. Abaye : s'il est permis à un Israël, le dépositaire prend le hamets, le mange, et paie le prix. Le détour par le marché ne sert plus.

Tossefot, d'après le Yerouchalmi : la vente passe par un beit din, pour fixer le prix. Un dépôt d'autrui ne se retient pas pour soi.

13
משום חשדא, דתניא: גבאי צדקה שאין להם עניים לחלק — פורטין לאחרים, ואין פורטין לעצמן.

À cause du soupçon. Car on a enseigné : les collecteurs de tsedaka qui n'ont pas de pauvres à qui répartir changent auprès d'autres, et ne changent pas pour eux-mêmes.

📜 Rachi (1)
פורטין פרוטות של נחשת שגבו לצדקה וכשמשהין אותם מחלידות צריך לפורטן בכסף:
Ils changent : des peroutot de cuivre collectées pour la tsedaka. Quand on les garde, elles se couvrent de vert-de-gris. Il faut les changer contre de l'argent.
💡 Explication

Réponse à Abaye : hehshed, le soupçon. Les gabbaei tsedaka qui n'ont pas de pauvre changent les pièces de cuivre chez autrui. Ils ne font pas le change avec leur propre argent : on les croirait gagnants sur l'opération.

14
גבאי תמחוי, שאין להם עניים לחלק — מוכרין לאחרים ואין מוכרין לעצמן, משום שנאמר: ״והייתם נקיים מה׳ ומישראל״.

Les collecteurs du tamhoui qui n'ont pas de pauvres à qui répartir vendent à d'autres, et ne vendent pas à eux-mêmes, parce qu'il est dit : et vous serez nets devant Hachem et devant Israël.

📜 Rachi (2)
תמחוי מאכל לחם ומיני מאכל שגובין לחלק:
Tamhoui : nourriture, pain et sortes d'aliments que l'on collecte pour répartir.
ואין מוכרין לעצמן שמא יחשדום שלקחום בזול:
Et ils ne vendent pas à eux-mêmes : de crainte qu'on les soupçonné de les avoir pris à bas prix.
💡 Explication

Même règle pour le tamhoui, le plat de la distribution : on vend la nourriture à autrui, pas à soi. Le verset (Nombres 32:22) demande d'être naki, net, devant Hachem et devant Israël. Le dépositaire du hamets est dans le même cas : il vend au marché, il ne prend pas pour lui.

15
אמר ליה רב אדא בר מתנה לרב יוסף: בפירוש אמרת לן, צא ומוכרן לגוים, כרבי יהודה.

Rav Adda bar Matna dit à Rav Yossef : tu nous as dit explicitement : sors et vends-les a des goyim, selon Rabbi Yehouda.

📜 Rachi (1)
בפירוש אמרת לן כו' רב יוסף חלה ושכח תלמודו ולאחר זמן כשהיה מחליף דבריו היו מזכירין אותו תלמידיו כך לימדתנו בראשונה:
Tu nous as dit explicitement, etc. Rav Yossef tomba malade et oublia son étude. Plus tard, quand il échangeait ses paroles, ses élèves le lui rappelaient : ainsi tu nous as enseigné au début.
💡 Explication

Rav Adda bar Matna rappelle à Rav Yossef sa leçon d'avant la maladie qui lui fit oublier son étude. La formule était explicite : vendre à des goyim, selon Rabbi Yehouda. La première lecture de la Guemara tient.

16
אמר רב יוסף: כמאן אזלא הא שמעתא דרבי — כרבן שמעון בן גמליאל, דתנן: המפקיד פירות אצל חבירו, אפילו הן אבודין — לא יגע בהן. רבן שמעון בן גמליאל אומר: מוכרן בבית דין מפני השבת אבידה.

Rav Yossef dit : selon qui va cet enseignement de Rabbi ? Selon Rabban Chimon ben Gamliel.

Car nous avons appris : celui qui dépose des fruits chez son prochain, même s'ils se perdent, n'y touchera pas. Rabban Chimon ben Gamliel dit : il les vend au beit din, à cause de la restitution d'un objet perdu.

📜 Rachi (2)
כמאן אזלא הא דרבי שהורה למכור פקדון מפני שאבד:
Selon qui va ceci de Rabbi : lui qui a instruit de vendre un dépôt parce qu'il se perd.
אבודין נחסרין והולכין:
Se perdent : ils diminuent et s'en vont.
💡 Explication

Rav Yossef rattache la conduite de Rabbi à Rabban Chimon ben Gamliel. Michna : un dépôt de fruits qui se gâte. Les Sages : on n'y touche pas. Rabban Chimon ben Gamliel : on vend au beit din, au titre de la hachavat aveda, le retour d'une perte. Empêcher la perte d'un dépôt dont on a la garde suit la même obligation.

17
אמר ליה אביי: ולאו איתמר עלה, אמר רבה בר בר חנה אמר רב יוחנן: לא שנו אלא

Abaye lui dit : et n'a-t-on pas dit à son sujet : Rabba bar bar Hana dit au nom de Rav Yo'hanan : on n'a enseigné cela que

💡 Explication

Abaye ouvre une limite, qui continue au daf suivant. Sur cette michna, Rav Yo'hanan à restreint l'enseignement des Sages. La phrase s'arrête ici : lo chanou ela, on n'a enseigné cela que.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).