Sougya : Le daf ouvre sur la fin de la baraita d'Abba Chaoul : deux vaches labourent sur le Har ha-Mishha. Tant qu'elles labourent, on mange le hamets ; on en retire une, on suspend ; on retire les deux, on brรปle.
La michna de Rabbi Hanina, segan ha-kohanim, rapporte que les cohanim brรปlaient une viande impure par un vlad ha-touma avec une viande impure par un av ha-touma, quitte ร monter d'un degrรฉ. Rabbi Akiva ajoute l'huile rendue passoul par un tevoul yom, allumรฉe dans une lampe impurรฉe par un tame met.
Rabbi Meir en tire qu'on brรปle ร Pessa'h la terouma pure avec l'impure ; Rabbi Yosse refuse la mesure ; Rabbi Eliezer et Rabbi Yehochoua sรฉparent pure et impure, et divergent sur la telouya. La Guemara cherche oรน est l'ajout : sheni reste sheni.
Rav Yehouda lit un vlad de vlad, un shelishi qu'on fait sheni. Reste ร savoir si un aliment transmet ร un aliment : Abaye, Rav Adda bar Ahava et Ravina, au nom de Rava, se partagent houlin, terouma et kodachim.
Pour Ravina, la Guemara passe par les liquides, puis pose une transmission rabbinique. Le cas de Rabbi Akiva semble le mรชme ajout ; Rav Yehouda rรฉpond par une lampe de mรฉtal, et le verset s'ouvre en fin de page.
Deux vaches labouraient sur le Har ha-Mishha (mont de l'Onction). Tant que les deux labourent, tout le peuple mange.
On en retire une : on suspend ; on ne mange pas et on ne brรปle pas. On retire les deux : tout le peuple se met ร brรปler.
Suite du dire d'Abba Chaoul, ouvert en fin de 13b. Le signal est le mรชme que celui des deux galettes : manger, tolin (suspendre), brรปler.
Rachi : ce jour-lร , le 14 nissan, ce labour est un signe vu de Jรฉrusalem, sur le mont des Oliviers.
Tossefot, Yerushalmi : des gens viennent de lieux oรน l'on s'abstient de melakha la veille de Pessa'h. Le geste reste permis parce que les vaches ont seulement l'air de labourer.
Michna. Rabbi Hanina, segan ha-kohanim (adjoint des cohanim), dit : de tout le temps des cohanim, ils ne se sont pas abstenus de brรปler la viande qui s'est impurรฉe par un vlad ha-touma (rejeton de l'impuretรฉ) avec la viande qui s'est impurรฉe par un av ha-touma (pรจre de l'impuretรฉ), bien qu'ils ajoutent de l'impuretรฉ ร son impuretรฉ.
Dรฉbut de la michna qui justifie le chapitre : ร l'heure oรน l'on brรปle, peut-on faire monter une touma dรฉjร prรฉsente.
Chaรฎne simple, celle que Rachi pose avant la Guemara. Av au contact : rishon. Rishon au contact : sheni. La piรจce lรฉgรจre ร touchรฉ un rishon, elle est sheni. On la brรปle avec une piรจce qui a touchรฉ un av, donc un rishon. Un rishon rend sheni : le degrรฉ ne change pas. La Guemara demandera oรน est l'ajout.
Les cohanim le faisaient quand mรชme. Les deux piรจces vont au feu. Rachi renvoie la citation ร la fin de la michna : Rabbi Meir en tirera la terouma de Pessa'h.
Rabbi Akiva a ajoutรฉ et a dit : de tout le temps des cohanim, ils ne se sont pas abstenus d'allumer l'huile rendue passoul (invalide) par un tevoul yom (qui a trempรฉ ce jour-lร ) dans une lampe impurรฉe par un tame met (impur par un mort), bien qu'ils ajoutent de l'impuretรฉ ร son impuretรฉ.
Tevoul yom : il a trempรฉ, le coucher du soleil manque encore. Il compte comme sheni. Au contact, l'huile de terouma devient shelishi, et un shelishi rend la terouma passoul. Rachi l'ancre dans la yoledet (accouchรฉe) de Yevamot 75a : aprรจs la tevila elle reste รฉcartรฉe du sacrรฉ, tevoul yom long, jusqu'au coucher du quatre-vingtiรจme jour.
Tame met : av ha-touma. Il rend les kelim impurs. La lampe qui l'a touchรฉ est un rishon. Un rishon fait de l'huile un sheni. L'huile monte donc de shelishi ร sheni. C'est l'ajout.
Rachi sรฉpare deux portes. L'av (tame met, sherets, neveila) rend l'homme et les kelim impurs. Le rishon, lui, ne rend impurs que l'aliment et la boisson. La lampe, kli touchรฉ par un av, reste un rishon.
Rabbi Meir a dit : de leurs paroles nous avons appris qu'on brรปle une terouma tehora (pure) avec la temea (impure) ร Pessa'h. Rabbi Yosse a dit : la mesure n'est pas celle-lร .
Rabbi Meir lit les deux tรฉmoignages comme une rรจgle : dรจs que la chose va au feu, on peut lui ajouter une touma. ร l'heure du biour, la terouma hamets pure est dรฉjร perdue et interdite d'aprรจs la Tora. On la brรปlerait donc avec la temea.
Rachi rappelle le verset de la garde, Nombres 18:8. L'obligation de garder la terouma en puretรฉ reste. Rabbi Meir traite ici la terouma comme dรฉjร vouรฉe ร la destruction.
Eina hi ha-midda : Rabbi Yosse refuse ce passage. Rachi : on n'apprend pas ce cas-lร des cohanim. La raison vient plus loin dans la Guemara.
Et Rabbi Eliezer et Rabbi Yehochoua conviennent qu'on brรปle celle-ci pour elle-mรชme et celle-lร pour elle-mรชme. Sur quoi ont-ils divergรฉ ?
Sur la telouya (en suspens, puretรฉ douteuse) et sur la temea. Rabbi Eliezer dit : que celle-ci soit brรปlรฉe pour elle-mรชme, et celle-lร pour elle-mรชme.
Et Rabbi Yehochoua dit : les deux ensemble.
Celle-ci et celle-lร , dans l'accord : la tehora et la temea. Les deux sages brรปlent la tehora ร part et la temea ร part. Rabbi Meir, dans son dire, les met au mรชme feu.
La mahloket vise la telouya, terouma dont on ignore si elle est pure, brรปlรฉe avec une temea certaine. Rabbi Eliezer sรฉpare. Rabbi Yehochoua brรปle les deux d'un seul feu.
Guemara. Voyons : la viande impurรฉe par un vlad ha-touma, qu'est-elle ?
Un sheni. Quand on la brรปle avec la viande impurรฉe par un av ha-touma, qu'est-elle ?
Un sheni.
La Guemara prend la michna au mot. Vlad ha-touma = le rishon, enfant de l'av. La viande qui l'a touchรฉ est sheni. Au feu, elle touche une viande rishon, fille de l'av. Un rishon la laisse sheni.
C'est un sheni, et c'est un sheni. Quel ajout d'impuretรฉ sur son impuretรฉ y a-t-il ?
Le motif de la michna, mosifin touma al toumato, n'a plus d'objet : le degrรฉ ne bouge pas. Il faut une autre lecture.
Rav Yehouda a dit : ici, nous traitons d'un vlad de vlad. Cela fait un shelishi.
Et il tient qu'un shelishi, il est permis de le faire sheni.
Rav Yehouda dรฉplace d'un cran. Le vlad ha-touma de la michna est dรฉjร un rejeton de rejeton : un sheni. La viande lรฉgรจre qui l'a touchรฉ est shelishi.
On la brรปle avec la viande qui a touchรฉ l'av, un rishon. Le contact d'un rishon fait du shelishi un sheni. L'ajout est la montรฉe d'un degrรฉ. Rabbi Hanina la tient pour permise.
Mais un aliment ne rend pas un aliment impur ! Car on a enseignรฉ : on pourrait croire qu'un aliment rend un aliment impur.
Le verset dit : Si l'on met de l'eau sur une semence, et qu'il tombe de leur charogne sur elle, elle est impure. Elle est impure, et elle ne rend pas impure une chose semblable ร elle.
La montรฉe shelishi vers sheni suppose que la viande rishon touche la viande shelishi et la rende impure. Or une baraita l'interdit : okhel eino metame okhel, un aliment ne rend pas un aliment impur.
Verset, Lรฉvitique 11:38. Hou tame : elle, la semence, est impure. Rachi : le pronom exclut. Elle ne fait pas kayotse bo, un autre aliment du mรชme rang.
Sans transmission, le contact au feu n'ajoute rien. L'ajout de la michna reste sans support.
Cela va selon Abaye, qui a dit : on ne l'a enseignรฉ que pour le houlin. Mais pour la terouma et les kodachim, il rend son semblable.
Abaye limite la baraita au houlin (profane). Terouma et kodachim transmettent d'un aliment ร l'autre : oseh kayotse bo. La michna parle de viande de kodech. Le contact au feu ajoute bien un degrรฉ.
Rachi : la source est Haggai 2, le pain, le potage, le vin et l'huile, que la chair sacrรฉe peut rendre impurs.
Tossefot : Rabbeinou Tam lit plus loin le verset avec ou, et la dรฉrivation de Rachi ne porte plus pareil. Le Ri prend Lรฉvitique 7:19 : la chair qui touche toute impuretรฉ ne se mange pas, mรชme si l'impuretรฉ est venue par un aliment. Le verset qui exclut la transmission se pose alors sur le houlin, cas le plus proche. La terouma suit les kodachim.
Et selon Rav Adda bar Ahava au nom de Rava aussi, qui a dit : on ne l'a enseignรฉ que pour le houlin et la terouma, mais pour les kodachim, il rend leur semblable, cela va bien.
Deuxiรจme avis, plus รฉtroit. Houlin et terouma ne transmettent pas d'aliment ร aliment. Les kodachim seuls le font. La michna parle de viande sacrรฉe : le cas de Rabbi Hanina reste couvert.
Mais selon Ravina au nom de Rava, qui a dit : l'รcrit ร parlรฉ un verset plein. Sans diffรฉrence le houlin, sans diffรฉrence la terouma, sans diffรฉrence les kodachim : il ne rend pas son semblable.
Que peut-on dire ?
Mikra mรขle dibber ha-katouv : le verset de la semence porte son sens entier, sans exception. Houlin, terouma, kodachim : aucun aliment ne rend un autre aliment impur.
Rachi รฉcarte Haggai de la Tora. Ces scรจnes sont des toumot rabbiniques, dรฉjร dรฉcrรฉtรฉes. Le seul pont d'aprรจs la Tora : aliment vers liquide, liquide vers aliment. La dรฉrivation est renvoyรฉe ร Pessahim 18a.
Sous cet avis, la viande rishon ne fait pas monter la viande shelishi. L'ajout de la michna demande un autre support.
Ici, de quoi traitons-nous ? Il y a des liquides avec la viande.
Elle s'impurifie ร cause des liquides.
Rรฉponse pour Ravina. La viande grave a touchรฉ un av alors qu'un liquide humide รฉtait dessus. Le liquide devient rishon avec elle. Au feu, c'est le liquide, non la viande, qui fait du shelishi un sheni. Aliment vers liquide, liquide vers aliment : le pont que Rachi vient de poser.
Tossefot, le Riva : ce liquide-lร est moindre qu'un reviit, et il transmet quand mรชme. Les textes qui exigent un reviit (yayin nessekh, dam yarok) visent le pesoul ha-gouvia, l'invalidation de la personne, mesure fixe ร un reviit (Meila 17b).
Le Ri : le reviit ne joue que lร oรน l'impuretรฉ n'est pas toranique (vin des Koutim, sang vert). Les autres liquides transmettent d'aprรจs la Tora en toute quantitรฉ. Rabbeinou Tam : la Tora exige un reviit pour rendre autre chose impure ; les rabbins, toute quantitรฉ. ร ce stade du sugya, la conclusion rabbinique aliment-aliment n'est pas encore sur la table.
S'il en est ainsi, cette formule avec la viande qui s'est impurรฉe par un av ha-touma : il lui fallait dire avec la viande et les liquides ! Plutรดt : soit, un aliment ne rend pas un aliment impur d'aprรจs la Tora ; d'ordre rabbinique, en tout cas, il rend impur.
L'essai des liquides tombe sur la formulation. Si le liquide รฉtait indispensable, la michna dirait viande et liquides. Elle ne nomme que la viande.
Autre appui, retenu pour cette รฉtape : d'aprรจs la Tora, aliment ne rend pas aliment. D'ordre rabbinique, si. L'ajout de la michna est cet ajout rabbinique. Rachi le dit en une ligne.
Tossefot : on ne demande pas pourquoi la michna tient ร l'av plutรดt qu'ร un rishon ou un sheni. Mi-mehem shel kohanim veut dire : pratique ancienne, avant les dix-huit dรฉcrets. Avant eux, seul un av fait d'un liquide un rishon. Le dรฉcret ultรฉrieur, celui de Chabbat 14b, fait passer au techila les liquides touchรฉs par les mains, parce que les mains rendent dรฉjร la terouma passoul.
Rabbi Akiva a ajoutรฉ : de leur temps, les cohanim ne se sont pas abstenus d'allumer, etc. Voyons : l'huile rendue passoul par un tevoul yom, qu'est-elle ?
Un shelishi. Et quand on l'allume dans une lampe impurรฉe par un tame met, qu'est-elle ?
Un sheni.
La Guemara reprend Rabbi Akiva avec la mรชme grille. Tevoul yom = sheni. L'huile de terouma qu'il a rendue passoul = shelishi. La lampe touchรฉe par un tame met = rishon, dit Rachi. Un rishon fait de l'huile un sheni.
Rachi rappelle aussi pourquoi toute la michna est dans le chapitre : la fin, le raisonnement sur la terouma qu'on brรปle.
Que nous apprend-il ? Qu'un shelishi, il est permis de le faire sheni : c'est le mรชme enseignement !
Rav Yehouda a dit : ici nous traitons d'une lampe de mรฉtal, car le Rahmana a dit :
Haynou hakh : faire d'un shelishi un sheni, Rav Yehouda l'a dรฉjร dit pour Rabbi Hanina. Le mot hosif annonce un tรฉmoignage de plus, une nouveautรฉ de plus. Rachi le relรจve.
Rav Yehouda dรฉplace le cas : ner shel matekhet, lampe de mรฉtal. La phrase s'arrรชte sur Rahmana amar. Le verset est au daf suivant.
Tossefot : l'objection ne vaut que si les deux ajouts sont du mรชme ordre. Pour l'avis oรน l'aliment ne transmet pas d'aprรจs la Tora, la lampe, elle, produit un sheni de-Oraita. Rabbi Akiva a bien ajoutรฉ quelque chose, et la question ne se pose pas.
Texte hรฉbreu et aramรฉen vocalisรฉ : รฉdition numรฉrique William Davidson du Talmud Koren Noรฉ, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction franรงaise, notes et schรฉmas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).