Sougya : La baraita s'achève sur le pigoul, le notar et la viande tamei : Beit Shammai refusent de les brûler ensemble, Beit Hillel le permettent, parce que le pigoul et le notar portent une touma de rabanane. Rav Nahman relit le dialogue : Rabbi Yosse croyait que Rabbi Meir citait Rabbi Hanina, et Rabbi Meir répond qu'il cite Rabbi Yehochoua.
La Guemara écarte le tonneau, à cause de la perte de houlin, et Rabbi Yo'hanan fixe la mahloket à la sixième heure : à la septième, tous brûlent. Le pigoul et le pain moisi ne servent pas d'appui.
Rabbi Yirmeya lit alors la michna dans une viande impurée par des liquides : Rabbi Meir et Rabbi Yosse suivent chacun leur avis sur la touma des liquides.
Le pigoul, le notar et le tamei : Beit Shammai disent qu'on ne les brûle pas ensemble. Et Beit Hillel disent qu'on les brûle ensemble.
Pigoul : korban rendu passoul par une pensée hors délai, pendant l'un des quatre rites. Notar : viande sacrée restée au-delà de son temps. Tamei : viande de kodech impure de la Torah. Les trois vont au feu.
Rachi rappelle le décret du daf 120b : pigoul et notar rendent les mains impures, pas le corps. Cohanim suspects, cohanim paresseux. Beit Shammai refusent d'ajouter une touma de la Torah à cette touma de rabanane. Beit Hillel permettent, justement parce que cette touma de rabanane est déjà là.
Et si tu penses que Rabbi Meir parle à partir des paroles de Rabbi Yehochoua, pourquoi Rabbi Yosse lui répond-il à partir de Rabbi Hanina, segan ha-kohanim ? Rav Nahman lui dit : Rabbi Yosse ne l'avait pas à l'esprit.
Il pensait que Rabbi Meir lui parlait à partir de Rabbi Hanina, segan ha-kohanim, et il lui a dit : moi, je parle à partir de Rabbi Yehochoua.
Retour au dialogue de la michna. Si la preuve de Rabbi Meir est le tonneau de Rabbi Yehochoua, la réponse de Rabbi Yosse par le témoignage de Rabbi Hanina tombe à côté.
Rav Nahman : Yosse a mal visé la source. Il croyait que Meir citait Hanina. Meir précise : je cite Yehochoua.
Et il lui dit : même selon Rabbi Yehochoua, la mesure n'est pas celle-là. Car Rabbi Eliezer et Rabbi Yehochoua conviennent qu'on brûle celle-ci à part et celle-là à part.
Eina hi ha-midda : la déduction ne convient pas. Eliezer et Yehochoua brûlent la terouma tahor à part et la tamei à part. Meir ne peut donc pas tirer de Yehochoua qu'on met les deux au même feu.
Et pourquoi la mesure n'est pas celle-là ? Cette mesure-là est bien une mesure.
L'objection : le tonneau de Yehochoua est tahor gemour, et on le rend impur de la main parce qu'il va à la perte. La terouma hamets tahor va aussi à la perte. La comparaison a l'air juste. Mida u-mida hi : la mesure tient.
Là-bas, c'est différent : il y a une perte de houlin.
Le cas du pressoir : un tonneau de terouma se brise en haut, du houlin tamei est en bas. Si on ne recueille pas la terouma dans des kelim impurs, elle descend et fait perdre le houlin. Hefsed houlin, perte de produit ordinaire. Pour le hamets, chaque terouma a son feu : cette perte-là manque.
Rav Yirmeya attaque : dans la michna aussi, il y a une perte de bois ! Un certain vieillard lui dit : d'une perte importante, ils se sont préoccupés ; d'une perte minime, ils ne se sont pas préoccupés.
Brûler à part coûte un second feu. Rav Yirmeya compte ce bois comme une perte, au même titre que le houlin.
Le vieillard sépare. Hefsed meroubé, perte importante : les sages en tiennent compte. Hefsed muat, perte minime, quelques bûches : ils n'en tiennent pas compte.
Rabbi Assi a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : le différend porte sur la sixième heure ; mais à la septième, tous disent qu'on brûle.
Le jour d'erev Pessa'h compte douze heures. On mange toute la quatrième, on suspend toute la cinquième, on brûle au début de la sixième. L'interdit de la Torah commence à midi, la septième.
Rabbi Yo'hanan : Meir et Yosse ne divergent qu'à la sixième, issour de rabanane. À la septième, issour de la Torah, Yosse aussi brûle la tahor avec la tamei.
Rabbi Zeira dit à Rabbi Assi : dirons-nous que Rabbi Yo'hanan tient ceci : la michna parle d'un av hatumah de la Torah et d'un vlad hatumah de rabanane, et que le sens de midivrehem, de leurs paroles, est : des paroles de Rabbi Hanina, segan ha-kohanim.
Rabbi Zeira propose la lecture qui colle à la sixième heure. La michna de Hanina : un av de la Torah avec un vlad de rabanane. Midivrehem, de leurs paroles, vise Hanina, pas Eliezer et Yehochoua. Meir n'apprend alors que là où il y a déjà un issour de rabanane.
Rachi laisse deux pistes. Soit la sixième est visée en propre, et à la quatrième ou à la cinquième Meir sépare. Soit Meir apprend quand même de Yehochoua, et la sixième n'est que le cas habituel : la quatrième et la cinquième suivraient.
Tossefot, le Ri : la sixième sert à annoncer la septième, où tous brûlent. À la quatrième et à la cinquième, le pain trouve des mangeurs. Si la source était Yehochoua, on ne saurait pas pourquoi Yosse brûle à la septième : il a déjà distingué le tonneau par la perte de houlin. La source de Meir est donc Hanina, et Yosse refuse la sixième parce que, pour lui, le vlad est de la Torah.
Il lui dit : oui. On a aussi énoncé : Rabbi Yo'hanan a dit : la michna parle d'un av hatumah de la Torah et d'un vlad hatumah de rabanane, et le sens de midivrehem, de leurs paroles, est : des paroles de Rabbi Hanina, segan ha-kohanim.
Et le différend porte sur la sixième ; mais à la septième, tous disent qu'on brûle.
Rabbi Assi confirme. La même phrase de Rabbi Yo'hanan est rapportée en clair : av de la Torah, vlad de rabanane, source = Rabbi Hanina, mahloket à la sixième, accord à la septième.
Rachi : la sixième est précise. Reste à comprendre pourquoi Yosse dit encore que la mesure n'est pas celle-là, si à la sixième la pure porte bien un issour de rabanane, parallèle au vlad de rabanane.
Disons que ceci l'appuie : le pigoul, le notar et le tamei, Beit Shammai disent qu'on ne les brûle pas ensemble, et Beit Hillel disent qu'on les brûle ensemble.
Appui visé pour la septième heure. Beit Hillel brûlent ensemble des choses interdites de la Torah. Rachi lit cela dans la bouche de Yosse : pour un issour de rabanane, pas d'impureté de la main ; pour un issour de la Torah, Yosse convient, même sans shem touma (nom d'impureté).
Là-bas, c'est différent : ils ont une touma de rabanane. Car nous avons appris : le pigoul et le notar rendent les mains impures.
Rejet. Pigoul et notar rendent les mains impures : touma de rabanane. On ne les compare pas à la terouma hamets de la septième, qui a un issour de la Torah et aucun nom de touma.
Rachi en tire que l'accord de Yosse à la septième n'est pas prouvé. Sans shem touma, il peut encore refuser qu'on rende la chose impure de la main.
Disons que ceci l'appuie : le pain qui a moisi et qui a été disqualifié pour la consommation de l'homme, alors que le chien peut encore le manger, contracte la touma des aliments à la mesure d'un œuf, et on le brûle avec la tamei à Pessa'h.
Second appui. Un pain moisi, impropre à l'homme, encore mangeable par le chien, reste un okhel : touma des aliments des ke-beitza (volume d'un œuf). S'il est terouma tahor, on le brûle avec la tamei à Pessa'h.
Rachi : l'auteur est Yosse. Meir permettrait déjà un pain intact. Yosse céderait donc dès qu'on ne mange plus, et le pain intact de la septième suivrait. Tossefot limitent la comparaison à la septième : à la sixième, la perte ne vient que d'un décret de rabanane.
Là-bas, c'est différent : ce n'est que de la poussière.
Afra, poussière. Le pain moisi a quitté le statut d'aliment. Le pain de la septième heure reste un aliment : seul l'issour de hamets le frappe. On n'apprend pas de l'un à l'autre.
S'il en est ainsi, que veut dire modeh, il convient ? Voici ce que Rabbi Yosse dit à Rabbi Meir : même selon Rabbi Yehochoua, qui est mekil, là où il est mekil, c'est pour la telouya et la tamei ; mais pour la tahor et la tamei, non.
Si Meir cite Hanina, pourquoi Yosse parle-t-il de ce que Eliezer et Yehochoua conviennent ? Ce mot vise quelqu'un qui citait Yehochoua.
Relecture. Yosse dit : même Yehochoua, le plus mekil, ne brûle ensemble à Pessa'h que la telouya (pureté douteuse) avec la tamei. La tahor certaine reste à part. Son mekil sur le tonneau vient de la perte de houlin, et sur le tonneau au safek : on le découvre, grama (cause indirecte), et de même de la main.
S'il en est ainsi, pourquoi la mesure n'est pas celle-là ? Cette mesure-là est bien une mesure.
Nouvelle objection, dans la lecture où Meir cite Hanina. À la sixième, issour de rabanane sur la tahor, comme la touma de rabanane du vlad. Si Yosse, à la septième, traite un issour de la Torah comme une touma, il ne sépare pas shem touma et shem issour. La mesure de Hanina tiendrait donc aussi pour la sixième.
Rabbi Yirmeya a dit : ici, il s'agit d'une viande devenue impure par des liquides qui sont devenus impurs du fait d'un sherets. Et Rabbi Meir suit son raisonnement, et Rabbi Yosse le sien.
Rabbi Yirmeya déplace la michna. La viande dite impure par un vlad a touché des liquides impurs par un sherets. Meir : ces liquides ne transmettent qu'en rabanane, la viande est tahor de la Torah, on apprend tahor avec tamei. Yosse : ils transmettent de la Torah, la viande est déjà tamei, tamei avec tamei.
Rachi resserre la chaîne, pour qu'il y ait un vrai ajout : sherets, kli rishon, liquides sheni, viande shelishi. La brûler avec une viande rishon la fait monter au sheni. Comme un aliment ne rend un aliment impur que de rabanane, il faut l'avis de Rav Adda ou d'Abaye : les kodashim produisent une touma du même degré. On fait d'un sheni de rabanane un sheni de la Torah.
Tossefot : plus loin, Yosse lui-même tient la transmission des liquides pour de rabanane. Ici il parle selon Rabbi Akiva. Le Rav Yossef de Jérusalem : pour Meir, le yitma des liquides est un hekhsher ; le liquide qui reçoit la touma sort du derach : un sheni fait un shelishi, dans les houlin, où l'aliment ne fait pas de shelishi.
Rabbi Meir selon son raisonnement, car il a dit : la touma des liquides pour rendre d'autres choses impures est de rabanane.
Formule de Meir, en clair. Toumat mashkin qui passe à d'autres objets : décret de rabanane. De la Torah, la viande reste tahor. La brûler avec un tamei de la Torah donne le modèle de la terouma tahor.
Et Rabbi Yosse selon son raisonnement, car il a dit : la touma des liquides pour rendre d'autres choses impures est de la Torah. Car on a enseigné dans une baraita :
Formule de Yosse, en clair. La transmission des liquides est de la Torah. La viande de la michna est donc déjà tamei de la Torah : elle ne prouve pas qu'on brûle une tahor avec une tamei. La baraita qui suit ouvre le daf suivant.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).