Sougya : Une baraita de Taharot tranche le safek (doute) des mashkin (liquides). Rabbi Meir : tamei s'ils deviennent impurs, tahor s'ils rendent autre chose impure.
Rabbi Yehouda : tamei dans tous les cas. Rabbi Yossi et Rabbi Chimon : tamei pour les aliments, tahor pour les kelim.
Rabbi Elazar, qui nie toute touma des liquides, est confronté au témoignage de Yossef ben Yo'ezer sur l'abattoir du Temple : Rav lit dakhen au sens plein, Chmouel réserve cette pureté à la touma transmise. Les versets sont ensuite ramenés au hekhsher (aptitude à recevoir la touma), aux eaux détachées et attachées, à la tevila, puis au sang versé comme de l'eau.
Un doute sur des liquides pour devenir impurs : tamei. Pour rendre d'autres impurs : tahor.
Paroles de Rabbi Meir. Et de même Rabbi Elazar disait selon ses paroles.
Rabbi Yehouda dit : pour tout, tamei.
La baraita sépare deux safek. Le liquide est-il devenu tamei ? Rend-il autre chose tamei ? Rabbi Meir tient le premier tamei, le second tahor.
Chez lui, la touma du liquide pour lui-même est de la Torah, d'après le verset de tout liquide qui sera bu. La touma qu'il transmet est de rabanane. Un safek de la Torah, en reshut ha-yahid, est tranché le-houmra. Un safek de rabanane est tranché le-koula.
Yitma se lit aussi yitamé, il rendra impur. Rabbi Meir ne fait pas cette deracha. Rabbi Yehouda la fait, et le voisinage du mot keli lui donne la touma des récipients de la Torah. Rabbi Elazar est lu ici comme suivant Rabbi Meir. La suite du daf demandera jusqu'où.
Rabbi Yossi et Rabbi Chimon disent : pour les aliments, tamei ; pour les kelim, tahor.
Rabbi Yossi et Rabbi Chimon coupent le safek de transmission en deux. Okhelin : tamei, car les liquides les rendent impurs de la Torah. Kelim : tahor, car cette touma n'est que de rabanane, et le doute n'a pas été inclus dans le décret.
Ils font la même deracha que Rabbi Yehouda, yitma / yitamé. La suite de la deracha, dans le chapitre, vise les aliments. La lecture qui rendrait le récipient tamei est écartée : il n'en était pas ainsi.
Et Rabbi Elazar tient-il que les liquides ont une touma dans le monde ? Or on a enseigné : Rabbi Elazar dit : il n'y a aucune touma pour les liquides.
Sache-le, car Yossef ben Yo'ezer, homme de Tsereda, a témoigné sur l'ayil kamtza qu'il est dakhen (pur), et sur les liquides de l'abattoir qu'ils sont dakhen.
La baraita vient de dire que Rabbi Elazar parle comme Rabbi Meir, donc que les liquides ont une touma. Une autre baraita lui prête l'avis inverse : aucune touma des liquides, même pour eux-mêmes.
La preuve est le témoignage de Yossef ben Yo'ezer de Tsereda. L'ayil kamtza, une sauterelle, est dakhen, apte à être mangé. Les liquides du beit mitbehayya, l'abattoir de l'azara, sont dakhen : ils ne reçoivent pas la touma. Si cette touma était de la Torah, les rabanane ne pourraient pas les en exempter. L'exemption protège les kodachim d'une perte.
Cela se tient bien selon Chmouel, qui a dit : dakhen, de rendre impur d'une touma d'autres choses, mais ils ont leur propre touma. Mais selon Rav, qui a dit : dakhen au sens plein, que dire ?
Deux lectures du mot dakhen courent déjà entre Rav et Chmouel, et le daf les déplie plus bas.
Selon Chmouel, les liquides de l'abattoir ne transmettent pas, et ils peuvent devenir tamei eux-mêmes. Alors Rabbi Elazar, qui s'appuie sur ce témoignage, peut encore tenir comme Rabbi Meir : touma pour eux-mêmes, et pas de transmission.
Selon Rav, dakhen veut dire purs pour de bon, même pour eux-mêmes. La phrase de Rabbi Elazar, aucune touma du tout, porte alors sur leur propre touma. Il ne peut plus dire comme Rabbi Meir sur les deux volets.
Rav Nahman bar Yitshak dit : sur un seul point.
Ehad : un seul des deux dires de Rabbi Meir. Rabbi Elazar le suit sur le safek de transmission, tranche tahor, car transmettre est de rabanane. Il ne le suit pas sur le liquide lui-même. Selon cette lecture de Rav, ce liquide non plus n'est pas tamei de la Torah.
Or il a dit : selon ses paroles, qui sont plusieurs. Et encore, on enseigne : et de même.
Difficulté.
La réponse de Rav Nahman bar Yitshak limite l'accord à un seul point. La baraita dit selon ses paroles, au pluriel, et et de même, qui marque un accord d'ensemble. Les deux tournures dépassent un seul volet. La difficulté, selon Rav, reste ouverte.
Pour le sujet lui-même. Rav dit : dakhen au sens plein.
Et Chmouel dit : dakhen, de rendre impur d'une touma d'autres choses, mais ils ont leur propre touma. Rav a dit dakhen au sens plein : il tient que la touma des liquides est de rabanane, et quand les rabanane ont décrété, c'est sur les liquides ordinaires, et sur les liquides de l'abattoir ils n'ont pas décrété.
Goufa : on reprend le témoignage pour lui-même. Rav lit dakhen mamach. Les liquides n'ont pas de touma de la Torah, pas même pour eux-mêmes. Le décret des rabanane vise les liquides du commun. Les liquides du beit mitbehayya en sont restés dehors, à cause de la perte des kodachim.
Et Chmouel dit : dakhen, de rendre impur d'une touma d'autres choses, mais ils ont leur propre touma. Il tient : la touma des liquides eux-mêmes est de la Torah, pour rendre d'autres impurs, de rabanane.
Et quand les rabanane ont décrété, sur les liquides ordinaires ; sur les liquides de l'abattoir, ils n'ont pas décrété. Et là où les rabanane n'ont pas décrété, c'est pour rendre d'autres impurs ; mais ils ont leur propre touma.
Selon Chmouel, le verset donne aux liquides leur propre touma, de la Torah. Transmettre est un décret. Ce décret s'arrête aux liquides ordinaires. À l'abattoir, pas de transmission. La touma d'eux-mêmes demeure : un décret ne retire pas une touma de la Torah.
Tossefot reprend le soit pour Chmouel. Rabbi Elazar peut dire aucune touma du tout tout en parlant comme Rabbi Meir sur la transmission, parce que sa phrase répond à Rabbi Chimon : aliments tamei, kelim tahor.
La seconde glose de Rachi, sur le mot il tient, formule l'autre avis : même la touma du liquide lui-même est de rabanane. C'est la lecture de Rav.
Rav Houna bar Hinena dit à son fils : quand tu entreras devant Rav Papa, pose-lui cette opposition. Chmouel a-t-il dit : dakhen, de rendre impur d'une touma d'autres choses, mais ils ont leur propre touma ?
Lis ici : et la chair qui touchera toute chose impure ne sera pas mangée.
L'objection vise Chmouel. Un liquide tamei pour lui-même de la Torah, qui ne transmettrait pas, se heurte au verset : la chair qui touche toute chose impure ne se mange pas.
Rachi borne le verset aux kodachim. Les liquides peuvent ne pas rendre les houlin tamei. Une chair sacrée qui touche un liquide tamei de la Torah a touché un tamei, et le verset la frappe.
Rav Chicha, fils de Rav Idi, dit : il en est de ceci comme d'un revi'i dans le kodech. Rav Achi objecte : un revi'i dans le kodech n'est pas appelé tamei ; celui-ci est appelé tamei.
Difficulté.
Rav Chicha propose un modèle où une chose est atteinte et ne transmet pas : le revi'i be-kodech, quatrième degré dans le sacré. Il est passoul, il ne rend pas le kodech tamei.
Rav Achi sépare les noms. Le revi'i n'est pas appelé tamei : sa pesoula sort d'un kal va-homer, plus loin dans le traité. Le liquide de Chmouel, lui, est appelé tamei. Le verset de la chair qui touche toute chose impure le vise. La comparaison tombe. La difficulté reste.
Viens et entends : et tout liquide qui sera bu dans tout récipient, yitma. Que signifie yitma ?
Il confère le hekhsher.
Le verset yitma semble dire que le liquide dans le keli de terre devient tamei. Même sans la double deracha yitma / yitamé, la touma du liquide pour lui-même en sortirait. Ce serait un appui contre Rav.
La Guemara lit yitma comme hekhsher : le liquide rend l'aliment apte à recevoir la touma. Rachi reconstruit la phrase. L'aliment sur lequel vient ce liquide est moukhchar, puis il devient tamei par l'avir (l'air intérieur) du récipient de terre impure. Be-khôl kli désigne des liquides telushin, détachés de leur source.
Le hekhsher, tu l'apprends déjà du début du verset : de toute nourriture qui se mange, etc. L'un vise les détachés, l'autre les attachés.
Si yitma veut dire hekhsher, le début du verset le dit déjà : toute nourriture sur laquelle vient de l'eau. La fin du verset serait de trop.
Réponse : une mention vise les télushin, l'eau détachée, dans un récipient. L'autre vise les méhubarin, l'eau encore attachée au sol.
Tossefot accorde cela avec Houlin 36b, où les deux versets se partagent entre touma du met (mort) et touma du sheretz. Dès qu'un verset montre que détaché et attaché suivent la même règle, l'autre verset reste libre pour l'autre partage. Le Rivam précise l'attaché : l'eau colle à l'aliment qu'on sort. Tant que l'aliment est rincé dans l'eau, pas de hekhsher.
Et les deux sont nécessaires. Car si on ne nous avait fait entendre que les détachés, c'est parce qu'il leur a donné de l'importance ; mais les attachés, je dirais que non.
On ne déduit pas l'eau attachée de l'eau détachée. L'eau télusha a été puisée : l'homme lui a donné une heshivout, il a montré qu'il en a besoin. Cette importance expliquerait le hekhsher. L'eau encore au sol n'a pas reçu ce geste. Sans un verset pour elle, on dirait qu'elle ne rend pas apte.
Et si on avait enseigné les attachés : parce qu'elles se tiennent à leur place, elles comptent ; mais les détachés, je dirais que non. Les deux sont nécessaires.
L'autre sens bloque aussi. L'eau mehouberet reste là où elle est : cette place lui donne son poids, et le hekhsher se comprend. L'eau puisée a quitté sa place. Sans un verset pour elle, on dirait qu'elle ne rend pas apte. Il fallait les deux mentions.
Viens et entends : mais une source, une citerne, un rassemblement d'eau, sera pur. Que signifie sera pur ?
De sa touma.
Second appui. Sera pur, dit de la source et de la citerne, laisserait entendre que seules les eaux attachées échappent à la touma. Les eaux détachées la recevraient, de la Torah. Ce serait une difficulté pour Rav.
Réponse : sera pur parle de l'homme. Il entre dans le mikve et sort tahor de sa touma. Les cheouvin, eaux puisées, ne purifient pas. Le verset ne dit pas que le liquide détaché devient tamei.
Et les détachés rendent-ils aptes ? Or Rabbi Yossi, fils de Rabbi Hanina, a dit : les liquides de l'abattoir, il ne leur suffit pas d'être dakhen, ils ne rendent pas aptes.
On vient de dire que l'eau détachée confère le hekhsher. Rabbi Yossi b. Rabbi Hanina dit des liquides de l'abattoir qu'ils sont dakhen et qu'ils ne confèrent pas le hekhsher. Si ce hekhsher était de la Torah, on ne pourrait pas le leur retirer.
Rachi borne l'étonnement à l'eau. L'eau détachée n'a pas, d'elle-même, la heshivout du puisage voulu. Les autres liquides sont toujours détachés de leur source : la question ne se pose pas pour eux de la même façon.
Il l'a expliqué au sujet du sang. Car Rabbi Hiya bar Abba a dit que Rabbi Yo'hanan a dit : d'où sait-on que le sang des kodachim ne rend pas apte ?
Car il est dit : sur la terre tu le verseras comme de l'eau. Un sang qui se verse comme de l'eau rend apte.
La phrase de Rabbi Yossi b. Rabbi Hanina est rapportée au sang, pas à l'eau de l'abattoir. Rabbi Yo'hanan lit : sur la terre tu le verseras comme de l'eau. Le sang qui se verse comme l'eau est comparé à l'eau, et il confère le hekhsher.
Rachi complète le partage. Le sang de houlin n'est pas recueilli : il se perd comme l'eau, il rend apte. Le sang des kodachim est reçu au keli, une part monte à l'autel : la comparaison à l'eau ne le prend pas, il ne rend pas apte. La Torah a donc pu écarter ce sang sans toucher au hekhsher de l'eau.
Tossefot signale l'objection de Houlin : mashkei est écrit avec un youd, au pluriel, ce qui viserait deux liquides. Ici la Guemara peut lire mashkei comme le liquide en général, sur le modèle de bogérot ordinaires. À Houlin, l'objection est soulevée parce qu'une autre réponse est en main.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).