Sougya : Fin de la discussion ouverte en 20a : le verset juxtapose l'aliment à l'air du keli hères. L'aliment devient tamei par cet air ; les kelim, non.
Rav Hisda, Rabbi Yossi fils de Rabbi Hanina et Rabbi Elazar opposent chacun deux enseignements sur Rabbi Yehochoua : brûler ensemble une terouma telouya et une terouma tame. Rabbi Shimon et Rabbi Yossi ne rapportent pas le même avis.
Puis la barrique brisée au pressoir : grama ou mains, perte de houlin importante ou minime, huile propre à l'éclairage et vin propre au zilouf. La crainte d'une takala sépare Beit Chammai, Beit Hillel et le tranchant de Rabbi Yishmael fils de Rabbi Yossi.
Le verset vient l'enseigner : "tout ce qui est en son intérieur sera impur", et il est juxtaposé à : "de tout aliment". Un aliment devient impur par l'air d'un keli hères (récipient de terre cuite), et tous les kelim ne deviennent pas impurs par l'air d'un keli hères.
Clôture du daf précédent. Rav Ada bar Ahava voulait compter le four comme plein de sheretz, et le pain comme rishon. La baraita lit deux versets collés : "tout ce qui est en son intérieur sera impur", puis "de tout aliment". L'air du keli hères vise l'aliment.
Rachi : si le récipient extérieur était plein de touma, cette touma toucherait le dos d'un keli shetef placé dedans, et ce keli devient tamei par le dos. Le verset enseigne donc un autre régime : aliments et liquides reçoivent un vlad hatouma, un keli non. De là, un keli rishon ne rend pas un keli tamei.
Rav Hisda oppose un enseignement de Pessa'h à un enseignement de Pessa'h, et il résout : Rabbi Yehochoua a-t-il dit les deux ensemble ?
Nouvelle sougya. Rav Hisda met en face deux dits de Pessa'h au nom de Rabbi Yehochoua. L'un brûle ensemble la terouma telouya et la terouma tame à erev Pessa'h. L'autre refuse.
Tossefot, Ri : on ne répond pas que Pessa'h changerait la règle. Le même avis permet la telouya et refuse la tahora avec la tame. Le critère est le statut de telouya.
Et on objecte. Rabbi Yossi a dit : le cas discuté ne ressemble pas à la preuve.
Quand nos maîtres ont témoigné, sur quoi ont-ils témoigné ? Si c'est sur la chair rendue impure par un vlad hatouma, que l'on brûle avec la chair rendue impure par un av hatouma : celle-ci est impure et celle-là est impure.
L'objection est le dire de Rabbi Yossi. Le témoignage des maîtres, celui de Rabbi Hanina segan hakohanim et de Rabbi Akiva, porte sur deux chairs déjà tamei : l'une par un vlad hatouma, l'autre par un av hatouma. Les brûler ensemble ne fait pas sortir une chose pure de sa tahara.
Si c'est sur l'huile rendue passoul (invalide) par un tevoul yom (qui s'est immergé ce jour-là), que l'on allume dans une lampe rendue impure par un tamei met : ceci est passoul et cela est tamei. Nous aussi, nous admettons, pour une terouma rendue impure par un vlad hatouma, qu'on la brûle avec la terouma rendue impure par un av hatouma.
Mais comment brûlerions-nous même une telouya avec la tame ? Peut-être Eliahou viendra-t-il et les rendra-t-il pures.
Deuxième lecture du témoignage : huile passoul par un tevoul yom, allumée dans une lampe tamei met. Là aussi, les deux sont déjà hors d'usage. Rabbi Yossi concède donc de brûler un vlad avec un av.
La telouya reste un safek. Eliahou peut encore la déclarer pure. La brûler avec la tame la rendrait tamei de façon sûre, pour un cas qui pouvait rester tahor.
Et il résout : ceci est Rabbi Shimon, selon l'avis de Rabbi Yehochoua ; cela est Rabbi Yossi, selon l'avis de Rabbi Yehochoua.
Les deux textes parlent selon Rabbi Yehochoua, et deux tanna rapportent son avis. Rabbi Shimon lui prête la brûlure ensemble de la telouya et de la tame : c'est la michna. Rabbi Yossi la refuse : c'est la baraita. La suite cite la baraita, puis répond à l'objection de Rachi.
Car on enseigne : le quatorze qui tombe un Chabbat, on fait disparaître tout avant Chabbat, et l'on brûle des teroumot impures, en suspens et pures, paroles de Rabbi Meir. Rabbi Yossi dit : la pure à part, la telouya à part, et l'impure à part.
Le 14 nissan un Chabbat : on ne brûle pas le hamets le jour même. Tout part au feu avant Chabbat. Rabbi Meir met dans le même tas tame, telouya et tahora. Rabbi Yossi fait trois tas.
Rachi rattache Meir à son principe déjà vu : des paroles des maîtres, il apprend qu'à Pessa'h on brûle même la tahora avec la tame.
Rabbi Shimon a dit : Rabbi Eliezer et Rabbi Yehochoua n'ont pas divergé sur la pure et sur l'impure, qu'on ne les brûle pas ensemble ; ni sur la telouya et sur la pure, qu'on les brûle ensemble. Sur quoi ont-ils divergé ?
Sur la telouya et sur l'impure. Rabbi Eliezer dit : que celle-ci soit brûlée à part et celle-là à part.
Et Rabbi Yehochoua dit : les deux ensemble.
Trois paires, un seul point de mahloket. Tahora avec tame : les deux refusent. Telouya avec tahora : les deux permettent, car la touma n'est pas établie, et le geste n'a pas l'air d'une touma faite beyadayim.
Telouya avec tame : Rabbi Eliezer sépare les tas. La tame est sûre, et la telouya peut être pure : le contact du feu commun la rend tamei de la main. Rabbi Yehochoua joint les tas. Une telouya n'a pas le devoir de shemira d'une tahora sûre.
Or la michna est de Rabbi Yossi ! Voici ce que Rabbi Yossi dit à Rabbi Meir : même Rabbi Shimon selon Rabbi Yehochoua, qui est mekil (indulgent), là où il est mekil, c'est pour la telouya et l'impure ; pour la pure et l'impure, non.
Rachi avait annoncé l'objection : la michna cite Rabbi Yossi, "telle n'est pas la mesure". On ne peut donc pas l'attribuer à Rabbi Shimon.
Réponse : Rabbi Yossi parle à Rabbi Meir. Même le rapport le plus souple, Shimon selon Yehochoua, ne mêle la telouya qu'avec la tame. Il ne brûle pas la tahora avec la tame. Meir, qui brûle les trois, dépasse cet avis.
Rabbi Yossi fils de Rabbi Hanina oppose une terouma à un enseignement de Pessa'h, et il résout : Rabbi Yehochoua a-t-il dit les deux ensemble ?
Deuxième contradiction. Le dit de Pessa'h, brûler telouya et tame ensemble, revient à rendre la telouya tamei beyadayim. La michna de la barrique, terouma de toute l'année, semble l'interdire.
Et on objecte : une barrique de terouma sur laquelle est né un doute de touma. Rabbi Eliezer dit : si elle était posée dans un endroit exposé, on la placera dans un endroit caché ; et si elle était découverte, on la couvrira.
Rabbi Yehochoua dit : si elle était posée dans un endroit caché, on la placera dans un endroit exposé ; et si elle était couverte, on la découvrira.
Michna de la barrique en safek touma. Rabbi Eliezer la protège : du lieu exposé vers le lieu caché, et on la couvre. Rabbi Yehochoua fait l'inverse : il l'expose et la découvre.
Makom hatorefa : endroit ouvert, où la touma peut l'atteindre. Makom hamutsna : endroit tenu à l'écart.
Un grama (causer sans geste direct), oui ; de ses mains, non ! Et il résout : ceci est Rabbi Shimon selon Rabbi Yehochoua ; cela est Rabbi Yossi selon Rabbi Yehochoua.
Même Yehochoua, dans cette michna, ne va que jusqu'au grama : poser la barrique là où la touma peut venir. Il ne la touche pas pour la rendre tamei.
Même partage qu'au début. Rabbi Shimon selon Yehochoua permet les mains, donc la brûlure commune à Pessa'h. Rabbi Yossi selon Yehochoua s'arrête au grama.
Tossefot : si Shimon permet de la brûler, le nom de telouya change de sens. D'ordinaire, telouya veut dire : ni mangée, ni brûlée. Chez lui : on peut la brûler, on n'y est pas tenu.
Rabbi Elazar oppose une terouma à une terouma, et il résout : Rabbi Yehochoua a-t-il dit : un grama, oui, de ses mains, non ?
Troisième contradiction, interne à la terouma. La barrique en safek limite Yehochoua au grama. Une autre michna, la barrique brisée au pressoir, lui fait dire : de la main.
Et on objecte : une barrique de terouma qui s'est brisée dans le pressoir supérieur, et au-dessous d'elle des houlin (profane) impurs.
Gat elyona : cuve haute, où l'on foule. La barrique de terouma s'y brise. En bas, gat tahtona, du vin de houlin déjà tamei. Si la terouma descend, elle devient tamei, et le mélange est interdit au cohen comme au zar.
Rabbi Eliezer concède à Rabbi Yehochoua que, s'il peut en sauver un reviit (quart de log) en tahara, il sauvera. Sinon, Rabbi Eliezer dit : qu'elle descende et devienne impure, et qu'il ne la rende pas impure de la main.
Point d'accord : un reviit que l'on peut recevoir dans un keli tahor, on le sauve. En dessous de cette mesure, ou sans keli tahor, Rabbi Eliezer laisse le vin descendre. La touma vient du contact avec les houlin d'en bas. La main ne la provoque pas.
Rabbi Yehochoua dit : qu'il la rende impure de la main.
Rabbi Yehochoua permet le geste : boucher le conduit avec un keli tamei, ou recevoir le vin dans un keli tamei. La terouma, ici pure au départ, devient tamei par un acte. Les houlin d'en bas restent buvables, ils ne reçoivent pas de terouma.
Et il résout : la-bas, c'est différent, car il y a une perte de houlin.
Rabbi Elazar ne tient pas les deux michnayot pour le même cas. Au pressoir, laisser descendre la terouma fait perdre les houlin : le mélange devient terouma tamei, interdit à la boisson. Cette perte autorise, selon Yehochoua, à rendre la terouma tamei de la main.
Rava attaque cela : dans la michna aussi, il y a une perte de bois ! Abaye lui dit : pour une perte importante, ils s'en sont inquiets ; pour une perte minime, ils ne s'en sont pas inquiets.
Rava : séparer les tas, à erev Pessa'h, coûte un second feu, donc du bois. Si la perte justifie de rendre tamei, la michna aurait dû permettre aussi.
Abaye distingue la mesure. Hesseid meroube, perte importante : les houlin du pressoir. Les Sages en tiennent compte. Hesseid mouat, quelques bûches : ils n'en tiennent pas compte. Rachi : c'est pour cela que Yossi selon Yehochoua refuse encore de brûler les tas ensemble.
Et d'où dis-tu que pour une perte importante ils s'en sont inquiets, et que pour une perte minime ils ne s'en sont pas inquiets ? Car on enseigne : une barrique d'huile de terouma qui s'est brisée dans le pressoir supérieur, et dans l'inférieur des houlin impurs.
Rabbi Eliezer concède à Rabbi Yehochoua que, s'il peut en sauver un reviit en tahara, il sauvera. Sinon, qu'elle descende et devienne impure, et qu'il ne la rende pas impure de la main.
Preuve d'Abaye, baraita de l'huile. Même cadre que le vin : pressoir haut, houlin tamei en bas, reviit à sauver s'il est sauvable. La formule finale n'a que le dire d'Eliezer : qu'elle descende, pas la main.
Rachi lit cette formule comme l'avis de tous. Le mélange d'huile interdirait les houlin au cohen et au zar, mais l'huile tamei reste bonne pour la lampe : la perte est minime. On ne rend donc pas la terouma tamei de la main. La suite demandera pourquoi le vin, lui, aurait un usage, le zilouf.
En quoi l'huile est-elle différente, elle qui est propre à l'éclairage ? Le vin aussi est propre au zilouf (aspersion qui parfume) !
Question : si l'huile échappe à la main parce qu'elle sert encore à allumer, le vin tamei sert encore au zilouf, on le répand pour l'odeur. La perte du vin serait donc minime elle aussi.
Tossefot : la terouma tamei se brûle. Temoura 33a règle l'élimination selon l'usage qui reste : brûlure pour ce qui se brûle, ensevelissement pour ce qui s'enterre. Un vin propre au zilouf suit cet usage, il n'est pas un reste sans emploi.
Et si tu dis que le zilouf n'est pas une chose qui compte, or Chmouel a dit au nom de Rabbi Hiya : on boit d'un log pour un sela, et on asperge d'un log pour deux ! Il s'agit de vin nouveau.
Le zilouf pourrait être tenu pour rien, et le vin pour perdu. Chmouel au nom de Rabbi Hiya donne le prix : boire, un log pour un sela ; asperger, un log pour deux. L'aspersion vaut plus que la boisson.
Réponse : la baraita parle du vin hadach, encore au pressoir. Rachi : l'odeur ne porte pas. Il n'est pas propre au zilouf. Laisser ce vin descendre dans les houlin, c'est une perte importante.
Or il est propre à vieillir ! On en viendrait à une takala (faux pas).
L'huile aussi : on en viendrait à une takala !
Le vin nouveau peut devenir vieux, et le zilouf redevient possible. Le garder ouvre une takala : avec le temps, on oublie qu'il est tamei et on en boit.
La même crainte vise l'huile gardée pour la lampe. La réponse vient au segment suivant : le récipient où on la place.
On le place dans un récipient repoussant. Le vin aussi, qu'on le place dans un récipient repoussant !
C'est pour le zilouf qu'il le veut : le placerait-il dans un récipient repoussant ?
L'huile tamei va dans un keli maous, un récipient qui dégoûte. On ne la boit pas, on l'allume. Le vin propose le même remède, et la Guemara le refuse.
Le zilouf demande une bonne odeur. Un récipient repoussant gâte le vin que l'on veut justement répandre pour parfumer.
Et la takala elle-même est un différend de tannaim. Car on enseigne : une barrique de vin de terouma qui est devenue impure.
Beit Chammai disent : qu'on la répande en bloc. Et Beit Hillel disent : qu'on en fasse du zilouf.
La crainte de la takala n'est pas une règle unique. Beit Chammai : tishapekh hevel, on vide la barrique d'un coup. Rachi : hevel vient de havila, un seul versement. Même le jour même, asperger peu à peu rapproche de la boisson.
Beit Hillel gardent le vin pour le zilouf. Ils ne traitent pas l'attente comme une takala qui obligerait à tout répandre.
Rabbi Yishmael fils de Rabbi Yossi a dit : je vais trancher. Dans le champ, qu'on la répande en bloc ; dans la maison, qu'on en fasse du zilouf.
Certains disent : pour le vin nouveau, qu'on la répande en bloc ; pour le vin vieux, qu'on en fasse du zilouf. Ils lui dirent :
Rabbi Yishmael fils de Rabbi Yossi vient longtemps après les deux maisons, et il propose un partage. Première version : au champ, on répand en bloc, on n'y asperge pas, et le trajet jusqu'à la maison est déjà une takala. À la maison, le zilouf est immédiat.
Autre version : on ne craint pas la courte attente du champ à la maison. Le partage est l'âge du vin. Hadach : en bloc. Yachan : zilouf. Le segment s'arrête sur "ils lui dirent". La réponse de sa génération est au daf suivant.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).