Sougya : Le daf poursuit la source de l'interdit de profit qui frappe les interdits alimentaires. Rabbi Yehouda le tire de lร -kelev tashlikhun oto : la trefa va au chien, les autres issourim non.
Rabbi Meir, qui le tient dรฉjร de la permission explicite de la nevela, rรฉserve le mot oto aux houlin abattus dans l'azara. Rabbi Yits'hak Nappaha objecte depuis le gid ha-nache, que l'on peut laisser dans une cuisse envoyรฉe ร un goy.
Rabbi Abbahou rรฉpond par la permission de la nevela, qui couvre le gid lorsqu'il a un noten taam ; Rabbi Chimon, qui refuse ce goรปt, interdit le profit du gid. Le sang, vendu aux jardiniers dans le Nahal Kidron, est permis par hekesh ร l'eau versรฉe.
Celui-lร , tu le jettes au chien, et tu ne jettes pas au chien tous les interdits de la Torah. Et Rabbi Meir ?
Celui-lร , tu le jettes au chien, et tu ne jettes pas au chien des houlin abattus dans l'azara.
Fin de 21b : Rabbi Yehouda ne lit pas dans la permission de la nevela un interdit de profit gรฉnรฉral, parce que le mot ou garde le verset tel qu'il est รฉcrit. Il le tire de oto : la trefa seule est jetรฉe au chien. Les autres issourim restent interdits au profit.
Rabbi Meir a dรฉjร cet interdit gรฉnรฉral, puisque la Torah a dรป permettre la nevela. Pour lui, oto vise les houlin abattus dans l'azara. Leur consommation se tire de Devarim 12, sans lav explicite ; le profit se tire d'ici. Rachi lit le mot sur ce qui est interdit hors de la mehitsa, face ร un autre interdit de mehitsa, l'abattage profane dans le parvis. Le Ri d'Orlรฉans : le mรชme mot permet la main du foetus, sinon le hekesh aux kodachim l'aurait interdite au profit.
Et l'autre ? Les houlin abattus dans l'azara sont hors de la Torah.
L'autre, c'est Rabbi Yehouda. Il n'a plus le mot oto pour les houlin de l'azara : ce mot lui sert dรฉjร pour tous les issourim. Il tient donc que leur interdit est hors de la Torah.
Rachi limite cette formule ร l'interdit de profit. Tossefot lisent l'interdit entier, consommation comprise. ร Nazir 29b, le korban du fils est mangรฉ : si la consommation รฉtait de la Torah, la rรฉponse ne tiendrait pas. Le Rachba objecte depuis le Torat Cohanim : exclure ces houlin de la serifa du notar suppose un interdit de profit deoraita.
Rabbi Yits'hak Nappaha objecte : et le gid ha-nache (nerf sciatique) ? Le Rahmana (le Maรฎtre de misรฉricorde) a dit : c'est pourquoi les enfants d'Israรซl ne mangeront pas le nerf sciatique.
Et nous avons appris : un homme envoie une cuisse ร un goy, le gid ha-nache รฉtant dedans, parce que son emplacement est reconnaissable.
Rabbi Abbahou lit dans lo yokhlou un interdit de manger et un interdit de profit. Le gid ha-nache a ce verbe, et la mishna permet d'envoyer la cuisse au goy avec le nerf dedans. L'emplacement visible รฉcarte la crainte qu'un autre Israรซl le croie dรฉjร retirรฉ. Le profit est donc permis, et l'objection porte.
Rabbi Abbahou tient ceci : quand la nevela a รฉtรฉ permise, elle, sa graisse et son gid ont รฉtรฉ permis. Cela va pour celui qui dit : il y a dans les giddim un noten taam (ils donnent un goรปt).
Pour celui qui dit : il n'y a pas dans les giddim de noten taam, que dire ?
La permission de la nevela entraรฎne le helev et le gid qui vont avec elle. Le lav du gid comporte donc une permission de profit, pour la nevela comme pour la bรชte kachรจre.
Cela suppose que le gid soit de la chair. S'il a un noten taam, il entre dans la nevela. S'il n'en a pas, il est comme un os : la permission de la nevela ne le couvre pas, alors que la Torah sanctionne celui qui le mange. L'objection reste ouverte, jusqu'au segment suivant.
De qui as-tu entendu qu'il dit : il n'y a pas dans les giddim de noten taam ? De Rabbi Chimon.
On enseigne : celui qui mange du gid ha-nache d'une behema temea (animal impur), Rabbi Yehouda le rend passible de deux peines, et Rabbi Chimon l'exempte.
L'opinion ein ba-gidin bi-noten taam est celle de Rabbi Chimon. Sur le gid d'un animal impur, Rabbi Yehouda compte deux malkout : le nerf a un goรปt de viande, donc il est chair impure, et le lav du gid s'y ajoute. Rabbi Chimon exempte des deux : sans goรปt, pas de chair ; et l'avertissement du gid ne vise que l'animal dont la viande est permise.
Consรฉquence pour le profit. Rabbi Chimon interdit le gid d'une bรชte pure mรชme au profit : lo tokhlou inclut la jouissance, et la permission de la nevela ne l'atteint pas. Rabbi Yehouda l'inclut dans la viande, donc dans la permission de la nevela.
Rabbi Chimon, de mรชme, interdit le profit. On enseigne : le gid ha-nache est permis au profit, paroles de Rabbi Yehouda ; Rabbi Chimon l'interdit.
La baraita le dit en clair : Rabbi Yehouda permet le profit du gid, Rabbi Chimon l'interdit. La mishna de la cuisse envoyรฉe suit donc Rabbi Yehouda.
Deux objections de lecture. Le cadeau gratuit est interdit selon Rabbi Yehouda ร Avoda Zara 20a : le voisin reste permis, car l'envoi vaut vente. Le gid interdit aux bene Noa'h ferait un lifnei iver : le Ri limite cet interdit aux enfants de Yaakov, appelรฉs ainsi avant le Sinaรฏ, la loi n'ayant pas รฉtรฉ rรฉpรฉtรฉe lร -bas.
Hizkiya, qui ne lit l'interdit de profit que dans lo ye'akhel, semble heurtรฉ par Rabbi Chimon. Tossefot : chez lui, l'extension au profit est une sevara locale, le gid n'ayant pas de consommation propre. Sinon, Hizkiya suit Rabbi Yehouda. Il ne couvre pas toutes les opinions ; le li-ma ke-tanna'ei ultรฉrieur vise Rabbi Abbahou.
Et le sang ? Le Rahmana a dit : toute personne d'entre vous ne mangera pas de sang.
Et nous avons appris : ceux-ci et ceux-lร se mรฉlangent dans l'ama (canal), sortent vers le Nahal Kidron, sont vendus aux jardiniers pour le fumier, et l'on y commet une me'ila.
Deuxiรจme objection ร Rabbi Abbahou. Lo tokhal est dit du sang, et la mishna le vend aux jardiniers. Le profit existe donc.
Le trajet est matรฉriel : restes des hatatot internes sur le yesod ouest, restes des hatatot externes sur le yesod sud, deux orifices, l'ama, le Nahal Kidron. La me'ila vient de l'appartenance ร l'hekdech : on paie le Temple, puis on fertilise. Rachi en tire que le sang, comme tel, est permis au profit.
Tossefot : on ne rรฉpond pas ici comme pour le gid, car le sang n'est pas inclus dans la behema. L'impuretรฉ du sang de nevela, ร Chabbat 77a, vient d'un verset, pas d'une assimilation ร la viande. Et la me'ila de ce sang, une fois la mitsva faite, est rabbinique.
Le sang est ร part : il a รฉtรฉ mis en hekesh avec l'eau. Il est รฉcrit : Tu ne le mangeras pas ; sur la terre tu le verseras comme de l'eau.
L'eau est permise : le sang est permis.
Le sang รฉchappe ร la rรจgle de Rabbi Abbahou par un hekesh particulier : tishpekhenu ka-mayim. L'eau dont on peut profiter sert de modรจle. Le verbe lo tokhal du sang reste un interdit de manger.
Tossefot รฉtendent la conclusion au sang des kodachim, bien que ce sang-lร ne soit pas versรฉ comme l'eau des houlin. Deux lavin distincts, une seule rรฉvรฉlation : le lav du sang vise la consommation.
Et si l'on disait : comme l'eau que l'on verse en libation sur l'autel ! Rabbi Abbahou dit : ka-mayim (comme l'eau), la plupart des eaux.
Est-il รฉcrit : la plupart des eaux ? Rav Achi dit : comme l'eau que l'on verse, et non comme l'eau que l'on offre en libation.
L'eau de l'autel est elle-mรชme interdite au profit : un keli charet la sanctifie. Si ka-mayim visait cette eau, le verset ne prouverait aucune permission.
Rabbi Abbahou rรฉpond par la majoritรฉ des eaux, qui sont permises. La Guemara refuse : rov mayim n'est pas รฉcrit. Rav Achi s'appuie sur le verbe shafakh, verser, face ร nasakh, verser en libation. Tossefot prรฉcisent la portรฉe de l'objection : elle bloque la preuve de la permission, elle ne reconstruit pas l'interdit, dรฉjร connu par lo tokhal.
Et si l'on disait : comme l'eau versรฉe devant l'avoda zara (culte รฉtranger) ! Lร aussi, cela porte le nom de nisoukh (libation).
Il est รฉcrit : ils boivent le vin de leurs libations.
L'eau rรฉpandue devant un culte รฉtranger est interdite au profit. Le verset yen nesihem l'appelle nisoukh, le mรชme nom que la libation d'autel. Elle sort donc du modรจle shafakh retenu par Rav Achi. Le hekesh du sang reste l'eau que l'on verse, dont le profit est permis.
Texte hรฉbreu et aramรฉen vocalisรฉ : รฉdition numรฉrique William Davidson du Talmud Koren Noรฉ, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction franรงaise, notes et schรฉmas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).