Pesachim 23a — Orla du public, et le profit derrière l'interdit de manger

Pesachim 23a

Sougya : La baraita de lakhem, ouverte en fin de 22b, se poursuit : le premier tanna inclut dans l'orla l'arbre planté pour le public ; Rabbi Yehouda l'en exclut, par ribboui après ribboui. La Guemara reprend ensuite Hizkiya et Rabbi Abahou : une formule qui interdit de manger interdit-elle le profit (issour hanaa) ?

Terouma, nazir, 'hadach, sheratsim et hamets semblent laisser le profit ouvert, chacun par un mot du verset (teroumatkhem, nizro, ketsirkhem, lakhem, lekha). Chez les sheratsim, le passif lo yeakhel suivi de lakhem devient la source de Hizkiya.

Le daf ferme sur le helev de nevela : Rabbi Yossi HaGelili lit lekhol melakha comme une permission de tout usage ; Rabbi Akiva, comme une pureté.

Six cas. Quel mot ouvre le profit ? Hizkiya : seul le passif lo yeakhel. Rabbi Abahou : toute formule d'interdit de manger. 1. Orla, suite de lakhem Premier tanna : lakhem inclut l'arbre planté pour le public. Rabbi Yehouda : deux ribboui de suite, donc il l'exclut. 2. Terouma — lo yokhal, actif Érouv tehumin permis avec de la terouma. Rav Papa : teroumatkhem, elle sera à vous. Hizkiya : teroumatkhem est la façon du verset, tout Israël. 3. Nazir — lo yokhal, actif Érouv avec du vin. Mar Zoutra : nizro, il sera à lui. Rav Ashi (chevelure seule sainte) est écarté : aucun miout n'est écrit. 4. 'Hadach — lo tokhelu, actif On moissonne pour le fourrage et on nourrit la bête. Rav Shemaya : ketsirkhem sera à vous. Hizkiya : tout Israël. 5. Sheratsim — lo yeakhel, passif Vente permise s'ils se présentent. Lakhem permet. Yihyu bloque le lekhathila. Hizkiya : c'est de là que lo yeakhel emporte le profit. 6. Hamets — lo yeakhel, passif Rabbi Yossi HaGelili : lekha, il sera à toi, profit permis les sept jours. Les Sages lisent lekha autrement : voir le hamets d'autrui et du Haut.
Six cas du daf : le mot du verset qui ouvre, ou ferme, le profit.
Hamets : à quoi servent les lekha ? Exode 13:7, et le verset des sept jours. Trois lekha en tout. Rabbi Yossi HaGelili Le profit du hamets est permis. Lekha 1 Shelkha yihe : le hamets reste à toi Lekha 2 Tu vois le hamets d'un goy Lekha 3 Même un goy que tu as soumis Les Sages Le profit du hamets est interdit. Lekha 1 Pas le tien ; celui d'autrui et du Haut Lekha 2 Goy soumis, et goy non soumis Lekha 3 Un pour le se'or, un pour le hamets
Trois lekha du hamets : Rabbi Yossi HaGelili permet le profit ; les Sages le refusent.
Helev de nevela : à quoi sert lekhol melakha ? Lévitique 7:24. Ye'aseh lekhol melakha, ve'akhol lo tokheluhu. Rabbi Yossi HaGelili Le verset vise interdit et permission. Pureté : aucun verset requis. Sans le mot kol Travail du Haut : permis Travail profane : interdit Avec lekhol melakha Tout usage est permis Lo tokhelu avait inclu le profit Lecture proche de Rabbi Abahou : l'interdit de manger emporte le profit. Rachi : lo tokhal de Rabbi Abahou. Rabbi Akiva Le verset vise impureté et pureté. Permission : aucun verset requis. Sans le mot kol Usage profane : pur Usage du Haut : impur Avec lekhol melakha Pur pour tout travail Le helev sort de la tumat nevela On n'avait pas envisagé un interdit. Le profit était déjà ouvert. Peau ointe : on s'en sert avec des taharot.
Helev de nevela : Rabbi Yossi lit une permission d'usage ; Rabbi Akiva, une pureté.
1
לרבים. רבי יהודה אומר: להוציא את הנטוע לרבים.

pour le public. Rabbi Yehouda dit : pour exclure ce qui est planté pour le public.

📜 Rachi (1)
לרבים לצורך רבים כגון באמצע הדרך לכל עובר:
Pour le public : pour le besoin du public, par exemple au milieu du chemin, pour tout passant.
🗂️ Tossefot (1)
נטוע לרבים ברה"י לצורך רבים ולא כמו שפ"ה באמצע הדרך דקתני במסכת ערלה (פ"א מ"ב) הנוטע לרבים חייב ורבי יהודה פוטר והדר קתני הנוטע ברה"ר והנכרי שנטע והגזלן כו' מדקתני בתרי בבי ש"מ תרי מילי נינהו:
Planté pour le public : dans un reshut hayahid (domaine privé), pour le besoin du public, et non comme l'explique Rachi, au milieu du chemin. Car on enseigne dans le traité Orla (chap. 1, mishna 2) : celui qui plante pour le public est soumis, et Rabbi Yehouda l'exempte. Ensuite on enseigne : celui qui plante dans le reshut harabim (domaine public), le nokhri qui a planté, et le voleur, etc. Du fait que c'est enseigné en deux cas, on apprend que ce sont deux choses.
💡 Explication

Suite immédiate de 22b. La baraita s'arrêtait sur lakhem, pour inclure ce qui est planté. Le mot qui manque est larabbim : pour le public. Le premier tanna fait entrer cet arbre dans l'orla. Rabbi Yehouda le fait sortir.

Rachi place l'arbre au milieu du chemin, pour les passants. Tossefot sépare deux mishnayot : planter pour le public dans un domaine privé, et planter dans le reshut harabim. Deux cas, deux halakhot.

2
מאי טעמא דתנא קמא — דכתיב ״ונטעתם״, ליחיד משמע, לרבים לא משמע. כתב רחמנא ״לכם״ — להביא את הנטוע לרבים. ורבי יהודה: ״ונטעתם״ משמע בין לרבים בין ליחיד, ו״לכם״ בין יחיד בין רבים משמע. הוי רבוי אחר רבוי — ואין רבוי אחר רבוי אלא למעט.

Quelle est la raison du premier tanna ? Car il est écrit : ounetatem (et vous planterez).

Cela vise l'individu ; le public n'est pas visé. Hachem a écrit lakhem (pour vous) : pour inclure ce qui est planté pour le public.

Et Rabbi Yehouda : ounetatem vise aussi bien le public que l'individu, et lakhem vise aussi bien l'individu que le public. C'est un ribboui après un ribboui (inclusion après inclusion), et un ribboui après un ribboui ne fait qu'exclure.

📜 Rachi (1)
ונטעתם ליחיד משמע דאין דרך רבים לנטוע ולכל חד וחד קאמר ונטעתם:
Ounetatem vise l'individu : le public n'a pas coutume de planter, et c'est à chacun qu'il dit ounetatem.
💡 Explication

Ounetatem se dit à des particuliers : planter est l'acte de chacun. Le premier tanna a donc besoin du pluriel lakhem pour faire entrer l'arbre du public dans l'orla.

Rabbi Yehouda lit déjà les deux formules comme visant public et particulier. Deux ribboui qui se suivent ne servent qu'à un miout (exclusion) : lakhem sort cet arbre de l'interdit.

🖼️ Schéma
Ounetatem et lakhem : inclure ou exclure Lévitique 19:23. Arbre planté pour le public. Premier tanna Ounetatem : l'individu Le public n'y est pas visé Lakhem, pluriel : ribboui Inclut le planté pour le public Orla : hayav Rachi : planter se dit à chacun Rabbi Yehouda Ounetatem : public et individu Lakhem : individu et public Ribboui après ribboui Ne fait qu'exclure Orla : patour Mishna Orla 1:2
Premier tanna : lakhem inclut. Rabbi Yehouda : le second ribboui exclut.
3
והרי תרומה, דרחמנא אמר: ״וכל זר לא יאכל קדש״, ותנן: מערבין לנזיר ביין, ולישראל בתרומה!

Or il y a la terouma, car Hachem a dit : vekhol zar lo yokhal kodech (aucun étranger ne mangera de chose sacrée). Et nous avons appris dans une mishna : on établit un erouv pour un nazir avec du vin, et pour un Israël avec de la terouma !

📜 Rachi (1)
מערבין לנזיר עירוב תחומין ביין אע"פ שסעודה שאינה ראויה לו היא הואיל ואי מתשיל אנזירותיה שריא ליה מערבין וכן לישראל בתרומה דאי בעי מיתשל עליה דתרומת טעות אינה תרומה והדרא לטיבלה והדר מפריש עלה מינה ובה:
On établit un erouv pour un nazir : un erouv tehumin (jonction des limites) avec du vin, bien que ce repas ne lui convienne pas. Puisque, s'il demande l'annulation de son nazireat, le vin lui devient permis, on établit l'erouv. De même pour un Israël avec de la terouma : s'il veut, il demande une consultation à son sujet. Une terouma séparée par erreur n'est pas terouma ; elle retourne au tevel (produit non prélevé) ; puis il prélève de nouveau sur elle, minah uvah (d'elle-même et en elle).
🗂️ Tossefot (1)
מערבין לנזיר ביין בפ' בכל מערבין (עירובין כח.) מפרש טעמא משום דאע"ג דלא חזי להאי חזי להאי ולא פריך הכא אליבא דמ"ד (שם דף לא.) אין מערבין אלא לדבר מצוה ומצות לאו ליהנות ניתנו:
On établit un erouv pour un nazir avec du vin : au chapitre Bekhol mearvin (Eruvin 28a), on explique la raison parce que, bien que cela ne convienne pas à celui-ci, cela convient à celui-là. Et ici on n'objecte pas selon l'avis (là-bas, 31a) : on n'établit un erouv que pour une chose de mitsva, et les mitsvot n'ont pas été données pour en jouir.
💡 Explication

Nouvelle série d'objections, du côté de Rabbi Abahou : toute formule qui interdit de manger emporterait l'issour hanaa. La terouma est dite par lo yokhal, à l'actif. Or un erouv tehumin se fait avec de la terouma pour un Israël, et avec du vin pour un nazir. S'en servir pour l'erouv est un profit.

Rachi : le repas peut devenir propre à celui qui pose l'erouv. Le nazir peut faire annuler son nazireat. L'Israël peut faire annuler une terouma de erreur : elle redevient tevel, et il prélève à nouveau.

Tossefot : à Eruvin 28a, la raison est qu'un autre peut manger ce repas. L'objection ne se place pas selon l'avis que l'erouv ne vaut que pour une mitsva, les mitsvot n'ayant pas été données pour la jouissance (mitsvot lav lehanot nitnu).

4
אמר רב פפא: שאני התם דאמר קרא ״תרומתכם״ — שלכם תהא. ואידך? ״תרומתכם״ — דכל ישראל קאמר.

Rav Papa a dit : là-bas, c'est différent, car le verset a dit : teroumatkhem (votre terouma) — elle sera à vous. Et l'autre ?

Teroumatkhem : il parle de tout Israël.

📜 Rachi (2)
תרומתכם ונחשב לכם תרומתכם ובתרומת מעשר דמפרשי לוים כתיב ותרומה גדולה איתקש בההוא קרא כדכתיב כדגן מן הגורן דהיינו תרומה גדולה:
Teroumatkhem : venheshav lakhem teroumatkhem (elle vous sera comptée, votre terouma). C'est écrit au sujet de la teroumat maaser (prélèvement du dîme) que séparent les Leviim. Et la terouma gedola (grand prélèvement) lui est rapprochée dans ce verset, puisqu'il est écrit kedagan min hagoren (comme le grain de l'aire), ce qui est la terouma gedola.
ואידך חזקיה דאמר לא תאכלו לא משמע הנאה האי תרומתכם לאו למישרי הנאה אתא אלא תרומתכם דכל ישראל קאמר ואורחיה דקרא לאישתעויי הכי ישראל לאו דוקא דהא בלוים כתיב:
Et l'autre : Hizkiya, qui dit que lo tokhelu n'implique pas le profit. Ce teroumatkhem ne vient pas permettre le profit. Teroumatkhem : il parle de la terouma de tout Israël, et c'est ainsi que le verset a coutume de parler. Israël n'est pas à prendre au pied de la lettre, puisque le verset est écrit au sujet des Leviim.
💡 Explication

Pour Rabbi Abahou, teroumatkhem (Nombres 18:27) rend la terouma à son propriétaire : le profit est permis, malgré lo yokhal. Le verset parle de la terouma du dîme des Leviim ; la terouma gedola y est jointe par l'image du grain de l'aire.

Hizkiya n'a pas besoin de ce mot pour le profit : chez lui, seul le passif lo yeakhel ferme le profit, et lo yokhal est à l'actif. Teroumatkhem reste une façon de dire, pour tout Israël.

5
והרי נזיר, דרחמנא אמר: ״מחרצנים ועד זג לא יאכל״, ותנן: מערבין לנזיר ביין. אמר מר זוטרא: שאני התם, דאמר קרא ״נזרו״ — שלו יהא.

Or il y a le nazir, car Hachem a dit : mehartsanim ve'ad zag lo yokhal (depuis les pépins jusqu'à la pelure, il ne mangera pas). Et nous avons appris dans une mishna : on établit un erouv pour un nazir avec du vin.

Mar Zoutra a dit : là-bas, c'est différent, car le verset a dit : nizro (son nazireat) — il sera à lui.

🗂️ Tossefot (1)
נזרו שלו יהא תימה לחזקיה נזרו למאי אתא ואית ספרים דגרסינן על נזרו מגלח ואינו מגלח על נזירות אביו:
Nizro, il sera à lui. Étonnement : pour Hizkiya, nizro, à quoi vient-il ? Et il y a des livres qui lisent : al nizro, il se rase, et il ne se rase pas pour le nazireat de son père.
💡 Explication

Même objection, autre cas. Le nazir est interdit de raisin par lo yokhal, à l'actif, et pourtant l'erouv au vin est valide. Mar Zoutra : le mot nizro laisse le vin au nazir, donc le profit reste ouvert.

Tossefot : Hizkiya ne tire pas le profit de l'actif. Nizro ne lui sert donc pas à permettre. Certains textes lui donnent un autre rôle, celui de Nazir : on se rase pour son propre nazireat, pas pour celui du père.

6
רב אשי אמר: ״קדש יהיה גדל פרע שער ראשו״, גידולו קדוש, ואין דבר אחר קדוש. מידי ״ואין דבר אחר״ כתיב?! אלא מחוורתא כדמר זוטרא.

Rav Ashi a dit : kadoch yihyeh, gadel pera se'ar rosho (il sera saint, il laissera croître en liberté la chevelure de sa tête). Sa croissance est sainte, et aucune autre chose n'est sainte.

Est-il écrit : ve'ein davar aher (et aucune autre chose) ?! La version claire est donc celle de Mar Zoutra.

📜 Rachi (2)
גידולו שיער שלו אסור בהנאה וטעון שריפה כדכתיב ונתן על האש אשר תחת זבח השלמים:
Sa croissance : ses cheveux sont interdits au profit et exigent la brûlure, comme il est écrit : venatan al haesh acher tahat zevah hashelamim (il le mettra sur le feu qui est sous le sacrifice de shelamim).
מידי ואין דבר אחר כתיב דילמא גידולו והוא הדין לדבר אחר דמאי מיעוט כתב הכא:
Est-il écrit : et aucune autre chose : peut-être sa croissance, et il en va de même pour une autre chose. Quel miout (exclusion) est écrit ici ?
💡 Explication

Rav Ashi cherche une autre source. Nombres 6:5 : la chevelure du nazir est kodech. Il lit : seule cette croissance est sainte, donc interdite au profit et à brûler sous le shelamim. Le raisin, lui, resterait ouvert au profit.

La Guemara refuse la lecture. Le verset ne dit pas qu'aucune autre chose n'est sainte. Rien n'exclut d'étendre la sainteté. On en revient à Mar Zoutra et au mot nizro.

7
והרי חדש, דרחמנא אמר: ״לחם וקלי וכרמל לא תאכלו עד עצם היום הזה״, ותנן: קוצר לשחת, ומאכיל לבהמה!

Or il y a le 'hadach (nouvelle récolte), car Hachem a dit : le'hem vekali vekarmel lo tokhelu ad etsem hayom hazeh (pain, grain grillé et épi frais, vous n'en mangerez pas jusqu'à ce jour même). Et nous avons appris dans une mishna : on moissonne pour le fourrage, et on nourrit la bête !

📜 Rachi (3)
חדש לפני העומר:
'Hadach : avant l'omer.
קוצר לשחת אע"ג דכתיב עומר ראשית קצירכם אל הכהן דמשמע דאסור לקצור לפני העומר מותר לקצור לשחת כשהוא עשב דלאו קציר הוא:
On moissonne pour le fourrage : bien qu'il soit écrit omer reshit ketsirkhem el hakohen (la gerbe, prémices de votre moisson, au cohen), ce qui implique qu'il est interdit de moissonner avant l'omer, il est permis de couper pour le fourrage tant que c'est de l'herbe, car cela ne compte pas comme moisson.
ומאכיל לבהמה אף חיטין גמורין על ידי קיטוף מכל מקום חדש מותר בהנאה:
Et on nourrit la bête : même du blé pleinement formé, par cueillette. En tout état de cause, le 'hadach est permis au profit.
🗂️ Tossefot (1)
קוצר לשחת ומאכיל לבהמה אף על גב דהא דקוצר לשחת היינו דווקא לבהמה כדמוכח במנחות בפ' רבי ישמעאל (מנחות ד' עא:) מ"מ ומאכיל לבהמה לא משמע ליה דקאי אקוצר לשחת דא"כ לא פריך מידי דחדש שאסר הכתוב היינו תבואה גמורה אלא מאכיל לבהמה היינו אפילו חיטין גמורין ועל ידי קיטוף כפ"ה ועוד דקתני סיפא רבי שמעון אומר יקצור ויאכל אף משהביא שליש:
On moissonne pour le fourrage et on nourrit la bête. Bien que moissonner pour le fourrage ne vise que la bête, comme il ressort dans Menahot au chapitre Rabbi Yishmael (Menahot 71b), néanmoins on nourrit la bête ne lui semble pas porter sur on moissonne pour le fourrage. Sinon l'objection ne porterait sur rien : le 'hadach qu'interdit le verset est la céréale achevée. On nourrit la bête vise donc même du blé achevé, et par cueillette, comme l'explique Rachi. En outre, la fin enseigne : Rabbi Shimon dit : il moissonnera et mangera, même une fois que la plante a formé le tiers.
💡 Explication

Le 'hadach d'avant l'omer est interdit par lo tokhelu, à l'actif. La mishna permet pourtant d'en nourrir la bête : le profit paraît ouvert.

Deux interdits se côtoient. Moissonner avant l'omer est fermé par reshit ketsirkhem ; l'herbe à fourrage ne compte pas comme moisson. Nourrir la bête, selon Rachi, vise aussi le blé formé, pris par cueillette : là le profit du 'hadach lui-même est permis.

Tossefot : si on nourrit la bête ne faisait que répéter le fourrage, l'objection tomberait, car le verset parle de céréale achevée. La fin de la mishna, Rabbi Shimon qui permet de manger après le tiers de croissance, montre que la phrase vise bien le grain.

8
אמר רב שמעיה: שאני התם דאמר קרא: ״קצירכם״ — קצירכם שלכם יהא. ואידך? ״קצירכם״ — דכל ישראל משמע.

Rav Shemaya a dit : là-bas, c'est différent, car le verset a dit : ketsirkhem (votre moisson) — votre moisson sera à vous. Et l'autre ?

Ketsirkhem vise tout Israël.

📜 Rachi (1)
ואידך חזקיה דלא נפקא ליה הנאה מלא תאכלו ולא איצטריך קצירכם למישרי אמר לך קצירכם דכל ישראל קאמר ואורחיה דקרא לאישתעויי הכי:
Et l'autre : Hizkiya, pour qui le profit ne sort pas de lo tokhelu, et pour qui ketsirkhem n'est pas requis afin de permettre. Il te dit : ketsirkhem parle de tout Israël, et c'est ainsi que le verset a coutume de parler.
🗂️ Tossefot (1)
קצירכם שלכם יהא תימה לרשב"א מנ"ל דאתא להכי הא איצטריך לכדדרשינן במנחות בפרק ר' ישמעאל (מנחות דף עב. ושם) קצירכם ולא קציר מצוה וחזקיה נמי לישני הכי וי"ל מדלא כתב ראשית קציר והוי מצי למיכתב קצירך וכתב קצירכם שמע מינה תרתי:
Votre moisson sera à vous. Étonnement pour le Rachba (Rabbeinou Shimshon) : d'où sait-on qu'il vient pour cela ? Ce mot est pourtant requis pour ce qu'on expose dans Menahot, au chapitre Rabbi Yishmael (Menahot 72a, et là-bas) : ketsirkhem, et non la moisson de mitsva. Hizkiya aussi pourrait répondre ainsi. On répond : puisqu'il n'a pas écrit reshit katsir, alors qu'il aurait pu écrire ketsirkha (ta moisson), et qu'il a écrit ketsirkhem, on en apprend deux choses.
💡 Explication

Même schéma que teroumatkhem. Rav Shemaya, pour Rabbi Abahou : ketsirkhem (Lévitique 23:10) laisse la moisson à son propriétaire, donc le profit du 'hadach est permis. Hizkiya y voit seulement le parler habituel du verset, pour tout Israël.

Tossefot : ce pluriel sert déjà, à Menahot 72a, à exclure la moisson de mitsva. La réponse : le verset aurait pu dire ketsirkha. Le pluriel ketsirkhem porte les deux derachot, l'exclusion de la moisson de mitsva, et le profit laissé au propriétaire.

9
והרי שרצים, דרחמנא אמר: ״שקץ הוא לא יאכל״, ותנן: ציידי חיה ועופות ודגים שנזדמנו להם מינין טמאין — מותרין למוכרן לגוים. שאני התם, דאמר קרא: ״לכם״ — שלכם יהא.

Or il y a les sheratsim (bestioles), car Hachem a dit : shekets hu lo yeakhel (c'est une abomination, on n'en mangera pas). Et nous avons appris dans une mishna : les chasseurs de bêtes, d'oiseaux et de poissons à qui se présentent des espèces impures — il leur est permis de les vendre aux goyim.

Là-bas, c'est différent, car le verset a dit : lakhem (pour vous) — ils seront à vous.

📜 Rachi (1)
שנזדמנו דווקא שנזדמנו דלא מצרכינן להו להפקירן אבל לכתחלה אסור לחזר אחריהן כדתנן התם במס' שביעית (פ"ז מ"ג) אין עושין סחורה לא בנבילות וטריפות ולא בשקצים ורמשים:
Qui se présentent : précisément lorsqu'ils se présentent, car on ne les oblige pas à les rendre hefker (abandonnés). Mais lekhathila (d'emblée), il est interdit de les rechercher, comme on l'enseigne là-bas dans le traité Sheviit (chap. 7, mishna 3) : on ne fait commerce ni des nevelot et trefot, ni des sheketsim et remasim.
💡 Explication

Ici la formule est au passif : lo yeakhel. L'objection atteint donc aussi Hizkiya. La mishna permet de vendre aux goyim les espèces impures qui se présentent d'elles-mêmes. Le profit existe, malgré le passif.

Réponse commune : lakhem (Lévitique 11) les laisse à vous. Rachi limite la mishna au cas où elles échouent. Les rechercher pour en faire commerce reste interdit, Sheviit 7:3.

🖼️ Schéma
Sheratsim : vente et recherche Lo yeakhel, puis lakhem, puis yihyu. Sheviit 7:3. Nizdamnu Ils se présentent au chasseur Vente aux goyim permise Pas d'obligation de hefker Lekhathila Les rechercher pour en faire commerce Interdit Yihyu : ils restent dans leur état d'abomination Sheviit 7:3 Pas de commerce de nevelot, trefot, sheketsim, remasim Lakhem avait ouvert le profit en général
Sheratsim qui se présentent : vente permise. Les rechercher : interdit.
10
אי הכי, אפילו לכתחלה נמי! שאני הכא, דאמר קרא: ״יהיו״ — בהוייתן יהו.

S'il en est ainsi, même lekhathila (d'emblée) aussi ! Ici, c'est différent, car le verset a dit : yihyu (ils seront) — ils resteront dans leur état.

📜 Rachi (1)
יהיו ושקץ יהיו לכם:
Yihyu : ushekets yihyu lakhem (ils seront en abomination pour vous).
🗂️ Tossefot (1)
אמר קרא יהיו בהוייתן יהו וא"ת א"כ סוסים וחמורים היכי זבנינן וי"ל דבמידי דאכילה מיירי דווקא ובירושלמי דמסכת שביעית ספ"ח פריך והרי חמור וגמל ומשני למלאכתן הן גדילים וא"ת דאמרי' במרובה (ב"ק פב: ושם) אסור לישראל לגדל חזירים תיפוק ליה דמדאורייתא אסור וי"ל דנפקא מינה למיקם בארור אי נמי הא דאסור מדאורייתא היינו להשתכר ולמכור לנכרי לאכול אבל להשתכר בשומנן או בעורן לא או שמגדל שלא למכור אלא למשוח ולהדליק אפילו הכי בחזירים אסור א"נ בנזדמנו לו כגון שנפלו בירושה אין לגדלן:
Le verset a dit yihyu, ils resteront dans leur état. Si l'on objecte : dans ce cas, les chevaux et les ânes, comment les vend-on ? On répond : le verset ne parle que d'une chose d'alimentation. Dans le Yerushalmi du traité Sheviit, fin du chapitre 8, on objecte : et l'âne, et le chameau ? On répond : ils grandissent pour leur travail. Si l'on objecte : on dit dans Merouba (Bava Kamma 82b, et là-bas) qu'il est interdit à un Israël d'élever des porcs ; que cela sorte donc de l'interdit de la Tora ! On répond : la différence pratique est d'entrer sous le arour (la malédiction). Autre réponse : l'interdit de la Tora vise le gain, vendre à un nokhri pour qu'il mange ; le gain sur leur graisse ou sur leur peau n'y entre pas. Ou bien : celui qui élève sans vendre, seulement pour oindre et pour allumer, même ainsi, pour les porcs, c'est interdit. Autre réponse : lorsqu'ils lui échouent, par exemple s'ils lui viennent en héritage, il ne doit pas les élever.
💡 Explication

Lakhem avait ouvert tout profit. On aurait donc pu rechercher les sheratsim dès l'origine pour les vendre. Yihyu (Lévitique 11:11) les maintient dans leur shekets : on s'en tient éloigné, et le commerce délibéré reste fermé.

Tossefot sort du champ alimentaire : chevaux et ânes se vendent, le Yerushalmi les réserve au travail. L'interdit d'élever des porcs (Bava Kamma 82b) ajoute le arour. Selon les réponses, la Tora vise la vente pour la consommation ; graisse, peau, onction et luminaire, ou un animal reçu en héritage, se discutent à part, et les porcs restent soumis à l'interdit des Sages.

11
ולחזקיה, למה לי למיכתב ״לא יאכל״, ומייתי ״לכם״ למישרייה? לא לכתוב רחמנא ״לא יאכל״, ולא בעי ״לכם״! אמר לך חזקיה, טעמא דידי נמי מהכא.

Et selon Hizkiya, pourquoi écrire lo yeakhel (on n'en mangera pas), et amener lakhem pour le permettre ? Que Hachem n'écrive pas lo yeakhel, et lakhem ne serait pas requis !

Hizkiya te répond : ma raison, à moi aussi, sort d'ici.

📜 Rachi (2)
ולחזקיה למה לי למכתב לא יאכל ומייתי לכם למישרייה בשלמא לר' אבהו לא מצינו לאקשויי בכל הנך דכתיב בהו לא תאכל והדר כתיב בו היתר הנאה דאיצטריך לא תאכלו לאכילה ואיצטריך היתירא להנאה אלא לחזקיה כיון דסוף סוף שרי ליה רחמנא בהנאה למה לי קרא דשני בדיבורא וכתב לא יאכל דמשמע הנאה ואיצטריך לכם למישרייה בהנאה ליכתוב לא תאכל ותו לא איצטריך לכם:
Et selon Hizkiya, pourquoi écrire lo yeakhel et amener lakhem pour le permettre : soit, pour Rabbi Abahou, nous ne pouvons pas objecter dans tous ces cas où il est écrit lo tokhal et où, ensuite, est écrite une permission de profit. Lo tokhelu est requis pour la consommation, et la permission est requise pour le profit. Mais pour Hizkiya, puisque de toute façon Hachem le permet au profit, pourquoi un verset qui change la formulation et écrit lo yeakhel, lequel implique le profit, alors qu'il faut lakhem pour le permettre au profit ? Qu'il écrive lo tokhal, et lakhem ne serait plus requis.
טעמא דידי דאמינא לא יאכל משמע הנאה מהא נפקא לי ואי לאו האי קרא דכתיב לא יאכל ותו כתב לכם למישרייה לא הוה ידענא דלא יאכל איסור הנאה הוא וכל הנך קראי דהיתר הנאה דכתיבי גבי לא תאכל הא דרשינהו חזקיה למילתא אחרינא כדאמרן לעיל תרומתכם קצירכם דכל ישראל:
Ma raison : quand je dis que lo yeakhel implique le profit, c'est d'ici que cela me sort. Sans ce verset, où il est écrit lo yeakhel puis lakhem pour le permettre, je n'aurais pas su que lo yeakhel est un interdit de profit. Et tous ces versets de permission de profit écrits à côté de lo tokhal, Hizkiya les expose pour une autre chose, comme nous l'avons dit plus haut : teroumatkhem, ketsirkhem, de tout Israël.
💡 Explication

La question ne vise que Hizkiya. Le profit des sheratsim finit par être permis, grâce à lakhem. Écrire d'abord le passif, qui chez lui ferme le profit, puis l'ouvrir, semble un détour. Un simple lo tokhal aurait suffi pour la consommation.

Réponse : ce détour est sa source. On apprend que lo yeakhel seul est un issour hanaa, précisément parce qu'il a fallu un second mot pour rouvrir le profit. Teroumatkhem et ketsirkhem, placés à côté d'un actif, gardent chez lui leur autre derasha.

🖼️ Schéma
D'où Hizkiya tient que lo yeakhel vise le profit Lo yeakhel passif, sheratsim semble tout fermer Lakhem ouvre le profit shelakhem yihe Question Si le profit finit permis, pourquoi le passif ? Réponse Ce couple enseigne que le passif seul ferme le profit Pour Rabbi Abahou, lo tokhal vise déjà la consommation, et le mot d'ouverture vise le profit. Les autres mots d'ouverture (teroumatkhem, ketsirkhem), Hizkiya les lit comme le parler du verset. Sans lo yeakhel suivi de lakhem, il n'aurait pas su que le passif est un issour hanaa.
Lo yeakhel puis lakhem : le second mot prouve que le passif fermait le profit.
12
והרי חמץ, דרחמנא אמר: ״לא יאכל חמץ״, ותניא, רבי יוסי הגלילי אומר: תמה על עצמך היאך חמץ אסור בהנאה כל שבעה? שאני התם, דאמר קרא: ״ולא יראה לך שאור״ — שלך יהא.

Or il y a le hamets, car Hachem a dit : lo yeakhel hamets (on ne mangera pas de hamets). Et on a enseigné dans une baraita : Rabbi Yossi HaGelili dit : étonne-toi toi-même, comment le hamets serait-il interdit au profit pendant les sept jours ?

Là-bas, c'est différent, car le verset a dit : vélo yerae lekha se'or (et l'on ne verra pas chez toi de levain) — il sera à toi.

📜 Rachi (1)
תמה על עצמך היאך נאסר חמץ בהנאה דס"ל מותר בהנאה כל שבעה וכ"ש לאחר הפסח ופליגא דרבי יהודה דאמר חמץ שעבר עליו הפסח אסור בהנאה לקמן בפירקין (פסחים דף כח:):
Étonne-toi, comment le hamets en viendrait à être interdit au profit : il tient qu'il est permis au profit pendant les sept jours, et à plus forte raison après Pessa'h. Et il diverge de Rabbi Yehouda, qui dit : le hamets sur lequel Pessa'h est passé est interdit au profit, plus loin dans notre chapitre (Pesachim 28b).
🗂️ Tossefot (1)
שאני התם דאמר קרא לא יראה לך תימה דליכתב לא יאכל לחזקיה ולא בעי לך:
Là-bas, c'est différent, car le verset a dit lo yerae lekha : étonnement, que l'on écrive lo yeakhel pour Hizkiya, et que lekha ne soit pas requis.
💡 Explication

Le hamets est dit au passif, lo yeakhel. Rabbi Yossi HaGelili s'étonne qu'on l'interdise au profit pendant les sept jours : chez lui, le profit est permis, et à plus forte raison après la fête. Rachi le distingue de Rabbi Yehouda, pour qui le hamets après Pessa'h reste interdit au profit (28b).

La Guemara répond par lekha de vélo yerae lekha se'or : le hamets reste à toi, le profit est ouvert. Tossefot reporte la question des sheratsim : pour Hizkiya, si lekha permet, le passif lo yeakhel semblait pouvoir ne pas être écrit.

13
ורבנן? שלך אי אתה רואה, אבל אתה רואה של אחרים ושל גבוה. ואידך? תרי ״לך״ כתיבי.

Et les Sages ? Le tien, tu ne le vois pas ; mais tu vois celui d'autrui et celui du Haut.

Et l'autre ? Deux lekha sont écrits.

💡 Explication

Les Sages interdisent le profit du hamets. Lekha ne leur sert pas à le permettre. Il enseigne : ton hamets, tu ne dois pas le voir ; celui d'un autre, et celui du Haut (hekdesh), tu peux le voir.

Rabbi Yossi répond qu'il y a deux lekha. L'un peut garder cette lecture, l'autre reste libre pour le profit.

14
ואידך? חד — בגוי שכיבשתו, וחד — בגוי שלא כיבשתו. ואידך? תלתא ״לך״ כתיבי. ואידך? חד — בשאור, וחד — בחמץ. וצריכי.

Et l'autre ? Un, pour un goy que tu as soumis, et un, pour un goy que tu n'as pas soumis.

Et l'autre ? Trois lekha sont écrits.

Et l'autre ? Un pour le se'or (levain), et un pour le hamets.

Et ils sont nécessaires.

📜 Rachi (2)
תלתא לך כתיבי לא יראה לך חמץ ולא יראה לך שאור בכל גבולך ועוד קרא אחרינא ולא יראה לך שאור בכל גבולך שבעת ימים:
Trois lekha sont écrits : lo yerae lekha hamets (on ne verra pas chez toi de hamets), vélo yerae lekha se'or bekhol gevulekha (et l'on ne verra pas chez toi de levain dans tout ton territoire), et encore un autre verset : vélo yerae lekha se'or bekhol gevulekha shivat yamim (et l'on ne verra pas chez toi de levain dans tout ton territoire, sept jours).
וצריכי דאי כתב שאור משום דחימוצו קשה אבל חמץ אימא מותר ואי כתב חמץ משום דראוי לאכילה אבל שאור דלא אתי למיכליה אימא לא עבר עליה הכי מפרש להו בפ"ק דביצה (דף ז:):
Et ils sont nécessaires : s'il avait écrit se'or, ce serait parce que son levain est fort, mais le hamets, je dirais qu'il est permis. Et s'il avait écrit hamets, ce serait parce qu'il est propre à être mangé, mais le se'or, dont on n'arrive pas à manger, je dirais qu'on ne transgresse pas à son sujet. C'est ainsi qu'on les explique au premier chapitre de Beitsa (7b).
💡 Explication

Les Sages déploient deux lekha : l'un pour le goy sous ta main, l'autre pour le goy qui ne l'est pas. Dans les deux cas, son hamets peut rester chez toi pendant Pessa'h. Rabbi Yossi en a un troisième, qui couvre aussi le goy soumis, une fois le profit enseigné à part.

Le troisième lekha, chez les Sages, sépare se'or et hamets. Rachi, d'après Beitsa 7b : le levain est fort, le hamets se mange. Aucun des deux ne s'apprend de l'autre.

🖼️ Schéma
Pourquoi se'or et hamets sont tous deux écrits Rachi, d'après Beitsa 7b. On ne déduit pas l'un de l'autre. Si seul se'or était écrit Son levain est fort. Le hamets, on le tiendrait pour permis. D'où le verset du hamets. Si seul hamets était écrit Il est propre à être mangé. Le se'or, qu'on ne mange pas, on ne le tiendrait pas pour une transgression.
Se'or et hamets : chacun a son lekha, Beitsa 7b.
15
לימא כתנאי. ״יעשה לכל מלאכה״, מה תלמוד לומר: ״לכל מלאכה״, שיכול למלאכת גבוה יהא מותר, למלאכת הדיוט יהא אסור, תלמוד לומר: ״לכל מלאכה״ — דברי רבי יוסי הגלילי.

Dirons-nous que c'est un différend de tannaim ? Ye'aseh lekhol melakha (il sera employé pour tout travail).

Que vient enseigner lekhol melakha (pour tout travail) ? On aurait pu dire : pour le travail du Haut il sera permis, pour le travail profane il sera interdit.

Le verset enseigne : pour tout travail. Paroles de Rabbi Yossi HaGelili.

📜 Rachi (3)
לימא כתנאי לא תאכל דרבי אבהו:
Dirons-nous que c'est un différend de tannaim : au sujet de lo tokhal de Rabbi Abahou.
יעשה למלאכה הוה מצי למיכתב גבי חלב דנבילה:
Ye'aseh lemelakha : il aurait pu écrire cela au sujet du helev (graisse) de nevela.
שיכול אי לא הוה כתב לכל הוה אמינא למלאכת גבוה יהא מותר אם צריך למשוח ממנו עורות למלאכת בדק הבית יהא מותר דהא מישתרי חלב באכילה לגבי גבוה למזבח אבל למלאכת הדיוט יהא אסור שהרי נאמר בו לא תאכלו ואיסור הנאה במשמע ת"ל לכל מלאכה:
On aurait pu dire : s'il n'avait pas écrit kol (tout), j'aurais dit : pour le travail du Haut il sera permis. S'il faut en oindre des peaux pour le travail du bedek habayit (entretien du Temple), ce sera permis, car le helev est permis à la consommation vis-à-vis du Haut, pour l'autel. Mais pour le travail profane il sera interdit, puisqu'il est dit à son sujet lo tokhelu, et l'interdit du profit est dans le sens du verset. Le verset enseigne : lekhol melakha.
💡 Explication

La Guemara propose de retrouver le différend dans une baraita sur le helev de nevela (Lévitique 7:24). Le verset dit déjà qu'on peut l'employer ; il répète lekhol melakha.

Rabbi Yossi HaGelili : sans le mot kol, l'usage du Haut serait permis, parce que le helev monte sur l'autel, et l'usage profane serait interdit, parce que lo tokhelu emporte le profit. Lekhol ouvre les deux usages. Rachi rattache cette lecture à lo tokhal selon Rabbi Abahou.

16
רבי עקיבא אומר: שיכול למלאכת הדיוט יהא טהור, למלאכת גבוה יהא טמא, תלמוד לומר: ״לכל מלאכה״.

Rabbi Akiva dit : on aurait pu dire : pour le travail profane il sera pur, pour le travail du Haut il sera impur. Le verset enseigne : pour tout travail.

📜 Rachi (1)
רבי עקיבא אומר כו' כלומר לא הוצרך הכתוב להתיר דלא הוה ס"ד לאיסור ולא בא אלא לטהרו מכלל טומאת הבשר ולומר שאין חלב בכלל נבילה ואינו חושש לטומאה אלא מותר לישתמש טהרות בעור המשוח בחלב נבילה ואם לא ריבה לכל מלאכה הייתי אומר למלאכת הדיוט להשתמש בו חולין יהא טהור אבל למלאכת גבוה להשתמש קדשים יהא טמא:
Rabbi Akiva dit, etc. : le verset n'a pas eu besoin de permettre, car on n'aurait pas envisagé l'interdit. Il ne vient que pour le déclarer pur, en dehors de l'impureté de la chair, et pour dire que le helev n'entre pas dans la nevela. On ne se préoccupe pas d'impureté : il est permis de se servir de taharot (choses pures) avec une peau ointe de helev de nevela. Si le verset n'avait pas élargi à tout travail, j'aurais dit : pour le travail profane, s'en servir pour des houlin (choses non sacrées), il sera pur ; mais pour le travail du Haut, s'en servir pour des kodashim (choses sacrées), il sera impur.
💡 Explication

Rabbi Akiva ne lit pas lekhol melakha comme une permission. L'interdit de profit ne s'était pas présenté. Le verset sort le helev de la tumat nevela : une peau ointe de cette graisse peut toucher des taharot.

Sans le mot kol, il aurait distingué : pur pour un usage de houlin, impur pour un usage de kodashim. Lekhol met les deux usages au même régime de pureté.

17
ורבי יוסי הגלילי, לטומאה ולטהרה לא איצטריך קרא. כי איצטריך קרא — לאיסור ולהיתר. ורבי עקיבא, איסור והיתר לא צריך קרא, כי איצטריך קרא — לטומאה ולטהרה.

Et Rabbi Yossi HaGelili : pour l'impureté et la pureté, le verset n'est pas requis. Là où le verset est requis, c'est pour l'interdit et la permission.

Et Rabbi Akiva : pour l'interdit et la permission, le verset n'est pas requis. Là où le verset est requis, c'est pour l'impureté et la pureté.

💡 Explication

Le différend se résume au rôle du verset. Rabbi Yossi HaGelili réserve lekhol melakha à l'issour et à l'heter : sans ce mot, l'usage profane du helev serait resté interdit. La pureté du helev, elle, allait de soi.

Rabbi Akiva réserve le verset à la tumah et à la tahara. Le profit du helev de nevela était déjà permis ; le mot kol empêche de rendre impur l'usage du Haut.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).