Sougya : L'amoud poursuit la question : une formule qui interdit de manger interdit-elle aussi le profit ? La Guemara examine la baraita de Rabbi Yossi haGelili et de Rabbi Akiva sur le helev de la nevela (Lev.
7:24). Tous deux tiennent que lo tokhalu couvre manger et profit ; ils divergent sur l'inclusion du helev et du gid hanashe dans la permission de la nevela.
Le gid se tire du helev par kal va-homer ; Rabbi Chimon rรฉfute par la chaya, et Rabbi Yossi rรฉpond par la behema. Une fois les versets prรฉcรฉdents rรฉsolus, Hizkiya et Rabbi Abahou restent en dรฉsaccord sur le hamets ร Pessa'h, selon les Rabbanim, et sur le shor haniskal, selon tous : la diffรฉrence pratique est les hullin abattus dans l'azara.
Rabbi Yehoshoua ben Levi tire ensuite l'interdit du profit du verset baesh tisaref.
Quoi, n'est-ce pas lร -dessus qu'ils divergent ? Rabbi Yossi haGelili tient : lo tokhalu (vous ne mangerez pas) implique l'interdit de manger et l'interdit du profit (issour hanaa).
Et quand le verset est venu permettre la nevela, c'est pour le profit qu'il est venu. Et Rabbi Akiva tient : l'interdit de manger, cela l'implique ; l'interdit du profit, cela ne l'implique pas.
Et quand le verset est venu, c'est pour la touma et la tahara (impuretรฉ et puretรฉ).
Suite de la baraita de 23a sur yeaseh lekhol melakha (Lev. 7:24), le helev de la nevela et de la terefah. La Guemara propose d'y lire la mรชme mahloqet que celle de Hizkiya et de Rabbi Abahou.
Rabbi Yossi haGelili lirait lo tokhalu comme manger et profit. Le verset viendrait permettre le profit de la nevela. Rabbi Akiva lirait lo tokhalu comme le seul interdit de manger. Le verset irait ร la touma et ร la tahara.
Non. Tout le monde tient que lo tokhalu implique l'interdit de manger et l'interdit du profit.
Et ici, ils divergent sur ceci. Rabbi Yossi haGelili tient : quand la nevela a รฉtรฉ permise, elle a รฉtรฉ permise ; son helev (graisse interdite) et son gid (nerf) n'ont pas รฉtรฉ permis.
Et lร oรน le verset est nรฉcessaire, c'est pour la permission du profit qu'il vient. Et Rabbi Akiva tient : quand la nevela a รฉtรฉ permise, son helev et son gid ont รฉtรฉ permis aussi.
Et lร oรน le verset est nรฉcessaire, c'est pour la touma et la tahara.
La Guemara retire le parallรจle avec Hizkiya. Les deux sages tiennent que lo tokhalu couvre manger et profit. Leur mahloqet porte sur l'รฉtendue du heter de la nevela.
Rabbi Yossi haGelili : la permission vise la bรชte. Helev et gid en restent dehors, et le verset vient ouvrir le profit. Rabbi Akiva : helev et gid entrent dans le mรชme heter, et le verset va ร la puretรฉ.
Rachi : le helev n'est pas du basar. Il n'entre ni dans le don au ger (Deut. 14:21), ni dans la touma de celui qui touche la nevela. Pour Rabbi Akiva, il est dans la nevela des deux cรดtรฉs, et le verset a pour rรดle de le purifier.
Et Rabbi Yossi haGelili : nous trouvons le helev que Rachmana (la Torah) a permis pour le profit ; mais le gid, disons qu'il est interdit ! Si tu veux, dis : en effet, il est ainsi, il est interdit.
Si tu veux, il le tire par un kal va-homer (ร fortiori) : si le helev, qui est puni de karet, est permis pour le profit, le gid, qui n'est pas puni de karet, ร plus forte raison.
Le verset a permis le helev au profit. Le gid hanashe n'a pas de verset pareil. Deux issues, pour Rabbi Yossi : le gid reste interdit au profit ; ou un kal va-homer depuis le helev, puni de karet et pourtant permis au profit.
Tossefot bloque le contre-exemple du shor haniskal. Le raisonnement n'est pas un kal va-homer gรฉnรฉral sur tout interdit. Il place le gid dans le heter de la nevela, ร cรดtรฉ du helev. Le sang ne peut pas servir de base : il est hors de la nevela, mรชme pour la touma. Le helev, lui, y est : le verset sert ร le purifier.
La formule de la Guemara, elle a รฉtรฉ permise et son helev non, vise la part mangeable dans une bรชte tehora. Hors de cette inclusion, Rabbi Yossi accorde la pirkha de la chaya, au segment suivant.
Et Rabbi Chimon, qui interdit ? On peut objecter : qu'a le helev de particulier ?
Il a รฉtรฉ relรขchรฉ de sa rรจgle gรฉnรฉrale chez la chaya (bรชte non domestique). Le diras-tu du gid, qui n'a pas รฉtรฉ relรขchรฉ de sa rรจgle gรฉnรฉrale chez la chaya ?
Rabbi Chimon interdit le gid au profit. Rachi : il tient que les nerfs ne donnent pas de goรปt, et le gid n'est pas entrรฉ dans le heter de la nevela. La question est pourquoi il ne reprend pas le kal va-homer de Rabbi Yossi.
La pirkha : le helev a une lรฉgรจretรฉ, il est permis mรชme ร manger chez la chaya. Le gid hanashe reste interdit chez la chaya. Mikhlalo, de sa rรจgle, porte aussi sur la consommation, dit Rachi.
Et l'autre ? Nous parlons d'une behema (bรชte domestique) : chez la behema, en tout cas, il n'a pas รฉtรฉ permis.
Rabbi Yossi limite le kal va-homer ร la behema. Le verset du helev vise le bลuf et le mouton. Lร , le helev reste interdit ร manger, et il est permis au profit. Le gid, sans karet, suit pour le profit.
Tossefot ferme une suite : le gid de la chaya ne devient pas interdit au profit ร part. Une fois le gid de behema permis au profit, le verset du gid hanashe ne vise que l'acte de manger. Aucun verset n'interdit alors le gid de chaya pour le profit.
Dรจs lors qu'on a objectรฉ de tous ces versets et qu'on y a rรฉpondu : Hizkiya et Rabbi Abahou, sur quoi divergent-ils ? Sur le hamets ร Pessa'h, selon les Rabbanim ; sur le shor haniskal (bลuf lapidรฉ), selon l'ensemble des avis.
Hizkiya le tire de lo yeakhel (il ne sera pas mangรฉ) ; Rabbi Abahou le tire de la nevela.
Les versets prรฉcรฉdents ont รฉtรฉ objectes et rรฉsolus. Aucun cas ne laisse Hizkiya permettre lร oรน Rabbi Abahou interdit, ni l'inverse. Rachi le dit : l'interdit est interdit selon les deux, le permis est permis selon les deux.
Il reste deux issour hanaa sans perat de permission, et le verset y dit lo yeakhel : le hamets ร Pessa'h, la oรน les Rabbanim interdisent le profit (Rabbi Yossi haGelili le permet), et le shor haniskal, pour tous.
Hizkiya les tire du passif lo yeakhel. Rabbi Abahou les tire de la nevela : un verset a dรป l'ouvrir au profit, donc une formule lo tokhal, ร elle seule, aurait fermรฉ le profit.
Dรจs lors que selon l'un et selon l'autre ils sont interdits pour le profit, quelle diffรฉrence y a-t-il entre eux ? Il y a entre eux les hullin (bรชtes profanes) abattus dans l'azara (parvis du Temple).
Hizkiya tient : lo yeakhel, pour exclure ceux-ci ; oto (celui-lร ), pour exclure les hullin abattus dans l'azara.
Les deux sages interdisent hamets et shor au profit. La nafka mina est ailleurs : les hullin abattus dans l'azara. Le cadre, dit Rachi, est Rabbi Yehuda, qui lit la nevela selon l'รฉcrit et n'en tire pas les autres interdits.
Hizkiya a dรฉjร hamets et shor par le passif lo yeakhel. Le mot oto (Ex. 22:30) lui reste pour exclure l'azara : issour hanaa de la Torah. Rabbi Abahou ne sรฉpare pas lo yeakhel de lo yokhal. Il dรฉpense oto sur hamets et shor : la terefah est permise au profit, eux ne le sont pas. L'azara n'a plus de verset.
Tossefot, Rachba : hamets nukchรฉ et hamets mรฉlangรฉ, appris de lo tokhรฉlu (Pessahim 43a), seraient une autre diffรฉrence. Les faire suivre au profit des qu'ils sont interdits ร manger entraรฎnerait aussi le karet. La remarque reste ouverte.
Rabbi Abahou tient : oto, pour exclure ceux-ci. Les hullin abattus dans l'azara ne relรจvent pas de la Torah (lav deoraita).
Fin de la nafka mina dans le cadre de Rabbi Yehuda : pour Rabbi Abahou, oto exclut hamets et shor, et les hullin de l'azara sont lav deoraita.
Rachi replace l'รฉnoncรฉ gรฉnรฉral de Rabbi Abahou dans le cadre de Rabbi Meir. Rabbi Meir ne tient pas devarim kikhtavรขn. La permission explicite de la nevela montre que hamets et shor sont interdits au profit. La formulation passive n'est pas la raison. Dans ce cadre-lร , oto exclut les hullin de l'azara, et leur interdit est de la Torah.
Un des sages รฉtait assis devant Rabbi Chmouel bar Nahmani, et il รฉtait assis et disait au nom de Rabbi Yehoshoua ben Levi : d'oรน [sait-on], pour tous les interdits de la Torah, que de mรชme qu'ils sont interdits ร la consommation, de mรชme ils sont interdits pour le profit ? Et quels sont-ils ?
Le hamets ร Pessa'h et le shor haniskรขl. D'oรน ?!
Qu'il le tire de lo yeakhel ! Lo yeakhel : l'interdit de manger, cela l'implique pour lui ; l'interdit du profit, cela ne l'implique pas pour lui.
Nouveau dรฉpart. Un sage cite Rabbi Yehoshoua ben Levi : d'oรน tient-on que les interdits de la Torah le sont aussi pour le profit ? Rachi fixe la leรงon : il s'agit du hamets ร Pessa'h et du shor haniskรขl.
La Guemara propose lo yeakhel. Pour ce sage, le passif ne donne que l'interdit de manger.
Qu'il le tire de la nevela ! Il tient comme Rabbi Yehuda, qui a dit : devarim kikhtavรขn (les mots selon leur รฉcrit).
Deuxiรจme source possible : la Torah a dรป permettre explicitement la nevela, donc les autres formules ferment le profit.
Rabbi Yehoshoua ben Levi tient comme Rabbi Yehuda. Devarim kikhtavรขn : le verset de la nevela (don au ger, vente au non-Juif) se lit selon son รฉcrit. On n'en tire pas l'interdit du profit des autres cas. Pessahim 21b.
S'il tient comme Rabbi Yehuda, qu'il le tire de la oรน Rabbi Yehuda le tire, de lakalev tashlikhรปn oto (au chien vous le jetterez) !
Rabbi Yehuda lui-mรชme a une source : lakalev tashlikhรปn oto (Ex. 22:30). La terefah, on la jette au chien. Les autres interdits, on ne les jette pas. Rachi renvoie ร la derasha dรฉjร posรฉe plus haut dans le cadre de Rabbi Abahou.
Si Rabbi Yehoshoua ben Levi suit Rabbi Yehuda, cette source lui est ouverte. Le segment suivant explique pourquoi il ne s'en sert pas.
Il tient : les hullin abattus dans l'azara relรจvent de la Torah (deoraita). D'oรน ?
Car il est รฉcrit : kol chatat acher yuvรข midamรขh... (toute hatat dont on fera entrer du sang...).
Le mot oto est dรฉjร pris. Ce sage tient l'interdit des hullin de l'azara pour deoraita, et c'est oto qui l'enseigne. Il lui faut un autre verset pour hamets et shor.
Le verset est Lev. 6:23 : kol chatat acher yuvรข midamรขh. Rachi : les hatat intรฉrieures (taureau du kohen oint, heelem davar de la communautรฉ) ont dรฉjร leur brรปlure hors du camp, รฉcrite en clair (Lev. 4). Le verset enseigne la hatat extรฉrieure dont on a fait entrer le sang : elle est passoul.
Car il n'y a pas lieu que le verset dise baรฉsh tisarรฉf (au feu elle sera brรปlรฉe). Et que vient enseigner baรฉsh tisarรฉf ?
Si cela ne concerne pas son propre sujet, puisqu'il est รฉcrit vehine saraf (et voici qu'elle รฉtait brรปlรฉe), place-le comme sujet de tous les interdits de la Torah.
Baรฉsh tisarรฉf ne sert plus ร la hatat elle-mรชme. Vehine saraf (Lev. 10:16) montre dรฉjร qu'une telle hatat se brรปle. La rรจgle im eino inyan dรฉplace la phrase vers tous les interdits de manger qui n'ont pas de perat de permission : hamets ร Pessa'h et shor haniskรขl, dit Rachi.
Rachi lit le rรฉcit sur le bouc de Nahshon, au huitiรจme jour : Mochรฉ reproche la brรปlure parce que le sang n'รฉtait pas entrรฉ. Si le sang รฉtait entrรฉ, brรปler aurait รฉtรฉ juste.
Tossefot : le Torat Cohanim vise le bouc de Roch Hodech. Rabbeinou Chelomo de Troyes : brรปler aussitรดt, sans ibour tsoura, n'รฉtait pas la procรฉdure d'un pesoul du sang (Pessahim 82b). Le verset viserait alors le fait de ne pas manger. Le Ri : pesoulรด bakodech se brรปle dรฉjร , et la hatat d'Aharon est le rรฉcit du fait. La phrase reste libre pour tous les interdits.
Texte hรฉbreu et aramรฉen vocalisรฉ : รฉdition numรฉrique William Davidson du Talmud Koren Noรฉ, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction franรงaise, notes et schรฉmas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).