Sougya : Le daf poursuit la derasha ouverte en fin de 23b au nom de Rabbi Yehoshoua ben Levi : d'où tient-on que les interdits de la Torah, le hamets à Pessa'h et le shor haniskâl, sont aussi interdits de profit (issour hanaa). Le verset de la chatat (Vayikra 6:23) est laissé à Rabbi Shimon, pour le lieu de la brûlure.
Rabbi Yonatan passe au notar des millouïm (Shemot 29:34) ; ce lo yeakhel sert à Rabbi Elazar pour un lav sur tout kodashim passoul. Abaye renverse le premier verset.
Rav Papa objecte le lav shebikhlalot, puis propose la chair devenue impure (Vayikra 7:19), rendue disponible par un kal vachomer et un hekesh avec le maaser. Ravina demande si ce lo yeakhel ne fait que doubler le lav, sur le modèle de la poutita et de la fourmi.
Et s'il n'a pas d'objet pour la consommation, donne-lui pour objet l'interdit de profit.
Suite de 23b. Le mot déplacé était baésh tisaréf (Vayikra 6:23). Vehineï saraf (Vayikra 10:16) enseignait déjà que la chatat avait été brûlée. Le surplus a d'abord été reporté sur tous les interdits. Cette ligne fait le second report : la consommation est déjà écrite dans chaque interdit, donc l'objet qui reste est l'issour hanaa, l'interdit de profit. Les cas visés sont le hamets à Pessa'h et le shor haniskâl.
Rachi nomme la mesure : ce qui ne sert plus à son sujet enseigne un autre sujet. Les mesures herméneutiques ont le statut de halakha à Moché, du Sinaï.
Tossefot : les mots déplacés parlent de brûlure. Les poser d'abord sur une consommation laisse la formule mal ajustée. Plus bas, Abaye déplacera lo teakhel.
Si l'on dit : de même qu'ici c'est par brûlure, de même tous les interdits de la Torah par brûlure ! Le verset dit : bakodesh... baésh tisaréf (dans le lieu saint... au feu on brûlera).
Dans le lieu saint, c'est par brûlure ; et tous les interdits de la Torah ne sont pas par brûlure.
Le report du verset de la chatat emportait aussi le mode : la brûlure. Le mot bakodesh borne cette brûlure à ce qui est dans le lieu saint. Hamets et shor haniskâl restent interdits de profit, sans devoir de brûlure.
Et ce bakodesh... baésh tisaréf, c'est pour cela qu'il vient ?! Il est requis pour l'enseignement de Rabbi Shimon.
Car on a enseigné dans une baraita : Rabbi Shimon dit : bakodesh... baésh tisaréf — il a enseigné, au sujet de la chatat, qu'on la brûle dans le lieu saint. Et je n'ai que celle-ci seule.
Les pesoulim des kodshei kodashim, et les emourim des kodashim kalim, d'où ? Le verset dit : (vekol) bakodesh... baésh tisaréf.
Bakodesh a déjà un emploi : la baraita de Rabbi Shimon. Vehineï saraf dit que la chatat a été brûlée, sans dire où. Bakodesh baésh tisaréf place la brûlure dans l'azara.
Le mot vekol étend : kodshei kodashim invalidés, et emourim des kodashim kalim devenus impurs. Rachi sépare la chair des kodashim kalim, mangée dans la ville : on la brûle hors de l'azara, devant la bira, là où est le beit hadeshen.
Il lui dit : Rabbi Yonatan, ton maître, le dit à partir de ce verset : veim yivater mibesar hamilouïm oumin haléchem ad haboker, etc. (et s'il reste de la chair des sacrifices d'investiture, ou du pain, jusqu'au matin).
Il n'y a pas lieu que le verset dise lo yeakhel (on ne le mangera pas). Et que vient enseigner lo yeakhel ?
S'il n'a pas d'objet pour son propre sujet, puisqu'il est écrit vesarafta et hanotâr baésh (tu brûleras le reste au feu), donne-lui pour objet les autres interdits de la Torah. Et s'il n'a pas d'objet pour la consommation, donne-lui pour objet l'interdit de profit.
Le verset de Rabbi Shimon étant pris, le sage passe à Shemot 29:34, le notar des millouim. Vesarafta et hanotar baesh suffit à interdire d'en manger. Lo yeakhel est en trop : il passe aux autres interdits, puis, leur consommation étant déjà écrite, à l'interdit de profit.
Rachi : Rabbi Yonatan, maître de Rabbi Shmouel bar Nahmani, tenait déjà bakodesh pour la brûlure dans l'azara.
Si l'on dit : de même qu'ici c'est par brûlure, de même tous les interdits de la Torah par brûlure ! Le verset dit : vesarafta et hanotar (tu brûleras le reste) — le notar est par brûlure, et tous les interdits de la Torah ne sont pas par brûlure.
Même objection que plus haut, sur le verset des millouim. Vesarafta et hanotar réserve la brûlure au notar.
Les deux gloses de Rachi éclairent l'étape précédente. Vesarafta montre que cette chair n'est plus à manger, donc lo yeakhel est libre. Le report vise les interdits qui ont déjà un lav de consommation.
Et ce lo yeakhel, c'est pour cela qu'il vient ? Il est requis pour l'enseignement de Rabbi Elazar.
Car Rabbi Elazar a dit : lo yeakhel ki kodech hou (on ne le mangera pas, car c'est une chose sainte) — tout ce qui, dans le kodech, est devenu passoul, le verset vient placer un lo taase sur sa consommation.
Lo yeakhel des millouim a un emploi : Rabbi Elazar en fait le lav de quiconque mange un kodashim devenu passoul. Vesarafta enseigne la brûlure, sans donner un lav passible de malkout.
Ki kodech hou est en trop sur le seul notar des millouim. Rachi y lit l'inclusion du pigoul, du yotse, et du sacrifice dont le sang a été répandu.
Abaye dit : en réalité, à partir du premier verset, et en inversant. Que le verset écrive baesh tisaref, et il n'aurait pas besoin de lo teakhel.
Que vient enseigner lo teakhel ? S'il n'a pas d'objet pour son propre sujet, puisque cela sort de Rabbi Elazar, donne-lui pour objet tous les interdits de la Torah.
Et s'il n'a pas d'objet pour la consommation, donne-lui pour objet l'interdit de profit.
Abaye revient à Vayikra 6:23 et inverse les rôles. Baesh tisaref garde la brûlure dans l'azara. Le lav de consommation des passoulim sort déjà de Rabbi Elazar. Donc lo teakhel de la chatat est libre pour les autres interdits, puis pour le profit.
Rachi limite le report aux interdits où un lav de consommation est déjà écrit, sur le modèle du hamets et du shor haniskal.
Si : de même qu'ici c'est par brûlure, de même tous les interdits de la Torah par brûlure. Le verset dit : hanotar (le reste) — le notar est par brûlure, et tous les interdits de la Torah ne sont pas par brûlure.
L'objection de la brûlure revient sur la derasha d'Abaye. La Guemara répond par le mot hanotar.
Rachi : veserafo baesh aurait désigné la chose à brûler sans la nommer. Hanotar nomme le reste, et la brûlure s'arrête au notar.
Rav Papa dit à Abaye : et dis que c'est pour lui assigner un lav à son propre sujet qu'il vient. Car si l'on s'en tenait à Rabbi Elazar, on ne frappe pas pour un lav shebikhlalot.
Rav Papa garde lo teakhel sur la chatat elle-même. Le lav de Rabbi Elazar englobe tous les passoulim : c'est un lav shebikhlalot. On n'administre pas les coups pour un tel lav. Le verset de la chatat donnerait le lav distinct, celui pour lequel on frappe.
Tossefot rapporte l'objection de Rabbi Eliezer de Metz. À Makkot 13a, notar et pigoul entraînent les coups, alors qu'un lav englobant devrait en être exempt. Réponse : le notar est écrit pour lui-même ; le pigoul suit par le mot avon. Reste la difficulté de Makkot 17b : la Guemara veut ajouter les coups de Rabbi Elazar pour un zar qui a mangé une ola avant la zerika, alors que ce lav est englobant.
Plutôt, Rav Papa dit, d'ici : vehabasar acher yiga bekhol tamei lo yeakhel baesh yisaref (et la chair qui touchera toute chose impure ne sera pas mangée, au feu elle sera brûlée). Il n'y a pas lieu que le verset dise lo yeakhel.
Que vient enseigner lo yeakhel ?
Abaye étant bloqué, Rav Papa change de verset : Vayikra 7:19, la chair sacrée devenue impure. Elle est brûlée. Le segment suivant dit pourquoi lo yeakhel est en trop.
S'il n'a pas d'objet pour son propre sujet, puisqu'on le tire par kal vachomer du maaser léger : si le maaser léger, la Torah a dit lo viarti mimmenou betamei (je n'en ai rien écarté en état d'impureté) — la chair sacrée, qui est grave, à plus forte raison !
Le maaser est plus léger que les kodashim. Le vidouy, lo viarti mimmenou betamei (Devarim 26:14), interdit de l'écarter en impureté. La chair sacrée, plus grave, est interdite à plus forte raison. Lo yeakhel de Vayikra 7:19 ne sert donc plus à son propre cas.
Rachi : le vidouy n'est pas le lav. L'azhara est tirée à Yevamot 73b.
Tossefot : à Pesachim 19a, ce lo yeakhel enseigne le revii, le quatrième degré d'impureté, qui invalide le kodech. Réponse : yisaref aurait suffi pour le verset. Lo yeakhel reste disponible.
Et si tu dis : ein mazhirin min hadin (on n'avertit pas à partir d'un raisonnement). C'est un hekesh, car il est écrit : lo toukhal leakhol bisharekha maasar deganekha tiroshkha veyitsharekha ouvkhorot bekarekha, etc.
(tu ne pourras manger dans tes portes la dîme de ton grain, de ton moût, de ton huile, et les premiers-nés de ton gros bétail).
Un kal vachomer ne fournit pas l'azhara d'un lav : ein mazhirin min hadin (Makkot 5b). Sans azhara, pas de coups. La Guemara répond par un hekesh. Devarim 12:17 place dans un même verset le maaser, le bekhor, les vœux et les dons. Rachi lit les shelamim dans nedarekha ounedavotekha.
Le même mot bisharekha renvoie à Devarim 15:22, où l'impur et le pur mangent ensemble les kodashim invalidés rachetés. Deux impuretés y sont permises : la chair impure pour un homme pur, le corps impur pour un homme impur. Maaser et kodashim du verset 12:17 restent fermés à ces deux cas.
Tossefot demande pourquoi parler de hekesh : le bekhor est déjà écrit dans le verset. Réponse : le hekesh sert l'interdit de profit, pour que vehabasar ne devienne pas un lav de profit à lui seul. À Chabbat 25a, le profit de l'huile sacrée impure s'apprend du maaser. Seconde glose : le verset n'a pas la forme d'un seul verbe pour tout le groupe. Chaque terme reçoit son propre lav, distinct du lav shebikhlalot.
Que vient enseigner lo yeakhel ? S'il n'a pas d'objet pour son propre sujet, donne-lui pour objet tous les interdits de la Torah.
Et s'il n'a pas d'objet pour la consommation, donne-lui pour objet le profit.
Le hekesh ayant fourni l'interdit de manger la chair sacrée en impureté, lo yeakhel de Vayikra 7:19 est libre. Il passe à tous les interdits, puis, leur consommation étant déjà écrite, au profit.
Si l'on dit : de même qu'ici c'est par brûlure, de même tous les interdits de la Torah par brûlure ! Le verset dit : hanotar — le notar est par brûlure, et tous les interdits de la Torah ne sont pas par brûlure.
Troisième fois la même borne. La chair impure de Vayikra 7:19 est brûlée, et cette brûlure ne s'étend pas. Le mot hanotar la garde pour le notar.
Ravina dit à Rav Ashi : et dis, pour que l'on transgresse à son sujet par deux lavin. Abaye n'a-t-il pas dit : celui qui a mangé une poutita reçoit quatre fois les coups.
Ravina propose un autre emploi de lo yeakhel : un second lav sur celui qui mange cette chair impure, en plus du lav déjà connu. Le modèle est celui d'Abaye sur les sheratsim.
La poutita est un sherets de l'eau. Quatre lavin : un dans Vayikra, un dans Devarim, puis lo teshaktzou et lo titameou, où al haarets n'est pas écrit, de sorte que l'eau est incluse avec la terre.
Une fourmi : il reçoit cinq fois les coups.
La fourmi est un sherets de la terre. Aux deux lavin généraux s'ajoutent Vayikra 11:41, 11:42 et 11:44, le dernier visant celui qui rampe sur la terre. Cinq fois les coups.
Ravina aligne la chair sacrée impure sur ce modèle : lo yeakhel ajouterait un lav, plutôt que d'enseigner l'interdit de profit de tous les issourim. La réponse de Rav Ashi commence sur 24b.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).