Sougya : Suite de la preuve d'Ici ben Yehouda, ouverte en fin de 24b : la viande dans le lait est interdite de jouissance. L'orla est รฉcartรฉe, faute de cha'at hakocher ; le hametz ร Pessa'h a eu ce moment, mais il est passible de karet ; les kilayim de la vigne restent la preuve.
Abaye, pour qui l'on fouette mรชme hors du mode de jouissance, et l'autre avis, qui apprend de la nevela, se sรฉparent sur le mot akhila. Rabbi Adda bar Ahava et Rava rรจglent ensuite la racine des kilayim : semรฉe dans la vigne, elle est interdite dรจs la prise de racine ; apportรฉe ensuite, seul l'ajout d'un deux-centiรจme l'est.
Rabbi Yaakov au nom de Rabbi Yo'hanan ouvre la guรฉrison par un interdit : tout est permis en cas de danger, sauf le bois d'asheira, parce qu'il faut donner et le corps et le bien.
Que dire de l'orla, puisqu'elle n'a pas eu de moment de permission (cha'at hakocher) ? Le diras-tu de la viande dans le lait, qui a eu un moment de permission ?
Le hametz ร Pessa'h le prouvera : il a eu un moment de permission, et il est interdit de jouissance.
Fin de 24b : Ici ben Yehouda prouve l'interdit de jouissance de la viande dans le lait par un kal va-homer depuis l'orla. Cette ligne รฉcarte l'orla. Elle n'a jamais eu de cha'at hakocher : le fruit commence et finit dans l'interdit. La viande et le lait, chacun ร part, รฉtaient permis avant d'รชtre cuits ensemble.
Le hametz ร Pessa'h remet la preuve en marche. Avant la fรชte il รฉtait permis, et pendant la fรชte la jouissance est interdite. La rigueur de l'orla ne dรฉcide donc pas.
Tossefot, au nom de Riva : une branche prise sur un arbre permis, puis greffรฉe, a bien eu un temps permis. Ri rรฉpond que seul l'accroissement d'aprรจs la greffe est interdit, et cet accroissement n'a jamais รฉtรฉ permis. La branche ancienne ne tombe que par mรฉlange.
Que dire du hametz ร Pessa'h, puisqu'on est passible de karet ? Le diras-tu de la viande dans le lait, pour laquelle on n'est pas passible de karet ?
Les kilayim de la vigne le prouveront : on n'est pas passible de karet, et c'est interdit de jouissance.
Le hametz a la rigueur du karet. La viande dans le lait n'a pas cette peine. Les kilayim de la vigne n'ont pas le karet, et la jouissance y est interdite. Ils portent donc la preuve ร la place du hametz.
Tossefot ferme le bลuf lapidรฉ (chor haniskal) : comme l'orla, il n'a jamais รฉtรฉ permis ร manger. Rachi renvoie ร Houlin, oรน l'orla fait revenir le raisonnement, et annonce l'objection de plus loin : les kilayim non plus n'auraient pas eu de cha'at hakocher.
Ri note qu'un mah matsinu des seuls kilayim aurait suffi : aveyra, interdit de manger, interdit de jouissance. La Guemara prรฉfรจre la chaรฎne entiรจre, parce qu'un kal va-homer est plus fort.
Et s'il en est ainsi, objectons : que dire des kilayim de la vigne, puisqu'on reรงoit les coups pour eux mรชme hors du mode de leur jouissance.
Retour ร la rรจgle d'Abaye (24b) : pour les kilayim de la vigne, les coups tombent mรชme shelo kederekh hana'atan, parce que le verset n'รฉcrit pas akhila. S'il en est ainsi, les kilayim sont plus graves que la viande dans le lait. On ne peut plus les prendre pour modรจle.
Rachba demande l'inverse : que ce surplus de rigueur passe, par mah matsinu, ร la viande dans le lait. Ri rรฉpond par le bลuf lapidรฉ et le hametz de bal yerae. Aveyra, interdit de manger, et pourtant seulement selon le mode de la jouissance, parce que le mot manger est รฉcrit. Le mah matsinu ne force donc pas les coups hors usage.
Et Abaye : le 'tu diras', ร propos de quoi ?! Tu diras, ร propos de la viande dans le lait, qu'on ne reรงoit les coups pour elle que selon le mode de sa jouissance ?
Est-ce que, pour la viande dans le lait, akhila est รฉcrit ร son sujet ?!
L'objection devait finir par : le diras-tu de la viande dans le lait, oรน l'on ne fouette que selon le mode de la jouissance. Abaye rรฉpond que cette fin ne tient pas. Le mot akhila manque aussi pour la viande dans le lait. Le mรชme manque, chez les kilayim, est justement la raison des coups hors usage. On ne peut pas le retourner contre eux.
Et l'autre, qui lui objecte ! Il tient : c'est pour cela qu'il l'apprend de la nevela.
De mรชme que la nevela, selon le mode de sa jouissance, de mรชme la viande dans le lait, selon le mode de sa jouissance.
L'autre avis garde l'objection. Ici ben Yehouda apprend la viande dans le lait depuis la nevela (la gezera chava de 24b). La nevela n'est interdite que derekh hana'ata, parce que le verset parle de manger. La viande dans le lait suit cette mesure. Le manque du mot akhila dans son verset ร lui ne suffit plus : la nevela le lui rend.
Rachi prรฉcise : le mot du daf est nevela, et la source est la terefah. Chemot 22:30, 'au chien tu le jetteras', laisse les autres jouissances. Certains lisent la terefah du verset comme un membre pendant aprรจs chehita, Houlin 73b, et c'est pour cela qu'on l'appelle nevela. Rachi refuse cette lecture : une terefah ordinaire non plus n'est pas permise par la chehita, et le critรจre de l'impuretรฉ ne distingue pas non plus ces morceaux.
Et Abaye : c'est pour cela qu'il n'a pas รฉcrit akhila dans son propre texte, pour dire que l'on reรงoit les coups pour lui mรชme hors du mode de sa jouissance.
Abaye lit le silence du verset ร l'envers de l'autre avis. Si la viande dans le lait devait suivre la nevela, et n'รชtre punie que selon le mode de la jouissance, le verset aurait รฉcrit akhila dans son propre texte. Il ne l'a pas รฉcrit : les coups tombent mรชme shelo kederekh hana'ato.
Et que l'on objecte : que dire des kilayim de la vigne, puisqu'ils n'ont pas eu de moment de permission ! Rabbi Adda bar Ahava dit : cela vient dire que, pour les kilayim de la vigne, la racine est interdite, puisqu'ils ont eu un moment de permission avant la prise de racine.
Nouvelle objection, annoncรฉe par Rachi plus haut. Si seules les pousses des kilayim sont interdites, elles n'ont jamais eu de cha'at hakocher. On retombe sur le rejet qui avait รฉcartรฉ l'orla. Rabbi Adda bar Ahava lit le silence de la Guemara : la racine aussi est interdite. La semence a รฉtรฉ permise jusqu'ร la hashrasha. Ce temps suffit pour la preuve.
Rachi refuse l'autre lecture, oรน l'interdit commencerait dรจs la semaille. Avant la racine, grains et plants sont comme posรฉs dans une cruche : pas encore des kilayim, comme la viande trempรฉe dans le lait n'est pas encore viande dans le lait. L'objection de Rav Chemaya, plus bas, montre que l'hypothรจse du daf รฉtait : l'ajout oui, la racine non. Personne ne partait de l'heure de la semaille.
Tossefot : la paille qui pousse ensuite est interdite, Pessahim 26b. Ketoubot 80a semble permettre le bois des kilayim, puisque le manger pour une hazaka ne peut porter que sur le bois. Rabbeinou Tam : ce bois-lร est antรฉrieur ร la semaille et ร l'ajout d'un deux-centiรจme. Menahot 6a, oรน les kilayim n'ont jamais eu de moment permis, parle du jus, pas du plant.
Rav Chemaya objecte : celui qui fait passer un pot percรฉ dans une vigne, s'il a ajoutรฉ un deux-centiรจme, c'est interdit. S'il a ajoutรฉ, oui ; s'il n'a pas ajoutรฉ, non !
Michna des kilayim. Un atzitz nakouv, pot percรฉ, est liรฉ au sol : la plante suce la vigne ร travers le trou. Seul l'ajout d'un deux-centiรจme interdit. Sans croissance nouvelle, le plant d'origine reste permis. Rav Chemaya en tire que la semence, ร elle seule, ne tombe pas. Cela vise la formule de Rabbi Adda, 'la racine est interdite'.
Le compte de Rachi : 199 parts anciennes et 1 part nouvelle font 200. L'orla et les kilayim demandent 200 de permis en plus de l'interdit, pas 200 au total. La terouma s'annule dans 100 ; ici le rapport double, parce que la jouissance est interdite en plus du manger. En dessous de ce seuil, l'ajout est annulรฉ.
Rava dit : deux versets sont รฉcrits. Il est รฉcrit 'la semence', et il est รฉcrit 'la plรฉnitude'.
Comment cela ? Semรฉ dรจs l'origine : ร la prise de racine.
Semรฉ, puis apportรฉ : s'il a ajoutรฉ, oui ; s'il n'a pas ajoutรฉ, non.
Rava garde les deux enseignements. Devarim 22:9 a deux mots. hazera, la semence : ce qui est semรฉ dans la vigne dรจs le dรฉbut tombe ร la hashrasha, racine comprise. Avant la racine, le grain est encore comme dans une cruche. hamalรฉ'a, la plรฉnitude, les pousses : ce qui a รฉtรฉ semรฉ ailleurs et apportรฉ ensuite ne tombe que s'il a grandi dans la vigne.
Le pot de Rav Chemaya est le second cas. L'absence d'ajout le laisse permis, sans effacer l'interdit de la racine dans le premier cas. C'est ce premier cas qui donne aux kilayim leur cha'at hakocher, et qui sauve la preuve.
Rabbi Yaakov dit au nom de Rabbi Yo'hanan : de tout on se soigne, sauf du bois d'ashรฉira. Comment cela se prรฉsente-t-il ?
Si tu dis qu'il y a danger, mรชme le bois d'ashรฉira aussi ! Et s'il n'y a pas de danger, mรชme tous les interdits de la Torah, non plus ?!
Nouvelle sougya, toujours sur la jouissance. Rabbi Yo'hanan : on peut se guรฉrir avec n'importe quel interdit, sauf le bois d'ashรฉira. La Guemara coince la phrase. En cas de danger, mรชme l'ashรฉira devrait รชtre permise. Sans danger, mรชme les autres interdits devraient rester fermes. Rachi : 'de tout' inclut les issourei hanaa, pas seulement un interdit de manger.
Ri limite le bois d'ashรฉira au soin que rien d'autre ne donne, chedim ou procรฉdรฉ du mรชme genre, ร cause du risque de suivre l'idole. Ben Dama, mordu par un serpent : Rabbi Yichmael refuse le souffle d'un nom รฉtranger. Un pansement posรฉ par Yaakov le min sur la jambe de Rabbi Abahou reste permis.
En rรฉalitรฉ, il y a danger, et mรชme ainsi, le bois d'ashรฉira, non. Car on a enseignรฉ : Rabbi Eliezer dit : si l'on a dit 'de toute ton รขme', pourquoi a-t-on dit 'de tout ton bien' ?
Et si l'on a dit 'de tout ton bien', pourquoi a-t-on dit 'de toute ton รขme' ?
La phrase vise un cas de danger. Le bois d'ashรฉira reste interdit. Rabbi Eliezer lit les deux fins du verset. bekhol nafchekha et bekhol me'odรฉkha se rรฉpรฉteraient si un seul don suffisait. Parfois le corps est plus cher, parfois le bien. Les deux mots demandent l'un et l'autre.
Rachi : aimer plus que ce qui est cher. Se guรฉrir par le bois d'ashรฉira, c'est se conduire comme quelqu'un qui l'admet. La rรฉponse concrรจte, corps ou bien, est le segment suivant.
Le Roch ouvre ici un long registre : heures rabbiniques du hametz et kiddouchin, puis le fil de la guรฉrison, des trois cas oรน l'on se laisse tuer, de la jouissance malgrรฉ soi, et du four chauffรฉ ร l'orla, avec le din de zeh vazeh gorem.
Mais pour te dire : s'il y a un homme ร qui son corps est plus cher que son bien, c'est pour cela qu'il est dit 'de toute ton รขme'. Et il y a un homme ร qui son bien est plus cher que son corps, c'est pour cela qu'il est dit 'de tout ton bien'.
Rรฉponse de la baraita. bekhol nafchekha vise l'homme dont le corps passe avant le bien : il doit donner le corps. bekhol me'odekha vise l'homme dont le bien passe avant le corps : il doit donner le bien. Les deux formules couvrent les deux caractรจres. L'ashรฉira reste fermรฉe mรชme lร oรน la vie est en jeu, parce que ce don-lร est demandรฉ.
Le Ben Yehoyada demande pourquoi la seconde paracha du Chema, au pluriel, ne dit pas 'de tout votre bien'. Il rรฉpond, au nom de Parachat Derakhim, que ce raisonnement ne se pose que pour un individu. Puis il reprend Houlin 91a, les petites cruches de Yaakov : chez le juste, l'attachement au bien est montrรฉ aux accusateurs, alors que le corps, crรฉรฉ ร l'image de D.ieu, reste le plus cher au-dedans.
Quand Ravin vint, il dit au nom de Rabbi Yo'hanan : de tout on se soigne, sauf de l'idolรขtrie et des unions interdites
Ravin, en venant de la terre d'Israรซl, รฉlargit la limite de Rabbi Yo'hanan. La guรฉrison en cas de danger reste ouverte pour les interdits, et se ferme pour l'avoda zara et le gilouy arayot. La phrase s'arrรชte ici, en bout d'amoud. Le troisiรจme terme, le meurtre, est sur 25b.
Le Ben Yehoyada lit dรฉjร les trois ensemble. Leurs initiales, dans l'ordre avoda zara, damim, niouf, forment รden : livrer sa vie pour eux ouvre cette vie-lร .
Texte hรฉbreu et aramรฉen vocalisรฉ : รฉdition numรฉrique William Davidson du Talmud Koren Noรฉ, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction franรงaise, notes et schรฉmas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).