Sougya : L'amoud poursuit le diffรฉrend d'Abaye et de Rava : lorsqu'on ne peut pas s'abstenir et que l'on a l'intention de profiter, Abaye permet, Rava interdit. Abaye s'appuie sur Rabban Yo'hanan ben Zakkai, assis ร l'ombre du Heikhal.
Rava rรฉpond que le Heikhal a รฉtรฉ fait pour son intรฉrieur, et il cite les artisans descendus en caisses dans le Kodech ha-Kodashim. La Guemara รฉcarte cette preuve : son, vue et odeur n'ont pas de meila, les caisses sont une maala.
Rav Papa distingue l'odeur du ketoret avant et aprรจs la colonne de fumรฉe. De lร , on demande si un objet dont la mitsva est faite sort de la meila : terumat ha-deshen, vรชtements du kohen gadol, egla aroufa, et les shnei ketuvim.
Le daf revient au diffรฉrend par la gรฉnisse entrรฉe dans la revaka, et s'arrรชte sur le resha.
Et Rava te dirait : Rabbi Yehouda n'a rendu celui qui n'a pas l'intention semblable ร celui qui a l'intention que pour une houmera (rigueur). Rendre celui qui a l'intention semblable ร celui qui n'en a pas, pour une koula (indulgence) : non.
Suite de la deuxiรจme version, en 25b. Le cas disputรฉ : on ne peut pas s'abstenir, et l'on a la kavana de profiter. Abaye, comme Rabbi Yehouda, permet : chez ce tanna, l'intention ne fait pas la diffรฉrence.
Rava limite ce qu'on a entendu de Rabbi Yehouda. L'assimilation va dans le sens de la houmera : sans intention, on interdit quand mรชme, dรจs lors qu'on pouvait s'abstenir. Elle ne va pas dans le sens de la koula : avoir l'intention ne devient pas permis sous prรฉtexte qu'on ne peut pas s'abstenir.
Abaye dit : d'oรน le dis-je ? Car on a enseignรฉ dans une baraita : on a dit de Rabban Yo'hanan ben Zakkai qu'il s'asseyait ร l'ombre du Heikhal et qu'il enseignait toute la journรฉe.
Or ici, on ne peut pas faire autrement, il a l'intention, et c'est permis.
Preuve d'Abaye. Rabban Yo'hanan ben Zakkai enseigne ร l'ombre du Heikhal, donc il vise ce profit, et la foule de la fรชte ne tient pas ailleurs. C'est permis. Rachi : cent coudรฉes de haut, l'ombre couvre la rue devant le Har ha-Bayit.
Et Rava dit : le Heikhal est diffรฉrent, car il a รฉtรฉ fait pour son intรฉrieur.
Rava sort ce cas de la rรจgle. Le Heikhal a รฉtรฉ bรขti pour l'intรฉrieur. L'ombre au-dehors n'est pas sa derekh hanaa (voie habituelle du profit).
Tossefot rรฉpond ร une objection. La meila suit la teruma par la gezera shava het-het, et la teruma a le mot akhila : le profit hors de son mode habituel reste permis. Sous une ashera, s'asseoir ร l'ombre est interdit, parce que l'ashera est faite pour l'ombre. Pour l'avoda zara, le verset n'a pas "akhila", et tout profit est visรฉ.
Rava dit : d'oรน le dis-je ? On a enseignรฉ : des lucarnes รฉtaient ouvertes dans le grenier du Beit Kodech ha-Kodashim, par lesquelles on descendait les artisans dans des caisses, afin que leurs yeux ne se nourrissent pas du Beit Kodech ha-Kodashim.
Or ici, on ne peut pas faire autrement, il a l'intention, et c'est interdit.
Preuve de Rava. Pour rรฉparer, il faut entrer : lo efshar. On craint que l'artisan vise la vue du lieu, donc on le descend dans une caisse. Rachi : "se nourrir des yeux", c'est se rassasier de la beautรฉ de l'ouvrage.
Tossefot : Abaye peut verser cette baraita au compte de Rabbi Shimon. Dans cette version, selon Rabbi Shimon, dรจs qu'il y a intention, tous interdisent, mรชme si l'on ne peut pas s'abstenir. Le diffรฉrend d'Abaye et de Rava se tient selon Rabbi Yehouda.
Et cela se tient-il ? Or Rabbi Shimon ben Pazi a dit, que Rabbi Yehochoua ben Levi a dit au nom de Bar Kappara : le son, la vue et l'odeur n'ont pas de meila.
Plutรดt : on a instituรฉ une maala (exigence de plus) pour le Beit Kodech ha-Kodashim.
La vue du Saint des Saints n'a pas de meila de la Torah : un regard n'a pas de mamash (substance). Les caisses sont une maala, une exigence propre ร ce lieu. On n'en tire pas la rรจgle de Rava.
Tossefot : dans la grira non plus il n'y a pas d'interdit de la Torah, et Rava interdit pourtant le cas "on ne peut pas, avec intention". La rรฉponse : ici le besoin est la rรฉparation elle-mรชme. Un interdit seulement rabbinique tombe devant ce besoin.
Le Ben Yehouada lit les initiales de kol, mar'รจ, rรฉ'ah comme rakam, le vide. Oreille, ลil et nez sont, pour lui, le modรจle d'un profit du kodech qui reste ouvert aux tsaddikim dans le Gan รden.
Certains disent. Rava dit : d'oรน le dis-je ?
Car on a enseignรฉ dans une baraita : Rabbi Shimon ben Pazi a dit, que Rabbi Yehochoua ben Levi a dit au nom de Bar Kappara : le son, la vue et l'odeur n'ont pas de meila. C'est la meila qui est absente ; mais un interdit, il y en a un.
Autre formulation de la preuve de Rava. Le diyuk : "il n'y a pas de meila" laisse entendre qu'un issur demeure. Rachi sรฉpare dรฉjร les cas. Son et vue : pas de corps, exempt toujours. L'odeur des samemanim ร un corps. L'exemption vise l'odeur une fois la colonne montรฉe dans le Mikdash. La baraita qui oblige vise celui qui sent chez lui, sur des braises.
Tossefot ouvre un รฉtonnement, sans rรฉponse dans le texte rapportรฉ ici. ร Soukka, une femme trie du blรฉ ร la lumiรจre de Beit ha-Shoรฉva, et cette lumiรจre vient de l'huile du kodech. Le Yerushalmi en apprend que son, vue et odeur n'ont pas de meila.
Quoi, n'est-ce pas au sujet de ceux qui se tiennent ร l'intรฉrieur, oรน l'on ne peut pas faire autrement, oรน l'on a l'intention, et oรน c'est interdit ? Non : au sujet de ceux qui se tiennent ร l'extรฉrieur.
Rava voudrait que l'interdit vise ceux du dedans : ils ne peuvent pas quitter le service, et viser le profit leur serait interdit. La Guemara renvoie l'interdit ร ceux du dehors, qui pouvaient ne pas รชtre lร . Ce cas est "on peut s'abstenir, avec intention" : interdit selon tous. Il ne tranche pas le diffรฉrend.
Rachi : pour ceux du service, ร l'intรฉrieur, mรชme l'interdit tombe. Tossefot borne l'interdit du dehors : ne pas s'approcher de l'Azara pour mieux sentir. L'odeur qui emplissait Jรฉrusalem, au point qu'une fiancรฉe n'avait pas besoin de parfum, restait dans l'usage ordinaire de la ville.
Sur le sujet lui-mรชme. Rabbi Shimon ben Pazi a dit, que Rabbi Yehochoua ben Levi a dit au nom de Bar Kappara : le son, la vue et l'odeur n'ont pas de meila.
Et l'odeur n'a pas de meila ? Or on a enseignรฉ dans une baraita : celui qui compose le ketoret pour s'y exercer, ou pour le remettre ร la communautรฉ, est exempt.
Pour le sentir, il est coupable. Et celui qui le sent est exempt, mais il a commis une meila.
Gufa : on reprend la phrase de Bar Kappara pour elle-mรชme. La baraita semble dire que sentir le ketoret entraรฎne une meila.
Rachi sรฉpare deux hommes. Celui qui compose un ketoret ร lui, avec les รฉpices du verset, pour le sentir : karet (Shemot 30). S'il compose pour apprendre, ou pour le remettre au tsibbour, il est exempt. Celui qui sent le ketoret du tsibbour : pas de karet, pas de hatat, mais une meila. C'est ce dernier membre qui gรชne la phrase "l'odeur n'a pas de meila".
Plutรดt, Rav Papa dit : le son et la vue n'ont pas de meila, parce qu'ils n'ont pas de substance. Et l'odeur, aprรจs que sa colonne de fumรฉe est montรฉe, n'a pas de meila, puisque sa mitsva a รฉtรฉ faite.
Rav Papa recoud les textes. Kol et mar'รจ : pas de meila, faute de substance. Le rรฉ'ah : tant que la fumรฉe n'est pas montรฉe, sentir les รฉpices a une meila. Une fois timrato montรฉe, la mitsva du ketoret est faite, et cette odeur-lร n'a plus de meila. Rachi glose timrato : la colonne de fumรฉe.
Est-ce ร dire que partout oรน sa mitsva a รฉtรฉ faite, il n'y a pas de meila ? Or la terumat ha-deshen, dont la mitsva a รฉtรฉ faite, ร bien une meila.
Car il est รฉcrit : "et il les posera ร cรดtรฉ de l'autel", pour qu'on ne les disperse pas ; "et il les posera", pour qu'on n'en tire pas profit.
Si "mitsva faite" suffisait ร sortir de la meila, la terumat ha-deshen devrait en sortir : la pelle de cendres a dรฉjร รฉtรฉ prise et posรฉe. Or deux lectures de vesamo la maintiennent ร part : on ne la disperse pas, et l'on n'en tire pas profit. Rachi : elle est absorbรฉe au lieu oรน on la pose, et elle exige la geniza.
C'est parce que la terumat ha-deshen et les vรชtements de kehuna sont deux versets qui viennent ensemble, et tous les deux versets qui viennent ensemble n'enseignent pas.
Principe : shnei ketuvim ha-baim ke-ehad ein melamedin. Quand la Torah รฉcrit deux fois la mรชme rรจgle, chacun des deux cas en avait besoin. On n'รฉtend pas la rรจgle ร un troisiรจme. Ici : les cendres, et les bigdei lavan du kohen gadol ร Kippour, que "ve-hinniham sham" retire du service.
La terumat ha-deshen : c'est ce que nous avons dit. Les vรชtements de kehuna, car il est รฉcrit : "et il les dรฉposera lร ".
Cela enseignรฉ qu'ils exigent une geniza.
La Guemara nomme les deux รฉcrits. Les cendres : le diyuk de vesamo dรฉjร dit. Les habits : ve-hinniham sham enseigne la geniza, alors que le service du jour est fini.
Cela va bien selon les Rabanan, qui disent : cela enseignรฉ qu'ils exigent une geniza. Mais selon Rabbi Dossa, qui diverge d'eux et dit : ils sont toutefois propres ร un kohen hedyot, et que signifie "et il les dรฉposera lร " ?
Qu'il ne s'en serve pas un autre Yom Kippour. Que peut-on dire ?
Selon les Rabanan, les quatre habits blancs sortent du monde : geniza. Ce second verset bloque l'enseignement. Rabbi Dossa lit "ve-hinniham sham" autrement : le kohen gadol ne les reprend pas un autre Kippour, mais un kohen hedyot peut les porter dans l'annรฉe. Rachi : tunique, caleรงon, tiare, ceinture, les mรชmes piรจces que le service ordinaire. Dรจs lors il ne reste qu'un seul verset, celui des cendres, et il pourrait enseigner pour tous les cas.
C'est parce que la terumat ha-deshen et la egla aroufa sont deux versets qui viennent ensemble, et tous les deux versets qui viennent ensemble n'enseignent pas.
Pour Rabbi Dossa, le second verset n'est plus les habits. On le prend dans la egla aroufa : le mot sham fixe son ensevelissement sur place. Aprรจs le rite, on n'en tire pas profit. Deuxiรจme รฉcrit ร cรดtรฉ des cendres : le couple n'enseigne pas ailleurs.
Cela va bien selon celui qui dit qu'ils n'enseignent pas. Mais selon celui qui dit qu'ils enseignent, que peut-on dire ?
Deux mioutim (restrictions) sont รฉcrits : il est รฉcrit "et il les posera", et il est รฉcrit "lร [gรฉnisse] ร la nuque brisรฉe".
Selon l'avis que deux versets ensemble enseignent quand mรชme, le couple cendres / egla aroufa รฉtendrait la meila ร tout objet dont la mitsva est faite. La Guemara ferme la porte par deux mioutim. Vesamo : ces cendres-ci. Ha-arufa, avec l'article : cette gรฉnisse-ci.
Tossefot, au nom du Ri : un seul miut n'รฉcarterait de l'interdit qu'un cas peu semblable. Un cas proche resterait inclus. Les deux restrictions ensemble รฉcartent aussi le cas semblable.
Viens entendre : s'il l'a fait entrer dans la revaka et qu'elle a foulรฉ, elle est valide. S'il l'a fait entrer pour qu'elle tรจte et qu'elle foule, elle est invalide.
Retour au diffรฉrend d'Abaye et de Rava. Une egla aroufa (Rachi), ou une para aduma (Tossefot, d'aprรจs la Tossefta), devient invalide si on lui fait faire un travail. Entrรฉe dans la revaka, l'attelage de quatre, elle foule le grain avec les autres, sans qu'on l'ait visรฉ : keshira. Entrรฉe pour qu'elle tรจte, avec l'intention qu'elle foule aussi : pesula.
Rachi lit le seifa comme le cas de Rava : on ne peut pas รฉviter de la faire entrer, puisqu'elle doit tรฉter, et l'intention de la faire fouler l'invalide.
Or ici, on ne peut pas faire autrement, il a l'intention, et l'on enseigne qu'elle est invalide. Lร -bas, c'est diffรฉrent, car il est รฉcrit : "qui n'a pas travaillรฉ avec elle", en tout cas.
Le seifa ร la forme du cas de Rava : lo efshar, kavana, et le rรฉsultat est l'invalidation. La Guemara le sort de la rรจgle gรฉnรฉrale. Le verset acher lo avad bah disqualifie le travail mi-kol makom, en tout cas. Rachi : ailleurs ce profit resterait permis ; ici le verset l'interdit.
S'il en est ainsi, mรชme le resha aussi !
Si le verset vise tout travail, mรชme celui qu'on n'a pas cherchรฉ, le resha devrait lui aussi invalider la gรฉnisse : elle a foulรฉ, quoique sans intention. L'amoud s'arrรชte sur cette question.
Texte hรฉbreu et aramรฉen vocalisรฉ : รฉdition numรฉrique William Davidson du Talmud Koren Noรฉ, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction franรงaise, notes et schรฉmas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).