Pesachim 27a - Zeh va-zeh gorem : levain, bois d'achera, four et braises

Pesachim 27a

Sougya : L'amoud reprend le levain de houlin et de terouma. Abaye lit Rabbi Eliezer : sans retrait de l'interdit avant que le permis achève le levain, zeh va-zeh gorem (ceci et cela en sont la cause) est interdit.

La Guemara écarte cette preuve et la reprend sur les bois d'achera : four neuf à démolir, pain interdit à la jouissance, et Rabbi Eliezer étend la règle à tous les interdits de la Torah. Abaye distingue alors le pain, où le bois apporte dans la pâte, des plats, de la marmite et du four.

Chmouel tranche le four chauffé par l'orla ou les kilayim de la vigne, et la fin départage les braises qui s'éteignent, les braises qui flambent, et la flamme en face du pain.

Zeh va-zeh gorem : deux causes, interdit et permis Levain, bois d'achera, orla, kilayim de la vigne Rabbi Eliezer zeh va-zeh gorem interdit four neuf : on le démolit four ancien : on le refroidit pain cuit : interdit à la jouissance même règle pour tous les interdits de la Torah valeur des bois : mer Salée Sages, et Rabbi Yossi zeh va-zeh gorem permis four neuf : on le refroidit puis bois permis : permis halakha : comme les Sages le pain reste à part : apport du bois dans le pain Chmouel : halakha comme Rabbi
Rabbi Eliezer interdit zeh va-zeh gorem : four neuf à démolir, et cela pour tous les interdits de la Torah. Les Sages le permettent. La halakha suit les Sages. Le pain, lui, suit l'apport du bois.
Où tombe la jouissance du bois interdit Abaye : pain, vaisselle, four, marmite Pain le bois apporte dans la pâte le corps jouit par une cause interdit halakha : Rabbi Plats, coupes fioles cuits au feu du bois interdit usage sans seconde cause interdits Four le corps ne jouit qu'après un chauffage permis deux causes mahloket halakha : permis Marmite elle reçoit la cuisson avant le bois permis usage par le seul interdit interdite
Le pain et la vaisselle cuite au feu du bois interdit : le corps jouit sans seconde cause. Le four attend un chauffage permis. La marmite reçoit la cuisson avant ce bois.
Pain cuit : braises ou flamme Chmouel et Rabbi Yo'hanan. On agit selon la sévérité Braises qui s'éteignent omemot pain permis tous, pour orla et kilayim de la vigne Braises qui flambent lohachot l'un : interdit l'autre : permis pratique : sévérité Flamme en face avouka kenegdo bois à l'ouverture du four, face au pain cas de Rabbi
Braises qui s'éteignent : pain permis, de l'avis de tous. Braises qui flambent : les avis divergent, on retient l'interdit. Flamme en face du pain : le cas où Rabbi interdit à cause de l'apport du bois.
1
עד שיהא בו כדי להחמיץ. ואמר אביי: לא שנו אלא שקדם וסילק את האיסור, אבל לא קדם וסילק את האיסור — אסור, אלמא זה וזה גורם אסור.

jusqu'à ce qu'il y ait en lui de quoi faire lever. Et Abaye a dit : on ne l'a enseigné que s'il a d'abord retiré l'interdit ; mais s'il n'a pas d'abord retiré l'interdit, c'est interdit.

Il en ressort que zeh va-zeh gorem (ceci et cela en sont la cause) est interdit.

📜 Rachi (1)
לֹא שָׁנוּ דאחר אחרון אני בא ואם נפל היתר בסוף מותר אלא שקידם את האיסור וסילקו מכיון שנפל בו היתר מיד דהואיל וסילקו ועדיין לא החמיץ בטל והלך לו ואע"ג דהועיל בה קצת שיכול זה האחרון לגמור חימוץ על ידו אעפ"כ כבר בטל לו ושוב אין חוזר וניעור בו אבל לא קדם וסילק ונגמר על ידי שניהם ואינו יכול ליבטל אסור אלמא זה וזה גורם אסור:
Que "je suis le dernier", et que si le permis est tombé à la fin c'est permis : seulement s'il a d'abord retiré l'interdit, dès que le permis y est tombé. Puisqu'il l'a retiré, et que cela n'avait pas encore levé, l'interdit est annulé et s'en est allé. Même s'il a un peu servi, en ce que ce dernier peut achever le levain par son moyen, il est déjà annulé pour elle, et il ne revient pas s'éveiller (hozer ve-neor). Mais s'il n'a pas d'abord retiré, et que le levain s'achève par les deux, et qu'il ne peut plus s'annuler, c'est interdit. Il en ressort que zeh va-zeh gorem est interdit.
🗂️ Tossefot (1)
עד שיהא בו כדי להחמיץ פי' באיסור דאי יש באיסור וגם בהיתר כדי להחמיץ נראה לרשב"א דשרי דהא בפ' בתרא דמסכת ע"ז (דף סח.) תניא שאור של חולין ושל תרומה שנפלו לעיסה ובזה כדי להחמיץ ובזה כדי להחמיץ וחימצו אסור ור' שמעון מתיר והשתא הוי ר' שמעון כרבנן דהכא והא דתנן בסוף פ"ק דתמורה (דף יב.) אין מחמץ אחר מחמץ [אוסר] אלא לפי חשבון שבה שאם נפל שאור של תרומה בעיסה וחימצה וחזרה ונפלה לעיסה אחרת גדולה מזאת אם יש בשאור כדי להחמיץ השניה אסורה אע"פ שנתחמצה על ידי שאור של איסור ועל ידי עיסה ראשונה שהיה של היתר ומוקמינן לה התם כרבנן דהכא אור"י מצי למימר דהתם מיירי כגון שאין בעיסה כדי להחמיץ ובשאור של תרומה יש כדי להחמיץ:
L'explication : dans l'interdit. Car s'il y a dans l'interdit, et aussi dans le permis, de quoi faire lever, il paraît au Rachba que c'est permis. Car au dernier chapitre du traité Avoda Zara (68a) on enseigne : du levain de houlin et de terouma sont tombés dans une pâte, dans celui-ci il y a de quoi faire lever et dans celui-là il y a de quoi faire lever, et ils ont fait lever : c'est interdit, et Rabbi Chimon permet. Dès lors Rabbi Chimon correspond aux Sages d'ici. Et ce que l'on enseigne à la fin du premier chapitre de Temoura (12a) : il n'y a pas de faire-lever après un faire-lever, [cela n'interdit] que selon le compte qui s'y trouve. Si du levain de terouma est tombé dans une pâte et l'a fait lever, puis qu'elle est retombée dans une autre pâte, plus grande que celle-ci : s'il y a dans le levain de quoi faire lever la seconde, elle est interdite, bien qu'elle ait levé par le levain d'interdit et par la première pâte, qui était de permis. Et on l'établit là-bas selon les Sages d'ici. Le Ri peut dire que là-bas il s'agit d'un cas où la pâte n'a pas de quoi faire lever, et où le levain de terouma a de quoi faire lever.
💡 Explication

La phrase achève les Sages de la baraïta du levain : l'interdit ne prend que lorsqu'il y a dans l'interdit de quoi faire lever.

Abaye lit Rabbi Eliezer ainsi. Le permis tombé en dernier ne laisse la pâte permise que si l'on a d'abord retiré l'interdit. Sinon les deux levains achèvent ensemble : zeh va-zeh gorem, et c'est interdit.

Tossefot : si chacun, interdit et permis, à de quoi faire lever à lui seul, le Rachba permet. Le cas de Temoura 12a, établi selon les Sages d'ici, vise une pâte permise qui n'a pas, à elle seule, de quoi faire lever.

🖼️ Schéma
Abaye : a-t-on retiré l'interdit avant le permis Il retire l'interdit d'abord le permis tombe et achève l'interdit est annulé, il ne se réveille plus permis Il ne retire pas l'interdit les deux achèvent le levain zeh va-zeh gorem interdit
Abaye : le permis tombé en dernier ne rend la pâte permise que si l'interdit à été retiré avant. Sinon les deux causes interdisent.
2
וממאי דטעמא דרבי אליעזר כאביי? דילמא טעמא דרבי אליעזר משום דאחר אחרון אני בא — לא שנא קדם וסילק את האיסור, לא שנא לא קדם וסילק את האיסור. אבל בבת אחת, הכי נמי דשרי!

Et d'où sait-on que la raison de Rabbi Eliezer est comme Abaye ? Peut-être que la raison de Rabbi Eliezer est : je suis le dernier.

Sans différence s'il a d'abord retiré l'interdit, sans différence s'il ne l'a pas d'abord retiré. Mais en une seule fois, dans ce cas aussi ce serait permis !

📜 Rachi (2)
דאחר אחרון אני בא וטעמא משום דאזל בתר גמר מעשה גמרו בהיתר מותר ואפי' לא קדם וסילק דאיכא זה וזה גורם גמרו באיסור אסור (ואפילו קדם וסילק את האיסור):
La raison est qu'il suit l'achèvement de l'acte. S'ils ont achevé dans le permis, c'est permis, même s'il n'a pas d'abord retiré, alors qu'il y a zeh va-zeh gorem. S'ils ont achevé dans l'interdit, c'est interdit (même s'il a d'abord retiré l'interdit).
אבל בבת אחת אם נפלו כאחת דליכא גמרו באיסור הכי נמי דשרי דזה וזה גורם מותר:
S'ils sont tombés ensemble, puisqu'il n'y a pas d'achèvement dans l'interdit, dans ce cas aussi ce serait permis, car zeh va-zeh gorem est permis.
💡 Explication

La Guemara refuse de conclure avec Abaye. Rabbi Eliezer a dit je suis le dernier : on suit l'achèvement. Permis à la fin, permis, même sans retrait. Interdit à la fin, interdit.

S'ils tombent ensemble, il n'y a pas d'achèvement dans l'interdit. Selon cette lecture, zeh va-zeh gorem serait permis. Le cas du levain ne prouve donc pas qu'il l'interdit.

3
אלא רבי אליעזר דעצי אשירה, דתנן: נטל הימנה עצים — אסורין בהנאה. הסיק בהן את התנור, חדש — יותץ, ישן — יוצן.

Plutôt, Rabbi Eliezer au sujet des bois d'achera. Car nous avons appris : s'il en a pris des bois, ils sont interdits à la jouissance.

S'il a chauffé le four avec eux : neuf, on le démolit ; ancien, on le laisse refroidir.

📜 Rachi (1)
הימנה מן האשירה:
De l'achera.
⚖️ Rosh (1)
מתני' רבי יהודה אומר אין ביעור חמץ אלא שריפה. וחכ"א מפרר וזורה לרוח: או מטיל לים.
Michna : Rabbi Yehouda dit : il n'y a de destruction du hametz que par le feu. Et les Sages disent : on l'émiette et on le disperse au vent, ou on le jette à la mer.
💡 Explication

La preuve se prend chez Rabbi Eliezer, sur les bois d'une achera. Le bois pris est interdit à la jouissance.

Un four neuf, durci par ce bois, on le démolit. Un four ancien, déjà durci, on le laisse refroidir : la chaleur de l'interdit s'en va.

4
אפה בו את הפת — אסורין בהנאה. נתערבה באחרות ואחרות באחרות — כולן אסורין בהנאה. רבי אליעזר אומר: יוליך הנאה לים המלח. (אמר) לו: אין פדיון לעבודה זרה.

S'il y a cuit le pain, il est interdit à la jouissance. S'il s'est mélangé à d'autres, et d'autres à d'autres, tous sont interdits à la jouissance.

Rabbi Eliezer dit : il emportera la jouissance à la mer Salée. On lui a dit : il n'y a pas de rachat pour l'avoda zara.

📜 Rachi (1)
יוליך הנאה לים המלח דמי עצים מכל מקום שמעינן ליה כל כמה דלא ממטי הנאה לים המלח מודה הוא לת"ק בין אחדש יותץ בין אישן יוצן בין אאיסור פת אלמא כיון דקתני חדש יותץ אית ליה זה וזה גורם אסור והא דתניא לעיל חדש יוצן רבנן היא דפליגי עליה דר' ואמרי הפת מותרת משום דלא חשיבא להו הנאת היסק ואפילו בגורם אחד לבדו משום דליתיה לאיסורא בעיניה וכל שכן בתנור שאינו נאכל הוא בעצמו ואין הנאתו בגורם אחד לבדו אלא בשני גורמים שלו ושל היתר ואם תאמר לרבנן יוצן למה לי הא שרו לפת האפויה בהיסק איסור הני מילי דיעבד אבל לכתחלה לא קא שרו לאפות בהיסק איסור ולקמן פריך עצים דאיסור לרבנן היכי משכחת לה דאסירי מדאורייתא והוא הדין דמצי לאוקמא להא דחדש יותץ דלעיל כתנא קמא דר' אליעזר אלא משום דלא ידעינן מנו וניחא ליה למינקט ר' אליעזר והוא ומחלוקתו קאמר:
La valeur des bois. En tout cas, on apprend de lui : tant qu'il n'a pas fait parvenir la jouissance à la mer Salée, il s'accorde au premier tanna, que ce soit pour un four neuf qu'on démolit, pour un four ancien qu'on laisse refroidir, ou pour l'interdit du pain. Donc, puisqu'on enseigne qu'un four neuf, on le démolit, il tient que zeh va-zeh gorem est interdit. Et ce qu'on enseigne plus haut, qu'un four neuf, on le laisse refroidir, c'est l'avis des Sages, qui divergent de Rabbi et disent que le pain est permis, parce que la jouissance du chauffage ne compte pas pour eux, même par une seule cause, puisque l'interdit n'est pas là en nature. À plus forte raison le four, qui n'est pas mangé lui-même : sa jouissance ne vient pas d'une seule cause, elle vient de deux causes, la sienne et celle du permis. Et si tu dis : pour les Sages, à quoi sert qu'on le laisse refroidir, puisqu'ils permettent le pain cuit par un chauffage interdit ? Cela ne vaut qu'après coup. Au départ, ils ne permettent pas de cuire par un chauffage interdit. Et plus loin on objecte : un bois interdit, pour les Sages, où le trouves-tu interdit de la Torah ? On pourrait aussi établir ce "four neuf, on le démolit" d'en haut comme le premier tanna de Rabbi Eliezer. Puisque nous ne savons pas qui il est, il préfère citer Rabbi Eliezer : c'est lui et son différend qu'il vise.
🗂️ Tossefot (1)
נתערבו באחרות אור"ת דלא גרסי' ואחרות באחרות דבסדר המשנה לא גרס ליה לא במסכת ע"ז ולא בסדר זרעים:
Rabbeinou Tam : nous ne lisons pas "et d'autres à d'autres", car dans l'ordre de la michna on ne le lit ni dans le traité Avoda Zara, ni dans l'ordre Zeraïm.
💡 Explication

Le pain cuit avec ce bois est interdit à la jouissance. Le mélange se propage : d'autres pains, puis d'autres encore, tous interdits. Rabbeinou Tam ne lit pas le second mélange.

Rabbi Eliezer : on jette à la mer Salée la valeur des bois. Le premier tanna : il n'y a pas de rachat pour l'avoda zara. Tant que la valeur n'est pas jetée, Rabbi Eliezer s'aligne sur lui, y compris pour démolir le four neuf. D'où il tient zeh va-zeh gorem interdit.

🖼️ Schéma
Bois d'achera : de la prise du bois au rachat Bois pris interdit à la jouissance Four neuf : démolir ancien : refroidir Pain cuit puis mélanges tous interdits R. Eliezer valeur des bois à la mer Salée Tanna kamma pas de rachat pour l'avoda zara
Le bois d'achera interdit le four et le pain, puis les mélanges. Rabbi Eliezer jette la valeur à la mer Salée. Le premier tanna refuse le rachat.
5
אימור דשמעת ליה לרבי אליעזר בעבודה זרה — דחמיר איסורה, בשאר איסורין שבתורה מי שמעת ליה? אלא אם כן, אמאן תרמייה? ועוד, הא תניא בהדיא: וכן היה רבי אליעזר אוסר בכל איסורין שבתורה.

Dis que tu l'as entendu de Rabbi Eliezer pour l'avoda zara, dont l'interdit est grave. Pour les autres interdits de la Torah, l'as-tu entendu de lui ?

Plutôt, s'il en est ainsi, à qui l'attribueras-tu ? Et de plus, on enseigne explicitement : et de même Rabbi Eliezer interdisait pour tous les interdits de la Torah.

📜 Rachi (1)
א"כ דפרכת דילמא שאני ליה אמאן תרמייה להא דתניא לעיל גבי ערלה יותץ על כרחיך כיון דלא משכחת תנא דאמר זה וזה גורם אסור אלא רבי אליעזר ומחלוקתו במסכת ע"ז וחזינא סתמא דתני בשאר איסורי נמי הכי רבי אליעזר קאמר לה ולא שני ליה:
Que tu objectes : peut-être que c'est différent pour lui. À qui attribueras-tu ce qu'on enseigne plus haut au sujet de l'orla, qu'on le démolit ? Forcément : tu ne trouves de tanna qui dise que zeh va-zeh gorem est interdit que Rabbi Eliezer et son différend, dans le traité Avoda Zara. Et nous voyons un enseignement anonyme qui enseigne de même pour les autres interdits. C'est Rabbi Eliezer qui le dit, et il ne distingue pas.
🗂️ Tossefot (1)
וכן היה רבי אליעזר אוסר בכל איסורין שבתורה השתא משמע דבכל מקום אית ליה לרבי אליעזר דזה וזה גורם אסור ותימה לרשב"א דתיקשי מהכא לרב הונא בר חיננא דתניא בתמורה בפרק כל האסורין (תמורה דף ל: ושם) כל האסורין לגבי מזבח ולדותיהן מותרין ותניא עלה ר"א אוסר וקאמר רב הונא בר חיננא מחלוקת כשעיברו ולבסוף נרבעו דרבי אליעזר סבר עובר ירך אמו הוא אבל נרבעו ולבסוף עיברו ד"ה מותרין אלמא לרבי אליעזר זה וזה גורם מותר:
Maintenant il ressort qu'en tout lieu Rabbi Eliezer tient que zeh va-zeh gorem est interdit. C'est étonnant pour le Rachba : cela fait difficulté, d'ici, contre Rav Houna bar Hinena. Car on enseigne à Temoura, au chapitre Kol ha-assourin (Temoura 30b, et là) : tous ceux qui sont interdits pour l'autel, leurs petits sont permis. Et l'on enseigne à ce propos : Rabbi Eliezer interdit. Rav Houna bar Hinena dit : le différend porte sur le cas où elles ont conçu, puis ont été nirva (souillées par un acte qui les disqualifie pour l'autel). Rabbi Eliezer tient que le fœtus est la cuisse de sa mère (ouvar yerekh imo). Mais si elles ont été nirva, puis ont conçu, tous conviennent de permettre. Donc, pour Rabbi Eliezer, zeh va-zeh gorem est permis.
💡 Explication

L'avoda zara a un interdit plus grave. La Guemara demande si Rabbi Eliezer a été entendu pour les autres interdits.

La baraïta de l'orla, "four neuf, on le démolit", n'a pas d'autre auteur. Et une baraïta le dit en clair : de même pour tous les interdits de la Torah.

Tossefot : à Temoura 30b, si la bête à été nirva puis a conçu, tous permettent le petit. Le petit vient des deux causes. Cela donne, pour Rabbi Eliezer, zeh va-zeh gorem permis.

6
אמר אביי: אם תמצא לומר ״זה וזה גורם אסור״ — רבי היינו רבי אליעזר, ואם תמצי לומר ״זה וזה גורם מותר״, והכא משום דיש שבח עצים בפת הוא — הני קערות וכוסות וצלוחיות אסירי.

Abaye a dit : si tu viens à dire que zeh va-zeh gorem est interdit, Rabbi est identique à Rabbi Eliezer. Et si tu viens à dire que zeh va-zeh gorem est permis, et qu'ici c'est parce qu'il y a un apport du bois dans le pain, alors ces plats, ces coupes et ces fioles sont interdits.

📜 Rachi (4)
אמר אביי אם תמצי לומר ברייתא מפורשת הכי דכי היכי דאסר רבי בפת הכי נמי אסר בתנור ואע"פ שאין עצמו נאכל דאית ליה זה וזה גורם אסור ורישא דברייתא דלעיל דערלה רבי קאמר לה כולה:
La baraïta s'explique ainsi : de même que Rabbi interdit pour le pain, de même il interdit pour le four, bien que lui-même ne soit pas mangé, car il tient que zeh va-zeh gorem est interdit. Et le début de la baraïta d'en haut, au sujet de l'orla, c'est Rabbi qui la dit tout entière.
היינו ר' אליעזר בניחותא וליכא למיבעי מידי:
Sur le ton de l'évidence, et il n'y a rien à demander.
ואם תמצי לומר דסבירא ליה זה וזה גורם מותר ורישא דההוא לאו רבי הוא אלא רבי אליעזר הוא והתם בפת הוא דאסר רבי משום דיש שבח עצים בגופה ונמצא כשאוכלה גופו הוא הנהנה מן האיסור בגורם אחד אבל בתנור חדש וציננו שרי:
Qu'il tient que zeh va-zeh gorem est permis, et que le début de celle-là n'est pas de Rabbi, mais de Rabbi Eliezer. Et là, c'est pour le pain que Rabbi interdit, parce qu'il y a un apport du bois dans son corps. Il se trouve que, lorsqu'on le mange, c'est son corps qui jouit de l'interdit, par une seule cause. Mais pour un four neuf, le laisser refroidir est permis.
הני קערות כוסות וצלוחיות של חרס שצרפן בעצי אשירה אסירי אפילו לרבי דהא יש שבח עצים בהן והנאתן בלא גורם שני הוא ועל ידי גורם ראשון הוא משתמש בהן הנאת גופו ולא דמו לתנור דלא מטיא הנאה לגוף מיניה עד דאיכא גורם שני:
De terre cuite, qu'il a fait cuire au feu avec des bois d'achera : interdits même pour Rabbi. Car il y a un apport du bois en eux, et leur jouissance se fait sans seconde cause. Par la première cause il s'en sert : jouissance de son corps. Ils ne ressemblent pas au four, dont la jouissance n'atteint le corps que lorsqu'il y a une seconde cause.
💡 Explication

Abaye pose deux lectures de Rabbi (Yehouda ha-Nassi), sur le pain cuit dans un four chauffé par de l'orla.

Si zeh va-zeh gorem est interdit, Rabbi dit comme Rabbi Eliezer, four compris.

S'il est permis, Rabbi n'interdit le pain que parce que le bois apporte dans le pain : en le mangeant, le corps jouit de l'interdit par une seule cause. Alors les plats, coupes et fioles cuits au feu de ce bois sont interdits eux aussi : on s'en sert sans seconde cause.

🖼️ Schéma
Abaye : deux lectures de Rabbi Si zeh va-zeh gorem est interdit Rabbi = Rabbi Eliezer pain et four, même interdit S'il est permis le pain : apport du bois plats, coupes, fioles : interdits
Si zeh va-zeh gorem est interdit, Rabbi rejoint Rabbi Eliezer. S'il est permis, l'interdit du pain vient de l'apport du bois, et la vaisselle cuite au feu de ce bois est interdite.
7
כי פליגי בתנור וקדירה: למאן דאמר ״זה וזה גורם אסור״ — אסור. למאן דאמר ״זה וזה גורם מותר״ — שרי.

Là où ils divergent, c'est pour le four et la marmite. Pour celui qui dit que zeh va-zeh gorem est interdit : c'est interdit.

Pour celui qui dit que zeh va-zeh gorem est permis : c'est permis.

📜 Rachi (2)
כִּי פְּלִיגִי רבי דלא אסר אלא בפת ור' אליעזר אית ליה זה וזה גורם אסור בתנור וקדירה שאין הגוף נהנה מהן עד שיבא גורם שני והוא של היתר:
Rabbi, qui n'interdit que pour le pain, et Rabbi Eliezer, qui tient que zeh va-zeh gorem est interdit : au sujet du four et de la marmite, dont le corps ne jouit que lorsque vient une seconde cause, et celle-ci est de permis.
קדירה שצרפה כשהיא חדשה בעצי איסור:
Qu'il a fait cuire au feu alors qu'elle est neuve, avec du bois interdit.
💡 Explication

Le point de mahloket est le four et la marmite. Le corps n'en jouit qu'avec une seconde cause, le chauffage permis qui vient après.

Celui qui interdit zeh va-zeh gorem les interdit. Celui qui le permet les permet.

8
איכא דאמרי: אפילו למאן דאמר ״זה וזה גורם מותר״, קדירה — אסורה, דהא קבלה בישולא מקמי דניתן עצים דהיתירא.

Certains disent : même pour celui qui dit que zeh va-zeh gorem est permis, la marmite est interdite, car elle a reçu la cuisson avant que l'on mette du bois permis.

📜 Rachi (1)
דהא מקבלה בישולה ואיכא הנאת תשמיש שמשתמש בה בלא גורם אחר אבל תנור אין נותנין בו פת אלא לאחר הסיקה של גורם היתר:
Et il y a une jouissance d'usage : on s'en sert sans autre cause. Mais un four : on n'y met le pain qu'après le chauffage de la cause permise.
💡 Explication

Autre version. Même celui qui permet zeh va-zeh gorem interdit la marmite. Elle reçoit la cuisson des aliments avant que le bois permis soit mis. L'usage se fait par le seul bois interdit.

Le four ne reçoit le pain qu'après le chauffage permis.

🖼️ Schéma
Marmite et four : quand vient le bois permis Marmite cuisson reçue avant le bois permis interdite, même si zeh va-zeh gorem permis Four pain mis après le chauffage permis deux causes : mahloket
La marmite sert avant l'arrivée du bois permis : interdite. Le four ne reçoit le pain qu'après ce bois : le différend de zeh va-zeh gorem s'y joue.
9
אמר רב יוסף אמר רב יהודה אמר שמואל: תנור שהסיקו בקליפי ערלה, או בקשין של כלאי הכרם, חדש — יותץ, ישן — יוצן. אפה בו את הפת, רבי אומר: הפת מותרת, וחכמים אומרים: הפת אסורה. והתניא איפכא! שמואל איפכא תני.

Rav Yossef a dit que Rav Yehouda a dit que Chmouel a dit : un four qu'on a chauffé avec des écorces d'orla, ou avec de la paille de kilayim de la vigne : neuf, on le démolit ; ancien, on le laisse refroidir. S'il y a cuit le pain, Rabbi dit : le pain est permis, et les Sages disent : le pain est interdit.

Or on enseigne l'inverse ! Chmouel enseigne l'inverse.

📜 Rachi (1)
איפכא תני לה להא ברייתא דלעיל ואיפכא אתנייה:
Cette baraïta d'en haut : c'est à l'inverse qu'on la lui a enseignée.
⚖️ Rosh (1)
עָבַר זְמַנּוֹ אָסוּר בַּהֲנָאָה פְּשִׁיטָא לָא צְרִיכָא לְשָׁעוֹת דְּרַבָּנַן. דא"ר גִּידֵּל א"ר חַייָּא ב"ר יוֹסֵף אָמַר רַב הַמְקַדֵּשׁ מו' שָׁעוֹת וּלְמַעְלָה אַפֵּי' בְּחִיטֵּי קוּרְדִּנְייָתָא אֵין חוֹשְׁשִׁין לְקִדּוּשִׁין פירש"י מִתְּחִלַּת ו' שָׁעוֹת וּלְמַעְלָה. וְלִישָּׁנָא דְּמִשֵּׁשׁ שָׁעוֹת מַשְׁמַע מִסּוֹף שֵׁשׁ כְּדִלְעֵיל (פְּסָחִים דַּף ד.) דכ"ע חָמֵץ מִשֵּׁשׁ שָׁעוֹת וּלְמַעְלָה אָסוּר. וּמְפָרֵשׁ ר"ת מִסּוֹף ו' שָׁעוֹת וּלְמַעְלָה. וּמַשְׁוֶה יַחַד שָׁעוֹת דְּאֻורְיִי' וְחִיטֵּי קוּרְדִּנְייָתָא דְּהָוֵי חָמֵץ דְּרַבָּנָן. דְּחָמֵץ נֻוקְשֶׁה אֵינוֹ אָסוּר אֶלָּא מִדְּרַבָּנָן מו' שָׁעוֹת וּלְמַעְלָה דְּהָא דְּמִרַבֵּינַן לְקַמָּן (פְּסָחִים ד' מג.) חָמֵץ נֻוקְשֶׁה מִקְּרָא הַייְנוּ דַּוְקָא תּוֹךְ זְמַנּוֹ אֲבָל לִפְנֵי זְמַנּוֹ לֹא אָסוּר אֶלָּא מִדְּרַבָּנָן הִלְכָּךְ מַיְיתֵי מֵרַב גִּידֵּל וּמְדַמֵּי אַהֲדָדֵי שָׁעוֹת דְּאוֹרָייְתָא וְחָמֵץ דְּרַבָּנָן לְשָׁעוֹת דְּרַבָּנָן וְחָמֵץ דְּאוֹרָיְיתָא וּבַעַל הָעִיטּוּר זַ"ל כָּתַב דְּהָא דְּרַב גִּידֵּל מִתְּחִלַּת שָׁעָה שְׁבִיעִית מַיְירֵי וְאַלִּיבָּא דְּרַבִּי שִׁמְעוֹן דְּאָמַר לְקַמָּן (פְּסָחִים דַּף כֹּח:) מִן הַתּוֹרָה מֻותָּר בַּהֲנָאָה עַד הַלַּיְלָה וְקָאָמַר רַב גִּידֵּל כֵּיוָן דַּחֲכָמִים אֲסָרוּהוּ בַּהֲנָאָה מִשֵּׁשׁ שָׁעוֹת וּלְמַעְלָה אֵין חוֹשְׁשִׁין לַקִּדּוּשִׁין. אֲבָל בְּשָׁעָה שִׁשִּׁית חוֹשְׁשִׁין. וְלָא יָדַעְנָא מְנָא לֵיהּ דלר"ש אָסוּר בַּהֲנָאָה מִשֵּׁשׁ שָׁעוֹת וּלְמַעְלָה מִדְּרַבָּנָן. ור"י כָּתַב דְּמֻותָּר בַּהֲנָאָה לְר' שִׁמְעוֹן עַד הַלַּיְלָה אֲפִילּוּ מִדְּרַבָּנָן. וּבַעַל הַמָּאוֹר זַ"ל כָּתַב אע"פ שֶׁהֱבִיאָהּ רַב אִלְפָּס לְהָא דְּרַב גִּידֵּל בְּהִלְכוֹתָיו אֵין נִרְאֶה לָנוּ לִסְמֹוךְ עָלֶיהָ. דְּרַב לְטַעְמֵיהּ דִּסְבִירָא לֵיהּ כְּר' יְהוּדָה לְקַמָּן (פְּסָחִים דַּף כט) דְּאָמַר חָמֵץ מו' שָׁעוֹת וּלְמַעְלָה עוֹבֵר עָלָיו מִן הַתּוֹרָה וַחֲכָמִים עָשׂוּ סְייָג וְאָסְרוּ שָׁעָה שִׁשִּׁית מִדִּבְרֵיהֶם וְלָא קיי"ל הָכִי אֶלָּא כר"ש דְּאָמַר בֵּין לִפְנֵי זְמַנּוֹ בֵּין לְאַחַר זְמַנּוֹ אֵין עוֹבֵר עָלָיו וְלֹא כְלוּם. אֲבָל לְכַתְּחִלָּה אֵין לְהַשְׁהוֹתוֹ מו' שָׁעוֹת וּלְמַעְלָה. דְּלָא פְּלִיג ר"ש אַהָא דְּדָרְשִׁינַן אַךְ בַּיּוֹם הָרִאשׁוֹן תַּשְׁבִּיתוּ וְאַךְ חִלֵּק אִי נָמֵי לֹא תִשְׁחַט עַל חָמֵץ דַּם זִבְחִי. אֶלָּא אִם עָבַר וְקִידֵּשׁ כָּל הַיּוֹם חוֹשְׁשִׁים לְקִדּוּשָׁיו. ואע"פ דִּסְתָם מַתְנִיתִין מוֹקְמִינַן הָכָא לְשָׁעוֹת דְּרַבָּנָן וְכִדְרַב גִּידֵּל. לָא קיי"ל הָכִי דְּהָא סֵיפָא דְּמַתְנִיתִין וְלֹא יַסִּיק בּוֹ תַּנּוּר וְכִירַיִם מוֹקְמִינַן לָהּ אַלִּיבָּא דְּר' יְהוּדָה וְלֵית הִילְכְתָא כְּוָותֵיהּ וּלְקַמָּן נְדַקְדֵּק בִּפְסַק זֶה דְּיֵרָאֶה דְּאַף עַל גַּב דְּרַב פָּסַק כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן הַיְינוּ דַּווְקָא לְאַחַר זְמַנּוֹ אֲבָל לִפְנֵי זְמַנּוֹ קיי"ל כְּר' יְהוּדָה וְאִיתָא לִדְרַב גִּידֵּל. אָמַר חִזְקִיָּה מִנַּייִן לְחָמֵץ בַּפֶּסַח שֶׁאָסוּר בַּהֲנָאָה שֶׁנֶּאֱמַר לֹא יֵאָכֵל חָמֵץ לֹא יְהֵא בּוֹ הֶיתֵּר אֲכִילָה. א"ר יַעֲקֹב אָמַר ר' יוֹחָנָן בְּכָל מִתְרַפְּאִין בִּמְקוֹם סַכָּנָה חוּץ מֵעֲצֵי אֲשֵׁירָה דְּתַנְיָא ר' אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר אִם נֶאֱמַר בְּכָל נַפְשְׁךָ לָמָּה נֶאֱמַר בְּכָל מְאֹדֶךָ וְאִם נֶאֱמַר בְּכָל מְאֹודֶךָ לָמָּה נֶאֱמַר בְּכָל נַפְשְׁךָ. אִם יֵשׁ לָךְ אָדָם שֶׁמָּמוֹנוֹ חָבִיב עָלָיו מִגּוּפוֹ לְכָךְ נֶאֱמַר בְּכָל מְאֹדֶךָ. וְאִם יֵשׁ לְךָ אָדָם שֶׁגּוּפוֹ חָבִיב עָלָיו מִמָּמוֹנוֹ לְכָךְ נֶאֱמַר בְּכָל נַפְשְׁךָ. וּבְמַס' ע"ז הֶאֱרַכְתִּי בָּזֶה. כִּי אֲתָא רָבִין אֲמַר ר' יוֹחָנָן בְּכָל מִתְרַפְּאִין בִּמְקוֹם סַכָּנָה חוּץ מע"ז וְגִילּוּי עֲרָיוֹת וּשְׁפִיכוּת דָּמִים. ע"ז הָא דַּאֲמָרָן. גִּילּוּי עֲרָיוֹת וּשְׁפִיכוּת דָּמִים מְנָא לֵיהּ. דְּתַנְיָא רַבִּי אוֹמֵר כִּי כַּאֲשֶׁר יָקוּם אִישׁ עַל רֵעֵהוּ וּרְצָחוֹ נֶפֶשׁ כֵּן הַדָּבָר הַזֶּה. וְכִי מָה עִנְיַן רוֹצֵחַ אֵצֶל נַעֲרָה הַמְאֹורָסָה. אֶלָּא הֲרֵי זֶה בָּא לְלַמֵּד וְנִמְצָא לָמֵד. מַה נַעֲרָה הַמְאֹורָסָה נִיתָּן לְהַצִּילָהּ בְּנַפְשׁוֹ אַף רוֹצֵחַ נִיתָּן לְהַצִּילוֹ בְּנַפְשׁוֹ. וּמַקִּישׁ נַעֲרָה הַמְאֹורָסָה לְרוֹצֵחַ מָה רוֹצֵחַ יֵהָרֵג וְאַל יַעֲבֹור אַף נַעֲרָה הַמְאֹורָסָה תֵּהָרֵג וְאַל תַּעֲבֹור וְרוֹצֵחַ גּוּפֵיהּ מְנָא לֵיהּ סְבָרָא הוּא כִּי הָהוּא דַּאֲתָא קַמֵּיהּ דְּרָבָא אֲמַר לֵיהּ מָרֵי דּוּרַאי א"ל זִיל קַטְלֵיהּ לִפְלָנְיָא וְאִי לָא קָטְלִינָא לָךְ. אֲמַר לֵיהּ לִיקְטְלָךְ וְלָא תִּיקְטְלֵיהּ מַאי חֲזֵית דִּדְמָא דִּידָךְ סֻומָּקֵי טְפֵי דִּילְמָא דְּמָא דְּהָהוּא גַּבְרָא סֻומָּקֵי טְפֵי. מָר בַּר רַב אָשֵׁי אַשְׁכְּחֵיהּ לְרָבִינָא דְּקָא שָׁיֵיף לְבַרְתֵּיהּ בְּגָרְקֵי דְּעָרְלָה. אֲמַר לֵיהּ אֵימוֹר דְּאָמְרִי רַבָּנַן בִּשְׁעַת הַסַּכָּנָה שֶׁלֹּא בִּשְׁעַת הַסַּכָּנָה מִי אֲמוּר. א"ל הַאי אִשָּׁתָא צְמִירְתָּא כִּשְׁעַת הַסַּכָּנָה דָּמְיָא. וְאִיכָּא דְּאָמְרִי הָכִי אֲמַר לֵיהּ מִידֵּי דֶּרֶךְ הֲנָאָתוֹ קָעָבֵידְנָא וְכֵיוָן דְּלָאו דֶּרֶךְ הֲנָאָתוֹ קָעָבֵידְנָא לְצֹורֶךְ רְפוּאָה מֻותָּר אע"ג דְּלֵית בֵּיהּ סַכָּנָה. אֲבָל שֶׁלֹּא לְצֹורֶךְ רְפוּאָה אֲפִילּוּ שֶׁלֹּא כְּדֶרֶךְ הֲנָאָתוֹ אָסוּר מִדְּקָאָמַר לֵיהּ ר' יוֹחָנָן אֵין לוֹקִין עֲלֵיהֶן אֶלָּא דֶּרֶךְ הֲנָאָתוֹ מַשְׁמַע מַלְקוּת הוּא דְּלֵיכָּא הָא אִיסּוּרָא מִיהָא אִיכָּא וּבְכִלְאֵי הַכֶּרֶם וּבְבָשָׂר בְּחָלָב דְּלָא כְּתִיב בְּהוּ אֲכִילָה אֲפִילּוּ שֶׁלֹּא כְּדֶרֶךְ הֲנָאָתָן אָסוּר שֶׁלֹּא בִּמְקוֹם סַכָּנָה: אִיתְּמַר הֲנָאָה הַבָּאָה לוֹ לְאָדָם בְּעַל כָּרְחוֹ. אַבַּיֵּי אָמַר מֻותָּר. וְרָבָא אָמַר אָסוּר. אֶפְשָׁר וְקָמְכַוֵּין. לֹא אֶפְשָׁר וְקָמְכַוֵּין כ"ע לָא פְּלִיגִי דְּאָסוּר לָא אֶפְשָׁר וְלָא קָמְכַוֵּין כ"ע לָא פְלִיגִי דְּשָׁרֵי. וּמַיְירֵי בִּדְלָא הָוֵי פְּסִיק רֵישֵׁיהּ כְּגוֹן שֶׁיָּכִיל לִסְתֹּום נְחִירָיו שֶׁלֹּא יֵהָנֶה מִן הָרֵיחַ. דִּפְסִיק רֵישֵׁיהּ הָוֵי כְּמִתְכַּוֵּין בְּכָל אִיסּוּרֵי דְּאוֹרָייְתָא. כִּי פְּלִיגִי בְּאֶפְשָׁר וְלֹא מְכַוֵּין וְלֵר' יְהוּדָה דְּאָמַר דָּבָר שֶׁאֵין מִתְכַּוֵּין אָסוּר כ"ע לָא פְלִיגִי דְּאָסוּר וְאַלִּיבָּא דְּר' שִׁמְעוֹן פְּלִיגִי וְכוּ'. וא"ד אֶפְשָׁר וְלָא מִכַּוֵּין הַייְנוּ פְּלֻוגְתַּייְהוּ דְּר' יְהוּדָה ור"ש כִּי פְּלִיגִי דְּלָא אֶפְשָׁר וְקָמְכַוֵּין אַבַּיֵּי אָמַר מֻותָּר. וְרָבָא אָמַר אָסוּר וקי"ל כְּרָבָא: וְלֹא יַסִּיק בּוֹ תַּנּוּר וְכִירַיִם וְכוּ'. תָּנוּ רַבָּנַן תַּנּוּר שֶׁהִסִּיקוּהוּ בִּקְלִיפֵּי עָרְלָה אוֹ בְּקַשִּׁין שֶׁל כִּלְאֵי הַכֶּרֶם חָדָשׁ יֻותַּץ יָשָׁן יוּצַן אָפָה בּוֹ אֶת הַפַּת רַבִּי אוֹמֵר הַפַּת אֲסוּרָה וחכ"א הַפַּת מֻותֶּרֶת. בִּישְּׁלָהּ עַל גַּבֵּי גֶּחָלִים דִּבְרֵי הַכֹּל הַפַּת מֻותֶּרֶת. וְהָתַנְיָא בֵּין חָדָשׁ בֵּין יָשָׁן יוּצַן. לָא קַשְׁיָא הָא דְּתַנְיָא יֻותַּץ רַבִּי אֱלִיעֶזֶר הִיא דְּאָמַר זֶה וָזֶה גּוֹרֵם אָסוּר. וְהָא דְּתַנְיָא יוּצַן רַבָּנָן הִיא דְּאָמְרִי זֶה וָזֶה גּוֹרֵם מֻותָּר. וְהִלְכְתָא כְּרַבָּנָן דְּזֶה וָזֶה גּוֹרֵם מֻותָּר. וְהָכִי מַסְּקִינַן בְּמַס' ע"ז בְּפֶ' כָּל הַצְּלָמִים (עֲבוֹדָה זָרָה דַּף מט.) בְּעִנְיַן זוֹרְעִין תַּחְתֶּיהָ יְרָקוֹת בִּימוֹת הַגְּשָׁמִים דָּר' יוֹסֵי סָבַר זֶה וָזֶה גּוֹרֵם מֻותָּר וְאָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל הֲלָכָה כְּר' יוֹסֵי וְאָמְרִי' הָתָם הַהִיא גִּינְּתָא דְּאִיזְדַּבַּלָא בְּזֶבֶל ע"ז שְׁלַח רַב עַמְרָם קַמֵּיהּ דְּרַב יוֹסֵף כִּי הַאי גַּווְנָא מַאי א"ל הָכִי א"ר יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל הֲלָכָה כְּר' יוֹסֵי הִלְכָּךְ גַּם חָדָשׁ יוּצַן וּמַסִּיקִין אוֹתוֹ בְּעֵצִים דְּהֶיתֵּירָא וַהֲוָה לֵיהּ זֶה וָזֶה גּוֹרֵם וְשַׁרְיָא. ואע"ג דִּלְכַתְּחִלָּה אָסוּר לַעֲשׂוֹת זֶה וָזֶה גּוֹרֵם כִּדְמוֹכַח בְּפֶרֶק כָּל הַצְּלָמִים (עֲבוֹדָה זָרָה דַּף מח:) דְּתַנְיָא ר' יוֹסֵי אוֹמֵר נוֹטְעִין יִחוּר שֶׁל עָרְלָה וְאֵין נוֹטְעִין אֱגוֹז שֶׁל עָרְלָה וּמוֹדֶה ר' יוֹסֵי שֶׁאִם נָטַע וְהִבְרִיךְ וְהִרְכִּיב שֶׁהוּא מֻותָּר וַחֲשִׁיב לֵיהּ הָתָם זֶה וָזֶה גּוֹרֵם. יֵשׁ לוֹמַר דְּהָתָם דִּין הוּא שֶׁלֹּא יֵהָנֶה לְכַתְּחִלָּה מִן הָאִיסּוּר עַצְמוֹ. אֲבָל הָכָא הַתַּנּוּר אֵינוֹ הָאִיסּוּר בְּעַצְמוֹ אֶלָּא שֶׁהַתַּנּוּר נִגְמַר בַּעֲצֵי אִיסּוּר וְאִי אָמְרִי' יֻותַּץ נִמְצָא הַתַּנּוּר מֻופְסָד וַהֲוָה כְּדִיעֲבַד. וּלְעִנְיַן אָפָה בּוֹ אֶת הַפַּת הֲלָכָה כְּרַבִּי דְּאָמַר הַפַּת אֲסוּרָה מִשּׁוּם דְּיֵשׁ שֶׁבַח עֵצִים בַּפַּת. דְּהָא אַפֵּיךְ שְׁמוּאֵל וְתָנֵי רַבִּי אוֹמֵר הַפַּת מֻותֶּרֶת וחכ"א הַפַּת אֲסוּרָה מִשּׁוּם דִּבְהָא סָבַר שְׁמוּאֵל הֲלָכָה כְּרַבִּי וְאַפֵּי' מֵחֲבֵירָיו וְאַפֵּיךְ וְתָנֵי לָהּ בִּלְשׁוֹן רַבָּנָן כִּי הֵיכִי דְּתֵקוּם כְּרַבָּנָן לְאִיסּוּר הִלְכָּךְ קְעָרוֹת וְכוֹסוֹת וּצְלוֹחִיּוֹת שֶׁהִסִּיקוּם בַּעֲצֵי עָרְלָה אֲסִירֵי וּקְדֵירָה נָמֵי אֲסִירָא דְּהָא מְקַבְּלָהּ בִּישּׁוּלָהּ מִקַּמֵּי דְּנִיְתּוֹ עֵצִים דְּהֶיתֵּירָא. כִּי פְּלִיגִי בְּתַנּוּר דִּלְמַאן דְּאָסַר זֶה וְזֶה גּוֹרֵם אָסוּר. וּלְמַאן דְּמַתִּיר זוז"ג מֻותָּר. וקי"ל מֻותָּר כִּדְפֵי'. וּבְבִישְּׁלָה ע"ג גֶּחָלִים פְּלִיגִי שְׁמוּאֵל וְר' יוֹחָנָן. ח"א לֹא שָׁנוּ אֶלָּא גֶּחָלִים עוֹמְמוֹת אֲבָל לוֹחֲשׁוֹת אֲסוּרָה. וח"א אַפֵּי' לוֹחֲשׁוֹת מֻותֶּרֶת. וְעָבְדִינַן לְחוּמְרָא. וְהָא דְּשָׁרֵי בְּעוֹמְמוֹת לְדִבְרֵי הַכֹּל דַּוְקָא בִּקְלִיפֵּי עָרְלָה וּבְקַשִּׁין שֶׁל כִּלְאֵי הַכֶּרֶם מִשּׁוּם דְּדִינָן בִּשְׂרֵיפָה תְּמוּרָה לד. וקי"ל כָּל הַנִּשְׂרָפִין אֶפְרָן מֻותָּר אֲבָל בְּחָמֵץ בְּפֶסַח קי"ל כְּרַבָּנָן דְּאָמְרִי מִפֶּרֶר וְזוֹרֶה לָרוּחַ וְהָווּ בִּכְלַל כָּל הַנִּקְבָּרִים שֶׁאֶפְרָן אָסוּר וְכָל שֶׁכֵּן הַגֶּחָלִים. ה"ר יוֹנָה זַ"ל
Après son temps, il est interdit à la jouissance : c'est évident. C'est nécessaire pour les heures d'interdit rabbinique. Car Rav Guidel a dit au nom de Rav Hiya bar Rav Yossef, au nom de Rav : celui qui fiance à partir de la sixième heure et au-delà, même avec du blé kordaniyata, on ne tient pas compte du kiddouchin. Rachi explique : depuis le début de la sixième heure et au-delà. Or la tournure "à partir de la sixième heure" signifie depuis la fin de la sixième, comme plus haut (Pessahim 4a), où tous conviennent que le hametz est interdit à partir de la sixième heure et au-delà. Rabbeinou Tam explique : depuis la fin de la sixième heure et au-delà. Il met ainsi sur le même plan les heures d'interdit de la Torah et le blé kordaniyata, qui est un hametz rabbinique. Car le hametz noukché (hametz incomplet) n'est interdit que rabbiniquement à partir de la sixième heure et au-delà : l'inclusion, plus loin (Pessahim 43a), du hametz noukché à partir d'un verset vaut seulement pendant son temps ; avant son temps, l'interdit est rabbinique. C'est pourquoi il cite Rav Guidel et compare : heures de la Torah avec hametz rabbinique, et heures rabbiniques avec hametz de la Torah. Le Baal ha-Itour, de mémoire bénie, a écrit que cet enseignement de Rav Guidel porte sur le début de la septième heure, et selon Rabbi Chimon, qui dit plus loin (Pessahim 28b) que, de la Torah, la jouissance reste permise jusqu'à la nuit. Rav Guidel dit : puisque les Sages l'ont interdit à la jouissance à partir de la sixième heure et au-delà, on ne tient pas compte du kiddouchin. Pendant la sixième heure, on en tient compte. Et je ne sais d'où il tient que, pour Rabbi Chimon, la jouissance serait interdite à partir de la sixième heure et au-delà par ordre rabbinique. Le Ri a écrit que, pour Rabbi Chimon, la jouissance reste permise jusqu'à la nuit, même rabbiniquement. Le Baal ha-Maor, de mémoire bénie, a écrit : bien que Rav Alfas ait rapporté cet enseignement de Rav Guidel dans ses Halakhot, il ne nous paraît pas possible de s'y appuyer. Car Rav suit son propre raisonnement : il tient comme Rabbi Yehouda plus loin (Pessahim 29), qui dit que, pour le hametz, à partir de la sixième heure et au-delà on transgresse de la Torah, et les Sages ont fait un seyag (une barrière) et ont interdit la sixième heure par leurs paroles. Nous tenons comme Rabbi Chimon, qui dit : avant son temps comme après son temps, on ne transgresse rien du tout. Au départ, on ne le laisse pas subsister à partir de la sixième heure et au-delà. Car Rabbi Chimon ne conteste pas l'exposition de "akh ba-yom ha-richon tachbitou", où "akh" vient partager, ni celle de "lo tichhat al hametz dam zivhi". S'il a passé outre et a fiancé pendant toute la journée, on tient compte de son kiddouchin. Et bien que l'on établisse ici la michna anonyme pour les heures rabbiniques, comme Rav Guidel, nous ne tenons pas ainsi : la fin de la michna, "et l'on n'allume pas avec cela un four ni un réchaud", on l'établit selon Rabbi Yehouda, et la halakha ne suit pas son avis. Plus loin nous examinerons cette décision de près. Il apparaît que, même si Rav a tranché comme Rabbi Chimon, c'est seulement après son temps ; avant son temps, nous tenons comme Rabbi Yehouda, et l'enseignement de Rav Guidel tient. Hizkiya a dit : d'où sait-on que le hametz à Pessa'h est interdit à la jouissance ? Il est dit "lo yeakhel hametz" : il n'y aura pas en lui de permission de le manger. Rabbi Yaakov a dit que Rabbi Yo'hanan a dit : on se soigne par tout, en cas de danger, sauf par le bois d'une achera (arbre idolâtre). Car on enseigne : Rabbi Eliezer dit : si l'on a dit "be-khôl nafchekha", pourquoi a-t-on dit "be-khôl mêôdekha" ? Et si l'on a dit "be-khôl mêôdekha", pourquoi a-t-on dit "be-khôl nafchekha" ? Si tu as un homme dont les biens lui sont plus chers que son corps, c'est pourquoi il est dit "be-khôl mêôdekha". Et si tu as un homme dont le corps lui est plus cher que ses biens, c'est pourquoi il est dit "be-khôl nafchekha". Dans le traité Avoda Zara, j'ai développé cela. Quand Ravine est venu, il a dit que Rabbi Yo'hanan a dit : on se soigne par tout, en cas de danger, sauf par l'avoda zara, les relations interdites et le meurtre. L'avoda zara, c'est ce que nous avons dit. Les relations interdites et le meurtre, d'où ? Car on enseigne : Rabbi dit : "ki kaacher yakoum ich al reehou ou-retzaho nefech, ken ha-davar ha-zeh". Quel rapport entre un meurtrier et une jeune fille fiancée ? Ceci vient enseigner et se trouve enseigné. De même que, pour la jeune fille fiancée, on peut la sauver au prix de la vie de l'agresseur, de même, pour le meurtrier, on peut sauver la victime au prix de la vie du meurtrier. Et l'on rapproche la jeune fille fiancée du meurtrier : de même que, pour le meurtre, on se laisse tuer et l'on ne transgresse pas, de même, pour la jeune fille fiancée, elle se laisse tuer et elle ne transgresse pas. Et le meurtrier lui-même, d'où ? C'est une sevara (un raisonnement), comme cet homme qui vint devant Rava. Il lui dit : le maître du village m'a dit : va tuer un tel, sinon je te tue. Il lui dit : qu'il te tue, et toi ne tue pas. Qu'as-tu vu pour que ton sang soit plus rouge ? Peut-être le sang de cet homme est-il plus rouge. Mar bar Rav Achi trouva Ravina en train d'oindre sa fille avec des olives vertes d'orla. Il lui dit : admettons que les Sages l'aient dit en temps de danger ; hors du temps de danger, l'ont-ils dit ? Il lui dit : cette fièvre qui serre est comme un temps de danger. Et certains disent qu'il lui répondit ainsi : est-ce que j'agis selon le mode de sa jouissance ? Puisque je n'agis pas selon le mode de sa jouissance, pour un besoin de soin c'est permis, même s'il n'y a pas de danger. Hors d'un besoin de soin, même hors du mode de sa jouissance, c'est interdit, de ce que Rabbi Yo'hanan a dit : on n'applique la flagellation que selon le mode de leur jouissance. On entend qu'il n'y a pas de flagellation, et qu'il y a un interdit. Pour les kilayim de la vigne et pour la viande au lait, où "manger" n'est pas écrit, même hors du mode de leur jouissance c'est interdit hors d'un lieu de danger. Il a été dit : une jouissance qui vient à l'homme malgré lui. Abaye dit : permis. Rava dit : interdit. On peut s'en abstenir et l'on a l'intention ; on ne peut pas s'en abstenir et l'on a l'intention : tous conviennent que c'est interdit. On ne peut pas s'en abstenir et l'on n'a pas l'intention : tous conviennent que c'est permis. Et l'on parle d'un cas qui n'est pas un psik reicha (conséquence inévitable), par exemple s'il peut boucher ses narines pour ne pas jouir de l'odeur. Car un psik reicha compte comme une intention dans tous les interdits de la Torah. Là où ils divergent : on peut s'en abstenir et l'on n'a pas l'intention. Selon Rabbi Yehouda, qui dit qu'une chose à laquelle on ne vise pas est interdite, tous conviennent que c'est interdit ; ils divergent selon Rabbi Chimon. Et certains disent : "on peut s'en abstenir et l'on n'a pas l'intention", c'est le différend de Rabbi Yehouda et de Rabbi Chimon. Là où ils divergent, "on ne peut pas s'en abstenir et l'on a l'intention" : Abaye dit permis, Rava dit interdit, et nous tenons comme Rava. "Et l'on n'allume pas avec cela un four ni un réchaud", etc. Les Sages ont enseigné : un four qu'on a chauffé avec des écorces d'orla ou avec de la paille de kilayim de la vigne : neuf, on le démolit ; ancien, on le laisse refroidir. S'il y a cuit le pain, Rabbi dit : le pain est interdit ; les Sages disent : le pain est permis. S'il a fait cuire sur les braises, de l'avis de tous le pain est permis. Or on enseigne : qu'il soit neuf ou ancien, on le laisse refroidir. Pas de difficulté : celle qui enseigne "on le démolit" est de Rabbi Eliezer, qui dit que zeh va-zeh gorem (ceci et cela en sont la cause) est interdit. Celle qui enseigne "on le laisse refroidir" est des Sages, qui disent que zeh va-zeh gorem est permis. Et la halakha suit les Sages : zeh va-zeh gorem est permis. C'est ainsi que nous concluons dans le traité Avoda Zara, au chapitre Kol ha-tzelamim (Avoda Zara 49a), au sujet de semer des légumes dessous à la saison des pluies : Rabbi Yossi tient que zeh va-zeh gorem est permis, et Rav Yehouda a dit que Chmouel a dit : la halakha suit Rabbi Yossi. Et l'on dit là-bas : ce jardin qu'on avait fumé avec du fumier d'avoda zara, Rav Amram envoya devant Rav Yossef : dans un cas pareil, quoi ? Il lui dit : ainsi a dit Rav Yehouda au nom de Chmouel : la halakha suit Rabbi Yossi. Donc un four neuf aussi, on le laisse refroidir et on le chauffe avec du bois permis : cela devient zeh va-zeh gorem, et c'est permis. Même si, au départ, il est interdit de produire un zeh va-zeh gorem, comme on le voit au chapitre Kol ha-tzelamim (Avoda Zara 48b) : on enseigne que Rabbi Yossi dit : on plante un rejeton d'orla, et on ne plante pas une noix d'orla ; et Rabbi Yossi reconnaît que, s'il a planté, marcotté et greffé, c'est permis, et il compte cela comme zeh va-zeh gorem. On peut dire : là, la règle est de s'abstenir au départ de jouir de l'interdit lui-même. Ici, le four a été achevé par du bois interdit. Si l'on dit de le démolir, le four se trouve perdu, et le cas compte comme un déjà-fait. Quant à "il y a cuit le pain", la halakha suit Rabbi, qui dit que le pain est interdit, parce qu'il y a un apport du bois dans le pain. Car Chmouel a inversé et enseigné : Rabbi dit que le pain est permis, et les Sages disent que le pain est interdit, parce que sur ce point Chmouel tient que la halakha suit Rabbi, même contre ses collègues, et il a inversé l'enseignement dans la langue des Sages, afin que la position tienne comme celle des Sages pour l'interdit. Donc des plats, des coupes et des fioles qu'on a chauffés avec du bois d'orla sont interdits, et une marmite aussi est interdite, car elle reçoit sa cuisson avant que n'arrive le bois permis. Là où ils divergent, c'est pour le four : pour celui qui interdit, zeh va-zeh gorem est interdit ; pour celui qui permet, zeh va-zeh gorem est permis. Et nous tenons que c'est permis, comme je l'ai expliqué. Sur "il a fait cuire sur les braises", Chmouel et Rabbi Yo'hanan divergent. L'un dit : on n'a enseigné cela que pour des braises qui s'éteignent ; si elles flambent, c'est interdit. L'autre dit : même si elles flambent, c'est permis. Et nous agissons selon la sévérité. Ce qui est permis pour les braises qui s'éteignent, de l'avis de tous, ne vaut que pour les écorces d'orla et la paille de kilayim de la vigne, parce que leur statut est la combustion, une sévérité. Et nous tenons : tout ce qui doit être brûlé, sa cendre est permise. Pour le hametz à Pessa'h, nous tenons comme les Sages, qui disent : on l'émiette et on le disperse au vent ; ils entrent dans l'ensemble de ce qui est enterré, dont la cendre est interdite, et à plus forte raison les braises. Rabbeinou Yona, de mémoire bénie.
💡 Explication

Chmouel, transmis par Rav Yehouda et Rav Yossef : un four chauffé par des écorces d'orla ou par de la paille de kilayim de la vigne. Neuf, on le démolit. Ancien, on le laisse refroidir.

Le pain : Rabbi permet, les Sages interdisent. Une baraïta enseigne l'inverse. Réponse : Chmouel enseigne l'inverse, Rabbi permet le pain, les Sages l'interdisent.

10
ואיבעית אימא: בעלמא קסבר שמואל הלכה כרבי מחבירו ולא מחביריו, ובהא — אפילו מחביריו. וסבר אתנייה איפכא, כי היכי דניקום רבנן לאיסורא.

Et si tu veux, dis : en général, Chmouel tient que la halakha suit Rabbi contre son collègue, et non contre ses collègues ; et dans ce cas, même contre ses collègues. Et il a jugé bon de l'enseigner à l'inverse, afin que les Sages se tiennent pour l'interdit.

📜 Rachi (2)
וְאִי בָּעֵית אֵימָא שמואל נמי הכי אתנייה ואית ליה דר' אסר ורבנן שרו ואיהו הפך לה כדי שלא ילכו בני אדם אחר רבים להתיר דבעלמא במחלוקות אחרות שנחלקו רבים על רבי סבירא ליה לשמואל דאע"ג דהלכה כרבי מחבירו במקום יחיד אין הלכה כמותו מחביריו כלומר במקום רבים ובהא סבירא ליה דהלכה כמותו ואע"ג דרבים פליגי עליה:
À Chmouel aussi on l'a enseignée ainsi, et il tient que Rabbi interdit et que les Sages permettent. Et lui l'a inversée, afin que les gens ne suivent pas la majorité pour permettre. Car en général, dans d'autres différends où la majorité a divergé de Rabbi, Chmouel tient que la halakha suit Rabbi contre son collègue, c'est-à-dire face à un seul, et qu'elle ne le suit pas contre ses collègues, c'est-à-dire face à la majorité. Et dans ce cas, il tient que la halakha le suit, bien que la majorité diverge de lui.
אפכה ואתנייה אפכנה ואשנינה כי היכי דתיקו הא מילתא דאיסורא בשם רבנן ויעשו בני אדם כמותן שהכל הולכין אחרי רבים שאם אני אומר הלכה כרבי שהוא יחיד לא יאמינו לי:
Je l'inverserai et je la modifierai dans l'enseignement, afin que cette parole d'interdit tienne au nom des Sages, et que les gens agissent comme eux, car tous suivent la majorité. Si je dis que la halakha suit Rabbi, qui est seul, on ne me croira pas.
🗂️ Tossefot (1)
ובהא אפילו מחביריו וטעמא דרבי משום דיש שבח עצים בפת ולא מטעם דזה וזה גורם דשמואל פסיק בהדיא בפרק כל הצלמים (ע"ז מט.) הלכה כר' יוסי דזה וזה גורם מותר:
Et la raison de Rabbi est qu'il y a un apport du bois dans le pain, et non au titre de zeh va-zeh gorem. Car Chmouel tranche explicitement, au chapitre Kol ha-tzelamim (Avoda Zara 49a) : la halakha suit Rabbi Yossi, pour qui zeh va-zeh gorem est permis.
💡 Explication

Seconde réponse. Chmouel a reçu le texte où Rabbi interdit et les Sages permettent. En général, la halakha suit Rabbi contre un seul collègue, et non contre plusieurs. Ici, elle le suit même contre plusieurs.

Il inverse les noms dans l'enseignement, pour que l'interdit soit dit au nom des Sages. Les gens suivent la majorité. Tossefot : la raison de Rabbi est l'apport du bois dans le pain. Sur zeh va-zeh gorem, Chmouel suit Rabbi Yossi, qui permet.

🖼️ Schéma
Chmouel inverse les noms, l'interdit reste Texte reçu Rabbi : pain interdit Sages : pain permis halakha : Rabbi, même contre plusieurs inverse Texte qu'il enseigne Rabbi : pain permis Sages : pain interdit la majorité porte l'interdit, on la suit
Chmouel tient que Rabbi interdit le pain, même contre plusieurs. Il inverse les noms pour que l'interdit soit enseigné au nom des Sages.
11
בישלה על גבי גחלים — דברי הכל הפת מותרת. (אמר) רב יהודה אמר שמואל, ורבי חייא בר אשי אמר רבי יוחנן, חד אמר: לא שנו אלא גחלים עוממות, אבל גחלים לוחשות — אסורין, וחד אמר: אפילו גחלים לוחשות נמי מותרין.

S'il a fait cuire sur des braises, de l'avis de tous le pain est permis. Rav Yehouda a dit que Chmouel a dit, et Rabbi Hiya bar Achi a dit que Rabbi Yo'hanan a dit.

L'un dit : on n'a enseigné cela que pour des braises qui s'éteignent ; mais des braises qui flambent, elles sont interdites. Et l'autre dit : même des braises qui flambent sont elles aussi permises.

📜 Rachi (2)
גחלים עוממות כבויות כדכתיב (יחזקאל ל״א:ח׳) ארזים לא עממוהו ומתרגמינן כהה עמיא:
Éteintes, comme il est écrit (Ye'hezkel 31:8) : des cèdres ne l'ont pas obscurci, et l'on traduit : keha amaya.
לוחשות גחלים בוערות נראות כמתנענעות ולוחשות זו לזו:
Des braises brûlantes, qui paraissent s'agiter et se murmurer l'une à l'autre.
💡 Explication

Cuit sur les braises de ce bois : tous permettent le pain. Le bois est devenu braise.

Un maître limite cela aux braises qui s'éteignent (omemot). Les braises qui flambent (lohachot) interdisent. L'autre permet même celles qui flambent. Rachi : lohachot, elles semblent se murmurer l'une à l'autre.

12
בשלמא למאן דאמר לוחשות אסורין, משום דיש שבח עצים בפת. אלא למאן דאמר אפילו לוחשות מותרות, פת דאסר דיש שבח עצים בפת לרבי היכי משכחת ליה? אמר רב פפא: כשאבוקה כנגדו.

Soit, pour celui qui dit que celles qui flambent sont interdites, c'est parce qu'il y a un apport du bois dans le pain. Mais pour celui qui dit que même celles qui flambent sont permises : le pain que Rabbi interdit parce qu'il y a un apport du bois dans le pain, où le trouves-tu ?

Rav Papa a dit : lorsqu'une flamme est en face de lui.

📜 Rachi (2)
אֲסוּרִין לרבי:
Pour Rabbi.
כְּנֶגְדּוֹ כנגד הפת מבעיר העצים בפי התנור:
En face du pain : il allume les bois à l'ouverture du four.
💡 Explication

Si les braises qui flambent interdisent, on tient encore l'apport du bois dans le pain.

Si même elles permettent, où Rabbi trouve-t-il un pain interdit pour cette raison ? Rav Papa : une flamme est en face du pain. On allume les bois à l'ouverture du four, face au pain. La flamme est encore le bois.

🖼️ Schéma
Rav Papa : la flamme en face du pain Flamme bois à l'ouverture en face du pain Pain apport du bois : interdit
Selon celui qui permet même les braises qui flambent, le cas de Rabbi est une flamme allumée en face du pain, à l'ouverture du four.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).