Pesachim 27b - Four chauffé au bois consacré, et hametz détruit par le feu

Pesachim 27b

Sougya : L'amoud achève le four chauffé par un interdit. Les Sages permettent le pain lorsque la flamme est en face.

Ils interdisent le bois d'interdit lorsqu'on en jouit tant qu'il existe, dans un serashifa. Rami bar Hama demande le statut du pain cuit dans un four chauffé au bois de hekdesh : Rav Hisda l'interdit.

Rava écarte d'abord l'orla, annulée dans deux cents, puis pose la me'ila, qui ferait sortir le bois au houlin. Rav Papa place le cas dans du bois de shelamim, selon Rabbi Yehouda : sans me'ila, le bois reste interdit.

La cendre de hekdesh, à jamais interdite, vise un incendie spontané, ou une cendre qui exige la geniza. La fin ouvre Rabbi Yehouda : le hametz ne s'élimine que par le feu.

Son kal va-homer depuis le notar est rejeté, puis ses analogies, jusqu'au helev du bœuf lapidé.

Bois d'interdit : deux façons d'en jouir Les Sages permettent la flamme en face. Ils interdisent le bois encore entier. Serashifa siège ou escabeau le bois existe encore, contact direct jouissance interdite même selon les Sages Chauffage, flamme en face jouissance au moment de la destruction ou après que le bois est consumé les Sages : pain permis Rabbi : pain interdit
Serashifa : le bois existe encore, les Sages interdisent. Flamme en face : jouissance dans la destruction, les Sages permettent le pain, Rabbi l'interdit.
Pain cuit dans un four chauffé par un bois interdit Bois d'orla s'annule dans 200 l'interdit absorbé est consumé Sages : pain permis cas précédent, flamme en face Hekdesh ordinaire ne s'annule pas dans 1000 l'allumeur commet une me'ila le bois sort au houlin le pain devrait être permis Bois de shelamim selon Rabbi Yehouda pas de me'ila, pas de hilloul pain interdit réponse de Rav Hisda Cendre de hekdesh : à jamais interdite Rami bar Hama : incendie tombé de lui-même, personne n'a commis de me'ila Rav Shemaya : cendre qui exige la geniza, la teroumat ha-deshen
Orla annulée dans 200 : pain permis. Hekdesh ordinaire : la me'ila le fait sortir au houlin. Bois de shelamim selon Rabbi Yehouda : pas de me'ila, pain interdit. La cendre à jamais interdite vise l'incendie spontané ou la teroumat ha-deshen.
Rabbi Yehouda : le hametz ne s'élimine que par le feu Étape Ce que Rabbi Yehouda aligne Réponse des Sages 1 kal va-homer notar brûlé, sans bal yerae hametz : bal yerae et bal yimatze début grave, fin légère sans bois, il resterait inactif 2 consommation notar et hametz interdits à manger nevela interdite à manger, non brûlée 3 + jouissance interdits à manger et interdits à la jouissance bœuf lapidé les deux interdits, non brûlé 4 + karet manger, jouir, karet comme le notar helev du bœuf lapidé les trois, et il n'est pas brûlé
Rabbi Yehouda aligne le hametz sur le notar : d'abord un kal va-homer, rejeté parce qu'il finit par alléger, puis la consommation, la jouissance et le karet. Nevela, bœuf lapidé, puis helev du bœuf lapidé réfutent chaque cran.
1
מכלל דרבנן דפליגי עליה — שרו אפילו כשאבוקה כנגדו, אלא עצים דאיסורא לרבנן היכי משכחת להו? אמר רב אמי בר חמא: בשרשיפא.

Il en ressort que les Sages qui divergent de lui permettent même lorsque la flamme est en face. Mais alors, un bois d'interdit, selon les Sages, où le trouve-t-on ?

Rav Ami bar Hama a dit : dans un serashifa.

📜 Rachi (2)
עצים דאיסורא דמתסרי בהנאה לרבנן היכי משכחת להו:
Un bois d'interdit, interdit à la jouissance selon les Sages : où le trouve-t-on ?
בשרשיפא כסא לישב עליו או להדום רגליו דהנאתן כשהן בעין ועל ידי ממש אבל הנאת היסק אין הנאתו אלא לאחר ביעורו או בשעת ביעורו:
Dans un serashifa : un siège pour s'y asseoir, ou un escabeau pour les pieds. On en jouit tant qu'ils existent, et par contact direct. La jouissance du chauffage n'existe qu'après leur destruction, ou au moment de leur destruction.
🗂️ Tossefot (1)
מכלל דרבנן שרו כשאבוקה כנגדו ואם תאמר לרבנן הואיל ובאבוקה כנגדו חשיב כמו שלהבת באה מן הגחלים מאי פריך בסוף לולב הגזול (סוכה מ.) ובהגוזל עצים (ב"ק קא:) והא איכא עצים דמשחן שהנאתן וביעורן שוה הא בשעת הנאה מבוערין הן כבר במקום השלהבת ויש לומר משום דשיעור כזה לא חשיב הנאה אחר ביעורן לענין שביעית שהרי באכילה דמינה ילפינן התם ליכא לגמרי הנאה וביעורן שוה ולא ממעטינן אלא שאר עצים שאין הנאתן אלא אחר שנעשו גחלים לגמרי ולרבי עצים דלא משחן נמי הוה ליה למיסר דלדידיה כשאבוקה כנגדו הנאתן וביעורן שוה ואיכא למימר הואיל ורוב הנאה אחר ביעור אית לן למימר דלא אסרה תורה בהן אבל תימה למאן דאמר לוחשות לרבי אסורים אמאי לא אסר בכל עצים בשביעית שהרי הנאתן וביעורן שוה הואיל ולא חשיב להו מבוערות כשהן לוחשות דבאותן הוי עיקר הנאה:
Et si tu dis : selon les Sages, dès lors que la flamme en face compte comme une flamme qui sort des braises, que vient objecter la fin de Loulav ha-Gazoul (Soukka 40a) et ha-Gozel Etzim (Bava Kama 101b) ? Il existe pourtant des bois huileux, dont la jouissance et la destruction sont simultanées. Or, au moment de la jouissance, ils sont déjà détruits à l'endroit de la flamme. On peut répondre : une mesure de cet ordre ne compte pas, pour la sheviit, comme une jouissance après la destruction. Dans la consommation, dont on tire là-bas l'enseignement, jouissance et destruction ne vont pas ensemble du tout. On n'écarte que les autres bois, dont on ne jouit qu'après qu'ils sont devenus entièrement braises. Selon Rabbi, les bois qui ne sont pas huileux auraient dû être interdits eux aussi : selon lui, lorsque la flamme est en face, leur jouissance et leur destruction sont simultanées. On peut dire : la majeure partie de la jouissance vient après la destruction, et l'on dira donc que la Torah ne les a pas interdits. Mais il y a une difficulté selon celui qui dit que les lohashot sont interdites selon Rabbi : pourquoi n'interdit-il pas tous les bois pour la sheviit ? Leur jouissance et leur destruction sont simultanées, puisqu'il ne les tient pas pour détruits tant qu'ils sont lohashot, et c'est en eux que se trouve la jouissance principale.
💡 Explication

Lui, c'est Rabbi, dans le four chauffé par de l'orla ou par la paille de kilayim de la vigne. Les Sages permettent le pain même quand la flamme est en face (avouka kenegdo). La question suit : s'ils permettent cette jouissance, dans quel cas un bois d'interdit leur reste-t-il interdit ?

Rav Ami bar Hama : le serashifa, siège ou escabeau fait de ce bois. On en jouit tant qu'il existe (be-ein), par contact. Le chauffage, lui, ne donne sa jouissance qu'au moment où le bois se détruit, ou après. Les Sages n'interdisent que la première.

Tossefot relie ce critère à la sheviit et aux bois dont jouissance et destruction coïncident (hanaatan ou-viouran shaveh) : bois huileux, flamme, braises lohashot.

2
בעא מיניה רמי בר חמא מרב חסדא: תנור שהסיקו בעצי הקדש, ואפה בו הפת, לרבנן דשרו בקמייתא, מאי? אמר ליה: הפת אסורה. ומה בין זו לערלה?! אמר רבא: הכי השתא?! ערלה בטילה במאתים, הקדש אפילו באלף לא בטיל.

Rami bar Hama a interrogé Rav Hisda : un four qu'on a chauffé avec du bois de hekdesh, et dans lequel on a cuit le pain, selon les Sages qui permettent dans le premier cas, qu'en est-il ? Il lui a dit : le pain est interdit.

Quelle différence entre celui-ci et l'orla ? Rava a dit : comment comparer ?

L'orla s'annule dans deux cents. Le hekdesh, même dans mille, ne s'annule pas.

📜 Rachi (1)
בטילה במאתים הלכך לא חמירא משכלה ונבער איסורו:
Elle s'annule dans deux cents. Elle n'est donc pas plus grave que sa propre mesure, et son interdit est consumé.
🗂️ Tossefot (1)
הקדש אפי' באלף לא בטיל תימה מה חומר היא זו הלא הקדש דבר שיש לו מתירין הוא ע"י חילול ומטעם זה אין דינו להיות בטל אפילו באיסור קל אפילו מדרבנן כדאמרינן בריש ביצה (דף ד.):
Le hekdesh, même dans mille, ne s'annule pas. Difficulté : quelle rigueur y a-t-il là ? Le hekdesh est une chose qui a un moyen de permission, par le hilloul. Pour cette raison, sa règle est de ne pas s'annuler, même dans un interdit léger, même d'ordre rabbinique, comme on le dit au début de Beitsa (4a).
💡 Explication

Nouveau cas. Le bois n'est plus de l'orla : c'est du hekdesh (bien consacré). Les Sages qui permettaient le pain d'orla, flamme en face, que disent-ils ici ? Rav Hisda : le pain est interdit.

Rava refuse la comparaison. L'orla s'annule à un contre deux cents : la part absorbée par le pain reste dans sa mesure, et l'interdit est consumé. Le hekdesh ne s'annule pas, même à un contre mille.

Tossefot déplace la raison. Le hekdesh est un davar she-yech lo matirin : le hilloul (rachat) peut le rendre permis. Une chose qui a un moyen de permission ne s'annule pas, même dans un interdit rabbinique léger.

🖼️ Schéma
Pourquoi Rava sépare l'orla du hekdesh orla : annulée dans 200 l'interdit du pain est consumé Sages : permis hekdesh : pas même dans 1000 une trace reste interdite pain interdit
L'orla tombe dans deux cents et son interdit est consumé. Le hekdesh ne tombe pas, même dans mille.
3
אלא אמר רבא: אי קשיא ליה — הא קשיא: והלא מעל המסיק, וכל היכא דמעל המסיק נפקו להו לחולין!

Rava dit plutôt : si une chose lui faisait difficulté, c'est celle-ci qui lui faisait difficulté. Celui qui a allumé n'a-t-il pas commis une me'ila ?

Et partout où celui qui allume commet une me'ila, ils sortent au houlin.

📜 Rachi (1)
והלא מעל המסיק וחייב קרבן מעילה וכל דבר שאין בו קדושת הגוף כגון בהמה שאינה של קרבן וכלי שאינו כלי שרת כיון שמעל בו יצא לחולין דתנן (מעילה דף יט:) אין מועל אחר מועל במוקדשין אלא בהמה וכלי שרת בלבד אבל כל מידי אחרינא ממעילה ראשונה נפקא לחולין דקי"ל אין מעילה בכ"מ אלא שינוי שנשתנה מקדושתו ואמאי פת אסורה הא קודם שנתנו הפת היה ההיסק חולין:
Celui qui a allumé n'a-t-il pas commis une me'ila : il est tenu d'un sacrifice de me'ila. Toute chose qui n'a pas de kedoushat ha-gouf, par exemple un animal qui n'est pas un sacrifice, ou un ustensile qui n'est pas un keli sharet : dès qu'on y commet une me'ila, elle sort au houlin. Car nous avons appris (Me'ila 19b) : il n'y a pas de me'ila après une me'ila dans les biens consacrés, sauf pour un animal et un keli sharet seulement. Toute autre chose sort au houlin dès la première me'ila. Nous tenons en effet qu'il n'y a de me'ila, en tout lieu, que par un changement : elle a été changée hors de sa sainteté. Pourquoi alors le pain est-il interdit ? Avant qu'on y mette le pain, le chauffage était déjà houlin.
💡 Explication

Rava retire sa première réponse. La difficulté de Rami bar Hama est ailleurs. Allumer le four avec du hekdesh, c'est une me'ila (détournement d'un consacré). L'allumeur doit un sacrifice.

Sans kedoushat ha-gouf, la première me'ila fait sortir l'objet au houlin. Un animal de sacrifice et un keli sharet restent passibles d'une me'ila après une me'ila. Le bois, non. Au moment où l'on enfourne le pain, le chauffage est déjà profane. Le pain devrait être permis. C'est cela qui coince avec la réponse de Rav Hisda.

4
אמר רב פפא: הכא בעצי שלמים עסקינן, ואליבא דרבי יהודה, דאמר: הקדש בשוגג מתחלל, במזיד אינו מתחלל.

Rav Papa a dit : ici, nous traitons de bois de shelamim, et selon l'avis de Rabbi Yehouda, qui dit : un hekdesh, en shogeg, se désacralise ; en mezid, il ne se désacralise pas.

📜 Rachi (2)
בעצי שלמים שהתפיסן לדמי שלמים למוכרן וליקח בדמיהן שלמים וקדשים קלים אין להם מעילה דלאו קדשי ה' קרינן ביה שכולן לבעלים ואין לגבוה בהן אלא לאחר זריקת דמים את האימורין ואיסורא מיהא רכיבה עלייהו וממעילה הוא דאימעיטי במסכת מעילה:
Du bois de shelamim : il les a consacrés pour la valeur de shelamim, afin de les vendre et d'acheter des shelamim avec leur prix. Les kodashim kalim n'ont pas de me'ila, car on ne les appelle pas saintetés de Hachem : ils appartiennent entièrement aux propriétaires, et le Ciel n'y a droit qu'aux eimourim, après l'aspersion du sang. Un interdit pèse néanmoins sur eux. C'est de la me'ila qu'ils ont été exclus, dans le traité Me'ila.
ואליבא דרבי יהודה פשט ליה רב חסדא בקדושין בפ"ב (דף נה.) דאמר הקדש במזיד אין מתחלל אם נהנה ממנו במזיד לא יצא לחולין הלכך בשלמים שוגג דידהו כמזיד דהקדש דהא לאו בני מעילה נינהו והכי נמי הוה מצי למימר הכא כשהסיקו מזיד עסקינן מיהו שהסיקו משמע שוגג ומזיד וכיון דמצי לאוקמה בין בשוגג בין במזיד אוקמה:
Selon Rabbi Yehouda : Rav Hisda le lui a tranché dans Kidoushin, au deuxième chapitre (55a). Il dit : un hekdesh, en mezid, ne se désacralise pas. Si l'on en a joui de propos délibéré, il n'est pas sorti au houlin. Dès lors, pour les shelamim, leur shogeg est comme le mezid du hekdesh, puisqu'ils ne sont pas sujets à la me'ila. Il aurait pu dire aussi : nous traitons d'un allumage en mezid. Cependant, "qu'on a chauffé" vise le shogeg comme le mezid. Puisqu'il peut établir le cas aussi bien en shogeg qu'en mezid, il l'a établi ainsi.
🗂️ Tossefot (1)
בעצי שלמים ה"מ לאוקמי בעצי הקדש ובמזיד ואליבא דרבי יהודה אלא דלאו אורחא דמלתא לעבור במזיד:
Du bois de shelamim. Il aurait pu l'établir dans du bois de hekdesh et dans un mezid, selon Rabbi Yehouda. La voie ordinaire est de ne pas construire le cas sur une transgression de propos délibéré.
💡 Explication

Rav Papa maintient l'interdit du pain. Le bois est du bois de shelamim : consacré pour être vendu, et pour qu'on achète des shelamim avec le prix. Les kodashim kalim ne sont pas passibles de me'ila. L'interdit de jouissance demeure.

Selon Rabbi Yehouda, le hilloul suit la me'ila. En shogeg (inadvertance), il y a me'ila, l'objet se désacralise. En mezid (propos délibéré), pas de sacrifice de me'ila, l'objet reste consacré. Les shelamim, exclus de la me'ila, restent interdits même en shogeg. Leur shogeg a le statut du mezid d'un hekdesh ordinaire.

🖼️ Schéma
Rabbi Yehouda : le hilloul suit la me'ila Hekdesh, shogeg il y a me'ila sort au houlin Hekdesh, mezid pas de me'ila reste consacré Bois de shelamim jamais de me'ila reste interdit
Shogeg : me'ila, le hekdesh sort au houlin. Mezid : pas de me'ila, il reste consacré. Les shelamim, sans me'ila, restent interdits.
5
במזיד מאי טעמא לא? כיון דלאו בר מעילה — הוא לא נפיק לחולין. שלמים נמי, כיון דלאו בר מעילה נינהו — לא נפקא לחולין.

En mezid, pourquoi non ? Puisqu'il n'est pas sujet à la me'ila, il ne sort pas au houlin.

Les shelamim aussi : puisqu'ils ne sont pas sujets à la me'ila, ils ne sortent pas au houlin.

💡 Explication

La Guemara donne la raison du mezid. Le sacrifice de me'ila ne vise que le shogeg. Sans me'ila, l'objet ne quitte pas sa sainteté.

Les shelamim sont dans le même cas, pour une autre cause : à ce stade, avant l'aspersion du sang, ils ne sont pas du tout passibles de me'ila. Même une jouissance en shogeg ne les fait pas sortir au houlin. Le bois reste interdit, et le pain cuit avec lui aussi.

6
וכל היכא דמעל המסיק נפקי לחולין? והא תניא: כל הנשרפין — אפרן מותר, חוץ מעצי אשירה. ואפר הקדש — לעולם אסור.

Et partout où celui qui allume commet une me'ila, sortent-ils au houlin ? Or on a enseigné : tout ce qui doit être brûlé, sa cendre est permise, sauf le bois d'asheira.

Et la cendre de hekdesh est à jamais interdite.

📜 Rachi (2)
כל הנשרפין בשילהי פרק בתרא דתמורה מפרש אלו נשרפין ואלו נקברין:
Tout ce qui doit être brûlé : à la fin du dernier chapitre de Temoura, on explique lesquels sont brûlés et lesquels sont enterrés.
ואפר הקדש לעולם אסור להכי נקט גבי הקדש לעולם וגבי אשירה לא נקט לעולם משום דאשירה יש לה היתר אם שורפה עו"ג ובטלה אבל הקדש אין בו ביטול והכי מפורש בשילהי תמורה: רמי בר חמא ורב שמעיה אאפר הקדש לעולם אסור מהדרי:
Et la cendre de hekdesh est à jamais interdite. C'est pourquoi il dit "à jamais" pour le hekdesh, et il ne le dit pas pour l'asheira. L'asheira a un moyen de permission : si un non-juif la brûle, elle est annulée. Le hekdesh n'a pas d'annulation. C'est ainsi explicité à la fin de Temoura. Rami bar Hama et Rav Shemaya répondent sur : la cendre de hekdesh est à jamais interdite.
🗂️ Tossefot (2)
ורמינהו כל הנשרפין וכו' ה"מ לאוקמי בעצי שלמים:
Et on lui oppose : tout ce qui doit être brûlé, etc. Il aurait pu établir le cas dans du bois de shelamim.
חוץ מעצי אשירה תימה לרשב"א תיהוי כעבודת גלולים שנשתברה מאליה דשריא כדאמרינן בפרק כל הצלמים (ע"ז מא:) ואין לומר דהכא מיירי באשירה של ישראל דאין לה ביטול עולמית דהא בסוף תמורה (ד' לד.) מפרש דלהכי לא עריב ותני אפר הקדש ואשירה לעולם אסורין משום דאשירה יש לה היתר אם שורפה עו"ג דבטלה:
Sauf le bois d'asheira. Difficulté pour le Rashba : que ce soit comme un culte idolâtre qui s'est brisé de lui-même, lequel est permis, comme on le dit au chapitre Kol ha-Tzelamim (Avoda Zara 41b). On ne peut dire qu'ici il s'agit d'une asheira appartenant à un Juif, laquelle n'a jamais d'annulation. Car à la fin de Temoura (34a), on explique pourquoi il n'a pas réuni l'enseignement "la cendre de hekdesh et celle de l'asheira sont à jamais interdites" : l'asheira a un moyen de permission si un non-juif la brûle, puisqu'alors elle est annulée.
💡 Explication

Nouvelle objection au principe "me'ila, donc sortie au houlin". Une baraïta : la cendre de tout ce qui doit être brûlé est permise, sauf le bois d'asheira. La cendre de hekdesh reste interdite pour toujours. L'allumage aurait dû être une me'ila, et la cendre aurait dû devenir houlin.

Rachi : "à jamais" ne vise que le hekdesh. L'asheira peut être annulée si un non-juif la brûle. Le hekdesh n'a pas de bitoul.

Tossefot note qu'on aurait pu loger la baraïta dans du bois de shelamim, qui ne sort jamais par me'ila. Sur l'asheira, le Rashba compare un idolâtre brisé de lui-même, qui est permis.

7
אמר רמי בר חמא: כגון שנפלה דליקה מאיליה בעצי הקדש, דליכא אינש דנמעול. רב שמעיה אמר: באותן שטעונין גניזה. דתניא: ״ושמו״ בנחת, ״ושמו״ כולו, ״ושמו״ שלא יפזר.

Rami bar Hama a dit : par exemple, un incendie est tombé de lui-même sur du bois de hekdesh, et il n'y a personne qui ait commis une me'ila. Rav Shemaya a dit : il s'agit de ceux qui exigent une geniza.

Car on a enseigné : "et il le déposera", avec ménagement ; "et il le déposera", en entier ; "et il le déposera", pour qu'il ne le disperse pas.

📜 Rachi (1)
באותו אפר שטעון גניזה קאמר לעולם אסור וזהו אפר של תרומת הדשן שלא היתה מעילה בהסיקו:
Dans cette cendre qui exige une geniza : c'est d'elle qu'il dit qu'elle est à jamais interdite. C'est la cendre de la teroumat ha-deshen, dont le chauffage n'a pas comporté de me'ila.
💡 Explication

Deux mises en place de "la cendre de hekdesh est à jamais interdite".

Rami bar Hama : le feu est tombé tout seul. Personne n'a détourné le bois. Sans me'ila, la sainteté reste dans la cendre.

Rav Shemaya : la baraïta vise une cendre qui doit être mise en geniza. Rachi : la teroumat ha-deshen, le prélèvement de la cendre de l'autel. Le verset "ve-samo" (Vayikra 6, 3) s'expose trois fois : on la dépose avec ménagement, toute entière, sans la disperser. La brûler sur l'autel est la mitsva elle-même. Il n'y a pas eu de me'ila dans ce feu, et la cendre reste interdite.

🖼️ Schéma
Pourquoi la cendre de hekdesh reste interdite Rami bar Hama incendie tombé de lui-même personne n'a commis de me'ila Rav Shemaya cendre à geniza teroumat ha-deshen, ve-samo
Sans personne pour commettre la me'ila, ou dans la cendre de l'autel qui doit être mise en geniza, la cendre reste interdite.
8
רבי יהודה אומר אין ביעור וכו׳. תניא, אמר רבי יהודה: אין ביעור חמץ אלא שריפה, והדין נותן: ומה נותר שאינו ב״בל יראה״ ו״בל ימצא״ — טעון שריפה, חמץ שישנו ב״בל יראה״ ו״בל ימצא״ — לא כל שכן שטעון שריפה!

Rabbi Yehouda dit : il n'y a d'élimination, etc. On a enseigné : Rabbi Yehouda a dit : il n'y a d'élimination du hametz que par le feu.

Et le raisonnement le donne : le notar, qui n'est pas sous "il ne sera pas vu" et "il ne sera pas trouvé", exige d'être brûlé ; le hametz, qui est sous "il ne sera pas vu" et "il ne sera pas trouvé", à plus forte raison exige-t-il d'être brûlé.

🗂️ Tossefot (1)
אין ביעור חמץ אלא שריפה נראה דהלכה כרבי יהודה דסתם לן תנא כותיה בפרק בתרא דתמורה (ד' לג:) וא"ת א"כ בהא דאמר ר' יהודה סוכה אינה נוהגת אלא בארבע מינין שבלולב יהא נמי הלכה כמותו דהתם נמי לא פליגי רבנן אלא מטעם דכל דין שתחלתו להחמיר וסופו להקל אין דין ובפ"ק דסוכה (ד' יא.) סתם לן תנא כרבנן דקתני הדלה עליה את הגפן ואת הדלעת אם קצצן כשירה וי"ל דהכא קיימא לן כרבי יהודה משום דין אחר דיליף במה מצינו אף על גב דאמרו לו חטאת העוף ואשם תלוי יוכיחו ושתיק מ"מ לדידן סבירא לן כרבנן דאמרי חטאת ואשם בשריפה וליכא תוכיח:
Il apparaît que la halakha suit Rabbi Yehouda, car le Tanna l'a enseignée de façon anonyme comme lui, au dernier chapitre de Temoura (33b). Et si tu dis : s'il en est ainsi, là où Rabbi Yehouda dit que la soukka ne se pratique qu'avec les quatre espèces du loulav, la halakha devrait suivre aussi son avis. Là-bas aussi, les Sages ne divergent que pour cette raison : tout raisonnement dont le début est pour aggraver et la fin pour alléger n'est pas un raisonnement. Or, au premier chapitre de Soukka (11a), le Tanna a enseigné de façon anonyme comme les Sages, puisqu'il enseigne : s'il a fait grimper dessus la vigne et la courge, une fois qu'il les a coupées, elle est valide. On peut répondre : ici, nous tenons comme Rabbi Yehouda à cause de l'autre raisonnement, qu'il apprend par mah matzinu. Bien qu'ils lui aient dit que la hatat de l'oiseau et l'acham talouï viennent le réfuter, et qu'il se soit tu, néanmoins, pour nous, nous tenons comme les Sages qui disent que la hatat et l'acham sont brûlés, et il n'y a plus de réfutation.
💡 Explication

Autre sujet, la michna de Rabbi Yehouda : le biour du hametz se fait seulement par combustion. La baraïta le prouve par un kal va-homer depuis le notar, le reste d'un sacrifice après son délai, qui doit être brûlé. Le notar n'est pas sous bal yerae et bal yimatze. Le hametz l'est. À plus forte raison, il doit être brûlé.

Tossefot tranche pour Rabbi Yehouda, parce qu'un enseignement anonyme de Temoura va dans son sens. L'objection de la soukka, où l'anonyme suit les Sages, tombe : ici Rabbi Yehouda a un second raisonnement, le mah matzinu. La hatat de l'oiseau et l'asham talouï ne réfutent plus, dès lors qu'on tient, avec les Sages, qu'ils sont eux-mêmes brûlés.

9
אמרו לו: כל דין שאתה דן תחלתו להחמיר וסופו להקל אינו דין. לא מצא עצים לשורפו יהא יושב ובטל? והתורה אמרה: ״תשביתו שאור מבתיכם״, בכל דבר שאתה יכול להשביתו!

Ils lui ont dit : tout raisonnement que tu mènes, dont le début est pour aggraver et la fin pour alléger, n'est pas un raisonnement. S'il n'a pas trouvé de bois pour le brûler, restera-t-il assis sans rien faire ?

Or la Torah a dit : "vous ferez disparaître le levain de vos maisons", par tout moyen par lequel tu peux le faire disparaître.

📜 Rachi (3)
כל דין שאתה דן שמתחלתו אתה דנו כדי להחמיר עליו שהרי חמור הוא ואתה מביא לו חומר אחר כדקאמרת חמץ שהוא בבל יראה אין דין שטעון שריפה וסופו נמצא שחומר שאתה מוסיף עליו גורם לו להקל:
Tout raisonnement que tu mènes : dès le début, tu le mènes pour aggraver à son sujet, car il est déjà grave, et tu lui apportes une autre gravité. Comme tu le dis : le hametz, qui est sous "il ne sera pas vu", le raisonnement veut qu'il exige d'être brûlé. Et à la fin, il se trouve que la gravité que tu ajoutes sur lui le conduit à alléger.
אינו דין שהרי הדין מלמד שיהא חמור והרי הוא מקילו:
Ce n'est pas un raisonnement : le raisonnement enseigne qu'il doit être grave, et voici qu'il l'allège.
שאם לא מצא עצים ישב ויבטל בתמיה ואף על גב דאמרי' בפרק קמא (דף יב:) לרבי יהודה אבל בשעת ביעורו השבתתו בכל דבר גבי פלוגתייהו מיהא קולא היא במי שהוא רוצה לצאת בשיירא או בתוך שלשים דאמרינן זקוק לבער וכשאין עצים לשורפו יהא יושב ובטל ולא יבערנו:
S'il n'a pas trouvé de bois, restera-t-il assis sans rien faire : c'est une question. Et bien que nous disions au premier chapitre (12b), selon Rabbi Yehouda : mais au moment de son élimination, on le fait disparaître par tout moyen. Dans leur différend, néanmoins, il y a une légèreté, pour celui qui veut partir avec une caravane, ou dans les trente jours, où nous disons qu'il est tenu d'éliminer. Lorsqu'il n'y a pas de bois pour le brûler, il resterait assis sans rien faire, et il ne l'éliminerait pas.
💡 Explication

Les Sages cassent le kal va-homer. Un raisonnement dont le début aggrave et dont la fin allège ne tient pas. Obliger à brûler semble plus grave. La suite allège : sans bois, l'homme resterait inactif, et le hametz resterait là.

Le verset tashbitou (Chemote 12, 15) demande de faire disparaître le levain par tout moyen disponible : émietter, jeter au vent, jeter à la mer. Rachi limite la portée de l'objection. Au moment fixé du biour, Rabbi Yehouda admet lui aussi tout moyen. La légèreté vise celui qui doit éliminer plus tôt : départ en caravane, ou dans les trente jours.

🖼️ Schéma
Début grave, fin légère Début hametz plus grave donc seulement le feu Suite pas de bois il reste assis, inactif Verset tashbitou par tout moyen
Le kal va-homer commence par une gravité, le feu seul, et finit par une légèreté : sans bois, le hametz resterait. Le verset demande tout moyen.
10
חזר רבי יהודה ודנו דין אחר: נותר אסור באכילה וחמץ אסור באכילה. מה נותר בשריפה — אף חמץ בשריפה.

Rabbi Yehouda est revenu et a mené un autre raisonnement : le notar est interdit à la consommation, et le hametz est interdit à la consommation. Le notar est par le feu : le hametz aussi est par le feu.

📜 Rachi (1)
ודנו דין אחר שאינו קל וחומר אלא גזירה שוה ובין לקולא ובין לחומרא בתרה אזלינן דגזירת הכתוב הוא ואין להשיב עליו תחלתו להחמיר וסופו להקל:
Et il a mené un autre raisonnement : qui n'est pas un kal va-homer, mais une gezera shava. Que ce soit pour alléger ou pour aggraver, nous le suivons, car c'est un décret de l'Écrit. On ne peut lui répondre que son début est pour aggraver et sa fin pour alléger.
🗂️ Tossefot (1)
מה נותר בשריפה אף חמץ בשריפה וא"ת למאן דדריש לעיל (פסחים ד' כד.) הנותר בשריפה ואין דבר אחר בשריפה היכי יליף רבי יהודה חמץ בשריפה מנותר ותירץ רשב"א דלית לן למעוטי מנותר אלא שאר איסורין אבל חמץ דדמי לנותר בכרת ובבל תותירו לא ממעטינן וא"ת לעיל היכי יליף שאר אסורין באם אינו ענין נוקי קרא בחמץ בפסח דוקא דדמי ליה טפי וי"ל דלחמץ בפסח לא צריך [קרא] דמצי למילף במה מצינו:
Le notar est par le feu, le hametz aussi est par le feu. Et si tu dis : selon celui qui expose plus haut (Pessahim 24a) "le notar par le feu, et aucune autre chose par le feu", comment Rabbi Yehouda apprend-il le hametz par le feu à partir du notar ? Le Rashba a répondu : nous n'avons à exclure, à partir du notar, que les autres interdits. Le hametz, qui ressemble au notar par le karet et par "vous n'en laisserez pas", nous ne l'excluons pas. Et si tu dis : plus haut, comment apprend-il les autres interdits par im eino inyan ? Plaçons le verset sur le hametz de Pessa'h seulement, qui lui ressemble davantage. On peut répondre : pour le hametz de Pessa'h, un verset n'est pas nécessaire, car on peut l'apprendre par mah matzinu.
💡 Explication

Rabbi Yehouda abandonne le kal va-homer. Il aligne deux interdits de consommation : notar et hametz. Ce que l'on trouve pour l'un, la combustion, vaut pour l'autre. Rachi nomme cela une gezera shava, décret de l'Écrit : l'objection "début grave, fin légère" ne s'y applique pas.

Tossefot répond à celui qui lit "le notar par le feu, et rien d'autre". Le Rashba : l'exclusion vise les autres interdits. Le hametz reste, parce qu'il partage avec le notar le karet et bal totirou. Le verset d'en haut n'a pas besoin d'être placé sur le hametz : le hametz de Pessa'h s'apprend déjà par mah matzinu.

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אמרו לו: נבילה תוכיח, שאסורה באכילה ואינה טעונה שריפה! אמר להן, הפרש: נותר אסור באכילה ובהנאה, וחמץ אסור באכילה ובהנאה. מה נותר טעון שריפה — אף חמץ טעון שריפה.

Ils lui ont dit : la nevela vient le réfuter, elle qui est interdite à la consommation et qui n'exige pas d'être brûlée. Il leur a dit : il y a une distinction.

Le notar est interdit à la consommation et à la jouissance, et le hametz est interdit à la consommation et à la jouissance. Le notar exige d'être brûlé : le hametz aussi exige d'être brûlé.

💡 Explication

Les Sages cassent l'analogie par la nevela. Elle est interdite à la consommation, et on ne la brûle pas. L'interdit de manger ne suffit donc pas à imposer le feu.

Rabbi Yehouda resserre le trait commun. Notar et hametz sont interdits à manger et à la jouissance. La nevela est permise à la jouissance. Elle sort de la comparaison.

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אמרו לו: שור הנסקל יוכיח, שאסור באכילה ובהנאה — ואינו טעון שריפה. אמר להן, הפרש: נותר אסור באכילה ובהנאה וענוש כרת, וחמץ אסור באכילה ובהנאה וענוש כרת, מה נותר בשריפה — אף חמץ בשריפה. אמרו לו: חלבו של שור הנסקל יוכיח, שאסור באכילה ובהנאה וענוש כרת — ואין טעון שריפה!

Ils lui ont dit : le bœuf lapidé vient le réfuter, lui qui est interdit à la consommation et à la jouissance, et qui n'exige pas d'être brûlé. Il leur a dit : il y a une distinction.

Le notar est interdit à la consommation et à la jouissance, et il est puni de karet ; le hametz est interdit à la consommation et à la jouissance, et il est puni de karet. Le notar est par le feu : le hametz aussi est par le feu.

Ils lui ont dit : le helev du bœuf lapidé vient le réfuter, lui qui est interdit à la consommation et à la jouissance, et qui est puni de karet, et qui n'exige pas d'être brûlé.

🗂️ Tossefot (1)
חלבו של שור הנסקל יוכיח הקשה ריב"א היא גופה נילף מנותר שיהא בשריפה דדמי ליה ותירץ דלא דמי ליה בבל תותירו:
Le helev du bœuf lapidé vient le réfuter. Riva a objecté : ce cas lui-même, apprenons-le du notar, pour qu'il soit par le feu, puisqu'il lui ressemble. Il a répondu : il ne lui ressemble pas sur "vous n'en laisserez pas".
💡 Explication

Les Sages avancent le bœuf lapidé (shor ha-niskal). Il est interdit à manger et à la jouissance, et on ne le brûle pas. Rabbi Yehouda ajoute le karet : notar et hametz le portent, le bœuf lapidé non, pour sa viande.

Dernière réfutation de l'amoud : le helev (graisse interdite) de ce bœuf. Le manger est un karet, en jouir est interdit, et on ne le brûle pas. Les trois traits réunis ne forcent donc pas la combustion.

Tossefot, au nom de Riva : ce helev ressemble au notar, pourquoi ne pas le brûler lui aussi ? Réponse : il lui manque bal totirou, l'interdit de laisser du sacrifice après son temps.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).