Sougya : L'amoud reprend la michna : aprรจs Pessa'h, le hametz du nokhri est permis ร la jouissance, celui de l'Israรซl est interdit, au nom du verset lo yerae lekha. Rav Aha bar Yaakov l'attribue ร Rabbi Yehouda, qui apprend l'interdit de manger depuis l'interdit de voir : le tien est interdit, celui des autres et de gavoha est permis.
Rava l'attribue ร Rabbi Chimon : de la Torah le hametz est permis aprรจs son temps, et les Sages infligent un knas ร qui a transgressรฉ bal yerae et bal yimatze. La mรชme ligne se retrouve sur les malkot de celui qui mange le se'or du nokhri aprรจs la fรชte.
Rav Aha revient ensuite sur sa position, devant une baraรฏta : manger le hametz de l'hekdesh pendant la fรชte, me'ila selon l'un, pas de me'ila selon l'autre. Rabbi Yo'hanan y voit Rabbi Nehounia, qui aligne Yom Kippour sur le Chabbat pour les paiements.
Rav Yossef y voit une autre divergence : rachรจte-t-on les kodashim pour les donner aux chiens ?
Celui d'un Israรซl aussi, il le permet ! Et si c'est Rabbi Yossi ha-Gelili, mรชme pendant son temps, il le permet aussi pour la jouissance.
La ligne achรจve la question ouverte en fin de 28b : de qui est la michna. Le sujet est Rabbi Chimon. Il permet aussi la jouissance du hametz de l'Israรซl aprรจs son temps. La michna interdit cette jouissance.
Rabbi Yossi ha-Gelili permet la jouissance mรชme pendant les sept jours. Rachi prรฉcise : la permission dont on parle ici pour l'Israรซl est la jouissance, aprรจs le temps.
Rav Aha bar Yaakov dit : en rรฉalitรฉ, c'est Rabbi Yehouda. Et il apprend le se'or (levain) de la consommation depuis le se'or de la vue.
De mรชme que le se'or de la vue : le tien, tu ne le vois pas, mais tu vois celui des autres et celui de gavoha (l'hekdesh). De mรชme le se'or de la consommation : le tien, tu ne le manges pas, mais tu manges celui des autres et celui de gavoha.
Rav Aha bar Yaakov maintient la michna dans l'avis de Rabbi Yehouda. L'interdit de voir porte le mot lekha, le tien. On le transporte sur l'interdit de manger. Autres dรฉsigne le nokhri. Gavoha dรฉsigne le hametz consacrรฉ.
Rachi porte la permission jusqu'ร manger, mรชme pendant Pessa'h, de par la Torah. Tossefot, au segment suivant, discute cette lecture.
Et en droit, il aurait dรป enseigner que mรชme pour la consommation c'est aussi permis. Mais puisqu'il a enseignรฉ que celui d'un Israรซl est interdit ร la jouissance, il a aussi enseignรฉ que celui d'un nokhri est permis ร la jouissance.
Et en droit, il aurait dรป enseigner que mรชme pendant son temps c'est permis ร la jouissance. Mais puisqu'il a enseignรฉ celui d'un Israรซl aprรจs son temps, il a aussi enseignรฉ celui d'un nokhri aprรจs son temps.
La michna a parlรฉ de jouissance et d'aprรจs le temps, pour rester parallรจle ร la clause de l'Israรซl. En droit, selon cet apprentissage, la consommation aussi serait permise, et la jouissance le serait mรชme pendant le temps.
Tossefot rapporte la lecture de Rachi : permission de manger. Difficultรฉ : donnรฉ, le pain devient le sien ; volรฉ, l'aharayut le rend comme le sien. Et la discussion des malkot, plus loin, porte sur aprรจs Pessa'h, donc sur la fรชte elle-mรชme ils auraient dรป diverger.
Riva : pendant le temps, la permission est la jouissance. Manger celui des autres est un langage large, ou vise aprรจs le temps. Pour gavoha pendant la fรชte : sans rachat, l'hekdesh interdit la jouissance ; aprรจs rachat, c'est le sien. Issue proposรฉe : l'apprentissage รฉcarte l'interdit du hametz, et laisse l'interdit de l'hekdesh.
Rava dit : en rรฉalitรฉ, c'est Rabbi Chimon. Et Rabbi Chimon inflige un knas (amende), puisqu'il a transgressรฉ ร son sujet bal yerae et bal yimatze.
Rava lit la michna comme Rabbi Chimon. De la Torah, aprรจs le temps, il n'y a pas de lav. Les Sages ont ajoutรฉ un knas : qui a laissรฉ son hametz et transgressรฉ bal yerae et bal yimatze en a la jouissance interdite. Le nokhri, lui, n'a pas cette transgression. Son hametz reste permis.
Cela se comprend selon Rava : c'est bien pourquoi l'on enseigne que celui d'un Israรซl est interdit, parce qu'il est dit lo yerae. Mais selon Rav Aha bar Yaakov, c'est ร cause de lo ye'akhel hametz qu'il aurait fallu l'enseigner !
Le verset citรฉ par la michna, lo yerae, colle au knas de Rava : l'interdit de jouissance punit bal yerae.
Selon Rav Aha bar Yaakov, l'interdit de l'Israรซl aprรจs le temps sort de lo ye'akhel hametz. La michna aurait dรป citer ce verset-lร .
Penses-tu que cela porte sur la seifa (la fin) ? Cela porte sur la reisha (le dรฉbut).
Et voici ce que l'on dit : le hametz d'un nokhri sur lequel Pessa'h est passรฉ est permis ร la jouissance, parce qu'il est dit lo yerae lekha : le tien, tu ne le vois pas, mais tu vois celui des autres et celui de gavoha. Et il apprend le se'or de la consommation depuis le se'or de la vue.
Le verset ne vient pas motiver l'interdit de l'Israรซl, en fin de michna. Il motive la permission du nokhri, au dรฉbut. Lekha limite l'interdit de voir au tien. L'apprentissage reporte cette limite sur l'interdit de manger.
Et ils sont allรฉs selon leurs raisonnements. Car il a รฉtรฉ รฉnoncรฉ : celui qui mange du se'or d'un nokhri sur lequel Pessa'h est passรฉ, selon les paroles de Rabbi Yehouda, Rava dit : il est passible de malkot (flagellation).
Et Rav Aha bar Yaakov dit : il n'est pas passible de malkot.
La discussion sur l'auteur de la michna se retrouve dans une halakha dite ร part. Manger le se'or du nokhri aprรจs Pessa'h, selon Rabbi Yehouda : Rava met les malkot, Rav Aha bar Yaakov les รฉcarte.
Rava dit : il est passible de malkot. Rabbi Yehouda n'apprend pas le se'or de la consommation depuis le se'or de la vue.
Et Rav Aha bar Yaakov dit : il n'est pas passible de malkot. Il apprend le se'or de la consommation depuis le se'or de la vue.
Rava : chez Rabbi Yehouda, l'interdit de manger ร son verset propre, sans le lekha de la vue. Le se'or du nokhri aprรจs la fรชte reste interdit. Le mangeur reรงoit les malkot.
Rav Aha bar Yaakov : Rabbi Yehouda calque manger sur voir. L'interdit s'arrรชte au tien. Manger celui du nokhri ne fait pas encourir les malkot.
Et Rav Aha bar Yaakov est revenu de celle-lร . Car on enseigne dans une baraรฏta : celui qui mange du hametz de l'hekdesh pendant la fรชte a commis une me'ila (profit tirรฉ d'un bien consacrรฉ).
Et certains disent : il n'a pas commis de me'ila.
Rav Aha bar Yaakov quitte la position qu'il vient d'รฉnoncer. La baraรฏta parle de me'ila sur le hametz consacrรฉ mangรฉ pendant la fรชte : il faut donc que ce hametz ait une valeur.
Rachi rattache le premier avis ร Rabbi Chimon : aprรจs Pessa'h le hametz est permis, le trรฉsorier peut le vendre. Le knas ne vise que le particulier, qui a transgressรฉ bal yerae. L'hekdesh, on a le droit de le voir.
L'autre avis, certains disent, garde la valeur et รฉcarte la me'ila par le karet : sans keren, le homesh et la me'ila tombent. C'est l'avis de Rabbi Nehounia, nommรฉ au segment suivant.
Qui est certains disent ? Rabbi Yo'hanan dit : c'est Rabbi Nehounia ben ha-Kana.
Car on enseigne dans une baraรฏta : Rabbi Nehounia ben ha-Kana faisait de Yom Kippour l'รฉquivalent du Chabbat pour les paiements.
Rabbi Yo'hanan nomme le second avis : Rabbi Nehounia ben ha-Kana. Il aligne Yom Kippour sur le Chabbat pour les dommages. Qui est passible dans sa personne ne paie pas. Rachi : le karet de Yom Kippour est un ason, un accident, comme la mort qui dispense du paiement.
Rachi รฉcarte une lecture trop rapide. La me'ila suppose un shogeg sur l'hekdesh. Sur le hametz, le mรชme acte est mezid : il savait que c'รฉtait du hametz en fรชte. Le karet est donc bien lร , et il dispense du paiement.
Tossefot : si, pour la me'ila, le verset montre que la mort ne dispense pas du paiement de l'involontaire, le karet devrait suivre. RI : le verset a parlรฉ pour la mort, il n'a pas parlรฉ pour le karet. Le paiement de la terouma est une kapara, le kohen ne peut pas le remettre. Autre rรฉponse : ici on suit les Sages, pour qui le volontaire de la me'ila n'a qu'une azhara. Hizkiya exempte mรชme l'involontaire passible de mort, et Rabbi Nehounia en fait autant pour le karet. Riva : ร Chabbat 94b, kam lei ne dispense pas d'un korban. Rรฉponse : sans keren ni homesh, l'asham me'ilot n'a plus de place.
De mรชme que pour le Chabbat on est passible dans sa personne et exempt du paiement, de mรชme pour Yom Kippour on est passible dans sa personne et exempt du paiement.
C'est le contenu de l'assimilation. La peine qui atteint la personne, mort de tribunal ou karet, absorbe le paiement. Manger le hametz consacrรฉ pendant la fรชte relรจve du karet : le second avis de la baraรฏta en tire l'exemption de me'ila.
Rav Yossef dit : ils divergent sur le rachat des kodashim (choses consacrรฉes) pour les donner ร manger aux chiens.
Rav Yossef relit la baraรฏta. Selon Rabbi Chimon, pendant la fรชte la jouissance est interdite : le hametz n'a pas de valeur sur le moment, mรชme s'il en aura une aprรจs Pessa'h. Tous exempteraient de me'ila.
La divergence suppose donc Rabbi Yossi ha-Gelili, qui permet la jouissance mรชme pendant le temps. Reste ร savoir si l'on peut racheter des kodashim dans le seul but de nourrir des chiens. L'avis qui met la me'ila tient aussi que l'exemption de Rabbi Nehounia ne s'applique pas.
Celui qui dit qu'il a commis une me'ila tient : on rachรจte les kodashim pour les donner ร manger aux chiens. Et celui qui dit qu'il n'a pas commis de me'ila tient : on ne rachรจte pas.
L'avis me'ila tient le pidyon (rachat) permis pour les chiens : le hametz a un prix, l'usage est un dรฉtournement. L'avis pas de me'ila tient le pidyon interdit : ร cette heure le hametz consacrรฉ n'a pas d'usage, donc pas de valeur.
Rachi renvoie la divergence ร Temoura 31a. Une exposition lit et non pour les chiens dans le verset. L'autre s'arrรชte ร la chehita, pour รฉcarter la tonte et le lait, et n'expose pas le cas des chiens.
Tossefot : ร Bekhorot, le dรฉbat du pidyon vise la saintetรฉ du corps, quand la consรฉcration prรฉcรจde le dรฉfaut. RI : ici, on ne rachรจte pas par dรฉcret des Sages, et sans valeur il n'y a pas de me'ila de la Torah. La vente des mรฉlanges de Zevahim reste possible : ces bรชtes seraient propres ร l'homme si on les distinguait. Deuxiรจme difficultรฉ : la cendre, plus tard, est rachetable. Rรฉponse : maintenant l'objet ne vaut rien. Limite de cette rรฉponse : un usage hors du mode ordinaire reste possible tant qu'il est entier.
Rav Aha bar Rava l'a enseignรฉe.
La phrase s'arrรชte au bas de l'amoud. Rav Aha bar Rava enseigne la discussion qui prรฉcรจde. La suite est au daf suivant.
Texte hรฉbreu et aramรฉen vocalisรฉ : รฉdition numรฉrique William Davidson du Talmud Koren Noรฉ, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction franรงaise, notes et schรฉmas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).