Sougya : Le daf poursuit la question ouverte par la michna : dans « or le-arbaa asar », le mot or désigne-t-il la nuit où le jour ? Plusieurs versets (Iyov, Tehilim) semblent en faire le jour ; la Guemara les relit, comme clarté et doute, comme malédiction, où comme monde à venir et monde présent.
Deux sources tranchent pour la nuit : l'ordre de Rabbi Yehouda (or du quatorze, puis le matin) et les masuot allumées le-or ibouro. Entre les deux, Rabbi Eliezer ben Yaakov et Rabbi Yehouda discutent l'heure où le travail devient interdit le 14 nissan, et si les Sages peuvent couper un jour en deux.
Le mot ora, lui, désigne le jour.
Mais, du fait qu'il dit : « et la nuit, qu'il sera comme un voleur » — il en ressort que or est le jour ! La-bas, voici ce qu'il dit : si la chose t'est évidente comme la lumière, qu'il vient pour une affaire de vies — c'est un meurtrier, et il est permis de le sauver au prix de sa vie.
Et si la chose t'est douteuse comme la nuit — qu'il soit à tes yeux comme un voleur, et il n'est pas permis de le sauver au prix de sa vie.
Le verset d'Iyov (24, 14) oppose or et la nuit : « et la nuit, qu'il sera comme un voleur ». L'objection en tire que or désigne le jour.
La Guemara relit les deux mots comme des images. Or : la chose est claire comme la lumière, l'intrus vient pour une affaire de nefachot (vies) ; c'est un meurtrier, et l'on peut sauver le propriétaire au prix de la vie du ba ba-mahteret. Nuit : la chose reste douteuse ; on le tient pour un voleur, et le tuer est interdit.
Rachi et les Tossefot isolent le père envers le fils. L'affection laisse le doute. On ne tue que si la volonté de tuer est claire comme le soleil (Sanhédrin 72b). La baraita inverse, le fils envers le père, suit l'autre formule : s'il à la paix avec toi, ne le tué pas.
On objecte : « Que s'obscurcissent les étoiles de son crépuscule ; qu'il espère l'or, et qu'il n'y en ait pas ; et qu'il ne voie pas les paupières de l'aube. » Du fait qu'il dit « qu'il espère l'or, et qu'il n'y en ait pas », il en ressort que or est le jour ! La-bas, c'est une malédiction qu'Iyov lance à son mazal.
Il à dit : que ce soit la volonté que cet homme espère la lumière, et qu'il ne la trouve pas.
Iyov 3, 9 place or entre les étoiles du crépuscule et les « paupières de l'aube ». « Qu'il espère l'or, et rien » semble nommer le jour qui suit la nuit.
La Guemara y lit une malédiction du mazal : que cet homme cherche une lumière et ne la trouve pas. Rachi serre le mot : le verset dit qu'il espère que cela éclaire, et non qu'il espère le jour. Le premier Rachi (« qu'il attende le jour ») glose le sens obvie du mot, avant cette relecture.
On objecte : « Et je dis : certes, l'obscurité m'enveloppera, et la nuit, l'or autour de moi. » Il en ressort que or est le jour ! La-bas, voici ce que dit David : j'ai dit : certes, l'obscurité m'enveloppera, dans le monde à venir, qui ressemble au jour ; maintenant, ce monde-ci, qui ressemble à la nuit — l'or est autour de moi.
Tehilim 139, 11 : « la nuit, or autour de moi ». Au premier degré, or s'oppose à la nuit et nomme le jour.
David parle de deux temps. « L'obscurité m'enveloppera » vise le monde à venir, compare au jour. « Maintenant » vise ce monde-ci, compare à la nuit : la lumière est autour de lui. Rachi rattache ce pardon à l'entrée de l'arche aux jours de Chelomo (Moed Katan 9à).
Le Ben Yehoyada lit la michna par les comptés. Or (207) joint à 14, nombre de David, donne 221, la coupe revaya. Bodekin : on fend les lettres de hamets en kadkod (dakh / dakh, le corps) et ma / ma (l'âme). Ner (250) est la somme de trois yihoudim.
On objecte : Rabbi Yehouda dit : on vérifie à l'or du quatorze, et le quatorze au matin, et à l'heure du biour. Du fait que Rabbi Yehouda dit : on vérifie à l'or du quatorze et le quatorze au matin, il en ressort que or est la nuit.
On en apprend.
Première preuve retenue. Rabbi Yehouda énumère dans l'ordre : or du quatorze, puis le quatorze au matin, puis l'heure du biour (élimination du hamets). L'or précède le matin du même jour : c'est la nuit qui ouvre le 14.
Chema mina : dans la michna, or = oraita (la nuit). Rachi renvoie plus loin dans le chapitre pour la raison des trois temps de bedika selon Rabbi Yehouda.
On objecte : à partir de quand le quatorze est-il interdit pour le travail ? Rabbi Eliezer ben Yaakov dit : des l'heure de l'or.
Rabbi Yehouda dit : des l'heure du henets ha-hama (lever du soleil).
Nouvelle baraita : à partir de quand la melakha est interdite le 14 nissan. Rabbi Eliezer ben Yaakov : des l'or. Rabbi Yehouda : des le henets ha-hama.
Rachi lit un minhag : avant l'heure, même une coutume d'abstinence est sans force (Pesachim 50à). Les Tossefot lisent un issour certain, en Galilée, sur le partage de Beit Chammai et Beit Hillel (Pesachim 55à). Selon la conclusion (or = aube), Rabbi Eliezer ben Yaakov se place au début du jour, Rabbi Yehouda au moment où les ouvriers sortent, après le lever du soleil.
Rabbi Eliezer ben Yaakov dit à Rabbi Yehouda : et où avons-nous trouvé un jour dont une partie est interdite pour le travail et une partie permise pour le travail ? Il lui dit : lui-même le prouvera, car une partie en est permise pour la consommation du hamets et une partie en est interdite pour la consommation du hamets.
Si l'interdit ne commence qu'au lever du soleil, le 14 serait coupe : une partie interdite au travail, une partie permise. Rabbi Eliezer ben Yaakov demande où l'on a déjà vu un jour ainsi partage.
Rabbi Yehouda répond par le jour lui-même : le hamets s'y mange, puis s'y interdit. Rachi : l'autorisation court jusqu'à six heures (Pesachim 11b).
Du fait que Rabbi Yehouda dit : des l'heure du henets ha-hama, il en ressort que l'or dont parle Rabbi Eliezer ben Yaakov est la nuit ! Non.
Que signifie or ? L'amoud ha-shahar (l'aube).
Place avant le henets, l'or de Rabbi Eliezer ben Yaakov semblait la nuit du 14, des la shekia du 13. Ce serait une preuve de plus pour or = oraita.
La Guemara fixe un autre seuil. Or = amoud ha-shahar. Le différend porte sur deux moments du matin : l'aube, où le lever du soleil. Cette baraita ne prouve plus le sens de or dans la michna.
S'il en est ainsi, ce qu'il lui dit : où avons-nous trouvé un jour dont une partie est permise pour le travail et une partie interdite pour le travail — qu'il se le dise à lui-même : il y a la nuit, que Rabbi Eliezer ben Yaakov permet !
Si or = aube, Rabbi Eliezer ben Yaakov coupe déjà le calendrier : la nuit reste permise au travail, le jour des l'aube est interdit. La question « où trouve-t-on un jour coupe ? » se pose aussi pour lui.
Rachi formule le point : un jour interdit et une nuit permise. Les Tossefot réservent la question aux partagés sans sevara, comme la melakha ici et comme le hamets de l'objection. Un partage qui a sa raison — cesser de manger des la minha pour garder l'appétit — sort du sujet.
Voici ce qu'il dit : passe pour moi, nous avons trouvé que les Sages distinguent entre le jour et la nuit. (Car on a enseigné) au sujet d'un jeûne de la communauté : jusqu'à quand mange-t-on et boit-on ?
Jusqu'à ce que monte l'amoud ha-shahar, paroles de Rabbi Eliezer ben Yaakov. Rabbi Chimon dit : jusqu'au chant du coq.
Mais selon toi, où avons-nous trouvé le jour lui-même, que les Sages le divisent ?
Rabbi Eliezer ben Yaakov répond. L'interdit de travail est de-rabbanan. Selon lui, les Sages séparent déjà nuit et jour : avant un taanit tsibbur, on mange jusqu'à l'aube (sa position), où jusqu'au kerot ha-gever, le chant du coq (Rabbi Chimon).
Selon Rabbi Yehouda, il faudrait un précédent où les Sages coupent le jour lui-même. Rachi : la question porte sur une distinction de mesures, l'une d'interdit, l'autre de permis, dans une matière rabbinique.
Il lui dit : lui-même le prouvera, car une partie en est permise pour la consommation du hamets et une partie en est interdite pour la consommation du hamets. Rabbi Yehouda à-t-il bien parle à Rabbi Eliezer ?
Voici ce que Rabbi Eliezer lui dit : moi, je te parle d'un travail de-rabbanan, et toi, tu me parles d'un hamets de-oraita ?! Car jusqu'ici le Miséricordieux a interdit, et jusqu'ici le Miséricordieux a permis.
Rabbi Yehouda revient au hamets du 14 : une partie du jour permise, une partie interdite. La Guemara demande si la réponse porte.
Rabbi Eliezer sépare les plans. La melakha est de-rabbanan : on cherche un précédent dans la façon dont les Sages décrètent. Le hamets est de-oraita : le Miséricordieux (Rahmana) à interdit à partir d'un point et permis avant. Une gezera ha-katouv peut fixer une heure au milieu du jour. Rachi : ce procédé n'est pas la mesure des Sages.
Et l'autre ? Les heures sont de-rabbanan.
Ve-idakh : Rabbi Yehouda. Les heures du matin, en deça de l'interdit de la Tora, sont de-rabbanan. Les Sages ont donc coupe le jour.
Rachi détaille la michna : on mange les quatre premières heures, on suspend la cinquième, on brûle au début de la sixième. L'interdit de la Tora commence une fois les six heures révolues. Les deux heures ajoutées sont de leurs paroles ; les quatre premières restent permises.
Et l'autre ? C'est une harhaka (mise à distance) que les Sages ont faite pour une loi de-oraita.
Réplique de Rabbi Eliezer ben Yaakov. Les heures du hamets sont une harhaka : une barrière devant un interdit de la Tora. Par un jour nuageux, où si l'on confond la sixième heure et la septième, on mangerait du hamets de-oraita. Une barrière de ce genre peut ne couvrir qu'une partie du jour.
L'interdit de travail est, lui, entièrement de-rabbanan. Quand les Sages le décrètent, ils décrètent le jour entier. La discussion ne donne pas de preuve sur le sens de or.
On objecte : on n'élève des masuot (feux de signal) que pour le mois qui a été vu en son temps, pour le sanctifier. Et quand élève-t-on des masuot ?
À l'or de son ibour. Il en ressort que or est la nuit !
On en apprend.
Deuxième preuve retenue. Les masuot annoncent que le tribunal à sanctifié le mois. On ne les allume que si la lune à été vue en son temps, le 30. On les allume le-or ibouro : la nuit qui ouvre le 31, pour faire savoir que le jour à été sanctifié.
Un mois meoubar (30 jours, Roch Hodech le 31) n'a pas de feu : le Ciel l'a déjà fixé, et l'absence de signal le fait savoir. De jour, le feu ne porte pas au loin. Or est donc la nuit. Chema mina.
On objecte : s'il se tenait toute la nuit et offrait sur l'autel, à l'ora il est tenu au kiddouch des mains et des pieds, paroles de Rabbi. Ora est un cas à part.
Un cohen qui a officie toute la nuit doit, à l'ora, refaire le kiddouch yadayim ve-raglayim. Rabbi (Yehouda ha-Nassi) tient que la lina, le passage de la nuit, invalide ce kiddouch. Le détail est dans Zevahim.
Le mot est ora, avec un hé, et non or. Rav Yehouda, qui lit or comme la nuit, accorde que ora désigne le jour. Cette baraita ne déplace pas la lecture de or.
Mar Zoutra objecte :
Le daf s'interrompt sur l'objection de Mar Zoutra. Le texte de l'objection se lit au daf suivant.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).