Pesachim 32a - Payer la teruma selon la mesure ou selon la valeur

Pesachim 32a

Sougya : La Guemara achève la michna de Teroumot : celui qui s'oint de teruma, pure ou impure, paie le cinquième, puis le cinquième du cinquième. La question est de savoir si ce paiement suit la mesure des fruits ou leur valeur.

Quand le prix a baissé, il paie la valeur du départ, comme un voleur. Quand le prix a monté, Rav Yossef lit une bénédiction sur les dattes comme une preuve de la mesure, et Abayé maintient la valeur.

La michna du hametz de Pessa'h, puis les débats de Rabbi Akiva et de Rabbi Yo'hanan ben Nouri, et de Rabbi Eliezer ben Yaakov et de Rabbi Elazar Hisma, reprennent la même alternative.

Mesure ou valeur ? Le prix baisse : tranché À la consommation : 4 zouz Au paiement : 1 zouz Il paie les 4 zouz du départ Le prix monte : question À la consommation : 1 zouz Au paiement : 4 zouz Mesure, ou valeur ? Selon la mesure Tu as mangé un griva Tu paies un griva Il vaut maintenant 4 zouz Selon la valeur Tu as mangé pour 1 zouz Tu paies pour 1 zouz Le paiement reste en fruits À la baisse, il est tenu au moins comme un voleur : tous paient selon l'heure du vol. Le verset exige des fruits. La question porte sur la quantité, quand le prix a monté.
Si le prix a baissé, il paie la valeur du départ, comme un voleur. Si le prix a monté, la question reste ouverte : un griva pour un griva, ou un zouz pour un zouz, versé en fruits.
Deux débats : teruma de hametz à Pessa'h Rabbi Akiva : exempt Paiements et valeur du bois Shogeg comme mezid Le kohen n'a aucune jouissance Ni manger, ni brûler Comme des mûres et des raisins impurs : liquides, inutiles au feu Rabbi Yo'hanan ben Nouri : tenu On paie aussi la teruma impure le reste de l'année Le kohen ne la mange pas et le zar paie quand même Rachi : il paie selon la mesure même sans valeur marchande Rabbi Eliezer ben Yaakov Exempt, verset à l'appui Il faut donner une chose propre à devenir kodash Le hametz de Pessa'h ne peut pas recevoir ce nom Rabbi Elazar Hisma Tenu de payer Le kohen peut la jeter devant son chien ou la brûler sous son plat Jouissance permise, comme R. Yosse
Rabbi Akiva exempte, faute de jouissance. Rabbi Yohanan ben Nouri tient, comme pour la teruma impure. Rabbi Eliezer ben Yaakov exclut par le verset. Rabbi Elazar Hisma trouve encore une jouissance, pour le chien ou sous le plat.
Quand cette teruma est-elle consacrée ? 1. Elle fermente après Teruma prélevée dans le permis puis devenue hametz Elle est consacrée Le débat s'ouvre 2. Déjà hametz avant Prélèvement fait sur du hametz avant Pessa'h Rachi : même statut Elle est consacrée 3. Prélèvement à Pessa'h Il prélève pendant Pessa'h sur du hametz Tous : elle n'est pas consacrée Même si la jouissance est permise Le débat Akiva / Yo'hanan ben Nouri ne porte que sur une teruma déjà consacrée. La raison du troisième cas est expliquée à la fin de la discussion.
Le débat suppose une teruma consacrée qui fermente ensuite, ou prélevée hametz avant Pessah. Prélever sur du hametz pendant Pessah : tous disent qu'elle n'est pas consacrée.
1
וְאֶחָד הַסַּךְ, אֶחָד תְּרוּמָה טְמֵאָה וְאֶחָד תְּרוּמָה טְהוֹרָה — מְשַׁלֵּם חֹומֶשׁ וְחֻומְשָׁא דְחוּמְשָׁא.

Et aussi celui qui s'oint : qu'il s'agisse d'une teruma impure ou d'une teruma pure, il paie le cinquième, et le cinquième du cinquième.

📜 Rachi (2)
גְּמ' וְאֶחָד הַסַּךְ דְּאָמְרִי' בְּפֶ' בָּתְרָא דְּיוֹמָא (דַּף עו:) סִיכָה כִּשְׁתִיָּה וּשְׁתִיָּה בִּכְלַל אֲכִילָה וְהָכָא כְּתִיב כִּי יֹאכַל קֹדֶשׁ בִּשְׁגָגָה דְּאִילּוּ גְּזָלָהּ וְהִשְׁלִיכָהּ לַנָּהָר אַפֵּי' בְּשׁוֹגֵג דְּלָא יָדַע שֶׁהִיא תְּרוּמָה אֵינוֹ מְשַׁלֵּם חֹומֶשׁ אֶלָּא קֶרֶן כִּשְׁאָר מַזִּיק חֻולִּין דְּעָלְמָא דְּאָמַר מַר (לְקַמָּן ע"ב) כִּי יֹאכַל פְּרָט לְמַזִּיק:
Guemara. Et aussi celui qui s'oint : car nous disons dans le dernier chapitre de Yoma (76b) que l'onction est comme la boisson, et que la boisson est comprise dans la consommation. Or ici il est écrit : "car il mangera un kodash par inadvertance". Tandis que s'il l'a volée et jetée au fleuve, même par inadvertance, sans savoir que c'était de la teruma, il ne paie pas le cinquième, seulement le capital, comme tout autre endommageur de houlin. Car le maître a dit (plus loin, 72b) : "car il mangera" exclut celui qui endommage.
וְחֹומֶשׁ חוּמְשָׁא שֶׁהַתַּשְׁלוּמִין נַעֲשִׂין תְּרוּמָה וְאִם חָזַר וְאָכַל בְּשׁוֹגֵג אוֹתוֹ חֹומֶשׁ רִאשׁוֹן חוֹזֵר וּמְשַׁלֵּם חֻומְשׁוֹ עָלָיו:
Et le cinquième du cinquième : car les paiements deviennent teruma. S'il mange de nouveau, par inadvertance, ce premier cinquième, il paie de nouveau le cinquième sur lui.
💡 Explication

La citation ouverte au daf précédent ajoute l'onction. Yoma pose que s'oindre équivaut à boire, et boire entre dans "ki yokhal", le verset de celui qui mange un kodash par inadvertance.

Le cinquième versé devient teruma. Mangé à son tour par inadvertance, il entraîne un cinquième sur le cinquième. Celui qui endommage sans manger, par exemple en jetant la teruma au fleuve, ne paie que le capital.

🖼️ Schéma
Le cinquième devient teruma Acte Manger, boire, s'oindre Pure ou impure, shogeg Premier paiement Capital et cinquième Le cinquième est teruma S'il le remange Nouveau shogeg Cinquième du cinquième L'onction vaut la boisson, et la boisson entre dans le verset de la consommation. Jeter la teruma au fleuve est un dommage : capital seul, sans cinquième.
Manger, boire ou s'oindre entraîne capital et cinquième. Ce cinquième est teruma. L'endommageur ne paie pas de cinquième.
2
אִיבַּעְיָא לְהוּ: כְּשֶׁהוּא מְשַׁלֵּם, לְפִי מִדָּה מְשַׁלֵּם אוֹ לְפִי דָמִים מְשַׁלֵּם? כָּל הֵיכָא דְּמֵעִיקָּרָא שָׁוְיָא אַרְבְּעָה זוּזֵי וּלְבַסּוֹף שָׁוְיָא זוּזָא — לָא תִּיבָּעֵי לָךְ, דְּוַדַּאי כִּדְמֵעִיקָּרָא מְשַׁלֵּם לְפִי דָּמִים, דְּלָא גָּרַע מִגַּזְלָן. דִּתְנַן: כָּל הַגַּזְלָנִין מְשַׁלְּמִין כִּשְׁעַת הַגְּזֵלָה,

On a posé la question : lorsqu'il paie, paie-t-il selon la mesure, ou paie-t-il selon la valeur ? Partout où, au départ, cela valait quatre zouz, et à la fin cela vaut un zouz, ne pose pas la question : il paie certainement selon la valeur du départ, car il n'est pas inférieur à un voleur.

Car nous avons appris : tous les voleurs paient selon l'heure du vol.

📜 Rachi (2)
אִיבַּעְיָא לְהוּ כֵּיוָן דְּגַבֵּי תְּרוּמָה בְּשׁוֹגֵג קָפֵיד רַחֲמָנָא אַתַּשְׁלוּמֵי פֵּירוֹת וְלֹא מָעוֹת כְּדִכְתִיב וְנָתַן לַכֹּהֵן אֶת הַקֹּודֶשׁ לְפִי מִדָּה מְשַׁלֵּם אוֹ לְפִי דָמִים מְשַׁלֵּם בְּגַזְלָן דְּחֻולִּין שׁוֹגֵג אוֹ מֵזִיד וְכֵן גַּזְלָן דִּתְרוּמַת מֵזִיד לָא אִיבַּעְיָא לַן כֵּיוָן דְּלָא קָפֵיד רַחֲמָנָא אַתַּשְׁלוּמִין דִּידְהוּ דְּאָמַר יָשִׁיב לְרַבּוֹת אֲפִילּוּ שָׁוֶה כֶּסֶף וַאֲפִילּוּ סֻובִּין וַדַּאי לְפִי דָּמִים מְשַׁלֵּם אֲבָל בִּתְרוּמָה שׁוֹגֵג אִיבַּעְיָא לַן הוֹאִיל וְהִקְפִּידָה הַתּוֹרָה לְשַׁלֵּם פֵּירוֹת:
On a posé la question. Puisque, pour la teruma consommée par inadvertance, la Torah a exigé un paiement en fruits et non en argent, comme il est écrit "et il donnera au kohen le kodash", paie-t-il selon la mesure, ou selon la valeur ? Pour le voleur de houlin, par inadvertance ou de propos délibéré, et de même pour celui qui vole de la teruma de propos délibéré, nous n'avons pas posé la question. La Torah n'a pas exigé un mode particulier pour leur paiement : il est dit "il restituera", ce qui inclut même l'équivalent en argent, et même du son. Il paie certainement selon la valeur. Pour la teruma par inadvertance, la question se pose, puisque la Torah a exigé de payer en fruits.
כָּל הֵיכָא דְּמֵעִיקָּרָא כְּשֶׁאָכְלָה הָוְיָא שַׁוְיָא הַךְ גְּרִיוָא ד' זוּזֵי וְהַשְׁתָּא כְּשֶׁמְּשַׁלֵּם שָׁוְיָא זוּזָא וְתוּ לָא לָא מִיבַּעְיָא לָן נְהִי נָמֵי דְּאִיכַּפַּר לֵיהּ אֲכִילַת תְּרוּמָה בְּתַשְׁלוּמֵי מִדָּה מִיהוּ מָמוֹנָא דְּכֹהֵן [אוֹכֵל] (מָמוֹנָא) הוּא וְלָא גָּרַע מִשְּׁאָר מָמוֹנָא דְּחֻולִּין שֶׁהַדַּייָּנִין גּוֹבִין מִמֶּנּוּ כִּשְׁעַת גְּזֵילָה כְּדִכְתִיב (וַיִּקְרָא ה) אֲשֶׁר גָּזָל כְּמוֹ שֶׁגָּזַל:
Partout où, au départ : lorsqu'il l'a mangée, ce griva valait quatre zouz, et maintenant, au moment où il paie, il ne vaut plus qu'un zouz. Nous ne posons pas la question. Même si l'on admet que la consommation de teruma lui est expiée par un paiement selon la mesure, il s'agit du bien du kohen. Il n'est pas inférieur au reste des biens de houlin, que les juges recouvrent selon l'heure du vol, comme il est écrit (Vayikra 5) "ce qu'il a volé", tel qu'il l'a volé.
💡 Explication

Deux lectures du verset. Il exige des fruits, non de l'argent. Reste à fixer la quantité : la mesure mangée (griva pour griva), ou la valeur du moment de la consommation, versée en fruits.

Si le prix a baissé, la question tombe. Le bien du kohen est au moins protégé comme un vol : on recouvre la valeur de l'heure de la prise, ici quatre zouz, non le zouz résiduel.

3
כִּי תִּיבְּעֵי לָךְ דְּמֵעִיקָּרָא שָׁוְיָא זוּזָא וּלְבַסּוֹף שָׁוְיָא אַרְבְּעָה, מַאי? לְפִי מִדָּה מְשַׁלֵּם, דְּאָמַר לֵיהּ: גְּרִיוָא אֲכַל — גְּרִיוָא מְשַׁלֵּם. אוֹ דִּילְמָא לְפִי דָמִים מְשַׁלֵּם: בְּזוּזָא אָכַל — בְּזוּזָא מְשַׁלֵּם.

Là où tu poses la question, c'est lorsqu'au départ cela valait un zouz, et à la fin cela vaut quatre. Qu'en est-il ?

Paie-t-il selon la mesure, le kohen lui disant : tu as mangé un griva, tu paies un griva ? Ou bien paie-t-il selon la valeur : tu as mangé pour un zouz, tu paies un zouz ?

📜 Rachi (1)
גְּרִיוָא מְשַׁלֵּם ואע"ג דְּשַׁוְיָא הַשְׁתָּא טְפֵי אוֹ דִּילְמָא לְפִי דָמִים מְשַׁלֵּם דאע"ג דְּהִקְפִּידָה הַתּוֹרָה לְשַׁלֵּם פֵּירוֹת לֹא הִקְפִּידָה אֶלָּא לְפִי הַדָּמִים כִּשְׁאָר תַּשְׁלוּמִין וּמַה שֶׁיְּשַׁלֵּם יְשַׁלֵּם בְּפֵירוֹת:
Il paie un griva, bien que cela vaille maintenant davantage. Ou bien il paie selon la valeur : bien que la Torah ait exigé de payer en fruits, elle n'a exigé que selon la valeur, comme les autres paiements, et ce qu'il paie, il le paie en fruits.
💡 Explication

Le cas ouvert est la hausse. Selon la mesure, le kohen reçoit un griva entier, désormais à quatre zouz. Selon la valeur, il reçoit pour un zouz de fruits, la valeur du jour où ils ont été mangés.

Rachi précise la seconde branche : l'exigence de fruits fixe l'espèce du paiement, et la quantité suit quand même la valeur.

4
אָמַר רַב יוֹסֵף, תָּא שְׁמַע: אָכַל גְּרוֹגְרוֹת וְשִׁילֵּם לוֹ תְּמָרִים תָּבֹא עָלָיו בְּרָכָה. אִי אָמְרַתְּ בִּשְׁלָמָא לְפִי מִדָּה מְשַׁלֵּם — אַמְּטוּ לְהָכִי תָּבֹא עָלָיו בְּרָכָה, דְּאָכֵיל גְּרִיוָא דִגְרוֹגְרוֹת דְּשָׁוְיָא זוּזָא, וְקָא יָהֵיב גְּרִיוָא דִתְמָרִים דְּשָׁוְיָא אַרְבְּעָה. אֶלָּא אִי אָמְרַתְּ לְפִי דָמִים מְשַׁלֵּם — אַמַּאי תָּבֹא עָלָיו בְּרָכָה? בְּזוּזָא אָכַל — בְּזוּזָא קָא מְשַׁלֵּם!

Rav Yossef dit : viens et entends. Celui qui a mangé des figues sèches et lui a payé des dattes, qu'une bénédiction vienne sur lui.

Si tu dis qu'il paie selon la mesure, cela se tient : c'est pour cela qu'une bénédiction vient sur lui, car il a mangé un griva de figues sèches qui valait un zouz, et il donne un griva de dattes qui vaut quatre. Mais si tu dis qu'il paie selon la valeur, pourquoi une bénédiction viendrait-elle sur lui ?

Il a mangé pour un zouz, et il paie un zouz.

📜 Rachi (3)
גְּרוֹגָרוֹת תְּאֵנִים יְבֵשִׁים:
Figues sèches : des figues séchées.
תְּמָרִים חֲשׁוּבֵין מִתְּאֵנִים וּדְמֵיהֶן מְרֻובִּים:
Dattes : elles sont plus estimées que les figues, et leur prix est plus élevé.
אָכַל גְּרוֹגָרוֹת דִּתְרוּמָה שׁוֹגֵג:
Il a mangé des figues sèches : de la teruma, par inadvertance.
💡 Explication

Rav Yossef apporte une baraïta. Remplacer des figues sèches par des dattes, à volume égal, fait monter la valeur de un à quatre zouz. La bénédiction ne se comprend, dit-il, que si la dette est une mesure : il a donné plus que la valeur mangée.

Si la dette est une valeur, un zouz pour un zouz, la formule n'a plus de motif.

5
אָמַר אַבַּיֵּי: לְעוֹלָם לְפִי דָמִים מְשַׁלֵּם, וְאַמַּאי תָּבֹא עָלָיו בְּרָכָה? דַּאֲכַל מִידֵּי דְּלָא קָפֵיץ עֲלֵיהּ זָבֹינֵיהּ, וְקָא מְשַׁלֵּם מִידֵּי דְּקָפֵיץ עֲלֵיהּ זָבֹינֵיהּ.

Abayé dit : en tout état de cause, il paie selon la valeur. Et pourquoi une bénédiction vient-elle sur lui ?

Parce qu'il a mangé une chose sur laquelle les acheteurs ne se précipitent pas, et il paie une chose sur laquelle les acheteurs se précipitent.

📜 Rachi (1)
זְבִינָא לוֹקְחִים:
La vente : les acheteurs.
💡 Explication

Abayé maintient le paiement selon la valeur. La bénédiction ne vise pas un surplus de prix. Les dattes s'enlèvent sur le marché, les figues sèches non. À valeur égale, le kohen reçoit une marchandise plus facile à revendre.

Rachi glose "zavinei" : les acheteurs.

🖼️ Schéma
Figues sèches payées en dattes Un griva de figues sèches vaut 1 zouz. Un griva de dattes vaut 4 zouz. La baraïta : qu'une bénédiction vienne sur lui. Rav Yossef Preuve de la mesure Il a donné 4 zouz pour 1 zouz mangé Abayé Le paiement suit la valeur Les dattes s'enlèvent Les figues sèches restent
Rav Yossef lit la bénédiction comme un surplus de valeur, donc un paiement selon la mesure. Abayé y lit seulement une marchandise qui se vend mieux.
6
תְּנַן: הָאוֹכֵל תְּרוּמַת חָמֵץ בַּפֶּסַח, בְּשׁוֹגֵג מְשַׁלֵּם קֶרֶן וָחֹומֶשׁ. אִי אָמְרַתְּ בִּשְׁלָמָא לְפִי מִדָּה מְשַׁלֵּם — שַׁפִּיר. אֶלָּא אִי אָמְרַתְּ לְפִי דָמִים מְשַׁלֵּם, חָמֵץ בַּפֶּסַח בַּר דָּמִים הוּא? אִין, הָא מַנִּי רַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי הִיא, דְּאָמַר חָמֵץ בַּפֶּסַח מֻותָּר בַּהֲנָאָה.

Nous avons appris : celui qui mange de la teruma de hametz à Pessa'h, par inadvertance, paie le capital et le cinquième. Si tu dis qu'il paie selon la mesure, c'est bien.

Mais si tu dis qu'il paie selon la valeur, le hametz à Pessa'h a-t-il une valeur ? Si.

De qui est cette michna ? Elle est de Rabbi Yosse ha-Gelili, qui dit que le hametz à Pessa'h est permis à la jouissance.

💡 Explication

La michna du daf précédent sert d'objection. Selon la mesure, le hametz sans prix se paie quand même, griva pour griva. Selon la valeur, un hametz interdit à toute jouissance ne vaut rien, et le paiement tombe.

La réponse : la michna suit Rabbi Yosse ha-Gelili. Chez lui, le hametz de Pessa'h reste permis à la jouissance, donc il a une valeur.

7
אִי הָכִי, אֵימָא סֵיפָא: בְּמֵזִיד פָּטוּר מִן הַתַּשְׁלוּמִין וּמִדְּמֵי עֵצִים, אִי רַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי, אַמַּאי פָּטוּר מִן הַתַּשְׁלוּמִין וּמִדְּמֵי עֵצִים?!

S'il en est ainsi, dis la fin : de propos délibéré, il est exempt des paiements et de la valeur du bois. Si c'est Rabbi Yosse ha-Gelili, pourquoi est-il exempt des paiements et de la valeur du bois ?

📜 Rachi (1)
אֵימָא סֵיפָא בְּמֵזִיד פָּטוּר מִן הַתַּשְׁלוּמִין וְאִי ר' יוֹסֵי הַגְּלִילִי אַמַּאי פָּטוּר אִי אָמְרַתְּ בִּשְׁלָמָא רַבָּנַן וְטַעֲמָא דְּרֵישָׁא מִשּׁוּם דִּלְפִי מִדָּה מְשַׁלֵּם סֵיפָא דְּאֵינוֹ אֶלָּא כִּשְׁאָר גַּזְלָן דִּמְשַׁלֵּם מָעוֹת וּלְפִי דָּמִים פָּטוּר מִן הַתַּשְׁלוּמִין דְּחָמֵץ בְּפֶסַח לָאו בַּר דָּמִים הוּא אֶלָּא אִי אָמְרַתְּ ר' יוֹסֵי הַגְּלִילִי וּבַר דָּמִים הוּא אַמַּאי פָּטוּר:
Dis la fin : de propos délibéré, il est exempt des paiements. Et si c'est Rabbi Yosse ha-Gelili, pourquoi est-il exempt ? Cela se tient si tu dis que ce sont les Sages, et que la raison de la reisha est le paiement selon la mesure. La seifa, lui, n'est qu'un voleur ordinaire : il paie en argent, et selon la valeur. Il est exempt des paiements, car le hametz à Pessa'h n'a pas de valeur. Mais si tu dis que c'est Rabbi Yosse ha-Gelili, et que cela a une valeur, pourquoi est-il exempt ?
💡 Explication

La seifa gêne l'attribution à Rabbi Yosse ha-Gelili. Le mezid sur la teruma ne paie pas le cinquième : il est un voleur, et un voleur paie la valeur.

Chez les Sages, cette valeur est nulle, d'où l'exemption, y compris du prix du bois. Chez Rabbi Yosse ha-Gelili, le hametz a une valeur de jouissance. L'exemption de la seifa demande une autre raison.

8
סָבַר לַהּ כְּרַבִּי נְחוּנְיָא בֶּן הַקָּנָה. דְּתַנְיָא: רַבִּי נְחוּנְיָא בֶּן הַקָּנָה הָיָה עוֹשֶׂה אֶת יוֹם הַכִּפּוּרִים כַּשַּׁבָּת לְתַשְׁלוּמִין וְכוּ׳.

Il tient cela selon Rabbi Nehounia ben ha-Kana. Car on a enseigné : Rabbi Nehounia ben ha-Kana rendait Yom Kippour semblable au Chabbat pour les paiements, etc.

📜 Rachi (1)
כְּרַבִּי נְחוּנְיָא בֶּן הַקָּנָה דְּאָמַר הַמִּתְחַייֵּב כָּרֵת פָּטוּר מִן הַתַּשְׁלוּמִין וְיָלֵיף טַעְמָא מֵאָסוֹן אָסוֹן וְהוּא הַדִּין לַמִּתְחַייֵּב מִיתַת שָׁמַיִם כְּגוֹן אוֹכֵל תְּרוּמָה מֵזִיד וְסֵיפָא דְּמַתְנִי' בְּהֵזִיד בִּתְרוּמָה וְלֹא בְּחָמֵץ וּפָטוּר מִשּׁוּם מִיתָה וּבְדִין הוּא דְּלַישְׁמְעִי' בְּמֵזִיד דִּתְרוּמָה דְּעָלְמָא דְּלָאו חָמֵץ בְּפֶסַח דְּפָטוּר מִתַּשְׁלוּמִין מִשּׁוּם מִיתָה וּמִשּׁוּם רֵישָׁא נְקַט מִילְּתָא בְּחָמֵץ בְּפֶסַח דְּאַשְׁמוֹעִינַן דְּהֵיכָא דְּשָׁגַג בִּשְׁתֵּיהֶם חַייָּב דְּחָמֵץ בַּר דָּמִים הוּא וְשׁוֹגֵג דְּרֵישָׁא דְּשָׁגַג בִּשְׁתֵּיהֶן דְּאִי שָׁגַג בְּחָמֵץ וְהֵזִיד בִּתְרוּמָה מַאי חֹומֶשׁ אִיכָּא וְאִי שָׁגַג בִּתְרוּמָה וְהֵזִיד בֶּחָמֵץ אַמַּאי מְשַׁלֵּם הָא אִיחַייַּב לֵיהּ כָּרֵת וְסֵיפָא אַשְׁמוֹעִינַן דְּהֵזִיד בִּתְרוּמָה אֲפִילּוּ שָׁגַג בְּחָמֵץ פָּטוּר דְּמִיתָה בִּידֵי שָׁמַיִם כִּי כָּרֵת דְּאִי הֵזִיד בֶּחָמֵץ וְהָא דְּפָטַר לֵיהּ מִשּׁוּם כָּרֵת הוּא דְּפָטַר לֵיהּ לַשְׁמְעִינַן כֻּולָּהּ מַתְנֵי' בְּחָמֵץ חֻולִּין שֶׁל חֲבֵירוֹ וְנִיתְנֵי שׁוֹגֵג חַייָּב וּמֵזִיד פָּטוּר מִשּׁוּם כָּרֵת:
Selon Rabbi Nehounia ben ha-Kana, qui dit : celui qui encourt le karet est exempt des paiements. Il apprend la raison de "ason, ason". Il en va de même pour celui qui encourt la mort par le Ciel, par exemple celui qui mange de la teruma de propos délibéré. La seifa de la michna vise le propos délibéré sur la teruma, et non sur le hametz, et l'exemption vient de la mort. En droit, on aurait pu l'enseigner sur le propos délibéré d'une teruma ordinaire, qui n'est pas du hametz à Pessa'h : il est exempt des paiements à cause de la mort. C'est à cause de la reisha qu'il a formulé le cas sur le hametz à Pessa'h, pour nous apprendre que, là où il a erré sur les deux, il est tenu, car le hametz a une valeur. L'inadvertance de la reisha est une inadvertance sur les deux. Car s'il a erré sur le hametz et agi de propos délibéré sur la teruma, quel cinquième y a-t-il ? Et s'il a erré sur la teruma et agi de propos délibéré sur le hametz, pourquoi paie-t-il, alors qu'il a encouru le karet ? Et la seifa nous apprend que le propos délibéré sur la teruma, même joint à une inadvertance sur le hametz, rend exempt : la mort par le Ciel est comme le karet. Car si le propos délibéré portait sur le hametz, et que l'exemption venait du karet, que l'on enseigne toute la michna sur le hametz houlin de son prochain, et que l'on enseigne : par inadvertance, il est tenu, de propos délibéré, il est exempt à cause du karet.
💡 Explication

Rabbi Nehounia ben ha-Kana aligne Yom Kippour sur Chabbat pour l'argent : qui encourt le karet ne paie pas le dommage commis dans le même acte. Rachi étend cela à la mort par le Ciel, celle du zar qui mange la teruma de propos délibéré.

La reisha n'est tenable que si les deux fautes sont un shogeg : shogeg sur le hametz, sinon le karet exempterait ; shogeg sur la teruma, sinon il n'y a pas de cinquième. La seifa est un mezid sur la teruma. L'exemption vient de cette mort, même si le hametz n'était qu'une erreur.

🖼️ Schéma
Reisha et seifa : sur quelle faute a-t-il erré ? Hametz : shogeg Hametz : mezid Teruma shogeg Reisha : il paie Capital et cinquième Erreur sur les deux Karet du hametz Exempt du paiement La reisha ne vise pas ce cas Teruma mezid Seifa : exempt Mort par le Ciel traitée comme le karet Exempt Mort, ou karet Rabbi Nehounia : Yom Kippour est comme Chabbat pour les paiements. Qui encourt le karet, ou la mort par le Ciel, ne paie pas en plus.
La reisha cumule deux inadvertances et se paie. La seifa est un mezid sur la teruma : la mort par le Ciel exempte du paiement, comme le karet chez Rabbi Nehounia.
9
כְּתַנָּאֵי: הָאוֹכֵל תְּרוּמַת חָמֵץ בַּפֶּסַח — פָּטוּר מִן הַתַּשְׁלוּמִין וּמִדְּמֵי עֵצִים, דִּבְרֵי רַבִּי עֲקִיבָא. רַבִּי יוֹחָנָן בֶּן נוּרִי מְחַייֵּב. אָמַר לוֹ רַבִּי עֲקִיבָא לְרַבִּי יוֹחָנָן בֶּן נוּרִי: וְכִי מָה הֲנָאָה יֵשׁ לוֹ בָּהּ? אָמַר לוֹ רַבִּי יוֹחָנָן בֶּן נוּרִי לְרַבִּי עֲקִיבָא: וּמָה הֲנָאָה יֵשׁ לָאוֹכֵל תְּרוּמָה טְמֵאָה בִּשְׁאָר כָּל יְמוֹת הַשָּׁנָה, שֶׁמְּשַׁלֵּם!

C'est un débat de tannaïm. Celui qui mange de la teruma de hametz à Pessa'h est exempt des paiements et de la valeur du bois, paroles de Rabbi Akiva.

Rabbi Yo'hanan ben Nouri le rend tenu. Rabbi Akiva dit à Rabbi Yo'hanan ben Nouri : quelle jouissance a-t-il en cela ?

Rabbi Yo'hanan ben Nouri dit à Rabbi Akiva : et quelle jouissance y a-t-il pour celui qui mange de la teruma impure le reste de tous les jours de l'année, puisqu'il paie ?

📜 Rachi (4)
כְּתַנָּאֵי לְפִי מִדָּה אוֹ לְפִי דָּמִים:
C'est un débat de tannaïm : selon la mesure, ou selon la valeur.
פָּטוּר מִתַּשְׁלוּמִין בֵּין שׁוֹגֵג בֵּין מֵזִיד:
Exempt des paiements : que ce soit par inadvertance ou de propos délibéré.
מָה הֲנָאָה יֵשׁ לוֹ לַכֹּהֵן בָּהּ וּמָה הִפְסִידוּ זֶה הֲרֵי אָסוּר בַּהֲנָאָה:
Quelle jouissance a-t-il : le kohen, en cela, et que lui a fait perdre cet homme ? Cela est interdit à la jouissance.
וּמָה הֲנָאָה יֵשׁ לוֹ לְכֹהֵן בִּתְרוּמָה טְמֵאָה שֶׁאֲסוּרָה בַּאֲכִילָה לְכֹהֵן וְאִי אָכְלָה זָר שׁוֹגֵג מְשַׁלֵּם קֶרֶן וְחֹומֶשׁ דְּלֵיכָּא לְמָאֵן דִּפְלִיג אַסְּתָמָא דִּתְנַן לְעֵיל אֶחָד תְּרוּמָה טְהוֹרָה וְאֶחָד תְּרוּמָה טְמֵאָה וְטַעֲמָא מִשּׁוּם דִּלְפִי מִדָּה מְשַׁלֵּם ואע"ג דְּלָאו בַּר דָּמִים הוּא:
Et quelle jouissance a-t-il : le kohen, dans la teruma impure, qui lui est interdite à la consommation. Si un zar la mange par inadvertance, il paie le capital et le cinquième. Personne ne conteste la michna anonyme enseignée plus haut : aussi bien la teruma pure que la teruma impure. La raison est qu'il paie selon la mesure, bien que cela n'ait pas de valeur.
💡 Explication

La question mesure ou valeur est ici un débat de tannaïm. Rabbi Akiva exempte, shogeg comme mezid : le kohen ne perd aucune jouissance. Rabbi Yo'hanan ben Nouri rend tenu.

Son attaque : on paie la teruma impure toute l'année, alors que le kohen ne peut pas la manger. Rachi lit cette obligation comme un paiement selon la mesure, valable même quand l'aliment n'a pas de prix.

10
אָמַר לוֹ: לֹא! אִם אָמַרְתָּ בִּתְרוּמָה טְמֵאָה בִּשְׁאָר יְמוֹת הַשָּׁנָה, שֶׁאַף עַל פִּי שֶׁאֵין לוֹ בָּהּ הֶיתֵּר אֲכִילָה, יֵשׁ לוֹ בָּהּ הֶיתֵּר הַסָּקָה, תֹּאמַר בָּזֶה — שֶׁאֵין לוֹ בָּהּ לֹא הֶיתֵּר אֲכִילָה וְלֹא הֶיתֵּר הַסָּקָה! הָא לְמַה זֶה דּוֹמֶה — לִתְרוּמַת תּוּתִים וַעֲנָבִים שֶׁנִּטְמְאָה, שֶׁאֵין לוֹ בָּהּ לֹא הֶיתֵּר אֲכִילָה וְלֹא הֶיתֵּר הַסָּקָה.

Il lui dit : non. Si tu dis cela de la teruma impure le reste des jours de l'année, où, bien qu'il n'ait pas l'autorisation de la manger, il a l'autorisation de la brûler, le diras-tu de celle-ci, où il n'a ni l'autorisation de la manger, ni l'autorisation de la brûler ?

À quoi cela ressemble-t-il ? À la teruma de mûres et de raisins devenue impure, où il n'a ni l'autorisation de la manger, ni l'autorisation de la brûler.

📜 Rachi (2)
הֶיתֵּר הַסָּקָה דִּכְתִיב (בַּמִּדְבָּר י״ח:ח׳) וַאֲנִי הִנֵּה נָתַתִּי לְךָ אֶת מִשְׁמֶרֶת תְּרוּמֹותָי שְׁתֵּי תְּרוּמוֹת בַּמַּשְׁמָע אַחַת טְהוֹרָה וְאַחַת טְמֵאָה וּכְתִיב לְךָ תִּהְיֶה לְהַסָּקָה:
Autorisation de la brûler : car il est écrit (Bamidbar 18) "et Moi, voici, Je t'ai donné la garde de Mes teroumot". Deux teroumot sont visées, l'une pure et l'autre impure. Et il est écrit : "elle sera à toi", pour le chauffage.
תְּרוּמַת תּוּתִים וַעֲנָבִים מַשְׁקֶה הֵן וְאֵינָן רְאוּיִין לְהַסָּקָה וּלְזַלֵּף נָמֵי לָא כִּדְאָמְרִינַן בפ"ק (דַּף כ:) מִשּׁוּם תַּקָּלָה וּבְהַהוּא נָמֵי סְבִירָא לֵיהּ דְּזָר הָאוֹכְלָהּ פָּטוּר מִלְּשַׁלֵּם וְר' יוֹחָנָן בֶּן נוּרִי מְחַיֵּיב דְּקָסָבַר לְפִי מִדָּה מְשַׁלֵּם:
Teruma de mûres et de raisins : ce sont des boissons, elles ne sont pas propres au chauffage. On ne les répand pas non plus, comme nous le disons au premier chapitre (20b), à cause d'un écueil. Dans ce cas aussi, il tient que le zar qui la mange est exempt de payer. Et Rabbi Yo'hanan ben Nouri le rend tenu, car il tient qu'on paie selon la mesure.
💡 Explication

Rabbi Akiva casse la comparaison. La teruma impure du reste de l'année se brûle : le kohen en tire la chaleur. Le verset lui donne les deux teroumot, la pure et l'impure.

La teruma de hametz à Pessa'h ne se mange pas et ne se brûle pas. Le modèle juste est la teruma de mûres et de raisins devenue impure : liquide, impropre au feu, et qu'on ne répand pas, à cause de l'écueil. Là, Rabbi Akiva exempte, et Rabbi Yo'hanan ben Nouri tient encore, au nom de la mesure.

🖼️ Schéma
Quelle jouissance reste au kohen ? Teruma impure reste de l'année Manger : interdit Brûler : permis Le zar paie Hametz à Pessa'h Manger : interdit Brûler : interdit Rabbi Akiva : exempt Aucune perte pour le kohen Mûres et raisins Liquides : ni feu ni aspersion (écueil) Akiva : exempt Ben Nouri : selon la mesure Le verset donne au kohen la teruma pure et la teruma impure, celle-ci pour le chauffage.
La teruma impure se brûle, donc se paie. Le hametz de Pessa'h et les fruits liquides impurs ne donnent ni aliment ni combustible.
11
בַּמֶּה דְבָרִים אֲמוּרִים — בְּמַפְרִישׁ תְּרוּמָה וְהֶחְמִיצָה, אֲבָל מַפְרִישׁ תְּרוּמַת חָמֵץ — דִּבְרֵי הַכֹּל אֵינָהּ קְדוֹשָׁה.

Dans quel cas ces paroles sont-elles dites ? Lorsqu'il a prélevé la teruma et qu'elle a fermenté.

Mais s'il prélève une teruma de hametz, de l'avis de tous elle n'est pas consacrée.

📜 Rachi (2)
בד"א דְּמַשְׁכַּחַת תְּרוּמַת חָמֵץ בְּפֶסַח דְּקִדְּשָׁהּ בְּהִפְרִישׁ תְּרוּמָה וְהֶחְמִיצָה וְהוּא הַדִּין לְהַפְרִישָׁהּ חָמֵץ קֹודֶם הַפֶּסַח:
Dans quel cas : tu trouves une teruma de hametz à Pessa'h qui a été consacrée lorsqu'il a prélevé la teruma et qu'elle a fermenté. Il en va de même s'il l'a prélevée alors qu'elle était déjà hametz, avant Pessa'h.
אֲבָל מַפְרִישׁ תְּרוּמַת חָמֵץ בְּפֶסַח כְּגוֹן חִטִּים שֶׁהֶחְמִיצוּ דִּבְרֵי הַכֹּל אַפֵּי' לְרַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי דְּשָׁרֵי חָמֵץ בְּפֶסַח בַּהֲנָאָה וְחַזְיָא לֵיהּ לְהַסָּקָה אֵינָהּ קְדֻושָּׁה וּלְקַמָּן מְפָרֵשׁ טַעְמָא בְּשִׁילְהֵי שְׁמַעְתִּין:
Mais s'il prélève une teruma de hametz : à Pessa'h, par exemple du blé qui a fermenté. De l'avis de tous, même selon Rabbi Yosse ha-Gelili, qui permet le hametz à Pessa'h à la jouissance et pour qui cela est propre au chauffage, elle n'est pas consacrée. Plus loin, à la fin de cette discussion, il en explique la raison.
💡 Explication

Le débat ne porte que sur une teruma déjà consacrée qui devient hametz ensuite, ou, dit Rachi, prélevée hametz avant Pessa'h.

Prélever pendant Pessa'h sur du hametz : tous disent que la sainteté ne prend pas. Cela vaut même pour Rabbi Yosse ha-Gelili, chez qui ce hametz aurait pourtant une valeur de chauffage. La raison viendra à la fin de la discussion.

12
תַּנְיָא אִידָךְ: ״וְנָתַן לַכֹּהֵן אֶת הַקֹּדֶשׁ״ — דָּבָר הָרָאוּי לִהְיוֹת קֹדֶשׁ. פְּרָט לָאוֹכֵל תְּרוּמַת חָמֵץ בַּפֶּסַח, שֶׁפָּטוּר מִן הַתַּשְׁלוּמִים וּמִדְּמֵי עֵצִים, דִּבְרֵי רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב. וְרַבִּי אֶלְעָזָר חַסָּמָא מְחַייֵּב. אָמַר לוֹ רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב לְרַבִּי אֶלְעָזָר חַסָּמָא: וְכִי מָה הֲנָאָה יֵשׁ לוֹ בָּהּ? אָמַר לוֹ רַבִּי אֶלְעָזָר חַסָּמָא לְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב: וְכִי מָה הֲנָאָה יֵשׁ לוֹ לָאוֹכֵל תְּרוּמָה טְמֵאָה בִּשְׁאָר יְמוֹת הַשָּׁנָה, שֶׁמְּשַׁלֵּם?

On enseigne une autre baraïta : "et il donnera au kohen le kodash", une chose propre à être kodash. À l'exclusion de celui qui mange de la teruma de hametz à Pessa'h, qui est exempt des paiements et de la valeur du bois, paroles de Rabbi Eliezer ben Yaakov.

Et Rabbi Elazar Hisma le rend tenu. Rabbi Eliezer ben Yaakov dit à Rabbi Elazar Hisma : quelle jouissance a-t-il en cela ?

Rabbi Elazar Hisma dit à Rabbi Eliezer ben Yaakov : quelle jouissance a-t-il, celui qui mange de la teruma impure le reste des jours de l'année, puisqu'il paie ?

📜 Rachi (3)
אֶת הַקֹּדֶשׁ מַשְׁמַע אֶת הַקֹּדֶשׁ שֶׁאָכַל אַלְמָא רָאוּי לִהְיוֹת קֹדֶשׁ הָיָה שֶׁכְּשֶׁיְּשַׁלֵּם דֻּוגְמָתָן יְהֵא שֵׁם קֹדֶשׁ חָל עָלָיו:
"Le kodash" : cela vise le kodash qu'il a mangé. On en déduit qu'il était propre à être kodash, de sorte que, lorsqu'il paiera leur équivalent, le nom de kodash prenne effet sur ce paiement.
פְּרָט לָאוֹכֵל תְּרוּמַת חָמֵץ בַּפֶּסַח שֶׁכְּשֶׁמְּשַׁלֵּם דֻּוגְמָתָן אֵין שֵׁם קֹדֶשׁ חָל עָלָיו:
À l'exclusion de celui qui mange de la teruma de hametz à Pessa'h : lorsqu'il paie leur équivalent, le nom de kodash ne prend pas effet sur ce paiement.
וְכִי מָה הֲנָאָה יֵשׁ לוֹ לַכֹּהֵן בָּהּ וּמָה הִפְסִידוּ נְהִי נָמֵי דְּלֵית לָךְ הָא דְּרָשָׁה מִיהוּ מַה יְשַׁלֵּם הוֹאִיל וְאֵין לוֹ דָּמִים:
Quelle jouissance a-t-il : le kohen, en cela, et que lui a-t-il fait perdre ? Même si tu n'acceptes pas ce derach, que paiera-t-il, puisque cela n'a pas de valeur ?
🗂️ Tossefot (1)
דָּבָר הָרָאוּי לִהְיוֹת קֹודֶשׁ פְּרָט לָאוֹכֵל תְּרוּמַת חָמֵץ פִּי' הַפָּסוּק מַשְׁמַע שֶׁיִּתֵּן לוֹ דָּבָר הָרָאוּי לִהְיוֹת קֹודֶשׁ כְּמוֹ שֶׁאָכַל וא"כ מַה שֶּׁאָכַל בָּעֵינַן דָּבָר הָרָאוּי לִהְיוֹת קֹודֶשׁ וְחָמֵץ בְּפֶסַח אֵינוֹ רָאוּי לִהְיוֹת קוֹדֶשׁ כִּדְתַנְיָא לְעֵיל אֲבָל מַפְרִישׁ חָמֵץ ד"ה אֵין קָדוֹשׁ אע"ג דִּבְכָל עִנְיָן פָּטוּר הָכָא מִתַּשְׁלוּמִין אַפֵּי' שֶׁהָיָה לָהּ שְׁעַת הַכֹּושֶׁר וּלְקַמָּן מוֹקְמָא הָא דלד"ה אֵין קָדוֹשׁ הַיְינוּ שֶׁלֹּא הָיָה לָהּ שְׁעַת הַכֹּושֶׁר אור"ת הַייְנוּ לְרַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי אֲבָל לראב"י הוֹאִיל וּסְבִירָא לֵיהּ דְּחָמֵץ בְּפֶסַח אָסוּר בַּהֲנָאָה אֲפִילּוּ הָיָה לָהּ שְׁעַת הַכֹּושֶׁר אֵין רָאוּי לִהְיוֹת קוֹדֶשׁ דְּאֵין כָּאן נְתִינָה וְהַייְנוּ דְּקָאָמַר לֵיהּ ראב"י מָה הֲנָאָה יֵשׁ לוֹ בָּהּ כְּלוֹמַר הוֹאִיל וְאֵין לוֹ הֲנָאָה בָּהּ אִית לֵיהּ לִמְעוּטֵי מִקְּרָא כִּדְפָרֵישִׁית:
Une chose propre à être kodash, à l'exclusion de celui qui mange de la teruma de hametz. Explication : le verset indique qu'il lui donnera une chose propre à être kodash, pareille à ce qu'il a mangé. Dès lors, ce qu'il a mangé doit être une chose propre à être kodash. Or le hametz à Pessa'h n'est pas propre à être kodash, comme on l'enseigne plus haut : s'il prélève du hametz, de l'avis de tous ce n'est pas consacré. Et ici, de toute manière, il est exempt des paiements, même si elle a eu une heure de validité. Plus loin, on établit que le cas où, de l'avis de tous, ce n'est pas consacré, est celui où elle n'a pas eu d'heure de validité. Rabbeinou Tam dit : cela vise Rabbi Yosse ha-Gelili. Mais pour Rabbi Eliezer ben Yaakov, puisqu'il tient que le hametz à Pessa'h est interdit à la jouissance, même si elle a eu une heure de validité, elle n'est pas propre à être kodash, car il n'y a pas de remise. Et c'est ce que Rabbi Eliezer ben Yaakov lui dit : quelle jouissance a-t-il en cela ? Autrement dit : puisqu'il n'en a aucune jouissance, il y a lieu de l'exclure du verset, comme on l'a expliqué.
💡 Explication

Seconde baraïta, même débat sous d'autres noms. Le verset "ve-natan la-kohen et ha-kodech" exige un paiement apte à devenir kodash. Rabbi Eliezer ben Yaakov en exclut la teruma de hametz à Pessa'h : l'équivalent rendu ne peut pas recevoir ce nom. Rabbi Elazar Hisma rend tenu, et reprend l'argument de la teruma impure.

Tossefot, au nom de Rabbeinou Tam : l'heure de validité ne sauve le prélèvement que dans la logique de Rabbi Yosse ha-Gelili. Pour Rabbi Eliezer ben Yaakov, le hametz interdit à la jouissance ne constitue pas une remise, même s'il a été teruma avant Pessa'h.

13
אָמַר לוֹ: לֹא! אִם אָמַרְתָּ בִּתְרוּמָה טְמֵאָה בִּשְׁאָר יְמוֹת הַשָּׁנָה, שֶׁאַף עַל פִּי שֶׁאֵין לוֹ בָּהּ הֶיתֵּר אֲכִילָה יֵשׁ לוֹ בָּהּ הֶיתֵּר הַסָּקָה, תֹּאמַר בְּזוֹ — שֶׁאֵין לוֹ בָּהּ לֹא הֶיתֵּר אֲכִילָה וְלֹא הֶיתֵּר הַסָּקָה! אָמַר לוֹ: אַף בְּזוֹ יֵשׁ לוֹ בָּהּ הֶיתֵּר הַסָּקָה, שֶׁאִם רָצָה הַכֹּהֵן — מְרִיצָהּ לִפְנֵי כַּלְבּוֹ, אוֹ מַסִּיקָהּ תַּחַת תַּבְשִׁילוֹ.

Il lui dit : non. Si tu dis cela de la teruma impure le reste des jours de l'année, où, bien qu'il n'ait pas l'autorisation de la manger, il a l'autorisation de la brûler, le diras-tu de celle-ci, où il n'a ni l'autorisation de la manger, ni l'autorisation de la brûler ?

Il lui dit : même pour celle-ci, il a l'autorisation de la brûler. Car si le kohen le veut, il la jette devant son chien, ou il la brûle sous son plat.

💡 Explication

Rabbi Eliezer ben Yaakov répète la distinction : la teruma impure se brûle, la teruma de hametz à Pessa'h non.

Rabbi Elazar Hisma refuse la prémisse. Même ce hametz a une jouissance : le kohen le jette devant son chien, ou le brûle sous son plat. Il suit Rabbi Yosse ha-Gelili, pour qui le hametz de Pessa'h est permis à la jouissance. Il y a donc une perte, et un paiement.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).