Sougya : Abaye range Rabbi Eliezer ben Yaakov, Rabbi Akiva et Rabbi Yo'hanan ben Nouri du même côté : le hametz à Pessa'h est interdit à la jouissance. Rabbi Akiva paie selon la valeur, donc rien pour une teruma de hametz.
Rabbi Yo'hanan ben Nouri paie selon la mesure, donc il rend le volume. Une baraita fixe ensuite le seuil du capital et du cinquième : le tanna kamma exige un kezayit, Abba Chaoul une peruta.
Rav Papa, qui veut les deux conditions, est réfuté. La fin du daf explique pourquoi le verset exclut l'acte délibéré de la me'ila, et pourquoi le karet puis la mort par le Ciel semblent tour à tour les plus graves.
Abaye dit : Rabbi Eliezer ben Yaakov, Rabbi Akiva et Rabbi Yo'hanan ben Nouri tiennent tous que le hametz à Pessa'h est interdit à la jouissance. Et ils divergent en ceci : Rabbi Akiva tient qu'il paie selon la valeur, et Rabbi Yo'hanan ben Nouri tient qu'il paie selon la mesure.
Abaye commente la baraita du daf précédent. Les trois tannaïm s'accordent : le hametz à Pessa'h est interdit à la jouissance. La divergence porte sur le mode de paiement d'une teruma de hametz.
Selon la valeur (damin) : Rabbi Akiva. Le hametz ne vaut rien, donc rien à payer. Selon la mesure (midda) : Rabbi Yo'hanan ben Nouri. On rend le volume mangé, capital et cinquième, même sans prix de marché.
Cela va de soi ! Que pourrais-tu dire ?
Rabbi Yo'hanan ben Nouri tient lui aussi comme Rabbi Akiva, qui dit qu'il paie selon la valeur. Et là-bas, voici la raison pour laquelle il oblige : il tient comme Rabbi Yosse HaGelili, qui dit : le hametz à Pessa'h est permis à la jouissance.
Il nous l'apprend.
Sans la phrase d'Abaye, on lirait Rabbi Yo'hanan ben Nouri comme Rabbi Akiva : paiement selon la valeur. Son obligation viendrait alors de Rabbi Yosse HaGelili, pour qui le hametz de Pessa'h a une jouissance, donc un prix. Abaye écarte cette lecture : Rabbi Yo'hanan ben Nouri interdit la jouissance, et il paie selon la mesure.
Et dis qu'il en est bien ainsi. S'il en est ainsi, que Rabbi Yo'hanan ben Nouri réponde à Rabbi Akiva comme Rabbi Elazar Hisma a répondu à Rabbi Eliezer ben Yaakov.
La réponse de Rabbi Elazar Hisma, au daf précédent, est qu'il y a un permis de chauffage : le kohen peut jeter ce hametz devant son chien ou le brûler sous son plat. Rabbi Yo'hanan ben Nouri n'a pas répondu cela à Rabbi Akiva. Il s'accorde donc sur l'interdit de jouissance.
Les Sages ont enseigné : celui qui mange un kezayit de teruma paie le capital et le cinquième. Abba Chaoul dit : jusqu'à ce qu'il y ait en lui la valeur d'une peruta.
Quelle est la raison du tanna kamma ? Le verset dit : "Et un homme, s'il mange une chose sainte par erreur", et la manducation est d'un kezayit.
Nouvelle baraita, pour la teruma du reste de l'année. Le tanna kamma fixe le seuil à un kezayit (volume d'une olive), mesure minimale d'une manducation, d'après "s'il mange". Abba Chaoul attend la valeur d'une peruta (petite pièce). Sa raison vient au segment suivant, du mot "et il donnera".
Le capital (keren) remplace la teruma. Le cinquième (homesh) s'y ajoute quand l'acte entre dans le verset de l'erreur.
Et Abba Chaoul, quelle est sa raison ? Le verset dit : "et il donnera", et il n'y a pas de donation inférieure à la valeur d'une peruta.
Et l'autre aussi, voici qu'il est écrit "il mangera" ! Celui-là vient exclure celui qui endommage.
Abba Chaoul lit "et il donnera" : une donation (netina) commence à une peruta. On lui oppose "il mangera". Il réserve ce verbe à exclure le mazik (celui qui endommage sans manger) : pas de cinquième, seulement le capital, comme pour du hullin.
Tossefot limite la peruta aux paiements, sur le modèle de la restitution d'un vol. Un grain de teruma, un ustensile de kinyan, un guet sur un objet interdit à la jouissance restent valides sans peruta. La difficulté du Ri (Rabbeinou Yitzhak) : si Rabbi Yehouda apprend le kezayit de la teruma par gezera chava, les autres donations, sans mesure, tireraient vers la rigueur, pour toute quantité.
Et le tanna kamma, voici qu'il est écrit "et il donnera" ! Celui-là lui est nécessaire pour une chose apte à être sainte (à l'exclusion de celui qui mange de la teruma de hametz à Pessa'h).
Le tanna kamma a déjà employé "il mangera" pour le kezayit. "Et il donnera" lui sert à autre chose : le paiement doit être apte à devenir saint. Cela exclut la teruma de hametz mangée à Pessa'h, dont le remplacement ne peut pas recevoir le statut de teruma.
Tossefot : "la chose sainte" seul n'écarterait que l'argent. "Et il donnera" étend l'exigence aux fruits versés au kohen.
Les Sages ont enseigné : celui qui mange de la teruma moins d'un kezayit paie le capital et ne paie pas le cinquième. Comment le cas se présente-t-il ?
S'il n'y a pas en lui la valeur d'une peruta, qu'il ne paie pas le capital non plus. Et s'il y a en lui la valeur d'une peruta, qu'il paie le cinquième aussi !
En réalité, il y a en lui la valeur d'une peruta, et même ainsi, puisqu'il n'y a pas en lui un kezayit, il paie le capital et ne paie pas le cinquième.
Les deux seuils se séparent. Le cinquième suit "il mangera", donc le kezayit. Le capital suit le dommage, donc la peruta suffit.
En année de sécheresse, le prix est haut : un volume inférieur à l'olive atteint déjà une peruta. Il paie le capital, pas le cinquième.
Les Sages l'ont dite devant Rav Papa : ceci n'est pas selon Abba Chaoul. Car si c'était selon Abba Chaoul, voici ce qu'il dit : dès lors qu'il y a en lui la valeur d'une peruta, même s'il n'y a pas en lui un kezayit.
Rav Papa leur dit : même si tu dis Abba Chaoul, Abba Chaoul exige les deux.
Les Sages lisent la baraita contre Abba Chaoul : s'il ne tenait qu'à la peruta, un volume sous le kezayit qui vaut une peruta entraînerait aussi le cinquième.
Rav Papa le défend : Abba Chaoul exige les deux conditions ensemble, le kezayit du verbe manger et la peruta de "et il donnera". La baraita peut donc rester la sienne.
Et Abba Chaoul exige-t-il les deux ? Or nous avons appris : Abba Chaoul dit : ce en quoi il y a la valeur d'une peruta, on est tenu aux paiements ; ce en quoi il n'y a pas la valeur d'une peruta, on n'est pas tenu aux paiements.
Ils lui ont dit : on n'a parlé de la valeur d'une peruta qu'au sujet de la me'ila seulement. Mais pour la teruma, on n'est tenu que lorsqu'il y a en lui un kezayit.
Et s'il en est ainsi, "dès lors qu'il y a en lui un kezayit" est ce qu'il fallait dire. Réfutation.
La michna cite Abba Chaoul sur la seule peruta. Les Sages lui répondent que la peruta ne concerne que la me'ila (profit tiré d'un hekdesh), et que la teruma attend un kezayit.
S'il avait exigé les deux, et parlé d'un cas déjà pourvu d'un kezayit, ils auraient dit : "dès le kezayit, il est tenu", même sans peruta. Leur formulation montre qu'Abba Chaoul tient sans kezayit. Tiyuvta : réfutation de Rav Papa.
Et Rav Papa aussi s'est rétracté. Car on a enseigné : "et il a fauté par erreur", à l'exclusion de l'acte délibéré.
Et n'est-ce pas un raisonnement : de même que les autres commandements pour lesquels on est passible de karet, on y exempte l'acte délibéré ; la me'ila, qui n'a pas de karet, n'est-il pas logique qu'on y exempte l'acte délibéré ?
La Guemara note que Rav Papa s'est rétracté, puis ouvre la baraita de la me'ila. "Et il a fauté par erreur" exclut le délibéré (mezid) du sacrifice.
Un kal va-homer semblait rendre le verset inutile. Les fautes passibles de karet (retranchement), comme le helev et le sang, exemptent déjà le délibéré du hatat, car le hatat est écrit pour l'erreur. La me'ila, qui n'a pas de karet, devrait l'exempter à plus forte raison.
Tossefot retourne le raisonnement par hi ha-notenet : l'absence de karet laisserait une expiation au délibéré. Les quatre cas sans karet qui apportent un sacrifice même pour le délibéré vont dans ce sens. Le Ri renvoie à la réponse du segment suivant.
Non ! Si tu dis au sujet des autres commandements, puisqu'on n'y est pas passible de mort, diras-tu au sujet de la me'ila, pour laquelle on est passible de mort !
Le verset l'enseigne : "par erreur", à l'exclusion de l'acte délibéré.
Le kal va-homer cède. Les autres commandements n'entraînent pas la mort par le Ciel. La me'ila délibérée, si. On ne transporte pas leur exemption jusqu'à elle.
Le verset "par erreur" reste donc nécessaire : il exclut le délibéré. Rachi ajoute que cette mort pourrait être plus grave que le karet. C'est le point que Rav Nahman va relever.
Et Rav Nahman bar Yitzhak dit à Rav Hiya bar Avin : ce tanna, au début le karet est fort pour lui, et à la fin la mort est forte pour lui !
Rav Nahman bar Yitzhak relève une bascule dans la même baraita. D'abord le karet est le plus grave : la me'ila, qui n'en a pas, devrait suivre à plus forte raison. Ensuite la mort par le Ciel est le plus grave : on refuse d'apprendre des fautes qui n'en comportent pas.
Et il lui dit : voici ce qu'il dit. Non !
Si tu dis au sujet des autres commandements, puisqu'on n'y est pas passible de mort pour moins d'un kezayit, diras-tu au sujet de la me'ila, pour laquelle on est passible de mort pour moins d'un kezayit. Et il lui dit : que ton esprit se repose, car tu as mis mon esprit au repos.
Et il lui dit : quel repos y a-t-il ? Car Rabba et Rav Chechet y ont jeté une hache : qui as-tu entendu dire
Rav Hiya bar Avin maintient que le karet reste le plus fort. La coupure de la baraita porte sur le volume : les autres fautes n'ont pas de mort en dessous d'un kezayit ; la me'ila, si. Rav Nahman s'en déclare apaisé.
Rav Hiya retire lui-même cet apaisement. Rabba et Rav Chechet ont jeté une hache dans la réponse : qui pose une mort sur la me'ila délibérée ? Rachi nomme Rabbi (Rabbi Yehouda HaNassi). Il l'apprend de la teruma, et la mort de la teruma, juxtaposée à "il ne mangera pas", n'existe qu'au kezayit. La phrase de la Guemara s'interrompt sur "qui as-tu entendu dire" et continue au daf suivant.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).