Pesachim 33a - Meila volontaire, et hametz sans moment de validité

Pesachim 33a

Sougya : La Guemara achève la question : qui enseigne que la meila de propos délibéré est passible de mort par le Ciel ? C'est Rabbi, par la gezera shava (analogie verbale) het-het, depuis la teruma.

Les Sages gardent l'avertissement : le mot bo exclut la meila de la mort. La même analogie imposerait un kazayit, et Rav Papa, après l'objection, se rétracte.

Mar fils de Ravna et Rav Nahman bar Yitshak relisent la baraïta : l'absence d'intention, ou l'absence d'occupation, n'exempte pas dans la meila. Le daf revient au hametz prélevé comme teruma : sans moment de validité il n'est pas consacré, et Rav Nahman distingue le grain qui a levé attaché de celui qui a levé détaché.

Meila volontaire : mort ou avertissement Teruma Ils ne porteront pas de faute et ils mourront par cela Mort par le Ciel Shiur : un kazayit mangé Meila, selon Rabbi Gezera shava : het, het Il a fauté par inadvertance Même mort par le Ciel Le kazayit suit la mort Les Sages : azhara seulement Ils tiennent la gezera shava pour l'interdit : un étranger ne mangera pas Le mot bo est un miout : la mort vise la teruma La meila reste un avertissement. Sanhédrin : c'est le principe retenu La hache, puis la rétractation Si la mort sort de la teruma, le shiur sort avec elle : un kazayit Rav Papa : Rabbi tient peut-être comme Abba Shaoul Une perouta suffit, même sans kazayit Or Rav Papa exigeait les deux. Il se rétracte
Rabbi étend à la meila volontaire la mort de la teruma, par het-het, et le kazayit suit. Les Sages s'arrêtent à l'avertissement, à cause de bo. Rav Papa se rétracte.
Deux lectures de la baraïta Mar, fils de Ravna Ein mitkaven sans intention de l'acte Chabbat : il vise le détaché et coupe l'attaché Exempt : melekhet mahshevet Meila : il vise des toisons de houlin, et se réchauffe avec des toisons d'ola Il a commis une meila Pas de miout comme Chabbat Rav Nahman bar Yitshak Ein mitasek pas occupé de l'acte Chabbat : il veut soulever le détaché, et coupe l'attaché Exempt : aucune coupe visée Meila : la main entre pour prendre un objet et s'oint d'huile consacrée Il a commis une meila Même sans aucune onction visée Les deux refusent d'étendre à la meila l'exemption des autres mitsvot. Mar parle de l'intention manquée. Rav Nahman, de l'acte auquel on ne s'occupe pas. Rabbeinou Tam : le détaché visé s'est trouvé attaché, le même objet.
Mar, fils de Ravna, oppose l'absence d'intention : détaché visé, attaché coupé, exempt ; toisons d'ola prises à la place du houlin, meila. Rav Nahman oppose l'absence d'occupation : soulever, puis couper, exempt ; main ointe d'huile consacrée, meila.
Hametz prélevé comme teruma Teruma, puis elle lève Le prélèvement était permis Le hametz vient ensuite Là se tient le débat du paiement On prélève le hametz lui-même Tous : elle n'est pas consacrée Même si la jouissance est permise Tu lui donneras, non à son feu Objection : la teruma impure Prélevée par inadvertance, elle est teruma, et pourtant on la brûle Réponse : elle a eu un moment de validité, avant l'impureté Levé attaché Avant Pessa'h il est encore en terre Reshit deganekha après le digoun Jamais de moment valide Levé détaché Il a déjà été apte à la teruma Rav Nahman : oui elle est consacrée Le beit midrach suit Rav Houna arrive Même levé détaché il dit : elle n'est pas consacrée Rachi donne déjà le contenu
Prélever une teruma qui devient hametz laisse le débat du paiement. Prélever le hametz lui-même : tous, elle n'est pas consacrée. L'impur a eu un moment de validité. Rav Nahman tient pour consacré le grain levé détaché. Rav Houna refuse aussi ce cas.
1
הֵזִיד בִּמְעִילָה בְּמִיתָה — רַבִּי הִיא, דְּתַנְיָא: הֵזִיד בִּמְעִילָה, רַבִּי אוֹמֵר: בְּמִיתָה, וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: בְּאַזְהָרָה.

La meila (jouissance d'un bien consacré) de propos délibéré est passible de mort : c'est Rabbi. Car on a enseigné : la meila de propos délibéré, Rabbi dit : par la mort ; et les Sages disent : par un avertissement (azhara).

📜 Rachi (3)
הֵזִיד בַּהֲנָאַת קֹדֶשׁ שֶׁשִּׁגְגָתָהּ מְעִילָה:
De propos délibéré : pour la jouissance d'un kodash dont l'acte commis par inadvertance constitue une meila.
ר' אוֹמֵר בְּמִיתָה כְּדִמְפָרֵשׁ גְּמַר חֵטְא חֵטְא הֲנָאַת קֹדֶשׁ מֵאֲכִילַת תְּרוּמָה כְּתִיב הָכָא וְחָטְאָה בִּשְׁגָגָה וּכְתִיב בִּתְרוּמָה לֹא יִשְׂאוּ עָלָיו חֵטְא וּמֵתוּ בוֹ וְגוֹ' (וַיִּקְרָא כ״ב:ט׳):
Rabbi dit : par la mort. Comme on l'explique : il apprend, par gezera shava het-het, la jouissance d'un kodash depuis la consommation de teruma. Il est écrit ici : "et il a fauté par inadvertance". Et il est écrit à propos de la teruma : "ils ne porteront pas de faute à cause de lui, et ils mourront par cela" (Vayikra 22, 9).
וחכ"א בְּאַזְהָרָה רַבָּנָן נָמֵי אִית לְהוּ גְּזֵירָה שָׁוָה דְּרַבִּי דְּהָא עִיקַּר מִילְּתָא דִּמְעִילָה בְּהָא גְּזֵירָה שָׁוָה גָּמְרִי בְּפֶרֶק חֲמִישִׁי דִּמְעִילָה (דַּף יח:) בַּבָּרַייְתָא גַּבֵּי פָּגַם וְנֶהֱנָה וּבְדָבָר שֶׁפָּגַם נֶהֱנֶה וּבְתָלוּשׁ מִן הַקַּרְקַע וּבְשָׁלִיחַ שֶׁעָשָׂה שְׁלִיחוּתוֹ כָּל הָנֵי מִתְּרוּמָה גָּמְרִי בָּהּ וְאַזְהָרָה נָמֵי מִתְּרוּמָה גָּמְרִי מָה אֲכִילַת תְּרוּמָה הִזְהִיר דִּכְתִיב לֹא יֹאכַל קֹודֶשׁ אַף הֲנָאַת הֶקְדֵּשׁ דִּמְעִילָה הִזְהִיר וּמִיהוּ מִיתָה לָא גָּמְרִינַן מִינָּהּ כְּדִמְפָרְשִׁי רַבָּנָן טַעְמַיְיהוּ בְּסַנְהֶדְרִין דְּמִיעֵט רַחֲמָנָא בִּתְרוּמָה וּמֵתוּ בּוֹ וְהַאי בּוֹ מִיעוּטָא בּוֹ וְלֹא בִּמְעִילָה וְכֵן עִיקָּר:
Et les Sages disent : par un avertissement. Les Sages aussi tiennent la gezera shava de Rabbi. Le principe même de la meila, on l'apprend par cette gezera shava, au cinquième chapitre de Meila (18b), dans la baraïta : celui qui déprécie et qui jouit ; une chose dont la dépréciation est la jouissance ; un objet détaché du sol ; un mandataire qui a exécuté sa mission. Tout cela, on l'apprend de la teruma. L'avertissement aussi, on l'apprend de la teruma. De même que, pour la consommation de teruma, il y a eu avertissement, puisqu'il est écrit "un étranger ne mangera pas de kodash", de même, pour la jouissance du hekdesh qui constitue une meila, il y a eu avertissement. La mort, en revanche, on ne l'apprend pas d'elle, comme les Sages expliquent leur raison dans Sanhédrin : Hachem a restreint, à propos de la teruma, "et ils mourront par cela". Ce "bo" est un miout (restriction) : par cela, et la meila en est hors du verset. Et c'est là le principe retenu.
💡 Explication

La phrase répond à la question laissée ouverte : qui enseigne que la meila volontaire entraîne la mort par le Ciel ? C'est Rabbi.

La baraïta oppose deux suites. Rabbi : mort. Les Sages : azhara, un interdit. Rachi : les deux camps tiennent la gezera shava avec la teruma. Elle fonde la meila, et elle fonde l'avertissement, sur le modèle de "un étranger ne mangera pas". Le mot bo, "par cela", restreint la mort à la teruma. Sanhédrin retient cette lecture.

2
מַאי טַעְמָא דְּרַבִּי? אָמַר רַבִּי אָבָהוּ: גָּמַר ״חֵטְא״ ״חֵטְא״ מִתְּרוּמָה. מַה תְּרוּמָה בְּמִיתָה — אַף מְעִילָה בְּמִיתָה.

Quelle est la raison de Rabbi ? Rabbi Abahou a dit : il apprend "het" "het" depuis la teruma.

De même que la teruma est passible de mort, de même la meila est passible de mort.

📜 Rachi (1)
מַאי טַעְמָא דְּרַבִּי גָּרְסִינַן:
Quelle est la raison de Rabbi : c'est la leçon que nous lisons.
💡 Explication

Het, "faute", est écrit pour la meila (Vayikra 5, 15) et pour la teruma (Vayikra 22, 9). Rabbi Abahou en fait une gezera shava : la mort écrite pour la teruma passe à la meila.

3
וּמִינָּהּ: מַה תְּרוּמָה בִּכְזַיִת אַף מְעִילָה בִּכְזַיִת!

Et de là même : de même que la teruma exige un kazayit (volume d'une olive), de même la meila exige un kazayit.

📜 Rachi (1)
וּמִינָּהּ הַייְנוּ נַרְגָּא כְּלוֹמַר וְכֵיוָן דְּמִיתָה מֵהָכָא נָפְקָא לָן עַל כָּרְחָיךְ הָכִי תֵּילַף וּמִינָּהּ מַה תְּרוּמָה מִיתָה הַכְּתֻובָּה בָּהּ אַאֲכִילָה כְּתוּבָה דְּהוּא כַּזַּיִת אַף מְעִילָה אֵין מִיתָה עַד דְּאִיכָּא כַּזַּיִת וְלֵיכָּא לְמֵימַר דִּתְנָא הָכִי תֹּאמַר בִּמְעִילָה שֶׁחִיֵּיב בָּהּ מִיתָה בְּפָחוֹת מִכְּזַיִת:
Et de là même : c'est la hache. C'est-à-dire : puisque la mort, nous la faisons sortir d'ici, tu es contraint d'apprendre ainsi, et de là même. De même que, pour la teruma, la mort qui y est écrite est écrite sur une consommation, laquelle est un kazayit, de même, pour la meila, il n'y a de mort que lorsqu'il y a un kazayit. Et l'on ne peut pas dire que le tanna enseigne ainsi : diras-tu, pour la meila, qu'on y est passible de mort pour moins d'un kazayit ?
🗂️ Tossefot (2)
וּמִינַּהּ מַה תְּרוּמָה בִּכְזַיִת אע"ג דִּבְסוֹף כָּל הַתָּדִיר (זְבָחִים צא:) וּבְפֶרֶק בָּתְרָא דִמְנָחוֹת (דַּף קז.) אִיכָּא לְמ"ד דְּרַבִּי סָבַר דּוּן מִינַּהּ וְאוֹקֵי בְּאַתְּרָהּ הָכָא אֵין לוֹמַר אוֹקֵי בְּאַתְּרָהּ מַה מְעִילָה דְּמָמוֹן שָׁוֶה פְּרוּטָה אַף מְעִילָה דַּאֲכִילָה כֵּן דְּהָא אֲכִילָה דְּהֶקְדֵּשׁ מֵאֲכִילָה דִּתְרוּמָה יָלֵיף וְהֵיאַךְ יִהְיֶה בּוֹ מִיתָה אִם לֹא כְּשִׁיעוּר אֲכִילַת תְּרוּמָה דְּבִשְׁאָר נֶהֱנֶה לֵיכָּא מִיתָה אֶלָּא אַאֲכִילָה אֲפִילּוּ לְרַבִּי דֻּומְיָא דִּתְרוּמָה וְאִם תֹּאמַר אַמַּאי אֵין מְפָרֵשׁ לֹא אִם אָמַרְתָּ בִּשְׁאָר מִצְוֹת שֶׁלֹּא חַיָּיב מִיתָה עַד דְּהָוֵי כְּזַיִת בִּכְדֵי אֲכִילַת פְּרָס תֹּאמַר בִּמְעִילָה דְּאַפֵּי' בָּעֵינַן כַּזַּיִת הָא תְּנַן בְּפֶרֶק הַנֶּהֱנֶה (מְעִילָה יח:) צֵירֵף אֶת הַמְּעִילָה אַפֵּי' לִזְמַן מְרֻובֶּה וְי"ל דְּאִיכָּא נָמֵי לְמִיפְרַךְ דְּנֵילַף מִתְּרוּמָה שֶׁלֹּא יִצְטָרֵף:
Et de là même, de même que la teruma exige un kazayit. Bien qu'à la fin de Kol ha-Tadir (Zevahim 91b) et dans le dernier chapitre de Menahot (107a) il y ait une opinion selon laquelle Rabbi tient "dun mina u-okei be-atra" (on apprend de là, et on laisse la loi à sa place), ici on ne peut pas dire "okei be-atra" : de même que la meila d'un bien d'argent est d'une perouta, de même la meila d'une consommation le serait aussi. Car la consommation du hekdesh, on l'apprend de la consommation de teruma. Comment y aurait-il une mort, sinon selon la mesure de la consommation de teruma ? Pour les autres jouissances, il n'y a pas de mort, il n'y en a que pour la consommation, même selon Rabbi, à l'image de la teruma. Et si tu dis : pourquoi n'explique-t-on pas ainsi : non, si tu dis cela pour les autres mitsvot, où l'on n'est passible de mort que lorsqu'il y a un kazayit dans le temps d'une akhilat pras (le temps de manger une demi-miche), diras-tu cela pour la meila, où, même si nous exigeons un kazayit, voici que nous avons appris au chapitre Ha-Nehéne (Meila 18b) : on cumule la meila même sur un long délai ? On peut répondre : il y a aussi à objecter que l'on apprendrait de la teruma qu'on ne cumule pas.
אַף מְעִילָה בִּכְזַיִת תֵּימַהּ לר"י דְּהָכָא מַשְׁמַע דְּמַאן דְּיָלֵיף חֵטְא חֵטְא סְבִירָא לֵיהּ דִּמְעִילָה בִּכְזַיִת כְּמוֹ תְּרוּמָה וְכֻולְּהוּ אִית לְהוּ גְּזֵירָה שָׁוָה דְּפֶרֶק הַנֶּהֱנֶה (גַּם זֶה שָׁם) יָלֵיף מְעִילָה מִתְּרוּמָה לְמִילֵּי טוּבָא וְרַבָּנָן לָא פְלִיגִי אַרַבִּי אֶלָּא לְעִנְיַן מִיתָה מִשּׁוּם דִּכְתִיב בּוֹ וְלֹא בִּמְעִילָה וְאִם כֵּן מ"ט דְּרַבָּנָן דִּלְעֵיל דְּאָמְרִי לֹא אָמַר שָׁוֶה פְּרוּטָה אֶלָּא לְעִנְיַן מְעִילָה אֲבָל בִּתְרוּמָה עַד שֶׁיְּהֵא בּוֹ כְּזַיִת:
De même la meila exige un kazayit. C'est étonnant pour le Ri. Ici, il ressort que celui qui apprend het-het tient que la meila exige un kazayit, comme la teruma. Or tous tiennent la gezera shava du chapitre Ha-Nehéne (au même endroit) : on apprend la meila depuis la teruma pour de nombreuses choses. Et les Sages ne divergent de Rabbi que sur la mort, parce qu'il est écrit "bo", et la meila en est hors du verset. Dès lors, quelle est la raison des Sages cités plus haut, qui disent : on n'a parlé de la valeur d'une perouta qu'au sujet de la meila, mais pour la teruma, jusqu'à ce qu'il y ait un kazayit ?
💡 Explication

C'est la hache jetée contre la lecture précédente. Si la mort de la meila sort de la teruma, le kazayit de la teruma sort avec elle. On ne peut plus dire que la baraïta parle d'une mort pour moins d'un kazayit.

Tossefot écartent "okei be-atra" : laisser à la meila sa perouta, mesure d'argent, alors que la mort ne vise que la consommation, calquée sur la teruma. Ils écartent aussi une autre lecture, celle du cumul sur un long délai : la teruma enseignerait justement qu'on ne cumule pas. Reste une difficulté du Ri : les Sages de la michna semblent réserver la perouta à la meila et le kazayit à la teruma, alors qu'ils tiennent eux aussi la gezera shava.

4
וּמַתְקִיף לַהּ רַב פָּפָּא: מִמַּאי דְּרַבִּי כְּרַבָּנַן סְבִירָא לֵיהּ? דִּילְמָא כְּאַבָּא שָׁאוּל סְבִירָא לֵיהּ, דְּאָמַר: יֵשׁ בָּהּ שָׁוֶה פְּרוּטָה — אַף עַל גַּב דְּלֵית בָּהּ כַּזַּיִת.

Et Rav Papa objecte : d'où tiens-tu que Rabbi tient comme les Sages ? Peut-être tient-il comme Abba Shaoul, qui a dit : s'il y a la valeur d'une perouta (petite pièce), même s'il n'y a pas un kazayit.

📜 Rachi (3)
וּמַתְקִיף לָהּ גָּרְסִינַן:
Et il objecte : c'est la leçon que nous lisons.
וּמַתְקִיף לַהּ רַב פָּפָּא לְהָנֵי דְּשָׁדוּ בֵּיהּ נַרְגָּא:
Et Rav Papa objecte : contre ceux qui y ont jeté la hache.
מִמַּאי דְּרַבִּי בִּתְרוּמָה כְּרַבָּנָן דִּפְלִיגִי אַדְּאַבָּא שָׁאוּל סְבִירָא לֵיהּ דְּבָעוּ כַּזַּיִת בִּתְרוּמָה דִּילְמָא כְּאַבָּא שָׁאוּל סְבִירָא לֵיהּ וְשַׁפִּיר מָצֵי לְמֵילַף מִינָּהּ מִיתָה בִּמְעִילָה דְּהִיא בְּשָׁוֶה פְּרוּטָה מִתְּרוּמָה אֲפִילּוּ לְפָחוֹת מִכַּזַּיִת:
D'où, pour Rabbi : pour la teruma, tient-il comme les Sages qui divergent d'Abba Shaoul, et qui exigent un kazayit pour la teruma ? Peut-être tient-il comme Abba Shaoul. Et l'on peut bien apprendre d'elle la mort pour la meila, laquelle est à la valeur d'une perouta, depuis la teruma, même pour moins d'un kazayit.
💡 Explication

La hache suppose que Rabbi, pour la teruma, exige un kazayit, comme les Sages. Rav Papa ouvre une autre possibilité : Rabbi suit Abba Shaoul. Chez lui, la valeur d'une perouta suffit, même en dessous du kazayit. La mort de la meila pourrait alors viser moins d'un kazayit, et la hache tombe.

5
וְהָא רַב פָּפָּא הוּא דְּאָמַר דְּאַבָּא שָׁאוּל תַּרְתֵּי בָּעֵי, אֶלָּא שְׁמַע מִינָּה: הָדַר בֵּיהּ.

Or c'est Rav Papa qui a dit qu'Abba Shaoul exige les deux conditions. Dès lors, apprends-en qu'il s'est rétracté.

💡 Explication

Les deux conditions sont le kazayit et la perouta. Rav Papa l'avait soutenu plus haut pour Abba Shaoul. S'il propose maintenant une lecture où la perouta suffit seule, la Guemara en conclut qu'il s'est rétracté.

6
מַר בְּרֵיהּ דְּרַבָּנָא אָמַר, הָכִי קָאָמַר: לֹא! אִם אָמַרְתָּ בִּשְׁאָר מִצְוֹת — שֶׁלֹּא עָשָׂה בָּהֶן שֶׁאֵין מִתְכַּוֵּין כְּמִתְכַּוֵּין, שֶׁאִם נִתְכַּוֵּין לַחְתֹּוךְ אֶת הַתָּלוּשׁ וְחָתַךְ אֶת הַמְחֻובָּר — שֶׁפָּטוּר, תֹּאמַר בִּמְעִילָה, שֶׁאִם נִתְכַּוֵּין לְהִתְחַמֵּם בְּגִיזֵּי חֻולִּין וְנִתְחַמֵּם בְּגִיזֵּי עוֹלָה — שֶׁמָּעַל.

Mar, fils de Ravna, a dit : voici ce qu'il dit. Non.

Si tu dis cela pour les autres mitsvot, où l'on n'a pas traité celui qui n'a pas d'intention comme celui qui a une intention, car s'il a eu l'intention de couper le détaché et qu'il a coupé l'attaché, il est exempt, le diras-tu pour la meila, où, s'il a eu l'intention de se réchauffer avec des toisons de houlin et qu'il s'est réchauffé avec des toisons d'ola (holocauste), il a commis une meila ?

📜 Rachi (3)
מַר בְּרֵיהּ דְּרַבָּנָא אָמַר הָא מַתְנִיתָא דִּלְעֵיל בְּשִׁיבּוּשָׁא אִיתְּנִי בְּבֵי מִדְרְשָׁא וְהָכִי קָאָמַר סֵיפָא לֹא אִם אָמַרְתָּ בִּשְׁאָר מִצְוֹת שֶׁכֵּן לֹא חִיֵּיב בָּהֶן קָרְבָּן בְּשׁוֹגֵג שֶׁאֵין מִתְכַּוֵּין לְאוֹתָהּ מְלָאכָה כְּשׁוֹגֵג שֶׁמִּתְכַּוֵּין לְאוֹתָהּ מְלָאכָה:
Mar, fils de Ravna, a dit : cette baraïta d'en haut a été enseignée de façon corrompue dans la maison d'étude. Et voici ce que dit la fin. Non, si tu dis cela pour les autres mitsvot, où l'on n'a pas rendu passible d'un sacrifice celui qui, par inadvertance, n'avait pas l'intention de cette melakha, comme celui qui, par inadvertance, avait l'intention de cette melakha.
שֶׁאִם נִתְכַּוֵּון לַחְתֹּוךְ אֶת הַתָּלוּשׁ שֶׁהוּא מִתְכַּוֵּין לְדָבָר הַמֻּותָּר וְחָתַךְ אֶת הַמְחֻובָּר שֶׁאֲפִילּוּ בְּשַׁבָּת פָּטוּר דִּמְלֶאכֶת מַחֲשֶׁבֶת בָּעֵינַן שֶׁיִּתְכַּוֵּין לַחֲתִיכַת מְחֻובָּר וּמִיהוּ שָׁגַג בְּשַׁבָּת שֶׁאֵינוֹ יוֹדֵעַ שֶׁהוּא שַׁבָּת אוֹ אֵינוֹ יוֹדֵעַ שֶׁהַמְּלָאכָה זוֹ אֲסוּרָה:
Car s'il a eu l'intention de couper le détaché : il a l'intention d'une chose permise, et il a coupé l'attaché. Même à Chabbat il est exempt, car nous exigeons une melakha de pensée (melekhet mahshevet) : qu'il ait l'intention de couper de l'attaché. Le shogeg (inadvertance) de Chabbat, lui, est celui qui ne sait pas que c'est Chabbat, ou qui ne sait pas que cette melakha est interdite.
תֹּאמַר בִּמְעִילָה שֶׁאִם נִתְכַּוֵּון כו' שֶׁמָּעַל כְּגוֹן הָיוּ כָּאן גִּיזֵּי חֻולִּין וְגִיזֵּי עוֹלָה וְנִתְכַּוֵּין לִיטֹּול שֶׁל חֻולִּין וְהָלְכָה יָדוֹ עַל שֶׁל עוֹלָה וּמַכִּיר הוּא מִי עוֹלָה וּמֵי חֻולִּין אֶלָּא שֶׁנִּסְתַּכֵּל בְּמָקוֹם אַחֵר דְּהַיְינוּ שֶׁאֵין מִתְכַּוֵּין לְמַעֲשֶׂה זֶה וְחַייָּב מְעִילָה דִּוְחֶטְאָה בִּשְׁגָגָה כָּל דְּהוּ כְּתִיב וְלֹא כְּתַב בָּהּ מִיעוּטָא כְּדִכְתִיב בְּשַׁבָּת מְלֶאכֶת מַחְשֶׁבֶת וּכְתִיב בִּשְׁאָר מִצְוֹת אֲשֶׁר חָטָא בָּהּ פְּרָט לַמִּתְעַסֵּק וְהַיְינוּ מִתְעַסֵּק שֶׁמִּתְעַסֵּק בְּדָבָר אַחֵר וּבָא זֶה לְיָדוֹ:
Diras-tu pour la meila, s'il a eu l'intention, etc., qu'il a commis une meila. Par exemple, il y avait ici des toisons de houlin et des toisons d'ola. Il a eu l'intention de prendre celles de houlin, et sa main est allée sur celles de l'ola. Il reconnaît lesquelles sont de l'ola et lesquelles sont de houlin, mais il a regardé ailleurs. C'est celui qui n'a pas l'intention de cet acte, et il est tenu pour la meila. Car il est écrit "et il a fauté par inadvertance", quelle qu'elle soit. On n'y a pas écrit de restriction comme il est écrit pour Chabbat, "une melakha de pensée", ni comme il est écrit pour les autres mitsvot, "ce en quoi il a fauté", ce qui exclut le mitasek (celui qui s'occupe d'autre chose). Et tel est le mitasek : il s'occupe d'une autre chose, et celle-ci lui vient en main.
🗂️ Tossefot (1)
נִתְכַּוֵּין לַחְתֹּוךְ אֶת הַתָּלוּשׁ וְחָתַךְ אֶת הַמְחֻובָּר ר"ת מְפָרֵשׁ נִמְצָא שֶׁהוּא מְחֻובָּר דְּאִי נִתְכַּוֵּון לַחְתֹּוךְ תָּלוּשׁ זֶה וְחָתַךְ מְחֻובָּר אַחֵר מַאי אִירְיָא נִתְכַּווֵּן לְתָלוּשׁ אֲפִילּוּ נִתְכַּוֵּון לַחְתֹּוךְ מְחֻובָּר זֶה וְחָתַךְ מְחֻובָּר אַחֵר פָּטוּר הוֹאִיל וְלָא אִיתְעֲבִידָא מַחְשַׁבְתּוֹ דְּתַנְיָא בְּהֶדְיָא בְּפֶרֶק סָפֵק אָכַל (כְּרִיתוֹת כ.) הָיוּ לְפָנָיו שְׁתֵּי נֵרוֹת וְנִתְכַּוֵּון לְכַבּוֹת אֶת זֶה וְכִבָּה אֶת זֶה פָּטוּר:
Il a eu l'intention de couper le détaché et il a coupé l'attaché. Rabbeinou Tam explique : il s'est trouvé que c'était attaché. Car s'il avait eu l'intention de couper ce détaché-ci et qu'il a coupé un autre, attaché, pourquoi préciser qu'il visait un détaché ? Même s'il avait eu l'intention de couper cet attaché-ci et qu'il a coupé un autre attaché, il est exempt, puisque sa pensée ne s'est pas réalisée. Car on enseigne explicitement au chapitre Safek Akhal (Keritot 20a) : il y avait devant lui deux lampes, il a eu l'intention d'éteindre celle-ci et il a éteint celle-là, il est exempt.
💡 Explication

Mar, fils de Ravna, reprend la fin de la baraïta. Pour les autres mitsvot, ein mitkaven, celui qui n'a pas visé l'acte interdit, est exempt. Il voulait couper un objet détaché, permis, et il a coupé l'attaché. Chabbat exige une melekhet mahshevet.

La meila tient même ce cas. Il visait des toisons de houlin, sa main a pris des toisons d'ola, et il a commis une meila. Rachi : le verset dit "il a fauté par inadvertance", sans le miout de Chabbat ni le miout "acher hâta bah", qui écarte le mitasek.

Rabbeinou Tam précise l'exemple de Chabbat : c'est le même objet, cru détaché, qui se trouve attaché. Viser un objet et en atteindre un autre exempte déjà, même d'attaché à attaché, comme les deux lampes de Keritot.

🖼️ Schéma
Intention manquée : Chabbat et meila Chabbat Il vise une chose permise le détaché Sa main coupe l'attaché Exempt Meila Il vise des toisons de houlin Il reconnaît les deux tas Sa main prend les toisons d'ola Meila Het bi-shegaga : toute inadvertance. Pas le miout de Chabbat, ni celui des autres mitsvot.
À Chabbat, viser le détaché et couper l'attaché exempte. Pour la meila, viser le houlin et prendre l'ola rend tenu.
7
רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק אָמַר, הָכִי קָאָמַר: לֹא! אִם אָמַרְתָּ בִּשְׁאָר מִצְוֹת, שֶׁכֵּן לֹא מִתְחַיֵּיב בָּהֶן שֶׁאֵין מִתְעַסֵּק כְּמִתְעַסֵּק, שֶׁאִם נִתְכַּוֵּין לְהַגְבִּיהַּ אֶת הַתָּלוּשׁ, וְחָתַךְ אֶת הַמְחֻובָּר — שֶׁפָּטוּר. תֹּאמַר בִּמְעִילָה, שֶׁאִם הוֹשִׁיט יָדוֹ לִכְלִי לִיטּוֹל חֵפֶץ וְסָךְ יָדוֹ בְּשֶׁמֶן שֶׁל קֹודֶשׁ — שֶׁמָּעַל.

Rav Nahman bar Yitshak a dit : voici ce qu'il dit. Non.

Si tu dis cela pour les autres mitsvot, où celui qui ne s'occupe pas de l'acte n'est pas tenu comme celui qui s'en occupe, car s'il a eu l'intention de soulever le détaché et qu'il a coupé l'attaché, il est exempt, le diras-tu pour la meila, où, s'il a tendu la main vers un récipient pour prendre un objet et qu'il s'est oint la main d'huile consacrée, il a commis une meila ?

📜 Rachi (3)
ר"נ בַּר יִצְחָק אָמַר הָא לָא הֲוָה לֵיהּ לְמִיתְנֵי דְּהָא בִּשְׁאָר מִצְוֹת נַמֵּי אִם הָיָה מִתְעַסֵּק בַּחֲתִיכָה וְאַפֵּי' בְּשֶׁל הֶיתֵּר וְעָלְתָה בְּיָדוֹ חֲתִיכַת אִיסּוּר ואע"ג דְּאֵין מִתְכַּוֵּין לְזוֹ מְלֶאכֶת מַחְשֶׁבֶת הִיא וְחַייָּב אֶלָּא הָכִי קָאָמַר לֹא אִם אָמַרְתָּ בִּשְׁאָר מִצְוֹת שֶׁכֵּן לֹא חִיֵּיב בָּהֶן שֶׁאֵין מִתְעַסֵּק בִּדְבַר הֶיתֵּר וְשָׁגַג בְּאִיסּוּר כַּיּוֹצֵא בוֹ כְּמִתְעַסֵּק בִּדְבַר הֶיתֵּר וְעָלָה בְּיָדוֹ אִיסּוּר:
Rav Nahman bar Yitshak a dit : cela, il n'aurait pas dû l'enseigner. Car pour les autres mitsvot aussi, s'il s'occupait d'une coupe, même d'une chose permise, et qu'une coupe interdite lui est venue en main, même s'il n'avait pas l'intention de celle-ci, c'est une melakha de pensée, et il est tenu. Voici plutôt ce qu'il dit. Non, si tu dis cela pour les autres mitsvot, où l'on n'a pas rendu tenu celui qui ne s'occupe pas d'une chose permise et qui a fauté sur un interdit du même genre, à l'égal de celui qui s'occupe d'une chose permise et à qui un interdit vient en main.
שֶׁאִם נִתְכַּווֵּן לְהַגְבִּיהַּ אֶת הַתָּלוּשׁ דְּהַייְנוּ אֵין מִתְעַסֵּק בַּחֲתִיכָה לְגַמְרֵי וְאַפֵּי' בְּשֶׁל הֶיתֵּר וְחָתַךְ מְחֻובָּר שֶׁפָּטוּר וְלֹא עֲשָׂאוֹ כְּמִתְעַסֵּק לַחְתֹּוךְ תָּלוּשׁ וְחָתַךְ מְחֻובָּר:
Car s'il a eu l'intention de soulever le détaché : c'est-à-dire qu'il ne s'occupe pas du tout d'une coupe, même d'une chose permise, et il a coupé de l'attaché. Il est exempt. Et on ne l'a pas traité comme celui qui s'occupe de couper un détaché et qui coupe un attaché.
תֹּאמַר בִּמְעִילָה שֶׁאִם הוֹשִׁיט יָדוֹ כו' וְלֹא הָיָה מִתְעַסֵּק בְּשׁוּם סִיכָה וַאֲפִילּוּ בְּשֶׁל הֶיתֵּר וְסָךְ יָדוֹ בְּשֶׁמֶן שֶׁל קֹודֶשׁ שֶׁמָּעַל:
Diras-tu pour la meila, s'il a tendu la main, etc. : il ne s'occupait d'aucune onction, même d'une chose permise, et il s'est oint la main d'huile consacrée. Il a commis une meila.
💡 Explication

Rav Nahman bar Yitshak change le mot. Le cas de Mar reste une melekhet mahshevet : on s'occupait de couper, même un permis, et l'interdit est venu en main. Pour les autres mitsvot, on est déjà tenu.

La baraïta parle donc du ein mitasek : il voulait seulement soulever le détaché, et le couteau a coupé l'attaché. Aucune coupe n'était visée. Il est exempt. Pour la meila, tendre la main pour prendre un objet, et s'oindre sans le vouloir d'huile consacrée, suffit : il a commis une meila, même s'il ne s'occupait d'aucune onction.

8
אָמַר מַר: בַּמֶּה דְבָרִים אֲמוּרִים — בְּמַפְרִישׁ תְּרוּמָה וְהֶחְמִיצָה, אֲבָל הִפְרִישׁ חָמֵץ תְּרוּמָה — דִּבְרֵי הַכֹּל אֵינָהּ קְדוֹשָׁה.

Le maître a dit : dans quel cas cela a-t-il été dit ? Lorsqu'il a prélevé une teruma et qu'elle est devenue hametz.

Mais s'il a prélevé du hametz comme teruma, de l'avis de tous elle n'est pas consacrée.

📜 Rachi (1)
אָמַר מָר בַּמֶּה דְּבָרִים אֲמוּרִים כּוּ' דִּבְרֵי הַכֹּל קָאָמַר וְאַפֵּי' לְמָאֵן דְּשָׁרֵי הֲנָאַת חָמֵץ בְּפֶסַח קָאָמַר:
Le maître a dit : dans quel cas cela a-t-il été dit, etc., de l'avis de tous. Il le dit, et même selon celui qui permet la jouissance du hametz à Pessa'h, il le dit.
💡 Explication

La Guemara revient à la baraïta du hametz. Le débat sur le paiement vise une teruma prélevée correctement, qui devient hametz ensuite. Si l'on prélève le hametz lui-même comme teruma, tous disent qu'elle n'est pas consacrée. Rachi : cela vaut même pour celui qui permet la jouissance du hametz à Pessa'h.

9
מְנָא הָנֵי מִילֵּי? אָמַר רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק, אֲמַר קְרָא: ״תִּתֵּן לוֹ״ — וְלֹא לְאוֹרוֹ.

D'où ces paroles ? Rav Nahman bar Yitshak a dit : le verset dit "tu lui donneras", et non à son feu.

📜 Rachi (2)
תִּתֵּן לוֹ בִּתְרוּמָה כְּתִיב רֵאשִׁית דְּגָנְךָ וְגוֹ':
Tu lui donneras : à propos de la teruma il est écrit "les prémices de ton grain", etc.
וְלֹא לְאוֹרוֹ אַפֵּי' הִיא רְאוּיָה לְהַסִּיק הוֹאִיל וְאֵינָהּ רְאוּיָה לַאֲכִילָה:
Et non à son feu : même si elle est propre à chauffer, puisqu'elle n'est pas propre à être mangée.
🗂️ Tossefot (1)
תִּתֵּן לוֹ וְלֹא לְאוּרוֹ אור"י דְּלָא אִיצְטְרִיךְ לְמִידְרַשׁ מָלוּ אֶלָּא לְר' יוֹסֵי הַגְּלִילִי דְּאִית לֵיהּ חָמֵץ מֻותָּר בַּהֲנָאָה דִּלְהָנָךְ תַּנָּאֵי דְּאָסְרִי חָמֵץ בַּהֲנָאָה נָפְקָא לָן מוֹנָתָן לַכֹּהֵן אֶת הַקֹּודֶשׁ דָּבָר הָרָאוּי לִהְיוֹת קֹודֶשׁ אוֹ מֵתָתָן לְחוּדֵיהּ שֶׁאֵין לִיתֵּן אֶלָּא מִידִי דְּשָׁרֵי בַּהֲנָאָה לְכָל הַפָּחוֹת דְּשַׁיְיכָא בֵּיהּ נְתִינָה וּלְכָךְ מַשְׁמַע לֵיהּ לְמִידְרַשׁ מֵתָתָן לוֹ דָּבָר הָרָאוּי לַאֲכִילָה וְלֹא דָּבָר שֶׁאֵין רָאוּי אֶלָּא לְאוֹרוֹ וְהַיְינוּ תְּרוּמָה טְמֵאָה דְּלָא חַזְיָא אֶלָּא לְאוֹרוֹ דְּאִיסּוּר הֲנָאָה מַתַּתָּן נָפְקָא וְאִם תֹּאמַר וּבַעַל הַגְּמָרָא דְּבָעֵי מְנָהָנֵי מִילֵּי וְהָא הָנָךְ תַּנָּאֵי דְּהַךְ בָּרַייְתָא דְּהִפְרִישׁ חָמֵץ תְּרוּמָה ד"ה אֵינָהּ קְדֻושָּׁה כֵּיוָן דִּסְבִירָא לְהוּ דְּאָסוּר בַּהֲנָאָה דָּבָר פָּשׁוּט הוּא דְּאֵינוֹ קָדוֹשׁ וּמַאי קָבָעֵי לֵיהּ יֵשׁ לוֹמַר דִּפְשִׁיטָא לֵיהּ לַגְּמָרָא דְּלָא אִיצְטְרִיךְ לְמִיתְנֵי בַּבָּרַייְתָא ד"ה אֶלָּא לְרַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי דְּמִשּׁוּם דְּהָנָךְ דַּאֲסִירִי בַּהֲנָאָה לָא אִיצְטְרִיךְ לְמִיתְנֵי וּלְהָכִי בָּעֵי מְנָהָנֵי מִילֵּי לְרַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי אִי נָמֵי רַב נַחְמָן גּוּפֵיהּ דִּמְפָרֵשׁ לוֹ וְלֹא לְאוֹרוֹ קָאָמַר מה"מ לְפִי שֶׁהָיָה פָּשׁוּט לוֹ דְּאַלִּיבָּא דכ"ע קָתָנֵי הָכִי וכה"ג אִיכָּא בְּכַמָּה דֻּוכְתֵי:
Tu lui donneras, et non à son feu. Le Ri dit : on n'a besoin d'apprendre cela de "lo" (lui) que pour Rabbi Yossi ha-Glili, qui tient que le hametz est permis en jouissance. Pour les tannaïm qui interdisent le hametz en jouissance, nous le faisons sortir de "et il donnera au kohen le kodash" : une chose propre à devenir kodash. Ou bien de "naten" (donner) seul : on ne donne qu'une chose permise en jouissance, au minimum, une chose à laquelle le don s'applique. C'est pourquoi il apprend de "titen lo" une chose propre à être mangée, et non une chose qui n'est propre qu'à son feu. Et c'est le cas de la teruma impure, qui n'est propre qu'à son feu : l'interdiction de jouissance, on la fait sortir de "naten". Et si tu dis : le maître de la Guemara demande "d'où ces paroles", or ces tannaïm de cette baraïta, "s'il a prélevé du hametz comme teruma, de l'avis de tous elle n'est pas consacrée", puisqu'ils tiennent que c'est interdit en jouissance, il est simple qu'elle n'est pas consacrée. Que demande-t-il ? On peut dire : il est évident pour la Guemara qu'on n'a enseigné dans la baraïta "de l'avis de tous" que pour Rabbi Yossi ha-Glili. Pour ceux qui l'interdisent en jouissance, l'enseignement était inutile. C'est pourquoi elle demande "d'où ces paroles" selon Rabbi Yossi ha-Glili. Ou bien : Rav Nahman lui-même, qui explique "lo", et non à son feu, est celui qui dit "d'où ces paroles", parce qu'il lui était évident que la baraïta enseigne ainsi selon l'avis de tous. Et l'on trouve de même en plusieurs endroits.
💡 Explication

Le verset de la teruma, "tu donneras" (Devarim 18, 4), est lu titen lo : à lui, au kohen, pour qu'il en jouisse en la mangeant. Velo le-oro : pas à son feu, pas un aliment bon seulement à brûler. Rachi : même un hametz qui chaufferait reste exclu, puisqu'il ne se mange pas.

Tossefot, au nom du Ri : "lo" sert à Rabbi Yossi ha-Glili, qui permet la jouissance du hametz. Chez ceux qui l'interdisent, "naten" suffit déjà : on ne donne pas une chose interdite en jouissance. La question de la Guemara vise donc Rabbi Yossi. Autre lecture : Rav Nahman pose la question parce que, pour lui, la baraïta parle selon tous les avis.

10
מֵתִיב רַב הוּנָא בְּרֵיהּ דְּרַב יְהוֹשֻׁעַ: אֵין תּוֹרְמִין מִן הַטְּמֵאָה לַטְּהוֹרָה, וְאִם תָּרַם בְּשׁוֹגֵג — תְּרוּמָתוֹ תְּרוּמָה. וְאַמַּאי? לֵימָא: ״לוֹ״ וְלֹא לְאוֹרוֹ! לָא קַשְׁיָא: הָתָם הָיְתָה לוֹ שְׁעַת הַכֹּושֶׁר, הָכָא לֹא הָיְתָה לוֹ שְׁעַת הַכֹּושֶׁר.

Rav Houna, fils de Rav Yehochoua, objecte : on ne prélève pas la teruma du produit impur pour le produit pur, et s'il a prélevé par inadvertance, sa teruma est teruma. Et pourquoi ?

Qu'on dise : "lui", et non à son feu. Il n'y a pas de difficulté.

Là, il a eu un moment de validité. Ici, il n'a pas eu de moment de validité.

📜 Rachi (3)
אֵין תּוֹרְמִין מִן הַטָּמֵא עַל הַטָּהוֹר לְכַתְּחִלָּה שֶׁמַּפְסִיד אֶת הַכֹּהֵן:
On ne prélève pas de l'impur pour le pur : à priori, car il cause une perte au kohen.
בְּשׁוֹגֵג שֶׁלֹּא יָדַע שֶׁטֶּבֶל זֶה טָמֵא:
Par inadvertance : il ne savait pas que ce tevel (produit non prélevé) était impur.
שֶׁהָיְתָה לוֹ שְׁעַת הַכֹּושֶׁר שֶׁנִּרְאֵית כְּבָר לִתְרוּמָה קֹודֶם שֶׁנִּטְמָא וְהָא דִּלְעֵיל בְּחָמֵץ שֶׁלֹּא הָיְתָה לוֹ שְׁעַת הַכֹּושֶׁר לִתְרֹום מִמֶּנּוּ דְּקֹודֶם שֶׁחָל הַפֶּסַח הָיָה מְחֻובָּר וְהֶחֱמִיץ בִּמְחֻובָּר וְכָל זְמַן חִיבּוּרוֹ לֹא הָיָה רָאוּי לָחוּל שֵׁם תְּרוּמָה עָלָיו דְּרֵאשִׁית דְּגָנְךָ כְּתִיב מִשֶּׁנִּדְגַּן וְדִיגּוּן לְשׁוֹן אֲסִיפָה וְהַעֲמָדַת כְּרִי הוּא:
Qui a eu un moment de validité : elle était déjà propre à la teruma avant de devenir impure. Et ce qui précède, pour le hametz, est le cas où il n'a pas eu de moment de validité pour en prélever. Avant que Pessa'h ne commence, il était attaché, et il a levé alors qu'il était attaché. Tant qu'il est attaché, le nom de teruma ne peut pas prendre sur lui, car il est écrit "les prémices de ton grain" : à partir du moment où il est engrangé. Et digoun désigne le ramassage et la mise en tas.
💡 Explication

La michna : prélever de l'impur pour le pur est interdit à priori, parce que le kohen ne peut pas manger. Par inadvertance, le prélèvement vaut pourtant. Cette teruma se brûle : "lo, et non à son feu" semble l'écarter.

La réponse distingue le moment de validité (sha'at ha-kosher). L'impur a d'abord été apte. Le hametz du cas, lui, a levé attaché au sol : "reshit deganekha" ne s'applique qu'après le digoun, le ramassage en tas. Tant qu'il est attaché, le nom de teruma ne peut pas prendre.

11
וּדְלֹא הָיְתָה לוֹ שְׁעַת הַכֹּושֶׁר, הֵיכִי דָמֵי? כְּגוֹן דְּאַחְמִיץ בִּמְחֻובָּר. אֲבָל אַחְמֵיץ בְּתָלוּשׁ — הָכִי נָמֵי דְּקָדְשָׁה? אֲמַר לֵיהּ: אִין, ״בִּגְזֵירַת עִירִין פִּתְגָמָא וּבְמֵאמַר קַדִּישִׁין שְׁאֵילְתָא״, וְכֵן מוֹרִין בְּבֵי מִדְרְשָׁא כְּוָותִי.

Et le cas où il n'a pas eu de moment de validité, à quoi ressemble-t-il ? Par exemple, lorsqu'il a levé alors qu'il était attaché.

Mais s'il a levé alors qu'il était détaché, ici aussi elle est consacrée ? Il lui a dit : oui.

"Par le décret des veilleurs la sentence, et par la parole des saints la demande." Et ainsi on tranche dans la maison d'étude, comme moi.

📜 Rachi (4)
עִירִין מַלְאָכִים כְּלוֹמַר תַּלְמִידֵי חֲכָמִים שֶׁהֵם כְּמַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת אָמְרִי בְּבֵית הַמִּדְרָשׁ כְּמוֹתִי דְּהָא דְּקָתָנֵי לְעֵיל אֵינָהּ קְדֻושָּׁה בְּשֶׁהֶחְמִיץ בִּמְחֻובָּר קָאָמַר:
Veilleurs : des anges. C'est-à-dire les disciples des sages, qui sont comme les anges du service. Ils disent dans la maison d'étude comme moi. Ce que l'on enseigne plus haut, "elle n'est pas consacrée", parle du cas où il a levé alors qu'il était attaché.
וּבְמַאֲמַר קַדִּישִׁין שְׁאֵילְתָא מִקְרָא הוּא בְּדָנִיֵּאל:
Et par la parole des saints la demande : c'est un verset dans Daniel.
מוֹרִין מוֹרִין הוֹרָאָה:
On tranche : ils rendent une décision.
כְּווָתִי כְּמוֹתִי:
Comme moi : comme moi.
🪔 Ben Yehoyada (2)
אַחְמֵיץ בְּתָלוּשׁ, הָכִי נָמֵי דְּקִדְּשָׁהּ? אֲמַר לֵיהּ: אִין, (דָּנִיֵּאל ד, יד) "בִּגְזֵרַת עִירִין פִּתְגָמָא וּמֵאמַר קַדִּישִׁין שְׁאֵלְתָא". פָּסוּק זֶה נֶאֱמַר עַל מַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת וְאָמְרוּ כָּאן עַל הַחֲכָמִים לוֹמַר שֶׁהֵם לוֹמְדִים תּוֹרָה לִשְׁמָהּ כִּי רָאשֵׁי תֵּיבוֹת ב גְּזֵרַת ע יָרִין ע"ב הוּא שֵׁם הֲוָיָ"ה בְּמִלּוּי יוֹדִין וְרָאשֵׁי תֵּיבוֹת פ תֻּגְמָא ו מַאֲמַר ק דִּישִׁין קוּ"ף וְאָמְרוּ בַּגְּמָרָא (שַׁבָּת קד.) קוֹף זֶה שְׁמוֹ שֶׁל הקב"ה דְּשֵׁם הוי"ה בְּהַכָּאָה עוֹלֶה מָקוֹם מִסְפַּר 'קוֹף' [בְּהַכָּאָה עִנְיָנוֹ שֶׁכּוֹפְלִים כָּל אוֹת בְּעַצְמָהּ: י×י = 100, ה×ה = 25, ו×ו = 36, ה×ה = 25. סַךְ הַכֹּל קפו - 186] , וְרֹאשׁ ש אַלְתָּא ש' רֶמֶז לְשֵׁם אֱלֹקִים בְּמִלּוּי יוֹדִין שֶׁעוֹלֶה ש' [אָלֶ״ף לָמֶ״ד ה״י יוּ״ד מֵ״ם = 300] וְנִמְצָא בְּרֹאשׁ הַפָּסוּק נִרְמַז שֵׁם הֲוָיָ"ה בְּמִלּוּי יוֹדִין שֶׁעוֹלֶה ע " ב וּבְסוֹפוֹ שֵׁם אֱלֹקִים דְּיוֹדִין שֶׁעוֹלֶה שֶׁ ' וְצֵירוּף שְׁנֵיהֶם שֶׁבַע שֶׁהֵם שִׁבְעִים מִלְחָמָה שֶׁל תּוֹרָה שֶׁהִיא שִׁבְעָה כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ חֲזַ"ל עַל פָּסוּק 'חָצְבָה עַמּוּדֶיהָ שִׁבְעָה' (מִשְׁלֵי ט, א) וְעַל יְדֵי כָּךְ רוּחַ ה' דִּבֵּר בָּם וּמִלָּתוֹ עַל לְשׁוֹנָם כְּמַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת לָכֵן קָרָא הַכָּתוּב הַזֶּה עֲלֵיהֶם. וְהִנֵּה רַשִׁ"י זַ"ל פֵּירֵשׁ 'וּמַאֲמָר קַדִּישִׁין שְׁאֵלְתָא' פָּסוּק הוּא בְּדָנִיֵּאל, וְכַוָּנָתוֹ לוֹמַר אַל תַּחְשֹׁוב שֶׁדְּבָרִים אֵלּוּ הֵם מַעֲנֵה פִּיו שֶׁל הַמֵּשִׁיב שֶׁסִּידֵּר מִדַּעְתּוֹ לְשׁוֹן מְלִיצָה זוֹ. אַךְ קָשֶׁה הֲוָה לֵיהּ לְרַשִׁ"י לוֹמַר דְּבָרָיו אֵלּוּ עַל הַתְחָלַת הַכָּתוּב 'בִּגְזֵרַת עִירִין'? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּתֵיבַת 'שְׁאֵלְתָא' בִּפְשׁוּטוֹ שֶׁל מִקְרָא הוּא רוֹצֶה לוֹמַר 'גְּזֵרָה' וְקָשֶׁה אֵיךְ קָרֵי לֵיהּ שְׁאֵלְתָא שֶׁהוּא לְשׁוֹן 'שְׁאֵלָה'? אַךְ בְּבֵיאוּר דָּנִיֵּאל פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י זַ"ל 'דְּעַל יְדֵי דְּנִמְלָכִים בהקב"ה קֹודֶם שֶׁיִּגְזְרוּ הַגְּזֵרָה לְהָכִי קָרֵי אוֹתָהּ שְׁאֵלְתָא' עַייֵּן שָׁם. וְזֶה תִּינַח בִּפְשַׁט הַמִּקְרָא שֶׁהוּא מְדַבֵּר בַּמַּלְאָכִים שֶׁהֵם אֵין גּוֹזְרִים אֶלָּא עַד שֶׁיִּשְׁאֲלוּ תְּחִלָּה מהקב"ה אֲבָל כָּאן שֶׁאָמַר דָּבָר זֶה עַל הַחֲכָמִים אֵיךְ יִתְיַישֵּׁב דָּבָר זֶה? דְּבִשְׁלָמָא מַה שֶׁאָמַר 'בִּגְזֵרַת עִירִין' שַׁייָּךְ זֶה אֵצֶל הַחֲכָמִים שֶׁדּוֹמִין לְמַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת וּלְהָכִי קָרֵי לְהוּ עִירִין וּכְמוֹ שֶׁפֵּירֵשׁ רַשִׁ"י, אֲבָל חֲלֻוקָּה הַשֵּׁנִית ב'מַאֲמַר קַדִּישִׁין שְׁאֵלְתָא' לֹא שַׁייָּךְ בְּהוּ זֶה כִּי מַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת שׁוֹאֲלִין תְּחִלָּה וְאַחַר כָּךְ גּוֹזְרִין כְּמוֹ שֶׁכָּתַב בְּבֵיאוּר דָּנִיֵּאל, וּבַחֲכָמִים לֵיכָּא הָכִי! לְכָךְ בָּא רַשִׁ"י לְתַקֵּן זֶה הַדִּקְדּוּק בְּמַה שֶׁאָמַר 'מִקְרָא הוּא בְּדָנִיֵּאל' כְּלוֹמַר מַה דְּנָקֵיט עַל הַחֲכָמִים הוּא חֲלֻוקָּה הָרִאשׁוֹנָה שֶׁל 'בִּגְזֵרַת עִירִין פִּתְגָמָא' וּמַה שֶׁסִּיֵּים בִּדְבָרָיו גַּם חֲלֻוקָּה הַשֵּׁנִית שֶׁל ב'מַאֲמָר קַדִּישִׁין שְׁאֵלְתָא' הַייְנוּ מִפְּנֵי כִּי דָּבָר זֶה הוּא מִקְרָא בְּדָנִיֵּאל וּלְכָךְ קְרָא. עֲלֵיהֶם כָּל הַפָּסוּק כֻּולּוֹ עַד סוֹפוֹ.
Il a levé à l'état détaché : ici aussi, est-elle consacrée ? Il lui a dit : oui. (Daniel 4, 14) "Par le décret des veilleurs la sentence, et par la parole des saints la demande." Ce verset est dit au sujet des anges du service, et on l'applique ici aux sages, pour dire qu'ils étudient la Torah pour elle-même (lishma). Les initiales de "bi-gezerat irin" sont bet et ayin, soit ayin-bet, 72, valeur du Nom de ה' en milouï de youdin. Les initiales de "pitgama u-maamar kadishin" sont les lettres de kof. Et l'on a dit dans la Guemara (Chabbat 104a) : kof est un nom de Hakadosh baroukh Hou. Car le Nom de ה', par la frappe, atteint la valeur de makom, liée au nombre de kof. La frappe consiste à multiplier chaque lettre par elle-même : yod fois yod égale 100, hé fois hé égale 25, vav fois vav égale 36, hé fois hé égale 25. Le total est 186. L'initiale de "she'elta", chin, fait allusion au nom אֱ-לֹהִים en milouï de youdin, qui vaut chin, 300. Les lettres épelées, alef, lamed, hé, yod, mem, donnent 300. Au début du verset est donc visé le Nom de ה' en milouï de youdin, qui vaut 72, et à la fin le nom אֱ-לֹהִים de youdin, qui vaut 300. Leur réunion est sheva, et ce sont soixante-dix : la guerre de la Torah, laquelle est sept, comme les Hazal l'ont dit sur le verset "elle a taillé ses sept piliers" (Mishlei 9, 1). Par cela, l'esprit de ה' a parlé en eux, et Sa parole est sur leur langue, comme les anges du service. C'est pourquoi ce verset a été appelé sur eux. Or Rachi a expliqué "et par la parole des saints, la demande" : c'est un verset dans Daniel. Son intention : écarter l'idée d'une réponse que le répondant aurait composée de lui-même, dans un langage arrangé. Une difficulté demeure : Rachi aurait dû placer ces mots sur le début du verset, "par le décret des veilleurs". Il me semble, avec l'aide du Ciel : le mot she'elta, dans le sens simple du verset, signifie "décret". Et une difficulté : comment l'appelle-t-on she'elta, mot qui vient de "question" ? Dans le commentaire de Daniel, Rachi a expliqué : parce qu'ils prennent conseil auprès de Hakadosh baroukh Hou avant de décréter le décret, on l'appelle she'elta. Vois là-bas. Cela se tient pour le sens simple du verset, qui parle des anges : ils ne décrètent qu'après avoir d'abord demandé à Hakadosh baroukh Hou. Ici, où l'on a dit cela au sujet des sages, comment cela se tient-il ? Certes, "par le décret des veilleurs" s'applique aux sages, qui ressemblent aux anges du service, et c'est pourquoi on les appelle veilleurs, comme Rachi l'a expliqué. La seconde partie, "par la parole des saints, la demande", ne s'applique pas à eux. Les anges du service demandent d'abord, puis décrètent, comme il est écrit dans le commentaire de Daniel, Chez les sages, la demande avant le décret n'a pas lieu. C'est pourquoi Rachi règle ce point en disant "c'est un verset dans Daniel". Ce qu'il retient au sujet des sages, c'est la première partie, "par le décret des veilleurs, la sentence". S'il achève aussi par la seconde partie, "par la parole des saints, la demande", c'est parce que ces mots sont un verset de Daniel, et c'est pourquoi il a récité sur eux le verset entier, jusqu'à la fin.
וְהִלְכְתָא אֲבִי הַבֵּן מְבָרֵךְ שְׁתַּיִם. נִרְאֶה לִי בס"ד אֵין זֶה מִדִּבְרֵי הַגְּמָרָא אֶלָּא הֵם דִּבְרֵי רַבָּנָן אֲשֶׁר בְּבֵית הַמִּדְרָשׁ דְּאָמְרוּ לוֹ לְרַבִּי שֶׁמְּלַאי דְּהַסְּבָרָא מְחַייֶּבֶת לְבָרֵךְ אֲבִי הַבֵּן שְׁתַּיִם וְהָכִי קִבַּלְנוּ הִלְכְתָא. וְכַיּוֹצֵא בָּזֶה אִיתָא לְעֵיל דַּף ל"ג הַחִטִּין בְּתָלוּשׁ הָכִי נָמֵי דְּקָדְשָׁה אֲמַר לוֹ אִין בִּגְזֵרַת עִירִין פִּתְגָמָא וּמֵאמַר קַדִּישִׁין שְׁאֵלְתָא, וְכֵן מוֹרִין בְּבֵי מִדְרְשָׁא כְּוָותִי."
Et la halakha : le père de l'enfant récite deux bénédictions. Il me semble, avec l'aide du Ciel : ces mots sont ceux des maîtres de la maison d'étude. Ils ont dit à Rabbi Simlaï que le raisonnement oblige le père de l'enfant à réciter deux bénédictions, et c'est ainsi que nous avons reçu la halakha. Et l'on trouve de même plus haut, au daf 33 : le blé, à l'état détaché, est-il lui aussi consacré ? Il lui a dit : oui, par le décret des veilleurs la sentence, et par la parole des saints la demande. Et ainsi on tranche dans la maison d'étude, comme moi.
💡 Explication

Le "sans moment de validité" ne couvre que le hametz qui a levé attaché. S'il a levé détaché, il a déjà été apte, comme la teruma devenue impure ensuite. Rav Nahman répond oui : ce prélèvement consacre. Il cite Daniel 4, 14 : les sages, comparés aux veilleurs, tranchent comme lui dans le beit midrach.

Rachi limite ainsi la baraïta "elle n'est pas consacrée" au seul cas attaché. "Morin" signifie qu'ils rendent la décision. "Kevoti" : comme moi.

🖼️ Schéma
Où le hametz n'a jamais été apte Attaché Encore en terre à l'entrée de Pessa'h Le nom de teruma ne peut pas prendre Digoun : ramassage et mise en tas Détaché Déjà en tas avant de lever Il a eu un moment où la teruma pouvait prendre Reshit deganekha : les prémices de ton grain, une fois engrangé. Rav Nahman : le cas détaché est consacré. Le beit midrach tranche comme lui.
Attaché à l'entrée de Pessa'h, le grain ne peut pas recevoir la teruma. Détaché et déjà en tas, il a eu un moment de validité.
12
כִּי אֲתָא רַב הוּנָא בְּרֵיהּ דְּרַב יְהוֹשֻׁעַ,

Lorsque Rav Houna, fils de Rav Yehochoua, vint,

📜 Rachi (1)
רַב הוּנָא בְּרֵיהּ דְּרַב יְהוֹשֻׁעַ אָמַר אֲפִילּוּ בְּשֶׁהֶחְמִיץ בְּתָלוּשׁ נָמֵי קָאָמַר דְּאֵינָהּ קְדֻושָּׁה:
Rav Houna, fils de Rav Yehochoua, a dit : même lorsqu'il a levé à l'état détaché, il dit aussi qu'elle n'est pas consacrée.
💡 Explication

La phrase ne fait ici que s'ouvrir. Rachi en donne déjà le contenu : même le hametz qui a levé détaché, Rav Houna dit qu'il n'est pas consacré.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).