Sougya : La Guemara achève la question : qui enseigne que la meila de propos délibéré est passible de mort par le Ciel ? C'est Rabbi, par la gezera shava (analogie verbale) het-het, depuis la teruma.
Les Sages gardent l'avertissement : le mot bo exclut la meila de la mort. La même analogie imposerait un kazayit, et Rav Papa, après l'objection, se rétracte.
Mar fils de Ravna et Rav Nahman bar Yitshak relisent la baraïta : l'absence d'intention, ou l'absence d'occupation, n'exempte pas dans la meila. Le daf revient au hametz prélevé comme teruma : sans moment de validité il n'est pas consacré, et Rav Nahman distingue le grain qui a levé attaché de celui qui a levé détaché.
La meila (jouissance d'un bien consacré) de propos délibéré est passible de mort : c'est Rabbi. Car on a enseigné : la meila de propos délibéré, Rabbi dit : par la mort ; et les Sages disent : par un avertissement (azhara).
La phrase répond à la question laissée ouverte : qui enseigne que la meila volontaire entraîne la mort par le Ciel ? C'est Rabbi.
La baraïta oppose deux suites. Rabbi : mort. Les Sages : azhara, un interdit. Rachi : les deux camps tiennent la gezera shava avec la teruma. Elle fonde la meila, et elle fonde l'avertissement, sur le modèle de "un étranger ne mangera pas". Le mot bo, "par cela", restreint la mort à la teruma. Sanhédrin retient cette lecture.
Quelle est la raison de Rabbi ? Rabbi Abahou a dit : il apprend "het" "het" depuis la teruma.
De même que la teruma est passible de mort, de même la meila est passible de mort.
Het, "faute", est écrit pour la meila (Vayikra 5, 15) et pour la teruma (Vayikra 22, 9). Rabbi Abahou en fait une gezera shava : la mort écrite pour la teruma passe à la meila.
Et de là même : de même que la teruma exige un kazayit (volume d'une olive), de même la meila exige un kazayit.
C'est la hache jetée contre la lecture précédente. Si la mort de la meila sort de la teruma, le kazayit de la teruma sort avec elle. On ne peut plus dire que la baraïta parle d'une mort pour moins d'un kazayit.
Tossefot écartent "okei be-atra" : laisser à la meila sa perouta, mesure d'argent, alors que la mort ne vise que la consommation, calquée sur la teruma. Ils écartent aussi une autre lecture, celle du cumul sur un long délai : la teruma enseignerait justement qu'on ne cumule pas. Reste une difficulté du Ri : les Sages de la michna semblent réserver la perouta à la meila et le kazayit à la teruma, alors qu'ils tiennent eux aussi la gezera shava.
Et Rav Papa objecte : d'où tiens-tu que Rabbi tient comme les Sages ? Peut-être tient-il comme Abba Shaoul, qui a dit : s'il y a la valeur d'une perouta (petite pièce), même s'il n'y a pas un kazayit.
La hache suppose que Rabbi, pour la teruma, exige un kazayit, comme les Sages. Rav Papa ouvre une autre possibilité : Rabbi suit Abba Shaoul. Chez lui, la valeur d'une perouta suffit, même en dessous du kazayit. La mort de la meila pourrait alors viser moins d'un kazayit, et la hache tombe.
Or c'est Rav Papa qui a dit qu'Abba Shaoul exige les deux conditions. Dès lors, apprends-en qu'il s'est rétracté.
Les deux conditions sont le kazayit et la perouta. Rav Papa l'avait soutenu plus haut pour Abba Shaoul. S'il propose maintenant une lecture où la perouta suffit seule, la Guemara en conclut qu'il s'est rétracté.
Mar, fils de Ravna, a dit : voici ce qu'il dit. Non.
Si tu dis cela pour les autres mitsvot, où l'on n'a pas traité celui qui n'a pas d'intention comme celui qui a une intention, car s'il a eu l'intention de couper le détaché et qu'il a coupé l'attaché, il est exempt, le diras-tu pour la meila, où, s'il a eu l'intention de se réchauffer avec des toisons de houlin et qu'il s'est réchauffé avec des toisons d'ola (holocauste), il a commis une meila ?
Mar, fils de Ravna, reprend la fin de la baraïta. Pour les autres mitsvot, ein mitkaven, celui qui n'a pas visé l'acte interdit, est exempt. Il voulait couper un objet détaché, permis, et il a coupé l'attaché. Chabbat exige une melekhet mahshevet.
La meila tient même ce cas. Il visait des toisons de houlin, sa main a pris des toisons d'ola, et il a commis une meila. Rachi : le verset dit "il a fauté par inadvertance", sans le miout de Chabbat ni le miout "acher hâta bah", qui écarte le mitasek.
Rabbeinou Tam précise l'exemple de Chabbat : c'est le même objet, cru détaché, qui se trouve attaché. Viser un objet et en atteindre un autre exempte déjà, même d'attaché à attaché, comme les deux lampes de Keritot.
Rav Nahman bar Yitshak a dit : voici ce qu'il dit. Non.
Si tu dis cela pour les autres mitsvot, où celui qui ne s'occupe pas de l'acte n'est pas tenu comme celui qui s'en occupe, car s'il a eu l'intention de soulever le détaché et qu'il a coupé l'attaché, il est exempt, le diras-tu pour la meila, où, s'il a tendu la main vers un récipient pour prendre un objet et qu'il s'est oint la main d'huile consacrée, il a commis une meila ?
Rav Nahman bar Yitshak change le mot. Le cas de Mar reste une melekhet mahshevet : on s'occupait de couper, même un permis, et l'interdit est venu en main. Pour les autres mitsvot, on est déjà tenu.
La baraïta parle donc du ein mitasek : il voulait seulement soulever le détaché, et le couteau a coupé l'attaché. Aucune coupe n'était visée. Il est exempt. Pour la meila, tendre la main pour prendre un objet, et s'oindre sans le vouloir d'huile consacrée, suffit : il a commis une meila, même s'il ne s'occupait d'aucune onction.
Le maître a dit : dans quel cas cela a-t-il été dit ? Lorsqu'il a prélevé une teruma et qu'elle est devenue hametz.
Mais s'il a prélevé du hametz comme teruma, de l'avis de tous elle n'est pas consacrée.
La Guemara revient à la baraïta du hametz. Le débat sur le paiement vise une teruma prélevée correctement, qui devient hametz ensuite. Si l'on prélève le hametz lui-même comme teruma, tous disent qu'elle n'est pas consacrée. Rachi : cela vaut même pour celui qui permet la jouissance du hametz à Pessa'h.
D'où ces paroles ? Rav Nahman bar Yitshak a dit : le verset dit "tu lui donneras", et non à son feu.
Le verset de la teruma, "tu donneras" (Devarim 18, 4), est lu titen lo : à lui, au kohen, pour qu'il en jouisse en la mangeant. Velo le-oro : pas à son feu, pas un aliment bon seulement à brûler. Rachi : même un hametz qui chaufferait reste exclu, puisqu'il ne se mange pas.
Tossefot, au nom du Ri : "lo" sert à Rabbi Yossi ha-Glili, qui permet la jouissance du hametz. Chez ceux qui l'interdisent, "naten" suffit déjà : on ne donne pas une chose interdite en jouissance. La question de la Guemara vise donc Rabbi Yossi. Autre lecture : Rav Nahman pose la question parce que, pour lui, la baraïta parle selon tous les avis.
Rav Houna, fils de Rav Yehochoua, objecte : on ne prélève pas la teruma du produit impur pour le produit pur, et s'il a prélevé par inadvertance, sa teruma est teruma. Et pourquoi ?
Qu'on dise : "lui", et non à son feu. Il n'y a pas de difficulté.
Là, il a eu un moment de validité. Ici, il n'a pas eu de moment de validité.
La michna : prélever de l'impur pour le pur est interdit à priori, parce que le kohen ne peut pas manger. Par inadvertance, le prélèvement vaut pourtant. Cette teruma se brûle : "lo, et non à son feu" semble l'écarter.
La réponse distingue le moment de validité (sha'at ha-kosher). L'impur a d'abord été apte. Le hametz du cas, lui, a levé attaché au sol : "reshit deganekha" ne s'applique qu'après le digoun, le ramassage en tas. Tant qu'il est attaché, le nom de teruma ne peut pas prendre.
Et le cas où il n'a pas eu de moment de validité, à quoi ressemble-t-il ? Par exemple, lorsqu'il a levé alors qu'il était attaché.
Mais s'il a levé alors qu'il était détaché, ici aussi elle est consacrée ? Il lui a dit : oui.
"Par le décret des veilleurs la sentence, et par la parole des saints la demande." Et ainsi on tranche dans la maison d'étude, comme moi.
Le "sans moment de validité" ne couvre que le hametz qui a levé attaché. S'il a levé détaché, il a déjà été apte, comme la teruma devenue impure ensuite. Rav Nahman répond oui : ce prélèvement consacre. Il cite Daniel 4, 14 : les sages, comparés aux veilleurs, tranchent comme lui dans le beit midrach.
Rachi limite ainsi la baraïta "elle n'est pas consacrée" au seul cas attaché. "Morin" signifie qu'ils rendent la décision. "Kevoti" : comme moi.
Lorsque Rav Houna, fils de Rav Yehochoua, vint,
La phrase ne fait ici que s'ouvrir. Rachi en donne déjà le contenu : même le hametz qui a levé détaché, Rav Houna dit qu'il n'est pas consacré.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).