Pesachim 34a - Teruma impure : combustible, plants, et heseah ha-daat

Pesachim 34a

Sougya : Le daf ouvre sur le blé de teruma impure employé comme combustible : Rav Ashi n'admet que le blé déjà échaudé et rendu répugnant, et Abba Shaoul, pétrisseur de la maison de Rabbi, s'en sert pour chauffer l'eau du pétrissage en pureté. La Guemara passe aux plants de teruma impurs replantés : ils ne rendent plus impur, et restent interdits à manger.

Rabba vise par là les zarim, les pousses restant teruma, lecture déjà connue, même pour les pousses des pousses d'une semence qui ne se détruit pas. Rav Sheshet vise les kohanim, disqualifiés par le heseah ha-daat.

Rabbi Yo'hanan tient ce pesul pour un souci d'impureté, de sorte qu'on écouterait Eliyahou s'il déclarait l'objet pur, tandis que Rabbi Shimon ben Lakish y voit un pesul dans la chose elle-même, et l'objection du lul, où les hatat ha-of attendent l'ibbur tsura, vient appuyer la première lecture.

Blé de teruma impure, employé comme combustible Rav Houna : le pain seulement Le pain, jeté parmi les bûches, devient répugnant. On peut allumer avec. Le blé, même jeté, se mange encore. Interdit : crainte de takala avant et pendant la cuisson Rabbi Yo'hanan : même le blé On le fait bouillir : shelikta. Puis on le jette aux bûches : me'isata, il devient répugnant. Rav Ashi : les deux ensemble Ici de même, pour le blé que Rabbi Yo'hanan permet Où Rav Ashi l'a dit : Abba Shaoul Pétrisseur de la maison de Rabbi. On achète aux kohanim, à bas prix, du blé de teruma impure, et l'on chauffe avec lui l'eau du pétrissage. Rabbi mange le hullin en pureté. Le blé bouilli est sorti de la catégorie d'aliment : il ne rend pas la pâte impure. Rabbeinou Tam : cette jouissance qui use le blé est pour les kohanim de la maison. Un Israël n'a que la jouissance sans consommation. La même réponse clôt la question : shelikta u-me'isata.
Rav Houna n'admet comme combustible que le pain devenu répugnant. Rabbi Yohanan admet le blé une fois échaudé et jeté parmi les bûches. Abba Shaoul chauffe ainsi l'eau du pétrissage.
Plants de teruma impurs, une fois replantés Michna : on les a plantés Attachés au sol, ils sortent de la catégorie d'aliment. Ils ne rendent plus impur. Ils restent interdits à manger. Rava bar Matana S'ils ne rendent plus impur, pourquoi l'interdit de les manger ? Rabba Interdits aux zarim. Le nom de teruma reste. Pousses de teruma : teruma. Déjà enseigné, même pour les pousses des pousses. Rav Sheshet Interdits aux kohanim. À l'impureté, on a cessé de les garder. Pesul : heseah ha-daat Les élèves s'étaient tus Pourquoi la lecture de Rabba tombe Semence qui se détruit, blé : les pousses de tevel sont permises. Semence qui ne se détruit pas : même les pousses des pousses restent interdites. La michna des plants n'apprendrait rien de neuf. Ils se taisent. Rav Sheshet répond sur un autre plan : l'interdit vise les kohanim.
Les plants replantés ne rendent plus impur, et restent interdits à manger. Rabba vise les zarim. Cette lecture est déjà connue. Rav Sheshet vise les kohanim, par le heseah ha-daat.
Heseah ha-daat : deux pesulim Rabbi Yo'hanan Pesul tuma On craint qu'une impureté ait touché pendant l'oubli de la garde. Eliyahou dit : rien ne l'a touchée. On l'écoute. Planter purifie même une impureté certaine. Le doute tombe avec elle. D'où l'attente au lul : peur de brûler du pur. Rabbi Shimon ben Lakish Pesul ha-guf Maala des kodashim. Le pesul tient dans la chose elle-même. Eliyahou dit : rien ne l'a touchée. On ne l'écoute pas. Planter ne retire pas ce nom de pesul. Les plants restent interdits aux kohanim. Pourquoi attendre, alors ? L'objection : le petit lul Entre la rampe et l'autel, à l'ouest de la rampe, on jette les hatat ha-of disqualifiées. On attend l'ibbur tsura, une nuit. Elles deviennent notar, puis elles sortent vers la combustion. L'attente ne se comprend que si le pesul est un doute d'impureté.
Rabbi Yohanan : souci d'impureté, on écouterait Eliyahou, et l'attente au lul protège des kodashim purs. Rabbi Shimon ben Lakish : pesul dans la chose, planter ne l'enlève pas.
1
בִּשְׁלִיקָתָא וּמְאִיסָתָא, הָכִי נָמֵי בִּשְׁלִיקָתָא וּמְאִיסָתָא. וְהֵיכָא אִיתְּמַר דְּרַב אָשֵׁי? אַהָא דְּאָמַר רַבִּי אָבִין בַּר רַב אַחָא אָמַר רַבִּי יִצְחָק: אַבָּא שָׁאוּל גַּבָּל שֶׁל בֵּית רַבִּי הָיָה, וְהָיוּ מְחַמִּין לוֹ חַמִּין בְּחִיטִּין שֶׁל תְּרוּמָה טְמֵאָה לָלוּשׁ בָּהֶן עִיסָּה בְּטָהֳרָה. אַמַּאי? נֵיחוּשׁ דִּילְמָא אָתֵי בְּהוּ לִידֵי תַקָּלָה! אָמַר רַב אַשִּׁי: בִּשְׁלִיקָתָא וּמְאִיסָתָא.

Avec du blé échaudé et répugnant. Ici de même, avec du blé échaudé et répugnant.

Et où a-t-on dit le propos de Rav Ashi ? Sur ceci.

Rabbi Avin bar Rav Aha a dit que Rabbi Yitshak a dit : Abba Shaoul était le pétrisseur de la maison de Rabbi, et l'on chauffait pour lui de l'eau avec du blé de teruma impure, pour en pétrir une pâte en pureté. Pourquoi ?

Craignons qu'on en vienne, par ce blé, à une takala (occasion de faute) ! Rav Ashi a dit : avec du blé échaudé et répugnant.

📜 Rachi (3)
בִּשְׁלִיקָתָא וּמְאִיסָתָא לְאַחַר שֶׁנִּטְמְאוּ שׁוֹלְקָן וְאַחַ"כּ זוֹרְקָן לְבֵין הָעֵצִים וְהֵן נִמְאָסוֹת וְרַב הוּנָא חָיֵישׁ דִּלְמָא אָכֵיל לָהּ מִקַּמֵּי דְּלִישְׁלְקִינְהוּ אוֹ בְּשָׁעָה שֶׁשּׁוֹלְקָן:
Avec du blé échaudé et répugnant : après qu'ils sont devenus impurs, on les fait bouillir, puis on les jette parmi les bûches, et ils deviennent répugnants. Rav Houna craint qu'on ne les mange avant de les faire bouillir, ou pendant qu'on les fait bouillir.
וְהָיוּ מְחַמִּין לוֹ חַמִּין בְּחִיטִּין שֶׁל תְּרוּמָה טְמֵאָה שֶׁהָיוּ לוֹקְחִין אוֹתָם מִכֹּהֲנִים בְּזוֹל:
Et l'on chauffait pour lui de l'eau avec du blé de teruma impure : on achetait ce blé aux kohanim à bas prix.
לָלוּשׁ בָּהֶן עִיסָּה בְּטָהֳרָה כְּלוֹמַר אע"פ שֶׁרַבִּי אוֹכֵל חֻולִּין בְּטָהֳרָה הָיָה לָא חָיֵישׁ דִּילְמָא נָגְעוּ הָנֵי חִטִּים טְמֵאִים בָּעִיסָּה דְּבָטְלוּ לְהוּ מִתּוֹרַת אֹוכֶל וְלָא מְטַמְּאוֹ:
Pour en pétrir une pâte en pureté : c'est-à-dire que, bien que Rabbi mangeât le hullin en pureté, il ne craignait pas que ces grains impurs touchent la pâte, car ils sont sortis de la catégorie d'aliment et ne rendent pas impur.
🗂️ Tossefot (2)
בִּשְׁלִיקָתָא וּמְאִיסָתָא קְצָת נִרְאֶה דַּוְקָא שֶׁהֵן כְּבָר מְאוּסוֹת מֻותָּר לְהַשְׁהוֹתָן אֲבָל לְמָאֵס אָסוּר דִּבְתוֹךְ כָּךְ אָתֵי בֵּיהּ לִידֵי תַּקָּלָה כְּמוֹ בִּדְרִיכַת עֲנָבִים דִּבְפֶרֶק הַלּוֹקֵחַ בְּהֵמָה (בְּכוֹרוֹת דַּף כב.) אָמְרִינַן סְאָה תְּרוּמָה טְמֵאָה שֶׁנָּפְלָה לְתוֹךְ מֵאָה חֻולִּין טְהוֹרִים ר"א אוֹמֵר תָּרוּם וְתֵרָקֵב וּבְמַס' תְּרוּמוֹת בְּפֵ"ה גָּרְסִינַן תָּרוּם וְתִשָּׂרֵף וְאוֹמֵר ר"ת דְּבַמְאִיסָתָא תִּשָּׂרֵף וְיֵהָנֶה מִמֶּנּוּ בִּשְׁעַת שְׂרֵיפָה:
Avec du blé échaudé et répugnant. Il semble, un peu, que la permission de les conserver vise seulement le cas où ils sont déjà répugnants. Les rendre répugnants est interdit, car dans l'intervalle on en vient à une takala, comme pour le foulage du raisin. Au chapitre Ha-Lokeah Behema (Bekhorot 22a) nous disons : une se'a de teruma impure tombée dans cent de hullin purs, Rabbi Eliezer dit : on prélève, et l'on laisse pourrir. Dans le traité Terumot, au chapitre 5, la leçon est : on prélève, et l'on brûle. Rabbeinou Tam dit : dans le cas du répugnant, on le brûle, et l'on en jouit au moment de la combustion.
מְחַמִּין לוֹ חַמִּין בְּחִיטִּין שֶׁל תְּרוּמָה אור"ת דִּלְכֹהֲנִים שֶׁל בֵּית רַבִּי הָיוּ עוֹשִׂין דִּלְיִשְׂרָאֵל לָא שַׁרְיָא אֶלָּא הֲנָאָה שֶׁאֵינָהּ שֶׁל כִּילּוּי כְּמוֹ עֵירוּב דִּמְעָרְבִין לְיִשְׂרָאֵל בִּתְרוּמָה אֲבָל הֲנָאָה שֶׁל כִּילּוּי כְּגוֹן לְהַאֲכִיל לִבְהֶמְתּוֹ אוֹ לְהַדְלִיק אָסוּר לְיִשְׂרָאֵל כִּדְאָמְרִינַן בפ"ק דְּמַס' ע"ז (טו.) כֹּהֵן שֶׁשָּׂכַר פָּרָה מִיִּשְׂרָאֵל לָא יַאֲכִילֶנָּה כַּרְשִׁינֵּי תְרוּמָה וּבְמַסֶּכֶת תְּרוּמוֹת (פי"א מִשְׁנָה י') נָמֵי אמרי'מדליקין בְּבָתֵּי כְּנֵסִיּוֹת וּבְבָתֵּי מִדְרָשׁוֹת בְּשֶׁמֶן שֶׁל תְּרוּמָה שֶׁנִּטְמָא בִּרְשׁוּת כֹּהֵן פֵּירוּשׁ אִם יֵשׁ שָׁם כֹּהֵן דְּנֵר לְאֶחָד נֵר לְמֵאָה ור"י אוֹמֵר טַעְמָא מִשּׁוּם דְּדָרְשִׁינַן מִשְׁמֶרֶת תְּרוּמֹותָי מַה תְּרוּמָה טְהוֹרָה וְכוּ' וּמַה טְהוֹרָה דַּוְקָא לְכֹהֵן אַף טְמֵאָה דַּוְקָא לְכֹהֵן וּבִטְמֵאָה לֵיכָּא אֶלָּא הַדְלָקָה:
On lui chauffe de l'eau avec du blé de teruma. Rabbeinou Tam dit qu'on le faisait pour les kohanim de la maison de Rabbi. Pour un Israël, la permission se limite à une jouissance qui n'use pas la chose (hanaa she-eina shel kilui), comme l'eruv : on fait un eruv pour un Israël avec de la teruma. Une jouissance de consommation, nourrir sa bête ou allumer, est interdite à un Israël. Nous le disons au premier chapitre d'Avoda Zara (15a) : un kohen qui a loué une vache à un Israël ne la nourrira pas de vesces de teruma. Dans le traité Terumot (chapitre 11, michna 10) nous disons aussi : on allume dans les synagogues et les maisons d'étude avec de l'huile de teruma devenue impure, sur l'autorisation d'un kohen. Explication : s'il s'y trouve un kohen, car une lampe pour un est une lampe pour cent. Le Ri dit : la raison vient de ce que nous exposons mishmeret terumotai (la garde de Mes terumot). De même que la teruma pure, et la suite. De même que la pure est pour le kohen seul, l'impure est pour le kohen seul. Et pour l'impure, la jouissance se limite à l'allumage.
💡 Explication

Les premiers mots donnent la limite, et la reportent sur le cas en cours : le blé de teruma impure ne sert de combustible qu'une fois échaudé (shelikta) et rendu répugnant (me'isata), jeté parmi les bûches. La Guemara demande ensuite où Rav Ashi a dit cela, et cite Abba Shaoul.

On chauffe avec ce blé l'eau qui sert à pétrir en pureté. Rachi : le blé bouilli est sorti de la catégorie d'aliment, il ne rend donc pas la pâte impure, alors même que Rabbi mange le hullin en pureté. Rav Houna, lui, craint la takala avant la cuisson et pendant la cuisson. Tossefot réserve la conservation au blé déjà répugnant. Rabbeinou Tam réserve cette jouissance, qui use le blé, aux kohanim de la maison.

🖼️ Schéma
Shelikta u-me'isata Teruma impure Le blé est encore un aliment Shelikta On le fait bouillir Me'isata Jeté parmi les bûches Combustible Plus d'aliment. Takala écartée Rav Houna craint encore l'intervalle : avant la cuisson, et pendant qu'on fait bouillir. Tossefot : conserver le blé déjà répugnant. Le rendre répugnant ouvre la takala.
Quatre temps : teruma impure, échaudage, jet parmi les bûches, usage comme combustible. Rav Houna maintient la crainte dans l'intervalle.
2
אַבָּיֵי בַּר אָבִין וְרַב חֲנַנְיָא בַּר אָבִין תָּנוּ תְּרוּמוֹת בֵּי רַבָּה. פְּגַע בְּהוּ רָבָא בַּר מַתְנָה, אֲמַר לְהוּ: מַאי אָמְרִיתוּ בִּתְרוּמוֹת דְּבֵי מָר? אָמְרוּ לֵיהּ: וּמַאי קַשְׁיָא לָךְ? אֲמַר לְהוּ, תְּנַן: שְׁתִילֵי תְרוּמוֹת שֶׁנִּטְמְאוּ וּשְׁתָלָן — טְהוֹרִים מִלְּטַמֵּא, וַאֲסוּרִין מִלֶּאֱכֹול (בִּתְרוּמָה). וְכִי מֵאַחַר דִּטְהוֹרִין מִלְּטַמֵּא, אַמַּאי אֲסוּרִין מִלֶּאֱכֹול?

Abaye bar Avin et Rav Hananya bar Avin ont enseigné Terumot dans la maison de Rabba. Rava bar Matana les a rencontrés.

Il leur a dit : Que dites-vous dans les Terumot de la maison du maître ? Ils lui ont dit : Et qu'est-ce qui t'est difficile ?

Il leur a dit : Nous avons appris : des plants de teruma qui se sont impurifiés et qu'on a plantés sont purs pour ce qui est de rendre impur, et interdits à manger (à titre de teruma). Or, dès lors qu'ils sont purs pour ce qui est de rendre impur, pourquoi sont-ils interdits à manger ?

📜 Rachi (5)
תְּנוּ תְּרוּמוֹת מַס' תְּרוּמוֹת:
Ils ont enseigné Terumot : le traité Terumot.
מַאי אָמְרִיתוּ חִידּוּשׁ וְטַעֲמָא בִּתְרוּמוֹת שֶׁאַתֶּם שׁוֹנִים בְּבֵית אָדָם גָּדוֹל כְּרַבָּה:
Que dites-vous : une nouveauté et une raison, dans les Terumot que vous étudiez chez un grand homme tel que Rabba.
שְׁתִילֵי תְּרוּמָה כְּגוֹן שְׁתִילֵי כְּרוּב וּכְרִישִׁין:
Plants de teruma : par exemple des plants de chou et de poireaux.
טָהֲרוּ מִלְּטַמֵּא אֲחֵרִים שֶׁחִיבּוּרָן לַקַּרְקַע בִּטְּלָן מִתּוֹרַת אֹוכֶל:
Ils sont devenus purs pour ce qui est de rendre impur : de rendre les autres impurs, car leur rattachement au sol les fait sortir de la catégorie d'aliment.
וַאֲסוּרִין מִלֶּאֱכֹול וְקָא ס"ד מִשּׁוּם טֻומְאָה וּלְכֹהֲנִים:
Et interdits à manger : et l'on pensait que c'était à cause de l'impureté, et à l'adresse des kohanim.
🗂️ Tossefot (1)
טָהֲרוּ מִלְּטַמֵּא תֵּימַהּ לר"י דִּבְפֶ' קַמָּא דְּשַׁבָּת (דַּף טז:) מַסְּקִינַן דְּהַיְינוּ טַעְמָא דְּגָזְרוּ גִּידּוּלֵי תְּרוּמָה תְּרוּמָה מִשּׁוּם תְּרוּמָה טְמֵאָה בְּיַד כֹּהֵן פִּי' שֶׁלֹּא יַשְׁהֶה אוֹתָהּ לִזְרִיעָה וְהַשְׁתָּא כֵּיוָן דְּטָהֲרוּ יַשְׁהֶה אוֹתָהּ לִזְרִיעָה כְּדֵי לְטַהֲרָהּ וְאוֹמֵר ר"י דְּמִשּׁוּם רִיוַּח פֻּורְתָּא לֹא יַשְׁהֶה אוֹתָהּ מֵאַחַר שֶׁעֲדַיִין הִיא תְּרוּמָה וְלֹא נַעֲשֵׂית חֻולִּין הִקְשָׁה רַבֵּינוּ נִסִּים גָּאוֹן דְּתַנְיָא בַּתּוֹסֶפְתָּא גִּידּוּלֵי תְּרוּמָה וּמַעֲשֵׂר שֵׁנִי הֲרֵי הֵן כְּחֻולִּין וּמָצָא תֵּירוּץ בִּירוּשַׁלְמִי דְּמַסֶּכֶת תְּרוּמוֹת דַּהֲרֵי הֵן כְּחֻולִּין הַייְנוּ לְהִתְחַייֵּב בְּלֶקֶט וְשִׁכְחָה וּפֵאָה וַעֲנִיֵּי יִשְׂרָאֵל וַעֲנִיֵּי כֹּהֲנִים מְלַקְּטִין אוֹתָן אֶלָּא שֶׁאֲסוּרִין לְזָרִים וְהַיְינוּ דְּתַנְיָא עֲנִיֵּי יִשְׂרָאֵל מוֹכְרִין אֶת שֶׁלָּהֶן לַכֹּהֲנִים בִּדְמֵי תְּרוּמָה וְטַעֲמָא לְפִי שֶׁמִּדְּאוֹרַיְיתָּא אֵין תְּרוּמָה וּמַעֲשֵׂר חַייָּבִין בְּלֶקֶט שִׁכְחָה וּפֵאָה וְלָא אָתֵי גְּזֵירָה דְּרַבָּנָן וּמַפְקַע לֵיהּ וְעוֹד הִקְשָׁה הָר"ר מֹשֶׁה נבריי"ש דִּתְנַן בְּמַסֶּכֶת בִּכּוּרִים (פ"ב מ"ב) יֵשׁ בְּמַעֲשֵׂר וּבִכּוּרִים מַה שֶׁאֵין כֵּן בַּתְּרוּמָה שֶׁהַמַּעֲשֵׂר וּבִכּוּרִים גִּידּוּלָן אֲסוּרִים מִלֶּאֱכֹול בִּירוּשָׁלַיִם אַף לְזָרִים וְלַבְּהֵמָה משא"כ בִּתְרוּמָה מַשְׁמַע דְּגִידּוּלֵי תְּרוּמָה שָׁרוּ לְזָרִים מִיהוּ בְּלָאו הָכִי לָא א"ש לִישָּׁנָא אַף לְזָרִים דְּאַדְּרַבָּה אַף לַכֹּהֲנִים מִיבְּעֵי לֵיהּ לְמֵימַר וְנִרְאֶה דְּזָרִים דְּהָתָם הַייְנוּ נָכְרִים וְכֵן מַשְׁמַע בַּיְּרוּשַׁלְמִי:
Purs pour ce qui est de rendre impur. C'est étonnant pour le Ri. Au premier chapitre de Chabbat (16b) nous concluons que voici la raison du décret : les pousses de teruma sont teruma, à cause de la teruma impure qui se trouve dans la main du kohen. Explication : afin qu'il ne la garde pas pour la semer. Dès lors, puisqu'elles redeviennent pures, il la gardera pour la semer, afin de la purifier. Le Ri dit : pour un mince gain, il ne la gardera pas, puisqu'elle demeure teruma et n'est pas devenue hullin. Rabbeinou Nissim Gaon a objecté : il est enseigné dans la Tossefta que les pousses de teruma et de maaser sheni sont comme du hullin. Il a trouvé une réponse dans le Yerushalmi du traité Terumot : elles sont comme du hullin en ce qu'elles sont soumises au leket, à la shikheha et à la pe'a. Les pauvres d'Israël et les pauvres des kohanim les glanent, et elles restent interdites aux zarim. C'est aussi ce qui est enseigné : les pauvres d'Israël vendent les leurs aux kohanim au prix de la teruma. La raison : de la Torah, la teruma et le maaser ne sont pas soumis au leket, à la shikheha et à la pe'a, et un décret rabbinique ne vient pas l'annuler. Rabbi Moché de Narbonne a encore objecté : nous avons appris dans le traité Bikkurim (chapitre 2, michna 2) : il y a dans le maaser et les bikkurim ce qui n'est pas ainsi dans la teruma. Les pousses du maaser et des bikkurim sont interdites à manger à Jérusalem, même aux zarim et à la bête, à la différence de la teruma. On en tirerait que les pousses de teruma sont permises aux zarim. Même sans cela, la formule même aux zarim ne tient pas : il aurait fallu dire même aux kohanim. Il apparaît que les zarim de ce passage sont les non-Juifs, et le Yerushalmi va dans ce sens.
💡 Explication

Nouvelle question, prise dans la michna de Terumot. Des plants de chou ou de poireaux, teruma devenue impure, sont remis en terre. Rattachés au sol, ils ne sont plus un aliment : ils ne rendent plus les autres impurs. La michna les laisse pourtant interdits à manger. Rava bar Matana demande pourquoi, si l'impureté est partie.

Rachi : on lisait d'abord l'interdit comme un reste d'impureté, et comme visant les kohanim. Tossefot rappelle le sens du décret qui fait des pousses une teruma : empêcher le kohen de garder une teruma impure pour la semer. Si la plantation purifie, ce décret semble se retourner. Le Ri répond que le gain est mince : la pousse reste teruma, elle ne devient pas hullin.

3
אָמְרוּ לֵיהּ, הָכִי אָמַר רַבָּה: מַאי אֲסוּרִין — אֲסוּרִין לְזָרִים. וּמַאי קָא מַשְׁמַע לַן: גִּידּוּלֵי תְּרוּמָה — תְּרוּמָה? תְּנֵינָא: גִּידּוּלֵי תְּרוּמָה — תְּרוּמָה!

Ils lui ont dit : Voici ce qu'a dit Rabba. Que veut dire interdits ?

Interdits aux zarim. Et qu'est-ce que cela nous apprend ?

Que les pousses de teruma sont teruma ? Nous l'avons déjà appris : les pousses de teruma sont teruma !

📜 Rachi (2)
אֲסוּרִים לְזָרִים דְּלָא אָמְרִינַן פָּקַע שֵׁם תְּרוּמָה מִינַּייְהוּ:
Interdits aux zarim : nous ne disons pas que le nom de teruma a quitté ces plants.
וּמַאי קָא מַשְׁמַע לַן גִּידּוּלֵי תְרוּמָה כִּתְרוּמָה אֲפִילּוּ בְּדָבָר שֶׁזַּרְעוֹ כָּלֶה כְּגוֹן חִיטִּין אוֹ צְלָעוֹת שׁוּמִין תְּנֵינָא:
Et qu'est-ce que cela nous apprend, que les pousses de teruma sont comme la teruma : même pour une chose dont la semence se détruit, comme le blé ou les gousses d'ail, nous l'avons déjà appris.
💡 Explication

Rabba déplace l'interdit. La plantation enlève l'impureté. Le nom de teruma reste, et l'interdit vise les zarim, ceux qui ne sont pas kohanim. Rava bar Matana répond que cette règle, les pousses de teruma sont teruma, est déjà enseignée, y compris quand la semence se détruit, comme le blé.

4
וְכִי תֵּימָא גִּידּוּלֵי גִידּוּלִין, וּמַאי קָא מַשְׁמַע לַן — בְּדָבָר שֶׁאֵין זַרְעוֹ כָּלֶה. הָא נָמֵי תְּנֵינָא: הַטֶּבֶל — גִּידּוּלָיו מֻותָּרִין, בְּדָבָר שֶׁזַּרְעוֹ כָּלֶה. אֲבָל בְּדָבָר שֶׁאֵין זַרְעוֹ כָּלֶה — אֲפִילּוּ גִּידּוּלֵי גִידּוּלִין אֲסוּרִין בַּאֲכִילָה. אִישְׁתִּיקוּ.

Et si tu dis : il s'agit des pousses des pousses, et qu'est-ce que cela nous apprend ? Le cas d'une chose dont la semence ne se détruit pas.

Cela aussi, nous l'avons appris : le tevel, ses pousses sont permises, pour une chose dont la semence se détruit. Mais pour une chose dont la semence ne se détruit pas, même les pousses des pousses sont interdites à manger.

Ils se turent.

📜 Rachi (2)
וְכִי תֵּימָא הַאי אֲסוּרִין מִלֶּאֱכֹול בְּדָבָר שֶׁאֵין זַרְעוֹ כָּלֶה קָאָמַר כְּגוֹן בְּצָלִים דַּקִּים שֶׁקּוֹרִין ציבו"ש וּכְשֶׁשּׁוֹתְלִים אַחַת אַחַת לְבַדָּהּ הֵן נוֹסָפוֹת וּמִתְחַבְּרוֹת שִׁשָּׁה וְד' יַחַד וְהַיְינוּ גִּידּוּלֵי גִּידּוּלִין אוֹתָן הַנּוֹסָפוֹת עֲלֵיהֶן שֶׁלֹּא הָיוּ תְּרוּמָה מֵעוֹלָם וְגִידּוּלִין עַצְמָן כְּגוֹן שְׁתִילֵי כְּרוּב שֶׁהוֹלְכִים וּמַרְחִיבִין הֶעָלִין הָרִאשׁוֹנִים וּבַדִּים הַחֲדָשִׁים הָעוֹלִין בַּקֶּלַח הָווּ גִּידּוּלֵי גִּידּוּלִים:
Et si tu dis. Cet interdit de manger parle d'une chose dont la semence ne se détruit pas, par exemple de fins oignons que l'on appelle cibes. Quand on les plante un par un, chacun à part, ils se multiplient et se réunissent, six et quatre ensemble. Voilà les pousses des pousses : celles qui s'y ajoutent, et qui n'ont jamais été teruma. Et les pousses elles-mêmes, par exemple des plants de chou qui vont en s'élargissant, les premières feuilles, et les nouvelles tiges qui montent sur le trognon, sont des pousses de pousses.
הַטֶּבֶל גִּידּוּלָיו מֻותָּרִין אע"פ שֶׁנִּתְמָרֵחַ בַּכְּרִי וְהֻוקְבַּע לְמַעֲשֵׂר וְחָל עָלָיו שֵׁם טֶבֶל וּזְרָעוֹ וְלֹא הִפְרִישׁ מְעֻשְּׂרוֹתָיו תְּחִלָּה וְצָמַח וְנִגְמַר וּקְצָרוֹ מֻותָּר לַאֲכִילַת עֲרַאי עַד שֶׁיְּמָרֵחַ בַּכְּרִי וְאַף עַל גַּב דְּגִידּוּלֵי תְּרוּמָה תְּרוּמָה מִדְּרַבָּנָן הוּא וּלְחֻומְרָא שֶׁלֹּא לְהַפְסִיד אֶת הַכֹּהֲנִים אֲבָל גִּידּוּלֵי טֶבֶל חֻולִּין הֵן וַהֲרֵי הֵן כְּשֶׁקּוֹצְרָן כִּשְׁאָר תְּבוּאָה וְאוֹכֵל מֵהֶן עֲרַאי עַד שֶׁיְּמָרְחֵם:
Le tevel, ses pousses sont permises. Même s'il a été aplani dans le tas, fixé pour le maaser, et que le nom de tevel a pris sur lui, et qu'on l'a semé sans en avoir d'abord prélevé les dîmes, qu'il a poussé, qu'il a mûri, et qu'on l'a moissonné : il est permis pour une akhilat arai (consommation occasionnelle), jusqu'à ce qu'on l'aplanisse dans le tas. Et bien que les pousses de teruma soient teruma par décret rabbinique, par rigueur, afin de ne pas faire perdre les kohanim, les pousses de tevel sont du hullin. À la moisson, elles sont comme le reste du grain, et l'on en mange de façon occasionnelle jusqu'à ce qu'on les aplanisse.
🗂️ Tossefot (1)
גִּידּוּלֵי גִּידּוּלִין פֵּירֵשׁ רִיבָ"א דְּגִידּוּלִים הַיְינוּ גִּידּוּלֵי רִאשׁוֹן מִן הַזֶּרַע וְאַחַ"כּ חָזַר וְנָטַע אוֹתָן גִּידּוּלִים זֶהוּ גִּידּוּלֵי גִּידּוּלִין וּמֵבִיא רְאָיָה מִיְּרוּשַׁלְמִי דְּמַסִּיק הָתָם אַגִּידּוּלֵי גִּידּוּלִין מִשֶּׁיַּעֲשׂוּ שְׁנֵי גָּורְנוֹת דְּהַייְנוּ בכה"ג שֶׁנִּזְרַע וְנִלְקַט שְׁתֵּי פְּעָמִים וּלְפֵ"ה הַכֹּל הָוֵי גִּידּוּל רִאשׁוֹן וּמַה שפ"ה דְּשׁוּמִין הָוֵי דָּבָר שֶׁזַּרְעוֹ כָּלֶה לָא מַשְׁמַע הָכִי דִּבְמַסֶּכֶת תְּרוּמוֹת תְּנַן בפ"ט (מ"ו) אֵיזֶהוּ דָּבָר שֶׁאֵין זַרְעוֹ כָּלֶה הַלּוּף וְהַשּׁוּם וְהַבְּצָלִים:
Pousses des pousses. Le Riva explique : les pousses, ce sont les premières pousses issues de la semence ; ensuite on replante ces pousses : voilà les pousses des pousses. Il en apporte une preuve du Yerushalmi, qui conclut là, au sujet des pousses des pousses : à partir du moment où elles ont fait deux aires, c'est-à-dire lorsqu'on a semé et récolté deux fois. Selon l'explication de Rachi, tout cela reste une première pousse. Et ce que Rachi explique, que l'ail est une chose dont la semence se détruit, ne se lit pas ainsi. Dans le traité Terumot nous avons appris, au chapitre 9 (michna 6) : quelle est la chose dont la semence ne se détruit pas ? Le luf, l'ail et les oignons.
💡 Explication

Deuxième essai pour sauver la michna des plants. Elle apprendrait les pousses des pousses d'une plante dont la semence ne se détruit pas. Rachi donne les oignons fins : plantés un à un, ils se multiplient en touffes. Les bulbes ajoutés n'ont jamais été teruma. La michna du tevel a déjà tranché : si la semence se détruit, les pousses sont permises pour une consommation occasionnelle, jusqu'à l'aplanissement du tas ; si elle ne se détruit pas, même les pousses des pousses restent interdites. Les élèves se taisent.

Tossefot lit autrement les pousses des pousses : une seconde mise en terre, deux récoltes, deux aires. Et la michna de Terumot range l'ail parmi les semences qui ne se détruisent pas, avec le luf et les oignons.

🖼️ Schéma
La semence se détruit-elle ? Zera kala La semence se détruit Exemple de Rachi : le blé Tevel semé, puis moissonné : les pousses sont permises Akhilat arai, jusqu'au tas Ein zaro kala La semence ne se détruit pas Michna : luf, ail, oignons Même les pousses des pousses restent interdites à manger Déjà enseigné par le tevel Riva : pousses des pousses, on replante la première récolte, deux aires.
Semence qui se détruit : les pousses de tevel sont permises en consommation occasionnelle. Semence qui demeure : même les pousses des pousses restent interdites.
5
אָמְרוּ לֵיהּ: מִידֵּי שְׁמִיעַ לָךְ בְּהָא? אֲמַר לְהוּ, הָכִי אָמַר רַב שֵׁשֶׁת: מַאי אֲסוּרִין — אֲסוּרִין לַכֹּהֲנִים, הוֹאִיל וְאִיפְּסִילוּ לְהוּ בְּהֶיסַּח הַדַּעַת.

Ils lui ont dit : As-tu entendu quelque chose à ce sujet ? Il leur a dit : Voici ce qu'a dit Rav Sheshet.

Que veut dire interdits ? Interdits aux kohanim, puisqu'ils ont été disqualifiés pour eux par le heseah ha-daat (détournement de l'attention).

📜 Rachi (1)
בְּהֶיסַּח הַדַּעַת כְּשֶׁנִּטְמְאוּ מִתְּחִלָּה הִסִּיחַ דַּעְתּוֹ מֵהֶם שׁוּב מִלְּשָׁומְרָן וְנִפְסָלִין בְּהֶיסַּח הַדַּעַת דִּכְתִיב גַּבֵּי תְּרוּמָה (בַּמִּדְבָּר י״ח:ד׳) אֶת מִשְׁמֶרֶת תְּרוּמֹותָי עֲבִיד לָהּ שִׁימּוּר וְלֹא תַּסִּיחַ דַּעְתָּךְ:
Par le heseah ha-daat : quand ils sont devenus impurs au début, on a détourné d'eux son attention, et l'on a cessé de les garder. Ils sont disqualifiés par le heseah ha-daat, car il est écrit au sujet de la teruma : la garde de Mes terumot. Fais-en une garde, et ne détourne pas ton attention.
💡 Explication

Après le silence, Rav Sheshet change le destinataire de l'interdit. Il vise les kohanim. Dès la première impureté, on a cessé de garder ces plants. La teruma exige une garde (mishmeret). Le heseah ha-daat les disqualifie, et la plantation ne les rend pas aux kohanim.

6
הָנִיחָא לְמַאן דְּאָמַר הֶיסַּח הַדַּעַת פְּסוּל הַגּוּף הָוֵי — שַׁפִּיר, אֶלָּא לְמַאן דְּאָמַר הֶיסַּח הַדַּעַת פְּסוּל טֻומְאָה הָוֵי — מַאי אִיכָּא לְמֵימַר?!

Cela se tient selon celui qui dit : le heseah ha-daat est un pesul ha-guf (pesul dans la chose elle-même). Selon celui qui dit : le heseah ha-daat est un pesul tuma (pesul par souci d'impureté), que peut-on dire ?

📜 Rachi (4)
פְּסוּל הַגּוּף הָוֵי מַעֲלָה הִיא בַּקֳּדָשִׁים שֶׁנִּפְסָלִין בְּכָךְ וְשֵׁם פָּסוּל הוּא לְעַצְמוֹ וַאֲפִילּוּ יָבוֹא אֵלִיָּהוּ וְיֹאמַר שֶׁלֹּא נִטְמְאוּ כָּל אוֹתָן הַיָּמִים שֶׁהִסִּיחַ דַּעְתּוֹ מֵהֶן אֵין שׁוֹמְעִין לוֹ:
C'est un pesul ha-guf. C'est une maala (exigence propre aux kodashim) : ils sont disqualifiés par là, et le nom du pesul tient par lui-même. Même si Eliyahou venait dire qu'ils ne se sont pas impurifiés tous ces jours où l'on a détourné d'eux son attention, on ne l'écoute pas.
שַׁפִּיר מִשּׁוּם הָכִי אֲסוּרִין שֶׁאֵין שְׁתִילָתָן מוֹעֶלֶת לָהֶן לְהָסִיר שֵׁם פְּסוּל מֵעֲלֵיהֶן:
Cela se tient. C'est pour cela qu'ils sont interdits : les planter ne sert pas à retirer d'eux le nom du pesul.
אֶלָּא לְמ"ד כָּל מַה שֶׁקָּדָשִׁים נִפְסָלִין בְּהֶיסַּח הַדַּעַת אֵינוֹ אֶלָּא מִשּׁוּם חֲשַׁשׁ טֻומְאָה שֶׁמָּא ע"י שֶׁהִסִּיחַ דַּעְתּוֹ מִשְּׁמִירָתָן נָגְעָה בָּהֶן טֻומְאָה וְאֵינוֹ יוֹדֵעַ:
Selon celui qui dit. Tout ce par quoi les kodashim sont disqualifiés par le heseah ha-daat ne vient que d'un souci d'impureté : peut-être, du fait qu'on a détourné son attention de leur garde, une impureté les a touchés, à l'insu de celui qui les garde.
מַאי אִיכָּא לְמֵימַר הָנֵי אַמַּאי מִיפַּסְלִי מִשּׁוּם חֲשַׁשׁ טֻומְאָה הָא אֲפִילּוּ טֻומְאָה וַדָּאִית שֶׁבָּהֶן טִיהַרְתֶּם שְׁתִילָתָן:
Que peut-on dire. Pourquoi ceux-ci seraient-ils disqualifiés pour un souci d'impureté ? Même l'impureté certaine qui est en eux, la plantation l'a purifiée.
🗂️ Tossefot (1)
פְּסוּל הַגּוּף הָוֵי תֵּימַהּ דִּלְעֵיל (פְּסָחִים דַּף כ:) אָמְרִינַן אִם הָיְתָה בְּמָקוֹם הַמֻּוצְנָע יַנִּיחֶנָּה בִּמְקוֹם הַתֻּורְפָּה וְאָמְרִי' גְּרָמָא אִין בְּיָדַיִם לָא וְאַמַּאי אֵין מֻותָּר לְשָׂורְפָהּ מִיָּד כְּשֶׁמֵּסִיחַ דַּעְתּוֹ מִמֶּנָּה:
C'est un pesul ha-guf. C'est étonnant. Plus haut (Pesahim 20b) nous disons : si elle se trouvait dans un lieu abrité, on la place dans un lieu exposé. Et nous disons : par un effet indirect, oui ; de sa main, non. Pourquoi ne serait-il pas permis de la brûler dès qu'on détourne d'elle son attention ?
💡 Explication

La réponse de Rav Sheshet dépend de la nature du heseah ha-daat. S'il est un pesul ha-guf, le pesul tient dans la chose. Planter, qui enlève l'impureté, n'enlève pas ce nom. L'interdit pour les kohanim se comprend, même si Eliyahou attestait qu'aucune impureté n'a touché les plants.

S'il n'est qu'un pesul tuma, un souci, la plantation fait difficulté : elle purifie même une impureté certaine. Un simple doute devrait tomber avec elle. Tossefot demande, dans l'autre sens : si le pesul est dans la chose, pourquoi, plus haut, ne brûle-t-on pas la teruma dès le détournement d'attention, au lieu de se contenter d'un effet indirect ?

7
דְּאִתְּמַר: הֶיסַּח הַדַּעַת, רַבִּי יוֹחָנָן אָמַר: פְּסוּל טֻומְאָה הָוֵי, וְרַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן לָקִישׁ אָמַר: פְּסוּל הַגּוּף הָוֵי.

Car on a enseigné : le heseah ha-daat, Rabbi Yo'hanan a dit : c'est un pesul tuma, et Rabbi Shimon ben Lakish a dit : c'est un pesul ha-guf.

💡 Explication

Les deux lectures reçoivent ici un nom. Rabbi Yo'hanan : le heseah ha-daat est un pesul tuma, un souci d'impureté. Rabbi Shimon ben Lakish : c'est un pesul ha-guf, un pesul dans la chose.

8
רַבִּי יוֹחָנָן אָמַר פְּסוּל טֻומְאָה הָוֵי: שֶׁאִם יָבֹא אֵלִיָּהוּ וִיטַהֲרֶנָּה — שׁוֹמְעִין לוֹ. רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן לָקִישׁ אוֹמֵר פְּסוּל הַגּוּף הָוֵי: שֶׁאִם יָבֹא אֵלִיָּהוּ וִיטַהֲרֶנָּה — אֵין שׁוֹמְעִין לוֹ.

Rabbi Yo'hanan a dit : c'est un pesul tuma. Si Eliyahou vient et la purifie, on l'écoute.

Rabbi Shimon ben Lakish dit : c'est un pesul ha-guf. Si Eliyahou vient et la purifie, on ne l'écoute pas.

📜 Rachi (1)
וִיטַהֲרֶנּוּ וְיֹאמַר שֶׁלֹּא נָגְעָה בּוֹ טֻומְאָה כָּל יְמֵי הֶיסֵּחַ:
Et il la purifie : il dit qu'aucune impureté ne l'a touchée pendant tous les jours du heseah.
💡 Explication

La différence pratique est le témoignage d'Eliyahou. Rachi : purifier veut dire déclarer qu'aucune impureté n'a touché l'objet pendant tout le temps où l'on a cessé de le garder. Selon Rabbi Yo'hanan, le souci tombe, et on l'écoute. Selon Rabbi Shimon ben Lakish, le pesul reste dans la chose, et on ne l'écoute pas.

9
אֵיתִיבֵיהּ רַבִּי יוֹחָנָן לְרַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן לָקִישׁ, רַבִּי יִשְׁמָעֵאל בְּנוֹ שֶׁל רַבִּי יוֹחָנָן בֶּן בְּרֹוקָא אוֹמֵר: לוּל קָטָן הָיָה בֵּין כֶּבֶשׁ לַמִּזְבֵּחַ בְּמַעֲרָבוֹ שֶׁל כֶּבֶשׁ, שֶׁשָּׁם הָיוּ זוֹרְקִין פְּסוּלֵי חַטַּאת הָעוֹף, וּתְעֻובַּר צוּרָתָן, וְיוֹצְאִין לְבֵית הַשְּׂרֵיפָה. אִי אָמְרַתְּ בִּשְׁלָמָא פְּסוּל טֻומְאָה הָוֵי, מִשּׁוּם הָכִי בָּעֵי עִיבּוּר צוּרָה, שֶׁמָּא יָבֹא אֵלִיָּהוּ וִיטַהֲרֶנָּה. אֶלָּא אִי אָמְרַתְּ פְּסוּל הַגּוּף, לָמָּה לִי עִיבּוּר צוּרָה? וְהִתְנָן, זֶה הַכְּלָל:

Rabbi Yo'hanan objecta à Rabbi Shimon ben Lakish. Rabbi Yishmael, fils de Rabbi Yo'hanan ben Beroka, dit : il y avait un petit lul (cavité) entre la rampe (kevesh) et l'autel (mizbeah), à l'ouest de la rampe.

C'est là qu'on jetait les hatat ha-of (offrandes expiatoires d'oiseau) disqualifiées. Leur forme passait, et elles sortaient vers le lieu de la combustion (beit ha-sereifa).

Si tu dis, et cela se tient, que c'est un pesul tuma : c'est pour cela qu'il faut un ibbur tsura (passage de la forme), de peur qu'Eliyahou vienne et la purifie. Si tu dis que c'est un pesul ha-guf, pourquoi me faut-il un ibbur tsura ?

Or nous avons appris : voici la règle :

📜 Rachi (5)
לוּל קָטָן כְּעֵין גֻּומָּא חֲלוּלָה עֲשׂוּיָה בְּבִנְיַן הָרִצְפָּה:
Un petit lul : une sorte de cavité creuse, ménagée dans la construction du sol.
בֵּין כֶּבֶשׂ לַמִּזְבֵּחַ כְּלוֹמַר בְּקֶרֶן זָוִית סָמוּךְ לַכֶּבֶשׁ וְסָמוּךְ לַמִּזְבֵּחַ בְּמָקוֹם שֶׁהֵם מִתְחַבְּרִים:
Entre la rampe et l'autel : c'est-à-dire à l'angle, près de la rampe et près de l'autel, à l'endroit où ils se rejoignent.
בְּמַעֲרָבוֹ שֶׁל כֶּבֶשׁ אֵצֶל שְׂפַת מַעֲרָבִית שֶׁל כֶּבֶשׂ:
À l'ouest de la rampe : le long du bord occidental de la rampe.
שֶׁשָּׁם זוֹרְקִין פְּסוּלֵי חַטַּאת הָעוֹף לְפִי שֶׁהִיא נַעֲשֵׂית בְּקֶרֶן מַעֲרָבִית דְּרוֹמִית לְמַטָּה וּכְשֶׁאֵירַע פְּסוּל בָּהּ שֶׁאֵינוֹ פְּסוּל הַגּוּף מַמָּשׁ וְאֵין יָכוֹל לְשָׂורְפָהּ מִיָּד מִשּׁוּם בִּזְיוֹן קָדָשִׁים נוֹתְנִין אוֹתָהּ שָׁם:
C'est là qu'on jette les hatat ha-of disqualifiées. Parce qu'elle se fait à la corne sud-ouest, en bas. Quand lui arrive un pesul qui n'est pas un pesul ha-guf à proprement parler, on ne peut pas la brûler aussitôt, à cause du bizayon kodashim (dégradation des choses consacrées). On la dépose là.
וּתְעֻובַּר צוּרָתָהּ הַייְנוּ פְּסוּל לִינָה עִיבּוּר צוּרַת מַרְאִית בָּשָׂר בְּלִינַת לַיְלָה אֶחָד הוּא וְכֵיוָן שֶׁלָּנָה בַּלַּיְלָה הֲרֵי הִיא נוֹתָר וְטָעוּן שְׂרֵיפָה וְנִשְׂרַף וְעַל כָּרְחֲךָ מִדְּבָעֵינַן הַעֲבָרַת צוּרָה לָאו כְּשֶׁפִּיגֵּל בָּהּ אוֹ נִטְמֵאת אוֹ יָצְתָה אוֹ מְלָקָהּ שֶׁלֹּא כְּמִצְוָתָהּ קָמַייְרֵי דְּהָא פָּסוּל מְעַלְּיָא הוּא וְלָמָּה לָן לְאַהְדּוֹרֵי אַפְּסוּל לִינָה וְאֵין לָנוּ דְּנִיבְעֵי לִינָה אִי לָאו פְּסוּל הֶיסַּח הַדַּעַת וא"א פְּסוּל חֲשַׁשׁ טֻומְאָה הוּא אִיכָּא לְמֵימַר דְּהַאי פָּסוּל בְּהֶיסַּח הַדַּעַת קָאָמַר וְכֵיוָן דְּלָא חָזֵינַן לֵיהּ דְּאִיטַּמִּי אֶלָּא חֲשָׁשָׁא בְּעָלְמָא הוּא בָּעֵי עִיבּוּר צוּרָה דְּלָא מָצֵינַן לְמִשֶּׁרָפָה לְהֶדְיָא שֶׁמָּא יָבוֹא אֵלִיָּהוּ אַחֲרֵי כֵן וְיֹאמַר טְהוֹרָה הָיְתָה וְנִמְצֵאת שֶׁשָּׂרַפְנוּ קָדָשִׁים טְהוֹרִין אֶלָּא אִם שֵׁם פָּסוּל הוּא לְעַצְמוֹ אַפֵּי' לֹא נִטְמָא לָמָּה לִי עִיבּוּר צוּרָה:
Et leur forme passait. C'est le pesul de linah (passage de la nuit). Le passage de la forme, l'aspect de la chair, se fait par le séjour d'une nuit. Une fois qu'elle a passé la nuit, elle est notar (reste) et exige la combustion, et on la brûle. Dès lors que nous exigeons le passage de la forme, force est de dire que nous ne traitons pas du cas où on l'a rendue pigul, ou bien elle s'est impurifiée, ou bien elle est sortie, ou bien on a pratiqué la melika (pincement) autrement que selon sa règle. Car c'est un pesul accompli, et pourquoi faudrait-il encore aller chercher un pesul de linah ? Nous n'avons de cas qui exige la nuit que le pesul de heseah ha-daat. Et si tu dis que le pesul est un souci d'impureté, on peut dire que ce pesul parle du heseah ha-daat. Puisque nous n'avons pas vu qu'elle s'était impurifiée, cela reste un simple souci, et il faut l'ibbur tsura : nous ne pouvons pas la brûler directement, de peur qu'Eliyahou vienne ensuite et dise qu'elle était pure, et l'on aurait brûlé des kodashim purs. Si le nom du pesul tient par lui-même, même si elle ne s'est pas impurifiée, pourquoi me faut-il l'ibbur tsura ?
🗂️ Tossefot (1)
לָמָּה לִי עִיבּוּר צוּרָה קָשֶׁה לר"י דִּילְמָא הַאי פָּסוּל הַיְינוּ בְּדָם וּבַבְּעָלִים דְּבָעֵי עִיבּוּר צוּרָה וי"ל מ"מ אַחַר שֶׁנִּזְרַק בָּלוּל יֵשׁ בּוֹ הֶיסַּח הַדַּעַת הָר"ר אֶלְחָנָן:
Pourquoi me faut-il l'ibbur tsura. C'est difficile pour le Ri : peut-être ce pesul est-il celui du sang et des propriétaires, qui exige l'ibbur tsura. On peut répondre : de toute façon, une fois qu'elle a été jetée dans le lul, il y a en elle un heseah ha-daat. Rav Elhanan.
💡 Explication

Rabbi Yo'hanan objecte depuis le lul : une cavité à l'angle où la rampe rejoint l'autel, le long du bord ouest de la rampe. La hatat ha-of se fait à la corne sud-ouest, en bas. Quand le pesul n'est pas un pesul dans le corps, on ne la brûle pas aussitôt, à cause du bizayon kodashim. On la dépose dans le lul.

On attend une nuit, l'ibbur tsura. La chair change d'aspect, l'offrande est notar, et elle part à la combustion. Un pesul accompli, pigul, impureté, sortie, melika non conforme, n'a pas besoin de cette nuit. L'attente ne vise que le heseah ha-daat lu comme un doute : on ne brûle pas directement, de peur qu'Eliyahou dise ensuite que l'offrande était pure. Si le pesul tenait dans la chose, l'attente n'aurait pas de raison.

La page s'arrête sur l'ouverture de la règle. Tossefot en donne déjà le nerf : un pesul du sang et des propriétaires exige aussi l'ibbur tsura. Rav Elhanan répond que, une fois l'oiseau dans le lul, le heseah ha-daat est de toute façon là.

🖼️ Schéma
Le lul, à l'ouest de la rampe Mizbéah autel SO Kevesh rampe, au sud Lul à l'ouest ouest est nord sud Hatat ha-of disqualifiée, jetée au lul. Une nuit : ibbur tsura, elle est notar. Puis beit ha-sereifa.
Le lul est la cavité à l'ouest, à l'angle de la rampe et de l'autel. On y dépose la hatat ha-of disqualifiée jusqu'à la nuit, puis on la sort vers la combustion.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).