Sougya : Le daf ouvre sur le blé de teruma impure employé comme combustible : Rav Ashi n'admet que le blé déjà échaudé et rendu répugnant, et Abba Shaoul, pétrisseur de la maison de Rabbi, s'en sert pour chauffer l'eau du pétrissage en pureté. La Guemara passe aux plants de teruma impurs replantés : ils ne rendent plus impur, et restent interdits à manger.
Rabba vise par là les zarim, les pousses restant teruma, lecture déjà connue, même pour les pousses des pousses d'une semence qui ne se détruit pas. Rav Sheshet vise les kohanim, disqualifiés par le heseah ha-daat.
Rabbi Yo'hanan tient ce pesul pour un souci d'impureté, de sorte qu'on écouterait Eliyahou s'il déclarait l'objet pur, tandis que Rabbi Shimon ben Lakish y voit un pesul dans la chose elle-même, et l'objection du lul, où les hatat ha-of attendent l'ibbur tsura, vient appuyer la première lecture.
Avec du blé échaudé et répugnant. Ici de même, avec du blé échaudé et répugnant.
Et où a-t-on dit le propos de Rav Ashi ? Sur ceci.
Rabbi Avin bar Rav Aha a dit que Rabbi Yitshak a dit : Abba Shaoul était le pétrisseur de la maison de Rabbi, et l'on chauffait pour lui de l'eau avec du blé de teruma impure, pour en pétrir une pâte en pureté. Pourquoi ?
Craignons qu'on en vienne, par ce blé, à une takala (occasion de faute) ! Rav Ashi a dit : avec du blé échaudé et répugnant.
Les premiers mots donnent la limite, et la reportent sur le cas en cours : le blé de teruma impure ne sert de combustible qu'une fois échaudé (shelikta) et rendu répugnant (me'isata), jeté parmi les bûches. La Guemara demande ensuite où Rav Ashi a dit cela, et cite Abba Shaoul.
On chauffe avec ce blé l'eau qui sert à pétrir en pureté. Rachi : le blé bouilli est sorti de la catégorie d'aliment, il ne rend donc pas la pâte impure, alors même que Rabbi mange le hullin en pureté. Rav Houna, lui, craint la takala avant la cuisson et pendant la cuisson. Tossefot réserve la conservation au blé déjà répugnant. Rabbeinou Tam réserve cette jouissance, qui use le blé, aux kohanim de la maison.
Abaye bar Avin et Rav Hananya bar Avin ont enseigné Terumot dans la maison de Rabba. Rava bar Matana les a rencontrés.
Il leur a dit : Que dites-vous dans les Terumot de la maison du maître ? Ils lui ont dit : Et qu'est-ce qui t'est difficile ?
Il leur a dit : Nous avons appris : des plants de teruma qui se sont impurifiés et qu'on a plantés sont purs pour ce qui est de rendre impur, et interdits à manger (à titre de teruma). Or, dès lors qu'ils sont purs pour ce qui est de rendre impur, pourquoi sont-ils interdits à manger ?
Nouvelle question, prise dans la michna de Terumot. Des plants de chou ou de poireaux, teruma devenue impure, sont remis en terre. Rattachés au sol, ils ne sont plus un aliment : ils ne rendent plus les autres impurs. La michna les laisse pourtant interdits à manger. Rava bar Matana demande pourquoi, si l'impureté est partie.
Rachi : on lisait d'abord l'interdit comme un reste d'impureté, et comme visant les kohanim. Tossefot rappelle le sens du décret qui fait des pousses une teruma : empêcher le kohen de garder une teruma impure pour la semer. Si la plantation purifie, ce décret semble se retourner. Le Ri répond que le gain est mince : la pousse reste teruma, elle ne devient pas hullin.
Ils lui ont dit : Voici ce qu'a dit Rabba. Que veut dire interdits ?
Interdits aux zarim. Et qu'est-ce que cela nous apprend ?
Que les pousses de teruma sont teruma ? Nous l'avons déjà appris : les pousses de teruma sont teruma !
Rabba déplace l'interdit. La plantation enlève l'impureté. Le nom de teruma reste, et l'interdit vise les zarim, ceux qui ne sont pas kohanim. Rava bar Matana répond que cette règle, les pousses de teruma sont teruma, est déjà enseignée, y compris quand la semence se détruit, comme le blé.
Et si tu dis : il s'agit des pousses des pousses, et qu'est-ce que cela nous apprend ? Le cas d'une chose dont la semence ne se détruit pas.
Cela aussi, nous l'avons appris : le tevel, ses pousses sont permises, pour une chose dont la semence se détruit. Mais pour une chose dont la semence ne se détruit pas, même les pousses des pousses sont interdites à manger.
Ils se turent.
Deuxième essai pour sauver la michna des plants. Elle apprendrait les pousses des pousses d'une plante dont la semence ne se détruit pas. Rachi donne les oignons fins : plantés un à un, ils se multiplient en touffes. Les bulbes ajoutés n'ont jamais été teruma. La michna du tevel a déjà tranché : si la semence se détruit, les pousses sont permises pour une consommation occasionnelle, jusqu'à l'aplanissement du tas ; si elle ne se détruit pas, même les pousses des pousses restent interdites. Les élèves se taisent.
Tossefot lit autrement les pousses des pousses : une seconde mise en terre, deux récoltes, deux aires. Et la michna de Terumot range l'ail parmi les semences qui ne se détruisent pas, avec le luf et les oignons.
Ils lui ont dit : As-tu entendu quelque chose à ce sujet ? Il leur a dit : Voici ce qu'a dit Rav Sheshet.
Que veut dire interdits ? Interdits aux kohanim, puisqu'ils ont été disqualifiés pour eux par le heseah ha-daat (détournement de l'attention).
Après le silence, Rav Sheshet change le destinataire de l'interdit. Il vise les kohanim. Dès la première impureté, on a cessé de garder ces plants. La teruma exige une garde (mishmeret). Le heseah ha-daat les disqualifie, et la plantation ne les rend pas aux kohanim.
Cela se tient selon celui qui dit : le heseah ha-daat est un pesul ha-guf (pesul dans la chose elle-même). Selon celui qui dit : le heseah ha-daat est un pesul tuma (pesul par souci d'impureté), que peut-on dire ?
La réponse de Rav Sheshet dépend de la nature du heseah ha-daat. S'il est un pesul ha-guf, le pesul tient dans la chose. Planter, qui enlève l'impureté, n'enlève pas ce nom. L'interdit pour les kohanim se comprend, même si Eliyahou attestait qu'aucune impureté n'a touché les plants.
S'il n'est qu'un pesul tuma, un souci, la plantation fait difficulté : elle purifie même une impureté certaine. Un simple doute devrait tomber avec elle. Tossefot demande, dans l'autre sens : si le pesul est dans la chose, pourquoi, plus haut, ne brûle-t-on pas la teruma dès le détournement d'attention, au lieu de se contenter d'un effet indirect ?
Car on a enseigné : le heseah ha-daat, Rabbi Yo'hanan a dit : c'est un pesul tuma, et Rabbi Shimon ben Lakish a dit : c'est un pesul ha-guf.
Les deux lectures reçoivent ici un nom. Rabbi Yo'hanan : le heseah ha-daat est un pesul tuma, un souci d'impureté. Rabbi Shimon ben Lakish : c'est un pesul ha-guf, un pesul dans la chose.
Rabbi Yo'hanan a dit : c'est un pesul tuma. Si Eliyahou vient et la purifie, on l'écoute.
Rabbi Shimon ben Lakish dit : c'est un pesul ha-guf. Si Eliyahou vient et la purifie, on ne l'écoute pas.
La différence pratique est le témoignage d'Eliyahou. Rachi : purifier veut dire déclarer qu'aucune impureté n'a touché l'objet pendant tout le temps où l'on a cessé de le garder. Selon Rabbi Yo'hanan, le souci tombe, et on l'écoute. Selon Rabbi Shimon ben Lakish, le pesul reste dans la chose, et on ne l'écoute pas.
Rabbi Yo'hanan objecta à Rabbi Shimon ben Lakish. Rabbi Yishmael, fils de Rabbi Yo'hanan ben Beroka, dit : il y avait un petit lul (cavité) entre la rampe (kevesh) et l'autel (mizbeah), à l'ouest de la rampe.
C'est là qu'on jetait les hatat ha-of (offrandes expiatoires d'oiseau) disqualifiées. Leur forme passait, et elles sortaient vers le lieu de la combustion (beit ha-sereifa).
Si tu dis, et cela se tient, que c'est un pesul tuma : c'est pour cela qu'il faut un ibbur tsura (passage de la forme), de peur qu'Eliyahou vienne et la purifie. Si tu dis que c'est un pesul ha-guf, pourquoi me faut-il un ibbur tsura ?
Or nous avons appris : voici la règle :
Rabbi Yo'hanan objecte depuis le lul : une cavité à l'angle où la rampe rejoint l'autel, le long du bord ouest de la rampe. La hatat ha-of se fait à la corne sud-ouest, en bas. Quand le pesul n'est pas un pesul dans le corps, on ne la brûle pas aussitôt, à cause du bizayon kodashim. On la dépose dans le lul.
On attend une nuit, l'ibbur tsura. La chair change d'aspect, l'offrande est notar, et elle part à la combustion. Un pesul accompli, pigul, impureté, sortie, melika non conforme, n'a pas besoin de cette nuit. L'attente ne vise que le heseah ha-daat lu comme un doute : on ne brûle pas directement, de peur qu'Eliyahou dise ensuite que l'offrande était pure. Si le pesul tenait dans la chose, l'attente n'aurait pas de raison.
La page s'arrête sur l'ouverture de la règle. Tossefot en donne déjà le nerf : un pesul du sang et des propriétaires exige aussi l'ibbur tsura. Rav Elhanan répond que, une fois l'oiseau dans le lul, le heseah ha-daat est de toute façon là.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).