Sougya : La page poursuit l'objection de Rabbi Yo'hanan à Rabbi Shimon ben Lakish : le hesek hadaat est-il un défaut du corps, ou un soupçon d'impureté ? La michna brûle aussitôt un défaut du corps, et elle attend le passage de la forme pour un défaut du sang ou des propriétaires.
Reish Lakish répond par le tanna de Rabba bar Avuha, qui exige ce passage même pour le piggul. Une seconde baraita parle d'aspersion après invalidation de la viande : l'agrément s'explique si le tzitz couvre l'impureté.
Rabbi Yirmeya écarte ensuite la raison de Rav Sheshet. La hashka purifie l'eau de la fête avant la consécration, et non après : il n'y a pas de zeria pour le hekdesh, ni pour la teruma.
Abaye demande si cette maala vaut pour une sainteté de parole. Rav Dimi rapproche les raisins de Rabbi Yo'hanan, Rav Yosef les limite à la teruma, et Rava ouvre le verset des eaux de la hatat, détachées et attachées à la fois.
Tout ce dont le défaut est dans son corps, qu'on le brûle aussitôt. Dans le sang ou chez les propriétaires, qu'on fasse passer leur forme, et ils sortent vers le lieu du brûlage.
Il lui dit : ce tanna, c'est le tanna de l'école de Rabba bar Avuha, qui a dit : même le piggul exige le passage de la forme.
La michna citée à la fin de 34a donné la règle du brûlage. Un pesul haguf, défaut certain dans la viande, part aussitôt au feu. Un défaut du sang ou des propriétaires attend l'ibur tzura : une nuit passe, la forme change, le sacrifice est notar, puis on le sort au lieu du brûlage.
Rabbi Shimon ben Lakish répond à Rabbi Yo'hanan. Ce tanna, Rabbi Yishmael fils de Rabbi Yo'hanan ben Beroka, suit l'école de Rabba bar Avuha : même le piggul, défaut du corps, attend le passage de la forme. L'ibur tzura exigé même pour le piggul laisse l'objection de Rabbi Yo'hanan sans prise.
Rachi note qu'on ne peut pas, ici, renvoyer l'invalidation à un tevul yom. Cette réponse viendra plus loin, pour une autre baraita. Si le hatat de l'oiseau n'était invalidé que par une impureté, la question du passage de la forme se reposerait autrement.
Il lui objecta : la viande est devenue impure, ou elle a été invalidée, ou elle est sortie hors des tentures. Rabbi Eliezer dit : qu'il asperge.
Rabbi Yehoshua dit : qu'il n'asperge pas. Et Rabbi Yehoshua convient que, s'il a aspergé, cela a été agréé.
Seconde objection de Rabbi Yo'hanan. La baraita vise trois états de la viande : impure, invalidée, ou yotze (sortie hors des tentures, les kelaim). Rabbi Eliezer fait asperger le sang même sans viande recevable. Rabbi Yehoshua refuse l'aspersion lekhathila, et il convient qu'après coup l'aspersion a agréé le sacrifice.
Rachi borne la sortie aux kodshei kodashim : leur domaine est l'azara. Tossefot explique l'agrément du yotze. Le tzitz ne couvre pas la sortie. Rabbi Yehoshua suit Rabbi Akiva : la zerika retire la viande de la meila, et elle produit à fortiori l'agrément. Rabbi Eliezer, qui fait asperger ici, dit là-bas que cette aspersion ne retire pas la meila.
Qu'est-ce que 'elle a été invalidée' ? N'est-ce pas par hésèk hadaat ?
Cela se tient si tu dis que c'est un défaut d'impureté : voilà comment tu trouves que le tzitz effectue l'agrément. Mais si tu dis que c'est un défaut du corps, pourquoi cela a-t-il été agréé (tzitz) ?
'Invalidée', après 'devenue impure' et 'sortie', vise le hésèk hadaat. Une pensée hors du lieu ou hors du temps invaliderait aussi le sang : Rabbi Eliezer ne dirait pas d'asperger. Rachi écarte donc cette lecture.
Si le hésèk hadaat est un pesul tumah, l'agrément se comprend. Le tzitz couvre l'impureté, même certaine, et seulement bediavad. Lekhathila, Rabbi Yehoshua refuse l'aspersion. Le yotze, que le tzitz ne couvre pas, est agréé bediavad parce que la viande est encore là : on le compte comme un manque de cloisons.
Si le hésèk hadaat est un pesul haguf, le tzitz ne le couvre pas. Rachi fixe la leçon sur ces mots : pourquoi cela a-t-il été agréé ? Le verset du tzitz lui fait porter la faute de l'impureté. La sortie reste hors de ce ritzuy.
Qu'est-ce que 'elle a été invalidée' ? Elle a été invalidée par un tevul yom.
S'il en est ainsi, c'est cela même, l'impur ! Deux sortes d'impur.
Rabbi Shimon ben Lakish lit 'invalidée' comme le contact d'un tevul yom, celui qui s'est immergé et attend le coucher du soleil. C'est une impureté : le tzitz explique donc l'agrément bediavad.
La Guemara rapproche ce cas de 'devenue impure'. La réponse distingue deux impuretés. L'une se transmet plus loin. Le tevul yom invalide, sans rendre impur à son tour comme un tamei complet.
Quand Ravin monta, il dit cette tradition devant Rabbi Yirmeya. Et celui-ci dit : Babyloniens sots, parce que vous siégez dans un pays de ténèbres, vous dites des traditions obscures.
N'avez-vous pas entendu ceci, que Rabbi Shimon ben Lakish a dit au nom de Rabbi Oshaya ?
Ravin rapporte en terre d'Israël la raison de Rav Sheshet, au daf précédent : les plants de teruma restent interdits à manger à cause du hésèk hadaat.
Rabbi Yirmeya juge cette raison forgée. Il renvoie à une tradition de Rabbi Shimon ben Lakish au nom de Rabbi Oshaya, dite au segment suivant. Rachi en tire déjà la leçon pour la michna.
La zeria purifie le hullin. Pour la teruma, les rabbins ont mis une maala : la plantation ne donne pas la pureté qui permettrait de manger. Elle suffit en revanche à faire cesser la transmission de l'impureté. L'interdit de manger vient de cette maala.
Les eaux de la fête qui sont devenues impures : s'il les a mises en contact et qu'ensuite il les a consacrées, elles sont pures. S'il les a consacrées et qu'ensuite il les a mises en contact, elles sont impures.
Tradition de Rabbi Shimon ben Lakish au nom de Rabbi Oshaya. Les eaux de la fête sont celles du nisukh hamayim, puisées d'avance quand un chabbat tombe pendant Sukkot. Devenues impures, on ne retourne pas au Shiloah. On les relie au canal de l'azara : c'est la hashka.
Pour un liquide, la hashka tient lieu de zeria. Le contact avec le mikve fait une jonction, et l'eau impure s'annule dans l'eau pure. L'ordre compte : la hashka avant la consécration purifie. Après la consécration, l'eau reste impure.
Puisque c'est une zeria, qu'importe qu'il les ait mises en contact et qu'ensuite il les ait consacrées, ou qu'il les ait consacrées et qu'ensuite il les ait mises en contact ? Il en ressort : il n'y a pas de zeria pour le hekdesh.
Ici aussi, il n'y a pas de zeria pour la teruma.
La hashka est une zeria. Si le semis purifiait le hekdesh comme le hullin, l'ordre serait indifférent. L'ordre décide : il n'y a pas de zeria pour le hekdesh. La même phrase ferme la michna des plants : il n'y a pas de zeria pour la teruma.
Rachi précise le cas pur. Au moment de la hashka, l'eau n'a encore ni nom, ni consécration dans un keli sharet. La maala ne commence qu'avec la consécration.
Tossefot commente déjà le verset de la fin de la page, 'et il mettra'. Le mot traite l'eau comme détachée pour recevoir l'impureté, alors qu'elle est attachée à la source. Ils y lisent une preuve de Torah : pas de hashka pour le hekdesh. Pour la teruma, la maala reste rabbinique. Ils jugent la lecture de Rachi forcée.
Rav Dimi était assis et il disait cette tradition. Abaye lui dit : parle-t-il de celui qui les a consacrées dans un ustensile, et par la parole les rabbins n'ont pas institué de maala ?
Ou bien, par la parole aussi, les rabbins ont institué une maala ?
Abaye demande la portée de la maala sur les eaux de la fête. Deux consécrations sont en jeu. Le keli sharet donne une sainteté du corps. La parole, remplir un ustensile profane au nom de la fête, est plus légère.
Première lecture : la maala ne vise que le keli sharet, et la hashka reste efficace après une simple parole. Seconde lecture : la parole aussi reçoit la maala. Rav Dimi n'a pas entendu la réponse sur ce cas.
Il lui dit : celle-ci, je ne l'ai pas entendue ; j'en ai entendu une semblable. Car Rabbi Abahu a dit que Rabbi Yo'hanan a dit : des raisins qui sont devenus impurs, s'il les a foulés et qu'ensuite il les a consacrés, ils sont purs.
S'il les a consacrés et qu'ensuite il les a foulés, ils sont impurs. Or les raisins ont une sainteté de parole, et même ainsi les rabbins ont institué une maala.
Rav Dimi n'a pas la réponse sur l'eau. Il rapporte un cas voisin, de Rabbi Abahu au nom de Rabbi Yo'hanan. Des raisins impurs : foulés puis consacrés, ils sont purs ; consacrés puis foulés, ils sont impurs.
Rabbi Yo'hanan reste sur sa thèse du daf précédent : les liquides sont déposés dans le raisin, et l'impureté de l'aliment ne les gagne pas. Après consécration, une maala des kodashim les fait devenir impurs avec l'aliment.
Les raisins n'ont qu'une sainteté de parole. Un keli sharet ne consacre que ce qui lui est apte, comme l'autel, que le verset limite à l'ola. Rav Dimi en tire que la maala vaut aussi pour la parole, et dès lors pour les maalot du kodech en général.
Rav Yosef dit : tu parles de raisins ? Ici, nous traitons de raisins de teruma, dont la sainteté de parole est semblable à la sainteté d'un ustensile.
Mais celles-ci, qui exigent un ustensile, par la parole les rabbins n'ont pas institué de maala.
Rav Yosef refuse de transporter la maala des raisins vers l'eau de la fête. Le cas entendu vise des raisins de teruma. La teruma ne passe pas par un keli sharet : appeler son nom est sa consécration pleine. Cette parole-là est semblable à la sainteté d'un ustensile.
Les eaux de la fête, elles, exigent le keli pour la sainteté du corps. Une simple parole ne reçoit pas la maala. La question d'Abaye sur l'eau n'est donc pas tranchée par les raisins.
Il les a foulés, même en grande quantité ?! Et Rabbi Yo'hanan a-t-il dit cela ?
Or Rabbi Yo'hanan a dit : des raisins qui sont devenus impurs, on les foule moins que moins d'un kebeitza !
La formule 'il les a foulés' est sans limite. Elle semble permettre une grande quantité d'un seul coup, puis la consécration, avec un vin pur.
Or Rabbi Yo'hanan, au daf précédent, n'autorise le foulage que moins que moins d'un kebeitza. Au-dessus de cette mesure, la première goutte sort alors qu'il reste un kebeitza d'aliment : l'aliment impur rend le liquide impur. Les deux phrases du même maître se heurtent.
Si tu veux, dis : ici aussi, moins que moins d'un kebeitza. Et si tu veux, dis : là-bas, ils ont touché un rishon, de sorte qu'eux-mêmes sont sheni.
Ici, ils ont touché un sheni, de sorte qu'ils sont shelishi.
Deux réponses tiennent ensemble les deux phrases de Rabbi Yo'hanan. La première relit le cas d'ici : là aussi, on foule moins que moins d'un kebeitza.
La seconde distingue le degré. Là-bas, les raisins ont touché un rishon (sheretz, nevela, ou à plus forte raison un met) : ils sont sheni. Un sheni invalide la teruma, et il rend un liquide techila, premier degré, dès qu'un kebeitza d'aliment est encore là au sortir de la première goutte. Rachi retire de la leçon la phrase 'un sheni produit un shelishi dans la teruma' : le cas est du hullin. Dans la teruma, la maala rendrait de toute façon le liquide impur avec l'aliment.
Ici, les raisins ont touché un sheni. Gardés dans la pureté de la teruma, ils sont shelishi. L'aliment shelishi ne transmet rien au liquide. On peut donc fouler beaucoup, puis appeler le nom de teruma : le vin reste pur. Si le nom est appelé avant le foulage, la maala s'applique, et le liquide est traité comme l'aliment.
Rava dit : nous aussi, nous l'avons appris. 'Et il mettra sur lui de l'eau vive, dans un ustensile' : que leur vitalité soit dans l'ustensile. 'Et il mettra' : il en ressort qu'elles sont détachées. Et elles sont attachées !
Rava reprend la maala des kodashim à partir du verset des eaux de la hatat (Nombres 19:17). 'De l'eau vive, dans un ustensile' : la vitalité, l'eau courante de la source, doit entrer dans le keli même qui recevra la cendre. L'eau est alors attachée à la source.
'Et il mettra' se lit comme un versement : l'eau est détachée, puisée d'abord dans un autre ustensile. Les deux lectures sont dans le même verset. La page s'arrête sur cette tension.
Rachi dit d'emblée où Rava veut en venir : une maala des kodashim, même pour une sainteté de parole. Tossefot, sur le segment de la zeria, lit plutôt 'et il mettra' comme une susceptibilité à l'impureté malgré l'attache à la source.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).