Sougya : La page ouvre sur les mots de Rabbi Shimon, cités par Rav Sheshet à la fin du daf précédent : celui qui mange une nevela à Yom Kippour est exempt, car un interdit ne prend pas effet sur un interdit déjà là. Ravina voudrait maintenir la baraïta du tevel même selon les Sages, en lisant le mot seulement.
La Guemara écarte cette lecture : seulement n'est pas écrit, et la version claire reste celle de Rav Sheshet. Vient ensuite le'hem oni.
Rabbi Yossi haGelili y lit l'aninut et exclut le maaser sheni à Jérusalem. Rabbi Akiva lit le ketiv ani, pain du pauvre, et exclut la pâte au vin, à l'huile et au miel.
La lecture oni rejoint Shmuel : un pain sur lequel on répond beaucoup de paroles. Cette exclusion ne vaut que la première nuit.
Ensuite, la matza ashira se traite à part, et l'eau tiède est interdite à tous, à la différence des menahot gardées par les zerizim ou dans leur lieu, et de l'omer, korban du public. La page ferme sur les bikkurim : Rabbi Yossi haGelili les exclut par le verset des demeures, Rabbi Akiva par le hekesh avec le maror.
Celui qui mange une nevela le jour de Kippour est exempt.
Ces mots sont ceux de Rabbi Shimon, que Rav Sheshet citait à la fin de 35b. La baraïta du tevel suit son avis : ein issur ḥal al issur, un interdit ne prend pas effet sur un interdit déjà là.
Preuve : manger une nevela à Yom Kippour, en shogeg, n'oblige pas au hatat du jour. L'animal était déjà interdit. S'il meurt le jour même, l'interdit de ever min ha-haï le précédait.
Le Ri objecte : à la mort, ever min ha-haï cesse, et nevela et Yom Kippour arriveraient ensemble, cas que Rabbi Shimon reconnaît. Tossefot répondent par l'interdit continu de ce qui n'est pas abattu : il était là avant, et il n'a pas cessé.
Ravina a dit : même si tu dis les Sages. Celui dont l'interdit tient à "tu ne mangeras pas de hametz", seulement.
Est sorti celui-ci, dont l'interdit ne tient pas à "tu ne mangeras pas de hametz" seulement, mais aussi à "tu ne mangeras pas de tevel".
Ravina veut garder la baraïta même selon les Sages, pour qui un second interdit peut prendre effet. Selon eux, le hametz prendrait effet sur le tevel, et le verset semblerait l'inclure.
Il ajoute le mot seulement. On s'acquitte avec un aliment dont l'interdit, s'il lève, serait le hametz seul. Le tevel porte en plus "tu ne mangeras pas de tevel".
Est-ce que "seulement" est écrit ? La version claire est donc celle de Rav Sheshet.
Le mot seulement ne figure pas dans le verset. Rachi : le verset vise tout aliment sur lequel l'interdit du hametz s'applique.
La lecture de Ravina tombe. La version claire reste celle de Rav Sheshet : la baraïta est de Rabbi Shimon.
Les Sages ont enseigné : on pourrait penser qu'un homme s'acquitte de son obligation avec du maaser sheni à Jérusalem. Le verset enseigne : "le'hem oni", ce qui se mange dans l'aninut.
Est sorti celui-ci, qui ne se mange pas dans l'aninut, mais dans la joie. Paroles de Rabbi Yossi haGelili.
Maaser sheni à Jérusalem est permis à manger. On aurait pu s'en acquitter en matza.
Rabbi Yossi haGelili lit le'hem oni sur l'aninut, le deuil du jour. La matza de la mitsva doit pouvoir se manger quand on est onen. Le maaser sheni se mange dans la joie. Le verset de la confession dit : "je n'en ai pas mangé dans mon oni".
Rabbi Akiva dit : "matzot", "matzot", inclusion. S'il en est ainsi, que vient enseigner "le'hem oni" ?
À l'exclusion d'une pâte pétrie au vin, à l'huile et au miel.
Le redoublement matzot, matzot est un ribuy : il inclut. Le'hem oni ne sert plus à dire quelle matza acquitte.
Rabbi Akiva le garde pour une exclusion : la pâte au vin, à l'huile et au miel, la matza ashira, qui n'est pas le pain du pauvre.
Quelle est la raison de Rabbi Akiva ? Est-il écrit "le'hem oni" ?
C'est "ani" qui est écrit.
Rabbi Akiva refuse la lecture de l'aninut à cause du ketiv. Le mot est écrit ani, sans vav : le pauvre.
Rachi : un vav aurait fait entendre oni, le deuil. Le ketiv n'a pas ce vav.
Et Rabbi Yossi haGelili : est-ce que nous lisons "ani" ? Nous lisons "oni".
Et Rabbi Akiva : ce que nous lisons "oni", c'est comme Shmuel. Car Shmuel a dit : "le'hem oni", un pain sur lequel on répond beaucoup de paroles.
Rabbi Yossi haGelili répond par la kri : on lit oni, avec la voyelle de l'aninut, et non ani.
Rabbi Akiva donne une autre prise à cette lecture. Shmuel : le'hem oni, le pain sur lequel on répond beaucoup de choses. Rachi : on y achève le Hallel et l'on y dit la Haggada.
Tossefot : si l'on suit la lecture contre l'écrit, pourquoi, pour le loulav, personne ne lit kapot au pluriel ? Le Ri : le verset de l'etrog, pri etz hadar, ne parle que d'un. Là, tous derashent la masoret, la forme écrite.
Et Rabbi Akiva tient-il qu'une pâte pétrie au vin, à l'huile et au miel, non ? Or on a enseigné : on ne pétrit pas une pâte à Pessa'h au vin, à l'huile et au miel.
Et si l'on a pétri, Rabban Gamliel dit : qu'elle soit brûlée aussitôt. Et les Sages disent : qu'elle soit mangée.
Et Rabbi Akiva a dit : mon séjour était chez Rabbi Eliezer et Rabbi Yehochoua, et j'ai pétri pour eux une pâte au vin, à l'huile et au miel, et ils ne m'ont rien dit.
La question vise l'exclusion de Rabbi Akiva. S'il sort cette pâte du le'hem oni, comment a-t-il pétri ainsi pour Rabbi Eliezer et Rabbi Yehochoua ?
La baraïta parle d'abord du risque de levain. Rabban Gamliel : on brûle aussitôt. Les Sages : on peut garder, et manger. Rachi place la combustion au hol ha-moëd, pas le jour de fête. Face aux mei peirot, il lit un hametz nukshe : pas de karet, et un levain qu'on ne peut pas garder.
Sheviti : Rachi, mon séjour, un pèlerinage de Pessa'h. Le Roch, sur ce segment, reprend mei peirot, kittuf, première nuit, et le halut.
Et bien qu'on ne pétrisse pas, on en fait le kittuf. Nous en venons au premier tanna.
Et les Sages disent : ce avec quoi l'on pétrit, on en fait le kittuf. Et ce avec quoi l'on ne pétrit pas, on n'en fait pas le kittuf.
Et tous s'accordent : on ne pétrit pas la pâte à l'eau tiède.
La baraïta continue. Kittuf : enduire la surface de la pâte déjà aplatie. La phrase "nous en venons au premier tanna" est le stam : cette clause revient à celui qui interdit le pétrissage.
Les Sages lient les deux gestes. Ce qu'on peut pétrir, on peut en enduire. Ce qu'on ne pétrit pas, on n'en enduit pas. Tous interdisent l'eau tiède, qui hâte le hametz.
Sans difficulté. Ceci, au premier jour de fête.
Cela, au second jour de fête.
La Guemara sépare deux plans. L'exclusion de Rabbi Akiva vise le premier jour. Rachi : la première nuit, quand la matza est une obligation et qu'il faut le le'hem oni.
Le récit où il a pétri au vin, à l'huile et au miel vise le second jour. La mitsva de manger la matza ne s'impose plus. Reste l'interdit du hametz.
Comme Rabbi Yehochoua l'a dit à ses fils : le premier jour, ne me pétrissez pas au lait. À partir de là, pétrissez-moi au lait.
Or on a enseigné : on ne pétrit pas la pâte au lait, et si l'on a pétri, tout le pain est interdit, à cause de l'habitude de la faute. Disons plutôt ainsi : le premier jour, ne me pétrissez pas au miel.
À partir de là, pétrissez-moi au miel.
La Guemara appuie le partage des jours sur une parole de Rabbi Yehochoua à ses fils. La version au lait bute sur une baraïta de toute l'année : pâte au lait, tout le pain est interdit, hergel aveira, l'habitude de la faute. Rachi : on finirait par en manger avec de la viande.
La leçon retenue remplace le lait par le miel. Premier jour, non. Ensuite, oui.
Et si tu veux, dis : en réalité, au lait. Comme Ravina a dit : à la manière d'un bœuf, c'est permis.
Ici aussi, à la manière d'un bœuf.
Autre lecture : Rabbi Yehochoua a bien parlé de lait. Ravina permet une petite quantité, ke-ein tora, à la manière d'un bœuf.
Rachi : on la mange aussitôt, en une fois. On ne la garde pas, et l'on n'oublie pas qu'elle a été pétrie au lait.
Et tous s'accordent : on ne pétrit pas la pâte à l'eau tiède. En quoi est-ce différent des menahot ?
Car nous avons enseigné : toutes les menahot sont pétries à l'eau tiède, et on les garde, afin qu'elles ne lèvent pas. S'ils l'ont dit pour des zerizim, le diraient-ils pour ceux qui ne sont pas des zerizim ?
La clause sur l'eau tiède revient. Les menahot sont pourtant pétries à l'eau tiède, et on les garde du hametz.
Réponse : on l'a dit pour des zerizim, des gens vigilants. On ne le dit pas pour les autres. Rachi indique la leçon : les kohanim sont des zerizim.
S'il en est ainsi, qu'on les trempe aussi. Pourquoi Rabbi Zeira a-t-il dit, au nom de Rabba bar Yirmeya, au nom de Shmuel : le blé des menahot, on ne le trempe pas ?
Le pétrissage est chez les zerizim. Le trempage n'est pas chez les zerizim.
Si la vigilance des kohanim suffit, pourquoi ne pas tremper aussi le blé des menahot ? Shmuel l'interdit. Letita : un peu d'eau, puis le mortier, pour ôter le son et obtenir une solet nette.
Réponse : le pétrissage est fait chez les zerizim. Le trempage, non. Le non-kohen apporte le grain déjà en solet. Rachi détaille le pétrissage à l'eau tiède : plaque, poêle, four, dix galettes, puis l'émiettement.
Et le pétrissage, est-il chez les zerizim ? Or il est écrit : "il versera sur elle de l'huile", et la suite, "et il l'apportera au kohen".
Depuis le kometz et au-delà, c'est une mitsva de kehunah. Il a enseigné, au sujet de la versée et du mélange, qu'ils sont valables par tout homme.
Le verset place chez le kohen le travail depuis le kometz. La yetzika, la versée d'huile, et la belila, le mélange, sont valables par tout homme, même un non-kohen.
Le pétrissage ne serait donc pas réservé aux zerizim. Rachi : dans la minha cuite au four, versée et mélange viennent après pétrissage, cuisson et émiettement.
Le pétrissage : admettons qu'il ne soit pas chez les zerizim, il est dans le lieu des zerizim. Car le maître a dit : le mélange est valable par un non-kohen.
Hors du mur de la azara, il est invalide. Pour exclure le trempage, qui n'est ni chez les zerizim, ni dans le lieu des zerizim.
Le pétrissage n'est pas fait par les kohanim. Il se fait dans leur lieu, la azara. Un zar peut mélanger. Hors du mur de la cour, la minha est passoul.
Le trempage n'a aucune des deux prises : ni les zerizim, ni leur lieu. Tossefot : même la minha du four se pétrit dans la cour, près du four sacré, ou parce qu'on la mesure à l'issaron du sanctuaire.
Et en quoi est-ce différent de la minhat ha-omer ? Car on a enseigné : la minhat ha-omer, on la trempe et on l'entasse.
Le public est différent.
L'omer est trempé, et l'on entasse le grain. Shmuel interdit pourtant le trempage des autres menahot.
Tsibbur, le public, est différent. Rachi : korban du public, moisson, passage au feu et trempage se font sur ordre du beit din, par des zerizim.
Une autre lecture dirait que l'eau s'écoule et ne fait pas lever. Rachi l'écarte. La Tosefta dit qu'on trie, et si l'entassage suffisait, on tremperait aussi le blé des menahot.
Les Sages ont enseigné : on pourrait penser qu'un homme s'acquitte de son obligation avec des bikkurim. Le verset enseigne : "dans toutes vos demeures vous mangerez des matzot".
Une matza qui se mange dans toutes vos demeures. Sont sortis les bikkurim, qui ne se mangent pas dans toutes vos demeures, mais à Jérusalem.
Paroles de Rabbi Yossi haGelili.
Nouveau cas : des bikkurim de blé, par exemple apportés à un kohen à Jérusalem. On pourrait s'en acquitter, puisqu'il a le droit de les manger.
Rabbi Yossi haGelili lit "dans toutes vos demeures". La matza de la mitsva doit pouvoir se manger partout. Les bikkurim, seulement à Jérusalem.
Rabbi Akiva dit : matza et maror. De même que le maror n'est pas des bikkurim, de même la matza n'est pas des bikkurim.
Si l'on dit : de même que le maror est d'une espèce où il n'y a pas de bikkurim, de même la matza doit être d'une espèce où il n'y a pas de bikkurim.
Rabbi Akiva ne prend pas le verset des demeures. Il fait un hekesh entre matza et maror. Le maror n'entre pas dans les bikkurim. La matza des bikkurim non plus.
Rachi : on n'apporte les bikkurim que des sept espèces, la louange du pays. Le maror n'en est pas.
Le mot "si" pousse la comparaison d'un cran : une espèce qui n'a jamais de bikkurim. La page s'arrête sur cette poussée. Tossefot écartent l'olive : le maror suit la matza, une espèce de semences, et l'amertume citée est celle de l'arbre, pas du fruit.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).