Sougya : La page continue l'échaudage : deux grains de blé ensemble, l'un peut se loger dans la fente de l'autre et l'eau bouillante n'atteint plus les quatre côtés. Abaye interdit de rôtir deux épis ensemble ; Rava y voit des mei perot, qui ne font pas lever, et Abaye se rétracte pour l'eau qui ne fait que s'égoutter.
Une baraïta interdit de tremper l'orge à Pessa'h lorsque le grain se fend : Mar Oukva et Shmuel définissent la fente, Rabbi Yossi propose le vinaigre. Rabba réserve l'abstention au baal nefech, pour le blé ferme.
Rava passe de l'interdit à la permission, puis à la mitsva, à cause de : Vous garderez les matzot. Il maintient la garde depuis la moisson jusqu'à la fin.
Deux grains de blé ensemble, de peur que l'un n'aille se poser dans la fente de l'autre, que la colonne d'eau ne monte pas sur eux des quatre côtés, et qu'il n'arrive au levain.
Suite de Rav Yosef, au bas du daf précédent : qu'on n'échauda pas deux grains ensemble. Si l'un se loge dans la fente (tzira) de l'autre, la colonne d'eau bouillante (dikoula, Rachi : l'ébullition) n'atteint plus les quatre côtés. La halita reste incomplète, et le grain peut lever.
Rachi : on les passe un par un. La fente est celle d'un éclat qui fend les outres, à Avoda Zara 30a.
Et Abaye a dit : qu'un homme ne rôtisse pas deux épis ensemble, de peur que de l'eau ne sorte de l'un et que l'autre ne l'absorbe, et qu'il n'arrive au levain. Rava lui a dit : s'il en est ainsi, même un seul, de peur que de l'eau ne sorte de cette extrémité et que l'autre extrémité ne l'absorbe.
Mais Rava a dit : ce sont des mei perot, et les mei perot ne font pas lever.
Autre geste : rôtir deux épis. L'humidité qui sort de l'un peut être bue par l'autre. Rava : le même raisonnement interdirait un seul épi, d'un bout à l'autre. Cette eau compte donc comme mei perot, jus de fruit, et les mei perot ne font pas lever.
Le Roch déroule le débat : mei perot seuls, ou mêlés d'eau. Rabbeinou Tam : sans eau, aucun levain. Avec de l'eau, la pâte se hâte de lever, et c'est un hametz nukshé. Il retient l'avis des Sages, contre l'élargissement de Rav Alfas.
Et Abaye s'est rétracté de cela, car tout ce qui ne fait que s'égoutter ne lève pas. Car Abaye a dit : ce pot d'avishona, renversé, c'est permis ; dressé, c'est interdit.
Rava a dit : même dressé, c'est aussi permis. Ce sont des mei perot, et les mei perot ne font pas lever.
Abaye retire l'interdit des deux épis. Tant que le liquide ne fait que s'égoutter, il ne fait pas lever. Le pot d'avishona le montre : renversé, l'eau du kali sort, c'est permis ; dressé, elle revient dans le grain, Abaye l'interdit.
Rachi : le cas renversé prouve la rétractation, car ces épis aussi laissent couler de l'eau. Rava permet même le pot dressé : encore des mei perot.
Les Sages ont enseigné : on ne trempe pas l'orge à Pessa'h. Et si l'on a trempé, si les grains se sont fendus, ils sont interdits ; s'ils ne se sont pas fendus, ils sont permis.
Nouvelle baraïta, la létita : tremper le grain pour en ôter le son. L'orge trempée qui se fend sous le gonflement est interdite : elle se hâte de lever. Le grain qui ne se fend pas reste permis.
Rabbi Yossi dit : on les met à tremper dans le vinaigre, et le vinaigre les resserre. Shmuel a dit : la halakha ne suit pas Rabbi Yossi.
Rabbi Yossi : dès qu'on voit le gonflement, on passe le grain au vinaigre. Le vinaigre le resserre (Rachi : astreint) et arrête le levain. Shmuel : la halakha ne suit pas cet avis.
Rav Hisda a dit au nom de Mar Oukva : non pas qu'ils se soient réellement fendus, mais tout grain tel que, si on le pose sur l'ouverture d'une barrique, il se fend de lui-même. Et Shmuel a dit : ils se sont réellement fendus.
Shmuel a agi en pratique à Doura, de la maison de bar Hashou : réellement fendus.
Que veut dire fendu ? Mar Oukva : même le grain qui se fendrait seul, posé sur une barrique de vin. Rachi : il ne tient pas devant l'odeur du vin. Shmuel : seule la fente réelle interdit. Il a jugé ainsi à Doura, chez bar Hashou.
Tossefot a une autre leçon : le tuyau des torréfacteurs, percé, où le feu fait éclater le grain. Le Ri l'a trouvée au nom de Rabbeinou Tam. Le mot kalaïm vise ici les gens du kali, pas les kilayim.
Rabba a dit : un baal nefech ne trempera pas. Pourquoi précisément un baal nefech ?
Tout le monde aussi, puisqu'on a enseigné : on ne trempe pas l'orge à Pessa'h. Voici ce qu'il dit : un baal nefech, même du blé ferme, ne trempera pas.
Rabba : un baal nefech, un homme scrupuleux, ne trempe pas. La Guemara objecte : tout le monde est déjà visé, puisque l'orge est interdite. Réponse : la scrupule porte sur le blé ferme, plus dur que l'orge, plus lent à lever. Rachi : la leçon est Rabba. Baal nefech : un pieux.
Le Roch, faute de décision explicite entre Mar Oukva et Shmuel, va à la rigueur pour manger le grain tel quel, et à l'indulgence quand deux ou trois grains non fendus sont trouvés dans un plat, le hametz au mashehu étant alors rabbinique. De nos jours, dit-il, on ne trempe plus : on n'est plus expert, et plus personne ne sait échauder.
Rav Nahman lui a dit : qui écoute Abba mange du pain moisi. Car chez Rav Houna on trempe, et chez Rava bar Avin on trempe.
Et Rava a dit : il est interdit de tremper.
Rav Nahman à Rabba, qu'on appelle Abba : suivre cette scrupule, c'est manger du pain moisi. Sans trempage, la fleur de farine ne vient pas nette. Chez Rav Houna et chez Rava bar Avin, on trempe.
Rava interdit le trempage pour tout le monde, au-delà de la conduite du baal nefech.
Mais ce qu'on a enseigné : on ne trempe pas l'orge à Pessa'h. C'est l'orge que l'on ne trempe pas, et le blé est permis.
Il parle sur le mode : il n'est pas besoin de le dire. Il n'est pas besoin de le dire pour le blé, puisqu'il a une fente : l'eau y entre.
Mais l'orge, qui est lisse, on aurait dit que c'est bien. Il nous l'apprend.
Objection à Rava, qui interdit tout trempage. La baraïta ne nomme que l'orge : le blé serait donc permis. Réponse : elle parle en lo miba'eya, "inutile de le dire". Le blé, avec sa fente, boit l'eau : son interdit va de soi. L'orge est lisse. On aurait pu la permettre. La baraïta apprend qu'elle aussi est interdite.
Rava est revenu et a dit : il est permis de tremper. Car on a enseigné : on s'acquitte avec un pain fin et avec le hadraa, et un pain fin est impossible sans trempage.
Rava se rétracte : le trempage est permis. On s'acquitte avec la pat nekiya, le pain fin, et avec le hadraa, le pain grossier (Rachi : kibar, qui garde le son). Le pain fin ne s'obtient pas sans letita : il faut tremper pour ôter le son.
Rav Papa a objecté à Rava : les farines et les fleurs de farine des non-Juifs, celles des villages sont pures, et celles des villes sont impures.
Rav Papa objecte. Farine et solet des non-Juifs : pures dans les villages, impures dans les villes. Le contact de l'eau rend le grain susceptible à l'impureté, puis le toucher d'un non-Juif l'impurifie. Au village, on ne trempe pas, et pourtant le texte dit solet. Donc une fleur de farine sans trempage est possible, contre la raison nouvelle de Rava.
Celles des villages, quelle en est la raison ? N'est-ce pas parce qu'ils ne trempent pas ?
Et il l'appelle solet !
Le nerf de l'objection. La pureté des villages s'explique par l'absence de trempage. Le texte n'en appelle pas moins cela de la solet. Le pain fin sans letita existe donc.
Interprète-la de la farine. Après qu'il fut sorti, il a dit : pourquoi ne lui ai-je pas dit ce que Rabbi Zeira a dit au nom de Rav Yirmeya au nom de Shmuel : le blé des menahot, on ne le trempe pas, et on l'appelle solet.
Rava répond : la distinction pur / impur vise la farine ordinaire, pas la solet. La solet, elle, est toujours trempée, donc toujours susceptible.
Sorti de la maison d'étude, Rav Papa se reproche une meilleure preuve, celle de Shmuel : le blé des menahot ne se trempe pas, et la Torah l'appelle pourtant solet. Tossefot : si la réponse ne porte que sur la farine, pourquoi la baraïta nomme-t-elle les solet ? Chaque membre vise son cas.
Rava est revenu et a dit : c'est une mitsva de tremper, car il est dit : Vous garderez les matzot. Si le trempage n'était pas exigé, la garde, pour quoi faire ?
Si c'est la garde du pétrissage, la garde du pétrissage n'est pas une garde.
Deuxième rétractation. Le trempage est une mitsva. Le verset Vous garderez les matzot suppose un moment où la garde a un sens. Sans letita, que garderait-on ?
Si l'on répond : la garde au pétrissage, Rava refuse. Une garde qui commence seulement là, alors que rien n'a été gardé avant, ne compte pas. Rachi : sans garde préalable, ce n'est pas une garde.
Car Rav Houna a dit : les pâtes des non-Juifs, un homme en remplit son ventre, à condition de manger un kezayit de matza à la fin. À la fin, oui.
Au début, non.
Preuve tirée de Rav Houna. Des pâtes de non-Juifs dont on voit qu'elles n'ont pas levé (ni cornes de sauterelles, ni faces blanchies : signes de fissure et de seor) : on peut s'en remplir. Le kezayit de mitsva, lui, se mange à la fin, et ce doit être une matza gardée pour son nom.
Le diyuk : à la fin, oui ; au début, non. Rachi : la fin, c'est la matza mangée avec le sacrifice de Pessa'h, sur la satiété. On ne clôt pas le repas après le Pessa'h par un afikoman.
Quelle est la raison ? Parce qu'on ne leur a pas fait de garde.
Qu'on lui fasse une garde depuis la cuisson et au-delà ! On en déduit donc : la garde dès l'origine est exigée.
Pourquoi ces pâtes ne comptent-elles pas pour la mitsva ? Faute de shimur, de garde. On pourrait garder seulement depuis la cuisson : étaler, détacher les bords, enfourner. La Guemara en tire que la garde est exigée dès l'origine, donc dès le trempage.
Rachi fixe la leçon : "quelle est la raison : on ne lui a pas fait de garde". On ne lit pas une formule "si l'on dit".
Et d'où le sait-on ? Peut-être que là c'est différent : au moment où elle entre dans la garde, on ne lui a pas fait de garde.
Mais là où, au moment où elle entre dans la garde, on lui fait une garde, ainsi aussi la garde du pétrissage est une garde.
La preuve est écartée. Les pâtes des non-Juifs ont un défaut précis : à l'heure où la garde commence, personne ne l'a faite. Cette heure, dit Rachi, est la mise de l'eau dans la farine, car c'est l'eau qui fait lever.
Si, au moment où l'on verse l'eau, on garde, la garde du pétrissage pourrait suffire. On n'a donc pas prouvé qu'il faille une garde encore avant.
Et même ainsi, Rava ne s'est pas rétracté. Car il disait à ceux qui retournent les gerbes : quand vous retournez, retournez pour la mitsva.
Il en ressort qu'il tient : la garde dès l'origine, de son début jusqu'à sa fin, est exigée.
Sans appui dans la preuve, Rava reste sur sa position. Il dit aux gens qui retournent les gerbes (kifei, Rachi : on les lie à la moisson) : retournez-les pour la mitsva. La garde va donc de l'origine jusqu'à la fin.
Tossefot : cela prouve une garde dès le champ, pas encore que le trempage soit une mitsva. Réponse : la garde sert à empêcher le levain. Rava n'exigerait pas de garde sur l'aire, dès le grain, s'il n'y avait pas déjà un risque de levain au stade du grain, comme la letita.
Mar, fils de Ravina
Le récit s'ouvre sur ce nom. La phrase continue au daf suivant.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).