Sougya : La page s'ouvre sur Mar fils de Ravina : sa mère garde le blé de Pessa'h dans des auges dès la moisson. Un bateau de blé coule dans le Hishta avant Pessa'h.
Rava permet d'abord de le vendre aux non-Juifs. Rabba bar Livaï objecte par le vêtement de kilayim perdu, et Rava revient à une vente kav par kav, afin que le blé soit mangé avant la fête.
Une baraïta règle la mélila de la marmite : farine puis vinaigre, ou, selon Rabbi Yehouda, vinaigre d'abord, parce que le vinaigre cuit. Oula interdit les deux ordres.
La michna suivante interdit la farine dans le harosset et la moutarde, la cuisson du pesah dans les liquides et les mei perot, et fait verser l'eau du boulanger. Rav Kahana réserve le désaccord à la moutarde.
Dans le harosset, on brûle aussitôt. La halakha suit les Sages.
Sa mère lui ramassait du blé dans des auges.
La phrase commence à la fin de 40a : Mar fils de Ravina. Sa mère recueille le blé dès la moisson et le tient à part dans des auges. C'est un shimur depuis l'origine, la garde que Rava exige avant même le pétrissage.
Il y eut un bateau de blé qui coula dans le Hishta. Rava permit de le vendre aux non-Juifs.
Le blé a séjourné dans l'eau du fleuve. Rava permet d'abord de le vendre à des non-Juifs, avant Pessa'h. L'objection vient au segment suivant.
Rabba bar Livaï objecta à Rava : un vêtement dans lequel du kilayim s'est perdu, on ne le vend pas à un non-Juif, et on n'en fait pas une housse pour un âne. Mais on en fait des linceuls pour un mort.
Le kilayim perdu ne se voit pas, comme le levain de ce blé noyé. Vendre au non-Juif ouvrirait un retour vers un Israélite. La housse d'âne resterait à portée : on en recoudrait une pièce. Les linceuls sortent de l'usage : les vêtements du mort sont assur be-hanaa, interdits de jouissance, et le mort est quitte des mitsvot.
Le Ri limite l'interdit de la housse au kilayim perdu. Un kilayim connu peut faire housse, coussin ou oreiller, sans toucher la chair. Rabbeinou Tam réserve le poids de lo'eg la-rash aux tsitsit, qui équivalent à toutes les mitsvot. Le Roch rapporte l'objection de Rabbeinou Ephraïm : le grain qui n'a pas éclaté. La réponse sépare la létita qu'on travaille, et le blé laissé au repos.
À un non-Juif, pour quelle raison non ? N'est-ce pas parce qu'il le revend à un Israélite ?
La Guemara nomme le motif de la baraïta. Le non-Juif revend à un Israélite. Le blé noyé tombe sous la même crainte : son levain ne se voit pas.
Rava revint et dit : qu'on le leur vende kav par kav, à des Israélites, afin que cela s'épuise avant Pessa'h.
Rava retire la vente aux non-Juifs. Le kav est une petite mesure. Réparti entre plusieurs Israélites, le blé est mangé avant Pessa'h, et personne n'en garde une masse jusqu'à la fête.
Les Sages ont enseigné : on ne fait pas de mélila dans la marmite à Pessa'h. Celui qui veut en faire met la farine, puis met le vinaigre.
Et il y en a qui disent : il met même le vinaigre, puis il met la farine.
La mélila est l'apport de farine dans un mets, pour l'épaissir. À Pessa'h, cette farine peut lever au contact du liquide. Le premier avis met la farine, puis le vinaigre, qui cuit et bloque le levain. Le yech omrim permet même l'ordre inverse : le vinaigre déjà dans le mets cuit encore la farine.
Le Roch enchaîne avec Oula, qui interdit les deux, puis avec les hasisi, permis parce que Rava s'en servait. Il les décrit comme des produits cuits, moulus, recuits dans l'eau. L'Arukh y voit de la farine de lentilles.
Qui est le yech omrim ?
La Guemara cherche le tanna de l'avis qui permet le vinaigre avant la farine. Rav Hisda répond au segment suivant.
Rav Hisda a dit : c'est Rabbi Yehouda. Car nous avons appris : l'ilpas et la marmite qu'on a retirés bouillants, on n'y met pas d'épices.
Mais on en met dans l'écuelle ou dans le tamhui. Rabbi Yehouda dit : dans tout il en met, sauf dans une chose qui contient du vinaigre et de la saumure.
La michna est de Chabbat. Un kli rishon retiré bouillant cuit encore : pas d'épices dedans. Une écuelle, kli sheni, ne cuit pas. Rabbi Yehouda étend la permission à tout kli sheni, et en retire le mets qui contient du vinaigre ou de la saumure : ces liquides cuisent, même s'ils étaient déjà là. D'où le yech omrim de la mélila : le vinaigre, mis d'abord, cuit la farine.
Tossefot refusent d'en tirer que l'irui vaudrait un kli sheni. Même selon Shmuel, tataa gavar, le versement cuit kedei klipa, l'épaisseur d'une pelure. Un ustensile qui a absorbé davantage ne se purge pas par ce seul versement. Le Ri distingue le trempage d'un aliment, qui a l'air de cuire, et les épices, qui relèvent le goût. Dans le Yerushalmi, Rabbi Yona tient l'irui pour un kli rishon. Rabbi Assi bar Boun lui oppose le vase de cuivre, aligné sur l'argile par la baraïta.
Et établissons-le selon Rabbi Yossi. (Car nous avons appris :) Rabbi Yossi dit : on les trempe dans le vinaigre, et le vinaigre les contracte !
Autre candidat pour le yech omrim. À 40a, Rabbi Yossi fait tremper le grain dans le vinaigre, et le vinaigre le contracte, donc l'empêche de lever. La Guemara demande pourquoi ne pas rattacher l'avis à lui.
Lorsque nous avons appris Rabbi Yossi, ces paroles valent lorsqu'il est en nature. Mais par un mélange, non.
Be-ein : le vinaigre agit seul, sur le grain entier, et le contracte. Dans la mélila, le vinaigre est déjà dilué dans le mets. Rabbi Yossi n'a pas dit que cette force tient encore. Le yech omrim reste Rabbi Yehouda.
Oula a dit : l'un et l'autre sont interdits, à cause de : "Va, va, dit-on au nazir, contourne, contourne, n'approche pas de la vigne."
Oula ferme les deux ordres. Le motif est l'éloignement, le proverbe du nazir : on contourne la vigne au lieu d'en longer la clôture. La mélila au vinaigre reste trop près du levain.
Rav Papi a permis aux bordekei de la maison du resh galouta d'épaissir une marmite avec des hasisi. Rava a dit : y a-t-il quelqu'un qui permette pareille chose dans un endroit où les serviteurs sont nombreux ?
Il y en a qui disent : Rava lui-même épaississait sa marmite avec des hasisi.
Deux versions. Dans l'une, Rava s'oppose à Rav Papi : chez le chef de l'exil, les serviteurs multiplient les relâchements. Permettre les hasisi ouvre alors la voie à une farine qui lève. Dans l'autre, Rava lui-même pratique la chose.
Rachi lit hasisi comme la farine d'avishona. Tossefot rappellent l'interdit de 39b, sans voix divergente, et suivent l'Arukh : farine de lentilles.
Michna. On ne met pas de farine dans le harosset ni dans la moutarde.
Si l'on en a mis, on le mange aussitôt. Et Rabbi Meir interdit.
Le harosset est une sauce aigre, avec du vinaigre, où l'on trempe la viande. La farine en adoucit le goût, puis elle lève. La michna interdit de la mettre, dans le harosset comme dans la moutarde. Après coup, on mange aussitôt. Rabbi Meir interdit même cela.
On ne cuit pas le pesah, ni dans des liquides ni dans des mei perot. Mais on l'enduit et on le trempe dedans.
Le pesah, l'offrande pascale, se rôtit. Le verset écarte le na et le cuit à l'eau. La michna étend l'interdit aux liquides et aux mei perot (jus de fruits). Deux gestes restent ouverts : enduire pendant la rôtissure, tremper au moment du repas.
L'eau d'usage du boulanger, on la verse, parce qu'elle fait lever.
Le boulanger trempe ses mains dans cette eau en travaillant la matsa. De la pâte s'y mêle. Laissée, elle fait lever. La michna dit de la verser.
Guemara. Rav Kahana a dit : le désaccord porte sur la moutarde.
Mais dans le harosset, de l'avis de tous, on le brûle aussitôt.
Rav Kahana place le désaccord sur la seule moutarde. Elle est assez forte pour retenir la farine le temps de la manger. Le harosset, moins âcre, laisse lever tout de suite : tout le monde dit de brûler.
Le Roch ajoute la halakha, celle des Sages, puis les deux baraïtot sur l'eau du boulanger. Eau abondante qui s'amasse : on verse sur une pente, pas dans un bassin. Eau peu abondante, qui ne s'amasse pas : le bassin reste ouvert. Rav Alfas ne cite que la pente, faute d'une mesure claire de l'abondance.
Et on enseigne aussi ainsi : on ne met pas de farine dans le harosset, et si l'on en a mis, on le brûle aussitôt. Dans la moutarde, Rabbi Meir dit : on le brûle aussitôt, et les Sages disent : on le mange aussitôt.
Rav Houna fils de Rav Yehouda a dit que Rav Nahman a dit que Shmuel a dit : la halakha suit les paroles des Sages. Rav Nahman bar Yitzhak dit à Rav Houna fils de Rav Yehouda :
La baraïta détache les deux cas, comme Rav Kahana. Harosset : brûler aussitôt. Moutarde : Rabbi Meir brûle, les Sages font manger aussitôt. Shmuel tranche comme les Sages. La question de Rav Nahman bar Yitzhak s'ouvre ici et continue à 41a.
Le Roch cite une formulation où Rabbi Yehouda dit de brûler aussitôt. Il rattache l'interdit de la farine à un peu d'eau déjà mêlée au harosset ou à la moutarde. Sans eau, les mei perot ne font pas lever.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).