Pesachim 40b - Blé noyé, mélila, et farine dans le harosset

Pesachim 40b

Sougya : La page s'ouvre sur Mar fils de Ravina : sa mère garde le blé de Pessa'h dans des auges dès la moisson. Un bateau de blé coule dans le Hishta avant Pessa'h.

Rava permet d'abord de le vendre aux non-Juifs. Rabba bar Livaï objecte par le vêtement de kilayim perdu, et Rava revient à une vente kav par kav, afin que le blé soit mangé avant la fête.

Une baraïta règle la mélila de la marmite : farine puis vinaigre, ou, selon Rabbi Yehouda, vinaigre d'abord, parce que le vinaigre cuit. Oula interdit les deux ordres.

La michna suivante interdit la farine dans le harosset et la moutarde, la cuisson du pesah dans les liquides et les mei perot, et fait verser l'eau du boulanger. Rav Kahana réserve le désaccord à la moutarde.

Dans le harosset, on brûle aussitôt. La halakha suit les Sages.

Blé coulé dans le Hishta, avant Pessa'h Rava, premier avis Vendre ce blé aux non-Juifs. Objection de Rabba bar Livaï Vêtement où un kilayim s'est perdu : on ne le vend pas à un non-Juif. Il le revendrait à un Israélite, et l'interdit ne se voit pas. Même crainte pour ce blé : le levain ne se reconnaît pas. Rava revient Vendre kav par kav, à des Israélites distincts. Tout est mangé avant Pessa'h. Rabbeinou Ephraïm : les grains n'ont pas éclaté Létita qu'on travaille Le blé qu'on trempe et qu'on manie ne lève qu'une fois éclaté. Blé du bateau, au repos Ce blé est resté dans l'eau. Dès qu'il repose, il arrive au levain. La règle de l'éclatement vise la létita. Elle ne couvre pas le blé laissé. D'où l'interdit, puis la vente en petites mesures.
Rava permet d'abord la vente aux non-Juifs, puis, après le kilayim, la vente kav par kav. Rabbeinou Ephraïm : la létita travaillée ne lève qu'à l'éclatement ; le blé au repos lève dès qu'il repose.
Mélila de la marmite à Pessa'h Mettre de la farine dans le mets. Le vinaigre, dit Rachi, cuit et empêche le levain. Baraïta, premier avis D'abord la farine. Ensuite le vinaigre. Le vinaigre cuit la farine. Il ne la laisse pas lever. Sans cela, la mélila est interdite. Yech omrim Même le vinaigre d'abord, puis la farine. Rav Hisda : Rabbi Yehouda. Le vinaigre déjà dans le mets cuit encore ce qu'on y met. Comme les épices à Chabbat. Oula Les deux ordres sont interdits. Proverbe du nazir : contourne, contourne, n'approche pas de la vigne. On s'éloigne du levain. Pourquoi pas Rabbi Yossi Rabbi Yossi : on trempe le grain dans le vinaigre, et le vinaigre le contracte. Cela vaut lorsque le vinaigre est be-ein, en nature, sur le grain entier. Dans un mélange, sa force ne tient plus. Le yech omrim reste Rabbi Yehouda. Hasisi : le Roch les permet, car Rava lui-même s'en servait. Voir le segment. Rachi : farine d'avishona. Arukh et Ri : farine de lentilles.
Mélila : farine puis vinaigre, ou vinaigre d'abord selon Rabbi Yehouda. Oula interdit les deux. Rabbi Yossi ne vaut que pour le vinaigre en nature.
Michna : trois interdits de levain et de cuisson Farine dans le harosset Rav Kahana : tout le monde. Si l'on en a mis : on brûle aussitôt. Le harosset est moins fort. La farine lève vite, et elle émousse le goût. La baraïta le confirme. Farine dans la moutarde La moutarde est forte. Elle ne laisse pas lever vite. Sages : manger aussitôt. Rabbi Meir : brûler aussitôt. Halakha : les Sages. Shmuel, rapporté par Rav Nahman et Rav Houna. Le pesah Cuire dans un liquide ou un mei perot : interdit. Enduire pendant la rôtissure : permis. Tremper en mangeant : permis. Verset : ni na, ni cuit à l'eau. Eau du boulanger Eau où il refroidit ses mains en façonnant la matsa. On la verse : elle fait lever. Pente, ou bassin, selon qu'elle s'amasse ou non. Voir le Roch. Le Roch : l'interdit de la farine vise un peu d'eau déjà mêlée. Sans eau, les mei perot ne font pas lever. Rav Alfas ne retient que le versement sur une pente.
Harosset : brûler aussitôt. Moutarde : la halakha suit les Sages, manger aussitôt. Le pesah se rôtit. L'eau du boulanger se verse.
1
מְנַקְּטָא לֵיהּ אִימֵּיהּ בְּאַרְבֵי.

Sa mère lui ramassait du blé dans des auges.

📜 Rachi (2)
מְנַקְּטָא לָהּ אִימֵּיהּ חִיטִּין מִתְּחִלַּת קָצִיר לְצֹורֶךְ הַפֶּסַח וְעָבְדָא לְהוּ שִׁימּוּר מֵעִיקָּרָא:
Sa mère lui ramassait : du blé, dès le début de la moisson, pour Pessa'h, et elle lui faisait un shimur (garde en vue de la matsa) dès l'origine.
בְּאַרְבֵי מָלֵא עֲרֵיבָה אוֹ עֲרֵיבוֹת הַרְבֵּה וּמַצְנִיעָתָן לְבַדָּם לְצֹורֶךְ הַפֶּסַח:
Dans des auges : une auge pleine, ou de nombreuses auges, et elle les met de côté, à part, pour Pessa'h.
💡 Explication

La phrase commence à la fin de 40a : Mar fils de Ravina. Sa mère recueille le blé dès la moisson et le tient à part dans des auges. C'est un shimur depuis l'origine, la garde que Rava exige avant même le pétrissage.

2
הָהוּא אַרְבָּא דְחִיטֵּי דִּטְבַעָא בְּחִישְׁתָּא, שַׁרְיָא רָבָא לְזַבּוֹנֵי לְגוֹיִם.

Il y eut un bateau de blé qui coula dans le Hishta. Rava permit de le vendre aux non-Juifs.

📜 Rachi (1)
חִישְׁתָא שֵׁם הַנָּהָר. טָבְעָה קֹודֶם הַפֶּסַח וְהָיוּ בָּהּ חִיטִּין:
Hishta : nom du fleuve. Il a coulé avant Pessa'h, et il y avait du blé dedans.
💡 Explication

Le blé a séjourné dans l'eau du fleuve. Rava permet d'abord de le vendre à des non-Juifs, avant Pessa'h. L'objection vient au segment suivant.

3
אֵיתִיבֵיהּ רַבָּה בַּר לֵיוַאי לְרָבָא: בֶּגֶד שֶׁאָבַד בּוֹ כִּלְאַיִם — הֲרֵי זֶה לֹא יִמְכְּרֶנּוּ לְגוֹי, וְלֹא יַעֲשֶׂה בּוֹ מַרְדַּעַת לַחֲמוֹר. אֲבָל עוֹשִׂין אוֹתוֹ תַּכְרִיכִין לְמֵת.

Rabba bar Livaï objecta à Rava : un vêtement dans lequel du kilayim s'est perdu, on ne le vend pas à un non-Juif, et on n'en fait pas une housse pour un âne. Mais on en fait des linceuls pour un mort.

📜 Rachi (4)
שֶׁאָבַד בּוֹ כִּלְאַיִם שֶׁנֶּאֱרַג בּוֹ חוּט שֶׁל כִּלְאַיִם וְאֵינוֹ נִיכָּר:
Dans lequel du kilayim s'est perdu : un fil de kilayim (mélange interdit de laine et de lin) y a été tissé, et il n'est pas reconnaissable.
הֲרֵי זֶה לֹא יִמְכְּרֶנּוּ לְנָכְרִי דְּהוֹאִיל וְאֵין כִּלְאַיִם שֶׁבּוֹ נִיכָּרִים אָתֵי לְזָבוֹנֵיהּ הַאי נָכְרִי לְיִשְׂרָאֵל וּלְבִישׁ לְהוּ יִשְׂרָאֵל וְלָאו אַדַּעְתֵּיהּ:
On ne le vend pas à un non-Juif : puisque le kilayim qui s'y trouve n'est pas reconnaissable, ce non-Juif en viendrait à le vendre à un Israélite, l'Israélite le porterait, et il n'y penserait pas.
וְלֹא יַעֲשֶׂנּוּ מַרְדַּעַת דִּילְמָא הֲדַר שְׁקִיל לֵיהּ מֵהָתָם וְתוֹפְרוֹ בְּאֶחָד מִבְּגָדָיו:
Et on n'en fait pas une housse : de peur qu'il ne le reprenne de là et ne le couse sur l'un de ses vêtements.
אֲבָל עוֹשֶׂה אוֹתוֹ תַּכְרִיכִין לְמֵת דְּמֵהָתָם תּוּ לָא שְׁקִיל לֵיהּ דְּבִגְדֵי הַמֵּת אֲסוּרִין בַּהֲנָאָה וּמֵת אֵין מִצְוֹת נוֹהֲגוֹת בּוֹ דֻּכְתִּי' בַּמֵּתִים חָפְשִׁי כֵּיוָן שֶׁמֵּת אָדָם נַעֲשָׂה חָפְשִׁי מִן הַמִּצְוֹת (שַׁבָּת ל.) וְהָנֵי חִיטֵּי כֵּיוָן דְּלָא מִינְכַּר חִימּוּץ דִּידְהוּ אָתֵי הַאי נָכְרִי וַהֲדַר מְזַבֵּין לְהוּ לְיִשְׂרָאֵל:
Mais on en fait des linceuls pour un mort : de là, il ne le reprendra plus, car les vêtements du mort sont interdits de jouissance. Et les mitsvot ne s'appliquent pas au mort, comme il est écrit : "parmi les morts, libre" (Tehilim 88, 6). Dès qu'un homme meurt, il devient libre des mitsvot (Chabbat 30a). Et ce blé : puisque son levain n'est pas reconnaissable, ce non-Juif en viendrait à le revendre à un Israélite.
🗂️ Tossefot (2)
לֹא יַעֲשֶׂנּוּ מַרְדַּעַת לַחֲמוֹר אוֹמֵר רִ"י דְּדַוְקָא בְּכִלְאַיִם אֲבוּדִים אָסוּר לַעֲשׂוֹת מֵהֶן מַרְדַּעַת שֶׁמָּא יַעֲשֶׂנּוּ טְלַאי עַל בִּגְדוֹ וְלֹא יִזָּהֵר נָמֵי שֶׁלֹּא יִגַּע בִּבְשָׂרוֹ אֲבָל בְּכִלְאַיִם יְדוּעִים שָׁרִי כִּדְאָמְרִי' בְּמַסֶּכֶת כִּלְאַיִם (פ"ט מ"ד) מַרְדַּעַת הַחֲמוֹר אֵין בָּהּ מִשּׁוּם כִּלְאַיִם וּמֻותָּר לַעֲשׂוֹת מֵהֶן כַּר וְכֶסֶת וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יִגַּע בַּבָּשָׂר אע"ג דְּאָמְרִינַן בפ"ק דְּבֵיצָה (דַּף יד:) אַפֵּי' עֶשֶׂר מַצָּעוֹת זוֹ עַל גַּב זוֹ אָסוּר שֶׁמָּא תִּכָּרֵךְ לוֹ נִימָא עַל בְּשָׂרוֹ שֶׁמָּא כַּר וְכֶסֶת וּמַרְדַּעַת אֵין רְגִילִין לִיכָּרֵךְ כָּל כָּךְ:
On n'en fait pas une housse pour un âne. Le Ri dit : c'est seulement pour un kilayim perdu qu'il est interdit d'en faire une housse, de peur qu'on en fasse une pièce sur son vêtement, et qu'on ne prenne pas garde non plus à ce qu'elle ne touche pas sa chair. Pour un kilayim connu, c'est permis, comme nous le disons dans le traité Kilayim (chapitre 9, michna 4) : la housse de l'âne n'a pas d'interdit de kilayim. Et il est permis d'en faire un coussin et un oreiller, à condition que cela ne touche pas la chair. Bien que nous disions au premier chapitre de Beitsa (14b) : même dix matelas l'un sur l'autre, c'est interdit, de peur qu'un fil ne s'enroule sur sa chair. Peut-être le coussin, l'oreiller et la housse n'ont-ils pas coutume de s'enrouler autant.
אֲבָל עוֹשֵׂהוּ תַּכְרִיכִין לְמֵת וא"ת וְהָא אִיכָּא לוֹעֵג לָרָשׁ וְגוֹ' וּבְפֶרֶק הַתְּכֵלֶת (מְנָחוֹת דַּף מא.) אָמַר רַב טוֹבִי בַּר קִיסְנָא אָמַר שְׁמוּאֵל כְּלֵי קֻופְסָא חַייָּבִין בְּצִיצִית (אָמַר רַב) וּמוֹדֶה שְׁמוּאֵל בְּזָקֵן שֶׁעֲשָׂאָהּ לִכְבוֹדוֹ שֶׁפְּטוּרָה וְהַהִיא שַׁעְתָּא וַדַּאי רָמֵינַן לֵיהּ מִשּׁוּם לֹועֵג לָרָשׁ וּמֵהַאי טַעְמָא נָמֵי לֹא יַעֲשֶׂה כִּלְאַיִם לְמֵת וְאוֹמֵר ר"ת דְּצִיצִית שְׁקוּלָה כְנֶגֶד כָּל הַמִּצְוֹת לְכָךְ אִיכָּא לוֹעֵג לָרָשׁ טְפֵי כִּדְאָמְרִינַן בְּהַתְּכֵלֶת (שָׁם דַּף מג:) וּזְכַרְתֶּם אֶת כָּל מִצְוֹת ה' מְלַמֵּד שֶׁשְּׁקוּלָה צִיצִית כְּנֶגֶד כָּל הַמִּצְוֹת וְהָא דְּאָמַר בְּפָ' מִי שֶׁמֵּתוּ (בְּרָכוֹת דַּף יח.) רַבִּי חִיָּיא וְרַבִּי יוֹנָתָן הֲווֹ שָׁקְלִי וְאָזְלִי בְּבֵית הַקְּבָרוֹת הָוֵי שָׁדְיָא תְּכֵלֶת דְּרַבִּי יוֹנָתָן אֲמַר לֵיהּ ר' חַיָּיא דַּלְייֵהּ שֶׁלֹּא יֹאמְרוּ לְמָחָר בָּאִים אֶצְלֵנוּ וְהַיּוֹם מַלְעִיגִים אוֹתָנוּ וְאַף עַל גַּב דְּמֵתִים נָמֵי יֵשׁ לָהֶם צִיצִית אוֹמֵר ר"ת דְּמִכָּל מָקוֹם שַׁיָּיךְ בָּהֶן לִיעוּג לְפִי שֶׁמַּרְאִין עַצְמָן כִּמְצֻוִּוין בְּמִצְוֹת וְהֵן אֵינָן מְצֻוִּוין וְאֵינוֹ דּוֹמֶה מְצֻווֶּה וְעוֹשֶׂה לְמִי שֶׁאֵין מְצֻווֶּה וְעוֹשֶׂה וּמַה שֶׁמְּסִירִים בַּזְּמַן הַזֶּה מִטַּלִּיתוֹת שֶׁל מֵתִים סוֹמְכִין אַהָא דְּתַנְיָא בְּמַסֶּכֶת שְׂמָחוֹת (פי"ב) אַבָּא שָׁאוּל בֶּן בָּטְנִית צִוָּה לְבָנָיו קְבָרוּהוּ תַּחַת מַרְגְּלוֹתָיו שֶׁל אַבָּא וְהִתִּירוּ תְּכֵלֶת מִפַּלְיוֹנִי וּבְכַמָּה דְּבָרִים אָנוּ סוֹמְכִין עַל סְפָרִים חִיצוֹנִים וּמַנִּיחִין גְּמָרָא שֶׁלָּנוּ דִּבְפֶרֶק בָּתְרָא דִּמְגִילָּה (דַּף לא:) אָמְרִי' רֹאשׁ חֹודֶשׁ אָב שֶׁחָל לִהְיוֹת בְּשַׁבָּת מַפְטִירִין חָדְשֵׁיכֶם וּמוֹעֲדֵיכֶם דְּהַייְנוּ חֲזוֹן יְשַׁעְיָה וְאָנוּ מַפְטִירִין הַשָּׁמַיִם כִּסְאִי וְכֵן הוּא בַּפְּסִיקְתָּא וּבְפַר' וַיְחַל אָנוּ קוֹרִין בְּתַעֲנִית שֶׁלָּנוּ אע"ג דִּתְנַן בִּמְגִילָּה (גַּם זֶה שָׁם) שֶׁקּוֹרִין בְּתַעֲנִית בִּקְלָלוֹת וּבְרָכוֹת וַאֲנַן סוֹמְכִין עַל מַס' סוֹפְרִים (פי"ז ה"ז):
Mais on en fait des linceuls pour un mort. Et si tu dis : il y a pourtant lo'eg la-rash (celui qui se moque du pauvre, Mishlei 17, 5), etc. Au chapitre Ha-tekhelet (Menahot 41a), Rav Touvi bar Kisna a dit au nom de Shmuel : les vêtements d'un coffre sont soumis aux tsitsit. (Rav a dit.) Et Shmuel convient que, pour un vieillard qui l'a préparé pour son honneur, c'est exempt. Et à cette heure-là, à coup sûr, on le lui met, à cause de lo'eg la-rash. Pour cette raison aussi, on ne mettrait pas de kilayim à un mort. Rabbeinou Tam dit : les tsitsit équivalent à toutes les mitsvot. C'est pourquoi lo'eg la-rash y pèse davantage, comme nous le disons dans Ha-tekhelet (même passage, 43b) : "Vous vous souviendrez de toutes les mitsvot de ה'", cela enseigne que les tsitsit équivalent à toutes les mitsvot. Et ce qu'on dit au chapitre Mi shemeto (Berakhot 18a) : Rabbi Hiya et Rabbi Yonatan allaient dans un cimetière. Le tekhelet de Rabbi Yonatan pendait. Rabbi Hiya lui a dit : relève-le, afin qu'on ne dise pas : demain ils viennent chez nous, et aujourd'hui ils se moquent de nous. Et bien que les morts aient eux aussi des tsitsit, Rabbeinou Tam dit : de toute façon la moquerie s'y rapporte, parce qu'ils se montrent comme astreints aux mitsvot, alors qu'eux ne sont pas astreints. Et celui qui est astreint et agit n'est pas comparable à celui qui n'est pas astreint et agit. Ce qu'on retire de nos jours, les talitot des morts, on s'appuie sur ce qui est enseigné dans le traité Semahot (chapitre 12) : Abba Shaoul ben Botnit ordonna à ses fils : enterrez-moi au pied de mon père, et détachez le tekhelet de mon manteau. En plusieurs matières, nous nous appuyons sur des livres extérieurs et nous laissons notre Guemara. Au dernier chapitre de Meguila (31b), nous disons : lorsque Roch Hodesh Av tombe un Chabbat, on lit en haftara "vos mois et vos fêtes", c'est-à-dire Hazon Yeshayahou. Et nous, nous lisons en haftara "les cieux sont mon trône", et il en est ainsi dans la Pesikta. Dans la section Vayehal, nous lisons à notre jeûne, bien que la michna dans Meguila (au même endroit) enseigne qu'à un jeûne on lit les malédictions et les bénédictions. Et nous, nous nous appuyons sur le traité Soferim (chapitre 17, halakha 7).
⚖️ Rosh (1)
הַהוּא אַרְבָּא דְּטָבְעָא בְּחִישְׁתָּא שָׁרִי רָבָא לְזַבּוֹנֵי לְנָכְרִי. אֵיתִיבֵיהּ רַבָּה בַּר לֵיוַאי לְרָבָא בֶּגֶד שֶׁאָבַד בּוֹ כִּלְאַיִם הֲרֵי זֶה לֹא יִמְכְּרֶנּוּ לְנָכְרִי וְלֹא יַעֲשֵׂהוּ מַרְדַּעַת לַחֲמוֹר אֲבָל עוֹשֶׂה אוֹתוֹ תַּכְרִיכִין לְמֵת. לְנָכְרִי מ"ט לֹא מִשּׁוּם דְּהָדַר מְזַבְּנָה לְיִשְׂרָאֵל. הֲדַר אֲמַר רָבָא לִיזְבְּנִינְהוּ קַבָּא קַבָּא לְיִשְׂרָאֵל כִּי הֵיכִי דְּנֵיכַל מִקַּמֵּי פִּסְחָא. וְהִקְשָׁה רַבֵּינוּ אֶפְרַיִם זַ"ל אַמַּאי אַסְרִינְהוּ לְהָנְהוּ חִיטֵּי וַהֲרֵי לֹא נִתְבַּקְּעוּ וְתֵירֵץ לְתִיתָה דַּעֲסִיק בְּהוּ בְּחִיטֵּי לָא אָתוּ לִידֵי חִימּוּץ עַד שֶׁנִּתְבַּקְּעוּ אֲבָל הָנָךְ חִיטֵּי דְּשִׁיעֵי כֵּיוָן דְּמֵינַח נִיְּיחוּ אָתוּ לִידֵי חִימּוּץ.
Ce bateau qui coula dans le Hishta, Rava permit de le vendre à un non-Juif. Rabba bar Livaï objecta à Rava : un vêtement dans lequel du kilayim s'est perdu, on ne le vend pas à un non-Juif, on n'en fait pas une housse pour un âne, mais on en fait des linceuls pour un mort. Pourquoi pas à un non-Juif ? Parce qu'il le revendrait à un Israélite. Rava revint et dit : qu'on les vende kav par kav à un Israélite, afin qu'ils soient mangés avant Pessa'h. Rabbeinou Ephraïm, de mémoire bénie, a objecté : pourquoi a-t-on interdit ce blé, alors qu'il n'a pas éclaté ? Il a répondu : pour la létita (trempage) dont on s'occupe, le blé n'arrive pas au levain tant qu'il n'a pas éclaté. Mais ce blé-ci, demeuré au repos : dès qu'il repose, il arrive au levain.
💡 Explication

Le kilayim perdu ne se voit pas, comme le levain de ce blé noyé. Vendre au non-Juif ouvrirait un retour vers un Israélite. La housse d'âne resterait à portée : on en recoudrait une pièce. Les linceuls sortent de l'usage : les vêtements du mort sont assur be-hanaa, interdits de jouissance, et le mort est quitte des mitsvot.

Le Ri limite l'interdit de la housse au kilayim perdu. Un kilayim connu peut faire housse, coussin ou oreiller, sans toucher la chair. Rabbeinou Tam réserve le poids de lo'eg la-rash aux tsitsit, qui équivalent à toutes les mitsvot. Le Roch rapporte l'objection de Rabbeinou Ephraïm : le grain qui n'a pas éclaté. La réponse sépare la létita qu'on travaille, et le blé laissé au repos.

🖼️ Schéma
Vêtement où le kilayim s'est perdu Un fil de laine et de lin, tissé, non reconnaissable Vendre au non-Juif Interdit. Il le revend à un Israélite. Celui-ci le porte sans le savoir. Housse d'âne Interdit. On reprendrait le tissu et on le coudrait sur un vêtement. Linceuls Permis. On ne reprend plus le vêtement du mort. Le mort est quitte des mitsvot. Ri : kilayim connu, autre régime Kilayim 9, 4 : la housse de l'âne n'a pas d'interdit de kilayim. Coussin, oreiller, housse : permis, à condition de ne pas toucher la chair. L'interdit de la housse vise le kilayim perdu, qu'on pourrait recoudre sans le voir.
Kilayim perdu : vente au non-Juif interdite, housse interdite, linceuls permis. Le kilayim connu a un autre régime.
4
לְגוֹי מַאי טַעְמָא לָא — לָאו מִשּׁוּם דַּהֲדַר מְזַבֵּין לְיִשְׂרָאֵל?

À un non-Juif, pour quelle raison non ? N'est-ce pas parce qu'il le revend à un Israélite ?

💡 Explication

La Guemara nomme le motif de la baraïta. Le non-Juif revend à un Israélite. Le blé noyé tombe sous la même crainte : son levain ne se voit pas.

5
הֲדַר אֲמַר רָבָא: לְזַבִּינְהוּ קַבָּא קַבָּא לְיִשְׂרָאֵל, כִּי הֵיכִי דְּכָלְיָא קַמֵּי פִּיסְחָא.

Rava revint et dit : qu'on le leur vende kav par kav, à des Israélites, afin que cela s'épuise avant Pessa'h.

📜 Rachi (1)
קַבָּא קַבָּא קַב לְזֶה וְקַב לָזֶה וְלֹא הַרְבֵּה לְאִישׁ אֶחָד:
Kav par kav : un kav à celui-ci, un kav à celui-là, et non une grande quantité à un seul homme.
💡 Explication

Rava retire la vente aux non-Juifs. Le kav est une petite mesure. Réparti entre plusieurs Israélites, le blé est mangé avant Pessa'h, et personne n'en garde une masse jusqu'à la fête.

6
תָּנוּ רַבָּנַן: אֵין מוֹלְלִין אֶת הַקְּדֵירָה בַּפֶּסַח. וְהָרוֹצֶה שֶׁיִּמְלֹול — נוֹתֵן אֶת הַקֶּמַח וְאַחַר כָּךְ נוֹתֵן אֶת הַחֹומֶץ. וְיֵשׁ אוֹמְרִים: אַף נוֹתֵן אֶת הַחֹומֶץ וְאַחַר כָּךְ נוֹתֵן אֶת הַקֶּמַח.

Les Sages ont enseigné : on ne fait pas de mélila dans la marmite à Pessa'h. Celui qui veut en faire met la farine, puis met le vinaigre.

Et il y en a qui disent : il met même le vinaigre, puis il met la farine.

📜 Rachi (3)
מוֹלְלָן בְּקֶמַח קָרֵי מִלַּיְלָה כְּשֶׁנּוֹתְנִין קֶמַח לְתַבְשִׁיל:
On fait la mélila : pour la farine, on appelle cela mélila, lorsqu'on met de la farine dans le mets.
וְאַחַר כָּךְ נוֹתֵן אֶת הַחֹומֶץ דְּאֵין הַחֹומֶץ מַנִּיחוֹ לְהַחְמִיץ לְפִי שֶׁמְּבַשְּׁלוֹ:
Puis il met le vinaigre : le vinaigre ne le laisse pas lever, parce qu'il le cuit.
וְיֵשׁ אוֹמְרִים אַף נוֹתֵן חֹומֶץ תְּחִלָּה דְּאַף עַל גַּב דְּחֹומֶץ כְּבָר מְעֹורָב בַּתַּבְשִׁיל הוּא מְבַשֵּׁל אֶת הַנִּיתָּן בְּתוֹכוֹ:
Et il y en a qui disent, il met même le vinaigre d'abord : bien que le vinaigre soit déjà mêlé au mets, il cuit ce qu'on y met.
⚖️ Rosh (1)
ת"ר אֵין מוֹלְלִין אֶת הַקְּדֵירוֹת בַּפֶּסַח וְהָרוֹצֶה שֶׁיִּמְלֹול נוֹתֵן אֶת הַקֶּמַח וְאַחַ"כּ נוֹתֵן אֶת הַחֹומֶץ וי"א נוֹתֵן אֶת הַחֹומֶץ וְאַחַ"כּ נוֹתֵן אֶת הַקֶּמַח עֻולָּא אָמַר אֶחָד זֶה וְאֶחָד זֶה אָסוּר מִשּׁוּם לָךְ לָךְ אָמְרִינַן לִנְזִירָא סְחוֹר סְחוֹר לְכַרְמָא לָא תִּקְרַב אֲבָל בַּחֲסִיסֵי שָׁרִי דְּהָא רָבָא גּוּפֵיהּ מָחוּ לֵיהּ בַּחֲסִיסֵי פִּי' בַּחֲסִיסֵי מִינֵי אֲפִייָּה שֶׁטּוֹחֲנִין אוֹתָהּ וּמְבַשְּׁלִין אוֹתָהּ בְּמַיִם וּמוֹלְלִין בָּהּ אֶת הַקְּדֵירָה. וּבֶעָרוּךְ פֵּירֵשׁ קֶמַח שֶׁל עֲדָשִׁים שֶׁאֵינוֹ בָּא לִידֵי חִמּוּץ וְלָא חָיְישִׁינַן דִּילְמָא אָתֵי לְאִיחַלּוֹפֵי בִּשְׁאָר קֶמַח:
Les Sages ont enseigné : on ne fait pas de mélila dans les marmites à Pessa'h. Celui qui veut en faire met la farine, puis met le vinaigre. Et il y en a qui disent : il met le vinaigre, puis met la farine. Oula a dit : l'un et l'autre sont interdits, à cause de : va, va, dit-on au nazir, contourne, contourne, n'approche pas de la vigne. Mais avec des hasisi, c'est permis, car pour Rava lui-même on épaississait avec des hasisi. Explication : les hasisi sont des sortes de produits cuits. On les moud, on les cuit dans l'eau, et l'on en fait la mélila de la marmite. Et l'Arukh a expliqué : farine de lentilles, qui n'arrive pas au levain. Et nous ne craignons pas qu'on en vienne à la confondre avec une autre farine.
💡 Explication

La mélila est l'apport de farine dans un mets, pour l'épaissir. À Pessa'h, cette farine peut lever au contact du liquide. Le premier avis met la farine, puis le vinaigre, qui cuit et bloque le levain. Le yech omrim permet même l'ordre inverse : le vinaigre déjà dans le mets cuit encore la farine.

Le Roch enchaîne avec Oula, qui interdit les deux, puis avec les hasisi, permis parce que Rava s'en servait. Il les décrit comme des produits cuits, moulus, recuits dans l'eau. L'Arukh y voit de la farine de lentilles.

7
מַאן יֵשׁ אוֹמְרִים?

Qui est le yech omrim ?

💡 Explication

La Guemara cherche le tanna de l'avis qui permet le vinaigre avant la farine. Rav Hisda répond au segment suivant.

8
אָמַר רַב חִסְדָּא: רַבִּי יְהוּדָה הִיא, דִּתְנַן: הָאִילְפָּס וְהַקְּדֵירָה שֶׁהֶעֱבִירָן מְרֻותָּחִין — לֹא יִתֵּן לְתוֹכָן תַּבְלִין, אֲבָל נוֹתֵן לְתוֹךְ הַקְּעָרָה אוֹ לְתוֹךְ הַתַּמְחוּי. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: לְכָל הוּא נוֹתֵן, חוּץ מִדָּבָר שֶׁיֵּשׁ בּוֹ חֹומֶץ וָצִיר.

Rav Hisda a dit : c'est Rabbi Yehouda. Car nous avons appris : l'ilpas et la marmite qu'on a retirés bouillants, on n'y met pas d'épices.

Mais on en met dans l'écuelle ou dans le tamhui. Rabbi Yehouda dit : dans tout il en met, sauf dans une chose qui contient du vinaigre et de la saumure.

📜 Rachi (4)
שֶׁהֶעֱבִירָן מֵעַל הָאוּר מְרֻותָּחִין עֶרֶב שַׁבָּת עִם חֲשֵׁיכָה:
Qu'on a retirés du feu : bouillants, la veille de Chabbat, à la tombée de la nuit.
לֹא יִתֵּן לְתוֹכָן תַּבְלִין דִּכְלִי רִאשׁוֹן מְבַשֵּׁל וְנִמְצָא מְבַשֵּׁל תַּבְלִין בְּשַׁבָּת:
On n'y met pas d'épices : un kli rishon (le récipient qui vient du feu) cuit, et il se trouve qu'on cuit des épices à Chabbat.
לְתוֹךְ הַקְּעָרָה דִּכְלִי שֵׁנִי אֵינוֹ מְבַשֵּׁל:
Dans l'écuelle : un kli sheni (le récipient où l'on a transvasé) ne cuit pas.
לְכָל הוּא נוֹתֵן לְכָל מִינֵי מַאֲכָל הוּא נוֹתֵן תַּבְלִין בִּכְלִי שֵׁנִי חוּץ מִדָּבָר שֶׁיֵּשׁ בּוֹ חֹומֶץ וָצִיר שֶׁהַחֹומֶץ מְבַשְּׁלָן ואע"ג שֶׁקָּדַם:
Dans tout il en met : dans toute espèce de mets il met des épices dans un kli sheni, sauf dans une chose qui contient du vinaigre et de la saumure, car le vinaigre les cuit, même s'il a précédé.
🗂️ Tossefot (1)
הָאִילְפָּס וְהַקְּדֵירָה שֶׁהֶעֱבִירָן מְרֻותָּחִין לֹא יִתֵּן לְתוֹכָן תַּבְלִין מִכָּאן אֵין לְהוֹכִיחַ דְּעֵירוּי כִּכְלִי שֵׁנִי מִדְּלָא אַשְׁמְעִינַן רְבוּתָא שֶׁלֹּא יַעֲרֶה עַל הַקְּעָרָה שֶׁהַתַּבְלִין בְּתוֹכָהּ דְּאַדְּרַבָּה דּוּק מִסֵּיפָא אִיפְּכָא דְּקָתָנֵי אֲבָל נוֹתֵן הוּא לְתוֹךְ הַקְּעָרָה וְלָא קָתָנֵי אֲבָל מְעָרֶה עַל הַקְּעָרָה שֶׁיֵּשׁ בָּהּ תַּבְלִין וְנִרְאֶה דַּאֲפִילּוּ שְׁמוּאֵל דְּאִית לֵיהּ תַּתָּאָה גָּבַר וְתַנְיָא בִּכְיָצֹד צוֹלִין (לְקַמָּן פְּסָחִים דַּף עו.) כְּוָותֵיהּ אַפֵּ"ה מְבַשֵּׁל הָעֵירוּי כְּדֵי קְלִיפָה דְּאָמַר הָתָם תַּנְיָא כְּוָותֵיהּ דִּשְׁמוּאֵל חַם לְתוֹךְ צוֹנֵן קוֹלֵף צוֹנֵן לְתוֹךְ צוֹנֵן מֵדִיחַ וְאִם עִירוֹ רוֹתְחִין עַל הַתַּרְנְגֹולֶת צָרִיךְ קְלִיפָה וּכְלִי שֶׁנִּשְׁתַּמְּשׁוּ בִּכְלִי רִאשׁוֹן לֹא יוּכַל לְהַגְעִילוֹ ע"י עֵירוּי דְּאֵין מְבַשֵּׁל אֶלָּא כְּדֵי קְלִיפָה וְהוּא בָּלַע יוֹתֵר מִכְּדֵי קְלִיפָה וְהָא דְּאָמְרִינַן בְּפֶרֶק כִּירָה (שַׁבָּת דַּף מב.) דְּשָׁרֵי חַם לְתוֹךְ צוֹנֵן יֵשׁ לוֹמַר כֵּיוָן שֶׁאֵינוֹ מְבַשֵּׁל אֶלָּא כְּדֵי קְלִיפָה הוֹאִיל וְהַצּוֹנֵן שֶׁל מַטָּה מַיִם שֶׁהוּא דָּבָר הַמִּתְעָרֵב אֵינוֹ יָכוֹל לְהִתְבַּשֵּׁל מֵחֲמַת צְנִינוּת הַמַּיִם אֲבָל דָּבָר שֶׁאֵינוֹ מִתְעָרֵב לֹא וּבְשִׁילְהֵי ע"ז (דַּף עו.) אָמַר מַר עוּקְבָא זְבַן יוֹרֶה מִנָּכְרִי וְאַהְדַּר לֵיהּ גְּדָנְפָא וְכוּ' וּמַסִּיק כְּבוֹלְעוֹ כָּךְ פּוֹלְטוֹ מַה בּוֹלְעוֹ בְּנִיצוֹצוֹת אַף פּוֹלְטוֹ בְּנִיצוֹצוֹת וְאִי עֵירוּי כִּכְלִי רִאשׁוֹן הוּא מַאי אִירְיָא מִשּׁוּם דְּבָלַע בְּנִיצוֹצוֹת אֲפִילּוּ בָּלַע בְּלִיעָה גְּמוּרָה פְּלִיט בְּנִיצוֹצוֹת דְּהַיְינוּ עֵירוּי אֶלָּא וַדַּאי לָא בְּשִׁיל אֶלָּא כְּדֵי קְלִיפָה וְהָא דִּתְנַן בְּפֶרֶק חָבִית (שַׁבָּת דַּף קמה:) כָּל שֶׁלֹּא בָּא בְּחַמִּין לִפְנֵי הַשַּׁבָּת מְדִיחִין אוֹתוֹ בְּחַמִּין בַּשַּׁבָּת וְכוּ' צָרִיךְ לְאוֹקְמָא בִּכְלִי שֵׁנִי דְּבִכְלִי רִאשׁוֹן אֲפִילּוּ הֲדָחָה אֲסוּרָה וְקָשֶׁה דְּקָתָנֵי דַּוְקָא מְדִיחִין אֲבָל שׁוֹרִין לֹא וְהָכָא גַּבֵּי תַּבְלִין קָתָנֵי אֲבָל נוֹתֵן לְתוֹךְ הַקְּעָרָה אוֹ לְתוֹךְ הַתַּמְחוּי דְּהַיְינוּ אֲפִילּוּ שׁוֹרִין וְאוֹמֵר רִ"י דְּהָתָם מַיְירֵי בְּמִידִי דְּבַר בִּישּׁוּל וּכְשֶׁשּׁוֹרִין אוֹתוֹ אֲפִילּוּ בִּכְלִי שֵׁנִי מִיחְזֵי כִּמְבַשֵּׁל אֲבָל תַּבְלִין עֲשׂוּיִין לְמַתֵּק הַקְּדֵירָה וְלָא מִיחְזֵי כִּמְבַשֵּׁל וּבַיְּרוּשַׁלְמִי בְּפֶרֶק כִּירָה בָּעֵי מַהוּ לִיתֵּן תַּבְלִין מִלְּמַטָּה וּלְעָרוֹת עֲלֵיהֶן מִלְמַעְלָה ר' יוֹנָה אוֹמֵר אָסוּר דְּעֵירוּי כִּכְלִי רִאשׁוֹן הוּא חֵילֵיהּ דָּר' יוֹנָה מִן הָדָא וּכְלִי חֶרֶשׂ אֲשֶׁר תְּבֻושַּׁל בּוֹ יִשָּׁבֵר א' שֶׁבִּישֵּׁל בּוֹ וְא' שֶׁעֵירָה לְתוֹכוֹ רוֹתֵחַ וְדָחֵי ר' אַסִּי תַּמָּן כְּלִי חֶרֶס בּוֹלֵעַ תַּבְלִין אֵינוֹ מְבַשֵּׁל הֲתִיב ר' אַסִּי בַּר בְּוַן וְהָתַנְיָא אַף בִּכְלִי נְחֹשֶׁת כָּךְ אִית לָךְ לְמֵימַר כְּלִי נְחֹשֶׁת בָּלַע בִּתְמִיהַּ:
L'ilpas et la marmite qu'on a retirés bouillants, on n'y met pas d'épices. De là, on ne prouve pas que l'irui (le versement d'un liquide chaud) vaut un kli sheni, sous prétexte que la michna ne nous enseigne pas la nouveauté : qu'on ne verse pas sur l'écuelle où sont les épices. Bien au contraire, déduis de la fin l'inverse. Elle enseigne : mais on met dans l'écuelle. Elle n'enseigne pas : mais on verse sur l'écuelle où il y a des épices. Il apparaît que même Shmuel, qui tient que tataa gavar (le dessous l'emporte), et qu'une baraïta est enseignée selon lui dans Keitsad tsolin (plus loin, Pessahim 76a), malgré cela l'irui cuit kedei klipa (à l'épaisseur d'une pelure). Car on dit là : une baraïta est enseignée selon Shmuel. Du chaud dans du froid : on épluche. Du froid dans du froid : on rince. Et si l'on a versé de l'eau bouillante sur la poule, il faut une pelure. Un ustensile dont on s'est servi en kli rishon, on ne peut pas lui faire la hag'ala (la purge à l'eau bouillante) par irui : il ne cuit qu'à l'épaisseur d'une pelure, et l'ustensile a absorbé davantage. Ce que nous disons au chapitre Kira (Chabbat 42a), que le chaud dans le froid est permis, on peut le dire ainsi : puisqu'il ne cuit qu'à l'épaisseur d'une pelure, et que le froid du dessous est de l'eau, chose qui se mélange, cela ne peut pas cuire, à cause de la froideur de l'eau. Une chose qui ne se mélange pas, la permission ne s'y étend pas. À la fin d'Avoda Zara (76a), Mar Oukva a dit : il a acheté une marmite à un non-Juif, et il lui a rendu le bord, etc. On conclut : comme il absorbe, ainsi il rejette. Ce qu'il absorbe par les nitsotsot (étincelles), il le rejette par les étincelles. Si l'irui valait un kli rishon, pourquoi le cas tiendrait-il seulement parce qu'il a absorbé par les étincelles ? Même s'il avait absorbé une absorption complète, il rejetterait par les étincelles, c'est-à-dire par l'irui. Donc, à coup sûr, il ne cuit qu'à l'épaisseur d'une pelure. Ce que la michna enseigne au chapitre Havit (Chabbat 145b) : tout ce qui n'est pas entré dans l'eau chaude avant Chabbat, on le rince à l'eau chaude à Chabbat, etc., il faut l'établir dans un kli sheni. Dans un kli rishon, même le rinçage est interdit. Difficulté : elle enseigne le rinçage, et le trempage reste exclu. Ici, pour les épices, elle enseigne : mais on met dans l'écuelle ou dans le tamhui, ce qui comprend même le trempage. Le Ri dit : là, il s'agit d'une chose qui relève de la cuisson. Lorsqu'on la trempe, même dans un kli sheni, cela a l'air de cuire. Les épices sont faites pour relever le goût de la marmite, et cela n'a pas l'air de cuire. Dans le Yerushalmi, au chapitre Kira, on demande : que dit-on de mettre les épices en dessous et de verser sur eux par-dessus ? Rabbi Yona dit : c'est interdit, car l'irui vaut un kli rishon. L'appui de Rabbi Yona vient de ce verset : "Et le vase d'argile dans lequel on aura cuit sera brisé" (Vayikra 6, 21). L'un, celui dans lequel on a cuit ; l'autre, celui dans lequel on a versé du bouillant. Rabbi Assi écarte cela : là, le vase d'argile absorbe ; les épices, cela ne cuit pas. Rabbi Assi bar Boun a objecté : on enseigne aussi : même pour un vase de cuivre, il en est ainsi. Dirais-tu qu'un vase de cuivre absorbe ? C'est dit avec étonnement.
💡 Explication

La michna est de Chabbat. Un kli rishon retiré bouillant cuit encore : pas d'épices dedans. Une écuelle, kli sheni, ne cuit pas. Rabbi Yehouda étend la permission à tout kli sheni, et en retire le mets qui contient du vinaigre ou de la saumure : ces liquides cuisent, même s'ils étaient déjà là. D'où le yech omrim de la mélila : le vinaigre, mis d'abord, cuit la farine.

Tossefot refusent d'en tirer que l'irui vaudrait un kli sheni. Même selon Shmuel, tataa gavar, le versement cuit kedei klipa, l'épaisseur d'une pelure. Un ustensile qui a absorbé davantage ne se purge pas par ce seul versement. Le Ri distingue le trempage d'un aliment, qui a l'air de cuire, et les épices, qui relèvent le goût. Dans le Yerushalmi, Rabbi Yona tient l'irui pour un kli rishon. Rabbi Assi bar Boun lui oppose le vase de cuivre, aligné sur l'argile par la baraïta.

🖼️ Schéma
Du kli rishon de Chabbat au vinaigre de Pessa'h Kli rishon Ilpas et marmite retirés bouillants. Pas d'épices. Le premier récipient cuit encore. Veille de Chabbat, Kli sheni Écuelle ou tamhui, après transvasement. Épices permises. Le second récipient ne cuit pas. Avis de la michna. Rabbi Yehouda Dans tout kli sheni, il met des épices. Sauf vinaigre et saumure. Ces liquides cuisent, même déjà en place. Pont avec la mélila Le yech omrim met le vinaigre avant la farine. Rabbi Yehouda tient que le vinaigre cuit ce qu'on ajoute, même mêlé d'avance. Tossefot : l'irui, le versement, cuit seulement kedei klipa, l'épaisseur d'une pelure. Même Shmuel, tataa gavar, le dessous l'emporte, laisse cette pelure à l'irui. Un kli rishon qui a absorbé davantage ne se purge pas par un simple versement.
Kli rishon : pas d'épices. Kli sheni : épices permises. Rabbi Yehouda retire le vinaigre et la saumure, qui cuisent encore.
9
וְנוֹקְמָהּ כְּרַבִּי יוֹסֵי, (דִּתְנַן) רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: שׁוֹרָן בְּחֹומֶץ, וְחֹומֶץ צוֹמְתָן!

Et établissons-le selon Rabbi Yossi. (Car nous avons appris :) Rabbi Yossi dit : on les trempe dans le vinaigre, et le vinaigre les contracte !

💡 Explication

Autre candidat pour le yech omrim. À 40a, Rabbi Yossi fait tremper le grain dans le vinaigre, et le vinaigre le contracte, donc l'empêche de lever. La Guemara demande pourquoi ne pas rattacher l'avis à lui.

10
כִּי אַשְׁמְעִינַן לֵיהּ לְרַבִּי יוֹסֵי, הָנֵי מִילֵּי דְּאִיתֵיהּ בְּעֵינֵיהּ, אֲבָל עַל יְדֵי תַּעֲרֹובֶת — לֹא.

Lorsque nous avons appris Rabbi Yossi, ces paroles valent lorsqu'il est en nature. Mais par un mélange, non.

📜 Rachi (1)
הָנֵי מִילֵּי בְּעֵינֵיהּ כְּשֶׁהַחֹומֶץ בְּעַיִן אֲבָל כְּשֶׁהוּא מְעֹורָב בַּתַּבְשִׁיל אֵין כֹּחוֹ חָזָק:
Ces paroles valent en nature : lorsque le vinaigre est be-ein (en nature, non mêlé). Lorsqu'il est mélangé au mets, sa force n'est pas forte.
💡 Explication

Be-ein : le vinaigre agit seul, sur le grain entier, et le contracte. Dans la mélila, le vinaigre est déjà dilué dans le mets. Rabbi Yossi n'a pas dit que cette force tient encore. Le yech omrim reste Rabbi Yehouda.

11
עֻולָּא אָמַר: אֶחָד זֶה וְאֶחָד זֶה — אָסוּר, מִשּׁוּם: ״לָךְ לָךְ אָמְרִינַן נְזִירָא, סְחוֹר סְחוֹר, לְכַרְמָא לָא תִקְרַב״.

Oula a dit : l'un et l'autre sont interdits, à cause de : "Va, va, dit-on au nazir, contourne, contourne, n'approche pas de la vigne."

📜 Rachi (1)
אֶחָד זֶה וְאֶחָד זֶה בֵּין חֹומֶץ תְּחִלָּה בֵּין חֹומֶץ בַּסּוֹף אָסוּר:
L'un et l'autre : que le vinaigre soit au début ou que le vinaigre soit à la fin, c'est interdit.
💡 Explication

Oula ferme les deux ordres. Le motif est l'éloignement, le proverbe du nazir : on contourne la vigne au lieu d'en longer la clôture. La mélila au vinaigre reste trop près du levain.

12
רַב פַּפִּי שָׁרֵי לֵיהּ לְבוּרְדִּיקִי דְּבֵי רֵישׁ גָּלוּתָא לְמִמְחֵה קְדֵירָה בַּחֲסִיסֵי. אָמַר רָבָא: אִיכָּא דְּשָׁרֵי כִּי הַאי מִילְּתָא בְּדֻוכְתָּא דִּשְׁכִיחִי עָבְדִי? אִיכָּא דְאָמְרִי: רָבָא גּוּפָא מָחֵי לֵהּ קִידְרָא בַּחֲסִיסֵי.

Rav Papi a permis aux bordekei de la maison du resh galouta d'épaissir une marmite avec des hasisi. Rava a dit : y a-t-il quelqu'un qui permette pareille chose dans un endroit où les serviteurs sont nombreux ?

Il y en a qui disent : Rava lui-même épaississait sa marmite avec des hasisi.

📜 Rachi (3)
לְבוּרְדְּקָאֵי נַחְתּוֹמִין:
Aux bordekei : des boulangers.
בַּחֲסִיסֵי קִמְחָא דְּאַבְשׁוּנָא:
Avec des hasisi : de la farine d'avishona (grain rôti).
בְּדֻוכְתָּא דִּשְׁכִיחִי עַבְדֵי כְּגוֹן בֵּי רֵישׁ גָּלוּתָא שֶׁהָעֲבָדִים מְזַלְזְלִין בִּדְבַר אִיסּוּר יוֹתֵר וְיוֹתֵר:
Dans un endroit où les serviteurs sont nombreux : par exemple la maison du resh galouta, où les serviteurs traitent à la légère une chose interdite, de plus en plus.
🗂️ Tossefot (1)
רָבָא מָחוּ לֵיהּ קִידְרָא בַּחֲסִיסֵי פ"ה קִימְחָא דַּאֲבִישׁוּנָא וְקָשֶׁה דְּהָא לְעֵיל (פְּסָחִים דַּף לט:) אָסְרִינַן וְלֵיכָּא מַאן דִּפְלִיג וְנִרְאֶה לר"י כִּדְפֵירֵשׁ בֶּעָרוּךְ בַּחֲסִיסֵי קֶמַח שֶׁל עֲדָשִׁים דְּאֵין דַּרְכָּם לָבֹא לִידֵי חִימּוּץ כָּל כָּךְ:
Rava, on lui épaississait la marmite avec des hasisi. Le commentaire : farine d'avishona. C'est difficile, car plus haut (Pessahim 39b) nous interdisons, et il n'y a personne qui diverge. Il paraît au Ri comme l'Arukh l'a expliqué : hasisi, farine de lentilles, dont la voie n'est pas d'arriver si vite au levain.
💡 Explication

Deux versions. Dans l'une, Rava s'oppose à Rav Papi : chez le chef de l'exil, les serviteurs multiplient les relâchements. Permettre les hasisi ouvre alors la voie à une farine qui lève. Dans l'autre, Rava lui-même pratique la chose.

Rachi lit hasisi comme la farine d'avishona. Tossefot rappellent l'interdit de 39b, sans voix divergente, et suivent l'Arukh : farine de lentilles.

🖼️ Schéma
Hasisi dans la marmite du resh galouta Version 1 Rav Papi permet aux bordekei. Rava : qui permet cela là où les serviteurs sont nombreux ? Ils traitent l'interdit à la légère. Version 2 Rava lui-même épaissit sa marmite avec des hasisi. Le Roch s'appuie sur cet acte pour permettre. Rachi Hasisi : farine d'avishona, grain rôti. Tossefot : 39b l'interdit, et personne ne diverge. Ri et Arukh Farine de lentilles. Elle n'arrive guère au levain. Roch : produits cuits, moulus, puis cuits dans l'eau. Bordekai : Rachi, des boulangers. La maison est celle du chef de l'exil. L'Arukh ajoute : on ne craint pas de confondre avec une autre farine.
Deux versions sur Rava. Rachi : avishona. Ri et Arukh : lentilles, qui lèvent peu.
13
מַתְנִי׳ אֵין נוֹתְנִין קֶמַח לְתוֹךְ חֲרֹוסֶת אוֹ לְתוֹךְ הַחַרְדָּל. וְאִם נָתַן — יֹאכַל מִיָּד, וְרַבִּי מֵאִיר אוֹסֵר.

Michna. On ne met pas de farine dans le harosset ni dans la moutarde.

Si l'on en a mis, on le mange aussitôt. Et Rabbi Meir interdit.

📜 Rachi (1)
מַתְנֵי' חֲרֹוסֶת אייגרו"ס וְיֵשׁ בּוֹ חֹומֶץ וְעָשׂוּי לְטַבֵּל בּוֹ בָּשָׂר וּרְגִילִים לָתֵת בּוֹ קֶמַח וְכָל דָּבָר שֶׁמַּקְהֶה אֶת טַעְמוֹ וְקֶמַח לְאַחַר זְמַן מַחְמִיץ וּמַקְהֶה אֶת הַטַּעַם:
Michna. Harosset : aigros, en laaz. Il y a du vinaigre dedans, et c'est fait pour y tremper de la viande. On a coutume d'y mettre de la farine, et toute chose qui émousse son goût. Et la farine, après un temps, lève et émousse le goût.
💡 Explication

Le harosset est une sauce aigre, avec du vinaigre, où l'on trempe la viande. La farine en adoucit le goût, puis elle lève. La michna interdit de la mettre, dans le harosset comme dans la moutarde. Après coup, on mange aussitôt. Rabbi Meir interdit même cela.

14
אֵין מְבַשְּׁלִין אֶת הַפֶּסַח לֹא בְּמַשְׁקִין וְלֹא בְּמֵי פֵירוֹת, אֲבָל סָכִין וּמַטְבִּילִין אוֹתוֹ בָּהֶן.

On ne cuit pas le pesah, ni dans des liquides ni dans des mei perot. Mais on l'enduit et on le trempe dedans.

📜 Rachi (4)
אֵין מְבַשְּׁלִין דִּכְתִיב (שְׁמוֹת י״ב:ט׳) אַל תֹּאכְלוּ מִמֶּנּוּ נָא וּבָשֵׁל מְבֻושָּׁל וְגוֹ':
On ne cuit pas : car il est écrit (Shemot 12, 9) : N'en mangez rien de na (insuffisamment rôti), ni cuit par ébullition, etc.
לֹא בְּמַשְׁקִין אע"ג דִּכְתִיב בַּמַּיִם וְטַעְמָא מְפָרֵשׁ בַּגְּמָרָא:
Ni dans des liquides : bien qu'il soit écrit "dans l'eau". La raison est expliquée dans la Guemara.
סַכִּין בִּשְׁעַת צְלִיָּיתוֹ:
On l'enduit : au moment où on le rôtit.
וּמַטְבִּילִין בִּשְׁעַת אֲכִילָתוֹ:
Et on le trempe : au moment où on le mange.
💡 Explication

Le pesah, l'offrande pascale, se rôtit. Le verset écarte le na et le cuit à l'eau. La michna étend l'interdit aux liquides et aux mei perot (jus de fruits). Deux gestes restent ouverts : enduire pendant la rôtissure, tremper au moment du repas.

15
מֵי תַשְׁמִישׁוֹ שֶׁל נַחְתּוֹם — יִשְׁפְּכוּ, מִפְּנֵי שֶׁהֵן מַחְמִיצִין.

L'eau d'usage du boulanger, on la verse, parce qu'elle fait lever.

📜 Rachi (1)
מֵי תַשְׁמִישׁוֹ שֶׁל נַחְתּוֹם שֶׁמְּצַנֵּן בּוֹ יָדָיו בְּשָׁעָה שֶׁהוּא עוֹרֵךְ וּמְקַטֵּף אֶת הַמַּצָּה יִשְׁפְּכוּ:
L'eau d'usage du boulanger : celle dans laquelle il refroidit ses mains au moment où il façonne la matsa et où il en fait le kituf (lissage), on la verse.
💡 Explication

Le boulanger trempe ses mains dans cette eau en travaillant la matsa. De la pâte s'y mêle. Laissée, elle fait lever. La michna dit de la verser.

16
גְּמָ׳ אָמַר רַב כָּהֲנָא: מַחֲלֹוקֶת לְתוֹךְ הַחַרְדָּל, אֲבָל לְתוֹךְ חֲרֹוסֶת — דִּבְרֵי הַכֹּל יִשָּׂרֵף מִיָּד.

Guemara. Rav Kahana a dit : le désaccord porte sur la moutarde.

Mais dans le harosset, de l'avis de tous, on le brûle aussitôt.

📜 Rachi (1)
גְּמ' מַחֲלֹוקֶת דְּשָׁרֵי לֵיהּ תַּנָּא קַמָּא לְאָוכְלוֹ מִיָּד בְּנוֹתֵן לְתוֹךְ הַחַרְדָּל לְפִי שֶׁהוּא חָזָק וְאֵין מַנִּיחָהּ מַהֵר לְהַחְמִיץ:
Guemara. Le désaccord : le premier tanna lui permet de le manger aussitôt lorsqu'on met dans la moutarde, parce qu'elle est forte et ne la laisse pas lever vite.
⚖️ Rosh (1)
גְּמָ' אָמַר רַב כָּהֲנָא מַחֲלֹוקֶת לְתוֹךְ הַחַרְדָּל אֲבָל לְתוֹךְ הַחֲרֹוסֶת דִּבְרֵי הַכֹּל יִשָּׂרֵף מִיָּד וַחֲכָמִים אוֹמְרִים יֵאָכֵל מִיָּד. אָמַר רַב הוּנָא בְּרֵיהּ דְּרַב יְהוּדָה אָמַר רַב נַחְמָן אָמַר שְׁמוּאֵל הֲלָכָה כְּדִבְרֵי חֲכָמִים. מֵי תַּשְׁמִישׁוֹ שֶׁל נַחְתּוֹם יִשָּׁפְכוּ. תְּנָא חֲדָא שׁוֹפְכָן בִּמְקוֹם מִדְרוֹן וְאֵין שׁוֹפְכָן בִּמְקוֹם הָאֶשְׁבּוֹרֶן וְתַנְיָא אִידַּךְ שׁוֹפְכָן בִּמְקוֹם אַשְׁבֹּורֶן. לָא קַשְׁיָא הָא דִּנְפִישׁוֹ וְקָווּ וְהָא דְּלָא נְפִישׁוֹ וְלָא קָווּ. רַב אִלְפָּס זַ"ל לֹא הֵבִיא אֶלָּא בָּרַיְיתָא קַמַּייְתָא מִשּׁוּם דְּלָא בְּקִיאִין מַהוּ נְפִישִׁי:
Guemara. Rav Kahana a dit : le désaccord porte sur la moutarde. Mais dans le harosset, de l'avis de tous, on le brûle aussitôt. Et les Sages disent : on le mange aussitôt. Rav Houna fils de Rav Yehouda a dit que Rav Nahman a dit que Shmuel a dit : la halakha suit les paroles des Sages. L'eau d'usage du boulanger, on la verse. Une baraïta enseigne : on la verse sur une pente, et on ne la verse pas dans un lieu d'eau stagnante. Et une autre enseigne : on la verse dans un lieu d'eau stagnante. Il n'y a pas de difficulté : ici, lorsqu'elles sont abondantes et qu'elles s'amassent ; là, lorsqu'elles ne sont pas abondantes et qu'elles ne s'amassent pas. Rav Alfas, de mémoire bénie, n'a rapporté que la première baraïta, parce qu'on ne sait pas bien ce que veut dire abondantes.
💡 Explication

Rav Kahana place le désaccord sur la seule moutarde. Elle est assez forte pour retenir la farine le temps de la manger. Le harosset, moins âcre, laisse lever tout de suite : tout le monde dit de brûler.

Le Roch ajoute la halakha, celle des Sages, puis les deux baraïtot sur l'eau du boulanger. Eau abondante qui s'amasse : on verse sur une pente, pas dans un bassin. Eau peu abondante, qui ne s'amasse pas : le bassin reste ouvert. Rav Alfas ne cite que la pente, faute d'une mesure claire de l'abondance.

🖼️ Schéma
Où porte le désaccord de la michna Harosset Pas de désaccord. Si l'on a mis de la farine : brûler aussitôt. Moins âcre que la moutarde. La farine lève sans délai. Moutarde Là est le désaccord. Rabbi Meir : brûler aussitôt. Sages : manger aussitôt. Halakha : les Sages. Force de la moutarde : elle retarde le levain. Michna : l'interdit de départ vaut les deux. Après coup, Rabbi Meir interdit. Rav Kahana précise : cet après-coup divergé ne vise que la moutarde. La suite de Rav Nahman bar Yitzhak s'ouvre ici et continue au daf suivant.
Harosset : brûler aussitôt, sans désaccord. Moutarde : Rabbi Meir brûle, les Sages mangent aussitôt, et la halakha suit les Sages.
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וְתַנְיָא נָמֵי הָכִי: אֵין נוֹתְנִין קֶמַח לְתוֹךְ הַחֲרֹוסֶת, וְאִם נָתַן — יִשָּׂרֵף מִיָּד. לְתוֹךְ הַחַרְדָּל, רַבִּי מֵאִיר אוֹמֵר: יִשָּׂרֵף מִיָּד, וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: יֹאכַל מִיָּד. אָמַר רַב הוּנָא בְּרֵיהּ דְּרַב יְהוּדָה אָמַר רַב נַחְמָן אָמַר שְׁמוּאֵל: הֲלָכָה כְּדִבְרֵי חֲכָמִים. אֲמַר לֵיהּ רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק לְרַב הוּנָא בְּרֵיהּ דְּרַב יְהוּדָה:

Et on enseigne aussi ainsi : on ne met pas de farine dans le harosset, et si l'on en a mis, on le brûle aussitôt. Dans la moutarde, Rabbi Meir dit : on le brûle aussitôt, et les Sages disent : on le mange aussitôt.

Rav Houna fils de Rav Yehouda a dit que Rav Nahman a dit que Shmuel a dit : la halakha suit les paroles des Sages. Rav Nahman bar Yitzhak dit à Rav Houna fils de Rav Yehouda :

⚖️ Rosh (1)
תָּנֵי' אֵין נוֹתְנִין אֶת הַקֶּמַח לֹא לְתוֹךְ הַחֲרֹוסֶת וְלֹא לְתוֹךְ הַחַרְדָּל וְאִם נָתַן יֵאָכֵל מִיָּד. וְר' מֵאִיר אוֹסֵר. וְר' יְהוּדָה אוֹמֵר יִשָּׂרֵף מִיָּד אֵין מְבַשְּׁלִין אֶת הַפֶּסַח לֹא בְּמַשְׁקִין וְלֹא בְּמֵי פֵּירוֹת אֲבָל סָכִין וּמַטְבִּילִין אוֹתוֹ בָּהֶן מֵי תַּשְׁמִישׁוֹ שֶׁל נַחְתּוֹם יִשָּׁפְכוּ מִפְּנֵי שֶׁהֵן מַחְמִיצִין. הַהִיא דְּאֵין נוֹתְנִין אֶת הַקֶּמַח וְכוּ' מַיְירֵי שֶׁיֵּשׁ מְעַט מַיִם מְעֹורָב בָּהֶן אֲבָל בְּלֹא מַיִם מֵי פֵּירוֹת אֵין מַחְמִיצִין.
On enseigne : on ne met la farine ni dans le harosset ni dans la moutarde. Si l'on en a mis, on le mange aussitôt. Et Rabbi Meir interdit. Et Rabbi Yehouda dit : on le brûle aussitôt. On ne cuit pas le pesah, ni dans des liquides ni dans des mei perot, mais on l'enduit et on le trempe dedans. L'eau d'usage du boulanger, on la verse, parce qu'elle fait lever. Cet enseignement, on ne met pas la farine, etc., traite d'un cas où un peu d'eau est mêlée dedans. Sans eau, les mei perot ne font pas lever.
💡 Explication

La baraïta détache les deux cas, comme Rav Kahana. Harosset : brûler aussitôt. Moutarde : Rabbi Meir brûle, les Sages font manger aussitôt. Shmuel tranche comme les Sages. La question de Rav Nahman bar Yitzhak s'ouvre ici et continue à 41a.

Le Roch cite une formulation où Rabbi Yehouda dit de brûler aussitôt. Il rattache l'interdit de la farine à un peu d'eau déjà mêlée au harosset ou à la moutarde. Sans eau, les mei perot ne font pas lever.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).