Pesachim 41a - Cuisson du pesah : liquides, tzli keder, et sources de Tibériade

Pesachim 41a

Sougya : Rav Nahman bar Yitzhak demande à Rav Houna si la halakha de Shmuel, comme les Sages, vise le harosset ou la moutarde. Rav Kahana limite le désaccord à la moutarde : dans le harosset, tout le monde brûle aussitôt.

Rav Ashi s'appuie sur Shmuel, qui écarte le vinaigre de Rabbi Yossi ; la Guemara refuse d'en tirer que le vinaigre fait lever. Puis l'interdit de cuire le pesah : les Sages l'étendent aux autres liquides par un kal va-homer, Rabbi par l'inclusion de "cuit, cuit".

Ils se séparent sur le tzli keder. La suite traite le rôti puis cuit, la galette de matsa, le na, le cru, le brûlé, et les sources chaudes de Tibériade.

Farine versée : moutarde ou harosset Shmuel : la halakha suit les Sages. Rav Nahman bar Yitzhak demande à Rav Houna : sur la moutarde, ou aussi sur le harosset ? Dans la moutarde Rabbi Meir : on brûle aussitôt Les Sages : on mange aussitôt Le désaccord tient Rav Houna lit Shmuel ici Dans le harosset Rav Kahana : tout le monde brûle aussitôt Rav Houna : les Sages permettent aussi Rav Ashi : comme Rav Kahana Shmuel écarte Rabbi Yossi. Le vinaigre ne contracte pas : il ferait lever, comme le harosset. Rejet : il peut ne pas contracter, et ne pas faire lever.
La farine dans la moutarde se discute. Dans le harosset, Rav Kahana fait brûler aussitôt, et Rav Houna ne le suit pas.
Cuire le pesah : deux lectures du verset N'en mangez pas na, ni cuit dans l'eau. Seulement rôti au feu. Les Sages "Dans l'eau" : l'eau seule est écrite Kal va-homer : les autres liquides à plus forte raison "Cuit, cuit" : cuit puis rôti, ou rôti puis cuit, passible Rabbi "Dans l'eau" : l'eau seule est écrite "Cuit, cuit" est une inclusion De toute façon : tout mode de cuisson Le verset aurait pu dire : na et cuit Nafka mina : tzli keder Marmite, sans eau et sans liquide ajouté. Seul le jus qui sort de la graisse. Sages, par le kal va-homer : permis. Rabbi, par l'inclusion : c'est du cuit. Tossefot : pour tous, passoul, et le commandement de rôti au feu demeure. Le débat porte sur les coups.
Les Sages étendent l'interdit par kal va-homer. Rabbi, par le redoublement du verbe. Le tzli keder les sépare.
Ce que l'on mange du pesah Cru (haï) Hors du lav de na et de cuit Interdit par "rôti au feu" Lav englobant : pas de coups Na Rôti sans l'être à point Les Perses : abarnim Lav, et les coups Cuit Dans l'eau ou un autre liquide Lav, et les coups Rôti au feu À point : la mitsva Le verset l'écarte de l'interdit Brûlé (harukha) Rav Ashi : trop rôti Hors de ce lav. Rachi : lecture principale Sources chaudes de Tibériade Chabbat : exempt Il faut un dérivé du feu Pesah : passible À cause de "rôti au feu", Rava Rav Hiya : Rav Hisda le dit lui-même. Rachi : lav englobant, et l'on frappe.
Cru, na, cuit, rôti et brûlé, puis les sources de Tibériade : exempt le Shabbat, passible pour le pesah à cause du rôti au feu.
1
אַחֲרֹוסֶת קָאָמַר מַר, אוֹ אַחַרְדָּל קָאָמַר מָר? אֲמַר לֵיהּ: לְמַאי נָפְקָא מִינַּהּ?

Le Maître a-t-il dit cela du harosset, ou le Maître a-t-il dit cela de la moutarde ? Il lui a dit : quelle différence pratique en sort-il ?

📜 Rachi (1)
אַחֲרֹוסֶת קָאָמַר מִי אִית לָךְ דְּרַבָּנָן נָמֵי אַחֲרֹוסֶת פְּלִיגִי:
As-tu l'avis que les Sages contestent aussi pour le harosset ?
💡 Explication

Suite du bas de 40b. Rav Nahman bar Yitzhak interroge Rav Houna fils de Rav Yehouda. Shmuel a tranché comme les Sages : dans la moutarde, on mange la farine aussitôt. La question : cette halakha vise-t-elle aussi le harosset ?

Rachi : Rav Houna refuse l'idée que les Sages contestent le harosset. Pour lui, michna et halakha groupent les deux.

2
לִדְרַב כָּהֲנָא. דְּאָמַר רַב כָּהֲנָא: מַחֲלֹוקֶת לְתוֹךְ הַחַרְדָּל, אֲבָל לְתוֹךְ הַחֲרֹוסֶת — דִּבְרֵי הַכֹּל יִשָּׂרֵף מִיָּד.

Pour Rav Kahana. Car Rav Kahana a dit : le désaccord porte sur la moutarde.

Mais dans le harosset, de l'avis de tous, on le brûle aussitôt.

💡 Explication

La différence pratique est l'enseignement de Rav Kahana, déjà rapporté en 40b. La moutarde, forte, laisse le temps de manger : Rabbi Meir brûle, les Sages permettent. Le harosset laisse lever tout de suite : on brûle aussitôt, sans désaccord.

Si Shmuel ne visait que la moutarde, Rav Kahana reste en place. S'il visait aussi le harosset, Rav Kahana tombe.

3
אֲמַר לֵיהּ: לָא שְׁמִיעַ לִי, כְּלוֹמַר לָא סְבִירָא לִי.

Il lui a dit : je ne l'ai pas entendu, c'est-à-dire : je ne le tiens pas.

📜 Rachi (1)
לָא סְבִירָא לִי אֶלָּא בַּחֲרֹוסֶת נָמֵי שָׁרוּ וַהֲלָכָה כְּמוֹתָן:
Mais dans le harosset aussi ils permettent, et la halakha suit leur avis.
🗂️ Tossefot (1)
לָא שְׁמִיעַ לִי כְּלוֹמַר לָא סְבִירָא לִי אַף עַל גַּב דְּתַנְיָא כְּוָותֵיהּ קָסָבַר מַתְנִיתִין פְּלִיגָא:
Bien qu'une baraïta soit enseignée selon lui, il estime que la michna le contredit.
💡 Explication

Lo shmia li, je ne l'ai pas entendu, veut dire ici lo sevira li, je ne le tiens pas. Rav Houna connaît l'enseignement. Il ne le retient pas.

Rachi : les Sages permettent aussi le harosset, et la halakha les suit. Tossefot : une baraïta va comme Rav Kahana, brûler le harosset. Rav Houna tient que la michna, qui groupe harosset et moutarde, la contredit.

4
אָמַר רַב אַשִּׁי: כְּוָותֵיהּ דְּרַב כָּהֲנָא מִסְתַּבְּרָא, מִדְּאָמַר שְׁמוּאֵל: אֵין הֲלָכָה כְּרַבִּי יוֹסֵי. מַאי לַָאו? צַמּוֹתֵי הוּא דְּלָא צָמֵית, הָא חִמּוּעִי מְחַמְּעָא.

Rav Ashi a dit : l'avis de Rav Kahana se tient, puisque Shmuel a dit : la halakha n'est pas selon Rabbi Yossi. N'est-ce pas : ce qu'il ne fait pas, c'est contracter ; faire lever, il le fait.

📜 Rachi (3)
כְּוָותֵיהּ דְּרַב כָּהֲנָא מִסְתַּבְּרָא דְּאָמַר רַבָּנָן אַחֲרֹוסֶת לָא פְלִיגִי וְכִי אָמַר שְׁמוּאֵל הֲלָכָה כַּחֲכָמִים אַחַרְדָּל קָאָמַר:
C'est-à-dire qu'il a dit : les Sages ne contestent pas pour le harosset. Et lorsque Shmuel a dit que la halakha suit les Sages, il visait la moutarde.
אֵין הֲלָכָה כְּרַבִּי יוֹסֵי דְּאָמַר לְעֵיל חֹומֶץ צוֹמְתָן:
Qui a dit plus haut : le vinaigre les contracte.
מַאי לַָאו מִדְּלָא צָמֵית חִטִּין שֶׁהִתְחִילוּ לִינָּפֵחַ כְּבָר אַלְמָא כִּשְׁאָר מַשְׁקִין הוּא אִחַמּוֹעֵי נָמֵי מְחַמַּע אֶת הַנִּיתָּן מִתְּחִילָּה לְתוֹכוֹ כִּדְרַב כָּהֲנָא אַלְמָא שְׁמוּאֵל כְּרַב כָּהֲנָא סְבִירָא לֵיהּ וְכִי קָאָמַר שְׁמוּאֵל הֲלָכָה כַּחֲכָמִים אַחַרְדָּל קָאָמַר וְלֹא אַחֲרֹוסֶת:
Puisqu'il ne contracte pas le blé qui a déjà commencé à gonfler, il en ressort qu'il est comme les autres liquides. Il fait aussi lever ce qu'on y met dès le début, comme Rav Kahana. Il en ressort que Shmuel tient comme Rav Kahana. Et lorsque Shmuel dit que la halakha suit les Sages, il vise la moutarde. Le harosset reste hors de sa parole.
🗂️ Tossefot (2)
מִדְּאָמַר שְׁמוּאֵל אֵין הֲלָכָה כְּרַבִּי יוֹסֵי הַשְׁתָּא מְדַמֵּי חֹומֶץ לַחֲרֹוסֶת וע"כ נִרְאֶה לר"י דְּעֻולָּא דְּאָמַר לְעֵיל בֵּין כָּךְ וּבֵין כָּךְ אָסוּר מִשּׁוּם לָךְ לָךְ אָמְרִינַן נְזִירָא סְחוֹר סְחוֹר לְכַרְמָא לָא תִּקְרַב פְּלִיג אַדְּרַב כָּהֲנָא דְּהָא רַב כָּהֲנָא דְּאָמַר אֲבָל לְתוֹךְ חֲרֹוסֶת לְדִבְרֵי הַכֹּל יִשָּׂרֵף וּלְעֻולָּא לֹא אָסַר אֶלָּא מִשּׁוּם לָךְ לָךְ אָמְרִינַן:
À présent on compare le vinaigre au harosset. C'est pourquoi il paraît au Ri qu'Oula, qui a dit plus haut : dans un cas comme dans l'autre c'est interdit, à cause de : va, va, dit-on au nazir, contourne, contourne, n'approche pas de la vigne, conteste Rav Kahana. Car Rav Kahana a dit : mais dans le harosset, de l'avis de tous, on brûle. Pour Oula, l'interdit ne tient qu'à : va, va, dit-on.
מַאי לַָאו מִדְּלָא מְצַמֵּת מְחַמַּע קָשֶׁה לר"י דִּלְעֵיל קָאָמַר י"א אַף נוֹתֵן אֶת הַחֹומֶץ וְאַחַ"כּ וְכוּ' וּפָרִיךְ וְלוֹקְמָא כְּר' יוֹסֵי דְּאָמַר שׁוֹרָן בְּחֹומֶץ וְחֹומֶץ צוֹמְתָן מַשְׁמַע דְּתַנָּא קַמָּא דְּיֵשׁ אוֹמְרִים הַיְינוּ ת"ק דְּר' יוֹסֵי דְּלֵית לֵיהּ דְּחֹומֶץ צְמִית וַאֲפִילּוּ הָכִי קָאָמַר נוֹתֵן הַקֶּמַח וְאַחַ"כּ נוֹתֵן אֶת הַחֹומֶץ אַלְמָא קָסָבַר אע"ג דְּלָא צְמִית חִמּוּעִי נָמֵי לָא מְחַמַּע ואור"י דִּלְעֵיל אַיְירֵי לְפִי הַמַּסְּקָנָא דְהָכָא:
C'est difficile pour le Ri. Plus haut on dit : il y en a qui disent, on met aussi le vinaigre, et ensuite, etc. Et l'on objecte : établissons-le selon Rabbi Yossi, qui dit qu'on les trempe dans le vinaigre, et le vinaigre les contracte. Il en ressort que le premier tanna de "il y en a qui disent" est le premier tanna de Rabbi Yossi, qui n'a pas l'avis que le vinaigre contracte. Et malgré cela il dit : on met la farine, puis on met le vinaigre. Il en ressort qu'il estime : même lorsqu'il ne contracte pas, il ne fait pas lever non plus. Et le Ri a dit : plus haut, le propos suit la conclusion d'ici.
💡 Explication

Rav Ashi veut prouver Rav Kahana par Shmuel. Shmuel a écarté Rabbi Yossi, pour qui le vinaigre contracte le grain et l'empêche de lever. S'il ne contracte pas, Rav Ashi lit la suite : il fait lever, comme un autre liquide. Le harosset, qui contient du vinaigre, ferait lever tout de suite. Shmuel tiendrait donc comme Rav Kahana, et sa halakha ne viserait que la moutarde.

Tossefot : ce rapprochement vinaigre / harosset met Oula en face de Rav Kahana. Oula n'interdit le mélange que par la mise à distance du nazir, "contourne, n'approche pas". Rav Kahana, lui, fait brûler le harosset de l'avis de tous.

5
לֹא, דִּילְמָא לָא מִצְמָת צָמֵית, וְלָא חִמּוּעִי מְחַמַּע.

Non. Peut-être qu'il ne contracte pas, et qu'il ne fait pas lever.

📜 Rachi (1)
לֹא מִיצְמָת צָמֵית אֶת שֶׁהִתְחִיל לְהַחְמִיץ וְלָא מְחַמַּע נָמֵי אֶת הַנִּיתָּן לְתוֹכוֹ דְּלָא הָוֵי כַּמַּיִם:
Il ne contracte pas ce qui a commencé à lever, et il ne fait pas lever non plus ce qu'on y met, car il n'est pas comme l'eau.
💡 Explication

La preuve tombe. Écarter Rabbi Yossi peut vouloir dire seulement ceci : le vinaigre ne contracte pas. On n'en déduit pas qu'il fait lever. Rachi : il n'est pas comme l'eau. Il ne resserre pas le grain déjà entamé, et il ne fait pas lever ce qu'on y met au départ.

Le Ri, dans la glose précédente, lit la page d'avant selon cette conclusion : même sans contracter, le vinaigre ne fait pas lever.

6
אֵין מְבַשְּׁלִין וְכוּ׳. תָּנוּ רַבָּנַן: ״בְּמַיִם״ — אֵין לִי אֶלָּא בְּמַיִם, שְׁאָר מַשְׁקִין מִנַּיִין?

On ne cuit pas, etc. Les Sages ont enseigné : "Dans l'eau".

Je n'ai que l'eau. Les autres liquides, d'où ?

📜 Rachi (1)
בְּמַיִם וּבְשֶׁל מְבֻושָּׁל בְּמַיִם:
"Et cuit, cuit, dans l'eau."
🗂️ Tossefot (1)
אֵין מְבַשְּׁלִים אֶת הַפֶּסַח לֹא בְּמַשְׁקִין וְכוּ' תֵּימַהּ לָמָּה שְׁנָאוֹ כָּאן אִי מִשּׁוּם דִּתְנָא יְרָקוֹת שְׁלוּקוֹת וּמְבֻושָּׁלוֹת א"כ מִיָּד הָיָה לוֹ לִשְׁנוֹת בְּסָמוּךְ אַחֲרֶיהָ:
C'est étonnant : pourquoi l'enseigne-t-on ici ? Si c'est parce que le tanna a enseigné les légumes bouillis et cuits, il aurait dû l'enseigner aussitôt après, tout à côté.
💡 Explication

Nouvelle michna : on ne cuit pas le pesah dans les liquides ni dans les mei perot. La baraïta ouvre le verset de Shemot 12, 9 : "et cuit, cuit, dans l'eau". Le mot dans l'eau n'enseigne d'abord que l'eau. D'où les autres liquides ?

Tossefot s'étonne de la place de cette michna. Si elle ne venait qu'à la suite des légumes bouillis et cuits, elle devrait les suivre de près.

7
אָמַרְתָּ, קַל וָחֹומֶר: וּמַה מַיִם שֶׁאֵין מְפִיגִין טַעְמָן — אֲסוּרִין, שְׁאָר מַשְׁקִין שֶׁמְּפִיגִין טַעְמָן — לֹא כָל שֶׁכֵּן!

Tu diras, par kal va-homer : l'eau, qui ne donne pas son goût, est interdite. Les autres liquides, qui donnent leur goût, à plus forte raison.

📜 Rachi (1)
שֶׁמְּפִיגִין טַעְמָן שֶׁנּוֹתְנִין בּוֹ טַעַם שֶׁלָּהֶן:
Qui mettent en lui leur propre goût.
💡 Explication

Réponse des Sages, par kal va-homer. L'eau n'impose pas son goût, et là cuire le pesah y est déjà interdit. Un liquide qui impose le sien écarte encore plus le goût du rôti. L'interdit s'étend.

Rachi lit mafigin ainsi : ces liquides mettent dans la viande leur goût à eux.

8
רַבִּי אוֹמֵר: ״בְּמַיִם״ — אֵין לִי אֶלָּא מַיִם, שְׁאָר מַשְׁקִין מִנַּיִין? תַּלְמוּד לוֹמַר: ״וּבְשֶׁל מְבַשֵּׁל״, מִכָּל מָקוֹם.

Rabbi dit : "Dans l'eau". Je n'ai que l'eau.

Les autres liquides, d'où ? Le verset enseigne : "et cuit, cuit", de toute façon.

📜 Rachi (1)
וּבְשֶׁל מְבֻושָּׁל רִבּוּיָא הוּא דַּהֲוָה לֵיהּ לְמִיכְתַּב נָא וּמְבֻושָּׁל:
C'est une inclusion. Il aurait dû écrire : na et cuit.
💡 Explication

Rabbi (Rabbi Yehouda haNassi) ne s'appuie pas sur le kal va-homer. Le verbe est redoublé : ouvashel mevushal, "et cuit, cuit". Rachi : c'est un ribboui, une inclusion. Le verset pouvait écrire "na et cuit". Le surplus vise toute cuisson, de toute façon.

9
מַאי בֵינַיְיהוּ? אִיכָּא בֵּינַייְהוּ צְלִי קֵדָר.

Quelle est la différence entre eux ? Il y a entre eux le tzli keder.

📜 Rachi (1)
צְלִי קֵדָר שֶׁמְּבַשְּׁלִין אוֹתוֹ בִּקְדֵירָה בְּלֹא מַיִם וּבְלֹא שׁוּם מַשְׁקֶה אֶלָּא מַיִם הַנִּפְלָטִין מִשַּׁמְנוֹ לְמָאֵן דְּיָלֵיף לָהּ מק"ו הָכָא שָׁרִי לְרַבִּי דְּיָלֵיף מֵרִבּוּיָא הַאי נָמֵי בְּשֶׁל מְבֻושָּׁל הוּא:
Qu'on le cuit dans une marmite sans eau et sans aucun liquide, seulement l'eau qui sort de sa graisse. Pour celui qui l'apprend du kal va-homer, ici c'est permis. Pour Rabbi, qui l'apprend de l'inclusion, ceci aussi est "cuit, cuit".
🗂️ Tossefot (1)
אִיכָּא בֵּינַייְהוּ צְלִי קֵדָר פִּי' אִי לוֹקֶה עָלָיו אִי לֹא אֲבָל לְכֻולֵּי עָלְמָא פָּסוּל הָוֵי וַעֲשֵׂה נָמֵי אִית בֵּיהּ דְּצָלִי מֵחֲמַת ד"א הוּא כִּדְאָמְרִינַן בְּרֵישׁ כֵּיצַד צוֹלִין (לְקַמָּן פְּסָחִים עה:) נָטַף מֵרָוטְבּוֹ עַל הַחֶרֶס וְחָזַר עָלָיו יִטֹּול אֶת מְקוֹמוֹ נָגַע בְּחַרְסוֹ שֶׁל תַּנּוּר יִקְלֹוף אֶת מְקוֹמוֹ וְכֵן שְׁאָר מַשְׁקִין לָא אִיצְטְרִיךְ לְמֵילַף אֶלָּא לְעִנְיַן מַלְקוּת אֲבָל פְּשִׁיטָא דִּלְכָל הַפָּחוֹת אִיכָּא עֲשֵׂה דְּכִי אִם צְלִי אֵשׁ וא"ת וְהֵיכִי יָלֵיף שְׁאָר מַשְׁקִין מק"ו וְהָא אֵין מַזְהִירִין מִן הַדִּין וְיֵשׁ לוֹמַר דְּהַאי קַל וָחֹומֶר אֵינוֹ אֶלָּא מְגַלֶּה דְּבִישּׁוּל דִּקְרָא אַייְּרִי אַף בִּשְׁאָר מַשְׁקִין:
Explication : s'il reçoit les coups pour cela, ou non. Mais pour tout le monde c'est invalide, et il y a aussi un commandement positif, car c'est un rôti du fait d'autre chose, comme nous disons au début de Keitsad tsolin (plus loin, Pessahim 75b) : si de son jus a goutté sur le tesson et est revenu sur lui, on retire sa place ; s'il a touché la paroi du four, on gratte sa place. De même les autres liquides : on n'a besoin de les apprendre que pour les coups. Mais il est clair qu'au minimum il y a le commandement positif de : seulement rôti au feu. Et si tu dis : comment apprend-on les autres liquides par un kal va-homer, alors qu'on n'avertit pas à partir d'un raisonnement ? Il y a lieu de dire : ce kal va-homer ne fait que révéler que la cuisson du verset vise aussi les autres liquides.
💡 Explication

La nafka mina est le tzli keder : la viande cuit dans une marmite, sans liquide versé, dans le jus qui sort d'elle. Les Sages, partis de l'eau par kal va-homer, n'atteignent que les liquides : ici, permis. Rabbi, par le redoublement, y voit encore du cuit.

Tossefot resserre le débat. Pour tous le pesah est passoul, et le commandement "seulement rôti au feu" demeure : un rôti du fait d'autre chose ne vaut pas. On discute les coups. Le kal va-homer ne crée pas l'avertissement (ein mazhirin min hadin). Il révèle que le mot cuisson du verset vise aussi les autres liquides.

🖼️ Schéma
Tzli keder : la marmite sans liquide ajouté La marmite Pas d'eau Pas d'autre liquide Le jus sort de la graisse Sages Le kal va-homer ne vise que les liquides Permis Rabbi L'inclusion "cuit, cuit" Interdit Tossefot : passoul pour tous. On apprend les coups, le commandement positif est déjà là.
Tzli keder : permis selon le kal va-homer, interdit selon l'inclusion. Passoul pour tous, selon Tossefot.
10
וְרַבָּנָן, הַאי ״בִּשֵּׁל מְבַשֵּׁל״ מַאי עָבְדִי לְהוּ? מִבָּעֵי לֵיהּ לְכִדְתַנְיָא: בִּשְּׁלוֹ וְאַחַר כָּךְ צְלָאוֹ, אוֹ שֶׁצְּלָאוֹ וְאַחַר כָּךְ בִּשְּׁלוֹ — חַיָּיב.

Et les Sages, ce "cuit, cuit", qu'en font-ils ? Il est requis pour ce qu'on enseigne : s'il l'a cuit puis rôti, ou s'il l'a rôti puis cuit, il est passible.

📜 Rachi (1)
חַיָּיב מַלְקוּת עַל אֲכִילָתוֹ:
Les coups, pour l'avoir mangé.
💡 Explication

Les Sages ont déjà les autres liquides par le kal va-homer. Le redoublement ouvashel mevushal leur sert à autre chose : cuit puis rôti, ou rôti puis cuit, on est passible.

Rachi : les coups visent celui qui l'a mangé, pas seulement celui qui l'a cuit.

11
בִּשְׁלָמָא בִּשְּׁלוֹ וְאַחַר כָּךְ צְלָאוֹ חַייָּב, דְּהָא בְּשִׁלְיָה. אֶלָּא צְלָאוֹ וְאַחַר כָּךְ בִּשְּׁלוֹ, הָא צְלִי אֵשׁ הוּא, אַמַּאי?

Admettons : s'il l'a cuit puis rôti, il est passible, car il l'a cuit. Mais s'il l'a rôti puis cuit, c'est du rôti au feu.

Pourquoi ?

💡 Explication

Cuit d'abord : l'interdit est déjà commis, le rôtissage d'après ne l'efface pas. Rôti d'abord : la viande a eu le statut de rôti au feu. Pourquoi la cuisson qui suit rendrait-elle passible ?

12
אָמַר רַב כָּהֲנָא: הָא מַנִּי — רַבִּי יוֹסֵי הִיא. דְּתַנְיָא: יוֹצְאִין בְּרָקִיק הַשָּׁרוּי וּבִמְבֻושָּׁל שֶׁלֹּא נִימּוֹחַ, דִּבְרֵי רַבִּי מֵאִיר. רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: יוֹצְאִין בְּרָקִיק הַשָּׁרוּי, אֲבָל לֹא בִּמְבֻושָּׁל, אַף עַל פִּי שֶׁלֹּא נִימּוֹחַ.

Rav Kahana a dit : ceci, de qui est-ce ? C'est Rabbi Yossi.

Car on a enseigné : on s'acquitte avec la galette trempée, et avec la bouillie qui ne s'est pas délitée, paroles de Rabbi Meir. Rabbi Yossi dit : on s'acquitte avec la galette trempée, mais non avec la bouillie, même si elle ne s'est pas délitée.

📜 Rachi (3)
ר' יוֹסֵי הִיא דְּאָמַר בִּישּׁוּל לְאַחַר אֲפִיָּה בִּישּׁוּל הוּא:
Qui dit : une cuisson après une cuisson au four est une cuisson.
יוֹצְאִין יְדֵי חוֹבַת מַצָּה בְּרָקִיק הַשָּׁרוּי בַּתַּבְשִׁיל לְאַחַר אֲפִייָּתוֹ וְאַף עַל פִּי שֶׁמִּתְמַסְמֵס לֶחֶם הוּא כָּל זְמַן שֶׁהוּא קַיָּים שֶׁלֹּא נִימּוֹחַ לְגַמְרֵי וְכֵן בִּמְבֻושָּׁל:
On s'acquitte de l'obligation de matsa avec une galette trempée dans un mets après sa cuisson au four. Même si elle se ramollit, c'est du pain tant qu'elle subsiste, tant qu'elle ne s'est pas entièrement délitée. Et de même pour la bouillie.
אֲבָל לֹא בִּמְבֻושָּׁל דְּלָאו לֶחֶם קָרֵינָא בֵיהּ ואע"פ שֶׁכְּבָר נֶאֱפָה בַּתַּנּוּר הוֹאִיל וְחָזַר וּבִישְּׁלוֹ בִּיטְּלוֹ מִתּוֹרַת לֶחֶם:
Car on ne l'appelle pas pain. Même s'il a déjà été cuit au four, puisqu'on l'a ensuite cuit dans un liquide, on l'a annulé du statut de pain.
🗂️ Tossefot (2)
אָמַר רַב כָּהֲנָא הָא מַנִּי ר' יוֹסֵי הִיא תֵּימַהּ דְּרַב כָּהֲנָא דְּמוֹקֵי לָהּ כְּרַבִּי יוֹסֵי לְרַבָּנָן הַאי בָּשֵׁל מְבֻושָּׁל מַאי עָבְדִי לְהוּ דִּצְלָאוֹ וְאַחַר כָּךְ בִּישְּׁלוּ לֹא צָרִיךְ קְרָא דְּמִסְּבָרָא יָדְעִינַן דְּבִישּׁוּל מְבַטֵּל הַצְּלִיָּה כִּדְאָמַר רַבִּי יוֹסֵי גַּבֵּי מַצָּה וְיֵשׁ לוֹמַר דְּרַב כָּהֲנָא סָבַר דְּרַבִּי יוֹסֵי יָלֵיף מְבַשֵּׁל מְבֻושָּׁל דְּבִישּׁוּל מְבַטֵּל אֲפִיָּיה:
C'est étonnant. Rav Kahana établit cela selon Rabbi Yossi. Pour les Sages, ce "cuit, cuit", qu'en font-ils ? Car rôti puis cuit n'a pas besoin de verset : par le raisonnement on sait que la cuisson annule le rôtissage, comme le dit Rabbi Yossi au sujet de la matsa. Il y a lieu de dire : Rav Kahana estime que Rabbi Yossi apprend de "cuit, cuit" que la cuisson annule la cuisson au four.
אֲבָל לֹא בִּמְבֻושָּׁל פ"ה דְּבִישּׁוּל מְבַטֵּל לֵיהּ מִתּוֹרַת לֶחֶם וּלְפִי' מַייְרֵי בִּבְלִילָתוֹ רַכָּה דִּבְלִילָתוֹ עָבָה לָא נָפֵיק מִתּוֹרַת לֶחֶם כִּדְפֵירֵשׁ לְעֵיל ור"י מְפָרֵשׁ דְּמַייְרֵי בִּבְלִילָתוֹ עָבָה וּפְסוּלָה מִשּׁוּם מַצָּה עֲשִׁירָה וּמַיְיתִי דְּכִי הֵיכִי דְּסָבַר רַבִּי יוֹסֵי דְּבִישּׁוּל מַפִּיק לֵיהּ מִתּוֹרַת אֲפִיָּיה לְשַׁווְיָה מַצָּה עֲשִׁירָה כְּאִילּוּ לֹא נֶאֱפָה ה"נ גַּבֵּי פֶּסַח עָקַר מִינֵּיהּ בִּישּׁוּל שֵׁם צְלִיָּה:
Selon l'explication de Rachi, la cuisson l'annule du statut de pain. Selon cela, on parle d'une détrempe molle, car une détrempe épaisse ne sort pas du statut de pain, comme il l'a expliqué plus haut. Et le Ri explique qu'on parle d'une détrempe épaisse, et qu'elle est invalidée à cause de la matsa ashira (matsa enrichie). Et l'on en tire : de même que Rabbi Yossi estime que la cuisson la fait sortir du statut de cuisson au four, pour en faire une matsa ashira comme si elle n'avait pas été cuite au four, de même pour le pesah, la cuisson déracine de lui le nom de rôtissage.
⚖️ Rosh (1)
וְעוֹד הָיָה אוֹמֵר ר"ת דִּבְדָבָר שֶׁבְּלִילָתוֹ רַכָּה פְּלִיגִי דְּרַבִּי יוֹחָנָן סָבַר אֲפִיָּיתוֹ בְּאִילְפָּס עוֹשֶׂה אוֹתוֹ לֶחֶם ור"ל סָבַר דַּוְקָא תַּנּוּר אֲבָל דָּבָר שֶׁבְּלִילָתוֹ קָשֶׁה מוֹדוֹ כֻּולֵּי עָלְמָא דְּמִיחַייַּב בְּחַלָּה אַפֵּי' סוֹפוֹ לְבַשְּׁלוֹ בְּמַיִם אוֹ לְטַגְּנוֹ בְּשֶׁמֶן דְּמִשְּׁעַת גִּילְגּוּל אָתֵי חִיּוּב חַלָּה כִּדְמוֹכַח בְּכַמָּה דֻּוכְתֵי מֵהַהִיא דִּתְנַן פ"ג דְּחַלָּה מִשְׁנָה ב נוֹלַד לָהּ סְפֵק טֻומְאָה עַד שֶׁלֹּא גִּילְגְּלָה תֵּעָשֶׂה בְּטֻומְאָה מִשֶּׁגִּילְגְּלָה תֵּעָשֶׂה בְּטָהֳרָה. וּתְנַן נָמֵי בפ"ק דְּחַלָּה עִיסָּה שֶׁתְּחִלָּתָהּ סִיפְגָּנִים וְסוֹפָהּ סֻופְגָּנִים פְּטוּרָה מִן הַחַלָּה תְּחִלָּתָהּ עִיסָּה וְסוֹפָהּ סֻופְגָּנִין תְּחִלָּתָהּ סֻופְגָּנִים וְסוֹפָהּ עִיסָּה חַייֶּבֶת. וְעוֹד הָיָה אוֹמֵר ר"ת זַ"ל דְּכִי הֵיכִי דִּמְחַיְּיבִי בְּחַלָּה ה"נ מְבָרֵךְ עָלָיו הַמּוֹצִיא לְאַחַר הַבִּישּׁוּל אוֹ לְאַחַר הַטִּיגּוּן כִּדְמוֹכַח בִּבְרָכוֹת בִּכְיָצֹד מְבָרְכִין (בְּרָכוֹת דַּף לז:) הָיָה עוֹמֵד וּמַקְרִיב מְנָחוֹת בִּירוּשָׁלַיִם אוֹמֵר שֶׁהֶחֱיָינוּ נְטָלָהּ לְאוֹכְלָהּ אוֹמֵר הַמּוֹצִיא לֶחֶם מִן הָאָרֶץ. וְקָפְסִיק וְתָנֵי לָא שְׁנָא מִנְחַת סֹולֶת וּמַאֲפֵה תַּנּוּר וְלָא שְׁנָא מִנְחַת מַחֲבַת וּמַרְחֶשֶׁת אע"פ שֶׁמְּטַגְּנִים בְּשֶׁמֶן וְהוּא הַדִּין נָמֵי בִּמְבֻושָּׁל בְּמַיִם דְּלָא מִסְתַּבֵּר לְחַלֵּק בֵּין מַיִם לְשֶׁמֶן אֲבָל וורמזו"ש שֶׁקּוֹרִין לטריי"א הָיָה אוֹמֵר ר"ת שֶׁאֵין מְבָרְכִין עָלָיו הַמּוֹצִיא שֶׁאֵין בָּהֶן תּוֹרִיתָא דְּנַהְמָא אע"פ שֶׁנִּתְחַיְּיבָה עִיסָּתָהּ בְּחַלָּה. וְרַבִּי' שִׁמְשׁוֹן זַ"ל כָּתַב בְּמַס' חַלָּה שֶׁהַלָּשׁ עִיסָּה גְּמוּרָה וְדַעְתּוֹ לְבַשְּׁלָהּ בְּמַיִם אוֹ לְטַגְּנָהּ בְּשֶׁמֶן פְּטוּרָה מִן הַחַלָּה וְהֵבִיא רְאָיָה מִפֶּרֶק כֵּיצַד מְבָרְכִין (בְּרָכוֹת דַּף לז:) דְּתָנֵי ר' חִיָּיא לֶחֶם הֶעָשׂוּי לְכֻותָּח פָּטוּר מִן הַחַלָּה וְהָתַנְיָא חַייָּב וּמְשַׁנֵּי הָתָם כִּדְקָתָנֵי טַעְמָא ר' יְהוּדָה אוֹמֵר מַעֲשֶׂיהָ מוֹכִיחִין עָלֶיהָ עֲשָׂאָהּ כְּעָבִין חַיֶּיבֶת לִימּוּדִין פְּטוּרָה. ופירש"י הָתָם לֶחֶם הֶעָשׂוּי לְכוּתָח אֵין אוֹפִין אוֹתוֹ בְּתַנּוּר אֶלָּא מְיַיבְּשִׁין אוֹתוֹ בַּחַמָּה אַלְמָא אע"ג דְּמִשְּׁעַת גִּילְגּוּל קָאָתֵי חִיּוּב הַחַלָּה כֵּיוָן דְּגִלְגְּלָה אַדַּעְתָּא לֶאֱפוֹתוֹ בַּחַמָּה מִיפְטָר מִשּׁוּם דְּסוֹפוֹ לְבַטְּלוֹ מִתּוֹרַת לֶחֶם וְהָא דִּמְפַלֵּיג בֵּין כְּעָבִין לְלִמּוּדִין מִשּׁוּם דִּכְעָבִין מִיחַלְּפָא בִּשְׁאָר עִיסָּה שֶׁאֵינָהּ עֲשׂוּיָה לְכוּתָח אֲבָל לִמּוּדִין מַעֲשֶׂיהָ מוֹכִיחִין עָלֶיהָ וְלָא אָתֵי לְאִיחַלּוֹפֵי. וּבִירוּשַׁלְמִי מַסֶּכֶת חַלָּה פ"א הֵל' ו' גָּרַס עִיסַּת כּוּתָח חַייֶּבֶת בְּחַלָּה שֶׁמָּא תִּמָּלֵךְ וְתַעֲשֶׂה חֲרָרָה לְבָנָה וּכְדֵי שֶׁלֹּא יִקְשֶׁה הַהִיא דִּירוּשַׁלְמִי לַגְּמ' דִּידַן יֵשׁ לְפָרֵשׁ דְּהַהִיא דִּירוּשַׁלְמִי כְּגוֹן שֶׁנָּטְלָה מִן הָעִיסָּה מְעַט לֶאֱפוֹתָהּ בְּאוֹר דְּחָיְישִׁינַן שֶׁמָּא תִּימָּלֵךְ לִיקַּח כְּשִׁיעוּר חַלָּה. וְהַיְינוּ נָמֵי דִּמְפַלֵּיג בגמ' דִּידַן בֵּין כְּעָבִין לְלִמּוּדִין דִּכְעָבִין אָתֵי לְמִימְלַךְ אֲבָל לִמּוּדִין לָאו אוֹרְחֵיהּ לְמִימְלַךְ. וְהַךְ דִּתְחִלָּתָהּ עִיסָּה וְסוֹפָהּ סֻופְגָּנִין חַייֶּבֶת בְּחַלָּה הַייְנוּ בְּנִמְלַךְ אֲבָל תְּחִלָּתָהּ עִיסָּה לַעֲשׂוֹת סוֹפָהּ סֻופְגָּנִין פְּטוּרָה. וְאָמַר נָמֵי בִּירוּשַׁלְמִי חֲדָא אִיתְּתָא שַׁייְלָה לֵר' מוּנָא כְּגוֹן אֲנָא דְּבָעֵינָא לְמֶיעְבַּד אַצְוָתִי אִיטְּרָא מַהוּ דְּנָסֵיבְנָא מִינָּהּ וּתְהֵא פְּטוּרָה מִן הַחַלָּה אָמַר לָהּ אָסוּר שֶׁמָּא תִּימָּלֵךְ לַעֲשׂוֹת עִיסָּה. פִּי' אַצִּוְתִּי הַיְינוּ עִיסָּה כְּדִמְתַרְגְּמִינַן רֵאשִׁית עֲרִיסוֹתֵיכֶם רֵישׁ אַצְווָתְכוֹן. וְהַהִיא אִשָּׁה הָיְתָה לָשָׁה לַעֲשׂוֹת אוֹתָהּ אִיטְּרָא וְהוּא כְּעֵין סֻופְגָּנִין וְאִיסְקְרִיטִין וְשָׁאֲלָה בְּאוֹתָהּ מִקְצָת שֶׁהִיא רְגִילָה לֶאֱפוֹת שֶׁלֹּא כְּדֶרֶךְ אִיטְּרָא אִם יְכוֹלָה לְאוֹכְלָהּ בְּלֹא חַלָּה וְאָסַר לָהּ שֶׁמָּא תִּימָּלֵךְ עַל כֻּולָּהּ אוֹ עַל כְּדֵי שִׁיעוּר חַלָּה וה"ה לְעִיסַת כּוּתָח אִם לָקַח מִמֶּנּוּ מוּעָט כְּדֵי לֶאֱפוֹת נִתְחַיֵּיב בְּכָל הָעִיסָּה. וְעוֹד אָמַר בִּירוּשַׁלְמִי נַחְתּוֹם הָעוֹשֶׂה עִיסָּה כְּדֵי לְחַלְּקָהּ בָּצֵק פְּטוּרָה מִן הַחַלָּה אַלְמָא אע"פ שֶׁיֵּשׁ בָּהּ שִׁיעוּר חַלָּה בִּשְׁעַת גִּלְגּוּל כֵּיוָן דְּדַעְתּוֹ לְחַלְּקָהּ בְּפָחוֹת מִכַּשִּׁיעוּר וּלְמָוכְרָהּ בָּצֵק פְּטוּרָה מִן הַחַלָּה וה"ה נָמֵי הָעוֹשֶׂה עִיסָּה ע"מ לַעֲשׂוֹת סֻופְגָּנִין. וְהָא דְּאָמְרִי' בִּכְיָצָד מְבָרְכִין שָׁם דְּהָאוֹכֵל מִנְחָה מְבָרֵךְ עָלָיו הַמּוֹצִיא לָאו בְּמִנְחַת מַחֲבַת וּמַרְחֶשֶׁת אַיְירֵי דִּמְטֻוגָּנוֹת בְּשֶׁמֶן וּבְטֵלוֹת מִתּוֹרַת לֶחֶם אֶלָּא בְּמִנְחַת מַאֲפֵה תַּנּוּר וְסֹולֶת אַייְרֵי. אִי נָמֵי בְּכָל הַמְּנָחוֹת וְשֻׁומְּנָה מְעַט וְהָוֵי כְּמוֹ אָפוּי. וְעוֹד רְאָיָה מִדְּאָמְרִי' לְקַמָּן בְּפִירְקִין (פְּסָחִים דַּף מא.) דִּלְר' יוֹסֵי אֵין יוֹצְאִין בְּרָקִיק הַמְבֻושָּׁל אע"פ שֶׁלֹּא נִימּוֹחַ שֶׁהַבִּישּׁוּל מְבַטְּלוֹ מִתּוֹרַת לֶחֶם ואע"ג דר"מ פְּלִיג עָלֶיהָ קי"ל כְּר' יוֹסֵי. וַחֲבִיץ קִידְרָא דְּפֶ' כֵּיצַד מְבָרְכִין (בְּרָכוֹת דַּף לו:) בְּשֶׁלֹּא נִתְבַּשֵּׁל אַייְרֵי וְהָא דְּתַנְיָא הָתָם הַכּוֹסֵס אֶת הַחִטָּה מְבָרֵךְ עָלֶיהָ בפה"א טְחָנָהּ אֲפָאָהּ וּבִישְּׁלָהּ בִּזְמַן שֶׁהַפְּרוּסוֹת קַייָּמוֹת בַּתְּחִלָּה מְבָרֵךְ עֲלֵיהֶן הַמּוֹצִיא וּלְבַסּוֹף מְבָרֵךְ עֲלֵיהֶן שָׁלֹשׁ בְּרָכוֹת. הַהִיא ר' מֵאִיר הִיא דְּסָבַר דְּלָא אָתֵי בִּישּׁוּל וּמְבַטֵּל לַאֲפִייָּה. וְרַבֵּינוּ מֵאִיר הָיָה נוֹהֵג כְּשֶׁלָּשִׁין עִיסָּה בְּבֵיתוֹ כְּדֵי לְבַשְּׁלָהּ בְּמַיִם אוֹ לְטַגְּנָהּ בְּשֶׁמֶן הָיָה מְצַוֶּה לֶאֱפוֹת מִמֶּנָּה מְעַט וְעַל יְדֵי כָּךְ נִתְחַיְּיבָה הָעִיסָּה כֻּולָּהּ בְּחַלָּה קֹודֶם שֶׁיִּקַּח מִמֶּנָּה מְעַט דְּחָייְשִׁינַן שֶׁמָּא תִּמָּלֵךְ וְגַם לֹא הָיָה אוֹכֵל בְּלֹא הַמּוֹצִיא אַחַר שֶׁנִּתְבַּשְּׁלָה אוֹ נִטַּגְּנָה וְגַם לֹא הָיָה מְבָרֵךְ עָלֶיהָ הַמּוֹצִיא אֶלָּא מְבָרֵךְ עַל לֶחֶם אַחֵר וְאַחַ"כּ אֲכָלָהּ.
Et Rabbeinou Tam disait encore qu'ils contestent au sujet d'une chose dont la détrempe est molle. Rabbi Yo'hanan estime que la cuire dans un ilpas (poêle) en fait du pain. Reish Lakish estime que seul le four en fait du pain. Mais pour une chose dont la détrempe est ferme, tout le monde convient qu'elle est assujettie à la halla (prélèvement), même si sa fin est de la cuire dans l'eau ou de la frire dans l'huile. Car l'obligation de halla vient dès le guilgoul (façonnage). C'est prouvé en plusieurs endroits, par ce qu'on enseigne au chapitre 3 de Halla, michna 2 : s'il lui naît un doute d'impureté avant qu'on l'ait façonnée, on la fera en impureté ; une fois façonnée, on la fera en pureté. Et l'on enseigne aussi au premier chapitre de Halla : une pâte qui commence en sufganim (beignets) et finit en sufganim est dispensée de la halla. Si elle commence en pâte et finit en sufganim, ou si elle commence en sufganim et finit en pâte, elle y est assujettie. Et Rabbeinou Tam, de mémoire bénie, disait encore : de même qu'elles sont assujetties à la halla, de même on dit sur elles hamotzi après la cuisson ou après la friture. C'est prouvé à Berakhot, dans Keitsad mevarkhin (Berakhot 37b) : s'il se tenait et offrait des menahot à Jérusalem, il dit sheheheyanou (qui nous a fait vivre). S'il l'a prise pour la manger, il dit hamotzi le'hem min haaretz (qui fait sortir le pain de la terre). Et l'enseignement tranche de la même manière pour la minhat solet (offrande de fleur de farine) et la cuisson au four, et pour la minhat mahavat (poêle plate) et la marheshet (poêle creuse), bien qu'on les frie dans l'huile. Il en va de même de ce qui est cuit dans l'eau, car séparer l'eau de l'huile ne se justifie pas. Mais les vermizash, qu'on appelle latriya (pâtes en fils), Rabbeinou Tam disait qu'on ne dit pas hamotzi sur eux : ils n'ont pas la torita de-nahama (l'aspect du pain), bien que leur pâte ait été assujettie à la halla. Et Rabbeinou Shimshon, de mémoire bénie, a écrit au traité Halla : celui qui pétrit une pâte achevée avec l'intention de la cuire dans l'eau ou de la frire dans l'huile est dispensé de la halla. Il en apporte la preuve au chapitre Keitsad mevarkhin (Berakhot 37b). Rabbi Hiya a enseigné : le pain fait pour le koutah (mets au lait aigre) est dispensé de la halla. Et une baraïta enseigne qu'il y est assujetti. On répond là selon la raison qui est enseignée. Rabbi Yehouda dit : ses faits prouvent sur elle. S'il l'a faite en keakhin (galettes), elle est assujettie. En limoudin (bâtonnets), elle est dispensée. Et Rachi a expliqué là : le pain fait pour le koutah se sèche au soleil. On écarte pour lui la cuisson au four. Il en ressort : même si l'obligation de la halla vient dès le façonnage, puisqu'on l'a façonné avec l'intention de le cuire au soleil, il est dispensé, parce que sa fin est de l'annuler du statut de pain. Et ce qui distingue les keakhin des limoudin : les keakhin se confondent avec une autre pâte, qui n'est pas faite pour le koutah. Les limoudin, leurs faits prouvent sur eux, et l'on n'en viendra pas à les confondre. Et au Yerushalmi, traité Halla, chapitre 1, halakha 6, on lit : la pâte de koutah est assujettie à la halla, de peur qu'elle ne se ravise et n'en fasse une harara blanche (galette plate). Pour que ce Yerushalmi ne heurte pas notre Guemara, il y a lieu d'expliquer que ce Yerushalmi vise le cas où l'on a pris un peu de la pâte pour la cuire au feu. Nous craignons qu'elle ne se ravise et n'en prenne la mesure de halla. C'est aussi pour cela que notre Guemara distingue les keakhin des limoudin. Pour les keakhin, on peut en venir à se raviser. Pour les limoudin, se raviser n'est pas la manière. Et la michna : elle commence en pâte et finit en sufganim, elle est assujettie à la halla, vise celui qui s'est ravisé. Si dès le début la pâte est faite pour finir en sufganim, elle est dispensée. Et l'on dit aussi au Yerushalmi : une femme a demandé à Rabbi Mona : moi qui veux faire de l'atsati itra, qu'en est-il si j'en prends, et qu'elle soit dispensée de la halla ? Il lui a dit : c'est interdit, de peur que tu ne te ravises pour en faire une pâte. Explication : atsati, c'est la pâte, comme on traduit reshit arisoteikhem par reish atsvatkhon. Cette femme pétrait pour en faire de l'itra, du genre des sufganim et des iskeritin (galettes minces). Elle a demandé, au sujet du peu qu'elle a coutume de cuire autrement que l'itra, si elle peut le manger sans halla. Il le lui a interdit, de peur qu'elle ne se ravise sur le tout, ou sur la mesure de halla. Il en va de même de la pâte de koutah : si l'on en a pris un peu pour le cuire, toute la pâte est devenue assujettie. Et l'on dit encore au Yerushalmi : un boulanger qui fait une pâte afin de la partager en pâte crue est dispensé de la halla. Il en ressort : même s'il y a en elle la mesure de halla au moment du façonnage, puisque son intention est de la partager en moins que la mesure et de la vendre en pâte crue, elle est dispensée de la halla. Il en va de même de celui qui fait une pâte afin d'en faire des sufganim. Et ce que nous disons dans Keitsad mevarkhin, là, que celui qui mange une minha dit sur elle hamotzi : la minhat mahavat et la marheshet, frites dans l'huile et annulées du statut de pain, sont hors de ce propos. Le propos vise la minha cuite au four et la solet. Autre lecture : il vise toutes les menahot, leur huile est en petite quantité, et c'est comme du cuit au four. Preuve encore, de ce que nous disons plus loin dans notre chapitre (Pessahim 41a) : selon Rabbi Yossi, on ne s'acquitte pas avec la galette cuite, même lorsqu'elle ne s'est pas délitée, car la cuisson l'annule du statut de pain. Rabbi Meir le conteste. La halakha est fixée selon Rabbi Yossi. Et le havitz kidera (mets de marmite) du chapitre Keitsad mevarkhin (Berakhot 36b) vise le cas où il n'a pas été cuit. Et ce qu'on enseigne là : celui qui croque le blé dit sur lui bore péri haadama (qui crée le fruit de la terre). S'il l'a moulu, cuit au four et bouilli, lorsque les morceaux subsistent, au début il dit sur eux hamotzi, et à la fin il dit sur eux les trois bénédictions. Cet enseignement est selon Rabbi Meir, qui estime que la cuisson ne vient pas annuler la cuisson au four. Et la pratique de Rabbeinou Meir était la suivante. Lorsqu'on pétrissait une pâte chez lui afin de la cuire dans l'eau ou de la frire dans l'huile, il ordonnait d'en cuire un peu au four. Par là, toute la pâte devenait assujettie à la halla avant qu'on en prenne un peu, car nous craignons qu'elle ne se ravise. Après la cuisson ou la friture, il la mangeait avec un hamotzi dit sur un autre pain.
💡 Explication

Rav Kahana range la baraïta "rôti puis cuit, passible" selon Rabbi Yossi. Preuve, du côté de la matsa : Rabbi Meir, on s'acquitte avec la galette trempée et avec la bouillie qui ne s'est pas délitée. Rabbi Yossi écarte la bouillie, même entière. Pour lui, une cuisson après le four est une cuisson : le nom de pain tombe.

Rachi : tant que la galette trempée subsiste, c'est du pain. La bouillie, elle, est annulée du statut de pain. Tossefot : selon Rachi, cela vise une détrempe molle. Le Ri lit une détrempe épaisse, invalidée comme matsa ashira, matsa enrichie : la cuisson la replace comme si le four n'avait pas eu lieu. De même, pour le pesah, elle déracine le nom de rôtissage.

Le Roch ouvre ici le dossier de la halla et de hamotzi sur une pâte faite pour être cuite ou frite : Rabbeinou Tam, Rabbeinou Shimshon, le Yerushalmi, et la pratique de Rabbeinou Meir.

🖼️ Schéma
Galette de matsa : trempée ou bouillie Rabbi Meir Galette trempée : on s'acquitte Bouillie non délitée : on s'acquitte Tant que le pain subsiste Rabbi Yossi Galette trempée : on s'acquitte Bouillie, même entière : on ne s'acquitte pas La cuisson annule le statut de pain Rav Kahana transporte cela au pesah rôti puis cuit. Oula : le verset du pesah tranche même selon Rabbi Meir.
Rabbi Meir s'acquitte avec la bouillie encore entière. Rabbi Yossi, non : la cuisson a annulé le pain.
13
עֻולָּא אָמַר: אֲפִילּוּ תֵּימָא רַבִּי מֵאִיר, שָׁאנֵי הָכָא דְּאָמַר קְרָא: ״וּבִשֵּׁל מְבַשֵּׁל״, מִכָּל מָקוֹם.

Oula a dit : même si tu dis Rabbi Meir. Ici, c'est à part, car le verset dit : "et cuit, cuit", de toute façon.

📜 Rachi (1)
שָׁאנֵי הָכָא דְּרַבְיָיה קְרָא וּבְשֶׁל מְבֻושָּׁל דְּהָוֵי לֵיהּ לְמִכְתַּב וּמְבֻושָּׁל וּגְזֵירַת הַכָּתוּב הוּא בְּפֶסַח:
Ici le verset a fait une inclusion : "et cuit, cuit", alors qu'il aurait dû écrire "et cuit". C'est un décret du verset pour le pesah.
🗂️ Tossefot (1)
עֻולָּא אָמַר אֲפִי' תֵּימָא ר' מֵאִיר וְכוּ' הָכָא מְדַמֵּי פֶּסַח לְבִישּׁוּל מַצָּה וְהַייְנוּ דְּלָא כַּמַּסְּקָנָא דְּכֵיצַד מְבָרְכִין (בְּרָכוֹת דַּף לח:) דְּקָאָמַר הָתָם עֻולָּא מִשְּׁמֵיהּ דְּר' יוֹחָנָן שְׁלָקוֹת מְבָרְכִין עֲלֵיהֶם שֶׁהַכֹּל לְרַבִּי יוֹסֵי דְּאִית לֵיהּ הָכָא גַּבֵּי מַצָּה דְּבִישּׁוּל מְבַטֵּל הָאֲפִיָּה ה"נ בִּישּׁוּל מְבַטֵּל מֵהֶם שֵׁם יָרָק וְדָחֵי ע"כ לָא קָאָמַר רַבִּי יוֹסֵי אֶלָּא דְּבָעֵינַן טַעַם מַצָּה וְעֻולָּא לְטַעְמֵיהּ דְּלָא בָּעֵי לִדְחוּיָא הָכָא טַעְמָא דְּרַבִּי יוֹסֵי דְּבָעֵינַן טַעַם מַצָּה וְהָתָם נָמֵי קָאָמַר דִּלְרַבִּי יוֹסֵי מְבָרֵךְ שֶׁהַכֹּל:
Ici on compare le pesah à la cuisson de la matsa. Et cela s'écarte de la conclusion de Keitsad mevarkhin (Berakhot 38b). On dit là : Oula au nom de Rabbi Yo'hanan, sur les légumes cuits on dit chehakol, selon Rabbi Yossi. Puisqu'il tient ici, au sujet de la matsa, que la cuisson annule la cuisson au four, de même la cuisson annulerait d'eux le nom de légume. Et l'on repousse : Rabbi Yossi n'a dit cela que parce que nous exigeons le goût de matsa. Et Oula reste sur sa position : il ne veut pas repousser ici la raison de Rabbi Yossi par "nous exigeons le goût de matsa". Et là aussi il dit que selon Rabbi Yossi on dit chehakol.
💡 Explication

Oula n'a pas besoin de ranger la baraïta selon Rabbi Yossi. Même selon Rabbi Meir, pour qui la bouillie de matsa reste du pain, le pesah est à part : le verset redoublé interdit la cuisson de toute façon. Rachi : décret du verset, propre au pesah.

Tossefot : ce rapprochement pesah / matsa n'est pas la conclusion de Berakhot 38b. Là, on limite Rabbi Yossi au goût de matsa, et l'on ne transporte pas la règle aux légumes. Oula, ici, ne s'en sert pas.

14
תָּנוּ רַבָּנַן: יָכוֹל צְלָאוֹ כָּל צָורְכּוֹ יְהֵא חַייָּב — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״אַל תֹּאכְלוּ מִמֶּנּוּ נָא וּבָשֵׁל מְבֻשָּׁל בַּמָּיִם״. נָא וּבָשֵׁל מְבֻשָּׁל אָמַרְתִּי לְךָ, וְלֹא שֶׁצְּלָאוֹ כָּל צָורְכּוֹ.

Les Sages ont enseigné : on pourrait penser que s'il l'a rôti à point, il serait passible. Le verset enseigne : "N'en mangez pas na, ni cuit, cuit, dans l'eau." Na et cuit, cuit, je te l'ai dit.

Le rôti à point est écarté.

📜 Rachi (1)
יָכוֹל צְלָאוֹ כָּל צָרְכּוֹ וְאַחַ"כּ בִּשְּׁלוֹ יְהֵא חַייָּב וְהַאי תַּנָּא הוּא דְּאָמַר לְעֵיל צְלָאוֹ וְאַחַ"כּ בִּישְּׁלוֹ חַיָּיב לִישָּׁנָא אַחְרִינָא יָכוֹל צְלָאוֹ כָּל צָרְכּוֹ דְּשַׁוְיָא חֲרוֹכָא כְּדִמְפָרֵשׁ יְהֵא חַיָּיב דְּלָאו צְלִי אֵשׁ הוּא אֶלָּא קָלִי אֵשׁ וְשָׂרוּף וְזֶה עִיקָּר וְרִאשׁוֹן אֵינוֹ כְּלוּם דְּהַהוּא תַּנָּא כֵּיוָן דְּרַבִּי קְרָא צְלָאוֹ וְאַחַר כָּךְ בִּישְּׁלוֹ מַה לִי שַׁוְיָה חֲרוֹכָא מַה לִי לָא שַׁוְיָה:
On pourrait penser : s'il l'a rôti à point, puis qu'il l'a cuit, il serait passible. Et ce tanna est celui qui a dit plus haut : s'il l'a rôti puis cuit, il est passible. Autre version : on pourrait penser, s'il l'a rôti à point au point de le rendre brûlé, comme on l'explique, il serait passible, car on y voit un grillage au feu, et du brûlé. Le statut de rôti au feu lui manque. Et celle-ci est la lecture principale. La première version tombe : ce tanna, puisque le verset a inclus "il l'a rôti puis cuit", le cas brûlé et le cas qui ne l'est pas sont couverts de la même manière.
💡 Explication

Nouvelle baraïta. On aurait pu rendre passible même le pesah rôti à point. Le verset ne nomme que le na et le cuit. Le rôti à point sort de cet interdit.

Rachi donne deux lectures. La première rattache la phrase au "rôti puis cuit" d'en haut. Il la laisse tomber : ce tanna a déjà un verset pour ce cas, brûlé ou non. La lecture qu'il retient : le rôti poussé jusqu'au brûlé, que Rav Ashi va nommer.

15
הֵיכִי דָמֵי? אָמַר רַב אַשִּׁי: דְּשַׁוְיָא חֲרוֹכָא.

Comment est le cas ? Rav Ashi a dit : lorsqu'il l'a rendu brûlé.

📜 Rachi (1)
חֲרוֹכָא שָׂרוּף:
Brûlé.
💡 Explication

Harukha : la viande est brûlée, au-delà du rôti à point. Le verset était nécessaire pour l'écarter du lav de na et de cuit. Rachi, glose précédente : c'est la lecture à retenir.

16
תָּנוּ רַבָּנַן: יָכוֹל אָכַל כְּזַיִת חַי יְהֵא חַיָּיב — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״אַל תֹּאכְלוּ מִמֶּנּוּ נָא וּבָשֵׁל מְבֻשָּׁל״. נָא וּבָשֵׁל אָמַרְתִּי לְךָ, וְלֹא חַי.

Les Sages ont enseigné : on pourrait penser que s'il en a mangé un kezayit cru, il serait passible. Le verset enseigne : "N'en mangez pas na, ni cuit, cuit." Na et cuit, je te l'ai dit.

Le cru est écarté.

📜 Rachi (2)
חַי לְגַמְרֵי שֶׁלֹּא נִצְלָה כְּלָל:
Entièrement, qui n'a pas été rôti du tout.
נא צָלִי וְאֵינוֹ צָלִי:
Rôti sans l'être à point.
💡 Explication

Un kezayit de pesah cru, haï, n'entre pas dans le lav. Le verset n'a nommé que le na et le cuit. Rachi : le cru n'a pas été rôti du tout. Le na est un rôti qui n'est pas allé à point.

17
יָכוֹל יְהֵא מֻותָּר — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״כִּי אִם צְלִי אֵשׁ״. הֵיכִי דָמֵי נָא? אָמַר רַב: כִּדְאָמְרִי פָּרְסָאֵי: אֲבַרְנִים.

On pourrait penser que ce serait permis. Le verset enseigne : "seulement rôti au feu".

Quel est le cas de na ? Rav a dit : comme disent les Perses, abarnim.

📜 Rachi (2)
יָכוֹל יְהֵא מֻותָּר לֶאֱכֹול מִמֶּנּוּ חַי לְכַתְּחִלָּה דַּאֲפִילּוּ אִיסּוּרָא נָמֵי לֵיכָּא תַּלְמוּד לוֹמַר אַל תֹּאכְלוּ מִמֶּנּוּ נָא כִּי אִם צְלִי אֵשׁ וְלֹא זֶה שֶׁאֵינוֹ צָלִי וְהָוְיָא לָאו שֶׁבִּכְלָלוּת וְהַאי תַּנָּא סָבַר אֵין לוֹקִין עַל לָאו שֶׁבִּכְלָלוֹת:
On pourrait penser qu'il serait permis d'en manger du cru dès l'abord, au point qu'il n'y aurait même pas d'interdit. Le verset enseigne : "N'en mangez pas na, seulement rôti au feu", et il écarte ceci, qui n'est pas rôti. Et c'est un lav shebiklalot (interdit englobant). Et ce tanna estime qu'on ne donne pas les coups pour un lav shebiklalot.
כִּדְאָמְרִי פָּרְסָאֵי אֲבַרְנִים אוֹתָהּ צְלִיָּה שֶׁבִּלְשׁוֹן פַּרְסֵי קְרוּיָה אֲבַרְנִים בִּלְשׁוֹן הַקֹּודֶשׁ קָרֵי נָא:
Ce rôtissage qu'en langue perse on appelle abarnim, en langue sacrée on l'appelle na.
💡 Explication

Le cru est sorti du lav de na et de cuit. On pourrait le croire permis dès l'abord. Le verset "seulement rôti au feu" l'interdit. Rachi : c'est un lav shebiklalot, un interdit englobant, et ce tanna ne donne pas les coups pour un tel lav.

Na : Rav le cale sur le mot perse abarnim, un rôti à demi. Rachi : ce mot perse, la langue sacrée l'appelle na.

18
אָמַר רַב חִסְדָּא: הַמְבַשֵּׁל בְּחַמֵּי טְבֶרְיָא בְּשַׁבָּת — פָּטוּר. פֶּסַח שֶׁבִּשְּׁלוֹ בְּחַמֵּי טְבֶרְיָא — חַיָּיב.

Rav Hisda a dit : celui qui cuit dans les sources chaudes de Tibériade, le Chabbat, est exempt. Un pesah qu'on a cuit dans les sources chaudes de Tibériade, on est passible.

📜 Rachi (2)
חַמֵּי טְבֶרְיָא מַעְיָנוֹת רוֹתְחִין:
Sources bouillantes.
פֶּסַח שֶׁבִּישֵּׁל בְּחַמֵּי טְבֶרְיָא חַיָּיב עַל אֲכִילָתוֹ וְקָא סָלְקָא דַעְתָּךְ מִשּׁוּם דְּלָא תֹּאכַל מְבֻושָּׁל:
Pour l'avoir mangé. Et l'on monte d'abord l'idée : à cause de "tu n'en mangeras pas de cuit".
💡 Explication

Hamei Tveria : les sources bouillantes de Tibériade, une eau chaude qui ne vient pas du feu. Le Chabbat, cuire ainsi est exempt : la melakha de cuisson exige le feu ou son dérivé. Pour le pesah, Rav Hisda dit passible.

Rachi : les coups visent celui qui l'a mangé. Premier réflexe : à cause de l'interdit du cuit. La Guemara va le discuter.

19
מַאי שְׁנָא בְּשַׁבָּת דְּלָא? דְּתוֹלְדוֹת אֵשׁ בָּעֵינַן, וְלֵיכָּא. פֶּסַח נָמֵי, לָאו תּוֹלְדוֹת אֵשׁ הוּא!

En quoi le Chabbat est-il différent, pour qu'on n'y soit pas passible ? C'est que nous exigeons un dérivé du feu, et il n'y en a pas.

Le pesah aussi : il n'est pas un dérivé du feu.

📜 Rachi (1)
דְּלָאו תּוֹלְדוֹת אֵשׁ הִיא הִלְכָּךְ לָאו בִּישּׁוּל הוּא דְּלֶיהֱוֵי חַייָּב מִשּׁוּם אַב מְלָאכָה:
Ce n'est donc pas une cuisson pour laquelle il serait passible au titre d'un av melakha (catégorie principale de travail).
💡 Explication

Le Chabbat exige des toldot ech, un dérivé du feu. Les sources n'en sont pas : pas de cuisson, pas d'av melakha. La même eau, pour le pesah, ne devrait pas non plus compter comme cuisson.

20
אָמַר רָבָא: מַאי ״חַיָּיב״ דְּקָתָנֵי — דְּקָא עָבַר מִשּׁוּם ״צְלִי אֵשׁ״.

Rava a dit : que veut dire "passible", dans ce qu'il enseigne ? Qu'il transgresse à cause de "rôti au feu".

📜 Rachi (1)
מִשּׁוּם צְלִי אֵשׁ לָאו דְּלָא תֹּאכַל כִּי אִם צְלִי אֵשׁ אִיכָּא וְלֹא לָאו דְּבִישּׁוּל וְסָבַר לוֹקִין עַל לָאו שֶׁבִּכְלָלוֹת:
Il y a l'interdit de : tu n'en mangeras que rôti au feu. L'interdit de cuisson est absent. Et il estime qu'on donne les coups pour un lav shebiklalot.
💡 Explication

Rava déplace le mot passible. On n'a pas transgressé l'interdit de la cuisson : les sources ne sont pas un dérivé du feu. On a manqué "rôti au feu".

Rachi précise le lav : "tu n'en mangeras que rôti au feu". C'est un lav shebiklalot. À la différence du tanna du cru, Rava tient qu'on frappe pour cet interdit englobant.

🖼️ Schéma
Passible : quel interdit ? Cru, selon ce tanna "Seulement rôti au feu" est un lav englobant Pas de coups Sources de Tibériade Rava : transgression de "rôti au feu" Rachi : on frappe Même lav englobant. Ce tanna ne frappe pas. Rava, selon Rachi, frappe.
Même formule, "seulement rôti au feu". Le tanna du cru ne frappe pas. Rava, selon Rachi, frappe.
21
רַב חִיָּיא בְּרֵיהּ דְּרַב נָתָן מַתְנֵי לַהּ לְהָא דְּרַב חִסְדָּא בְּהֶדְיָא. אָמַר רַב חִסְדָּא: הַמְבַשֵּׁל בְּחַמֵּי טְבֶרְיָא בְּשַׁבָּת — פָּטוּר, וּפֶסַח שֶׁבִּשְּׁלוֹ בְּחַמֵּי טְבֶרְיָא — חַיָּיב, שֶׁעָבַר מִשּׁוּם ״צְלִי אֵשׁ״.

Rav Hiya, fils de Rav Natan, enseigne cet enseignement de Rav Hisda explicitement. Rav Hisda a dit : celui qui cuit dans les sources chaudes de Tibériade, le Chabbat, est exempt, et un pesah qu'on a cuit dans les sources chaudes de Tibériade, on est passible, car il a transgressé à cause de "rôti au feu".

📜 Rachi (1)
בְּהֶדְיָא דְּחַייָּב רַב חִסְדָּא מִשּׁוּם צְלִי אֵשׁ וְלָאו מִשּׁוּם בִּישּׁוּל:
Explicitement : Rav Hisda rend passible à cause de rôti au feu. La cuisson n'est pas le motif.
💡 Explication

Rav Hiya fils de Rav Natan ne laisse pas la lecture de Rava en commentaire. Il la met dans la bouche de Rav Hisda : exempt le Chabbat, passible pour le pesah à cause de rôti au feu. Rachi : le motif n'est pas la cuisson.

22
אָמַר רָבָא: אִכְלוּ נָא —

Rava a dit : s'il l'a mangé na.

💡 Explication

La phrase de Rava sur celui qui a mangé le pesah na s'ouvre ici. Elle continue au daf suivant.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).