Sougya : Rav Nahman bar Yitzhak demande à Rav Houna si la halakha de Shmuel, comme les Sages, vise le harosset ou la moutarde. Rav Kahana limite le désaccord à la moutarde : dans le harosset, tout le monde brûle aussitôt.
Rav Ashi s'appuie sur Shmuel, qui écarte le vinaigre de Rabbi Yossi ; la Guemara refuse d'en tirer que le vinaigre fait lever. Puis l'interdit de cuire le pesah : les Sages l'étendent aux autres liquides par un kal va-homer, Rabbi par l'inclusion de "cuit, cuit".
Ils se séparent sur le tzli keder. La suite traite le rôti puis cuit, la galette de matsa, le na, le cru, le brûlé, et les sources chaudes de Tibériade.
Le Maître a-t-il dit cela du harosset, ou le Maître a-t-il dit cela de la moutarde ? Il lui a dit : quelle différence pratique en sort-il ?
Suite du bas de 40b. Rav Nahman bar Yitzhak interroge Rav Houna fils de Rav Yehouda. Shmuel a tranché comme les Sages : dans la moutarde, on mange la farine aussitôt. La question : cette halakha vise-t-elle aussi le harosset ?
Rachi : Rav Houna refuse l'idée que les Sages contestent le harosset. Pour lui, michna et halakha groupent les deux.
Pour Rav Kahana. Car Rav Kahana a dit : le désaccord porte sur la moutarde.
Mais dans le harosset, de l'avis de tous, on le brûle aussitôt.
La différence pratique est l'enseignement de Rav Kahana, déjà rapporté en 40b. La moutarde, forte, laisse le temps de manger : Rabbi Meir brûle, les Sages permettent. Le harosset laisse lever tout de suite : on brûle aussitôt, sans désaccord.
Si Shmuel ne visait que la moutarde, Rav Kahana reste en place. S'il visait aussi le harosset, Rav Kahana tombe.
Il lui a dit : je ne l'ai pas entendu, c'est-à-dire : je ne le tiens pas.
Lo shmia li, je ne l'ai pas entendu, veut dire ici lo sevira li, je ne le tiens pas. Rav Houna connaît l'enseignement. Il ne le retient pas.
Rachi : les Sages permettent aussi le harosset, et la halakha les suit. Tossefot : une baraïta va comme Rav Kahana, brûler le harosset. Rav Houna tient que la michna, qui groupe harosset et moutarde, la contredit.
Rav Ashi a dit : l'avis de Rav Kahana se tient, puisque Shmuel a dit : la halakha n'est pas selon Rabbi Yossi. N'est-ce pas : ce qu'il ne fait pas, c'est contracter ; faire lever, il le fait.
Rav Ashi veut prouver Rav Kahana par Shmuel. Shmuel a écarté Rabbi Yossi, pour qui le vinaigre contracte le grain et l'empêche de lever. S'il ne contracte pas, Rav Ashi lit la suite : il fait lever, comme un autre liquide. Le harosset, qui contient du vinaigre, ferait lever tout de suite. Shmuel tiendrait donc comme Rav Kahana, et sa halakha ne viserait que la moutarde.
Tossefot : ce rapprochement vinaigre / harosset met Oula en face de Rav Kahana. Oula n'interdit le mélange que par la mise à distance du nazir, "contourne, n'approche pas". Rav Kahana, lui, fait brûler le harosset de l'avis de tous.
Non. Peut-être qu'il ne contracte pas, et qu'il ne fait pas lever.
La preuve tombe. Écarter Rabbi Yossi peut vouloir dire seulement ceci : le vinaigre ne contracte pas. On n'en déduit pas qu'il fait lever. Rachi : il n'est pas comme l'eau. Il ne resserre pas le grain déjà entamé, et il ne fait pas lever ce qu'on y met au départ.
Le Ri, dans la glose précédente, lit la page d'avant selon cette conclusion : même sans contracter, le vinaigre ne fait pas lever.
On ne cuit pas, etc. Les Sages ont enseigné : "Dans l'eau".
Je n'ai que l'eau. Les autres liquides, d'où ?
Nouvelle michna : on ne cuit pas le pesah dans les liquides ni dans les mei perot. La baraïta ouvre le verset de Shemot 12, 9 : "et cuit, cuit, dans l'eau". Le mot dans l'eau n'enseigne d'abord que l'eau. D'où les autres liquides ?
Tossefot s'étonne de la place de cette michna. Si elle ne venait qu'à la suite des légumes bouillis et cuits, elle devrait les suivre de près.
Tu diras, par kal va-homer : l'eau, qui ne donne pas son goût, est interdite. Les autres liquides, qui donnent leur goût, à plus forte raison.
Réponse des Sages, par kal va-homer. L'eau n'impose pas son goût, et là cuire le pesah y est déjà interdit. Un liquide qui impose le sien écarte encore plus le goût du rôti. L'interdit s'étend.
Rachi lit mafigin ainsi : ces liquides mettent dans la viande leur goût à eux.
Rabbi dit : "Dans l'eau". Je n'ai que l'eau.
Les autres liquides, d'où ? Le verset enseigne : "et cuit, cuit", de toute façon.
Rabbi (Rabbi Yehouda haNassi) ne s'appuie pas sur le kal va-homer. Le verbe est redoublé : ouvashel mevushal, "et cuit, cuit". Rachi : c'est un ribboui, une inclusion. Le verset pouvait écrire "na et cuit". Le surplus vise toute cuisson, de toute façon.
Quelle est la différence entre eux ? Il y a entre eux le tzli keder.
La nafka mina est le tzli keder : la viande cuit dans une marmite, sans liquide versé, dans le jus qui sort d'elle. Les Sages, partis de l'eau par kal va-homer, n'atteignent que les liquides : ici, permis. Rabbi, par le redoublement, y voit encore du cuit.
Tossefot resserre le débat. Pour tous le pesah est passoul, et le commandement "seulement rôti au feu" demeure : un rôti du fait d'autre chose ne vaut pas. On discute les coups. Le kal va-homer ne crée pas l'avertissement (ein mazhirin min hadin). Il révèle que le mot cuisson du verset vise aussi les autres liquides.
Et les Sages, ce "cuit, cuit", qu'en font-ils ? Il est requis pour ce qu'on enseigne : s'il l'a cuit puis rôti, ou s'il l'a rôti puis cuit, il est passible.
Les Sages ont déjà les autres liquides par le kal va-homer. Le redoublement ouvashel mevushal leur sert à autre chose : cuit puis rôti, ou rôti puis cuit, on est passible.
Rachi : les coups visent celui qui l'a mangé, pas seulement celui qui l'a cuit.
Admettons : s'il l'a cuit puis rôti, il est passible, car il l'a cuit. Mais s'il l'a rôti puis cuit, c'est du rôti au feu.
Pourquoi ?
Cuit d'abord : l'interdit est déjà commis, le rôtissage d'après ne l'efface pas. Rôti d'abord : la viande a eu le statut de rôti au feu. Pourquoi la cuisson qui suit rendrait-elle passible ?
Rav Kahana a dit : ceci, de qui est-ce ? C'est Rabbi Yossi.
Car on a enseigné : on s'acquitte avec la galette trempée, et avec la bouillie qui ne s'est pas délitée, paroles de Rabbi Meir. Rabbi Yossi dit : on s'acquitte avec la galette trempée, mais non avec la bouillie, même si elle ne s'est pas délitée.
Rav Kahana range la baraïta "rôti puis cuit, passible" selon Rabbi Yossi. Preuve, du côté de la matsa : Rabbi Meir, on s'acquitte avec la galette trempée et avec la bouillie qui ne s'est pas délitée. Rabbi Yossi écarte la bouillie, même entière. Pour lui, une cuisson après le four est une cuisson : le nom de pain tombe.
Rachi : tant que la galette trempée subsiste, c'est du pain. La bouillie, elle, est annulée du statut de pain. Tossefot : selon Rachi, cela vise une détrempe molle. Le Ri lit une détrempe épaisse, invalidée comme matsa ashira, matsa enrichie : la cuisson la replace comme si le four n'avait pas eu lieu. De même, pour le pesah, elle déracine le nom de rôtissage.
Le Roch ouvre ici le dossier de la halla et de hamotzi sur une pâte faite pour être cuite ou frite : Rabbeinou Tam, Rabbeinou Shimshon, le Yerushalmi, et la pratique de Rabbeinou Meir.
Oula a dit : même si tu dis Rabbi Meir. Ici, c'est à part, car le verset dit : "et cuit, cuit", de toute façon.
Oula n'a pas besoin de ranger la baraïta selon Rabbi Yossi. Même selon Rabbi Meir, pour qui la bouillie de matsa reste du pain, le pesah est à part : le verset redoublé interdit la cuisson de toute façon. Rachi : décret du verset, propre au pesah.
Tossefot : ce rapprochement pesah / matsa n'est pas la conclusion de Berakhot 38b. Là, on limite Rabbi Yossi au goût de matsa, et l'on ne transporte pas la règle aux légumes. Oula, ici, ne s'en sert pas.
Les Sages ont enseigné : on pourrait penser que s'il l'a rôti à point, il serait passible. Le verset enseigne : "N'en mangez pas na, ni cuit, cuit, dans l'eau." Na et cuit, cuit, je te l'ai dit.
Le rôti à point est écarté.
Nouvelle baraïta. On aurait pu rendre passible même le pesah rôti à point. Le verset ne nomme que le na et le cuit. Le rôti à point sort de cet interdit.
Rachi donne deux lectures. La première rattache la phrase au "rôti puis cuit" d'en haut. Il la laisse tomber : ce tanna a déjà un verset pour ce cas, brûlé ou non. La lecture qu'il retient : le rôti poussé jusqu'au brûlé, que Rav Ashi va nommer.
Comment est le cas ? Rav Ashi a dit : lorsqu'il l'a rendu brûlé.
Harukha : la viande est brûlée, au-delà du rôti à point. Le verset était nécessaire pour l'écarter du lav de na et de cuit. Rachi, glose précédente : c'est la lecture à retenir.
Les Sages ont enseigné : on pourrait penser que s'il en a mangé un kezayit cru, il serait passible. Le verset enseigne : "N'en mangez pas na, ni cuit, cuit." Na et cuit, je te l'ai dit.
Le cru est écarté.
Un kezayit de pesah cru, haï, n'entre pas dans le lav. Le verset n'a nommé que le na et le cuit. Rachi : le cru n'a pas été rôti du tout. Le na est un rôti qui n'est pas allé à point.
On pourrait penser que ce serait permis. Le verset enseigne : "seulement rôti au feu".
Quel est le cas de na ? Rav a dit : comme disent les Perses, abarnim.
Le cru est sorti du lav de na et de cuit. On pourrait le croire permis dès l'abord. Le verset "seulement rôti au feu" l'interdit. Rachi : c'est un lav shebiklalot, un interdit englobant, et ce tanna ne donne pas les coups pour un tel lav.
Na : Rav le cale sur le mot perse abarnim, un rôti à demi. Rachi : ce mot perse, la langue sacrée l'appelle na.
Rav Hisda a dit : celui qui cuit dans les sources chaudes de Tibériade, le Chabbat, est exempt. Un pesah qu'on a cuit dans les sources chaudes de Tibériade, on est passible.
Hamei Tveria : les sources bouillantes de Tibériade, une eau chaude qui ne vient pas du feu. Le Chabbat, cuire ainsi est exempt : la melakha de cuisson exige le feu ou son dérivé. Pour le pesah, Rav Hisda dit passible.
Rachi : les coups visent celui qui l'a mangé. Premier réflexe : à cause de l'interdit du cuit. La Guemara va le discuter.
En quoi le Chabbat est-il différent, pour qu'on n'y soit pas passible ? C'est que nous exigeons un dérivé du feu, et il n'y en a pas.
Le pesah aussi : il n'est pas un dérivé du feu.
Le Chabbat exige des toldot ech, un dérivé du feu. Les sources n'en sont pas : pas de cuisson, pas d'av melakha. La même eau, pour le pesah, ne devrait pas non plus compter comme cuisson.
Rava a dit : que veut dire "passible", dans ce qu'il enseigne ? Qu'il transgresse à cause de "rôti au feu".
Rava déplace le mot passible. On n'a pas transgressé l'interdit de la cuisson : les sources ne sont pas un dérivé du feu. On a manqué "rôti au feu".
Rachi précise le lav : "tu n'en mangeras que rôti au feu". C'est un lav shebiklalot. À la différence du tanna du cru, Rava tient qu'on frappe pour cet interdit englobant.
Rav Hiya, fils de Rav Natan, enseigne cet enseignement de Rav Hisda explicitement. Rav Hisda a dit : celui qui cuit dans les sources chaudes de Tibériade, le Chabbat, est exempt, et un pesah qu'on a cuit dans les sources chaudes de Tibériade, on est passible, car il a transgressé à cause de "rôti au feu".
Rav Hiya fils de Rav Natan ne laisse pas la lecture de Rava en commentaire. Il la met dans la bouche de Rav Hisda : exempt le Chabbat, passible pour le pesah à cause de rôti au feu. Rachi : le motif n'est pas la cuisson.
Rava a dit : s'il l'a mangé na.
La phrase de Rava sur celui qui a mangé le pesah na s'ouvre ici. Elle continue au daf suivant.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).