Pesachim 41b — Malkot du na et du cuit, et l'heure de l'interdit

Pesachim 41b

Sougya : L'amoud compte les malkot de qui mange le korban Pessa'h hors du rôti au feu : na, mevushal, ou les deux. Rava cumule le lav particulier et le lav général ; Abaye, en trois versions, refuse les malkot d'un lav she-bikhlalot.

Le même schéma est repris pour le nazir, zag et chartzan. Deux baraitot fixent ensuite l'heure : l'interdit du na ne vaut qu'une fois la nuit tombée, là où le commandement de manger le rôti est en vigueur ; manger le rôti dès le jour se tire de 'ils mangeront la chair cette nuit-là', et ce lav déduit d'un aseh a le statut d'un aseh.

Rav Hisda demande selon qui est la baraita qui déclare pourtant passible.

Deux séries, ou trois Rava cumule le lav du détail et le lav général. Abaye retire le lav général. Korban Pessa'h Shemot 12:9 — al tokhelou na, rôti incomplet lav du na + que rôti au feu 2 mevushal, cuit à l'eau lav du cuit + que rôti au feu 2 na et mevushal deux lavim particuliers + le général 3 Nazir Bamidbar 6:4 — lo yokhal zag, peau du raisin lav du zag + tout produit de la vigne 2 chartzan, pépin lav du chartzan + le général 2 zag et chartzan deux détails + le général 3 Pessa'h : ki im tzli ech se rattache à al tokhelou. Nazir : mi-kol acher ye'aseh se rattache à lo yokhal. Abaye : ces deux formules sont un lav she-bikhlalot.
Na, mevushal, zag, chartzan : le lav du détail, plus le lav général, selon Rava.
Abaye : trois lectures du lav général Même schéma pour le Pessa'h et pour le nazir. Formule courte Aucun malkot sur le lav général. Il englobe plusieurs cas en une seule formule. Une série, pas deux Pas de cumul avec le lav particulier. Seul le général : hamei Teverya, feuilles. Même pas une Le lav n'est pas isolé comme hassima. Les malkot s'apprennent de lo tahsom, Devarim 25. Rabbeinou Tam : le cru (haï) est exempt pour tous. Ki im tzli ech est un aseh. Le différend porte sur le cumul, quand on mange du na ou du mevushal.
Trois lectures d'Abaye sur le lav she-bikhlalot, et la lecture de Rabbeinou Tam.
Encore jour, ou nuit tombée 14 nissan avant la nuit, puis la nuit du 15. Encore jour Nuit tombée na exempt passible rôti, havura ne fixe pas le lieu une seule havura lav du na hors vigueur avec le commandement rôti mangé passible, 2e baraita heure du commandement Manger le rôti le jour se tire de va-akhelou et ha-basar ba-layla ha-zeh. Lav déduit d'un aseh : statut d'asseh.
Jour et nuit : na, havura, lav du na, et le rôti mangé avant l'heure.
1
לוֹקֶה שְׁתַּיִם. מְבֻושָּׁל — לוֹקֶה שְׁתַּיִם. נָא וּמְבֻושָּׁל — לוֹקֶה שָׁלֹשׁ.

Il est passible de deux séries de malkot. Mevushal (cuit à l'eau) : il est passible de deux.

Na (rôti incomplet) et mevushal : il est passible de trois.

📜 Rachi (2)
לוֹקֶה שְׁתַּיִם מִשּׁוּם לֹא תֹּאכַל נָא וּמִשּׁוּם לֹא תֹּאכְלוּ כִּי אִם צְלִי אֵשׁ דְּכִי אִם צְלִי אֵשׁ נָמֵי אַלָּאו דְּלָא תֹּאכְלוּ קָאֵי:
À cause de 'tu ne mangeras pas de na', et à cause de 'vous ne mangerez que rôti au feu'. Car 'que rôti au feu' se rattache lui aussi à l'interdit 'vous ne mangerez pas'.
מְבֻושָּׁל לוֹקֶה שְׁתַּיִם מִשּׁוּם מְבֻושָּׁל וּמִשּׁוּם לֹא תֹּאכְלוּ כִּי אִם צְלִי אֵשׁ:
À cause du cuit à l'eau, et à cause de 'vous ne mangerez que rôti au feu'.
🗂️ Tossefot (1)
אָכַל כַּזַּיִת נָא לוֹקֶה שְׁתַּיִם מִשּׁוּם נָא וּמִשּׁוּם כִּי אִם צְלִי אֵשׁ דְּהָוֵי כְּאִילּוּ כְּתִיב אַל תֹּאכְלוּ כִּי אִם צְלִי אֵשׁ הִקְשָׁה הרר"י דאורלינ"ש אַמַּאי חָשְׁבִי' בְּרֵישׁ אֵלּוּ נְעָרוֹת (כְּתֻובּוֹת דַּף ל.) בְּעוּלָה לְכֹהֵן גָּדוֹל בַּעֲשֵׂה גְּרֵידָא דְּכִי אִם בְּתוּלָה מֵעַמָּיו כְּתִיב הָא כִּי הֵיכִי דַּחֲשִׁבִינַן הָכָא כִּי אִם צְלִי אֵשׁ בְּלָאו ה"נ ה"ל לְאִיחַשּׁוּבֵי בְּעוּלָה לְכֹהֵן גָּדוֹל בְּלָאו דְּהָוֵי כְּאִילּוּ כְּתִיב לֹא יִקָּח כִּי אִם בְּתוּלָה וי"ל דְּכִי אִם בְּתוּלָה לָא חֲשִׁיב לָאו מִשּׁוּם דְּסֵיפָא דִּקְרָא מוּכָח עָלָיו דְּהָוֵי עֲשֵׂה דִּכְתִיב כִּי אִם בְּתוּלָה מֵעַמָּיו יִקַּח אִשָּׁה:
Le Rav Yitzhak d'Orléans objecte : pourquoi, au début du chapitre Elou naarot (Ketoubot 30a), compté-t-on la non-vierge prise par le cohen gadol comme un simple commandement positif, alors qu'il est écrit 'que (ki im) une vierge d'entre ses peuples' ? De la même manière qu'ici on compte 'que rôti au feu' comme un interdit, comme s'il était écrit 'ne mangez que rôti au feu', on aurait dû compter, pour le cohen gadol, un interdit, comme s'il était écrit 'il ne prendra que une vierge'. On répond : 'que une vierge' ne compte pas comme un interdit, parce que la fin du verset prouve que c'est un commandement positif. Il est écrit : 'que une vierge d'entre ses peuples, il prendra une femme'.
💡 Explication

La phrase est ouverte en 41a : qui mange un kezayit de na est passible de deux séries de malkot.

Premier lav : al tokhal na. Second lav : ki im tzli ech, lu comme la suite de 'vous ne mangerez pas'. Le mevushal porte le lav du cuit, plus ce lav général. Na et mevushal ensemble : les deux lavim particuliers, plus le lav général, soit trois.

2
אַבַּיֵּי אָמַר: אֵין לוֹקִין עַל לָאו שֶׁבִּכְלָלוֹת.

Abaye a dit : on n'inflige pas de malkot pour un interdit formulé en termes généraux (lav she-bikhlalot).

📜 Rachi (1)
לָאו שֶׁבִּכְלָלוֹת הוּא דְּכוֹלֵל בּוֹ כָּל מִינֵי בִּשּׁוּלִים שֶׁאֵינָן צְלִיָּה לֶאֱסֹור:
Il y englobe, pour les interdire, toutes les sortes de cuisson qui ne sont pas un rôtissage.
💡 Explication

Abaye retire les malkot du lav général. Lav she-bikhlalot : une seule formule qui couvre plusieurs manières de cuire autrement qu'au feu. Un lav aussi large ne ressemble pas au lav de la hassima, d'où l'on apprend les malkot.

3
אִיכָּא דְאָמְרִי: תַּרְתֵּי הוּא דְּלָא לָקֵי, חֲדָא מִיהַת לָקֵי.

Certains disent : c'est de deux séries de malkot qu'il n'est pas passible ; d'une, en tout cas, il est passible.

📜 Rachi (2)
אִיכָּא דְּאָמְרִי תַּרְתֵּי הוּא דְּלָא לָקֵי כֵּיוָן שֶׁהוּא לוֹקֶה מִשּׁוּם נָא מִשּׁוּם מְבֻושָּׁל תּוּ לָא לָקֵי מִשּׁוּם כְּלָל דְּכִי אִם צְלִי אֵשׁ:
Dès lors qu'il est passible à cause du na ou à cause du mevushal, il n'est plus passible à cause de la règle générale 'que rôti au feu'.
אֲבָל חֲדָא מִיהָא לָקֵי כְּגוֹן הַמְבַשֵּׁל בְּחַמֵּי טְבֶרְיָא וַאֲכָלוֹ דְּאֵין כָּאן מַלְקוּת דְּבִישּׁוּל וְלֹא מַלְקוּת שֶׁל נָא לוֹקֶה מִשּׁוּם כִּי אִם צְלִי אֵשׁ:
Par exemple celui qui cuit dans les sources chaudes de Tibériade (hamei Teverya) et qui le mange : il n'y a ici ni malkot de cuisson, ni malkot de na. Il est passible à cause de 'que rôti au feu'.
🗂️ Tossefot (1)
אִיכָּא דְּאָמְרִי חֲדָא מִיהָא לָקֵי פ"ה בְּחַי וְחַמֵּי טְבֶרְיָא חַייָּב מִשּׁוּם כִּי אִם צְלִי אֵשׁ וְקָשֶׁה לר"ת א"כ בֵּין לְאַבָּיֵי בֵּין לְרָבָא תִּיקְשֵׁי לְהוּ בָּרַייְתָא דִּלְעֵיל דְּתַנְיָא נָא וּמְבֻושָּׁל אָמַרְתִּי לְךָ וְלֹא חַי אַלְמָא לָא לָקֵי עַל חַי וְעוֹד דְּאָמַר בְּפֶ' הַמְקַבֵּל (בּ"מ דַּף קטו:) אַפְּלוּגְתָּא דְּרַב הוּנָא וְרַב יְהוּדָה בְּחוֹבֵל רֵיחַיִם וָרָכֶב דְּרַב יְהוּדָה אָמַר לוֹקֶה שְׁתַּיִם וְרַב הוּנָא אָמַר לוֹקֶה שָׁלֹשׁ וּמַסִּיק רָבָא אֲנָא דַּאֲמַרִי אֲפִילּוּ כְּרַב יְהוּדָה עַד כָּאן לָא קָאָמַר רַב יְהוּדָה הָתָם אֶלָּא דְּכִי נֶפֶשׁ הוּא חֹובֵל לִדְבָרִים אֲחֵרִים הוּא דַּאֲתָא אֲבָל הָכָא כִּי אִם צְלִי אֵשׁ לְמַאי אֲתָא וּלְפֵ"ה הָא אִיצְטְרִיךְ לֶחִי וּלְחַמֵּי טְבֶרְיָא לכ"נ לר"ת דַּאֲחִי לָא לָקֵי לכו"ע דְּכִי אִם צְלִי אֵשׁ לֹא מַשְׁמַע דַּאֲתָא לְמַלְקוּת אֶלָּא לַעֲשֵׂה דְּכִי אִם צְלִי אֵשׁ תֹּאכֵלוּ וְלָא דָּמֵי לְכִי נֶפֶשׁ הוּא חוֹבֵל דִּבְהָהוּא מוֹדוֹ כו"ע דְּלוֹקֶה אַשְּׁאָר דְּבָרִים כִּדְקָתָנֵי הָתָם בְּהֶדְיָא בַּבָּרַיְיתָא חָבַל זוּג שֶׁל סַפָּרִים וְצֶמֶד שֶׁל פָּרוֹת לוֹקֶה שְׁתַּיִם דְּכִי נֶפֶשׁ הוּא חֹובֵל מַשְׁמַע שַׁפִּיר בִּלְשׁוֹן לָאו שֶׁהוּא נְתִינַת טַעַם כָּל שֶׁהוּא דְּבַר נֶפֶשׁ לֹא תַּחְבֹּול וַאֲתָא שַׁפִּיר הָא דְּקָאָמַר רָבָא הָתָם דְּכִי נֶפֶשׁ הוּא חֹובֵל אֲתָא לִשְׁאָר דְּבָרִים אֲבָל כִּי אִם צְלִי אֵשׁ לָא אֲתָא אֶלָּא לַעֲשֵׂה וּבְנָא וּמְבֻושָּׁל דַּווְקָא פְּלִיגִי דְּרָבָא סָבַר לְהָכִי סַמְכֵיהּ לְאֵלּוּ לִלְקוֹת עָלָיו עַל נָא וּמְבֻושָּׁל שֶׁהֵם בְּנֵי מִילְקָא וְאַבַּיֵּי אָמַר אֵין לוֹקִין עַל לָאו שֶׁבִּכְלָלוֹת וְהָא דְּקָאָמַר חֲדָא מִיהַת מִילְקָא לָקֵי הָכִי פֵּי' אִם הִתְרוּ בּוֹ מִשּׁוּם כִּי אִם צְלִי אֵשׁ לְבַדּוֹ אֲבָל עַל מַלְקוּת נָא וּמְבֻושָּׁל לֹא יִלְקֶה דִּלְהָכִי מְהַנֵּי מַה שֶׁכָּתְבוּ בִּלְשׁוֹן כְּלָל וּמִיהוּ לְבַדּוֹ מִיהָא לָקֵי שֶׁסָּמְכוּ לְאֵלּוּ שֶׁהֵם בְּנֵי מַלְקוּת:
Selon Rachi : pour le cru (haï) et les sources chaudes de Tibériade, il est passible à cause de 'que rôti au feu'. Rabbeinou Tam objecte : s'il en est ainsi, la baraita citée plus haut fait difficulté à Abaye comme à Rava. On y enseigne : le na et le mevushal, je te les ai dits, et non le cru. Il en ressort qu'on n'est pas passible pour le cru. De plus, au chapitre Ha-mekabel (Bava Metzia 115b), dans le différend de Rav Houna et de Rav Yehouda sur celui qui prend en gage les meules (rehayim ve-rekhev) : Rav Yehouda dit qu'il est passible de deux, Rav Houna dit qu'il est passible de trois. Rava conclut : moi, je le dis même selon Rav Yehouda. Rav Yehouda n'a dit cela là-bas que parce que 'car c'est une vie qu'il prend en gage' (ki nefech hou hovel) vient pour d'autres choses. Mais ici, 'que rôti au feu', pour quoi vient-il ? Or selon Rachi le verset est nécessaire pour le cru et pour les sources chaudes de Tibériade. C'est pourquoi il paraît à Rabbeinou Tam que, pour le cru, personne n'est passible. Car 'que rôti au feu' se comprend comme venant pour un commandement positif : 'que rôti au feu, vous mangerez'. Cela ne ressemble pas à 'car c'est une vie qu'il prend en gage'. Là, tout le monde convient qu'on est passible pour les autres choses, comme la baraita l'enseigne : s'il a pris en gage une paire de ciseaux de barbier et un attelage de vaches, il est passible de deux. Car 'car c'est une vie qu'il prend en gage' se lit bien en langue d'interdit : c'est une raison donnée, toute chose de vie, tu ne la prendras pas en gage. Cela s'accorde avec ce que Rava dit là-bas : 'car c'est une vie qu'il prend en gage' vient pour les autres choses. Mais 'que rôti au feu' ne vient que pour un commandement positif. Ils ne divergent que sur le na et le mevushal. Rava estime : c'est pour cela qu'on l'a juxtaposé à ceux-là, afin qu'on soit passible à son sujet pour le na et le mevushal, qui sont passibles de malkot. Et Abaye dit : on n'inflige pas de malkot pour un lav she-bikhlalot. Et ce qu'on dit 'd'une, en tout cas, il est passible de malkot', en voici le sens : s'ils l'ont averti (hatraa) à cause de 'que rôti au feu' seul. Sur les malkot du na et du mevushal, il ne sera pas passible en plus : c'est à cela que sert de l'avoir écrit en langue de règle générale. Toutefois, pour ce lav seul, il est en tout cas passible, parce qu'on l'a juxtaposé à ceux qui sont passibles de malkot.
💡 Explication

Première version d'ika de-amrei : on ne cumule pas. Qui est déjà passible pour le na ou le mevushal ne reçoit pas une série de plus pour 'que rôti au feu'. Une série demeure quand aucun lav particulier ne s'applique.

Rachi vise la cuisson dans les hamei Teverya : elle échappe au lav du na et au lav du bishul, et il reste le lav général. Rabbeinou Tam lit le cru (haï) comme exempt pour tous, sur la foi de la baraita. Pour lui, 'que rôti au feu' est l'asseh 'vous le mangerez rôti'. Le différend porte alors sur le cumul, pour le na et le mevushal. La version 'une série au moins' vise une hatraa portée sur le seul lav général.

4
אִיכָּא דְאָמְרִי: חֲדָא נָמֵי לָא לָקֵי, דְּלָא מְיַיחַד לָאוֵיהּ כְּלָאו דַּחֲסִימָה.

Certains disent : même d'une série de malkot, il n'est pas passible, car son interdit n'est pas spécifié comme l'interdit du muselage (hassima).

📜 Rachi (1)
וְאִיכָּא דְּאָמְרִי חֲדָא נָמֵי לָא לָקֵי מִשּׁוּם כִּי אִם צְלִי אֵשׁ דְּלָא מְיֻוחָד לְאַוֵּיה דִּידֵיהּ כְּלָאו דַּחֲסִימָה שֶׁהוּא מְפָרֵשׁ אִיסּוּרוֹ וּסְמִיכָא לֵיהּ פָּרָשַׁת מַלְקוּת לְעֵיל מִינֵּיהּ:
À cause de 'que rôti au feu' : son interdit à lui n'est pas spécifié comme l'interdit du muselage, lequel explicite son interdiction, et la section des malkot est juxtaposée juste avant lui.
💡 Explication

Deuxième version : la série unique tombe elle aussi. Les malkot s'apprennent du lav lo tahsom (tu ne muselleras pas le bœuf, Devarim 25:4), placé à la suite de la section des coups. Seul un lav meyouhad, explicité sur un seul objet, y ressemble. 'Que rôti au feu' reste une formule qui englobe.

5
רָבָא אָמַר: אָכַל זָג — לוֹקֶה שְׁתַּיִם. חַרְצָן — לוֹקֶה שְׁתַּיִם. זָג וְחַרְצָן — לוֹקֶה שָׁלֹשׁ.

Rava a dit : s'il a mangé un zag (peau du raisin), il est passible de deux séries de malkot. Un chartzan (pépin) : il est passible de deux.

Zag et chartzan : il est passible de trois.

📜 Rachi (1)
אָכַל זָג לוֹקֶה שְׁתַּיִם נָזִיר שֶׁאֲכָלוֹ מִשּׁוּם זָג לֹא יֹאכַל וּמִשּׁוּם מִכֹּל אֲשֶׁר יֵעָשֶׂה מִגֶּפֶן הַיַּיִן מֵחַרְצַנִּים וְגוֹ דְּלָא יֹאכַל קָאֵי נָמֵי אֻמְכַּל אֲשֶׁר יֵעָשֶׂה:
Un nazir qui l'a mangé : à cause de 'il ne mangera pas de zag', et à cause de 'de tout ce qui se fait à partir de la vigne à vin, depuis les pépins'. Car 'il ne mangera pas' porte aussi sur 'de tout ce qui se fait'.
🗂️ Tossefot (1)
אָמַר רָבָא אָכַל זָג לוֹקֶה שְׁתַּיִם הָא פְּלוּגְתָּא דְּאַבַּיֵּי וְרָבָא אִיתְּמַר אִיפְּכָא בְּפֶ' שְׁלֹשָׁה מִינִין (נָזִיר דַּף לח:) וְכָהֵנָּה רַבּוֹת בַּגְּמָרָא:
Ce différend d'Abaye et de Rava est rapporté à l'inverse au chapitre Sheloshah minim (Nazir 38b). Et de tels cas sont nombreux dans la Guemara.
💡 Explication

Même schéma pour le nazir, Bamidbar 6:4. Le verset interdit tout produit de la vigne, puis détaille 'depuis les pépins jusqu'à la peau', et conclut 'il ne mangera pas'. Rava fait porter cette clausule sur la règle générale et sur chaque détail. Zag seul : deux. Chartzan seul : deux. Les deux : trois.

Tossefot signalent qu'en Nazir 38b les noms d'Abaye et de Rava sont inversés.

6
אַבַּיֵּי אָמַר: אֵין לוֹקִין עַל לָאו שֶׁבִּכְלָלוֹת. אִיכָּא דְאָמְרִי: תַּרְתֵּי הוּא דְּלָא לָקֵי, חֲדָא מִיהַת לָקֵי. אִיכָּא דְאָמְרִי: חֲדָא נָמֵי לָא לָקֵי, דְּלָא מְיַיחַד לָאוֵיהּ כְּלָאו דַּחֲסִימָה.

Abaye a dit : on n'inflige pas de malkot pour un lav she-bikhlalot. Certains disent : c'est de deux séries de malkot qu'il n'est pas passible ; d'une, en tout cas, il est passible.

Certains disent : même d'une série, il n'est pas passible, car son interdit n'est pas spécifié comme l'interdit du muselage.

📜 Rachi (3)
לָאו שֶׁבַּכְּלָלוֹת אֵין לוֹקִין עַל מִכָּל אֲשֶׁר יַעֲשֶׂה דְּלָאו שֶׁבִּכְלָלוּת הוּא שֶׁכּוֹלֵל חַרְצַנִּים וְזַגִּים וַעֲנָבִים לַחִים וִיבֵשִׁים וְעָלִים וְלוּלָבִין:
On n'inflige pas de malkot pour 'de tout ce qui se fait', car c'est un lav she-bikhlalot : il englobe pépins, peaux, raisins frais et secs, feuilles et sarments (loulavim).
תַּרְתֵּי לָא לָקֵי הֵיכָא דְּאָכַל זָג אוֹ חַרְצָן וְלָקֵי עֲלַייְהוּ לָא לָקֵי תּוּ מִשּׁוּם מִכָּל אֲשֶׁר יֵעָשֶׂה וּמוֹדֶה אַבַּיֵּי דְּאִם אָכַל זָג וְחַרְצָן לוֹקֶה שְׁתַּיִם דְּכֵיוָן דִּמְפֹורָשׁ כָּל אֶחָד לְעַצְמוֹ קָאֵי נָמֵי אַלָּאו דְּלָא יֹאכַל וְהָוֵי כְּמַאן דְּכָתַב לָאו אָכַל חַד וְחַד וְהָכִי מוּכָח בְּמַסֶּכֶת נָזִיר דְּלָא פְּלִיג אַבַּיֵּי אֶלָּא אַמַּלְקוּת דְּמִכָּל אֲשֶׁר יַעֲשֶׂה:
Là où il a mangé un zag ou un chartzan et qu'il en est passible, il n'est plus passible à cause de 'de tout ce qui se fait'. Abaye convient que, s'il a mangé un zag et un chartzan, il est passible de deux : puisque chacun est explicite pour lui-même, le verset porte aussi sur l'interdit 'il ne mangera pas', et c'est comme si un interdit était écrit pour chacun. Il ressort ainsi du traité Nazir qu'Abaye ne diverge que sur les malkot de 'de tout ce qui se fait'.
חֲדָא מִיהָא לָקֵי אִם אָכַל עָלִין וְלוּלָבִין דְּאֵין כָּאן מַלְקוּת דְּזָג וְחַרְצָן לָקֵי מִשּׁוּם לָאו דְּמִכָּל אֲשֶׁר יַעֲשֶׂה:
S'il a mangé des feuilles et des sarments, cas où il n'y a pas de malkot de zag ni de chartzan, il est passible à cause de l'interdit 'de tout ce qui se fait'.
💡 Explication

Les trois versions d'Abaye reviennent sur le nazir. Le lav général englobe pépins, peaux, raisins frais et secs, feuilles et sarments.

Zag seul, ou chartzan seul : le lav particulier suffit, sans série ajoutée pour le général. Zag et chartzan ensemble : deux séries, une par détail, et Abaye en convient. La série unique vise les feuilles et les sarments, où seul le lav général a prise.

7
תָּנוּ רַבָּנַן: אָכַל כְּזַיִת נָא מִבְּעוֹד יוֹם — פָּטוּר; כַּזַּיִת נא מִשֶּׁחֲשֵׁיכָה — חַייָּב. אָכַל כְּזַיִת צָלִי מִבְּעוֹד יוֹם — לֹא פָּסַל עַצְמוֹ מִבְּנֵי חֲבוּרָה; כַּזַּיִת צָלִי מִשֶּׁחֲשֵׁיכָה — פָּסַל עַצְמוֹ מִבְּנֵי הַחֲבוּרָה.

Les Sages ont enseigné : s'il a mangé un kezayit de na tant qu'il faisait encore jour, il est exempt ; un kezayit de na après la tombée de la nuit, il est passible. S'il a mangé un kezayit de rôti tant qu'il faisait encore jour, il ne s'est pas disqualifié vis-à-vis des membres de la havura ; un kezayit de rôti après la tombée de la nuit, il s'est disqualifié vis-à-vis des membres de la havura.

📜 Rachi (4)
אָכַל כְּזַיִת נָא מִבְּעוֹד יוֹם פָּטוּר טַעְמָא מְפָרֵשׁ לְקַמֵּיהּ מִקְּרָאֵי:
La raison en est expliquée plus loin, à partir des versets.
לֹא פָּסַל אֶת עַצְמוֹ מִבְּנֵי חֲבוּרָה דְּאָמְרִי' לְקַמָּן (פְּסָחִים דַּף פּוֹ.) אֵין הַפֶּסַח נֶאֱכָל לֹא בִּשְׁתֵּי חֲבוּרוֹת כְּאֶחָד וְאֵין הָאוֹכֵל אוֹכֵל בִּשְׁנֵי מְקוֹמוֹת וְנָפְקָא לָן מִבָּבִית אֶחָד יֵאָכֵל וּמְתַרְגְּמִינַן בַּחֲבוּרָא חֲדָא יִתְאַכֵּל וַאֲכִילָה דְּמִבְּעוֹד יוֹם לָאו אֲכִילָה הִיא וּמֻותָּר לֶאֱכֹול מִשֶּׁתֶּחְשַׁךְ עִם בְּנֵי חֲבוּרָה שֶׁנִּמְנָה עִמָּהֶן:
Car nous disons plus loin (Pessahim 86a) : le Pessa'h ne se mange pas en deux havurot à la fois, et celui qui mange n'en mange pas en deux endroits. Nous le tirons de 'dans une seule maison il sera mangé', et le Targoum traduit : il sera mangé dans une seule compagnie. Manger tant qu'il fait jour n'est pas cette consommation. Il reste permis, une fois la nuit tombée, de manger avec les membres de la havura sur laquelle il s'est inscrit.
כַּזַּיִת צָלִי מִשֶּׁחָשֵׁיכָה מִפֶּסַח שֶׁנִּמְנָה עָלָיו:
Du Pessa'h sur lequel il s'est inscrit.
פָּסַל עַצְמוֹ מִבְּנֵי חֲבוּרָה כִּדְפָרֵישִׁית שֶׁאֵין הָאֹוכֶל מֻותָּר לֶאֱכֹול הֵימֶנּוּ בִּשְׁנֵי מְקוֹמוֹת:
Comme je l'ai expliqué : celui qui mange n'a pas le droit d'en manger en deux endroits.
💡 Explication

Deux questions d'heure, le 14 nissan avant la nuit, puis après.

Le na mangé de jour est exempt. Le na mangé après la nuit est passible. La suite du daf en donne le verset.

Le tzli touche la havura. Le Pessa'h se mange dans une seule compagnie et en un seul lieu (Pessahim 86a, be-vayit ehad ye'akhel). Un kezayit de rôti avant la nuit ne compte pas comme cette consommation : la nuit venue, il mange encore avec sa havura. Le même kezayit après la nuit le fixe : il ne mangera pas ce Pessa'h en deux endroits.

8
תַּנְיָא אִידָךְ: יָכוֹל אָכַל כְּזַיִת נָא מִבְּעוֹד יוֹם יְהֵא חַיָּיב, וְדִין הוּא: וּמַה בְּשָׁעָה שֶׁיֶּשְׁנוֹ בְּקוּם אֱכֹול צָלִי — יֶשְׁנוֹ בְּבַל תֹּאכַל נָא. בְּשָׁעָה שֶׁאֵינוֹ בְּקוּם אֱכֹול צָלִי — אֵינוֹ דִּין שֶׁיֶּשְׁנוֹ בְּבַל תֹּאכַל נָא?

On enseigne dans une autre baraita : on pourrait croire que, s'il a mangé un kezayit de na tant qu'il faisait encore jour, il serait passible. Et c'est un raisonnement : si, à l'heure où il est dans 'lève-toi, mange du rôti', il est dans 'ne mange pas de na', alors, à l'heure où il n'est pas dans 'lève-toi, mange du rôti', la logique ne veut-elle pas qu'il soit dans 'ne mange pas de na' ?

📜 Rachi (1)
בְּשָׁעָה שֶׁאֵינוֹ בְּקוּם אֱכֹול צָלִי דְּאֵין לוֹ הֶיתֵּר אֲכִילַת צָלִי אֵינוֹ דִּין שֶׁיֶּשְׁנוֹ בְּלָאו דְּלָא תֹּאכַל נָא:
Puisqu'il n'a pas la permission de manger du rôti, la logique veut qu'il soit dans l'interdit 'ne mange pas de na'.
💡 Explication

La baraita tente un kal va-homer pour rendre passible le na mangé de jour. Point de départ : la nuit, le commandement koum ekhol tzli est en vigueur, et l'interdit bal tokhal na aussi. Le jour, ce commandement est absent. Le kal va-homer en conclut que l'interdit du na y est en vigueur, la permission de manger le rôti étant elle-même absente.

9
אוֹ לֹא: בְּשָׁעָה שֶׁאֵינוֹ בְּקוּם אֱכֹול צָלִי — יֶשְׁנוֹ בְּבַל תֹּאכַל נָא, בְּשָׁעָה שֶׁיֶּשְׁנוֹ בְּקוּם אֱכֹול צָלִי — אֵינוֹ בְּבַל תֹּאכַל נָא.

Ou bien non : à l'heure où il n'est pas dans 'lève-toi, mange du rôti', il est dans 'ne mange pas de na' ; à l'heure où il est dans 'lève-toi, mange du rôti', il n'est pas dans 'ne mange pas de na'.

📜 Rachi (1)
אוֹ לָא אוֹ לֹא נֶאֱמַר כֵּן אֶלָּא בְּעִנְיָן אַחֵר בְּשָׁעָה שֶׁיֶּשְׁנוֹ בְּקוּם אֱכֹול צָלִי דְּהַייְנוּ בַּלַּיְלָה דִּכְתִיב וְאָכְלוּ אֶת הַבָּשָׂר בַּלַּיְלָה הַזֶּה אֵינוֹ בְּבַל תֹּאכַל נָא:
Ou bien on ne dira pas ainsi, mais d'une autre manière : à l'heure où il est dans 'lève-toi, mange du rôti', c'est-à-dire la nuit, puisqu'il est écrit 'ils mangeront la chair cette nuit-là', il n'est pas dans 'ne mange pas de na'.
💡 Explication

La Guemara renverse les heures. On poserait : le jour, hors du commandement de manger le rôti, l'interdit du na est en vigueur ; la nuit, dans ce commandement, l'interdit du na ne l'est pas.

Rachi rattache la nuit au verset 'ils mangeront la chair cette nuit-là'.

10
וְאַל תִּתְמַהּ, שֶׁהֲרֵי הֻותַּר מִכְּלָלוֹ אֵצֶל צָלִי.

Et ne t'en étonne pas : on l'a permis hors de sa règle générale, dans le cas du rôti.

📜 Rachi (1)
וְאַל תִּתְמַהּ שֶׁהֲרֵי הֻותַּר מִכְּלָלוֹ אֵצֶל צָלִי דְּהָא אֲפִילּוּ צָלִי הָיָה אָסוּר לֶאֱכֹול בַּיּוֹם כְּדִכְתִיב וְאָכְלוּ אֶת הַבָּשָׂר בַּלַּיְלָה הַזֶּה וְלֹא בַּיּוֹם וּכְשֶׁחָשֵׁכָה הֻותַּר מִכְּלָל אִיסּוּר עֲשֵׂה דְּצָלִי וְנֵימָא נָמֵי נְהִי דְּלָא הֻותַּר לְכַתְּחִלָּה אֵצֶל נָא מִיהוּ לֹא לְחַיֵּיב עָלֶיהָ אִם אֲכָלוֹ:
Car même le rôti était interdit à manger le jour, puisqu'il est écrit 'ils mangeront la chair cette nuit-là', et non le jour. Quand la nuit est tombée, il a été permis à partir de la règle générale de cet interdit qui a le statut d'un commandement, et qui porte sur le rôti. On dirait aussi, pour le na : il demeure interdit à priori, et on ne le rend pas passible s'il en mange.
💡 Explication

Houtar mi-klalo : un interdit de portée générale est levé dans un cas. Ici, le rôti. Il est tenu le jour par 'cette nuit-là', et la nuit cette tenue est levée. Le renversement propose pour le na suit ce modèle : à l'heure où le rôti est permis, la passibilité du na pourrait tomber.

11
תַּלְמוּד לוֹמַר: ״אַל תֹּאכְלוּ מִמֶּנּוּ נָא וּבָשֵׁל מְבֻשָּׁל בַּמָּיִם כִּי אִם צְלִי אֵשׁ״, שֶׁאֵין תַּלְמוּד לוֹמַר ״כִּי אִם צְלִי אֵשׁ״, וּמַה תַּלְמוּד לוֹמַר ״כִּי אִם צְלִי אֵשׁ״? לוֹמַר לָךְ: בְּשָׁעָה שֶׁיֶּשְׁנוֹ בְּקוּם אֱכֹול צָלִי — יֶשְׁנוֹ בְּבַל תֹּאכַל נָא, בְּשָׁעָה שֶׁאֵינוֹ בְּקוּם אֱכֹול צָלִי — אֵינוֹ בְּבַל תֹּאכַל נָא.

Le verset dit : 'Vous n'en mangerez pas na, ni cuit bouilli dans l'eau, mais rôti au feu.' Il n'y a pas lieu que le verset dise 'mais rôti au feu'. Que vient donc enseigner 'mais rôti au feu' ?

Pour te dire : à l'heure où il est dans 'lève-toi, mange du rôti', il est dans 'ne mange pas de na' ; à l'heure où il n'est pas dans 'lève-toi, mange du rôti', il n'est pas dans 'ne mange pas de na'.

📜 Rachi (1)
שֶׁאֵין תַּלְמוּד לוֹמַר כִּי אִם צְלִי אֵשׁ דְּהָא כְּתִיב לְעֵיל מִינֵּיהּ צְלִי אֵשׁ וּמַצּוֹת וְגוֹ':
Car il est déjà écrit juste avant : 'rôti au feu, et des matzot', etc.
🗂️ Tossefot (1)
שֶׁאֵין ת"ל כִּי אִם צְלִי אֵשׁ אע"ג דְּאִיצְטְרִיךְ לְהַלְקוֹת עָלָיו מִשּׁוּם כִּי אִם צְלִי אֵשׁ הַיְינוּ נָמֵי מִשּׁוּם דְּסַמְכֵיהּ לְנָא וּמְבֻושָּׁל:
Bien que ces mots soient nécessaires pour qu'on soit passible de malkot à cause de 'que rôti au feu', cela aussi tient à ce qu'on les a juxtaposés au na et au mevushal.
💡 Explication

Le verset tranche. 'Rôti au feu' est déjà dit en Shemot 12:8. Le reprendre en 12:9, a côté de 'ne mangez pas de na', lie les deux : l'interdit du na existe à l'heure du commandement de manger le rôti, et il est absent en dehors de cette heure.

Na de jour : exempt. Na après la nuit : passible. Tossefot : ces mots servent aussi aux malkot de 'que rôti au feu', du fait même qu'ils sont collés au na et au mevushal.

🖼️ Schéma
Où l'interdit du na est-il en vigueur ? 1. Kal va-homer La nuit, commandement et interdit du na. Le jour, à plus forte raison, interdit. 2. Renversement Le jour : interdit. La nuit : le na serait hors lav. 3. Le rôti Interdit le jour, permis la nuit. houtar mi-klalo auprès du rôti. 4. Le verset ki im tzli ech est déjà dit. L'interdit du na suit la nuit seule. Conclusion : na de jour, exempt. Na après la nuit, passible.
Kal va-homer, renversement, modèle du rôti, puis le verset : l'interdit du na ne vaut que la nuit.
12
רַבִּי אוֹמֵר: אֶקְרָא אֲנִי ״בְּשֶׁל״, מַה תַּלְמוּד לוֹמַר ״מְבַשֵּׁל״? שֶׁיָּכוֹל אֵין לִי אֶלָּא שֶׁבִּישְּׁלוֹ מִשֶּׁחָשֵׁיכָה, בִּשְּׁלוֹ מִבְּעוֹד יוֹם מִנַּיִן — תַּלְמוּד לוֹמַר ״בְּשֶׁל מְבַשֵּׁל״ מִכָּל מָקוֹם.

Rabbi dit : je lirais 'cuit' (bashel). Que vient enseigner 'cuit' (mevushal) ?

Car on pourrait dire : je n'ai le cas que s'il l'a cuit après la tombée de la nuit. S'il l'a cuit tant qu'il faisait jour, d'où ?

Le verset dit 'bashel mevushal' : dans tous les cas.

📜 Rachi (3)
אֶקְרָא אֲנִי בְּשֶׁל דַּייֶּךָּ הֲוָה לֵיהּ בִּקְרִיאַת בְּשֶׁל:
Il lui aurait suffi de lire le mot bashel.
אֵין לִי שֶׁיִּתְחַייֵּב עַל אֲכִילַת בָּשָׂר אֶלָּא אִם כֵּן בִּישְּׁלוֹ מִשֶּׁחֲשֵׁיכָה שֶׁהוּא עִיקַּר זְמַנּוֹ:
Qu'il ne soit passible pour avoir mangé la chair que si on l'a cuite après la tombée de la nuit, qui est le moment principal.
בִּישְּׁלוֹ מִבְּעוֹד יוֹם וְאָכְלוּ מִשֶּׁתֶּחְשַׁךְ מִנַּיִן:
Et qu'il l'ait mangée une fois la nuit tombée : d'où le tenons-nous ?
💡 Explication

Rabbi (Yehouda ha-Nassi) lit le doublement bashel mevushal. Le seul mot bashel suffirait pour l'interdit du cuit à l'heure du Pessa'h, donc après la nuit. Mevushal ajoute la cuisson faite dès le jour, quand on mange la chair une fois la nuit tombée. Mi-kol makom : les deux heures de cuisson sont comprises.

13
וְהַאי ״בְּשֶׁל מְבַשֵּׁל״ אַפְּקֵיהּ רַבִּי לִצְלִי קֵדָר וְלִשְׁאָר מַשְׁקִין!

Or ce 'bashel mevushal', Rabbi l'a déjà employé pour le rôti en marmite (tzli kedeira) et pour les autres liquides ?

📜 Rachi (2)
וְהָא אַפַּקְיָה רַבִּי גּוּפֵיהּ דַּרְשֵׁיהּ לְעֵיל לִשְׁאָר מַשְׁקִין וּלְצָלִי קֵדָר:
Rabbi lui-même l'a déjà exposé plus haut, pour les autres liquides et pour le rôti en marmite.
בְּשֶׁל מְבֻושָּׁל מִדְּשַׁנִּי בְּדִבּוּרֵיהּ דָּרֵישׁ בֵּיהּ דְּרָשָׁה אַחֲרִיתִי נָמֵי:
Puisqu'il a changé de formulation, on y expose aussi une autre dérivation.
💡 Explication

Plus haut sur le daf précédent, Rabbi a déjà tiré de cette expression deux modes de cuisson : le tzli kedeira, viande cuite au pot sans eau ajoutée, et la cuisson dans d'autres liquides que l'eau. La Guemara demande comment la même expression enseigne encore l'heure de la cuisson.

14
אִם כֵּן — לֵימָא קְרָא אוֹ ״בִּשֵּׁל בְּשֶׁל״, אוֹ ״מְבַשֵּׁל מְבַשֵּׁל״. מַאי ״בְּשֶׁל מְבַשֵּׁל״? שָׁמְעַת מִינָּהּ תַּרְתֵּי.

S'il en est ainsi, que le verset dise ou bien 'bashel bashel', ou bien 'mevushal mevushal'. Pourquoi 'bashel mevushal' ?

Tu en apprends deux enseignements.

🗂️ Tossefot (1)
אִם כֵּן לֵימָא קְרָא בָּשֵׁל בָּשֵׁל אוֹ מְבֻושָּׁל מְבֻושָּׁל הָכָא מַשְׁמַע דְּאוֹרְחֵיהּ דִּקְרָא לִכְפֹּול תֵּיבָה אַחַת בְּעִנְיָן אֶחָד טְפֵי מִבִּשְׁנֵי עִנְיָינִים וְכֵן בִּמְרֻובָּה (בּ"ק דַּף סה.) גַּבֵּי הִמָּצֵא תִּמְצָא וּבְהַחוֹבֵל (שָׁם דַּף פֹּה:) גַּבֵּי וְרַפֹּא יְרַפֵּא וְקָשֶׁה דִּבְרֵישׁ הָיוּ בּוֹדְקִין (סַנְהֶדְרִין ד"מ:) קָאָמַר מִדְּהָוֵי לֵיהּ לְמִיכְתַּב דָּרוֹשׁ תִּדְרֹושׁ אוֹ חָקוֹר תַּחְקֹור וְכָתַב הֵיטֵב שְׁמַע מִינָּה לְאַפְנוֹיֵי מַשְׁמַע דְּאִי הֲוָה כְּתַב הָכִי לָא הֲוָה מֻופְנֶה וְשֶׁמָּא הָתָם לֹא חָשׁ לְדַקְדֵּק בַּלָּשׁוֹן רַק לְהוֹכִיחַ דְּמֻופְנֶה:
Ici il ressort que la manière du verset est de redoubler un même mot pour un seul sujet, davantage que pour deux sujets. De même dans Merouba (Bava Kamma 65a), au sujet de 'tu trouveras, tu trouveras' (himatze timatze), et dans Ha-hovel (Bava Kamma 85b), au sujet de 'il guérira, il guérira' (ve-rapo yerape). Difficulté : au début de Hayou bodkin (Sanhédrin 40b), on dit : puisqu'il aurait dû écrire 'examine, tu examineras' (derosh tidrosh) ou 'investigue, tu investigueras' (hakor tahakor), et qu'il a écrit 'bien' (heteiv), apprends-en que le mot est disponible (mufne). Il en ressort que, s'il avait écrit le redoublement, le mot n'aurait pas été mufne. Peut-être que là-bas on n'a pas tenu à préciser la formulation, et qu'on a seulement voulu prouver que le mot est mufne.
💡 Explication

Un seul enseignement se serait dit par le même mot répété : bashel bashel, ou mevushal mevushal. Le passage de bashel à mevushal donne deux derachot : la manière de cuire, et l'heure de la cuisson.

Tossefot rapprochent himatze timatze et ve-rapo yerape, où le redoublement du même mot porte un seul sujet. En Sanhédrin 40b, un redoublement n'aurait pas rendu heteiv mufne. Tossefot suggèrent qu'on y visait seulement à montrer que heteiv est disponible pour un rapprochement.

🖼️ Schéma
Bashel mevushal : pourquoi la forme change Un seul enseignement bashel bashel ou mevushal mevushal le même mot, répété Deux enseignements bashel mevushal manière : tzli kedeira, autres liquides heure : cuit de jour, mangé la nuit Le changement de forme fait entendre les deux derachot. Mi-kol makom.
Même forme répétée : une derasha. Bashel puis mevushal : manière de cuire, et heure de la cuisson.
15
תָּנוּ רַבָּנַן: אָכַל צָלִי מִבְּעוֹד יוֹם — חַיָּיב, וְכַזַּיִת נָא מִשֶּׁחֲשֵׁיכָה — חַיָּיב.

Les Sages ont enseigné : s'il a mangé du rôti tant qu'il faisait encore jour, il est passible ; et un kezayit de na après la tombée de la nuit, il est passible.

📜 Rachi (1)
כְּזַיִת צָלִי מִבְּעוֹד יוֹם חַיָּיב מְפָרֵשׁ לֵיהּ לְקַמֵּיהּ:
Il l'explique plus loin.
💡 Explication

Deuxième baraita. Manger du rôti dès le jour est passible. Manger un kezayit de na après la nuit est passible. Le premier membre ajoute la passibilité. La baraita précédente ne traitait, pour ce rôti de jour, que de la havura.

16
קָתָנֵי צָלִי דֻּומְיָא דְּנָא: מַה נָא בְּלָאו, אַף צָלִי בְּלָאו.

Il enseigne le rôti à la ressemblance du na : de même que le na relève d'un interdit (lav), de même le rôti relève d'un interdit.

📜 Rachi (1)
קָתָנֵי חִיּוּבָא דְּצָלִי דְּמִבְּעוֹד יוֹם דֻּומְיָא דְּחִיּוּבָא דְּנָא מִשֶּׁחֲשֵׁיכָה:
La passibilité du rôti tant qu'il fait jour, à la manière de la passibilité du na après la tombée de la nuit.
💡 Explication

Les deux membres sont lus comme parallèles. Le na de nuit est un lav écrit. Le rôti mangé de jour, enseigné à côté de lui, est lu lui aussi comme un lav.

17
בִּשְׁלָמָא נָא, כְּתִיב: ״אַל תֹּאכְלוּ מִמֶּנּוּ נָא״, אֶלָּא צָלִי מִנָּלַן?

Soit pour le na : il est écrit 'Vous n'en mangerez pas na'. Mais le rôti, d'où le tenons-nous ?

💡 Explication

Le lav du na est écrit : al tokhelou mimennou na. La Guemara cherche le verset du rôti mangé avant la nuit.

18
דִּכְתִיב: ״וְאָכְלוּ אֶת הַבָּשָׂר בַּלַּיְלָה הַזֶּה״. בַּלַּיְלָה — אִין, בַּיּוֹם — לֹא.

Car il est écrit : 'Ils mangeront la chair cette nuit-là.' La nuit, oui ; le jour, non.

💡 Explication

Shemot 12:8 limite la consommation à ba-layla ha-zeh. La nuit, la consommation a lieu. Le jour, elle n'a pas lieu. D'où un interdit de manger le Pessa'h, rôti compris, avant la nuit.

19
הַאי לָאו הַבָּא מִכְּלַל עֲשֵׂה הוּא, וְכָל לָאו הַבָּא מִכְּלַל עֲשֵׂה — עֲשֵׂה!

Cet interdit est un lav qui découle d'un commandement positif (lav ha-ba mi-klal aseh). Et tout lav qui découle d'un commandement positif a le statut d'un commandement positif (asseh).

💡 Explication

L'interdit du jour n'est pas écrit comme un lav. Il se déduit de l'asseh 'mange-le la nuit'. Règle : un lav ha-ba mi-klal aseh a le statut d'un aseh. La transgression n'entraîne pas les malkot d'un lav. La baraita qui dit 'passible' pour le rôti de jour demande donc un tanna.

🖼️ Schéma
D'où vient l'interdit de manger le rôti le jour ? Asseh écrit ils mangeront la chair cette nuit Déduction la nuit, oui le jour, non Statut lav ha-ba mi-klal aseh = aseh Question la baraita dit passible : selon qui ? Rav Hisda ouvre : ha mani. La suite est en 42a.
Du verset positif on déduit le jour interdit. Ce lav a le statut d'un aseh. Rav Hisda demande selon qui.
20
אָמַר רַב חִסְדָּא: הָא מַנִּי

Rav Hisda a dit : celle-ci, selon qui ?

💡 Explication

Ha mani : selon quel tanna cette baraita est-elle dite ? Rav Hisda ouvre la réponse. La phrase continue au début de 42a.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).