Sougya : L'amoud compte les malkot de qui mange le korban Pessa'h hors du rôti au feu : na, mevushal, ou les deux. Rava cumule le lav particulier et le lav général ; Abaye, en trois versions, refuse les malkot d'un lav she-bikhlalot.
Le même schéma est repris pour le nazir, zag et chartzan. Deux baraitot fixent ensuite l'heure : l'interdit du na ne vaut qu'une fois la nuit tombée, là où le commandement de manger le rôti est en vigueur ; manger le rôti dès le jour se tire de 'ils mangeront la chair cette nuit-là', et ce lav déduit d'un aseh a le statut d'un aseh.
Rav Hisda demande selon qui est la baraita qui déclare pourtant passible.
Il est passible de deux séries de malkot. Mevushal (cuit à l'eau) : il est passible de deux.
Na (rôti incomplet) et mevushal : il est passible de trois.
La phrase est ouverte en 41a : qui mange un kezayit de na est passible de deux séries de malkot.
Premier lav : al tokhal na. Second lav : ki im tzli ech, lu comme la suite de 'vous ne mangerez pas'. Le mevushal porte le lav du cuit, plus ce lav général. Na et mevushal ensemble : les deux lavim particuliers, plus le lav général, soit trois.
Abaye a dit : on n'inflige pas de malkot pour un interdit formulé en termes généraux (lav she-bikhlalot).
Abaye retire les malkot du lav général. Lav she-bikhlalot : une seule formule qui couvre plusieurs manières de cuire autrement qu'au feu. Un lav aussi large ne ressemble pas au lav de la hassima, d'où l'on apprend les malkot.
Certains disent : c'est de deux séries de malkot qu'il n'est pas passible ; d'une, en tout cas, il est passible.
Première version d'ika de-amrei : on ne cumule pas. Qui est déjà passible pour le na ou le mevushal ne reçoit pas une série de plus pour 'que rôti au feu'. Une série demeure quand aucun lav particulier ne s'applique.
Rachi vise la cuisson dans les hamei Teverya : elle échappe au lav du na et au lav du bishul, et il reste le lav général. Rabbeinou Tam lit le cru (haï) comme exempt pour tous, sur la foi de la baraita. Pour lui, 'que rôti au feu' est l'asseh 'vous le mangerez rôti'. Le différend porte alors sur le cumul, pour le na et le mevushal. La version 'une série au moins' vise une hatraa portée sur le seul lav général.
Certains disent : même d'une série de malkot, il n'est pas passible, car son interdit n'est pas spécifié comme l'interdit du muselage (hassima).
Deuxième version : la série unique tombe elle aussi. Les malkot s'apprennent du lav lo tahsom (tu ne muselleras pas le bœuf, Devarim 25:4), placé à la suite de la section des coups. Seul un lav meyouhad, explicité sur un seul objet, y ressemble. 'Que rôti au feu' reste une formule qui englobe.
Rava a dit : s'il a mangé un zag (peau du raisin), il est passible de deux séries de malkot. Un chartzan (pépin) : il est passible de deux.
Zag et chartzan : il est passible de trois.
Même schéma pour le nazir, Bamidbar 6:4. Le verset interdit tout produit de la vigne, puis détaille 'depuis les pépins jusqu'à la peau', et conclut 'il ne mangera pas'. Rava fait porter cette clausule sur la règle générale et sur chaque détail. Zag seul : deux. Chartzan seul : deux. Les deux : trois.
Tossefot signalent qu'en Nazir 38b les noms d'Abaye et de Rava sont inversés.
Abaye a dit : on n'inflige pas de malkot pour un lav she-bikhlalot. Certains disent : c'est de deux séries de malkot qu'il n'est pas passible ; d'une, en tout cas, il est passible.
Certains disent : même d'une série, il n'est pas passible, car son interdit n'est pas spécifié comme l'interdit du muselage.
Les trois versions d'Abaye reviennent sur le nazir. Le lav général englobe pépins, peaux, raisins frais et secs, feuilles et sarments.
Zag seul, ou chartzan seul : le lav particulier suffit, sans série ajoutée pour le général. Zag et chartzan ensemble : deux séries, une par détail, et Abaye en convient. La série unique vise les feuilles et les sarments, où seul le lav général a prise.
Les Sages ont enseigné : s'il a mangé un kezayit de na tant qu'il faisait encore jour, il est exempt ; un kezayit de na après la tombée de la nuit, il est passible. S'il a mangé un kezayit de rôti tant qu'il faisait encore jour, il ne s'est pas disqualifié vis-à-vis des membres de la havura ; un kezayit de rôti après la tombée de la nuit, il s'est disqualifié vis-à-vis des membres de la havura.
Deux questions d'heure, le 14 nissan avant la nuit, puis après.
Le na mangé de jour est exempt. Le na mangé après la nuit est passible. La suite du daf en donne le verset.
Le tzli touche la havura. Le Pessa'h se mange dans une seule compagnie et en un seul lieu (Pessahim 86a, be-vayit ehad ye'akhel). Un kezayit de rôti avant la nuit ne compte pas comme cette consommation : la nuit venue, il mange encore avec sa havura. Le même kezayit après la nuit le fixe : il ne mangera pas ce Pessa'h en deux endroits.
On enseigne dans une autre baraita : on pourrait croire que, s'il a mangé un kezayit de na tant qu'il faisait encore jour, il serait passible. Et c'est un raisonnement : si, à l'heure où il est dans 'lève-toi, mange du rôti', il est dans 'ne mange pas de na', alors, à l'heure où il n'est pas dans 'lève-toi, mange du rôti', la logique ne veut-elle pas qu'il soit dans 'ne mange pas de na' ?
La baraita tente un kal va-homer pour rendre passible le na mangé de jour. Point de départ : la nuit, le commandement koum ekhol tzli est en vigueur, et l'interdit bal tokhal na aussi. Le jour, ce commandement est absent. Le kal va-homer en conclut que l'interdit du na y est en vigueur, la permission de manger le rôti étant elle-même absente.
Ou bien non : à l'heure où il n'est pas dans 'lève-toi, mange du rôti', il est dans 'ne mange pas de na' ; à l'heure où il est dans 'lève-toi, mange du rôti', il n'est pas dans 'ne mange pas de na'.
La Guemara renverse les heures. On poserait : le jour, hors du commandement de manger le rôti, l'interdit du na est en vigueur ; la nuit, dans ce commandement, l'interdit du na ne l'est pas.
Rachi rattache la nuit au verset 'ils mangeront la chair cette nuit-là'.
Et ne t'en étonne pas : on l'a permis hors de sa règle générale, dans le cas du rôti.
Houtar mi-klalo : un interdit de portée générale est levé dans un cas. Ici, le rôti. Il est tenu le jour par 'cette nuit-là', et la nuit cette tenue est levée. Le renversement propose pour le na suit ce modèle : à l'heure où le rôti est permis, la passibilité du na pourrait tomber.
Le verset dit : 'Vous n'en mangerez pas na, ni cuit bouilli dans l'eau, mais rôti au feu.' Il n'y a pas lieu que le verset dise 'mais rôti au feu'. Que vient donc enseigner 'mais rôti au feu' ?
Pour te dire : à l'heure où il est dans 'lève-toi, mange du rôti', il est dans 'ne mange pas de na' ; à l'heure où il n'est pas dans 'lève-toi, mange du rôti', il n'est pas dans 'ne mange pas de na'.
Le verset tranche. 'Rôti au feu' est déjà dit en Shemot 12:8. Le reprendre en 12:9, a côté de 'ne mangez pas de na', lie les deux : l'interdit du na existe à l'heure du commandement de manger le rôti, et il est absent en dehors de cette heure.
Na de jour : exempt. Na après la nuit : passible. Tossefot : ces mots servent aussi aux malkot de 'que rôti au feu', du fait même qu'ils sont collés au na et au mevushal.
Rabbi dit : je lirais 'cuit' (bashel). Que vient enseigner 'cuit' (mevushal) ?
Car on pourrait dire : je n'ai le cas que s'il l'a cuit après la tombée de la nuit. S'il l'a cuit tant qu'il faisait jour, d'où ?
Le verset dit 'bashel mevushal' : dans tous les cas.
Rabbi (Yehouda ha-Nassi) lit le doublement bashel mevushal. Le seul mot bashel suffirait pour l'interdit du cuit à l'heure du Pessa'h, donc après la nuit. Mevushal ajoute la cuisson faite dès le jour, quand on mange la chair une fois la nuit tombée. Mi-kol makom : les deux heures de cuisson sont comprises.
Or ce 'bashel mevushal', Rabbi l'a déjà employé pour le rôti en marmite (tzli kedeira) et pour les autres liquides ?
Plus haut sur le daf précédent, Rabbi a déjà tiré de cette expression deux modes de cuisson : le tzli kedeira, viande cuite au pot sans eau ajoutée, et la cuisson dans d'autres liquides que l'eau. La Guemara demande comment la même expression enseigne encore l'heure de la cuisson.
S'il en est ainsi, que le verset dise ou bien 'bashel bashel', ou bien 'mevushal mevushal'. Pourquoi 'bashel mevushal' ?
Tu en apprends deux enseignements.
Un seul enseignement se serait dit par le même mot répété : bashel bashel, ou mevushal mevushal. Le passage de bashel à mevushal donne deux derachot : la manière de cuire, et l'heure de la cuisson.
Tossefot rapprochent himatze timatze et ve-rapo yerape, où le redoublement du même mot porte un seul sujet. En Sanhédrin 40b, un redoublement n'aurait pas rendu heteiv mufne. Tossefot suggèrent qu'on y visait seulement à montrer que heteiv est disponible pour un rapprochement.
Les Sages ont enseigné : s'il a mangé du rôti tant qu'il faisait encore jour, il est passible ; et un kezayit de na après la tombée de la nuit, il est passible.
Deuxième baraita. Manger du rôti dès le jour est passible. Manger un kezayit de na après la nuit est passible. Le premier membre ajoute la passibilité. La baraita précédente ne traitait, pour ce rôti de jour, que de la havura.
Il enseigne le rôti à la ressemblance du na : de même que le na relève d'un interdit (lav), de même le rôti relève d'un interdit.
Les deux membres sont lus comme parallèles. Le na de nuit est un lav écrit. Le rôti mangé de jour, enseigné à côté de lui, est lu lui aussi comme un lav.
Soit pour le na : il est écrit 'Vous n'en mangerez pas na'. Mais le rôti, d'où le tenons-nous ?
Le lav du na est écrit : al tokhelou mimennou na. La Guemara cherche le verset du rôti mangé avant la nuit.
Car il est écrit : 'Ils mangeront la chair cette nuit-là.' La nuit, oui ; le jour, non.
Shemot 12:8 limite la consommation à ba-layla ha-zeh. La nuit, la consommation a lieu. Le jour, elle n'a pas lieu. D'où un interdit de manger le Pessa'h, rôti compris, avant la nuit.
Cet interdit est un lav qui découle d'un commandement positif (lav ha-ba mi-klal aseh). Et tout lav qui découle d'un commandement positif a le statut d'un commandement positif (asseh).
L'interdit du jour n'est pas écrit comme un lav. Il se déduit de l'asseh 'mange-le la nuit'. Règle : un lav ha-ba mi-klal aseh a le statut d'un aseh. La transgression n'entraîne pas les malkot d'un lav. La baraita qui dit 'passible' pour le rôti de jour demande donc un tanna.
Rav Hisda a dit : celle-ci, selon qui ?
Ha mani : selon quel tanna cette baraita est-elle dite ? Rav Hisda ouvre la réponse. La phrase continue au début de 42a.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).