Pesachim 42b — Bières, vinaigres et collés : où est le grain

Pesachim 42b

Sougya : L'amoud achève d'abord la liste médicale ouverte en 42a : pain de semida, viande d'une chèvre qui n'a pas mis bas, vin de trois ans, puis la règle que ce qui profite à un membre nuit à un autre, avec cinq exceptions bonnes pour tout le corps. Il revient ensuite à la michna.

La bière des Mèdes contient de l'eau d'orge, le vinaigre édomite des grains d'orge. Rav Nahman rattache le passage du vinaigre de Yehuda au vinaigre d'Edom au verset où l'une est pleine quand l'autre est ruinée.

Rabbi Yehouda règle la dîme du vinaigre acheté à un am ha-aretz, selon qu'il vient du temed ou du vin, et la Guemara départage le temed de lies et le temed de pépins. Puis elle identifie le zitom égyptien, le bouillon des teinturiers, l'amidon des cuisiniers, et la colle des scribes, que Rav Ochaya ramène à la colle des cordonniers.

Rabbi Eliezer, enfin, vise les traitements des femmes. La phrase continue en 43a.

Sept produits, deux groupes Rabbi Hiya : quatre de la province, pour tous. Trois de métier. Koutah babylonien Miettes de pain mouillées détail en 42a Bière des Mèdes Eau d'orge versée dedans ailleurs : dattes Vinaigre édomite Grains d'orge entiers dans le vin pour l'aigrir Zitom égyptien Orge ou blé carthame, sel parts égales Zoman des teinturiers Eau de son pour teindre le cuir métier Amilan des cuisiniers Pain de grain avant le tiers absorbe l'écume Kolan des scribes Colle des cordonniers farine de seigle aussi pour les feuilles Rabbi Eliezer ajoute les traitements des femmes : pâte sur la peau, fleur de farine ou chaux. Tous ces articles sont min dagan, de l'espèce du grain. D'où l'interdit de Pessa'h.
Rabbi Hiya partage la michna : quatre produits de tous, trois produits de métier. Chacun tient son grain.
Le vinaigre change de camp Même procédé : l'orge fait aigrir un vin qui, seul, ne s'aigrit pas. Au temps du Temple Nesakhim apportés de Yehuda Le vin ne s'aigrit qu'avec de l'orge Nom : vinaigre tout court Achat à un am ha-aretz pas de dîme : c'est du temed Rav Nahman, puis Rabbi Yehouda Maintenant Le vin d'Edom ne s'aigrit qu'avec de l'orge Nom : vinaigre édomite Achat à un am ha-aretz dîme : c'est du vin La force est passée à Edom Si celle-ci est pleine, celle-là est ruinée. Et l'inverse. Rav Nahman bar Yitzhak : un peuple prend force, l'autre faiblit.
Le vin qui ne s'aigrit qu'avec de l'orge passe de Yehuda à Edom. La dîme du vinaigre suit cette bascule.
Kolan des scribes : quelle colle ? Le compte de Rabbi Hiya exige un métier, pas une pâte de toilette. Rav Chimi de Hozena Pâte des filles riches laissée aux filles pauvres Quel métier ? Le signe de Rabbi Hiya tombe Lecture écartée Rav Ochaya Colle des cordonniers farine de seigle dans la colle Les scribes collent leurs feuilles avec elle D'où le nom : des scribes Quatre de la province : koutah, bière, vinaigre, zitom. Aliments ou remèdes. Trois de métier : teinturiers, cuisiniers, scribes.
Rav Chimi lit une pâte de toilette. Rav Ochaya maintient la colle des cordonniers, dont les scribes se servent.
1
דִּסְמִידָא, בָּשָׂר שָׁמֵן — דִּצְפִירְתָּא דְּלָא אֶפְתַּח, יַיִן יָשָׁן — עַתִּיק עַתִּיקֵי.

de semida ; la viande grasse, d'une chèvre qui n'a pas mis bas ; le vin vieux, ancien des anciens.

📜 Rachi (3)
דִּסְמִידָא סֹולֶת:
De semida : fleur de farine (solet).
דִּצְפִירְתָּא דְּלָא אֶפְתַּח עז שֶׁלֹּא יָלְדָה:
D'une tsefirta qui n'a pas mis bas : une chèvre qui n'a pas mis bas.
עַתִּיק עַתִּיקֵי יָשָׁן שֶׁל שָׁלֹשׁ שָׁנִים:
Atiq atiqi : vieux de trois ans.
💡 Explication

Fin de la liste ouverte en 42a : trois choses qui redressent la taille et éclairent les yeux. Le pain blanc est de semida, fleur de farine. La viande grasse est celle d'une chèvre qui n'a pas encore mis bas. Le vin vieux à trois ans.

2
כָּל מִילֵּי דִּמְעַלֵּי לְהַאי — קָשֶׁה לְהַאי, וּדְקָשֶׁה לְהַאי — מְעַלֵּי לְהַאי, בַּר מִזַּנְגְּבִילָא רַטִּיבָא, וּפִילְפְּלֵי אֲרִיכְתָּא, וּפַת נְקִייָּה, וּבָשָׂר שָׁמֵן, וְיַיִן יָשָׁן — דִּמְעַלֵּי לְכֻולֵּי גּוּפֵיהּ.

Toute chose bonne pour celui-ci est mauvaise pour celui-là, et ce qui est mauvais pour celui-ci est bon pour celui-là, sauf le gingembre frais, le poivre long, le pain blanc, la viande grasse et le vin vieux, qui sont bons pour tout le corps.

📜 Rachi (2)
כָּל דִּמְעַלֵּי לְחֹולִי זֶה קָשֶׁה לָזֶה הַמּוֹעִיל לַלֵּב קָשֶׁה לָעֵינַיִם אוֹ לְאֶחָד מִתַּחֲלוּאֵי שְׁאָר הָאֵבָרִים:
Tout ce qui est bon : pour cette maladie, c'est mauvais pour celle-là. Ce qui profite au cœur nuit aux yeux, ou à l'une des maladies des autres membres.
זַנְגְּבִילָא זינזיבר"א:
Zangvila : gingembre.
💡 Explication

Règle générale : un aliment ou un remède bon pour un membre est mauvais pour un autre. Rachi : ce qui sert le cœur nuit aux yeux. Cinq exceptions profitent à tout le corps : gingembre frais, poivre long, pain de semida, viande grasse, vin vieux.

🖼️ Schéma
Cinq choses bonnes pour tout le corps Le reste : bon pour l'un, mauvais pour l'autre. Gingembre frais Poivre long Pain de semida Viande grasse Vin vieux
Hors ces cinq, le bénéfice d'un côté est un dommage de l'autre.
3
שֵׁכָר הַמָּדִי. דְּרָמוּ בֵּיהּ מֵי שְׂעָרֵי.

La bière des Mèdes : car on y jette de l'eau d'orge.

📜 Rachi (2)
שֵׁכָר הַמָּדִי לְפִי שֶׁבְּאוֹתָן הַיָּמִים אֵין נוֹהֲגִין לַעֲשׂוֹת שֵׁכָר אֶלָּא מִתְּמָרִים וּבְמָדַי עוֹשִׂין שֵׁכָר מִמֵּי שְׂעוֹרִין כְּעֵין אוֹתָן שֶׁלָּנוּ קָרֵי לֵיהּ שֵׁכָר הַמָּדִי:
Bière des Mèdes : en ces jours, on ne faisait de bière que de dattes. En Médie, on fait de la bière avec de l'eau d'orge, comme la nôtre. On l'appelle bière des Mèdes.
דְּרָמוּ בֵּיהּ מֵי שְׂעָרֵי שֶׁמַּטִּילִין לְתוֹכוֹ מֵי שְׂעוֹרִין כְּגוֹן שֵׁכָר שֶׁלָּנוּ וְעוֹשִׂין אוֹתוֹ בְּמָדַי:
Car on y jette de l'eau d'orge : on y met de l'eau d'orge, comme notre bière, et on la fabrique en Médie.
💡 Explication

Retour à la michna. Shekhar ha-Madi est interdit à Pessa'h parce qu'on y met de l'eau d'orge. Ailleurs, la bière de ce temps se faisait de dattes, sans grain. Le nom 'des Mèdes' marque cette façon-là.

4
וְחֹומֶץ הָאֲדוֹמִי. דְּשָׁדוּ בֵּיהּ שְׂעָרֵי.

Et le vinaigre édomite : car on y jette de l'orge.

📜 Rachi (1)
דְּשָׁדוּ בֵּיהּ מֵי שַׁעֲרֵי בְּיַיִן נוֹתְנִין שְׂעוֹרִין שְׁלֵמִים כְּדֵי לְהַחְמִיצוֹ לְפִי שֶׁיֵּינָם טוֹב וְאֵינוֹ בָּא לִידֵי חִימּוּץ עַד שֶׁנּוֹתְנִין לְתוֹכוֹ שְׂעוֹרִין:
Car on y jette de l'eau d'orge : dans le vin, on met des grains d'orge entiers pour le faire aigrir. Leur vin est bon, et il n'en vient à l'aigrissement que lorsqu'on y met de l'orge.
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' כּוּתָח הַבַּבְלִי מִשּׁוּם קוּמְנִיתָא דְּאִית בֵּיהּ. חֹומֶץ הָאֲדוֹמִי דְּרָמוּ בֵּיהּ שְׂעָרֵי. זֵיתוֹם הַמִּצְרִי תָּנֵי רַב יוֹסֵף תִּילְתָּא שְׂעָרֵי וְתִילְתָּא קֻורְטְמֵי וְתִילְתָּא מִילְחָא. וְזוֹמָא שֶׁל צְבָעִים הָכִי תַּרְגֵּימוּ מַיָּא דְּחִיזְרָא. וַעֲמִילָן שֶׁל טַבָּחִים פַּת שֶׁל תְּבוּאָה שֶׁלֹּא הֵבִיאָה שְׁלִישׁ שֶׁמַּנִּיחִין אוֹתָהּ עַל פִּי הַקְּדֵירָה וְשׁוֹאֶבֶת הַזֻּוהֲמָא. וְקוֹלָן שֶׁל סוֹפְרִים הָכִי תַּרְגּוּמוֹ חֲרוּתָא דְּאֻושְׁכָּפֵי וְסוֹפְרִים נָמֵי מִדַּבְּקִי בְּהוּ נְיָירַייְהוּ. תָּנוּ רַבָּנַן כָּל מַחְמֶצֶת לֹא תֹאכֵלוּ לְרַבּוֹת כֻּותָּח הַבַּבְלִי וְשֵׁכָר הַמָּדִי וְחֹומֶץ הָאֲדוֹמִי יָכוֹל יְהֵא עָנוּשׁ כָּרֵת תַּלְמוּד לוֹמַר כִּי כָּל אֹוכֵל חָמֵץ וְנִכְרְתָה עַל חָמֵץ דָּגָן עָנוּשׁ כָּרֵת וְעַל עֵרוּבוֹ בְּלָאו דִּבְרֵי רַבִּי אֱלִיעֶזֶר וַחֲכָמִים אוֹמְרִים עַל חָמֵץ דָּגָן עָנוּשׁ כָּרֵת וְעַל עֵירוּבוֹ בִּוְלֹא כְּלוּם. ואע"ג דְּאָמְרִי רַבָּנָן עַל עֵירוּבוֹ בִּוְלֹא כְּלוּם מִילְקָא הוּא דְּלָא לָקֵי הָא אִיסּוּרָא אִיכָּא וְכִי אָמְרִי רַבָּנָן לָא לָקֵי הָנֵי מִילֵּי הֵיכָא דְּלֵיכָּא כְּזַיִת בִּכְדֵי אֲכִילַת פְּרָס כְּגוֹן כּוּתָח הַבַּבְלִי וְשֵׁכָר הַמָּדִי וְכַיּוֹצֵא בּוֹ אֲבָל הֵיכָא דְּאִיכָּא כְּזַיִת בִּכְדֵי אֲכִילַת פְּרָס אֲפִילּוּ לְרַבָּנָן חַייָּב. וּמִדְּפִי' רַב אִלְפָּס דִּבְרֵי חֲכָמִים מִכְּלָל דְּאִית לֵיהּ הֲלָכָה כַּחֲכָמִים. אַף עַל גַּב דִּסְתָם מַתְנֵי' דְּלָא כְּרַבָּנָן לָא חֲשִׁיב לֵיהּ סְתָמָא דִּתְנַן לְקַמָּן בְּפִרְקִין שִׂיאוּר יִשָּׂרֵף וְהָאוֹכְלוֹ פָּטוּר וְר' מֵאִיר פְּלִיג עֲלָהּ בַּבָּרַייְתָא דְּקָאָמַר דְּלוֹקֶה עַל שְׂאוֹר אֲבָל בְּמָתְנֵי' לָא פְּלִיג ואע"ג דְּרַב אִלְפָּס פָּסַק לְקַמָּן סוֹף סִימָן י' כְּרַבִּי מֵאִיר מִשּׁוּם דִּתְנָא לְמִילְּתֵיהּ בְּמַתְנִיתִין בִּלְשׁוֹן חֲכָמִים מִכָּל מָקוֹם בְּהָא דְּאָמַר ר"מ בַּבָּרַייְתָא דְּלוֹקֶה עַל שְׂאוֹר בְּהָא הֲלָכָה כְּרַבִּי יְהוּדָה דְּאָמַר הָאוֹכְלוֹ פָּטוּר כֵּיוָן דְּלָא תָּנֵי הָא דְּרַבִּי מֵאִיר דְּאָמַר בַּבָּרַייְתָא דְּלוֹקֶה בִּלְשׁוֹן חֲכָמִים דְּמַתְנִיתִין וא"כ רַבִּי מֵאִיר וְרַבִּי יְהוּדָה הֲלָכָה כְּרַבִּי יְהוּדָה וּסְתָמָא דְּהָכָא הָוֵי סְתָם וְאַחַר כָּךְ מַחֲלֹוקֶת לְעִנְיַן חָמֵץ נֻוקְשֶׁה הִלְכָּךְ גַּם לְעִנְיַן עֵירוּבוֹ לָא חֲשִׁיבָא סְתָמָא זוֹ סְבָרַת רַב אִלְפָּס אֶלָּא שֶׁפָּסַק כַּחֲכָמִים.
Guemara. Le koutah babylonien, à cause de la komanita (miettes) qu'il contient. Le vinaigre édomite : on y jette de l'orge. Le zitom égyptien : Rav Yossef a enseigné, un tiers d'orge, un tiers de carthame (kurtam), et un tiers de sel. Le zoman des teinturiers : ainsi on l'a expliqué, eau de son. L'amilan des cuisiniers : pain d'une céréale qui n'a pas atteint le tiers, qu'on pose sur l'ouverture de la marmite, et elle absorbe l'écume. Le kolan des scribes : ainsi on l'a traduit, colle des cordonniers (harouta de-ouchkefei), et les scribes aussi collent avec elle leurs feuilles. Les Rabbins ont enseigné : 'tout levain, vous n'en mangerez pas', pour inclure le koutah babylonien, la bière des Mèdes et le vinaigre édomite. On pourrait penser qu'il est passible de karet. Le verset enseigne : 'car quiconque mange du hamets, elle sera retranchée'. Pour le hamets de grain, on est passible de karet ; pour son mélange (erouv), un lav. Paroles de Rabbi Eliezer. Et les Sages disent : pour le hamets de grain, on est passible de karet ; pour son mélange, rien du tout. Et bien que les Sages disent 'pour son mélange, rien du tout', c'est des malkot qu'on s'abstient ; l'interdit, lui, est là. Et quand les Sages disent qu'on ne frappe pas, ces paroles visent le cas où il n'y a pas un kazayit dans le temps d'une akhilat peras, comme le koutah babylonien, la bière des Mèdes et ce qui leur ressemble. Là où il y a un kazayit dans le temps d'une akhilat peras, même selon les Sages on est passible. Et du fait que Rav Alfas a expliqué les paroles des Sages, il ressort qu'il tient la halakha selon les Sages. Bien que la michna anonyme ne suive pas les Sages, il ne la compte pas comme un stam. Car on enseigne plus loin dans le chapitre : le siour sera brûlé, et celui qui le mange est exempt. Rabbi Meir s'en écarte dans une baraita, où il dit qu'on frappe pour le seor ; dans la michna, il ne s'en écarte pas. Et bien que Rav Alfas tranche plus loin, à la fin du siman 10, selon Rabbi Meir, parce que sa parole a été enseignée dans la michna dans la langue des Sages, malgré cela, là où Rabbi Meir dit dans la baraita qu'on frappe pour le seor, la halakha suit Rabbi Yehouda, qui dit que celui qui le mange est exempt, puisque cette parole de Rabbi Meir, celle de la baraita où il dit qu'on frappe, n'a pas été enseignée dans la langue des Sages de la michna. Dès lors, entre Rabbi Meir et Rabbi Yehouda, la halakha suit Rabbi Yehouda. Et le stam d'ici est un stam suivi ensuite d'une mahloket, au sujet du hamets noukche. C'est pourquoi, pour son mélange aussi, ce stam ne compte pas. Tel est le raisonnement de Rav Alfas, si ce n'est qu'il a tranché selon les Sages.
💡 Explication

Hometz ha-Edomi : on jette des grains d'orge entiers dans le vin pour l'aigrir. Rachi : ce vin est trop bon pour s'aigrir seul. L'orge est le grain, d'où l'interdit de Pessa'h.

Le Roch rassemble ici toute l'identification de la michna, puis le pesak. Rabbi Eliezer : le mélange (erouv) tombe sous un lav. Les Sages : pas de malkot. L'interdit demeure. S'il y a un kazayit de grain dans le temps d'une akhilat peras, les Sages aussi rendent passible. Le Rif suit les Sages. Le stam de la michna, qui parle d'avertissement sans karet, ne tranche pas contre eux : c'est un stam suivi d'une mahloket, sur le modèle du hamets noukche.

5
אָמַר רַב נַחְמָן (בַּר יִצְחָק): בַּתְּחִלָּה כְּשֶׁהָיוּ מְבִיאִין נְסָכִים מִיְּהוּדָה, לֹא הָיָה יֵינָם שֶׁל יְהוּדָה מַחְמִיץ, עַד שֶׁנּוֹתְנִין לְתוֹכָן שְׂעוֹרִין. וְהָיוּ קוֹרִין אוֹתוֹ חֹומֶץ סְתָם.

Rav Nahman (bar Yitzhak) a dit : au début, quand on apportait les libations de Yehuda, le vin de Yehuda ne s'aigrissait pas tant qu'on n'y mettait pas de l'orge. Et on l'appelait vinaigre tout court.

📜 Rachi (1)
בַּתְּחִילָּה כְּשֶׁבֵּית הַמִּקְדָּשׁ קַייָּם הָיוּ מְבִיאִין נְסָכִים מִיּהוּדָה וּבִזְכוּת הַנְּסָכִים הָיָה טַעַם בְּיֵינָם וְלֹא הָיָה מַחְמִיץ כו':
Au début : quand le Temple existait, on apportait les libations (nesakhim) de Yehuda. Par le mérite des libations, leur vin avait du goût, et il ne s'aigrissait pas.
💡 Explication

Au temps du Temple, le vin de Yehuda servait aux nesakhim. Il ne tournait au vinaigre que si l'on y mettait de l'orge. Ce vinaigre-là, le seul que l'on savait produire, portait le nom de vinaigre tout court, sans nom de pays.

6
וְעַכְשָׁיו אֵין יֵינָם שֶׁל אֲדוֹמִיִּים מַחְמִיץ עַד שֶׁנּוֹתְנִין לְתוֹכָן שְׂעוֹרִין, וְקוֹרִין אוֹתוֹ חֹומֶץ הָאֲדוֹמִי, לְקַיֵּים מַה שֶׁנֶּאֱמַר: ״אִמָּלְאָה הַחֲרֵבָה״, אִם מְלֵאָה זוֹ — חָרְבָה זוֹ, וְאִם מְלֵאָה זוֹ — חֲרֵבָה זוֹ. רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק אָמַר, מֵהָכָא: ״וּלְאֵם מְלָאָם יְאַמֵּץ״.

Et maintenant, le vin des Édomites ne s'aigrit pas tant qu'on n'y met pas de l'orge, et on l'appelle vinaigre édomite, pour accomplir ce qui est dit : 'Je me remplirai de la ruinée.' Si celle-ci est pleine, celle-là est ruinée ; et si celle-ci est pleine, celle-là est ruinée. Rav Nahman bar Yitzhak a dit : d'ici : 'et un peuple sera plus fort qu'un peuple.'

📜 Rachi (2)
אִמָּלְאָה הַחֲרֵבָה רֵישָׁא דִקְרָא יַעַן אָמְרָה צוּר לִירוּשָׁלַיִם הָאָח וְגוֹ' אֶתְמַלֵּא מִן חֻורְבָּנָהּ שֶׁל יְרוּשָׁלַיִם וְצוּר מֵאֱדוֹם הִיא:
Emale ha-hareva : le début du verset est : parce que Tyr a dit de Yerouchalayim : ah, etc. Je me remplirai de la ruine de Yerouchalayim. Et Tyr relève d'Edom.
וּלְאֵם מְלָאָם יְאַמֵּץ כְּשֶׁעָשׂוּ גִּבּוֹר יַעֲקֹב חַלָּשׁ אֵין מַלְכוּת שְׁנֵיהֶם מִתְקַיֵּים יַחַד:
Ou-leom mi-leom yeematz : quand Essav est fort, Yaakov est faible. La royauté des deux ne tient pas ensemble.
💡 Explication

Après la destruction, c'est le vin d'Edom qui ne s'aigrit qu'avec de l'orge. Le nom 'vinaigre édomite' marque ce déplacement. Le verset sur Tyr et Yerouchalayim est lu ainsi : la plénitude de l'une est la ruine de l'autre. Rav Nahman bar Yitzhak apporte le verset d'Essav et de Yaakov : les deux forces ne tiennent pas ensemble.

7
תַּנְיָא, אָמַר רַבִּי יְהוּדָה: בִּיהוּדָה, בָּרִאשׁוֹנָה הַלּוֹקֵחַ חֹומֶץ מֵעַם הָאָרֶץ — אֵינוֹ צָרִיךְ לְעַשֵּׂר, מִפְּנֵי שֶׁחֲזָקָה אֵינוֹ בָּא אֶלָּא מִן הַתֶּמֶד. וְעַכְשָׁיו, הַלּוֹקֵחַ חֹומֶץ מֵעַם הָאָרֶץ — צָרִיךְ לְעַשֵּׂר, שֶׁחֶזְקָתוֹ אֵינוֹ בָּא אֶלָּא מִן הַיַּיִן.

On a enseigné : Rabbi Yehouda a dit : en Yehuda, au début, celui qui achète du vinaigre à un am ha-aretz n'a pas besoin de dîmer, car la presumption est qu'il ne vient que du temed. Et maintenant, celui qui achète du vinaigre à un am ha-aretz doit dîmer, car la presumption est qu'il ne vient que du vin.

📜 Rachi (2)
תְּמָד בופי"ט לְפִי שֶׁהַיַּיִן הָיָה טוֹב וְאֵינוֹ מַחְמִיץ וּסְתָם חֹומֶץ שֶׁלָּהֶם מִן תְּמָד הָיָה בָּא:
Temed : marc. Le vin était bon et ne s'aigrissait pas, et leur vinaigre ordinaire venait du temed.
וְעַכְשָׁיו בָּטֵל טַעַם הַיַּיִן וּמְמַהֵר לְהַחְמִיץ:
Et maintenant : le goût du vin a cessé, et il s'aigrit vite.
💡 Explication

Conséquence pour la dîme. Le temed est de l'eau versée sur les restes du raisin, puis laissée fermenter. Au début, en Yehuda, le vinaigre courant venait de là, et l'achat à un am ha-aretz n'entraînait pas de dîme. Maintenant le vin lui-même tourne vite : le vinaigre acheté est présumé vin, et la dîme s'impose.

8
וְסָבַר רַבִּי יְהוּדָה: תֶּמֶד לָאו בַּר עַשּׂוֹרֵי הוּא? וְהָא (תְּנַן): הַמְתַמֵּד וְנָתַן מַיִם בַּמִּדָּה, וּמָצָא כְּדֵי מִדָּתוֹ — פָּטוּר, וְרַבִּי יְהוּדָה מְחַיֵּיב?

Et Rabbi Yehouda pense-t-il que le temed n'est pas sujet à la dîme ? Or on a enseigné : celui qui prépare du temed, met de l'eau selon une mesure, et retrouve autant que sa mesure, est exempt ; et Rabbi Yehouda oblige ?

📜 Rachi (2)
פָּטוּר מִלְּעַשֵּׂר שֶׁהֲרֵי אֵין כָּאן אֶלָּא מַיִם שֶׁלֹּא מָצָא אֶלָּא כְּדֵי מִדָּתוֹ ואע"ג דַּחֲזוֹתֶיהָ וְטַעֲמָא חַמְרָא קִיּוּהָא דְּפֵירָא בְּעָלְמָא הוּא דְּעָיֵיל בֵּיהּ:
Exempt : de dîmer. Il n'y a ici que l'eau : il n'a retrouvé que la mesure qu'il avait mise. Même si l'aspect et le goût sont ceux du vin, il n'y est entré que le suc du fruit (kiyoha de-peira).
וְרַבִּי יְהוּדָה מְחַיֵּיב דְּאָזֵיל בָּתַר חֲזוּתָא וְטַעֲמָא:
Et Rabbi Yehouda oblige : car il suit l'aspect et le goût.
💡 Explication

Difficulté. Si le vinaigre acheté est du temed, et que Rabbi Yehouda dispense de dîme, il traiterait le temed comme hors dîme. Or une michna : on verse une mesure d'eau, on retrouve la même mesure. Les Sages exemptent. Rabbi Yehouda oblige, car il suit la couleur et le goût du vin, là où les autres n'y voient que le suc du fruit.

9
הָכִי קָאָמַר: לֹא נֶחְשְׁדוּ עַמֵּי הָאָרֶץ עַל הַתֶּמֶד. אִי בָּעֵית אֵימָא: נֶחְשְׁדוּ, וְלָא קַשְׁיָא: הָא — בְּדִרְוָוקָא, הָא — בִּדְפֻורְצָנֵי.

Voici ce qu'il dit : on ne soupçonne pas les amei ha-aretz au sujet du temed. Si tu veux, dis : on les soupçonne, et il n'y a pas de difficulté.

L'un vise le droka, l'autre les portzanei.

📜 Rachi (2)
הָכִי קָאָמַר מַתְנִיתָא קַמַּייְתָא לֹא נֶחְשְׁדוּ עַמֵּי הָאָרֶץ מִלְּעַשֵּׂר אֶת הַתְּמָד לְפִי שֶׁאֵינוֹ חָשׁוּב בְּעֵינֵיהֶם לְפִיכָךְ הַלּוֹקְחוֹ מִמֶּנּוּ פָּטוּר מִן הַדְּמַאי:
Voici ce qu'il dit : la première baraita. On ne soupçonne pas les amei ha-aretz de manquer à dîmer le temed, car il compte peu à leurs yeux. Celui qui le leur achète est donc exempt du demai.
וְאִי בָּעֵית אֵימָא נֶחְשְׁדוּ וְרַבִּי יְהוּדָה בְּמַתְנִיתָא קַמַּיְיתָא טַעְמֵיהּ מִשּׁוּם דְּפָטוּר אַפֵּי' מִמַּעֲשֵׂר וַדַּאי וּבִתְמָד דְּפֻורְצָנֵי קָאָמַר שֶׁנּוֹתְנִין מַיִם בְּחַרְצַנִּין וְהוּא מַחְמִיץ וּמַרְתִּיחַ לְאַחַר זְמַן כְּיַיִן הַתּוֹסֵס וְהַיְינוּ תְּמָד וְלֵית בֵּיהּ אֶלָּא קִיּוּהָא דְּפֵירָא וְהָא דְּקָתָנֵי ר' יְהוּדָה מְחַיֵּיב בְּדִרְווָקָא שֶׁנּוֹתְנִין בִּשְׁמָרִים מַיִם וְהוּא נָמֵי תְּמָד בְּהַהוּא מִחַייַּב ר' יְהוּדָה אע"ג דְּלָא מָצָא אֶלָּא כְּדֵי מִדָּתוֹ לְפִי שֶׁהַיַּיִן שֶׁל שְׁמָרִים מְעֹורָב בּוֹ וּמִן הַמַּיִם נִשְׁאַר בִּשְׁמָרִים:
Et si tu veux, dis qu'on les soupçonne. Rabbi Yehouda, dans la première baraita, tient le temed pour exempt même de la dîme certaine. Il parle du temed de portzanei : on met de l'eau sur les pépins (hartzanim), cela s'aigrit et fermente au bout d'un temps, comme le vin qui travaille. C'est du temed, et il n'y a en lui que le suc du fruit. Et là où l'on enseigne que Rabbi Yehouda oblige, c'est le droka : on met de l'eau sur les lies (shemarim). C'est aussi du temed. Là, Rabbi Yehouda oblige, même si l'on n'a retrouvé que la mesure, car le vin des lies y est mélangé, et une part de l'eau est restée dans les lies.
🗂️ Tossefot (1)
הָא בְּדִרְווָקָא וְהָא בִּדְפֻורְצָנֵי וְהָא דְּאָמְרִינַן שֶׁחֶזְקָתוֹ מִן הַתְּמָד הַיְינוּ מְתַמֵּד דְּפֻורְצָנֵי אֲבָל דִּרְוָוקְנֵי טוֹב מְאֹד וְאֵינָם נַעֲשִׂים לְעוֹלָם חֹומֶץ:
L'un pour le droka, l'autre pour les portzanei. Et ce que nous disons, que sa presumption est le temed, vise le temed de portzanei. Le drokani, lui, est très bon, et l'on n'en fait jamais du vinaigre.
💡 Explication

Deux réponses. Première : le temed est bien soumis à la dîme, mais les amei ha-aretz ne sont pas soupçonnés de le retenir. Il vaut peu. L'acheteur est exempt du demai.

Seconde : on les soupçonne, et les deux textes parlent de deux temed. Les portzanei : eau sur les pépins, suc seulement, exempt même de dîme certaine. C'est le vinaigre présumé de la baraita. Le droka : eau sur les lies, du vin s'y mêle, Rabbi Yehouda oblige malgré l'égalité des volumes. Tossefot : le drokani est trop bon pour qu'on en fasse du vinaigre.

🖼️ Schéma
Deux temed, deux dinim Eau mesurée versée sur des restes de raisin. On retrouve la même mesure. Portzanei Eau sur les pépins Suc du fruit seulement Exempt de dîme C'est ce vinaigre-là que vise la baraita Droka Eau sur les lies Du vin des lies s'y mêle Rabbi Yehouda oblige même si le volume reste celui de l'eau
Pépins : suc seul, exempt. Lies : vin mélangé, Rabbi Yehouda oblige.
10
וְזֵיתוֹם הַמִּצְרִי וְכוּ׳. מַאי זֵיתוֹם הַמִּצְרִי?

Et le zitom égyptien, etc. Qu'est-ce que le zitom égyptien ?

💡 Explication

Article suivant de la michna. Le mot zitom demande une définition : quelle préparation, et où est le grain.

11
תְּנָא רַב יוֹסֵף: תְּלָתָא שְׂעָרֵי, תְּלָתָא קֻורְטְמֵי, וּתְלָתָא מִלְחָא.

Rav Yossef a enseigné : trois parts d'orge, trois parts de carthame, et trois parts de sel.

📜 Rachi (1)
קֻורְטְמֵי מוריק"א קרו"ג:
Kourtami : carthame, plante tinctoriale jaune.
💡 Explication

Rav Yossef rapporte la recette en trois tiers : orge, kurtam (carthame), sel. L'orge est le grain. C'est elle qui place le zitom dans la michna.

12
רַב פָּפָּא מַפֵּיק שְׂעָרֵי וּמְעַיֵּיל חִיטֵּי, וְסִימָנָיךְ סִיסָנֵי.

Rav Papa retire l'orge et met le blé. Et ton signe : sisanei.

📜 Rachi (2)
וְסִימָנָיךְ שֶׁלֹּא תִּטְעֶה מַאן אָמַר חִיטֵּי וּמַאן אָמַר שְׂעָרֵי:
Et ton signe : pour que tu ne te trompes pas sur qui a dit le blé et qui a dit l'orge.
סָמֶ"ךְ סָמֶ"ךְ רַב יוֹסֵף שֶׁיֵּשׁ סָמֶ"ךְ בִּשְׁמוֹ אָמַר שַׁעֲרֵי לִישָּׁנָא אַחְרִינָא וְסִימָנָיךְ סִיסָנֵי כְּלִי שֶׁשְּׁמוֹ כֵּן כִּדְאָמְרִינַן (בִּכְתֻובּוֹת) (בּ"מ דַּף סז:) וְאִי אַגְבִּינְהוּ בְּסִיסָנֵי קָנָה וְשֵׁם כְּלִי זֶה יְהֵא סִימָן לְגִירְסָא זוֹ דְּרַב יוֹסֵף אָמַר שַׁעֲרֵי שְׁנֵי סמכי"ן יַחַד:
Samekh, samekh : Rav Yossef, qui a un samekh dans son nom, a dit l'orge. Autre version : ton signe est sisanei, un récipient de ce nom, comme on le dit (Ketoubot ; Bava Metzia 67b) : s'il les a saisis dans un sisanei, il a acquis. Le nom de ce récipient signe cette version : Rav Yossef a dit l'orge, deux samekh ensemble.
🗂️ Tossefot (1)
וְסִימָנָיךְ סִיסָנֵי בְּבַמֶּה אִשָּׁה יוֹצְאָהּ (שַׁבָּת סו.) גַּבֵּי הַקִּיטֵּעַ יוֹצֵא בְּקַב שֶׁלּוֹ רַבִּי יוֹסֵי אוֹסֵר גָּרְסִינַן וְסִימָנָיךְ סָמֶ"ךְ סָמֶ"ךְ הוּא סִימָן טוֹב יוֹתֵר וְהָכָא לָא מָצֵי לְמֵימַר הָכִי מִשּׁוּם דִּשְׂעָרֵי בְּשִׁי"ן כְּתִיב:
Et ton signe, sisanei. Dans Bame isha yotzea (Chabbat 66a), au sujet de l'amputé qui sort avec son sabot, Rabbi Yossi l'interdit, et l'on lit : ton signe, samekh samekh. C'est un meilleur signe. Ici on ne peut pas le dire ainsi, car se'orim (orge) s'écrit avec un chin.
💡 Explication

Rav Papa remplace l'orge par le blé. Le grain change, l'interdit reste. Le signe sisanei évite d'échanger les deux maîtres. Rachi : deux samekh rapprochent Rav Yossef, dont le nom porte un samekh, et l'orge. Tossefot : à Chabbat 66a le signe 'samekh samekh' est plus net. Ici il ne colle pas, parce que se'orim s'écrit avec un chin.

13
תָּרוּ לְהוּ וְקָלוּ לְהוּ וְטָחֲנִי לְהוּ וְשָׁתוּ לְהוּ מִדִּיבְחָא וְעַד עֲצַרְתָּא. דִּקְמִיט מְרַפֵּי לֵיהּ, וּדְרָפֵי מַקְמִיט לֵיהּ, לְחוֹלֶה וּלְאִשָּׁה עֻובָּרָה סַכַּנְתָּא.

On les fait tremper, on les grille, on les moud, et on les boit du sacrifice jusqu'à Atseret. Celui qui est resserré, cela le lâche ; celui qui est lâche, cela le resserre.

Pour un malade et pour une femme enceinte, c'est un danger.

📜 Rachi (6)
תָּרוּ לְהוּ שׁוֹרִין אוֹתָן יַחַד:
Taru lehou : on les fait tremper ensemble.
מַדְבְּחָא וְעַד עֲצַרְתָּא מִפֶּסַח וְעַד עֲצֶרֶת:
De la devakha jusqu'à Atseret : de Pessa'h jusqu'à Atseret (Chavouot).
דִּקְמִיט עָצוּר מִנְּקָבָיו:
De-kamit : resserré dans ses voies.
מְרַפֵּי לֵיהּ מְשַׁלְשְׁלוֹ:
Marpi leh : cela le lâche.
וּדְרָפֵי קָמֵיט לֵיהּ לְמִי שֶׁיֵּשׁ לוֹ שִׁילְשׁוּל מְעַצְּרוֹ:
Et de-rafi, kamit leh : celui qui a le flux, cela le retient.
סַכַּנְתָּא שֶׁמְּשַׁלְשֵׁל יוֹתֵר מִדַּאי:
Danger : car cela lâche plus qu'il ne faut.
💡 Explication

Préparation : tremper, griller, moudre, boire. La saison va de Pessa'h à Chavouot. L'effet se retourne selon l'état : il lâche le constipé et retient celui qui coule. Chez un malade ou une femme enceinte, le relâchement dépasse la mesure : sakanta, danger.

🖼️ Schéma
Zitom : préparation et effet Tremper Griller Moudre Boire, Pessa'h à Chavouot Malade, enceinte danger Constipé : cela le lâche de-kamit, marpi Lâche : cela le retient de-rafi, kamit
Tremper, griller, moudre, boire de Pessa'h à Chavouot. L'effet s'inverse. Malade et enceinte : danger.
14
וְזוֹמָן שֶׁל צַבָּעִים וְכוּ׳. הָכָא תַּרְגִּימוּ: מַיָּא דְּחִיוָּרֵי דְּצָבְעִי בְּהוּ לִבָּא.

Et le zoman des teinturiers, etc. Ici, on l'a expliqué : eau de son, avec laquelle on teint le cuir.

📜 Rachi (2)
מַיָּא דְּחִיוָּרָא מֵי סֻובִּין:
Maya de-hivra : eau de son.
דְּצָבְעוּ בְּהוּ לְבָא סרכ"א:
Avec laquelle on teint le liba : le cuir.
💡 Explication

Premier métier. Zoman shel tsaba'im : en Babylonie, eau de son (soubin) servant à teindre le cuir. Le son est un résidu du grain, d'où le hamets.

15
וַעֲמִילָן שֶׁל טַבָּחִים וְכוּ׳. פַּת תְּבוּאָה שֶׁלֹּא הֵבִיאָה שְׁלִישׁ, שֶׁמַּנִּיחָהּ עַל פִּי קְדֵירָה וְשׁוֹאֶבֶת הַזֻּוהֲמָא.

Et l'amilan des cuisiniers, etc. Pain d'une céréale qui n'a pas atteint le tiers, qu'on pose à l'ouverture de la marmite, et il absorbe l'écume.

💡 Explication

Amilan shel tabahim : un pain fait d'une céréale récoltée avant le tiers de sa croissance. On le pose sur la marmite pour qu'il prenne la zohama, l'écume du bouillon. C'est du grain, même cueilli tôt.

16
וְקוֹלָן שֶׁל סוֹפְרִים וְכוּ׳. הָכָא תַּרְגּוּמָא: פֵּרוּרָא דְּאֻושְׁכָּפֵי.

Et le kolan des scribes, etc. Ici, on l'a traduit : la colle des cordonniers.

📜 Rachi (1)
פֵּירוּרָא דְּאֻושְׁכָּפֵי גלו"ד וְהָרַצְעָנִים מְדַבְּקִין בּוֹ אֶת הָעוֹר כְּשֶׁמִּתְחַלֵּק לִשְׁתַּיִם אוֹ מְדַבְּקִין שְׁתֵּי עוֹרוֹת יַחַד לַעֲשׂוֹתָן עָבָה וְדַרְכָּן לָתֵת בָּהּ קֶמַח שֶׁל שִׁיפוֹן וּלְקַמֵּיהּ מְפָרֵשׁ מַאי שֶׁל סוֹפְרִים:
Peroura de-ouchkefei : colle. Les cordonniers en collent le cuir quand il se fend en deux, ou collent deux cuirs ensemble pour les épaissir. Ils ont coutume d'y mettre de la farine de seigle. Plus loin, on explique le mot 'des scribes'.
💡 Explication

Lecture babylonienne : peroura de-ouchkefei, la pâte-colle des cordonniers, avec de la farine de seigle. Le seigle est le grain. Reste à comprendre pourquoi la michna dit 'des scribes' et non 'des cordonniers'.

17
רַב שִׁימִי מָחוֹזְנָאָה אָמַר: זֶה טִיפּוּלָן שֶׁל בְּנוֹת עֲשִׁירִים, שֶׁמְּשַׁיְּירוֹת אוֹתוֹ לִבְנוֹת עֲנִיִּים.

Rav Chimi de Hozena a dit : c'est le traitement des filles des riches, dont elles laissent le reste aux filles des pauvres.

📜 Rachi (1)
טִיפּוּלָן שֶׁל בְּנוֹת עֲשִׁירִים שֶׁהִיא שֶׁל סֹולֶת מְשַׁייְּרוֹת מִשִּׁיּוּרֵיהֶן לִבְנוֹת סוֹפְרִים מְלַמְּדֵי תִּינוֹקוֹת שֶׁהֵן עֲנִיִּים וּמִטִּיפּוּלָן שֶׁל בְּנוֹת עֲנִיִּים לָא מָצֵי לְמֵימַר דַּעֲנִיּוּת אֵין לָהֶן סֹולֶת אֶלָּא סִיד טִיפּוּל לְשׁוֹן מְטַפֵּל וּמַדְבִּיק אוֹתוֹ דָּבָר אוֹ סִיד אוֹ סֹולֶת עַל בְּשָׂרָן לְהַשִּׁיר הַשֵּׂעָר:
Le traitement des filles des riches : il est de fleur de farine. Elles en laissent le reste aux filles des scribes, maîtres d'enfants, qui sont pauvres. On ne peut pas dire le traitement des filles pauvres : les pauvres n'ont pas de fleur de farine, seulement de la chaux. Tipoul veut dire appliquer et coller : on colle cette chose, chaux ou fleur de farine, sur leur chair, pour faire tomber le poil.
🗂️ Tossefot (1)
טִיפּוּלָן בְּנוֹ' עֲשִׂירִי וא"ת א"כ הַייְנוּ תַּכְשִׁיטֵי נָשִׁים וְתֵירֵץ הר"י דאורלינ"ש דְּהָכָא מַייְרֵי בִּפְנִים שֶׁל מַעְלָה דְּלָא מְאִיס כָּל כָּךְ כְּשֶׁטּוֹפְלִים עַל פְּנֵיהֶם וְתַכְשִׁיטֵי נָשִׁים הַיְינוּ בְּפָנִים שֶׁל מַטָּה שֶׁטּוֹפְלִים לְהָסִיר הַשֵּׂעָר דִּמְאִיס טְפֵי:
Leur traitement, celui des filles des riches. Si tu dis : c'est alors la même chose que les parures des femmes. Le Ri d'Orléans répond : ici il s'agit du visage d'en haut, qui n'est pas si repoussant quand on applique la pâte sur leur visage. Les parures des femmes, c'est le visage d'en bas, où l'on applique la pâte pour retirer le poil, ce qui repousse davantage.
💡 Explication

Autre lecture de Rav Chimi. Le kolan serait une pâte dépilatoire de fleur de farine, celle des filles riches, dont le reste va aux filles pauvres. Rachi précise : filles de maîtres d'enfants. Les pauvres, elles, n'ont que de la chaux.

Tossefot sépare ce cas des takhshitei nashim de Rabbi Eliezer. Ici, le visage d'en haut. Là, le visage d'en bas, où la pâte retire le poil.

18
אֵינִי? וְהָא תָּנֵא רַבִּי חִייָּא: אַרְבָּעָה מִינֵי מְדִינָה, וּשְׁלֹשָׁה מִינֵי אֻומָּנוּת. וְאִי אָמְרַתְּ טִיפּוּלָן שֶׁל בְּנוֹת עֲשִׁירִים, מַאי מִינֵי אֻומָּנוּת אִיכָּא?

Est-ce ainsi ? Or Rabbi Hiya a enseigné : quatre sortes de la province, et trois sortes de métier.

Et si tu dis que c'est le traitement des filles des riches, quel métier y a-t-il ?

📜 Rachi (1)
וְהָא תָּנֵי ר' חַיָּיא וְיָהֵיב סִימָנָא בְּהָנֵי דְּמַתְנִי' וְאָמַר אַרְבַּע מִינֵי מְדִינָה שָׁנִינוּ בָּהֶם הַצְּרִיכִין לְכָל אָדָם בֵּין אֻומָּן בֵּין לֹא אֻומָּן שֶׁהֲרֵי לְמַאֲכָל אוֹ לִרְפוּאָה עֲשׂוּיִין כּוּתָח שֵׁכָר וְחֹומֶץ וְזֵיתוֹם אֲבָל זוֹמָן אֵינוֹ רָאוּי אֶלָּא לְצַבָּעִים וְקוֹלָן שֶׁל סוֹפְרִים וַעֲמִילָן שֶׁל נַחְתּוֹמִין נְיָיר עָשׂוּי מֵעֲשָׂבִים ע"י דֶּבֶק שֶׁקּוֹרִין גלו"ד:
Or Rabbi Hiya a enseigné : il donne un signe pour les articles de la michna. Il a dit : nous y avons appris quatre sortes de la province, celles dont chacun a besoin, artisan ou non, car elles sont faites pour la nourriture ou pour le remède : koutah, bière, vinaigre et zitom. Le zoman, lui, ne convient qu'aux teinturiers, ainsi que le kolan des scribes et l'amilan des boulangers. Le papier se fait d'herbes, au moyen d'une colle que l'on appelle glud.
💡 Explication

Le signe de Rabbi Hiya bloque la lecture de Rav Chimi. Quatre articles servent à tout le monde, aliment ou remède. Trois relèvent d'un métier : teinturiers, scribes, cuisiniers. Une pâte de toilette n'est le métier de personne. Elle ne peut pas occuper la place du kolan.

19
וְאֶלָּא מַאי, פֵּרוּרָא דְּאֻושְׁכָּפֵי? אַמַּאי קָרֵי לֵיהּ הַאי קוֹלָן שֶׁל סוֹפְרִים? קוֹלָן שֶׁל רַצְעָנִין מִיבַּעְיָא לֵיהּ! אָמַר רַב אוֹשַׁעְיָא: לְעוֹלָם פֵּרוּרָא דְּאֻושְׁכָּפֵי, וּמַאי קָרֵי לֵיהּ קוֹלָן שֶׁל סוֹפְרִים? דְּסוֹפְרִים נָמֵי מְדַבְּקִין בְּהוּ נְיָירוֹתֵיהֶן.

Mais alors, quoi ? La colle des cordonniers ?

Pourquoi l'appelle-t-on kolan des scribes ? Il fallait dire : kolan des cordonniers !

Rav Ochaya a dit : c'est bien la colle des cordonniers. Et pourquoi l'appelle-t-on kolan des scribes ?

Parce que les scribes, eux aussi, collent avec elle leurs feuilles.

💡 Explication

La colle des cordonniers a bien un métier. Reste le nom. Rav Ochaya : les scribes s'en servent aussi pour coller leurs feuilles. Le nom de la michna suit cet usage, et la farine de seigle reste dans la pâte.

20
רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר אַף תַּכְשִׁיטֵי נָשִׁים וְכוּ׳. תַּכְשִׁיטֵי נָשִׁים סָלְקָא דַּעְתָּךְ? אֶלָּא אֵימָא: אַף טִיפּוּלֵי נָשִׁים. דְּאָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: בְּנוֹת יִשְׂרָאֵל

Rabbi Eliezer dit : même les parures des femmes, etc. Les parures des femmes, cela te viendrait à l'esprit ?

Dis plutôt : même les traitements des femmes. Car Rav Yehouda a dit au nom de Rav : les filles d'Israël

📜 Rachi (1)
תַּכְשִׁיטֵי נָשִׁים הוּא כְּחָל וְשָׂרָק וּבְשָׂמִים שֶׁתּוֹלוֹת בְּצַוְּארֵיהֶן לְהָרִיחַ וּמַאי חָמֵץ אִיכָּא:
Parures des femmes : c'est le khôl, le fard, et les parfums qu'elles suspendent à leur cou pour les sentir. Et quel hamets y a-t-il là ?
💡 Explication

Rabbi Eliezer ajoute un article. Des parures d'argent, de fard ou de parfum ne contiennent pas de grain. La Guemara relit : tipoulei nashim, les pâtes que les femmes appliquent sur la peau. Rav Yehouda au nom de Rav commence la description. La phrase continue au début de 43a.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).