Sougya : La page achève les parures des femmes : chaux, fleur de farine ou huile de myrrhe, selon la fortune. Rabbi Yehoshoua dit pourquoi la michna nomme les mélanges un par un : pour que l'on en connaisse le nom, comme l'homme de l'Ouest qui se retire en entendant koutah.
La Guemara cherche ensuite le tanna de l'avertissement sans karet. Rav Yehouda, au nom de Rav, l'attribue à Rabbi Meir, à partir du siaor.
Rav Nahman l'attribue à Rabbi Eliezer, à partir du mélange. Chacun refuse le kal va-homer de l'autre, car ils ne classent pas de la même façon le noukché et le mélange.
Une baraita sur kol mahmetset appuie Rav Yehouda. La fin du daf tire le lav du mélange du mot kol, et réserve un kol du verset de karet à l'inclusion des femmes.
qui ont atteint leur stade, et n'ont pas atteint les années. Les filles des pauvres, on les enduit de chaux.
Les filles des riches, on les enduit de fleur de farine. Les filles des rois, d'huile de myrrhe, ainsi qu'il est dit : six mois dans l'huile de myrrhe.
Suite des parures des femmes (takhchitei nachim), que Rabbi Eliezer ajoute à la liste de la michna. Il s'agit de filles qui ont les signes du corps, le pirkan, et qui n'ont pas encore les années de la majorité. Le poil les gêne. On l'ôte par un enduit.
Trois matières, selon la fortune. Chaux pour les pauvres, fleur de farine (solet) pour les riches, huile de myrrhe (shemen ha-mor) pour les filles de rois. Le verset d'Esther, six mois dans l'huile de myrrhe, sert de source au troisième cas. Rachi : la fleur de farine fait tomber le poil. C'est cette part de céréale qui rattache l'enduit au hamets.
Qu'est-ce que l'huile de myrrhe ? Rav Houna bar Yirmeya dit : setakhat.
Rav Yirmeya bar Abba a dit : huile d'olive qui n'a pas atteint le tiers.
Deux identifications de shemen ha-mor. Rav Houna bar Yirmeya dit setakhat. Rachi laisse le mot sans explication. Rav Yirmeya bar Abba dit : huile d'olive qui n'a pas atteint le tiers de sa maturité. L'huile du fruit trop jeune est acide, et c'est elle qui fait tomber le poil.
On a enseigné : Rabbi Yehouda dit : l'anpikinon est une huile d'olive qui n'a pas atteint le tiers. Et pourquoi s'en oint-on ?
Parce qu'elle fait tomber le poil et qu'elle affine la chair.
La baraita de Rabbi Yehouda rejoint Rav Yirmeya. Anpikinon : huile d'olive avant le tiers. On s'en oint pour deux effets : elle fait tomber le poil, elle affine la chair. Rachi glose le second mot par le vieux français esclairier, éclaircir la peau.
La michna de Menahot interdit d'apporter cette huile pour une offrande. Le même produit, trop jeune pour l'autel, sert ici de parure.
Voici la règle : tout ce qui est d'une espèce de céréale. On a enseigné : Rabbi Yehoshoua a dit : dès lors que nous avons enseigné que tout ce qui est d'une espèce de céréale, on transgresse à son sujet à Pessa'h, pourquoi les Sages ont-ils énuméré ceux-ci ?
Afin que l'on y soit habitué, ainsi qu'à leurs noms.
Lemma de la michna : ze ha-klal, tout ce qui est d'une espèce de céréale. Rabbi Yehoshoua demande pourquoi énumérer les articles, puisque la règle les couvre déjà. Réponse : pour que l'on connaisse la chose et son nom. Rachi : devant un koutah, on sait le lait, et le hamets si c'est Pessa'h.
Tossefot. Le Rachba : la liste enseigne le lav sans karet, elle n'est donc pas de trop. Le Ri : deux exemples suffiraient, un noukché en soi, un mélange. Suite : le premier tanna ne tient pas la règle générale, puisque les parures de femmes sont une céréale et qu'il ne les compte pas. La règle est la parole de Rabbi Eliezer.
Comme dans ce cas : un homme de l'Ouest arriva à Babylone. Il avait de la viande avec lui.
Il leur dit : apportez-moi un accompagnement. Il entendit qu'ils disaient : apportez-lui du koutah.
Dès qu'il entendit koutah, il se retira.
Cas qui montre à quoi sert le nom. L'homme de l'Ouest (maarava, la terre d'Israël) demande un matkhilta, un accompagnement pour le pain. Il entend le mot koutah et se retire. Rachi : il sait qu'il y a du lait, et il a de la viande avec lui.
Ceux-ci sont sous un avertissement.
Lemma de la fin de michna. Azhara : l'avertissement du lav, qui fonde les coups. La Guemara va demander quel tanna met sous ce lav à la fois le hamets complet mélangé et le noukché en lui-même.
Quel est le tanna pour qui le hamets de céréale complet, par le moyen d'un mélange, et le noukché en lui-même, sont sous un lav ?
Question d'attribution. La michna met sous un lav deux cas que Rachi sépare. Le koutah et la bière mède : hamets de céréale complet, dissous dans autre chose. Les parures : le produit est là en lui-même, mais c'est du noukché, impropre à manger. Qui tient les deux ?
Tossefot tire de la suite une conséquence forte : sans l'inclusion du noukché pour les coups, il n'y aurait pas d'interdit du tout. Le Ri objecte depuis Houlin 23b. Rabbi Zeira traite le siaor de Rabbi Meir comme du hamets pour les pains de toda, justement parce qu'on reçoit des coups pour lui. Si le verset de Pessa'h ne l'incluait que pour les coups, cela ne ferait pas de lui un hamets pour la toda. Réponse du Ri : là-bas aussi un verset inclut le noukché. Les pommes, qui donnent un hamets noukché, restent interdites lekhathila pour une minha. Bediavad, l'offrande est kacher.
Rav Yehouda a dit que Rav a dit : c'est Rabbi Meir. Car on a enseigné : le siaor, on le brûle, et on le donne à son chien, et celui qui le mange, par quarante.
Rav Yehouda au nom de Rav : la michna est Rabbi Meir. Preuve, une baraita sur le siaor, pâte qui a commencé à lever sans aller au bout. Trois membres, qui semblent se contredire : on le brûle, on le donne au chien, quarante coups pour qui le mange. Rachi en donne déjà la clé, que la Guemara va déployer.
Deux définitions, dans la michna plus loin. Face blanchie : siaor pour Rabbi Meir, début de levée ; matsa pour Rabbi Yehouda. Fentes comme les antennes des sauterelles (karnei hagavim) : hamets complet pour Rabbi Meir ; siaor pour Rabbi Yehouda. Le siaor est du noukché : trop levé pour être mangé comme matsa, trop peu pour servir de seor. Rabbi Meir y met un lav. Rav Yehouda en tire un kal va-homer vers le hamets complet mélangé, qu'il tient pour plus grave.
Ceci même fait difficulté. Tu as dit : le siaor, on le brûle.
Il en ressort que la jouissance en est interdite. Et ensuite on enseigne : on le donne devant son chien.
Il en ressort que la jouissance en est permise.
Contradiction interne, avant d'utiliser la baraita. On brûle : la jouissance (hanaa) est interdite. On donne devant son chien : la jouissance est permise. Le membre des quarante n'est pas encore en jeu.
Voici ce que l'on dit. Le siaor, on le brûle : celui de Rabbi Meir selon Rabbi Meir, celui de Rabbi Yehouda selon Rabbi Yehouda.
Et on le donne devant son chien : celui de Rabbi Meir selon Rabbi Yehouda.
La baraita parle à deux voix. On brûle : chacun pour le siaor tel qu'il le définit. Devant le chien : la face blanchie, siaor de Rabbi Meir, que Rabbi Yehouda tient pour de la matsa, et dont il permet la jouissance.
Tossefot resserre. Selon Rabbi Yehouda, cette pâte est une matsa de choix. De la Tora, la manger est permis. L'interdit de la lui donner, ou de s'en servir, est rabbinique. Houlin 23b est la source de cette lecture.
Et celui qui le mange, par quarante : nous voici revenus à Rabbi Meir.
Troisième membre. Les quarante coups visent la face blanchie, celle dont Rabbi Yehouda permet la jouissance. Pour Rabbi Meir, la manger est un lav. C'est le noukché en lui-même.
Nous tenons de Rabbi Meir : le noukché en lui-même, sous un lav. Et à plus forte raison le hamets de céréale complet par le moyen d'un mélange.
Bilan de Rav Yehouda. Rabbi Meir a le noukché en soi sous un lav : le siaor. Le kal va-homer passe au hamets complet mélangé, que Rav Yehouda classe au-dessus. Les deux cas de la michna sont donc couverts, et la michna peut être Rabbi Meir.
Rav Nahman a dit : c'est Rabbi Eliezer. Car on a enseigné : sur le hamets de céréale complet, on est puni de karet ; sur son mélange, d'un lav.
Paroles de Rabbi Eliezer. Et les Sages disent : sur le hamets de céréale complet, on est puni de karet ; sur son mélange, de rien du tout.
Et nous tenons de Rabbi Eliezer, qui a dit : le hamets de céréale complet par le moyen d'un mélange, sous un lav. Et à plus forte raison le noukché en lui-même.
Deuxième attribution. Rav Nahman : la michna est Rabbi Eliezer. Baraita : hamets de céréale complet, karet ; son mélange, lav. Les Sages : sur le mélange, rien du tout. Rabbi Eliezer a donc le mélange sous un lav.
Rav Nahman ajoute le kal va-homer inverse : à plus forte raison le noukché en soi. Il classe le noukché au-dessus du mélange. Rachi renvoie le lav du mélange à kol mahmetset, dérivé plus loin sur la page.
Et Rav Nahman, quelle raison a-t-il de ne pas dire comme Rav Yehouda ?
Pourquoi Rav Nahman n'adopte pas Rabbi Meir. Rachi donne le classement : pour lui, le noukché en soi est plus grave que le hamets complet par mélange. Le lav connu sur le cas grave ne descend pas, par kal va-homer, vers le cas léger.
Il te dirait : peut-être Rabbi Meir n'a-t-il dit là que le noukché en lui-même. Mais le hamets de céréale complet par le moyen d'un mélange, non.
La réponse tient en un ad kan : jusqu'ici seulement. Rabbi Meir a parlé du noukché. Le mélange, il ne l'a pas dit. Sans le classement de Rav Yehouda, on ne passe pas de l'un à l'autre. La michna, qui a les deux, ne se laisse donc pas fixer sur Rabbi Meir.
Et Rav Yehouda, quelle raison a-t-il de ne pas dire comme Rav Nahman ?
Il te dirait : Rabbi Eliezer n'a dit là que le hamets de céréale complet par le moyen d'un mélange. Mais le noukché en lui-même, il ne l'a pas dit.
Symétrie. Rav Yehouda classe le mélange au-dessus du noukché. Rabbi Eliezer n'a parlé que du mélange. Le noukché reste non dit. On ne peut donc pas faire porter la michna, qui inclut les parures, par Rabbi Eliezer seul.
On a enseigné dans le sens de Rav Yehouda : kol mahmetset lo tokhelou, pour inclure le koutah babylonien, la bière mède, le vinaigre édomite et le zitom égyptien. Pourrait-on penser qu'il est puni de karet ?
Le verset dit : ki kol okhel hamets vénikhréta. Sur le hamets de céréale complet, on est puni de karet, et sur son mélange, d'un lav.
Baraita dans le sens de Rav Yehouda. Kol mahmetset lo tokhelou inclut quatre articles : koutah, bière mède, vinaigre édomite, zitom. On aurait pu y mettre le karet. Le verset ki kol okhel hamets vénikhréta le réserve au hamets de céréale complet. Le mélange reste au lav.
Rachi lit l'appui à Rav Yehouda dans ce que la baraita tait. Les quatre sont un hamets complet mélangé, pain ou orge, et l'on peut les manger ou les boire. Zoman, amidon, colle sont du noukché en soi, impropres à manger : absents. Rabbi Eliezer convient donc que, sur le noukché en soi, on est quitte.
Le Roch rappelle d'abord la composition des sept, puis la même baraita avec les Sages : sur le mélange, rien du tout. Il précise : les Sages quittent des coups, l'interdit demeure. Les coups reviennent dès qu'il y a un kezayit dans le temps d'une akhilat peras. Le Rif suit les Sages. La michna anonyme, qui semble autre, est un stam suivi d'une mahloket sur le hamets noukché : elle ne tranche pas contre eux. Entre Rabbi Meir et Rabbi Yehouda sur le siaor, la halakha suit Rabbi Yehouda.
De qui tiens-tu qu'il dit : sur son mélange, un lav ? C'est Rabbi Eliezer.
Tandis que le noukché en lui-même, il ne l'a pas dit. Apprends-en : le noukché, Rabbi Eliezer ne le tient pas.
Lecture de la baraita. Le lav du mélange est la parole de Rabbi Eliezer. Le noukché en soi n'y figure pas. Conclusion : Rabbi Eliezer ne tient pas le noukché. C'est ce que Rav Yehouda attendait.
Tossefot écarte l'échappatoire de Rav Nahman. On aurait dit : le noukché est omis parce qu'il va de soi, par kal va-homer. Réponse : un kal va-homer qui interdit devrait quand même être enseigné, pour écarter le karet. L'omission veut dire quitte, et non pas un lav trop évident pour être dit.
Et Rabbi Eliezer, le mélange sous un lav, d'où le tient-il ? De ce qui est écrit : kol mahmetset lo tokhelou.
Source du lav selon Rabbi Eliezer : kol mahmetset lo tokhelou. Rachi : le mot mahmetset, ce qui fait lever, dépasse le pain hamets visible. Il note aussitôt que mahmetset est écrit aussi auprès du karet. C'est l'objection du segment suivant.
S'il en est ainsi, qu'on le rende passible de karet aussi, car il est écrit : ki kol okhel mahmetset venikhreta.
Si mahmetset inclut le mélange, le verset de karet qui dit ki kol okhel mahmetset devrait punir le mélange de karet. Le lav seul ne se justifierait plus.
Celui-là, il en a besoin pour ce qui a été enseigné. Mahmetset : je n'ai que ce qui a levé de soi-même.
Par le fait d'une autre chose, d'où ? Le verset dit : kol ... mahmetset venikhreta.
Le mahmetset du karet est déjà pris. La baraita : sans ce mot, on n'aurait que ce qui a levé de soi-même. Par une autre chose (mahmat davar aher), levain, jus, ou un agent étranger, on l'apprend de kol mahmetset venikhreta. Le mot ne reste pas libre pour le mélange. Rachi le dit en une ligne.
S'il en est ainsi, celui du lav aussi, c'est pour cela qu'il vient.
Même mot, même emploi. Si mahmetset, au karet, vise ce qui a levé par autre chose, le mahmetset du lav vise la même chose. Il ne reste plus de source pour l'avertissement du mélange. Rachi formule la question qui reste ouverte.
Plutôt : la raison de Rabbi Eliezer vient du mot kol.
Correction. Rabbi Eliezer ne s'appuie pas sur mahmetset, déjà pris par la levée due à autre chose. Il s'appuie sur le mot kol, inclusion, dans le verset du lav. Kol élargit jusqu'au mélange.
Là-bas aussi, n'est-il pas écrit kol ? Celui-là, il en a besoin pour inclure les femmes.
Le verset de karet a lui aussi un kol. S'il incluait le mélange, on retournerait au karet. Réponse : ce kol sert à inclure les femmes dans le karet du hamets.
Tossefot. Il y a deux ki kol auprès du karet, l'un sur hamets, l'un sur mahmetset. Même les Sages, qui ne font pas de derasha sur le mot kol seul, font une derasha sur ki kol. L'un pourrait viser les femmes, l'autre le mélange, et le karet du mélange reviendrait. Le Ri : la Guemara tient pour évident que le second est déjà pris par une derasha, celle de la levée par autre chose.
Les femmes se tirent de ce que Rav Yehouda a dit que Rav a dit. Car Rav Yehouda a dit que Rav a dit, et de même a enseigné l'école de Rabbi Yichmael : le verset a dit : un homme ou une femme, quand ils font l'une des fautes de l'homme.
Le verset a égalise l'homme et la femme pour tous les châtiments de la Tora.
Objection. Les femmes sont déjà incluses, sans ce kol. Rav Yehouda au nom de Rav, et l'école de Rabbi Yichmael : ich o icha, un homme ou une femme. Le verset égalise l'homme et la femme pour tous les onchin, les châtiments de la Tora. Rachi : de là, les femmes sont tenues à chaque lo taase, puisque le châtiment en est les coups.
C'est nécessaire,
Itztrikh : le kol du karet reste nécessaire pour les femmes, malgré ich o icha. Le daf s'arrête sur ce mot. La raison est sur 43b.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).