Sougya : L'amoud reprend le mot kol du verset du karet sur le hamets, réservé en 43a aux femmes. On aurait lu le verset à l'envers : qui est tenu de manger la matsa est tenu de s'abstenir de hamets, et les femmes, exemptes d'une mitsva positive dont le temps est la cause, sortiraient aussi du hamets.
Le kol les y maintient. Rabbi Eliezer en tire qu'elles sont tenues, de la Torah, à la matsa.
La Guemara demande ensuite si ce mot inclut les femmes ou le mélange, oppose la derasha de la graisse, et laisse en difficulté le ki kol de Rabbi Eliezer. Rabbi Yo'hanan pose alors la règle : le permis ne complète pas la mesure de l'interdit, sauf chez le nazir.
Zeiri ajoute le levain qu'on ne fait pas monter en fumée sur l'autel.
Il te serait venu à l'esprit de dire : puisqu'il est écrit : 'Tu ne mangeras pas sur lui de hamets ; sept jours tu mangeras sur lui des matsot', quiconque est dans 'lève-toi et mange de la matsa' est dans 'tu ne mangeras pas de hamets'. Et ces femmes, puisqu'elles ne sont pas dans 'lève-toi et mange de la matsa', car c'est une mitsva positive dont le temps est la cause, je dirais qu'elles ne sont pas non plus dans 'tu ne mangeras pas de hamets'.
Cela vient nous l'apprendre.
La page précédente a réservé le mot kol du verset du karet pour les femmes. Ici, la Guemara dit pourquoi il faut ce mot. Le verset colle le lav du hamets et la mitsva de la matsa. On lirait la fin comme la clé du début : qui est tenu de manger la matsa est tenu de s'abstenir de hamets. La matsa est une mitsva positive dont le temps est la cause. Les femmes en sont exemptes (Kiddoushin 29a). On les sortirait alors du hamets.
Le kol écarte cette lecture. Elles restent averties sur le hamets. Rachi enchaîne avec Rabbi Eliezer : averties sur le lav, elles sont tenues à la matsa la première nuit.
Les Tossefot demandent pourquoi dériver vers la permission. D'ordinaire on compare le-houmra, vers la rigueur. Le Ri répond par la forme du verset : la fin, la matsa, explique le début. Autre piste : la gezera shava de 'quinze' avec Soukkot, où les femmes sont exemptes de la soukka.
Et maintenant qu'elles ont été incluses dans 'tu ne mangeras pas de hamets', elles sont aussi incluses dans la consommation de la matsa, comme Rabbi Eliezer. Car Rabbi Eliezer a dit : les femmes sont tenues de manger de la matsa de par la Torah, car il est dit : 'Tu ne mangeras pas sur lui de hamets, etc.' Quiconque est dans 'tu ne mangeras pas de hamets' est dans la consommation de la matsa.
Et ces femmes aussi, puisqu'elles sont dans 'tu ne mangeras pas de hamets', elles sont dans 'lève-toi et mange de la matsa'.
Le hekesh se lit dans l'autre sens. Qui est dans bal tokhal hamets est dans koum ekhol matsa. Rabbi Eliezer : les femmes, comprises dans l'interdit, sont tenues de manger la matsa de la Torah, alors que le temps est la cause de la mitsva.
Et qu'as-tu vu pour que ce 'kol' serve à inclure les femmes, et que tu en sortes son mélange ? Dis : à inclure son mélange !
Le même kol ne porte qu'une inclusion. L'objection choisit le mélange (eirouv) de hamets, celui dont Rabbi Eliezer fait un lav, plutôt que les femmes.
C'est logique. Il se tient chez ceux qui mangent, il inclut ceux qui mangent.
Il se tient chez ceux qui mangent, et il inclurait ce qui se mange ?
Réponse par le sujet du verset. Le kol du karet est écrit sur celui qui mange : les okhlin, les mangeurs. Il élargit les personnes. Le kol de l'avertissement, kol mahmetzet, est écrit sur l'aliment : les neekhalin, ce qui se mange. Rachi marque la seconde phrase comme une question étonnée.
Rav Natan, père de Rav Houna, fils de Rav Natan, objecte : et partout où il se tient chez ceux qui mangent, il n'inclut pas ce qui se mange ? Or on a enseigné : 'Car quiconque mange de la graisse, de la bête dont on présentera une offrande'.
Je n'ai que la graisse des animaux sans défaut, propres à être offerts. La graisse des animaux atteints d'un défaut, d'où ?
Le verset le dit : 'de la bête'. La graisse des animaux profanes (houlin), d'où ?
Le verset le dit : 'car quiconque'. Or ici il se tient chez ceux qui mangent, et il inclut ce qui se mange !
Rav Natan prend le verset de la graisse (helev), Vayikra 7:25. Le verset parle de celui qui mange, et ses mots ajoutent pourtant des graisses : animaux sans défaut propres à l'offrande, puis animaux atteints d'un défaut (baalei moumin), puis animaux profanes (houlin).
Là-bas, où il n'y a pas de mangeurs, il inclut ce qui se mange. Ici, où il y a des mangeurs, il ne les laisse pas pour inclure ce qui se mange.
On inclut ce qui reste disponible. Pour la graisse, les femmes sont déjà dans tous les châtiments, par Rav Yehouda : l'Écriture a égale l'homme et la femme. Le mot passe aux aliments. Pour le hamets, les femmes restent à inclure, comme la page précédente l'a montré. Le mot reste sur elles.
Rachi ouvre déjà la suite : les Sages, qui n'ont pas de lav sur le mélange, ne dérivent pas ce kol. D'où tiennent-ils alors les femmes ?
Et les Sages, qui ne tiennent pas le mélange, ne dérivent pas 'kol'. Mais alors, les femmes, d'où les tiennent-ils ?
Les Sages ne mettent pas de lav sur le mélange. Le kol de l'avertissement reste sans derasha. Rachi prépare la distinction du segment suivant : au karet, la formule est ki kol, et celle-là, on la dérive.
'Kol', ils ne le dérivent pas. 'Ki kol', ils le dérivent.
Deux formules. Kol seul reste sans inclusion. Ki kol, 'car quiconque', au verset du karet, porte l'inclusion des femmes.
Et Rabbi Eliezer, dis : 'kol' pour inclure les femmes, 'ki kol' pour inclure son mélange !
Rabbi Eliezer a deux mots au verset du karet. Kol pour les femmes. Ki kol pour le mélange, cette fois en karet. Le modèle est celui de la graisse : quand il ne reste plus de mangeur, le mot passe à l'aliment.
Et si tu dis que 'ki kol', Rabbi Eliezer ne le dérive pas : or on a enseigné, au sujet du levain : 'tu n'en feras pas monter en fumée'. Je n'ai que le tout.
Une partie, d'où ? Le verset le dit : 'kol'.
Son mélange, d'où ? Le verset le dit : 'ki kol'.
De qui as-tu entendu qu'il dérive 'kol' ? De Rabbi Eliezer.
Et il dérive 'ki kol' !
On ne répond pas que Rabbi Eliezer laisse ki kol sans derasha. La baraita de seor bal taktiru (Vayikra 2:11) aligne trois crans : le mot levain donne le tout, kol donne une partie, ki kol donne le mélange. Celui qui dérive kol est Rabbi Eliezer, et il dérive ki kol.
Rachi lit 'une partie' comme un demi-kazayit, sous la mesure d'une haktara. Les Tossefot rapportent Abaye et Rava (Menahot 58a) : kazayit entier, ou demi-kometz.
Difficulté.
Kashya : le point reste sans réponse sur cet amoud. Rabbi Eliezer dérive ki kol. Le mélange de hamets pourrait donc entrer dans le karet, et la Guemara laisse la question ouverte.
Rabbi Abahou a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : pour tous les interdits de la Torah, le permis ne se joint pas à l'interdit, sauf les interdits du nazir, car la Torah a dit 'misheret' (ce qui a trempé).
Nouvelle règle, après les mélanges. Ein heter mitztaref le-issour : le permis ne complète pas la mesure de l'interdit. Un demi-kazayit de graisse avec un demi-kazayit de viande, en une fois, laisse patour.
Exception : les interdits du nazir. Le mot misheret rend passible le raisin mangé avec du pain. Rachi écarte la leçon 've-khôl misheret'. La halakha sort du sens du mot. Le même mot sert plus loin au taam ke-ikkar, le goût qui vaut comme la substance.
Et Zeiri a dit : également le levain de 'tu n'en feras pas monter en fumée'.
Zeiri ajoute un second cas où le permis complète l'interdit : seor bal taktiru, l'interdiction de faire monter du levain sur l'autel. Rachi précise les mesures : un demi-kazayit de levain et un demi-kazayit de matsa, chacun restant reconnaissable.
Selon qui ? Selon Rabbi Eliezer, qui dérive 'kol'.
La Guemara rattache Zeiri à Rabbi Eliezer, celui qui dérive kol. Rachi lit ce kol comme la 'partie' de la baraita : demi-kazayit de levain avec demi-kazayit de matsa.
Le Ri lit autrement. Zeiri vient du mélange de la baraita, le mot ki kol, et il va comme Rava : une partie, c'est un kazayit entier de levain. Le mélange, c'est l'interdit totalement mêlé au permis, sans annulation.
Si c'est ainsi,
L'amoud s'arrête sur l'ouverture de l'objection : si c'est ainsi. La suite se lit sur 44a.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).