Pesachim 44b — Le goût comme l'essentiel, du nazir à toute la Torah

Pesachim 44b

Sougya : L'amoud pose que le goût d'un interdit vaut sa substance : taam ke-ikar. Le mot misheret, chez le nazir, l'enseigne : des raisins trempés dans l'eau, l'eau qui a pris le goût du vin rend passible pour un kazayit.

Un kal va-homer étend la règle aux kilayim, plus graves sur trois points, et à l'orla sur deux. Les Sages lisent ainsi le verset.

Rabbi Akiva y lit le permis qui complète la mesure de l'interdit, et prend le taam ke-ikar à la viande cuite dans le lait, puis, ce cas étant un 'hidouch, aux ustensiles des non-Juifs, limités par lui à la marmite du jour. Rav Aha demande à Rav Ashi pourquoi cette seconde lecture ne couvrirait pas, elle aussi, toute la Torah.

Trois points, puis le kal va-homer Le nazir est le plus léger. Le verset y pose déjà le goût comme l'essentiel. Nazir Pas un interdit perpétuel durée dite, ou 30 jours Pas un interdit de jouissance vin et raisins permis en hanaa L'interdit à une permission un sage, même dans le temps Le verset y pose taam ke-ikar raisins trempés : l'eau au goût de vin kazayit : passible Orla Deux points sur trois Interdit de jouissance Pas de permission pendant les trois ans Perpétuel : non, pour Rachi après trois ans, nouveau fruit Tossefot : le fruit déjà interdit reste interdit Même règle par le kal va-homer Kilayim de la vigne Les trois points Interdit perpétuel blé et pépin, à jamais Interdit de jouissance Aucune permission À fortiori taam ke-ikar et de là, tous les interdits de la Torah Lecture des Sages. Rabbi Akiva affecte misheret à une autre règle.
Nazir, orla, kilayim : les trois points du kal va-homer qui étend le taam ke-ikar.
Que fait le mot misheret ? Un seul mot. Deux affections. La source du taam ke-ikar change de camp. Sages misheret = taam ke-ikar puis kal va-homer vers toute la Torah Viande au lait : 'hidouch Gioulei goyim : 'hidouch On n'apprend pas une règle générale d'un cas neuf Le permis ne complète pas Rabbi Akiva misheret = le permis se joint baraita : kazayit de pain et de vin, ensemble taam ke-ikar : viande au lait puis gioulei, marmite du jour La marmite du jour ne gâte pas selon Rav Hiya b. Rav Houna Rabbi Yo'hanan le suit Rav Aha à Rav Ashi : si les Sages étendent le taam ke-ikar hors du nazir, Rabbi Akiva étend aussi le joint du permis. La réponse s'ouvre ici.
Sages et Rabbi Akiva : deux lectures de misheret, deux sources pour le goût.
Où est le 'hidouch ? Un cas neuf ne se transporte pas aux autres interdits. Viande et lait Chacun permis à part : les kilayim le sont aussi Trempe tout le jour : permis de la Torah, même avec le goût Cuisson : interdit sur le feu et sur le repas Rabbiniquement, la trempe est interdite Gioulei goyim Goût qui gâte : permis appris de la nevela impropre au ger Sages : même du jour, la marmite gâte un peu Le verset interdit quand même Donc 'hidouch : on n'en tire pas le taam ke-ikar général Trois avis sur le goût qui gâte Sages : tout est interdit, du jour ou non. Gioulei = 'hidouch. Rabbi Akiva et Rabbi Chimon : seule la marmite du jour. Le gâté est permis. Rabbi Meir : le goût qui gâte est interdit. Gioulei n'est pas un 'hidouch. Tossefot, Avoda Zara 67b. La nevela permise = pourrie dès l'origine, selon Rabbi Meir.
Hidoush de la viande au lait et des gioulei goyim. Trois avis sur le goût qui gâte.
1
לִיתֵּן טַעַם כְּעִיקָּר. שֶׁאִם שָׁרָה עֲנָבִים בְּמַיִם, וְיֵשׁ בָּהֶן טַעַם יַיִן — חַיָּיב.

pour poser que le goût est comme l'essentiel. Si l'on fait tremper des raisins dans de l'eau, et qu'il y a en elle un goût de vin, il est passible.

📜 Rachi (3)
לִיתֵּן טַעַם כְּעִיקָּר לַעֲשׂוֹת טַעְמוֹ שֶׁל אִיסּוּר כְּעִיקָּרוֹ וּמַמָּשׁוֹ:
Pour faire du goût de l'interdit son essentiel et sa substance.
וְיֵשׁ בָּהֶן בַּמַּיִם טַעַם יַיִן:
Dans l'eau, un goût de vin.
חַיָּיב בִּכְזַיִת מֵהֶן וְהָא לָאו מִשּׁוּם הֶיתֵּר מִצְטָרֵף לְאִיסּוּר הוּא אֶלָּא מִשּׁוּם דְּאִיתְעֲבִיד לֵיהּ כּוּלֵּיהּ אִיסּוּר אֲבָל הֶיתֵּר מִצְטָרֵף לְאִיסּוּר לָא יָלְפִינַן מִינָּהּ:
Pour un kazayit de cette eau. La raison : le tout est devenu interdit. Le permis qui se joint à l'interdit, on ne l'apprend pas d'ici.
💡 Explication

Suite du mot misheret (trempe), dans le verset du nazir. Il enseigne le taam ke-ikar : le goût d'un interdit à le statut de sa substance. Des raisins trempés laissent dans l'eau le goût du vin. Un kazayit de cette eau rend le nazir passible.

Rachi serre le cas. L'eau entière est devenue interdite, parce qu'elle a le goût. La règle où le permis complète la mesure de l'interdit, un demi-kazayit de pain avec un demi-kazayit de vin, est une autre règle. On ne la tire pas de ce verset-ci.

2
מִכָּאן אַתָּה דָּן לְכָל הַתּוֹרָה כֻּולָּהּ: וּמַה נָזִיר שֶׁאֵין אִיסּוּרוֹ אִיסּוּר עוֹלָם, וְאֵין אִיסּוּרוֹ אִיסּוּר הֲנָאָה, וְיֵשׁ הֶיתֵּר לְאִיסּוּרוֹ — עָשָׂה בּוֹ טַעַם כְּעִיקָּר, כִּלְאַיִם, שֶׁאִיסּוּרוֹ אִיסּוּר עוֹלָם, וְאִיסּוּרוֹ אִיסּוּר הֲנָאָה, וְאֵין הֶיתֵּר לְאִיסּוּרוֹ — אֵינוֹ דִּין שֶׁיַּעֲשֶׂה טַעַם כְּעִיקָּר?

D'ici tu raisonnes pour toute la Torah. Le nazir, dont l'interdit n'est pas un interdit perpétuel, dont l'interdit n'est pas un interdit de jouissance, et dont l'interdit à une permission : on a fait pour lui du goût l'essentiel.

Les kilayim, dont l'interdit est un interdit perpétuel, dont l'interdit est un interdit de jouissance, et dont l'interdit n'a pas de permission : n'est-il pas de raison qu'on y fasse du goût l'essentiel ?

📜 Rachi (5)
לְכָל הַתּוֹרָה כֻּולָּהּ שֶׁיְּהֵא טַעְמוֹ שֶׁל אִיסּוּרִין כְּמַמָּשׁוֹ:
Pour que le goût des interdits soit comme leur substance.
שֶׁאֵין אִיסּוּרָן אִיסּוּר עוֹלָם אֶלָּא כַּמָּה שֶׁפֵּירֵשׁ וְאִם סְתָם שְׁלֹשִׁים יוֹם וַעֲנָבִים וְיַיִן מֻותָּרִין לוֹ בַּהֲנָאָה:
Selon la durée qu'il a fixée ; et s'il n'a rien précisé, trente jours. Et les raisins et le vin lui sont permis en jouissance.
וְיֵשׁ לוֹ הֶיתֵּר לְאִיסּוּרוֹ אַף תּוֹךְ זְמַן עַל יְדֵי (הֲפָרַת) חָכָם:
Même pendant la durée, par un sage.
כִּלְאַיִם כִּלְאֵי הַכֶּרֶם:
Les kilayim de la vigne.
אִיסּוּר עוֹלָם זֶרַע חִטָּה וְחַרְצָן הַכֹּל אָסוּר לְעוֹלָם:
Une graine de blé et un pépin : le tout est interdit pour toujours.
💡 Explication

Le nazir est le cas le plus léger, et la Torah y pose déjà le taam ke-ikar. Trois faiblesses : l'interdit finit avec le nazirat ; le vin reste permis en jouissance ; un sage peut lever le vœu pendant le temps.

Les kilayim de la vigne ont les trois rigueurs : blé et pépin restent interdits pour toujours, la jouissance est interdite, et aucune levée n'existe. Le kal va-homer y transporte la règle, puis à tous les interdits de la Torah.

3
וְהוּא הַדִּין לְעָרְלָה בִּשְׁתַּיִם!

Et il en est de même pour l'orla, sur deux points !

📜 Rachi (1)
וְהוּא הַדִּין לְעָרְלָה בִּשְׁתַּיִם ק"ו זֶה אַתָּה דָּן לְעָרְלָה בִּשְׁתֵּי דְּרָכִים דְּאִיסּוּרוֹ אִיסּוּר הֲנָאָה וְאֵין הֶיתֵּר לְאִיסּוּרוֹ בְּתוֹךְ שָׁלֹשׁ מַה שֶׁאֵין כֵּן בְּנָזִיר וְאִיסּוּר עוֹלָם לֵיכָּא לְמֵימַר בָּהּ דִּלְאַחַר שָׁלֹשׁ מֻותָּרוֹת:
Ce kal va-homer, tu le raisonnes pour l'orla sur deux voies : son interdit est un interdit de jouissance, et son interdit n'a pas de permission dans les trois ans, ce qui n'est pas le cas du nazir. Et l'on ne peut pas parler pour elle d'interdit perpétuel, car après trois ans elles sont permises.
🗂️ Tossefot (1)
וְהוּא הַדִּין לְעָרְלָה בִּשְׁתַּיִם וְכֵן אָמְרִינַן בְּפ"ק דְּקִדּוּשִׁין (דַּף לח.) גַּבֵּי חָדָשׁ וּפֵ"ה דְּעָרְלָה אֵין אִיסּוּרוֹ אִיסּוּר עוֹלָם דְּאַחַר שָׁלֹשׁ מֻותָּר וְקָשֶׁה מַה שֶׁמֻּותָּר אַחַר שָׁלֹשׁ הַייְנוּ הָאִילָן וְהָאִילָן לֹא נֶאֱסַר מֵעוֹלָם רַק הַפְּרִי וְהַפְּרִי אֵין לוֹ הֶיתֵּר ור"ת פִּי' הוּא הַדִּין לְעָרְלָה בִּשְׁתַּיִם הַיְינוּ בִּשְׁנַת אַרְבַּע דְּיֵשׁ הֶיתֵּר לְאִיסּוּרוֹ עַל יְדֵי פְּדִייָּה אוֹ לְהָבִיא לִירוּשָׁלַיִם ור"י מְפָרֵשׁ דְּנָזִיר וְחֹדֶשׁ אֵין אִיסּוּרָן אִיסּוּר עוֹלָם שֶׁהַגָּדֵל מִן הַגֶּפֶן אַחַר הַשְׁלָמַת נִזְרוֹ לֹא חָל עָלָיו אִיסּוּר וְכֵן חָדָשׁ הַיּוֹצֵא מַקְנֶה הַשִּׁיבֹּולֶת אַחַר הֲבָאַת הָעֹומֶר לֹא חָל עָלָיו אִיסּוּר כֵּיוָן שֶׁהִשְׁרִישׁ קֹודֶם הָעֹומֶר וְכֵן עָרְלָה אַחַר ג' שָׁנִים הַיּוֹצֵא מִמֶּנּוּ אֵין אִיסּוּר חָל עָלָיו וְיֵשׁ הֶיתֵּר לְאִיסּוּרוֹ יֵשׁ לְפָרֵשׁ כְּפֵ"ה שֶׁנָּזִיר תּוֹךְ זְמַנּוֹ יֵשׁ לוֹ הֶיתֵּר עַל יְדֵי שְׁאֵלָה וְחֹדֶשׁ נָמֵי לְר' יְהוּדָה דְּאָמַר יוֹם הֶנֶף כֻּולּוֹ אָסוּר יֵשׁ לוֹ הֶיתֵּר תּוֹךְ זְמַנּוֹ עַל יְדֵי עֹומֶר וְעָרְלָה אֵין לָהּ הֶיתֵּר תּוֹךְ זְמַנָּהּ וְיָלְדָה בִּזְקֵינָה דְּבָטְלָה אֵין זֶה אִילָן דְּעָרְלָה דְּפָנִים חֲדָשׁוֹת בָּאוּ לְכָאן וְעוֹד מפר"י שֶׁהַפְּרִי שֶׁל חָדָשׁ שֶׁנֶּאֱסַר כְּבָר וְכֵן הַיּוֹצֵא מִן הַגֶּפֶן קֹודֶם הַשְׁלָמַת נְזִירוּת יֵשׁ לָהֶן הֶיתֵּר בְּהַשְׁלָמַת זְמַן הָאִיסּוּר אֲבָל עָרְלָה וְכִלְאַיִם הַפְּרִי שֶׁנֶּאֱסַר אֵין לוֹ הֶיתֵּר וּפֵירוּשׁ זֶה נִרְאֶה עִיקָּר דְּאֵין צָרִיךְ לְהַעֲמִיד כְּר' יְהוּדָה וְאֵין לְהַקְשׁוֹת לְפִי' זֶה אַמַּאי לָא חֲשִׁיב יֵשׁ הֶיתֵּר לְאִיסּוּר בִּשְׁאֵלָה וּבָעֹומֶר וִיהֵא ג' בְּעָרְלָה דְּיֵשׁ לוֹמַר דְּלָא סָבַר כְּר' יְהוּדָה אֶלָּא הֵאִיר הַמִּזְרָח מַתִּיר וְנָזִיר נָמֵי אִי מִתְּשִׁיל אֵין זֶה הֶיתֵּר לְדָבָר שֶׁנֶּאֱסַר שֶׁהֶחָכָם עוֹקֵר הַנֶּדֶר מֵעִיקָּרוֹ וְנִמְצָא שֶׁלֹּא נֶאֱסַר מֵעוֹלָם אֲבָל לְפִי' קַמָּא ה"מ לְאַחְשׁוֹבֵי מַה שֶׁהַפְּרִי עַצְמוֹ נֶאֱסַר לְעוֹלָם וְהָיָה מוֹצֵא בְּעָרְלָה שָׁלֹשׁ:
On le dit aussi au premier chapitre de Kiddoushin (38a) à propos du 'hadach. Et le commentaire : pour l'orla, l'interdit n'est pas perpétuel, car après trois ans c'est permis. Difficulté : ce qui est permis après trois ans, c'est l'arbre ; l'arbre n'a jamais été interdit, seul le fruit l'a été, et le fruit n'a pas de permission. Rabbeinou Tam explique : il en est de même pour l'orla sur deux points, cela vise la quatrième année, où l'interdit à une permission par rachat, ou en l'apportant à Jérusalem. Le Ri explique : le nazir et le 'hadach, leur interdit n'est pas perpétuel, car ce qui pousse de la vigne après l'achèvement du nazirat, l'interdit ne s'y applique pas ; de même le 'hadach qui sort de la tige de l'épi après l'apport de l'omer, l'interdit ne s'y applique pas, dès lors qu'il a pris racine avant l'omer ; de même l'orla, après trois ans, ce qui en sort, l'interdit ne s'y applique pas. Il y a une permission à son interdit : on peut l'expliquer comme le commentaire. Le nazir, dans son temps, à une permission par une question au sage. Le 'hadach aussi, selon Rabbi Yehouda, qui dit que tout le jour du hanef est interdit, à une permission dans son temps par l'omer. L'orla n'a pas de permission dans son temps. Et une jeune pousse sur une vieille, annulée : ce n'est pas l'arbre de l'orla, car de nouvelles faces sont venues ici. Le Ri explique encore : le fruit du 'hadach déjà interdit, et ce qui est sorti de la vigne avant l'achèvement du nazirat, ont une permission quand le temps de l'interdit s'achève. L'orla et les kilayim : le fruit qui a été interdit n'a pas de permission. Cette explication paraît la principale : on n'a pas à l'établir selon Rabbi Yehouda. Selon elle, on n'objectera pas : pourquoi ne compte-t-il pas une permission par la question et par l'omer, ce qui ferait trois points pour l'orla ? On peut dire qu'il ne tient pas comme Rabbi Yehouda : c'est l'aube, à l'est, qui permet. Le nazir aussi, s'il se fait interroger : le sage déracine le vœu depuis son origine, et la chose se trouve n'avoir jamais été interdite. Selon la première explication, on aurait pu compter que le fruit lui-même reste interdit pour toujours, et l'on aurait trouvé trois points pour l'orla.
💡 Explication

L'orla, fruit des trois premières années, partage deux rigueurs avec les kilayim : jouissance interdite, et aucune permission pendant les trois ans. Rachi refuse le troisième point, l'interdit perpétuel : après trois ans, le nouveau fruit est permis.

Les Tossefot serrent ce point. Le fruit déjà cueilli pendant les trois ans reste interdit : ce qui redevient permis, c'est l'arbre, qui n'avait jamais été l'objet de l'interdit. Rabbeinou Tam rapporte les deux points à la quatrième année, où le rachat ou Jérusalem ouvrent une permission. Le Ri, lecture retenue : le fruit du 'hadach et celui de la vigne du nazir, une fois le temps fini, redeviennent permis ; le fruit d'orla et de kilayim, une fois interdit, le reste. La question au sage ne compte pas comme permission d'une chose déjà interdite : le sage arrache le vœu depuis l'origine.

4
הָא מַנִּי רַבָּנַן הִיא, וְרַבִּי יוֹחָנָן דְּאָמַר כְּרַבִּי עֲקִיבָא.

Celle-ci, qui la dit ? Les Sages.

Et Rabbi Yo'hanan, dans ce qu'il a dit, tient comme Rabbi Akiva.

📜 Rachi (1)
הָא מַנִּי דְּאַפֵּיקְתֵּיהּ לְהַאי קְרָא לְטַעַם כְּעִיקָּר רַבָּנַן דִּפְלִיגִי אדר"ע בְּהֶיתֵּר מִצְטָרֵף לְאִיסּוּר וּלְקַמֵּיהּ מְפָרֵשׁ מַאי הִיא:
Celui qui a sorti ce verset pour le goût comme l'essentiel : les Sages, qui divergent de Rabbi Akiva sur le permis qui se joint à l'interdit. Et plus loin il explique de quoi il s'agit.
💡 Explication

La baraita qui lit misheret comme taam ke-ikar pour toute la Torah est l'avis des Sages. Rabbi Yo'hanan, qui limite au nazir le cas où le permis complète l'interdit, suit Rabbi Akiva. Chez lui, le mot sert à cette seconde règle.

5
הֵי רַבִּי עֲקִיבָא? אִילֵימָא רַבִּי עֲקִיבָא דְּמַתְנִיתִין, דִּתְנַן: רַבִּי עֲקִיבָא אוֹמֵר: נָזִיר שֶׁשָּׁרָה פִּתּוֹ בְּיַיִן, וְיֵשׁ בּוֹ לְצָרֵף כְּדֵי כְּזַיִת — חַיָּיב, וּמִמַּאי דְּמִפַּת וּמִיַּיִן? דִּילְמָא מִיַּיִן לְחוּדֵיהּ?

Quel Rabbi Akiva ? Si tu dis : le Rabbi Akiva de la michna.

Car nous avons appris : Rabbi Akiva dit : un nazir qui a fait tremper son pain dans du vin, et il y a en lui de quoi joindre pour un kazayit, est passible. Et d'où tient-on que c'est du pain et du vin ?

Peut-être du vin seul ?

📜 Rachi (2)
הֵי ר"ע מֵהֵי מִילְּתָא דר"ע שָׁמְעִינַן דְּהֶיתֵּר מִצְטָרֵף לְאִיסּוּר:
De quelle parole de Rabbi Akiva entend-on que le permis se joint à l'interdit ?
דִּילְמָא מִיַּיִן לְחוּדֵיהּ וְצֵירוּף שַׁיָּיךְ לְמִיתְנֵי בָּהּ מִשּׁוּם דְּנִבְלַע בְּתוֹךְ הַפַּת וְהֵיאַךְ מְשַׁעֲרִין כְּזַיִת יַיִן מְמַלֵּא כְּלִי מַפָּה לַפֶּה וּמֵבִיא זַיִת וְנוֹתֵן לְתוֹכוֹ וְהַיַּיִן הַיּוֹצֵא הוּא כַּזַּיִת יַיִן וְכֵן הוּא בַּתּוֹסֶפְתָּא דְּנָזִיר:
Et joindre à sa place d'être enseigné ici, parce que le vin est absorbé dans le pain. Comment estime-t-on un kazayit de vin ? On remplit un récipient à ras bord, on apporte une olive et on la met dedans, et le vin qui sort est un kazayit de vin. Ainsi dans la Tossefta de Nazir.
🗂️ Tossefot (1)
וְדִילְמָא מִיַּיִן לְחוּדֵיהּ וּלְשׁוֹן לְצָרֵף אָתֵי שַׁפִּיר כְּלוֹמַר לְצָרֵף הַיַּיִן הַבָּלוּעַ בְּתוֹכוֹ:
Et le mot joindre vient bien : il s'agit de rassembler le vin absorbé à l'intérieur.
💡 Explication

La michna dit : il y a de quoi joindre un kazayit. On pourrait lire : un kazayit de vin seul, absorbé dans le pain. Le pain servirait d'écrin, et la mesure resterait celle du vin.

Rachi donne la mesure de la Tossefta : récipient plein à ras, on y plonge une olive, le vin qui déborde est le kazayit. Les Tossefot : le verbe joindre désigne alors le vin dispersé dans la mie, rassemblé pour la mesure.

🖼️ Schéma
Mesurer un kazayit de vin absorbé Lecture possible de la michna : le vin seul. Tossefta de Nazir. 1. Récipient rempli à ras bord de vin 2. Une olive déposée dedans elle prend sa place 3. Débord = kazayit de vin le pain ne compte pas Joindre, ici : rassembler le vin bu dans la mie. La michna ne prouve pas le joint du permis.
Kazayit de vin seul : le débord chassé par une olive.
6
וְכִי תֵּימָא: מִיַּיִן לְחוֹדֵיהּ מַאי לְמֵימְרָא? הָא קָא מַשְׁמַע לַן דְּאַף עַל גַּב דְּתַעֲרֹובֶת.

Et si tu dis : du vin seul, qu'y a-t-il à enseigner ? Cela vient nous apprendre : même en mélange.

📜 Rachi (1)
תַּעֲרֹובֶת שֶׁאֵינוֹ בְּעַיִן שֶׁנִּבְלַע בַּפַּת:
Qui n'est plus en nature, absorbé dans le pain.
💡 Explication

Du vin seul, la règle serait déjà connue. La michna apprendrait encore que le nazir est passible d'un kazayit de vin absorbé, plus visible à part. Cette lecture tient. Elle ne prouve pas que le pain permis entre dans la mesure.

7
אֶלָּא רַבִּי עֲקִיבָא דְּבָרַייְתָא. דְּתַנְיָא, רַבִּי עֲקִיבָא אוֹמֵר: נָזִיר שֶׁשָּׁרָה פִּתּוֹ בְּיַיִן, וְאָכַל כְּזַיִת מִפַּת וּמִיַּיִן — חַיָּיב.

C'est plutôt le Rabbi Akiva de la baraita. Car on a enseigné : Rabbi Akiva dit : un nazir qui a fait tremper son pain dans du vin, et qui a mangé un kazayit du pain et du vin, est passible.

📜 Rachi (1)
מִפַּת וּמִיַּיִן חַיָּיב וּפְלִיגִי רַבָּנַן עָלֶיהָ דְּלֵית לְהוּ הֶיתֵּר מִצְטָרֵף לְאִיסּוּר וְאִילּוּ פָּשַׁט הַיַּיִן בְּכָל הַפַּת לָא הֲווּ פְּלִיגִי רַבָּנַן עָלֶיהָ דְּהָא אִית לְהוּ טַעַם כְּעִיקָּר וְאִיתְעֲבִיד לֵיהּ פַּת גּוּפֵיהּ אִיסּוּר וּבְהָא מִיהָא פְּלִיגִי עָלֶיהָ דְּטַעֲמָא דר"ע מִשּׁוּם צֵירוּף הוּא וא"נ לָא נִשְׁרֵית כָּל הַפַּת בְּיַיִן מִצְטָרֵף נָמֵי הֶיתֵּר לְאִיסּוּר לְחִיּוּבָא:
Et les Sages divergent de lui : ils n'ont pas le permis qui se joint à l'interdit. Si le vin s'était répandu dans tout le pain, les Sages ne divergeraient pas de lui, car ils ont le goût comme l'essentiel, et le pain lui-même serait devenu interdit. Ils divergent de lui en ceci : la raison de Rabbi Akiva est le joint, et même si tout le pain n'a pas trempé dans le vin, le permis se joint aussi à l'interdit pour rendre passible.
💡 Explication

La baraita le dit en clair : un kazayit pris du pain et du vin. Le pain permis entre dans le compte. C'est heter mitztaref le-issur, le permis qui se joint à l'interdit.

Rachi sépare deux faits. Si le goût du vin a gagné toute la mie, le pain est lui-même devenu interdit : les Sages, qui ont le taam ke-ikar, sont d'accord. Ils refusent le cas où le vin n'a pas tout pris, et où Rabbi Akiva additionne quand même le pain et le vin pour atteindre le kazayit.

🖼️ Schéma
Pain trempé dans le vin : deux cas Le vin a pris tout le pain taam ke-ikar le pain lui-même est interdit Sages et Rabbi Akiva d'accord : passible Kazayit de pain et de vin le vin n'a pas gagné toute la mie le permis complète l'interdit Rabbi Akiva : passible Sages : pas passible C'est le second cas que la baraita tranche. Rachi : là-dessus seul, les Sages divergent.
Vin dans tout le pain, ou kazayit mixte : la divergence porte sur le second cas.
8
וְרַבִּי עֲקִיבָא טַעַם כְּעִיקָּר מְנָא לֵיהּ? יָלֵיף מִבָּשָׂר בְּחָלָב: לָאו טַעְמָא בְּעָלְמָא הוּא, וְאָסוּר? הָכָא נָמֵי לָא שְׁנָא.

Et Rabbi Akiva, le goût comme l'essentiel, d'où le tient-il ? Il l'apprend de la viande dans le lait.

N'y a-t-il là qu'un goût, et c'est interdit ? Ici aussi, sans différence.

📜 Rachi (3)
ור"ע כֵּיוָן דְּמַפִּיק לֵיהּ לְהַאי מִשְׁרַת לְהֶיתֵּר מִצְטָרֵף לְאִיסּוּר:
Puisqu'il sort ce misheret pour le permis qui se joint à l'interdit.
טַעַם כְּעִיקָּר הֵיכָא דְּלֵיכָּא מִידֵּי עִיקָּר אֶלָּא טַעַם כְּגוֹן שֶׁשָּׁרָה עֲנָבִים בְּמַיִם מְנָא לֵיהּ:
Là où il n'y a rien de la substance, seulement le goût, par exemple s'il a fait tremper des raisins dans de l'eau : d'où le tient-il ?
בָּשָׂר בְּחָלָב בָּשָׂר שֶׁנִּתְבַּשֵּׁל בְּחָלָב וְהַבָּשָׂר בְּעֵינֵיהּ אֶלָּא שֶׁטַּעַם הֶחָלָב נִבְלָע בּוֹ:
De la viande cuite dans du lait : la viande reste en nature, et le goût du lait est absorbé en elle.
💡 Explication

Le mot misheret est pris, chez Rabbi Akiva, par le joint du permis. Il lui faut une autre source pour le taam ke-ikar, le cas où il ne reste que le goût, comme l'eau des raisins.

La viande cuite dans le lait : la viande est là, le lait n'y est que par son goût, et le mélange est interdit. Il étend cela à tous les interdits.

9
וְרַבָּנָן? מִבָּשָׂר בְּחָלָב לָא גָּמְרִינַן, דְּחִידּוּשׁ הוּא.

Et les Sages ? De la viande dans le lait on n'apprend pas, car c'est un 'hidouch.

📜 Rachi (1)
חִידּוּשׁ הוּא כָּל אִיסּוּרוֹ תֵּימַהּ הוּא וּדְבַר חִידּוּשׁ שֶׁאֵינוֹ מָצוּי בֵּינֵינוּ בִּשְׁאָר אִיסּוּרִין לָא גָּמְרִינַן חוּמְרָא דִּידֵיהּ אַשְּׁאָר אִיסּוּרִין דְּכִי הֵיכִי דִּשְׁאָר חִידּוּשִׁין דִּידֵיהּ לָא הָווּ בִּשְׁאָר אִיסּוּרִין הַאי דְּטַעַם כְּעִיקָּר נָמֵי לָא תִּיגְמַר מִינֵּיהּ:
Tout son interdit est un sujet d'étonnement, une chose neuve qui ne se rencontre pas chez nous dans les autres interdits. On n'apprend pas sa rigueur pour les autres interdits. De même que ses autres nouveautés ne se trouvent pas dans les autres interdits, celle du goût comme l'essentiel non plus ne s'apprendra pas de lui.
🗂️ Tossefot (1)
וְרַבָּנַן מִבָּשָׂר בְּחָלָב לָא גָּמְרִינַן דְּחִידּוּשׁ הוּא תֵּימַהּ לְרַשְׁבָּ"א הַתֵּינַח לְרָבָא אֶלָּא לְאַבַּיֵּי דְּאִית לֵיהּ בְּפֶרֶק כָּל הַבָּשָׂר (חֻולִּין דַּף קח.) דְּבָשָׂר בְּחָלָב לָאו חִידּוּשׁ הוּא אַמַּאי אִיצְטְרִיךְ לְמֵילַף מִנָּזִיר לְטַעַם כְּעִיקָּר:
C'est étonnant pour le Rachba. Cela se tient pour Rava. Pour Abaye, qui tient au chapitre Kol ha-basar (Houlin 108a) que la viande dans le lait n'est pas un 'hidouch, pourquoi faut-il apprendre du nazir que le goût est comme l'essentiel ?
💡 Explication

Un 'hidouch est un interdit dont la rigueur est neuve. On ne la copie pas sur le reste de la Torah. Les Sages laissent donc la viande au lait de côté, et gardent le nazir comme source du taam ke-ikar.

Les Tossefot : chez Rava, la viande au lait est bien un 'hidouch, la réponse tient. Chez Abaye (Houlin 108a), elle ne l'est pas. Alors pourquoi la Guemara a-t-elle besoin du nazir pour apprendre le taam ke-ikar ?

10
וּמַאי חִידּוּשׁ? אִילֵּימָא דְּהַאי לְחוֹדֵיהּ וְהַאי לְחוֹדֵיהּ — שָׁרֵי, וּבַהֲדֵי הֲדָדִי — אָסוּר, כִּלְאַיִם נָמֵי: הַאי לְחוֹדֵיהּ וְהַאי לְחוֹדֵיהּ — שָׁרֵי, וּבַהֲדָדִי — אָסוּר.

Et quel est le 'hidouch ? Si tu dis : ceci seul est permis, cela seul est permis, et ensemble ils sont interdits.

Les kilayim aussi : ceci seul est permis, cela seul est permis, et ensemble ils sont interdits.

📜 Rachi (3)
וּמַאי חִידּוּשֶׁיהָ מִשְּׁאָר מִילֵּי:
Par rapport aux autres choses.
אִילֵּימָא הַיְינוּ חִידּוּשֶׁיהָ דִּשְׁנֵי דְּבָרִים הַמֻּותָּרִים הֵם וּכְשֶׁנִּתְעָרְבוּ נֶאֱסָרִין מַה שֶּׁאֵין כֵּן בִּשְׁאָר דְּבָרִים:
Que ce sont deux choses permises, et que dès qu'elles se mélangent elles deviennent interdites, ce qui n'a pas de correspondant dans les autres choses.
הָא כִּלְאַיִם נָמֵי דֻּוגְמָתָן:
Eux aussi, sur le même modèle.
💡 Explication

Première piste : le 'hidouch serait que deux choses permises, viande et lait, deviennent interdites dès qu'elles sont ensemble. Les kilayim ont le même profil : chaque espèce est permise, le mélange est interdit. Ce trait ne distingue donc pas la viande au lait.

11
אֶלָּא: דְּאִי תָּרוּ לֵיהּ כֻּולֵּי יוֹמָא בַּחֲלָבָא — שָׁרֵי, בְּשִׁיל לֵיהּ בִּשּׁוּלֵי — אָסוּר.

Mais : si on le fait tremper toute la journée dans du lait, c'est permis ; si on le cuit, c'est interdit.

📜 Rachi (2)
תְּרֵי לֵיהּ שׁוֹרֵהוּ בְּחָלָב כָּל הַיּוֹם שָׁרִי כְּלוֹמַר מֻותָּר לִשְׁרוֹתוֹ בְּתוֹכוֹ וְאֵינוֹ עוֹבֵר עָלָיו אֲפִילּוּ עַל אֲכִילָתוֹ דְּלָא אָסְרָה תּוֹרָה אֶלָּא דֶּרֶךְ בִּישּׁוּל וַאֲפִילּוּ יָהֵיב בֵּיהּ טַעְמָא וּמִיהוּ מִדְּרַבָּנָן אָסוּר:
On le fait tremper dans du lait toute la journée : c'est permis. Il est permis de le faire tremper dedans, et l'on ne transgresse pas à son sujet, même en le mangeant, car la Torah n'a interdit que par mode de cuisson, même s'il y donne un goût. Toutefois, par les Sages, c'est interdit.
בַּשֵּׁיל לֵיהּ בַּשּׁוֹלֵי אָסוּר עוֹבֵר עַל בִּישּׁוּלוֹ וְעוֹבֵר עַל אֲכִילָתוֹ:
Il transgresse pour l'avoir cuit, et il transgresse pour l'avoir mangé.
💡 Explication

Le 'hidouch est là : le goût du lait passe dans la viande dès la trempe, et de la Torah cela reste permis, y compris pour manger. La Torah n'interdit que la cuisson. Cuire, même peu, interdit et le fait de cuire et le fait de manger. Les Sages, eux, interdisent déjà la trempe.

Les autres interdits ne connaissent pas cet écart entre tremper et cuire. On ne leur transporte pas la rigueur de ce cas.

🖼️ Schéma
Viande et lait : trempe ou cuisson Trempe, toute la journée Permis de la Torah même si le lait donne un goût Interdit par les Sages Cuisson, même brève Interdit de la Torah transgression sur la cuisson et sur la consommation Cet écart est le 'hidouch. On ne le copie pas sur les autres interdits.
Trempe toute la journée, permise de la Torah. Cuisson, interdite.
12
וְרַבִּי עֲקִיבָא נַמֵּי, בָּשָׂר בְּחָלָב וַדַּאי חִידּוּשׁ הוּא?

Et Rabbi Akiva aussi : la viande dans le lait est bien un 'hidouch ?

💡 Explication

Rabbi Akiva accorde le 'hidouch. La viande au lait ne peut pas lui servir de source pour une règle générale. La question reste : d'où tient-il le taam ke-ikar ?

13
אֶלָּא יָלֵיף מִגִּיעוּלֵי גוֹיִם: גִּיעוּלֵי גּוֹיִם, לָאו טַעְמָא בְּעָלְמָא הוּא, וְאָסוּר? הָכָא נָמֵי לָא שְׁנָא.

Mais il l'apprend des gioulei goyim, les rejets des ustensiles des non-Juifs. Les gioulei goyim : n'y a-t-il là qu'un goût, et c'est interdit ?

Ici aussi, sans différence.

📜 Rachi (1)
גִּיעוּלֵי נָכְרִים קְדֵירָה שֶׁבִּישֵּׁל בָּהּ הַנָּכְרִי וּכְשֶׁחוֹזֵר יִשְׂרָאֵל וּמְבַשֵּׁל בָּהּ הִיא מֻגְעֶלֶת בְּלִיעָתָהּ לְתוֹךְ שֶׁל יִשְׂרָאֵל גִּיעוּל לָשׁוֹן מֵקִיא וּפוֹלֵט וְהַתּוֹרָה אֲסָרַתּוּ בְּמַעֲשֵׂה מִדִּין כָּל דָּבָר אֲשֶׁר יָבֹא בָאֵשׁ (בַּמִּדְבָּר ל״א:כ״ג) דְּהַייְנוּ יוֹרוֹת וְקוּמְקְמוֹסִין וְכַיּוֹצֵא בָּהֶן שֶׁמַּרְתִּיחִין אוֹתָן עַל הָאוּר:
Une marmite où le non-Juif a cuit. Quand un Israël y cuit à son tour, elle rejette ce qu'elle a absorbé dans la nourriture d'Israël. Gioul a le sens de vomir et d'émettre. La Torah l'a interdit dans l'épisode de Midian : tout objet qui passe au feu (Nombres 31:23), c'est-à-dire les chaudrons, les bouilloires et ce qui leur ressemble, qu'on fait bouillir sur le feu.
🗂️ Tossefot (1)
אֶלָּא יָלֵיף מִגִּיעוּלֵי נָכְרִים הִקְשָׁה הָ"ר יוֹסֵף הֵיכִי יָלֵיף רַבִּי עֲקִיבָא טַעַם כְּעִיקָּר בְּנָזִיר מִגִּיעוּלֵי נָכְרִים הָא נָזִיר קַל מִכָּל אִיסּוּר שֶׁבַּתּוֹרָה שֶׁאֵין אִיסּוּרוֹ אִיסּוּר עוֹלָם וְיֵשׁ הֶיתֵּר לְאִיסּוּרוֹ וְתַי' דִּבְמִדְיָן נָמֵי הָיוּ כְּלֵיהֶן בְּלוּעוֹת מִיַּיִן וַאֲסוּרִים לְנָזִיר:
Rav Yossef a objecté : comment Rabbi Akiva apprend-il le goût comme l'essentiel, pour le nazir, à partir des gioulei des non-Juifs ? Le nazir est léger au regard de tout interdit de la Torah : son interdit n'est pas perpétuel, et son interdit à une permission. Il a répondu : à Midian aussi, leurs ustensiles étaient imprégnés de vin, et ce vin est interdit au nazir.
💡 Explication

Les gioulei goyim : un ustensile où un non-Juif a cuit a absorbé un goût. Avant d'y recuire, un Israël doit le purger au feu, comme aux prises de Midian. L'interdit ne porte que sur ce goût rejeté dans le plat. Rabbi Akiva en tire le taam ke-ikar pour tous les interdits.

Rav Yossef : le nazir est plus léger que le cas de Midian, on ne descend pas d'un interdit lourd vers lui. Réponse : à Midian, les ustensiles étaient imprégnés de vin, et ce vin vise aussi le nazir. La source le concerne directement.

14
וְרַבָּנָן, גִּיעוּלֵי גוֹיִם נָמֵי חִידּוּשׁ הוּא. דְּהָא כָּל נוֹתֵן טַעַם לִפְגָם — מֻותָּר, דְּגָמְרִינַן מִנְּבֵילָה — וְהָכָא אָסוּר.

Et les Sages : les gioulei goyim aussi sont un 'hidouch. Car tout ce qui donne un goût pour un défaut est permis, nous l'apprenons de la nevela, et ici c'est interdit.

📜 Rachi (2)
דְּגָמְרִינַן מִנְּבֵילָה דִּכְתִיב לֹא תֹאכְלוּ כָּל נְבֵילָה לְגֵר וְגוֹ' (דְּבָרִים י״ד:כ״א) הָרְאוּיָה לַגֵּר קְרוּיָה נְבֵילָה שֶׁאֵינָהּ רְאוּיָה לְגֵר אֵינָהּ קְרוּיָה נְבֵילָה:
Car il est écrit : vous ne mangerez aucune nevela, au ger, etc. (Deutéronome 14:21). Celle qui convient au ger est appelée nevela ; celle qui ne convient pas au ger n'est pas appelée nevela.
וְהָכָא אָסוּר דְּהַאי נָמֵי לִפְגָם הוּא דְּאוֹתָהּ בְּלִיעָה מִשֶּׁשָּׁהֲתָה בְּדָופְנוֹ שֶׁל כְּלִי לַיְלָה אַחַת הוּפַג טַעְמוֹ וְנִתְקַלְקֵל וְתוּ לָא מַשְׁבַּחַת לָאֹוכֶל שֶׁהִיא נִפְלֶטֶת לְתוֹכוֹ:
Celui-ci aussi est pour un défaut. Cette absorption, dès qu'elle a séjourné une nuit dans la paroi de l'ustensile, son goût s'est altéré et s'est gâté, et tu ne trouves plus d'aliment qu'elle améliore en s'y rejetant.
🗂️ Tossefot (1)
וְרַבָּנַן קְדֵירָה בַּת יוֹמָא נָמֵי אִי אֶפְשָׁר דְּלָא פָּגְמָה פֻּורְתָּא וְאַפֵּ"ה אָסַר הַכָּתוּב אִם כֵּן לֵיכָּא לְאִיפְּלוֹגֵי בֵּין בַּת יוֹמָא לְשֶׁאֵין בַּת יוֹמָא וְכֻולְּהוּ אֲסוּרִים ור"ע סָבַר קְדֵירָה בַּת יוֹמָא לֹא פָּגְמָה כְּלָל אֲבָל שֶׁאֵין בַּת יוֹמָא דְּפָגְמָא שָׁרִי דנ"ט לִפְגָם מֻותָּר דְּגָמַר מִנְּבֵילָה וה"נ סָבַר ר"ש בְּפֶרֶק בָּתְרָא דְּמַסֶּכֶת ע"ז (דַּף סז:) ור"מ פְּלִיג עֲלֵיהּ הָתָם וְסָבַר נ"ט לִפְגָם אָסוּר דְּגָמַר מִגִּיעוּלֵי נָכְרִים דְּאָסַר הַכָּתוּב אע"ג דנ"ט לִפְגָם הוּא דַּאֲפִילּוּ קְדֵירָה בַּת יוֹמָא אִי אֶפְשָׁר דְּלָא פָּגְמָה פֻּורְתָּא וְגִיעוּלֵי נָכְרִים לָאו חִידּוּשׁ הוּא וּמַה שֶׁהִתִּיר הַכָּתוּב נְבֵילָה מוּקִי לָהּ בְּסָרוּחַ מֵעִיקָּרָא וּלְרַבִּי מֵאִיר מָצֵי לְמֵילַף נָמֵי מִגִּיעוּלֵי נָכְרִים לְטַעַם כְּעִיקָּר כֵּיוָן דְּלָאו חִידּוּשׁ הוּא וְאִיכָּא הַשְׁתָּא שָׁלֹשׁ מַחֲלוֹקוֹת בַּדָּבָר:
Et malgré cela l'Écriture a interdit. On ne peut donc pas distinguer une marmite du jour et une qui ne l'est pas : toutes sont interdites. Rabbi Akiva tient : une marmite du jour n'a pas gâté du tout ; celle qui n'est pas du jour, et qui a gâté, est permise, car un goût pour un défaut est permis, appris de la nevela. Ainsi tient Rabbi Chimon au dernier chapitre d'Avoda Zara (67b). Rabbi Meir diverge de lui là-bas : un goût pour un défaut est interdit, il l'apprend des gioulei des non-Juifs, car l'Écriture a interdit bien que ce soit un goût pour un défaut, puisque même une marmite du jour ne peut pas ne pas gâté un peu. Et les gioulei des non-Juifs ne sont pas un 'hidouch. Ce que l'Écriture a permis dans la nevela, il l'établit dans une charogne pourrie dès l'origine. Selon Rabbi Meir, on peut aussi apprendre des gioulei des non-Juifs le goût comme l'essentiel, puisque ce n'est pas un 'hidouch. Il y a des lors trois controverses dans la chose.
💡 Explication

Règle ordinaire : un goût qui gâte le plat, noten taam li-fgam, ne rend pas interdit. On l'apprend de la nevela : seule une charogne mangeable par le ger porte le nom et l'interdit. Trop gâtée pour lui, elle sort de la catégorie.

Une absorption qui a passé la nuit dans la paroi est gâtée. Les Sages : le verset de Midian interdit quand même ces ustensiles. Le cas est un 'hidouch, on n'en tire pas le taam ke-ikar.

Les Tossefot alignent trois avis. Les Sages : du jour ou non, tout est interdit. Rabbi Akiva, et Rabbi Chimon en Avoda Zara : seule la marmite du jour, qui ne gâte pas ; le goût qui gâte est permis. Rabbi Meir : le goût qui gâte est interdit, appris des gioulei ; la nevela permise est celle qui était pourrie dès le départ. Chez lui, les gioulei ne sont pas un 'hidouch, et ils peuvent enseigner le taam ke-ikar.

15
וְרַבִּי עֲקִיבָא כִּדְרַב חִיָּיא בְּרֵיהּ דְּרַב הוּנָא, דְּאָמַר: לֹא אָסְרָה תּוֹרָה אֶלָּא בִּקְדֵירָה בַּת יוֹמָא, הִלְכָּךְ לָאו נוֹתֵן טַעַם לִפְגָם הוּא.

Et Rabbi Akiva tient comme Rav Hiya fils de Rav Houna, qui a dit : la Torah n'a interdit que dans une marmite du jour. Dès lors, ce n'est pas un don de goût pour un défaut.

📜 Rachi (1)
בַּת יוֹמָא שֶׁבִּישֵּׁל בָּהּ הַנָּכְרִי בּוֹ בַּיּוֹם:
Où le non-Juif a cuit le jour même.
💡 Explication

Une kedeira bat yoma, marmite du jour, a cuit dans les dernières vingt-quatre heures. Le goût qu'elle rejette est encore bon. Le verset, lu ainsi, interdit un vrai goût, et Rabbi Akiva peut en apprendre le taam ke-ikar. Le goût qui gâte reste permis, comme la nevela impropre.

16
וְרַבָּנָן? קְדֵירָה בַּת יוֹמָא נָמֵי, לָא אֶפְשָׁר דְּלָא פָּגְמָה פֻּורְתָּא.

Et les Sages ? Une marmite du jour aussi : il est impossible qu'elle n'ait pas gâté un peu.

📜 Rachi (1)
דְּלָא פָּגְמָה פּוּרְתָּא מִטַּעַם הַכְּלִי נִפְגְּמָה הַבְּלִיעָה:
Par le goût de l'ustensile, l'absorption s'est altérée.
💡 Explication

Même le jour même, le goût pris dans la paroi s'est déjà un peu dégradé. Le verset interdit donc un goût qui gâte, au moins un peu. Les Sages y voient encore un 'hidouch : on n'en tire pas une règle pour les autres interdits.

17
אֲמַר לֵיהּ רַב אַחָא בְּרֵיהּ דְּרַב אַוְיָא לְרַב אָשֵׁי: מִדְּרַבָּנַן נִשְׁמַע לְרַבִּי עֲקִיבָא, מִי לָא אָמְרִי רַבָּנַן ״מְשָׁרֵת״ לִיתֵּן טַעַם כְּעִיקָּר, מִכָּאן אַתָּה דָּן לְכָל אִיסּוּרִין שֶׁבַּתּוֹרָה. לְרַבִּי עֲקִיבָא נַמֵּי — ״מְשָׁרֵת״ לְהֶיתֵּר מִצְטָרֵף לְאִיסּוּר, מִכָּאן אַתָּה דָּן לְכָל אִיסּוּרִין שֶׁבַּתּוֹרָה כֻּולָּהּ!

Rav Aha fils de Rav Avya dit à Rav Ashi : des Sages, entendons pour Rabbi Akiva. Les Sages ne disent-ils pas : misheret, pour poser que le goût est comme l'essentiel, et d'ici tu raisonnes pour tous les interdits de la Torah ?

Pour Rabbi Akiva aussi : misheret, pour que le permis se joigne à l'interdit, et d'ici tu raisonnes pour tous les interdits de toute la Torah !

📜 Rachi (2)
מִדְּרַבָּנָן נִשְׁמַע לר"ע לְרַבִּי יוֹחָנָן פָּרֵיךְ דְּאָמַר לְעֵיל כָּל אִיסּוּרִין שֶׁבַּתּוֹרָה אֵין הֶיתֵּר מִצְטָרֵף לְאִיסּוּר חוּץ מֵאִיסּוּרֵי נָזִיר וְאוֹקֵימְנָא כר"ע מִכְּדֵי לר"ע שָׁמְעִינַן לֵיהּ דְּאָמַר בְּאִיסּוּרֵי נָזִיר הֶיתֵּר מִצְטָרֵף לְאִיסּוּר וּבִשְׁאָר אִיסּוּרֵי לָא אַייְרֵי מִידִי וְר' יוֹחָנָן אַמַּאי לֹא אָמַר דְּכִי הֵיכִי דְּאִית לֵיהּ בְּאִיסּוּרֵי נָזִיר אִית לֵיהּ נַמֵּי בִּשְׁאָר אִיסּוּרֵי הָא מִמַּאי דְּשָׁמְעִינַן לְהוּ לְרַבָּנָן בְּטַעַם כְּעִיקָּר מָצֵינַן לְמִשְׁמַע מִינָּהּ נָמֵי דַּעְתֵּיהּ דר"ע בְּהֶיתֵּר מִצְטָרֵף לְאִיסּוּר:
Il objecte à Rabbi Yo'hanan, qui a dit plus haut : dans tous les interdits de la Torah, le permis ne se joint pas à l'interdit, hors les interdits du nazir. Et nous l'avons établi selon Rabbi Akiva. Or, de Rabbi Akiva, nous avons entendu qu'il le dit pour les interdits du nazir, et des autres interdits il n'a rien dit. Pourquoi Rabbi Yo'hanan n'a-t-il pas dit : de même qu'il le tient pour les interdits du nazir, il le tient aussi pour les autres interdits ? Car de cela même dont nous entendons les Sages sur le goût comme l'essentiel, nous pouvons aussi entendre l'avis de Rabbi Akiva sur le permis qui se joint à l'interdit.
לָאו אָמְרִי רַבָּנָן כוּ' וְקָא אָמְרִי נָמֵי הָכָא בִּשְׁאָר אִיסּוּרֵי לר"ע נָמֵי דְּמַפִּיק לָהּ לְהֶיתֵּר מִצְטָרֵף לְאִיסּוּר אִיכָּא לְמֵימַר נָמֵי דְּאִית לֵיהּ מִכָּאן אַתָּה דָּן לְכָל הַתּוֹרָה כֻּולָּהּ:
Et ils le disent aussi ici pour les autres interdits. Pour Rabbi Akiva aussi, qui sort le verset pour le permis qui se joint à l'interdit, on peut dire aussi qu'il tient : d'ici tu raisonnes pour toute la Torah.
💡 Explication

Rav Aha aligne les deux lectures. Les Sages partent du nazir et, par le kal va-homer, couvrent toute la Torah. Rabbi Akiva part du même mot, pour le joint du permis. Le même pas devrait couvrir, chez lui aussi, tous les interdits.

L'objection vise Rabbi Yo'hanan. Il a limité le joint au nazir, et l'on a rangé cet avis sous Rabbi Akiva. Rabbi Akiva, dans les sources citées, ne parle que du nazir. Rien, dans ces sources, ne l'empêche d'étendre la règle comme les Sages étendent la leur.

18
אֲמַר לֵיהּ:

Il lui dit :

📜 Rachi (1)
אֲמַר לֵיהּ כֵּיוָן דְּמוּקֵי לֵיהּ ר"ע לְהֶיתֵּר מִצְטָרֵף לְאִיסּוּר לָא מָצֵינַן לְמֵימַר מִכָּאן אַתָּה דָּן:
Puisque Rabbi Akiva établit le verset pour le permis qui se joint à l'interdit, nous ne pouvons pas dire : d'ici tu raisonnes.
💡 Explication

Rav Ashi répond à Rav Aha. Le segment s'arrête sur l'ouverture. Rachi donne le nerf : Rabbi Akiva a affecté misheret au joint du permis, et l'on ne peut plus enchainner, à partir de là, la formule d'ici tu raisonnes, qui étend la règle à toute la Torah. La suite se lit sur 45a.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).