Sougya : L'amoud poursuit deux baraitot sur la pâte restée dans les fentes du pétrin : elle fait écran à la tevila, et l'on transgresse l'interdit du hamets. Rav Houna écarte la baraita souple.
Rav Yossef y voit une discussion de tannaim, autour de la motte de levain réservée pour s'asseoir. Abaye ramène les deux textes à Rabbi Chimon ben Elazar, selon que la pâte est ou non à l'endroit du pétrissage ; Rav Achi précise que le rebord du pétrin entre dans ce second cas.
Viennent ensuite deux demi-kazayit reliés par un fil de pâte, dans le pétrin ou dans la maison, puis le pain moisi, le pétrin des tanneurs, et l'écart entre la mesure du hamets et la kapda qui décide l'écran à l'immersion.
il ne fait pas écran et l'on ne transgresse pas. À l'endroit qui n'est pas fait pour renforcer, il fait écran et l'on transgresse.
Dans quel cas dit-on cela ? Pour moins d'un kazayit.
Mais pour un kazayit, même à l'endroit fait pour renforcer, il fait écran et l'on transgresse.
Suite de la baraita sévère. La pâte collée au pétrin se juge sur deux plans : hatzitza, l'écran qui empêche la tevila, et la transgression du hamets à Pessa'h. Le critère fait pour renforcer ne joue qu'en dessous du kazayit. Dès un kazayit, même là où la pâte renforce le pétrin, elle fait écran et l'on transgresse.
Rachi rattache cette clause à la première version de Chmouel sur la michna : là où cela renforce, même un kazayit est annulé.
Elles se contredisent l'une l'autre. Rav Houna dit : retranche la souple devant la sévère.
Les deux baraitot se contredisent sur le kazayit et sur le moins d'un kazayit. Rav Houna retranche la souple et garde la sévère. Rachi : la première n'a pas le statut d'enseignement retenu.
Le Roch rapporte la décision de Rav Alfas dans ce sens, et le débat du Baal haMaor, qui préfère la conciliation d'Abaye. Rabbeinou Hananel suit Abaye.
Rav Yossef dit : tu as retiré les tannaim du monde ?! C'est une discussion de tannaim.
Car on a enseigné : le pain qui a moisi, on est tenu de le détruire, parce qu'il est propre à être broyé et à faire lever avec lui plusieurs autres pâtes.
Rav Yossef refuse d'effacer une baraita. Les deux textes sont des tannaim qui divergent. La preuve : un pain moisi, impropre à être mangé tel quel, reste à détruire s'il peut encore, une fois broyé, faire lever d'autres pâtes. Un hamets qui ne se mange plus peut donc garder son interdit.
Rabbi Chimon ben Elazar dit : dans quel cas dit-on cela ? Lorsqu'on le conserve pour être mangé.
Mais une motte de levain qu'on a réservée pour s'asseoir, elle est annulée. Du fait que Rabbi Chimon ben Elazar dit qu'elle est annulée, il résulte que le premier tanna tient qu'elle n'est pas annulée.
On voit donc qu'il tient : tout kazayit, même si on l'annule, ne s'annule pas.
La baraita du pain moisi se limite, pour Rabbi Chimon ben Elazar, au hamets conservé pour être mangé. Une kofet, motte de levain durci, réservée comme siège, est annulée. Le premier tanna, lui, tient qu'un kazayit qu'on déclare annulé reste interdit.
Rav Yossef en tire les deux baraitot du pétrin : la souple est Rabbi Chimon ben Elazar, la sévère est le tanna kamma. Les Tossefot comparent ce chinouy maase, le changement d'usage, à la sortie de l'impureté des ustensiles.
Abaye lui dit : tu as résolu le kazayit. Moins d'un kazayit, l'as-tu résolu ?
Plutôt, celle-ci et celle-là sont Rabbi Chimon ben Elazar, et il n'y a pas de difficulté : celle-ci à l'endroit du pétrissage, celle-là hors de l'endroit du pétrissage.
Rav Yossef a rangé le kazayit dans la discussion des tannaim. Le moins d'un kazayit reste en contradiction : Rabbi Chimon ben Elazar ne distingue la mesure que lorsque le hamets n'est plus gardé pour être mangé.
Abaye remet les deux baraitot sous ce seul nom. L'une parle de l'endroit du pétrissage, l'autre de ce qui est dehors. Rachi aligne les mots : le fond, les parois, le rebord. Les deux textes disent la même loi, avec des noms différents pour ce qui renforce.
Rav Achi dit : ne dis pas que hors de l'endroit du pétrissage vise le dos du pétrin. Cela vise aussi le rebord du pétrin.
Rav Achi serre le mot. Hors de l'endroit du pétrissage vise le rebord du pétrin, la chiphta, et non le seul dos extérieur. Sur ce rebord, moins d'un kazayit fait écran : la pâte n'y est pas travaillée, même si parfois elle y dégoutte.
Rachi résume la loi commune. Rebord : rigueur dès le moindre morceau. Fond : souplesse, même pour un kazayit. Parois : le kazayit décide.
C'est évident ? On pourrait dire : parfois cela dégoutte et parvient jusque-là.
Cela nous l'apprend.
Le rebord pourrait passer pour un endroit de pétrissage, si la pâte y dégoutte. Rav Achi enseigne que ce dégoût laisse la zone inchangée : le rebord reste hors du pétrissage. Moins d'un kazayit y fait écran, et l'on transgresse.
Rav Nahman dit au nom de Rav : la halakha est selon Rabbi Chimon ben Elazar.
Première version de l'avis de Rav. La halakha suit Rabbi Chimon ben Elazar : une motte de levain qu'on a réservée pour s'asseoir est annulée, et Rachi étend cela à une grande quantité.
Vraiment ? Or Rav Yitzhak bar Achi a dit au nom de Rav : si l'on a enduit sa face d'argile, elle est annulée.
Enduite, oui ; non enduite, non !
Un autre enseignement de Rav limite l'annulation au cas où l'on enduit la face d'argile. Sans cet enduit, la motte resterait du hamets. Les deux rapports au nom de Rav ne tiennent pas ensemble.
Celui qui enseigne ceci n'enseigne pas cela.
Les deux formules viennent d'amoraim qui rapportent Rav. Chacun transmet une seule des deux. On ne les force pas dans la bouche du même maître.
Certains disent : Rav Nahman dit au nom de Rav : la halakha n'est pas selon Rabbi Chimon ben Elazar. Car Rav Yitzhak bar Achi a dit au nom de Rav : si l'on a enduit sa face d'argile, elle est annulée, etc.
Seconde version. Rav Nahman au nom de Rav : la halakha suit le tanna kamma. La motte ne sort du hamets que si sa face est enduite d'argile, comme le dit Rav Yitzhak bar Achi au nom de Rav.
Rav Nahman dit au nom de Chmouel : deux moitiés d'olive, et un fil de pâte entre elles. On regarde : chaque fois que, si l'on retirait le fil, elles partiraient avec lui, on est tenu de détruire.
Sinon, on n'est pas tenu de détruire.
Deux morceaux, chacun moindre qu'un kazayit, peuvent former une seule mesure s'ils tiennent ensemble par un fil de pâte. L'épreuve est physique : on soulève le fil. S'ils viennent avec lui, on détruit le tout. S'ils restent, chacun reste en dessous de la mesure. Rachi place le cas sur les parois du pétrin.
Oula dit : nous n'avons dit cela que pour le pétrin. Mais dans la maison, on est tenu de détruire.
Dans le pétrin, les morceaux sont fixés dans les fentes. Sans fil qui les soulève ensemble, ils ne se rejoindront pas. Dans la maison, Oula oblige à détruire même sans fil.
Quelle est la raison ? Parfois on les balaye, et ils tombent l'un contre l'autre.
Le balai peut réunir les deux moitiés. Une fois l'une contre l'autre, elles font un kazayit de hamets. D'où l'obligation de les détruire dès le début, dans la maison.
Oula dit : on a demandé en Occident : une maison et un étage, qu'en est-il ? Une maison et un portique, qu'en est-il ?
Deux maisons, l'une à l'intérieur de l'autre, qu'en est-il ?
Trois configurations, posées en Erets Israël. Une demi-olive en bas et une en haut, ou dans un portique (akhsadra), ou dans une seconde maison où l'on passe par la première. La question est toujours la même : le balayage peut-il les réunir ?
Rachi esquisse des réponses en cascade, puis laisse la suite ouverte. L'étage : la chute alignée est rare. Le portique : passages et ouvertures en font presque une seule pièce.
Teikou.
Teikou : les trois questions restent en suspens. La Guemara ne tranche pas si l'on détruit, dans ces configurations, deux moitiés d'olive séparées.
Les Sages ont enseigné : le pain qui a moisi et qui a été disqualifié pour la nourriture de l'homme, alors que le chien peut le manger, contracte l'impureté des aliments à la mesure d'un œuf, et on le brûle avec l'impur à Pessa'h. On a dit au nom de Rabbi Natan : il ne contracte pas l'impureté.
Nouveau seuil. Un pain moisi, impropre à l'homme et encore mangeable par un chien, garde le statut d'aliment : il contracte l'impureté des aliments dès un kebeitza. S'il est terouma pure, on peut le brûler avec la terouma impure à Pessa'h, car l'interdit de le rendre impur de la main est tombé.
Rabbi Natan : dès qu'un homme ne peut plus le manger, il ne contracte plus l'impureté.
Selon qui va ce que nous avons appris ? On a énoncé une règle dans les puretés : tout ce qui est réservé à la nourriture de l'homme est impur jusqu'à ce qu'il soit disqualifié pour la nourriture du chien.
Selon qui ? Selon un avis autre que Rabbi Natan.
La michna de Taharot fait durer l'impureté jusqu'au seuil du chien. Rabbi Natan l'arrête au seuil de l'homme. La règle citée suit donc l'autre avis.
Les Sages ont enseigné : le pétrin des tanneurs dans lequel on a mis de la farine. Dans les trois jours, on est tenu de détruire.
Avant les trois jours, on n'est pas tenu de détruire. Rabbi Natan dit : dans quel cas dit-on cela ?
Lorsqu'on n'y a pas mis de peaux. Mais si l'on y a mis des peaux, même dans les trois jours, on n'est pas tenu de détruire.
Les tanneurs mettent de la farine dans le pétrin où trempent les peaux. Sans peaux, le délai est de trois jours avant Pessa'h : en deça, la farine est encore du hamets ; au-delà, l'odeur du récipient l'a gâtée.
Rabbi Natan : dès qu'on y met des peaux, même dans les trois jours, plus de biour. Le Roch rappelle ensuite le seuil du chien pour le pain moisi : la baraita qui oblige à détruire un pain qu'on peut encore broyer vise un pain encore propre au chien.
Rava dit : la halakha est selon Rabbi Natan, même un seul jour, et même une seule heure.
Rava tranche comme Rabbi Natan. Dès que les peaux sont dans la farine, le délai de trois jours tombe : une heure suffit pour que la farine sorte du hamets.
Le Roch cite ici une autre mesure : s'il n'y a pas sur place l'équivalent, Rabbi Abahou au nom de Rabbi Elazar fixe le temps d'un trajet de Migdal Ninve à Tibériade, un mil.
Et de même pour l'impureté : s'il y tient, cela fait écran ; et s'il veut que cela demeure, c'est comme le pétrin.
La michna aligne le hamets et la tevila. Si le maître tient à enlever la pâte, elle fait écran : l'immersion du pétrin ne prend pas. S'il veut qu'elle reste pour boucher la fente, elle fait corps avec le pétrin.
Est-ce comparable ? Là-bas, la chose dépend de la mesure.
Ici, la chose dépend de la kapda !
Le mot et de même promet une même règle. Or les critères divergent. Pour le hamets, c'est le chiour : kazayit ou en dessous. Pour l'écran à la tevila, c'est la kapda : le maître tient-il à retirer la pâte, quelle qu'en soit la quantité ?
Rav Yehouda dit : lis : et pour l'impureté, il n'en est pas ainsi.
Rav Yehouda corrige la michna. Le texte dirait : et pour l'impureté, la règle est autre. Le chiour du hamets et la kapda de la tevila resteraient deux lois distinctes, et le mot et de même disparaîtrait.
Abaye lui dit : or on enseigne : et de même pour l'impureté ! Plutôt, dit Abaye, voici ce que le texte dit : et de même
Abaye refuse la correction. La michna dit bien et de même pour l'impureté. Il ouvre une autre lecture : voici ce que le texte dit, et de même. La phrase continue au daf suivant.
Le Roch, sur ce passage, rassemble les cas où le hamets a perdu sa forme : collyre, emplâtre, cataplasme, thériaque, vêtements amidonnés, papiers collés. On peut les garder. Les manger, pour la thériaque, reste interdit jusqu'après Pessa'h.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).