Pesachim 45b — Pâte collée au pétrin, motte de levain, deux demi-olives

Pesachim 45b

Sougya : L'amoud poursuit deux baraitot sur la pâte restée dans les fentes du pétrin : elle fait écran à la tevila, et l'on transgresse l'interdit du hamets. Rav Houna écarte la baraita souple.

Rav Yossef y voit une discussion de tannaim, autour de la motte de levain réservée pour s'asseoir. Abaye ramène les deux textes à Rabbi Chimon ben Elazar, selon que la pâte est ou non à l'endroit du pétrissage ; Rav Achi précise que le rebord du pétrin entre dans ce second cas.

Viennent ensuite deux demi-kazayit reliés par un fil de pâte, dans le pétrin ou dans la maison, puis le pain moisi, le pétrin des tanneurs, et l'écart entre la mesure du hamets et la kapda qui décide l'écran à l'immersion.

Trois zones du pétrin Règle commune aux deux tannaim, d'après Rachi. Le nom de la zone change, la loi reste. Rebord safa, chiphta Même moins d'un kazayit : écran et transgression Hors de l'endroit du pétrissage. Le dos extérieur, idem. Parois endroit du pétrissage la pâte y est travaillée Kazayit : écran et transgression Moins d'un kazayit : annulé Elle aide un peu à tenir la pâte quand on pétrit. Fond choulayim, reçoit l'eau Même un kazayit : ni écran, ni transgression Endroit fait pour renforcer le pétrin. La première baraita appelle renforcer le fond. La seconde appelle renforcer les parois.
Rebord, parois, fond : quand la pâte fait écran et quand on transgresse.
Deux baraitot, trois issues La souple annule plus largement. La sévère oblige dès qu'un kazayit, et parfois en dessous. Rav Houna Retrancher la souple devant la sévère La première baraita n'est pas retenue Rav Alfas suit cette seconde version Kazayit : on détruit, même là où cela renforce Rav Yossef Discussion de tannaim Tanna kamma : un kazayit ne s'annule pas Rabbi Chimon ben Elazar : motte réservée pour s'asseoir, annulée Le moins d'un kazayit reste sans réponse Abaye Les deux baraitot sont ce seul tanna Ici : endroit du pétrissage Là : hors de cet endroit Hananel et le Baal haMaor suivent Abaye Halakha, première version Rav Nahman au nom de Rav : comme Rabbi Chimon ben Elazar La motte réservée est annulée, même abondante Halakha, autre version La halakha suit le tanna kamma Annulation seulement si la face de la motte est enduite d'argile
Rav Houna, Rav Yossef, Abaye. Deux versions sur la halakha de la motte.
Deux demi-olives et un fil de pâte Rav Nahman au nom de Chmouel. Oula distingue le pétrin et la maison. On retire le fil : les deux partent-elles avec ? Oui, elles partent avec le fil Le fil les joint en un kazayit On est tenu de détruire Non, elles restent Dans le pétrin : fixés, pas de biour Dans la maison : on détruit Dans la maison, on craint le balayage Les deux moitiés peuvent tomber l'une contre l'autre et faire un kazayit. Questions laissées en suspens : maison et étage ; maison et portique ; deux maisons, l'une à l'intérieur de l'autre. Teikou.
Deux demi-olives jointes par un fil : pétrin, maison, et les questions en suspens.
1
אֵינוֹ חוֹצֵץ וְאֵינוֹ עוֹבֵר. בִּמְקוֹם שֶׁאֵין עָשׂוּי לְחַזֵּק — חוֹצֵץ וְעוֹבֵר. בַּמֶּה דְבָרִים אֲמוּרִים — בְּפָחוֹת מִכְּזַיִת, אֲבָל בִּכְזַיִת — אֲפִילּוּ בִּמְקוֹם הֶעָשׂוּי לְחַזֵּק חוֹצֵץ וְעוֹבֵר.

il ne fait pas écran et l'on ne transgresse pas. À l'endroit qui n'est pas fait pour renforcer, il fait écran et l'on transgresse.

Dans quel cas dit-on cela ? Pour moins d'un kazayit.

Mais pour un kazayit, même à l'endroit fait pour renforcer, il fait écran et l'on transgresse.

📜 Rachi (3)
אֵינוֹ חוֹצֵץ אִם נִטְמֵאת וּבָא לְהַטְבִּילָהּ דִּבְטִיל לְגַבֵּי עֲרֵיבָה:
S'il est devenu impur et qu'on vient l'immerger : [la pâte] est annulée par rapport au pétrin.
וְאֵינוֹ עוֹבֵר לְעִנְיַן חָמֵץ בְּפֶסַח:
Au sujet du hamets à Pessa'h.
בַּמֶּה דְבָרִים אֲמוּרִים דִּבְמָקוֹם שֶׁאֵין עָשׂוּי לְחַזֵּק עוֹבֵר בִּכְזַיִת וְהַיְינוּ כְּלִישָּׁנָא קַמָּא דְּאוֹקְמָה לְמִתְנֵי' בְּשֶׁאֵין עָשׂוּי לְחַזֵּק קָתָנֵי בָּהּ נָמֵי הָכִי דִּבְכַזַּיִת עוֹבֵר וּבְפָחוֹת מִכְּזַיִת בָּטֵל אֲבָל אִי עָשׂוּי לְחַזֵּק אֲפִילּוּ כְּזַיִת בָּטֵל:
À l'endroit qui n'est pas fait pour renforcer, on transgresse pour un kazayit. Et cela correspond à la première version, qui établit la michna là où ce n'est pas fait pour renforcer. On y enseigne aussi ainsi : pour un kazayit on transgresse, pour moins d'un kazayit c'est annulé. Mais si c'est fait pour renforcer, même un kazayit est annulé.
💡 Explication

Suite de la baraita sévère. La pâte collée au pétrin se juge sur deux plans : hatzitza, l'écran qui empêche la tevila, et la transgression du hamets à Pessa'h. Le critère fait pour renforcer ne joue qu'en dessous du kazayit. Dès un kazayit, même là où la pâte renforce le pétrin, elle fait écran et l'on transgresse.

Rachi rattache cette clause à la première version de Chmouel sur la michna : là où cela renforce, même un kazayit est annulé.

2
קַשְׁייָן אַהֲדָדֵי. אָמַר רַב הוּנָא: סְמִי קִילְּתָא מִקַּמֵּי חֲמִירְתָּא.

Elles se contredisent l'une l'autre. Rav Houna dit : retranche la souple devant la sévère.

📜 Rachi (1)
קִילְּתָא מִקַּמֵּי חֲמִירְתָּא קַמַּייְתָא דְּאֵינָהּ מִשְׁנָה:
La première, qui n'est pas un enseignement retenu.
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' א"ר יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל לֹא שָׁנוּ אֶלָּא בְּמָקוֹם שֶׁאֵינוֹ עָשׂוּי לְחַזֵּק אֲבָל בִּמְקוֹם הֶעָשׂוּי לְחַזֵּק אֵינוֹ חַיָּיב לְבַעֵר מִכְּלָל דְּפָחוֹת מִכְּזַיִת אַפֵּי' בְּמָקוֹם שֶׁאֵינוֹ עָשׂוּי לְחַזֵּק אֵינוֹ חַיָּיב לְבַעֵר. אִיכָּא דְּמַתְנֵי לַהּ אַסֵּיפָא פָּחוֹת מִכָּאן בָּטֵל בְּמִיעוּטוֹ א"ר יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל לֹא שָׁנוּ אֶלָּא בִּמְקוֹם הֶעָשׂוּי לְחַזֵּק אֲבָל בִּמְקוֹם שֶׁאֵין עָשׂוּי לְחַזֵּק חַיָּיב לְבַעֵר מִכְּלָל דִּכְזַיִת אֲפִילּוּ בִּמְקוֹם הֶעָשׂוּי לְחַזֵּק חַיָּיב לְבַעֵר וְתַנְיָא כְּתַרְוַוייְהוּ לִישָּׁנֵי. וּפָרִיךְ הַשַּׁ"ס קַשְׁיָא אַהֲדָדֵי אָמַר רַב הוּנָא סְמִי קִילְּתָא מִקַּמֵּי חֲמִירְתָּא וְכֵן פָּסַק רַב אִלְפָּס זַ"ל כְּלִישָּׁנָא בָּתְרָא ואע"פ שֶׁאַבַּיֵּי מְתָרֵץ שְׁתֵּי הַבָּרָייְתוֹת אַהֲדָדֵי אֵין נִרְאִין לוֹ דִּבְרֵי אַבַּיֵּי וְנָתַן בַּעַל הַמָּאוֹר טַעַם לִדְבָרָיו מִשּׁוּם דְּאַבַּיֵּי מוּקֵי תַּרְתֵּי בָּרָייְתוֹת כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן אֶלְעָזָר וְאָמְרִי' בִּשְׁמַעְתִּין דְּאֵין הֲלָכָה כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן אֶלְעָזָר. וְהוּא כָּתַב נִרְאֶה לִי לִסְמֹוךְ עַל הַהִיא דְּאַבַּיֵּי דְּהָא עֲדִיפָא דִּמְתָרֵץ תַּרְתֵּי הַבָּרָיְיתוֹת אַהֲדָדֵי וְגַם תְּרֵי לִישָּׁנֵי דְּרַב יְהוּדָה וְרַב אַשִּׁי פִּי' דְּבָרָיו לָא תֵּימָא שֶׁלֹּא בִּמְקוֹם לִישָׁה וְכוּ'. וְכֵן פָּסַק רַבֵּינוּ חֲנַנְאֵל כְּאַבַּיֵּי מֵהַאי טַעְמָא. וְלֹא הֶאֱרַכְתִּי לְבָאֵר דִּבְרֵי אַבַּיֵּי דְּהָא בִּמְקוֹם לִישָׁה וְהָא שֶׁלֹּא בִּמְקוֹם לִישָׁה וְלִכְתֹּוב שִׁיטַת רַשִׁ"י ור"י לְפִי שֶׁיִּשְׂרָאֵל קְדוֹשִׁים הֵם וְגוֹרְרִין וּמְבַעֲרִין כָּל חָמֵץ הַנִּמְצָא אֲפִילּוּ כָּל שֶׁהוּא וַאֲפִילּוּ אִם נִדְבַּק בְּכָותְלֵי הַבַּיִת. כָּתַב זְקֵינִי רַבֵּינוּ אב"ן זַ"ל בְּחִיבּוּרוֹ וּמַה שֶׁנָּהֲגוּ לְגָרֵר הַכּוֹתָלִים וְהַכִּסְּאוֹת שֶׁהִגִּיעַ בָּהֶן חָמֵץ קֹודֶם הַפֶּסַח מָצָאתִי לוֹ סֶמֶךְ בִּירוּשַׁלְמִי. רַב אָמַר הִנִּיחַ בְּבֵיתוֹ בָּצֵק חַיָּיב לְבַעֵר וְהָא דְּאָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן אֶלְעָזָר כֹּופֶת שְׂאוֹר שֶׁייִּחֲדָהּ לִישִׁיבָה בָּטְלָה מוּקֵי לָהּ בְּכוֹפֵת מָאוּס ע"כ. אָמַר רַב נַחְמָן אָמַר שְׁמוּאֵל שְׁנֵי חֲצָאֵי זֵיתִים חָמֵץ וְחוּט שֶׁל בָּצֵק בֵּינֵיהֶם רוֹאִין כָּל שֶׁאִלּוּ יִנָּטֵל הַחוּט וְנִיטָּלִין עִמּוֹ חַייָּב לְבַעֵר וְאִם לָאו אֵינוֹ חַיָּיב לְבַעֵר אָמַר עֻולָּא לָא אֲמַרַן אֶלָּא בַּעֲרֵיבָה אֲבָל בַּבַּיִת חַיָּיב לְבַעֵר מ"ט זִימְנֵי דְּמִיכַּנְשִׁי וְנָפְלִי אַהֲדָדֵי בָּעוּ בְּמַעְרְבָא בַּיִת וַעֲלִייָּה בַּיִת וְאַכְסַדְרָה שְׁתֵּי בָּתִּים זֶה לִפְנִים מִזֶּה מַהוּ תֵּיקוּ. כָּתַב בַּעַל הָעִיטּוּר מְבַטְּלָן וְאֵין צָרִיךְ לְבַעֵר כֵּיוָן דְּבִיטְּלָן הָוֵי דְּרַבָּנָן וְאָזְלִינַן לְקֻולָּא. וַאֲבִי הָעֶזְרִי כָּתַב דְּאָזְלִינַן לְחוּמְרָא ול"נ. וְהָרַמְבַּ"ם זַ"ל פ"ב מֹהַל' חָמֵץ כָּתַב הוֹאִיל וְאֵלּוּ חֲצָאֵי זֵיתִים דְּבוּקִים בַּכּוֹתָלִים אוֹ בַּקּוֹרוֹת אוֹ בַּקַּרְקָעוֹת אֵין חַיָּיב לְבַעֵר אֶלָּא מְבַטְּלוֹ בְּלִבּוֹ וְדַיּוֹ וְלָאו דַּוְקָא דְּבוּקִים אֶלָּא אוֹרְחָא דְמִילְּתָא נְקַט.
Guemara. Rav Yehouda dit au nom de Chmouel : on n'a enseigné cela que là où ce n'est pas fait pour renforcer ; là où c'est fait pour renforcer, on n'est pas tenu de détruire. Il en résulte que pour moins d'un kazayit, même là où ce n'est pas fait pour renforcer, on n'est pas tenu de détruire. Certains l'enseignent sur la fin : moins que cela est annulé dans sa minorité. Rav Yehouda dit au nom de Chmouel : on n'a enseigné cela que là où c'est fait pour renforcer ; là où ce n'est pas fait pour renforcer, on est tenu de détruire. Il en résulte que pour un kazayit, même là où c'est fait pour renforcer, on est tenu de détruire. Et l'on enseigne une baraita selon les deux versions. Le Talmud objecte : elles se contredisent. Rav Houna dit : retranche la souple devant la sévère. Et ainsi a tranché Rav Alfas zal, selon la seconde version. Bien qu'Abaye concilie les deux baraitot l'une avec l'autre, les paroles d'Abaye ne lui semblent pas justes. Le Baal haMaor a donné une raison à ses paroles : Abaye établit les deux baraitot selon Rabbi Chimon ben Elazar, et l'on dit dans notre sougya que la halakha n'est pas selon Rabbi Chimon ben Elazar. Et lui a écrit : il me semble m'appuyer sur celle d'Abaye, car elle a l'avantage de concilier les deux baraitot l'une avec l'autre, et aussi les deux versions de Rav Yehouda ; et Rav Achi a expliqué ses paroles : ne dis pas hors de l'endroit du pétrissage, etc. Et ainsi a tranché Rabbeinou Hananel comme Abaye, pour cette raison. Et je ne me suis pas étendu à expliquer les paroles d'Abaye, celle-ci à l'endroit du pétrissage et celle-là hors de l'endroit du pétrissage, ni à écrire la méthode de Rachi et du Ri, car Israël sont saints : ils grattent et détruisent tout hamets qui se trouve, même un kol chehou, même s'il a collé aux murs de la maison. Mon aïeul Rabbeinou Avraham ben Nathan zal a écrit dans son ouvrage : la coutume de gratter les murs et les sièges que le hamets a atteints avant Pessa'h, j'y ai trouvé un appui dans le Yerouchalmi. Rav a dit : s'il a laissé de la pâte dans sa maison, il est tenu de la détruire. Et ce que dit Rabbi Chimon ben Elazar, une motte de levain qu'on a réservée pour s'asseoir est annulée, il l'établit d'une motte repoussante. Fin de citation. Rav Nahman dit au nom de Chmouel : deux moitiés d'olive de hamets, et un fil de pâte entre elles. On regarde : chaque fois que, si l'on retire le fil, elles sont retirées avec lui, on est tenu de détruire ; sinon, on n'est pas tenu de détruire. Oula dit : nous n'avons dit cela que pour le pétrin ; mais dans la maison, on est tenu de détruire. Quelle est la raison ? Parfois on les balaye et ils tombent l'un sur l'autre. On a demandé en Occident : une maison et un étage, une maison et un portique, deux maisons l'une à l'intérieur de l'autre, qu'en est-il ? Teikou. Le Baal haItour a écrit : on les annule, et il n'est pas besoin de les détruire, car une fois annulés l'interdit est rabbinique, et l'on va au sens souple. Avi haEzri a écrit que l'on va au sens rigoureux, et cela ne me semble pas juste. Le Rambam zal, chapitre 2 des lois du hamets, a écrit : puisque ces moitiés d'olive sont collées aux murs, aux poutres ou aux sols, on n'est pas tenu de les détruire ; on les annule dans son cœur, et cela suffit. Le cas collé est le cas habituel qu'il a pris.
💡 Explication

Les deux baraitot se contredisent sur le kazayit et sur le moins d'un kazayit. Rav Houna retranche la souple et garde la sévère. Rachi : la première n'a pas le statut d'enseignement retenu.

Le Roch rapporte la décision de Rav Alfas dans ce sens, et le débat du Baal haMaor, qui préfère la conciliation d'Abaye. Rabbeinou Hananel suit Abaye.

3
רַב יוֹסֵף אָמַר: תַּנָּאֵי שָׁקְלַתְּ מֵעָלְמָא?! תַּנָּאֵי הִיא. דְּתַנְיָא: הַפַּת שֶׁעִיפְּשָׁה — חַייָּב לְבַעֵר, מִפְּנֵי שֶׁרָאוּי לְשָׁוחְקָהּ וּלְחַמֵּעַ בָּהּ כַּמָּה עִיסּוֹת אֲחֵרוֹת.

Rav Yossef dit : tu as retiré les tannaim du monde ?! C'est une discussion de tannaim.

Car on a enseigné : le pain qui a moisi, on est tenu de le détruire, parce qu'il est propre à être broyé et à faire lever avec lui plusieurs autres pâtes.

📜 Rachi (2)
רַב יוֹסֵף אָמַר תַּרְוַייְהוּ אִיתְּנוֹ בֵּי מִדְרְשָׁא וּמִשְׁנָה הֵן וְתַנָּאֵי נִינְהוּ וּפְלִיגִי בְּהָכִי:
Les deux ont été enseignées dans la maison d'étude, elles ont statut d'enseignement, ce sont des tannaim, et ils divergent sur ce point.
תַּנָּאֵי שָׁקְלַתְּ לָךְ מֵעָלְמָא דְּלָא מַשְׁכַּחַת תַּנָּאֵי דִּפְלִיגִי בְּהָכִי דְּקָאָמְרַתְּ סַמִּי דְּאֵינָהּ מִשְׁנָה:
Tu ne trouves pas de tannaim qui divergent là-dessus, puisque tu dis de retrancher [la baraita], car elle n'est pas un enseignement.
💡 Explication

Rav Yossef refuse d'effacer une baraita. Les deux textes sont des tannaim qui divergent. La preuve : un pain moisi, impropre à être mangé tel quel, reste à détruire s'il peut encore, une fois broyé, faire lever d'autres pâtes. Un hamets qui ne se mange plus peut donc garder son interdit.

4
רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן אֶלְעָזָר אוֹמֵר: בַּמֶּה דְבָרִים אֲמוּרִים — בִּמְקֻוייֶּמֶת לַאֲכִילָה, אֲבָל כֹּופֶת שְׂאוֹר שֶׁייִּחֲדָהּ לִישִׁיבָה — בְּטֵלָה. מִדְּאָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן אֶלְעָזָר בָּטְלָה, מִכְּלָל דְּתַנָּא קַמָּא סָבַר לֹא בָּטְלָה, אַלְמָא קָסָבַר: כָּל כַּזַּיִת, אַף עַל גַּב דִּמְבַטֵּל — לָא בְּטִיל.

Rabbi Chimon ben Elazar dit : dans quel cas dit-on cela ? Lorsqu'on le conserve pour être mangé.

Mais une motte de levain qu'on a réservée pour s'asseoir, elle est annulée. Du fait que Rabbi Chimon ben Elazar dit qu'elle est annulée, il résulte que le premier tanna tient qu'elle n'est pas annulée.

On voit donc qu'il tient : tout kazayit, même si on l'annule, ne s'annule pas.

📜 Rachi (3)
כֹּופֶת מטו"ן:
Motte (laaz : maton).
שֶׁייִּחֲדָהּ לִישִׁיבָה גָּרְסִינַן וְכֹופֶת שֵׁם דָּבָר הוּא וּבְסֵדֶר טְהָרוֹת טוּבָא אִיכָּא כֹּופֶת שֶׁל עֵץ וְכֹופֶת שֶׁל אֶבֶן:
C'est ainsi que nous lisons. Kofet est un nom. Dans l'ordre Taharot, il y en a beaucoup : une motte de bois, une motte de pierre.
בְּטֵלָה אַלְמָא אִיכָּא דִּסְבִירָא לֵיהּ אַפֵּי' כְּזַיִת מִכִּי מְבַטֵּיל לָהּ בָּטֵל וּמַתְנִי' קַמַּייְתָא דְּקָתָנֵי נָמֵי בְּמָקוֹם הֶעָשׂוּי לְחַזֵּק אֲפִילּוּ כַּזַּיִת בָּטֵל ר' שִׁמְעוֹן בֶּן אֶלְעָזָר הִיא דְּכֵיוָן דְּאֵינָהּ מְקֻוייֶּמֶת לַאֲכִילָה בְּטֵלָה:
On voit qu'il existe un avis pour qui même un kazayit, dès qu'on l'annule, est annulé. Et la première baraita, qui enseigne aussi qu'à l'endroit fait pour renforcer même un kazayit est annulé, est Rabbi Chimon ben Elazar : dès lors qu'on ne le conserve pas pour être mangé, il est annulé.
🗂️ Tossefot (1)
כֹּופֶת שְׂאוֹר שֶׁיִּחֲדָהּ לִישִׁיבָה בָּטְלָה אע"פ שֶׁרָאוּי לַאֲכִילָה כֵּיוָן שֶׁאֵין מְקַייְּמִין אוֹתוֹ לַאֲכִילָה בְּטֵלָה כְּמוֹ לְעִנְיַן טֻומְאָה דְּאָמְרִינַן בְּהָעוֹר וְהָרֹוטֶב (חֻולִּין דַּף קכט.) דְּבָטְלָה אע"פ שֶׁרָאוּי לַאֲכִילָה כִּדְאָמְרִינַן הָתָם בַּיִת שֶׁסִּיכְּכוֹ בִּזְרָעִים טָהֵרוּ וְטֻומְאָתוֹ לָאו דְּאוֹרָיְיתָא דְּאִי דְּאוֹרָייְתָא א"כ מָצִינוּ אֳוכָלִים דִּמְטַמְּאִי טֻומְאָה חֲמוּרָה וּמְשַׁנֵּי כְּשֶׁשִּׁימֵּשׁ מַעֲשֵׂה עֵץ שִׁימֵּשׁ מַשְׁמַע דְּמַייְרֵי בְּרָאוּי לַאֲכִילָה וְנִרְאֶה לר"י דְּכִי הֵיכִי דִּפְלִיגִי לְעִנְיַן טֻומְאָה בְּפֶרֶק בַּמֶּה בְּהֵמָה (שַׁבָּת דַּף נב:) דְּרַבָּנָן סָבְרִי דְּכָל הַכֵּלִים עוֹלִין מִטֻּומְאָתָם בְּשִׁינּוּי מַעֲשֶׂה וְרַבִּי יְהוּדָה סָבַר דְּלָא אָמְרִינַן שִׁינּוּי מַעֲשֶׂה לְתַקֵּן אֶלָּא לְקַלְקֵל הָכִי נָמֵי פְּלִיגִי גַּבֵּי חָמֵץ:
Bien qu'elle soit propre à être mangée, dès lors qu'on ne la conserve pas pour être mangée, elle est annulée. Comme pour l'impureté : nous disons dans Haor veha-rotev (Houlin 129a) qu'elle est annulée bien qu'elle soit propre à être mangée. Comme on le dit là-bas : une maison qu'on a couverte de semences, elles sont devenues pures. Et son impureté n'est pas de la Torah : si elle l'était, nous aurions des aliments qui communiquent une impureté grave. Et l'on répond : quand cela a servi, cela a servi en acte de bois. Cela implique que le cas vise une chose propre à être mangée. Et il semble au Ri que, de la même façon qu'ils divergent au sujet de l'impureté dans le chapitre Bame behemma (Chabbat 52b), les Sages tenant que tous les ustensiles sortent de leur impureté par un changement de fonction, et Rabbi Yehouda tenant que le changement de fonction vaut pour abîmer, pas pour réparer, de même ils divergent au sujet du hamets.
💡 Explication

La baraita du pain moisi se limite, pour Rabbi Chimon ben Elazar, au hamets conservé pour être mangé. Une kofet, motte de levain durci, réservée comme siège, est annulée. Le premier tanna, lui, tient qu'un kazayit qu'on déclare annulé reste interdit.

Rav Yossef en tire les deux baraitot du pétrin : la souple est Rabbi Chimon ben Elazar, la sévère est le tanna kamma. Les Tossefot comparent ce chinouy maase, le changement d'usage, à la sortie de l'impureté des ustensiles.

5
אָמַר לֵיהּ אַבַּיֵּי: תֵּרַצְתָּ בִּכְזַיִת. פָּחוֹת מִכְּזַיִת מִי תָּרֵצְתְּ? אֶלָּא הָא וְהָא רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן אֶלְעָזָר הִיא, וְלָא קַשְׁיָא: הָא — בִּמְקוֹם לִישָׁה, הָא — שֶׁלֹּא בִּמְקוֹם לִישָׁה.

Abaye lui dit : tu as résolu le kazayit. Moins d'un kazayit, l'as-tu résolu ?

Plutôt, celle-ci et celle-là sont Rabbi Chimon ben Elazar, et il n'y a pas de difficulté : celle-ci à l'endroit du pétrissage, celle-là hors de l'endroit du pétrissage.

📜 Rachi (3)
תֵּרַצְתָּ כַּזַּיִת שֶׁבְּמָקוֹם הֶעָשׂוּי לְחַזֵּק דר"ש הִיא:
Celui qui se trouve à l'endroit fait pour renforcer est Rabbi Chimon.
פָּחוֹת מִכַּזַּיִת בִּמְקוֹם שֶׁאֵין עָשׂוּי לְחַזֵּק דְּקָשׁוּ נָמֵי אַהֲדָדֵי דְּקַמָּיְיתָא תָּנֵי אַף בִּמְקוֹם שֶׁאֵין עָשׂוּי לְחַזֵּק אֵין חַיָּיב לְבַעֵר וּבָּתְרָיְיתָא תָּנֵי חַייָּב בִּמְקוֹם שֶׁאֵין עָשׂוּי לְחַזֵּק מִי קָא תָּרֵצְתְּ הָא לָא שָׁמְעִינַן לֵיהּ לְרַבִּי שִׁמְעוֹן דְּמֵיקֵל אֶלָּא בְּשֶׁאֵינָהּ מְקֻוייֶּמֶת לַאֲכִילָה אֲבָל בִּמְקֻוייֶּמֶת לַאֲכִילָה לָא שָׁמְעִינַן דְּשָׁנֵי לֵיהּ בֵּין כְּזַיִת לְפָחוֹת מִכְּזַיִת:
À l'endroit qui n'est pas fait pour renforcer, elles se contredisent aussi. La première enseigne : même à l'endroit qui n'est pas fait pour renforcer, on n'est pas tenu de détruire. La seconde enseigne : on est tenu, à l'endroit qui n'est pas fait pour renforcer. L'as-tu résolu ? Or nous n'avons entendu Rabbi Chimon souple que lorsque [le hamets] n'est pas conservé pour être mangé. Lorsqu'il est conservé pour être mangé, nous ne l'avons pas entendu distinguer un kazayit de moins d'un kazayit.
אֶלָּא הָא וְהָא רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן אֶלְעָזָר וְלָא קַשְׁיָא כָּאן בִּמְקוֹם לִישָׁה כָּאן שֶׁלֹּא בִּמְקוֹם לִישָׁה מַתְנִיתִין בָּתְרָייְתָא לָא קָרֵי מָקוֹם שֶׁאֵין עָשׂוּי לְחַזֵּק אֶלָּא מָקוֹם שֶׁאֵינוֹ מְקוֹם לִישָׁה כְּלָל כְּגוֹן שָׂפָה הָעֶלְיוֹנָה אֲבָל דְּפָנוֹת קָרֵי מָקוֹם הֶעָשׂוּי לְחַזֵּק וְקַמָּיְיתָא קָרֵי אַף דְּפָנוֹת מָקוֹם שֶׁאֵין עָשׂוּי לְחַזֵּק וְאַף עַל גַּב דִּבְמָקוֹם לִישָׁה הוּא וּמָקוֹם הֶעָשׂוּי לְחַזֵּק קָרֵי שׁוּלַיִים וְהָכִי קָאָמַר תַּנָּא קַמָּא בְּמָקוֹם הֶעָשׂוּי לְחַזֵּק כְּגוֹן שׁוּלַייִם שֶׁמְּקַבְּלִין אֶת הַמַּיִם אֲפִילּוּ כְּזַיִת אֵינוֹ עוֹבֵר מָקוֹם שֶׁאֵינוֹ עָשׂוּי לְחַזֵּק מַיִם כְּגוֹן דְּפָנוֹת דִּמְקוֹם לִישָׁה הוּא וְלָאו מְקוֹם מַיִם חוֹצֵץ וְעוֹבֵר וּפָחוֹת מִכְּזַיִת אֲפִילּוּ בַּדְּפָנוֹת נָמֵי אֵינוֹ חוֹצֵץ דְּכֵיוָן דִּמְהַנֵּי פֻּורְתָּא לְחַזֵּק עִיסָּה כְּשֶׁמְּשַׁפְשְׁפִין וְלָשִׁין שָׁם בְּטִיל וּבְשֶׁלֹּא בִּמְקוֹם לִישָׁה כְּגוֹן שָׂפָה עֶלְיוֹנָה לָא אַיְירֵי הַאי תַּנָּא מִידִי וּמוֹדֶה הוּא בָּהּ דַּאֲפִילּוּ פָּחוֹת מִכְּזַיִת לָא בְּטִיל בֵּיהּ וְתַנָּא בָּתְרָא הָכִי קָאָמַר מָקוֹם הֶעָשׂוּי לְחַזֵּק עִיסָּה כְּגוֹן דְּפָנוֹת אֵינוֹ חוֹצֵץ בְּפָחוֹת מִכְּזַיִת וְהָכִי נָמֵי אֲמָרָן בְּקַמָּייְתָא מָקוֹם שֶׁאֵין עָשׂוּי לְחַזֵּק כְּגוֹן שָׂפָה הָעֶלְיוֹנָה חוֹצֵץ וְאַף עַל גַּב דְּלֵיכָּא כְּזַיִת וְהָכִי נָמֵי אֲמָרָן בְּקַמַּיְיתָא וְכַזַּיִת אֲפִילּוּ בַּדְּפָנוֹת חוֹצֵץ וְהָכִי נָמֵי תַּנְיָא בְּקַמַּיְיתָא:
La baraita seconde n'appelle endroit qui n'est pas fait pour renforcer qu'un endroit qui n'est pas du tout un endroit de pétrissage, par exemple le rebord supérieur. Les parois, elle les appelle endroit fait pour renforcer. La première appelle aussi les parois un endroit qui n'est pas fait pour renforcer, bien que ce soit un endroit de pétrissage, et elle appelle endroit fait pour renforcer le fond. Voici ce que dit le premier tanna : à l'endroit fait pour renforcer, par exemple le fond qui reçoit l'eau, même un kazayit, on ne transgresse pas. À l'endroit qui n'est pas fait pour renforcer l'eau, par exemple les parois, endroit de pétrissage et non endroit d'eau, cela fait écran et l'on transgresse. Moins d'un kazayit, même sur les parois, ne fait pas écran non plus : puisque cela aide un peu à renforcer la pâte quand on frotte et qu'on pétrit là, c'est annulé. Hors de l'endroit du pétrissage, par exemple le rebord supérieur, ce tanna n'en parle pas ; il est d'accord : même moins d'un kazayit n'y est pas annulé. Le second tanna dit ainsi : l'endroit fait pour renforcer la pâte, par exemple les parois, ne fait pas écran pour moins d'un kazayit, et ainsi nous l'avons dit aussi dans la première. L'endroit qui n'est pas fait pour renforcer, par exemple le rebord supérieur, fait écran même s'il n'y a pas un kazayit, et ainsi nous l'avons dit aussi dans la première. Un kazayit, même sur les parois, fait écran, et ainsi c'est aussi enseigné dans la première.
💡 Explication

Rav Yossef a rangé le kazayit dans la discussion des tannaim. Le moins d'un kazayit reste en contradiction : Rabbi Chimon ben Elazar ne distingue la mesure que lorsque le hamets n'est plus gardé pour être mangé.

Abaye remet les deux baraitot sous ce seul nom. L'une parle de l'endroit du pétrissage, l'autre de ce qui est dehors. Rachi aligne les mots : le fond, les parois, le rebord. Les deux textes disent la même loi, avec des noms différents pour ce qui renforce.

6
אָמַר רַב אַשִּׁי: לָא תֵּימָא שֶׁלֹּא בִּמְקוֹם לִישָׁה — אַגַּבָּהּ דְּאַגָּנָא, אֶלָּא אַשִּׂיפְתָּא דְּאַגָּנָא.

Rav Achi dit : ne dis pas que hors de l'endroit du pétrissage vise le dos du pétrin. Cela vise aussi le rebord du pétrin.

📜 Rachi (3)
לָא תֵּימָא שֶׁלֹּא בִּמְקוֹם לִישָׁה דַּאֲמָרָן בֵּיהּ דַּאֲפִילּוּ בְּצִיר מִכְּזַיִת חוֹצֵץ הַיְינוּ גַּבָּהּ דְּאַגָּנָא מִבַּחוּץ אֲבָל שִׂיפְתָּא דְּאַגָּנָא קָרֵי מְקוֹם לִישָׁה וּבְטִיל בֵּיהּ פָּחוֹת מִכְּזַיִת:
Là où nous avons dit que même moins d'un kazayit fait écran, ce serait le dos du pétrin, à l'extérieur. Le rebord du pétrin, on l'appellerait endroit de pétrissage, et moins d'un kazayit y serait annulé.
אֶלָּא שִׂיפְתָּא דְּאַגָּנָא נָמֵי קָרֵי שֶׁלֹּא מְקוֹם לִישָׁה וְלָא בְּטִיל בֵּיהּ בְּצִיר מִכְּזַיִת:
On l'appelle aussi hors de l'endroit du pétrissage, et moins d'un kazayit n'y est pas annulé.
כְּלָלָא דְּתַרְוַוייְהוּ תַּנָּאֵי שָׂפָה עֶלְיוֹנָה אֲפִילּוּ פָּחוֹת מִכְּזַיִת עוֹבֵר שׁוּלַיִים אֲפִילּוּ כְּזַיִת אֵינוֹ עוֹבֵר דְּפָנוֹת כְּזַיִת עוֹבֵר פָּחוֹת מִכְּזַיִת אֵינוֹ עוֹבֵר:
Règle des deux tannaim : rebord supérieur, même moins d'un kazayit, on transgresse. Fond, même un kazayit, on ne transgresse pas. Parois, un kazayit, on transgresse ; moins d'un kazayit, on ne transgresse pas.
💡 Explication

Rav Achi serre le mot. Hors de l'endroit du pétrissage vise le rebord du pétrin, la chiphta, et non le seul dos extérieur. Sur ce rebord, moins d'un kazayit fait écran : la pâte n'y est pas travaillée, même si parfois elle y dégoutte.

Rachi résume la loi commune. Rebord : rigueur dès le moindre morceau. Fond : souplesse, même pour un kazayit. Parois : le kazayit décide.

🖼️ Schéma
Hors de l'endroit du pétrissage Lecture écartée Seulement le dos du pétrin Le rebord serait encore un endroit de pétrissage Rav Achi Le rebord aussi Moins d'un kazayit y fait écran
Rav Achi : le rebord du pétrin est hors de l'endroit du pétrissage.
7
פְּשִׁיטָא? מַהוּ דְּתֵימָא זִמְנָא דְּאָטֵיף וּמָטֵי לְהָתָם, קָא מַשְׁמָע לַן.

C'est évident ? On pourrait dire : parfois cela dégoutte et parvient jusque-là.

Cela nous l'apprend.

📜 Rachi (1)
זִימְנִין דְּאַטֵּיף פְּעָמִים שֶׁהִיא צָפָה עַל שָׂפָה עֶלְיוֹנָה וְהָוֵי מְקוֹם לִישָׁה:
Parfois elle surnage sur le rebord supérieur, et ce serait un endroit de pétrissage.
💡 Explication

Le rebord pourrait passer pour un endroit de pétrissage, si la pâte y dégoutte. Rav Achi enseigne que ce dégoût laisse la zone inchangée : le rebord reste hors du pétrissage. Moins d'un kazayit y fait écran, et l'on transgresse.

8
אָמַר רַב נַחְמָן אָמַר רַב: הֲלָכָה כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן אֶלְעָזָר.

Rav Nahman dit au nom de Rav : la halakha est selon Rabbi Chimon ben Elazar.

📜 Rachi (1)
כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן אֶלְעָזָר דְּכֵיוָן דְּבָטְלָה בָּטְלָה וַאֲפִילּוּ טוּבָא:
Dès lors qu'elle est annulée, elle est annulée, même en grande quantité.
💡 Explication

Première version de l'avis de Rav. La halakha suit Rabbi Chimon ben Elazar : une motte de levain qu'on a réservée pour s'asseoir est annulée, et Rachi étend cela à une grande quantité.

9
אֵינִי? וְהָאָמַר רַב יִצְחָק בַּר אָשֵׁי אָמַר רַב: אִם טָח פָּנֶיהָ בְּטִיט — בָּטְלָה. טָח אִין, לֹא טָח — לָא!

Vraiment ? Or Rav Yitzhak bar Achi a dit au nom de Rav : si l'on a enduit sa face d'argile, elle est annulée.

Enduite, oui ; non enduite, non !

📜 Rachi (1)
טָח פָּנֶיהָ שֶׁל כֹּופֶת שְׂאוֹר לְתַקְּנָהּ לִישִׁיבָה:
La face de la motte de levain, pour la préparer à servir de siège.
💡 Explication

Un autre enseignement de Rav limite l'annulation au cas où l'on enduit la face d'argile. Sans cet enduit, la motte resterait du hamets. Les deux rapports au nom de Rav ne tiennent pas ensemble.

10
מַאן דְּמַתְנֵי הָא לָא מַתְנֵי הָא.

Celui qui enseigne ceci n'enseigne pas cela.

📜 Rachi (1)
מַאן דְּמַתְנֵי הָא מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב לָא מַתְנֵי הָא וְאָמוֹרָאֵי נִינְהוּ וְאַלִּיבָּא דְּרַב:
Celui qui enseigne ceci au nom de Rav n'enseigne pas cela. Ce sont des amoraim, et le débat porte sur l'avis de Rav.
💡 Explication

Les deux formules viennent d'amoraim qui rapportent Rav. Chacun transmet une seule des deux. On ne les force pas dans la bouche du même maître.

11
אִיכָּא דְאָמְרִי, אָמַר רַב נַחְמָן אָמַר רַב: אֵין הֲלָכָה כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן אֶלְעָזָר, דְּאָמַר רַב יִצְחָק בַּר אָשֵׁי אָמַר רַב: אִם טָח פָּנֶיהָ בְּטִיט — בָּטְלָה וְכוּ׳.

Certains disent : Rav Nahman dit au nom de Rav : la halakha n'est pas selon Rabbi Chimon ben Elazar. Car Rav Yitzhak bar Achi a dit au nom de Rav : si l'on a enduit sa face d'argile, elle est annulée, etc.

💡 Explication

Seconde version. Rav Nahman au nom de Rav : la halakha suit le tanna kamma. La motte ne sort du hamets que si sa face est enduite d'argile, comme le dit Rav Yitzhak bar Achi au nom de Rav.

12
אָמַר רַב נַחְמָן אָמַר שְׁמוּאֵל: שְׁנֵי חֲצָאֵי זֵיתִים וְחוּט שֶׁל בָּצֵק בֵּינֵיהֶן, רוֹאִין: כָּל שֶׁאִילּוּ יִנָּטֵל הַחוּט וְנִיטָּלִין עִמּוֹ — חַייָּב לְבַעֵר. וְאִם לָאו — אֵינוֹ חַיָּיב לְבַעֵר.

Rav Nahman dit au nom de Chmouel : deux moitiés d'olive, et un fil de pâte entre elles. On regarde : chaque fois que, si l'on retirait le fil, elles partiraient avec lui, on est tenu de détruire.

Sinon, on n'est pas tenu de détruire.

📜 Rachi (2)
שְׁנֵי חֲצָאֵי זֵיתִים בְּסִידְקֵי הָעֲרֵיבָה:
Dans les fentes du pétrin.
חַייָּב לְבַעֵר דְּחוּט מְצָרְפָן וְהָוֵי כַּזַּיִת בְּמָקוֹם אֶחָד וּבִדְפָנוֹת קָאֵי:
Le fil les joint, et c'est un kazayit en un seul endroit. Le cas se tient sur les parois.
💡 Explication

Deux morceaux, chacun moindre qu'un kazayit, peuvent former une seule mesure s'ils tiennent ensemble par un fil de pâte. L'épreuve est physique : on soulève le fil. S'ils viennent avec lui, on détruit le tout. S'ils restent, chacun reste en dessous de la mesure. Rachi place le cas sur les parois du pétrin.

13
אָמַר עֻולָּא: לָא אֲמַרַן אֶלָּא בַּעֲרֵיבָה, אֲבָל בְּבַיִת — חַיָּיב לְבַעֵר.

Oula dit : nous n'avons dit cela que pour le pétrin. Mais dans la maison, on est tenu de détruire.

📜 Rachi (2)
לָא אֲמָרָן דְּאִם אֵין נִיטָּלִין עִמּוֹ אֵינוֹ חַיָּיב לְבַעֵר אֶלָּא בַּעֲרֵיבָה דִּקְבִיעִי בָּהּ:
Si elles ne partent pas avec lui, on n'est pas tenu de détruire : cela ne vaut que pour le pétrin, où elles sont fixes.
אֲבָל בְּבַיִת אֲפִילּוּ שְׁנֵי חֲצָאֵי זֵיתִים שֶׁאֵין חוּט מְצָרְפָן חַיָּיב לְבַעֵר:
Même deux moitiés d'olive qu'aucun fil ne joint, on est tenu de détruire.
💡 Explication

Dans le pétrin, les morceaux sont fixés dans les fentes. Sans fil qui les soulève ensemble, ils ne se rejoindront pas. Dans la maison, Oula oblige à détruire même sans fil.

14
מַאי טַעְמָא, דְּזִימְנִין דְּכָנֵישׁ לְהוּ וְנָפְלִי גַּבֵּי הֲדָדֵי.

Quelle est la raison ? Parfois on les balaye, et ils tombent l'un contre l'autre.

📜 Rachi (1)
זִימְנִין דִּכְנִישׁ לְהוּ מְכַבֵּד הַבַּיִת וְנָפְלִי אַהֲדָדֵי:
On balaye la maison, et ils tombent ensemble.
💡 Explication

Le balai peut réunir les deux moitiés. Une fois l'une contre l'autre, elles font un kazayit de hamets. D'où l'obligation de les détruire dès le début, dans la maison.

15
אָמַר עֻולָּא: בָּעוּ בְּמַעֲרָבָא, בַּיִת וַעֲלִייָּה מַהוּ? בַּיִת וְאַכְסַדְרָא מַהוּ? שְׁנֵי בָּתִּים זֶה לִפְנִים מִזֶּה מַהוּ?

Oula dit : on a demandé en Occident : une maison et un étage, qu'en est-il ? Une maison et un portique, qu'en est-il ?

Deux maisons, l'une à l'intérieur de l'autre, qu'en est-il ?

📜 Rachi (2)
בַּיִת וַעֲלִיָּיה חֲצִי זַיִת בַּבַּיִת וַחֲצִי זַיִת בָּעֲלִיָּיה מִי חָייְשִׁינַן לִכְנוֹשֵׁי דִּילְמָא כָּנֵישׁ לְהוּ וּמְחַבְּרָן אוֹ לָא אִם תִּמְצָא לוֹמַר בַּיִת וַעֲלִיָּיה לָא חָייְשִׁינַן דְּהָא לָא מִקְּרֵי דְּאִי נְפוּל נֶהֱוֵי מְכֻווָּן כְּנֶגֶד הַתַּחְתּוֹן בַּיִת וְאַכְסַדְרָה מַהוּ וְאִם תִּמְצָא לוֹמַר בַּיִת וְאַכְסַדְרָה שֶׁדֶּרֶךְ הָאַכְסַדְרָה נִכְנָסִים וְיוֹצְאִין לַבַּיִת תָּמִיד וְאֵין מְחִיצּוֹת שְׁלֵימוֹת חוֹצְצוֹת בֵּינֵיהֶם שֶׁיֵּשׁ חַלּוֹנוֹת וּפְתָחִים לְאַכְסַדְרָה הַרְבֵּה מִכָּל צַד וְהָוֵי כְּחַד בֵּיתָא וְחָיְישִׁינַן דִּכְנִישׁ כִּיבּוּדֵי בַּיִת וְאַכְסַדְרָה:
Une demi-olive dans la maison et une demi-olive à l'étage : craint-on le ramassage, de peur qu'on les balaye et qu'on les joigne, ou non ? Si tu dis : pour une maison et un étage, on ne craint pas, car il est rare que, si elles tombent, l'une se trouve juste au-dessus de l'autre. Une maison et un portique, qu'en est-il ? Si tu dis : pour une maison et un portique, on entre et on sort sans cesse par le portique vers la maison, et des cloisons complètes ne les séparent pas, car le portique a beaucoup de fenêtres et d'ouvertures de chaque côté, c'est comme une seule maison, et l'on craint qu'on balaye ensemble les balayures de la maison et du portique.
שְׁנֵי בָּתִּים זֶה לִפְנִים מִזֶּה וְנִכְנָסִין לַפְּנִימִי דֶּרֶךְ הַחִיצוֹן אֲבָל אֵין תַּשְׁמִישָׁן שָׁוֶה תָּדִיר מִזֶּה לָזֶה כְּבַיִת וְאַכְסַדְרָה מַהוּ מִי חָיְישִׁינַן דְּכַנֵּישׁ כִּיבּוּדֵי בַּיִת זֶה בָּזֶה אוֹ לֹא:
On entre dans l'intérieure par l'extérieure, mais leur usage n'est pas aussi constant de l'une à l'autre que pour une maison et un portique. Qu'en est-il ? Craint-on qu'on balaye les balayures de cette maison dans celle-là, ou non ?
💡 Explication

Trois configurations, posées en Erets Israël. Une demi-olive en bas et une en haut, ou dans un portique (akhsadra), ou dans une seconde maison où l'on passe par la première. La question est toujours la même : le balayage peut-il les réunir ?

Rachi esquisse des réponses en cascade, puis laisse la suite ouverte. L'étage : la chute alignée est rare. Le portique : passages et ouvertures en font presque une seule pièce.

16
תֵּיקוּ.

Teikou.

💡 Explication

Teikou : les trois questions restent en suspens. La Guemara ne tranche pas si l'on détruit, dans ces configurations, deux moitiés d'olive séparées.

17
תָּנוּ רַבָּנַן: הַפַּת שֶׁעִיפְּשָׁה וְנִפְסְלָה מִלֶּאֱכֹול לָאָדָם, וְהַכֶּלֶב יָכוֹל לְאוֹכְלָהּ — מְטַמְּאָה טֻומְאַת אֳוכָלִין בִּכְבֵיצָה, וְנִשְׂרֶפֶת עִם הַטְּמֵאָה בַּפֶּסַח. מִשּׁוּם רַבִּי נָתָן אָמְרוּ: אֵינָהּ מְטַמְּאָה.

Les Sages ont enseigné : le pain qui a moisi et qui a été disqualifié pour la nourriture de l'homme, alors que le chien peut le manger, contracte l'impureté des aliments à la mesure d'un œuf, et on le brûle avec l'impur à Pessa'h. On a dit au nom de Rabbi Natan : il ne contracte pas l'impureté.

📜 Rachi (3)
וְנִפְסְלָה מִלֶּאֱכֹול לָאָדָם וְנִתְקַלְקְלָה בְּעִיפּוּשָׁהּ מִמַּאֲכַל אָדָם:
Il s'est gâté, par sa moisissure, comme nourriture de l'homme.
מְטַמְּאָה טֻומְאַת אֳוכָלִין דְּכָל זְמַן שֶׁהִיא רְאוּיָה לְכֶלֶב לֹא פָּקַע תּוֹרַת אֹוכֶל מִינָּהּ:
Tant qu'il est propre au chien, le statut d'aliment ne l'a pas quitté.
וְנִשְׂרֶפֶת עִם הַטְּמֵאָה בַּפֶּסַח אִם תְּרוּמָה טְהוֹרָה הִיא דְּכֵיוָן דְּלָא חַזְיָא לְאָדָם מֻותָּר לְטַמְּאָהּ בְּיָדַיִם וַאֲפִילּוּ לְר' יוֹסֵי דְּאָמַר בְּפֶרֶק קַמָּא (דַּף יד.) זוֹ לְעַצְמָהּ וְזוֹ לְעַצְמָהּ:
S'il est terouma pure : dès lors qu'il n'est pas propre à l'homme, il est permis de le rendre impur de la main, même selon Rabbi Yosse, qui dit au premier chapitre (14a) : celle-ci a part, et celle-là a part.
💡 Explication

Nouveau seuil. Un pain moisi, impropre à l'homme et encore mangeable par un chien, garde le statut d'aliment : il contracte l'impureté des aliments dès un kebeitza. S'il est terouma pure, on peut le brûler avec la terouma impure à Pessa'h, car l'interdit de le rendre impur de la main est tombé.

Rabbi Natan : dès qu'un homme ne peut plus le manger, il ne contracte plus l'impureté.

🖼️ Schéma
Pain moisi : jusqu'où reste-t-il un aliment ? Propre à l'homme Statut de hamets On le détruit S'il peut encore lever d'autres pâtes : biour Propre au chien seul Impureté des aliments dès un kebeitza Rabbi Natan : plus d'impureté Impropre au chien Sort du statut d'aliment Poussière Le Roch : plus besoin de le brûler Terouma pure devenue impropre à l'homme : on peut la brûler avec la terouma impure à Pessa'h.
Homme, chien, poussière : les trois seuils du pain moisi.
18
כְּמַאן אָזְלָא הָא דִּתְנַן, כְּלָל אָמְרוּ בִּטְהָרוֹת: כָּל הַמְיֻוחָד לְאֹוכֶל אָדָם — טָמֵא עַד שֶׁיִּפָּסֵל מִלֶּאֱכֹול לְכֶלֶב. כְּמַאן — דְּלָא כְּרַבִּי נָתָן.

Selon qui va ce que nous avons appris ? On a énoncé une règle dans les puretés : tout ce qui est réservé à la nourriture de l'homme est impur jusqu'à ce qu'il soit disqualifié pour la nourriture du chien.

Selon qui ? Selon un avis autre que Rabbi Natan.

📜 Rachi (1)
הַמְיֻוחָד לְאֹוכֶל אָדָם וְחָל עָלָיו שֵׁם אֹוכֶל טָמֵא לְעוֹלָם וַאֲפִילּוּ נִתְקַלְקֵל מֵאֲכִילַת אָדָם עַד שֶׁיִּפָּסֵל מֵאֲכִילַת כֶּלֶב:
Le nom d'aliment a reposé sur lui. Il reste impur pour toujours, même s'il s'est gâté pour la nourriture de l'homme, jusqu'à ce qu'il soit disqualifié pour la nourriture du chien.
💡 Explication

La michna de Taharot fait durer l'impureté jusqu'au seuil du chien. Rabbi Natan l'arrête au seuil de l'homme. La règle citée suit donc l'autre avis.

19
תָּנוּ רַבָּנַן: עֲרֵיבַת הָעַבְּדָנִין שֶׁנָּתַן לְתוֹכָהּ קֶמַח, תּוֹךְ שְׁלֹשָׁה יָמִים — חַיָּיב לְבַעֵר. קֹודֶם שְׁלֹשָׁה יָמִים אֵינוֹ חַייָּב לְבַעֵר. אָמַר רַבִּי נָתָן: בַּמֶּה דְבָרִים אֲמוּרִים — שֶׁלֹּא נָתַן לְתוֹכָהּ עוֹרוֹת, אֲבָל נָתַן לְתוֹכָהּ עוֹרוֹת — אֲפִילּוּ תּוֹךְ שְׁלֹשָׁה אֵין חַיָּיב לְבַעֵר.

Les Sages ont enseigné : le pétrin des tanneurs dans lequel on a mis de la farine. Dans les trois jours, on est tenu de détruire.

Avant les trois jours, on n'est pas tenu de détruire. Rabbi Natan dit : dans quel cas dit-on cela ?

Lorsqu'on n'y a pas mis de peaux. Mais si l'on y a mis des peaux, même dans les trois jours, on n'est pas tenu de détruire.

📜 Rachi (4)
הָעַבְּדָנִין שֶׁנּוֹתְנִין בָּהּ עוֹרוֹת לָעֶבֶד וְנוֹתְנִין שָׁם קֶמַח:
On y met des peaux pour les tanner, et l'on y met de la farine.
תּוֹךְ שְׁלֹשָׁה יָמִים לְפֶסַח נָתַן קֶמַח לְתוֹכָהּ עֲדַייִן שֵׁם חָמֵץ עָלֶיהָ וּכְשֶׁבָּא הַפֶּסַח חַיָּיב לְבַעֵר וַאֲפִילּוּ הָיוּ בָּהּ עוֹרוֹת:
Si, dans les trois jours avant Pessa'h, on a mis de la farine dedans, le nom de hamets est encore sur elle, et quand Pessa'h arrive on est tenu de détruire, même s'il y avait des peaux.
קֹודֶם שְׁלֹשָׁה יָמִים כְּבָר נִתְקַלְקְלָה ע"י רֵיחַ הַכְּלִי וְאַף עַל פִּי שֶׁלֹּא נָתַן לְתוֹכָהּ עוֹרוֹת:
Elle s'est déjà gâtée par l'odeur du récipient, même si l'on n'y a pas mis de peaux.
רַבִּי נָתָן אוֹמֵר לֹא נָתַן לְתוֹכָהּ עוֹרוֹת מוֹדֵינָא לָךְ דְּתוֹךְ שְׁלֹשָׁה יָמִים חַייָּב לְבַעֵר וְאַחַר שְׁלֹשָׁה יָמִים לֹא שֶׁנִּתְקַלְקְלָה מֵרֵיחַ הַכְּלִי אֲבָל נָתַן לְתוֹכָהּ עוֹרוֹת בְּקֶמַח בִּיטְּלָהּ מִתּוֹרַת חָמֵץ:
Si l'on n'y a pas mis de peaux, je te l'accorde : dans les trois jours on est tenu de détruire, et après trois jours non, car elle s'est gâtée par l'odeur du récipient. Mais si l'on a mis des peaux dans la farine, on l'a retirée du statut de hamets.
⚖️ Rosh (1)
ת"ר עֲרֵיבַת הָעַבְּדָנִין שֶׁנָּתַן לְתוֹכָהּ קֶמַח תּוֹךְ שְׁלֹשָׁה יָמִים חַיָּיב לְבַעֵר לְאַחַר שְׁלֹשָׁה יָמִים אֵינוֹ חַייָּב לְבַעֵר אָמַר רַבִּי נָתָן בַּמֶּה דְּבָרִים אֲמוּרִים בְּשֶׁלֹּא נָתַן לְתוֹכָהּ עוֹרוֹת אֲבָל נָתַן לְתוֹכָהּ עוֹרוֹת אֲפִילּוּ תּוֹךְ שְׁלֹשָׁה יָמִים אֵין חַייָּב לְבַעֵר אָמַר רָבָא הֲלָכָה כְּרַבִּי נָתָן אֲפִילּוּ יוֹם אֶחָד וַאֲפִילּוּ שָׁעָה אַחַת. ת"ר הַפַּת שֶׁעִיפְּשָׁה וְנִפְסְלָה מִלֶּאֱכֹול אָדָם וְהַכֶּלֶב יָכוֹל לְאָוכְלָהּ מְטַמְּאָה טֻומְאַת אֳוכָלִין בִּכְבֵיצָה וְנִשְׂרֶפֶת עִם הַטְּמֵאָה בַּפֶּסַח הָא אִם נִפְסְלָה מִלֶּאֱכֹול לְכֶלֶב אֵינָהּ צְרִיכָה שְׂרֵיפָה וּתְנַן נָמֵי כָּל הַמְיֻוחָד לֶאֱכֹול לְאָדָם טָמֵא עַד שֶׁיִּפָּסֵל מִלֶּאֱכֹול לְכֶלֶב הָא אִם נִפְסַל מִלֶּאֱכֹול לְכֶלֶב נָפֵיק מִתּוֹרַת אֹוכֶל וַהֲוָה עַפְרָא בְּעָלְמָא וְהָא דְּתַנְיָא לְעֵיל הַפַּת שֶׁעִיפְּשָׁה חַייָּב לְבַעֵר מִפְּנֵי שֶׁיָּכוֹל לְשָׁוחְקָהּ וּלְחַמֵּעַ בָּהּ כַּמָּה עִיסּוֹת אֲחֵרוֹת הַהִיא אַיְירֵי בִּרְאוּיָה לְכֶלֶב:
Les Sages ont enseigné : le pétrin des tanneurs dans lequel on a mis de la farine, dans les trois jours on est tenu de détruire ; après trois jours on n'est pas tenu de détruire. Rabbi Natan dit : dans quel cas dit-on cela ? Lorsqu'on n'y a pas mis de peaux. Mais si l'on y a mis des peaux, même dans les trois jours, on n'est pas tenu de détruire. Rava dit : la halakha est selon Rabbi Natan, même un jour, et même une heure. Les Sages ont enseigné : le pain qui a moisi et qui a été disqualifié pour la nourriture de l'homme, alors que le chien peut le manger, contracte l'impureté des aliments à la mesure d'un œuf, et on le brûle avec l'impur à Pessa'h. Donc, s'il a été disqualifié pour la nourriture du chien, il n'a pas besoin d'être brûlé. Et nous avons aussi appris : tout ce qui est réservé à la nourriture de l'homme est impur jusqu'à ce qu'il soit disqualifié pour la nourriture du chien. Donc, s'il a été disqualifié pour la nourriture du chien, il sort du statut d'aliment et devient simple poussière. Et ce qu'on a enseigné plus haut, le pain qui a moisi, on est tenu de le détruire parce qu'on peut le broyer et faire lever avec lui plusieurs autres pâtes, cela vise le cas où il est encore propre au chien.
💡 Explication

Les tanneurs mettent de la farine dans le pétrin où trempent les peaux. Sans peaux, le délai est de trois jours avant Pessa'h : en deça, la farine est encore du hamets ; au-delà, l'odeur du récipient l'a gâtée.

Rabbi Natan : dès qu'on y met des peaux, même dans les trois jours, plus de biour. Le Roch rappelle ensuite le seuil du chien pour le pain moisi : la baraita qui oblige à détruire un pain qu'on peut encore broyer vise un pain encore propre au chien.

🖼️ Schéma
Farine dans le pétrin des tanneurs Sans peaux Dans les trois jours : biour Avant les trois jours : plus de biour L'odeur du récipient a déjà gâté Avec peaux, Rabbi Natan Même dans les trois jours on ne détruit pas Rava : même un jour, même une heure Les peaux dans la farine lui retirent le statut de hamets.
Pétrin des tanneurs : trois jours sans peaux ; avec peaux, Rabbi Natan dispense.
20
אָמַר רָבָא: הֲלָכָה כְּרַבִּי נָתָן, אֲפִילּוּ יוֹם אֶחָד וַאֲפִילּוּ שָׁעָה אַחַת.

Rava dit : la halakha est selon Rabbi Natan, même un seul jour, et même une seule heure.

⚖️ Rosh (1)
גְּמָ' אִם אֵין שָׁם כַּיּוֹצֵא בּוֹ מַהוּ. אָמַר ר' אֲבָהוּ אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר כְּדַי שֶׁיְּהַלֵּךְ אָדָם מִמִּגְדַּל נִינְוֵה לִטְבֶרְיָא דְּהַיְינוּ מִיל.
Guemara. S'il n'y a pas là son équivalent, qu'en est-il ? Rabbi Abahou dit au nom de Rabbi Elazar : le temps qu'un homme aille de Migdal Ninve à Tibériade, ce qui fait un mil.
💡 Explication

Rava tranche comme Rabbi Natan. Dès que les peaux sont dans la farine, le délai de trois jours tombe : une heure suffit pour que la farine sorte du hamets.

Le Roch cite ici une autre mesure : s'il n'y a pas sur place l'équivalent, Rabbi Abahou au nom de Rabbi Elazar fixe le temps d'un trajet de Migdal Ninve à Tibériade, un mil.

21
וְכֵן לְעִנְיַן טֻומְאָה, אִם מַקְפִּיד עָלָיו — חוֹצֵץ, וְאִם רוֹצֶה בְּקִיּוּמוֹ — הֲרֵי הוּא כַּעֲרֵיבָה.

Et de même pour l'impureté : s'il y tient, cela fait écran ; et s'il veut que cela demeure, c'est comme le pétrin.

📜 Rachi (2)
אִם מַקְפִּיד עָלָיו שֶׁעָתִיד לִיטְלוֹ חוֹצֵץ וְאֵין טְבִילָה עוֹלָה לָהּ:
Il compte le retirer : cela fait écran, et la tevila ne vaut pas pour lui.
בְּקִיּוּמוֹ שֶׁיִּתְקַייֵּם בִּסְדָקָיו לִסְתֹּום:
Qu'il demeure dans ses fentes, pour les boucher.
💡 Explication

La michna aligne le hamets et la tevila. Si le maître tient à enlever la pâte, elle fait écran : l'immersion du pétrin ne prend pas. S'il veut qu'elle reste pour boucher la fente, elle fait corps avec le pétrin.

22
מִי דָמֵי? הָתָם — בְּשִׁיעוּרָא תַּלְיָא מִילְּתָא. הָכָא — בִּקְפִידָא תַּלְיָא מִילְּתָא!

Est-ce comparable ? Là-bas, la chose dépend de la mesure.

Ici, la chose dépend de la kapda !

📜 Rachi (1)
מִי דָמֵי דְּקָתָנֵי וְכֵן הָתָם גַּבֵּי פֶּסַח בְּשִׁיעוּרָא בִּכְזַיִת וּבְפָחוֹת מִכַּזַּיִת תַּלְיָא מִילְּתָא וְהָכָא תַּלְיָא מִילְּתָא בִּקְפִידָא לָא שְׁנָא פֻּורְתָּא וְלָא שְׁנָא טוּבָא:
Puisqu'on enseigne : et de même. La-bas, pour Pessa'h, la chose dépend de la mesure, un kazayit ou moins d'un kazayit. Ici, la chose dépend de la kapda : aucune différence entre peu et beaucoup.
💡 Explication

Le mot et de même promet une même règle. Or les critères divergent. Pour le hamets, c'est le chiour : kazayit ou en dessous. Pour l'écran à la tevila, c'est la kapda : le maître tient-il à retirer la pâte, quelle qu'en soit la quantité ?

🖼️ Schéma
Le vav-ken de la michna Hamets La chose dépend du chiour kazayit, ou moins d'un kazayit Immersion La chose dépend de la kapda peu ou beaucoup, même règle Rav Yehouda corrige le texte. Abaye garde le mot : et de même.
Hamets : la mesure. Immersion : le fait d'y tenir.
23
אָמַר רַב יְהוּדָה, אֵימָא: וּלְעִנְיַן הַטֻּומְאָה אֵינוֹ כֵּן.

Rav Yehouda dit : lis : et pour l'impureté, il n'en est pas ainsi.

💡 Explication

Rav Yehouda corrige la michna. Le texte dirait : et pour l'impureté, la règle est autre. Le chiour du hamets et la kapda de la tevila resteraient deux lois distinctes, et le mot et de même disparaîtrait.

24
אָמַר לֵיהּ אַבַּיֵּי: הָא ״וְכֵן לְעִנְיַן טֻומְאָה״ קָתָנֵי! אֶלָּא אָמַר אַבַּיֵּי, הָכִי קָאָמַר: וְכֵן

Abaye lui dit : or on enseigne : et de même pour l'impureté ! Plutôt, dit Abaye, voici ce que le texte dit : et de même

⚖️ Rosh (2)
תַּנְיָא בַּתּוֹסֶפְתָּא פ"ג הַקִּילוֹר וְהָאִיסְפְּלָנִית וְהָרְטִייָּה שֶׁנָּתַן לְתוֹכָהּ קֶמַח א"צ לְבַעֵר מְלוּגְמָא שֶׁהִסְרִיחָה אֵינוֹ צָרִיךְ לְבַעֵר. יְרוּשַׁלְמִי מְלוּגְמָא שֶׁנִּתְחַמְּצָה וְאַחַ"כּ נִסְרְחָה זָקוּק לְבַעֵר כָּתַב רַבֵּינוּ הַאי כֵּיוָן דִּמְלוּגְמָא שֶׁהִסְרִיחָה א"צ לְבַעֵר כ"ש טריא"ק שֶׁמְּעָרְבִין בּוֹ חָמֵץ יָבֵשׁ שְׂחוֹק עִם בְּשַׂר אֶפְעֶה שא"צ לְבַעֵר. כָּתַב הָרַמְבַּ"ם זַ"ל פ"ד מֵהִלְכוֹת חָמֵץ הֵל' י"ב דָּבָר שֶׁנִּתְעָרֵב בּוֹ חָמֵץ וְאֵין מַאֲכַל אָדָם כְּלָל כְּגוֹן הטריאק"א וְכַיּוֹצֵא בּוֹ אע"פ שֶׁמֻּותָּר לְקַייְּמוֹ אָסוּר לְאָוכְלוֹ עַד לְאַחַר הַפֶּסַח אע"פ שֶׁאֵין בּוֹ מִן הֶחָמֵץ אֶלָּא כָּל שֶׁהוּא:
On enseigne dans la Tossefta, chapitre 3 : le collyre, l'emplâtre et le pansement dans lesquels on a mis de la farine, on n'a pas besoin de les détruire. Un cataplasme qui s'est gâté, on n'a pas besoin de le détruire. Le Yerouchalmi : un cataplasme qui a fermenté, puis qui s'est gâté, on est tenu de le détruire. Rabbeinou Haï a écrit : puisqu'un cataplasme qui s'est gâté n'a pas besoin d'être détruit, à plus forte raison la thériaque, où l'on mélange du hamets sec broyé avec de la chair de vipère, n'a pas besoin d'être détruite. Le Rambam zal a écrit, chapitre 4 des lois du hamets, halakha 12 : une chose dans laquelle du hamets s'est mélangé et qui n'est pas du tout une nourriture d'homme, comme la thériaque et ce qui lui ressemble, bien qu'il soit permis de la conserver, il est interdit de la manger jusqu'après Pessa'h, même s'il n'y a du hamets qu'un kol chehou.
וְעוֹד כָּתַב שָׁם הֵל' י"א בְּגָדִים שֶׁכִּבְּסוּ אוֹתָם בְּחֵלֶב חִטָּה וְכֵן נְיָירוֹת שֶׁדִּבְּקוּ אוֹתָם בְּחָמֵץ וְכֵן כָּל שֶׁהוּא כַּיּוֹצֵא בוֹ מֻותָּר לְקַייְּמוֹ בְּפֶסַח וְאֵין בּוֹ מִשּׁוּם בַּל יֵרָאֶה שֶׁאֵין צוּרַת הֶחָמֵץ עוֹמֶדֶת. וְכֵן הֵעִיד רַבֵּינוּ מְשֻׁולָּם זַ"ל עַל רַבֵּינוּ אֱלִיעֶזֶר הַגָּדוֹל זַ"ל שֶׁהָיוּ בְּגָדָיו מְכֻובָּסִין בְּמַיִם וְקֶמַח בְּפֶסַח. וְכֵן נָהַג אַחֲרָיו רַבֵּינוּ יִצְחָק ב"ר יְהוּדָה זַ"ל וּזְקֵינִי אב"ן זַ"ל כָּתַב סָפֵק בְּיָדִי עַל הַכָּרִים וְהַכְּסָתוֹת שֶׁטָּחִין אוֹתָן בְּמֵי סֻובִּין אִם צָרִיךְ לְבַעֵר. וְנִרְאֶה דְּאֵין צָרִיךְ לְבַעֵר דְּאֵין שֵׁם אֹוכֶל עָלָיו וּמָאוּס וּפָסוּל מִלֶּאֱכֹול לְכֶלֶב וְעוֹד דִּמְיֻוחָד לִשְׁכִיבָה. ואע"ג דְּאָמְרִינַן כֹּופֶת שְׂאוֹר שֶׁמְּיֻוחָד לִישִׁיבָה צָרִיךְ לְבַעֵר אִם לֹא שָׁטַח פָּנֶיהָ בְּטִיט מַשְׁמַע דְּלָא מִיפְסָל אֶלָּא ע"י הַטִּיט הָכָא מְאִיס טְפֵי.
Et il a encore écrit là-bas, halakha 11 : des vêtements lessivés dans de l'amidon de blé, de même des papiers collés avec du hamets, et de même tout ce qui leur ressemble, il est permis de les conserver à Pessa'h, et il n'y a pas en eux l'interdit de bal yerae, car la forme du hamets ne subsiste pas. Et ainsi a témoigné Rabbeinou Mechoulam zal au sujet de Rabbeinou Eliezer le Grand zal : ses vêtements étaient lessivés à l'eau et à la farine pendant Pessa'h. Et ainsi a agi après lui Rabbeinou Yitzhak fils de Rabbi Yehouda zal. Mon aïeul Avraham ben Nathan zal a écrit : j'ai un doute sur les oreillers et les coussins qu'on enduit d'eau de son, faut-il les détruire ? Il semble qu'il ne faut pas les détruire : il n'y a pas sur eux de nom d'aliment, c'est repoussant et disqualifié pour la nourriture du chien, et en outre c'est réservé à la couche. Et bien que nous disions qu'une motte de levain réservée pour s'asseoir doit être détruite si l'on n'a pas enduit sa face d'argile, ce qui implique qu'elle n'est disqualifiée que par l'argile, ici c'est plus repoussant.
💡 Explication

Abaye refuse la correction. La michna dit bien et de même pour l'impureté. Il ouvre une autre lecture : voici ce que le texte dit, et de même. La phrase continue au daf suivant.

Le Roch, sur ce passage, rassemble les cas où le hamets a perdu sa forme : collyre, emplâtre, cataplasme, thériaque, vêtements amidonnés, papiers collés. On peut les garder. Les manger, pour la thériaque, reste interdit jusqu'après Pessa'h.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).