Pesachim 46b — Halla impure à Yom Tov, et le principe du hoil

Pesachim 46b

Sougya : L'amoud ouvre sur la fin de la michna : comment prélever la halla en état d'impureté à Yom Tov. Rabbi Yehochoua laisse la pâte séparée jusqu'au soir : bal yerae et bal yimatse visent un hamets qui est à soi.

La Guemara écarte d'abord la tovat hanaa. Le point qui sépare Rabbi Eliezer et Rabbi Yehochoua est le hoil : puisque, s'il veut, il demande à un sage d'annuler le nom de halla, la pâte redevient sienne.

De là, Rav Hisda et Rabba : cuire à Yom Tov pour un jour de semaine, la bête en danger, et la place de l'erouv tavshilin entre la Torah et le décret des Sages.

Halla impure, le jour de Yom Tov Trois voies. Le Roch : Eliezer et Yehochoua ne contestent pas l'eau froide de Ben Beteira. Rabbi Eliezer Pas de nom avant la cuisson On est averti sur le levain de la halla Mieux que l'eau froide : on pourrait mal veiller Si le nom est déjà donné : Rabbeinou Tam, eau froide Ben Beteira Jeter dans l'eau froide Le froid retient le levain Les deux autres ne divergent pas de lui sur le fait que l'eau empêche de lever Rabbi Yehochoua Séparer, laisser au soir Si elle lève, elle lève Bal yerae, bal yimatse : le hamets qui est à soi Nommée, elle n'est plus ni à lui ni au cohen Suite de la Guemara : le débat porte sur le hoil, pas sur la tovat hanaa.
Trois tannaim sur la halla impure à Yom Tov. Le Roch lit leur écart sur l'avertissement, pas sur l'eau froide.
Cuire à Yom Tov pour un jour de semaine Le repas est fini. Le pain ne sert qu'au soir, qui est un jour ordinaire. Rav Hisda : il reçoit les coups On ne dit pas le hoil Des invités pourraient venir et avoir besoin de ce pain Lav : tu ne feras aucun travail Pour Chabbat : autre raison, l'erouv tavshilin Rabba : pas de coups On dit le hoil Puisque des invités peuvent arriver aujourd'hui Le pain compte comme cuit pour Yom Tov lui-même Même si personne ne vient Réponse de Rav Hisda sur Chabbat 1. Torah Besoins de Chabbat permis à Yom Tov 2. Sages Décret : peur qu'on cuise aussi pour la semaine 3. Érouv tavshilin Signe visible : Chabbat oui, jour de semaine non Une seule sainteté : les deux sont appelés Chabbat. Cuire pour demain suit cuire pour aujourd'hui.
Rav Hisda et Rabba sur le hoil des invités. Pour Chabbat, la Torah permet, les Sages exigent un signe.
Bête en danger, le jour de Yom Tov Baraita : il reste le temps d'un kazayit rôti avant la nuit. Il peut manger, même s'il ne veut pas. Temps : dépouiller, couper, rôtir, manger Rabba : hoil S'il veut manger, il le peut Cette possibilité suffit Il égorge, même repu Rav Hisda : perte du bien Il se résout à un kazayit Pas de kazayit sans chehita Toute la bête pour ce kazayit La perte seule n'ouvre pas un interdit de la Torah. Elle pousse l'homme à décider de manger. Le rôti est la cuisson la plus légère.
Bête en danger : Rabba s'appuie sur le hoil. Rav Hisda s'appuie sur la décision de manger un kazayit.
1
לֹא זֶה הוּא חָמֵץ שֶׁמֻּוזְהָרִין עָלָיו בְּבַל יֵרָאֶה וּבְבַל יִמָּצֵא. אֶלָּא: מַפְרִישָׁתָהּ וּמַנִּיחָתָהּ עַד הָעֶרֶב, וְאִם הֶחֱמִיצָה — הֶחֱמִיצָה.

Celui-ci n'est pas le hamets au sujet duquel on est mis en garde par bal yerae et bal yimatse. Plutôt : elle la sépare et la laisse jusqu'au soir, et si elle a levé, elle a levé.

📜 Rachi (1)
לֹא זֶהוּ חָמֵץ שֶׁמֻּוזְהָרִין עָלָיו כְּדִמְפָרֵשׁ בגמ' דְּלָאו דִּידֵיהּ הוּא לְאַחַר שֶׁקָּרָא עָלֶיהָ שֵׁם וּקְרָא כְּתִיב שֶׁלְּךָ אִי אַתָּה רוֹאֶה וְזֶה אֵינוֹ שֶׁלְּךָ וְלֹא שֶׁל חֲבֵירְךָ דְּאַכַּתִּי לָא מְטָא לְיַד כֹּהֵן:
Comme la Guemara l'explique : il n'est plus à lui après qu'il lui a donné un nom. Et le verset est écrit : le tien, tu ne le vois pas. Et celui-ci n'est ni à toi ni à ton prochain, car il n'est pas encore parvenu à la main du cohen.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנִי' כֵּיצַד מַפְרִישִׁין חַלָּה בְּטֻומְאָה בְּיוֹם טוֹב. רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר לֹא תִּקְרָא לָהּ שֵׁם עַד שֶׁתֵּאָפֶה. בֶּן בְּתֵירָא אוֹמֵר תָּטִיל לצונץ. אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ לֹא זֶהוּ חָמֵץ שֶׁמֻּוזְהָרִין עָלָיו בְּבַל יֵרָאֶה וּבְבַל יִמָּצֵא אֶלָּא מַפְרִישָׁהּ וּמַנִּיחָתָהּ עַד הָעֶרֶב וְאִם הֶחְמִיצָה הֶחְמִיצָה. נִרְאֶה דְּר' אֱלִיעֶזֶר וְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ לָא פְלִיגִי אֶבֶן בְּתֵירָא דְּלָא מִיסְתַּבֵּר דִּפְלִיגִי בְּהַךְ סְבָרָא אִם מַחְמֶצֶת בְּתוֹךְ הַמַּיִם. אֶלָּא דְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר אַשְׁמְעִינַן דְּמֻוזְהָר עַל חִימּוּץ חַלָּה וְר' יְהוֹשֻׁעַ סָבַר דְּאֵינוֹ מֻוזְהָר. אָמְנָם בְּהָא פְּלִיג רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אַבֶּן בְּתֵירָא דְּסָבַר דְּטוֹב יוֹתֵר שֶׁלֹּא יִקְרָא לָהּ שֵׁם עַד שֶׁתֵּאָפֶה אוּלַי לֹא יִזָּהֵר יָפֶה בַּהֲטָלָתָהּ לְצוֹנֵן וְאִם אֵירַע שֶׁקָּרָא לָהּ שֵׁם הָיָה אוֹמֵר רַבֵּינוּ תָּם שֶׁתָּטִיל לְצוֹנֵן.
Michna. Comment sépare-t-on la halla en impureté à Yom Tov ? Rabbi Eliezer dit : qu'on ne lui donne pas de nom jusqu'à ce qu'elle soit cuite. Ben Beteira dit : qu'on la jette dans l'eau froide. Rabbi Yehochoua a dit : celui-ci n'est pas le hamets au sujet duquel on est mis en garde par bal yerae et bal yimatse. Plutôt, elle la sépare et la laisse jusqu'au soir, et si elle a levé, elle a levé. Il semble que Rabbi Eliezer et Rabbi Yehochoua ne divergent pas de Ben Beteira, car il n'est pas vraisemblable qu'ils divergent sur ce raisonnement : lève-t-elle dans l'eau ? Rabbi Eliezer nous apprend qu'on est mis en garde sur le levain de la halla, et Rabbi Yehochoua estime qu'on n'est pas mis en garde. Toutefois, sur ce point, Rabbi Eliezer diverge de Ben Beteira : il estime qu'il vaut mieux ne pas lui donner de nom jusqu'à ce qu'elle soit cuite, de peur qu'on ne veille pas bien en la jetant dans l'eau froide. Et s'il arrive qu'on lui ait donné un nom, Rabbeinou Tam disait qu'on la jette dans l'eau froide.
💡 Explication

Fin de la michna, parole de Rabbi Yehochoua. La femme a déjà nommé la halla. Cette part sort de son bien. Bal yerae et bal yimatse visent le hamets qui reste à soi, le chelkha du verset. Elle sépare, elle pose jusqu'au soir. Si la pâte lève, l'interdit de possession ne la prend pas.

Le Roch aligne les trois tannaim. L'eau froide de Ben Beteira reste admise. L'écart d'Eliezer et de Yehochoua porte sur l'avertissement : est-on tenu sur le levain de la halla ? Eliezer préfère cuire avant le nom, pour éviter une veille trop faible. Si le nom a déjà été donné, Rabbeinou Tam revient à l'eau froide.

2
גְּמָ׳ לֵימָא בְּטוֹבַת הֲנָאָה קָמִיפַּלְגִי. דְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר סָבַר: טוֹבַת הֲנָאָה מָמוֹן. וְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ סָבַר: טוֹבַת הֲנָאָה אֵינָהּ מָמוֹן.

Guemara. Dirons-nous qu'ils divergent sur la tovat hanaa ?

Car Rabbi Eliezer estime : la tovat hanaa est un mamon. Et Rabbi Yehochoua estime : la tovat hanaa n'est pas un mamon.

📜 Rachi (1)
גמ' טוֹבַת הֲנָאָה דָּבָר מוּעָט דְּתַנְיָא (בְּכוֹרוֹת דַּף כז.) רַשַּׁאי יִשְׂרָאֵל לוֹמַר לַחֲבֵירוֹ הֵילָךְ סֶלַע וְתֵן כָּל תְּרוּמָתֵיךְ לְבֶן בָּתֵּי כֹּהֵן וְהַייְנוּ טוֹבַת הֲנָאָה שֶׁיֵּשׁ לוֹ לְיִשְׂרָאֵל בְּחַלָּה זוֹ שֶׁרַשַּׁאי לְתִתָּהּ לְכָל כֹּהֵן שֶׁיִּרְצֶה וְלִיטֹּול דָּבָר מוּעָט מֵאוֹהֲבוֹ שֶׁל כֹּהֵן בִּשְׁבִיל שֶׁיַּתְנֶה לוֹ ר' אֱלִיעֶזֶר סָבַר טוֹבַת הֲנָאָה מָמוֹן וְהָוְיָא הַךְ חַלָּה כְּדִידֵיהּ וְעָבַר עֲלָהּ אִי מַחְמִיצָה גַּבֵּיהּ הִלְכָּךְ אָפֵי לָהּ בְּרֵישָׁא וְר' יְהוֹשֻׁעַ סָבַר טוֹבַת הֲנָאָה אֵינָהּ מָמוֹן וְלָאו דִּידֵיהּ הוּא וְאֵינוֹ מֻוזְהָר עָלֶיהָ וּמִשּׁוּם פִּקָּדוֹן נָמֵי לֵיכָּא דְּאַכַּתִּי לָא מְטָא לִידָא דְּכֹהֵן:
Une chose minime. Car on enseigne (Bekhorot 27a) : un Israël a le droit de dire à son prochain : voici un sela, et donne toutes tes teroumot au fils de ma fille, qui est cohen. C'est la tovat hanaa que l'Israël a dans cette halla : il a le droit de la donner à tout cohen qu'il veut, et de prendre une chose minime de l'ami du cohen pour qu'il la lui attribue. Rabbi Eliezer estime : la tovat hanaa est un mamon, cette halla est donc à lui, et il transgresse à son sujet si elle lève chez lui. C'est pourquoi il la cuit d'abord. Rabbi Yehochoua estime : la tovat hanaa n'est pas un mamon, elle n'est pas à lui, et il n'est pas mis en garde à son sujet. Il n'y a pas non plus de dépôt, car elle n'est pas encore parvenue à la main du cohen.
💡 Explication

Première lecture, une hava amina. La tovat hanaa est le droit de choisir le cohen, et d'en tirer un petit avantage : le sela de la baraita de Bekhorot. Si cet avantage compte comme un mamon, la halla reste sienne, et la laisser lever est une transgression. Rabbi Eliezer la fait donc cuire avant le nom.

Rabbi Yehochoua : l'avantage n'est pas un bien. Pas d'interdit. Pas non plus de pikadon (dépôt) tant que le cohen n'a rien reçu.

3
לֹא, דְּכֻולֵּי עָלְמָא סָבְרִי טוֹבַת הֲנָאָה אֵינָהּ מָמוֹן, וְהָכָא ב״הוֹאִיל״ קָמִיפַּלְגִי. דְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר סָבַר: אָמְרִינַן ״הוֹאִיל״, וְאִי בָּעֵי אִיתְּשִׁיל עֲלַהּ — מָמוֹנֵיהּ הוּא. וְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ סָבַר: לָא אָמְרִינַן ״הוֹאִיל״.

Non. Tout le monde estime que la tovat hanaa n'est pas un mamon, et ici ils divergent sur le hoil.

Car Rabbi Eliezer estime : on dit hoil, et s'il veut, il demande l'annulation à son sujet : c'est son bien. Et Rabbi Yehochoua estime : on ne dit pas hoil.

📜 Rachi (2)
לָא דְּכֻולֵּי עָלְמָא טוֹבַת הֲנָאָה אֵינָהּ מָמוֹן וּבְהוֹאִיל קָא מִיפַּלְגִי ר' אֱלִיעֶזֶר סָבַר עָבַר עָלֶיהָ מִשּׁוּם הוֹאִיל וְאִי בָּעֵי מִיתְּשִׁיל עֲלָהּ וְהָדְרָא לְטִיבְלָא וְדִידֵיהּ הִיא דְּעַל כָּל נֶדֶר וְהֶקְדֵּשׁ וּתְרוּמָה הַקָּדוֹשׁ בַּאֲמִירַת פֶּה יָכוֹל לִישָּׁאֵל לְחָכָם וְלַעֲקֹור דִּבּוּרוֹ הִלְכָּךְ מָמוֹנֵיהּ הוּא וְעָבַר עָלֶיהָ וּמְלֶאכֶת אֲפִייָּתָהּ נָמֵי בי"ט כִּי לֹא קָרָא עָלֶיהָ שֵׁם ואע"ג דְּאִיכָּא חֲדָא דְּלָא חַזְיָא מִשְׁתַּרְיָא דְּכָל חֲדָא וַחֲדָא אִיכָּא לְמֵימַר הָא לָאו חַלָּה הִיא וְאִי נָמֵי קָרָא עָלֶיהָ שֵׁם מָצֵי לְמֵיפָא לָהּ הוֹאִיל וְאִי בָּעֵי מִיתְּשִׁיל עֲלָהּ מִיהוּ כֵּיוָן דְּאִית לר"א הַסַּל מְצָרְפָן לְחַלָּה הָכִי שַׁפִּיר טְפֵי שֶׁתֵּאָפֶה תְּחִלָּה מִשּׁוּם רַוְוחָא דְּמִלְּתָא וְכָל כַּמָּה דְּאֶפְשָׁר לְמֶיעְבַּד שַׁפִּיר בְּלֹא שׁוּם הוֹאִיל נִיחָא לְמֶיעְבַּד:
Rabbi Eliezer estime qu'il transgresse à son sujet parce que, puisque, s'il veut, il demande l'annulation à son sujet, elle revient au tevel et elle est à lui. Car sur tout vœu, hekdech et terouma, ce qui a été consacré par une parole de bouche, il peut interroger un sage et déraciner sa parole. C'est donc son bien, et il transgresse à son sujet. Le travail de sa cuisson aussi, à Yom Tov, quand il ne lui a pas donné de nom : bien qu'il y en ait une qui ne lui soit pas propre, elle est permise, car de chacune on peut dire : celle-ci n'est pas la halla. Et même s'il lui a donné un nom, il peut la cuire, puisque, s'il veut, il demande l'annulation à son sujet. Toutefois, puisque Rabbi Eliezer tient que le panier les réunit pour la halla, il est plus juste qu'elle soit cuite d'abord, pour l'aisance de la chose. Et tant qu'on peut bien faire sans aucun hoil, il convient de faire ainsi.
לָא אָמְרִינַן הוֹאִיל הִלְכָּךְ עַל חִימּוּצָהּ אֵינוֹ עוֹבֵר אֲבָל עַל אֲפִיָּיתָהּ עוֹבֵר דְּאִיכָּא חֲדָא דְּלָא חַזְיָא לֵיהּ:
C'est pourquoi, sur son levain, il ne transgresse pas. Mais sur sa cuisson, il transgresse, car il y en a une qui ne lui est pas propre.
🗂️ Tossefot (2)
הוֹאִיל וְאִי בָּעֵי מִיתְּשִׁיל עָלֶיהָ הִקְשָׁה בַּקּוּנְטְרֵס א"כ יִקְרָא לָהּ שֵׁם וְאַחַ"כּ תֹּאפֶה מִטַּעַם הוֹאִיל וְאִי בָּעֵי מִיתְּשִׁיל עֲלָהּ ואור"י כֵּיוָן שֶׁיָּכוֹל לַעֲשׂוֹת בְּלֹא הוֹאִיל אֵין לָנוּ לַעֲשׂוֹת ע"י הוֹאִיל וא"ת א"כ אַמַּאי שָׁרֵי ר' אֱלִיעֶזֶר לֶאֱפוֹת מִשּׁוּם הוֹאִיל דְּכָל חֲדָא וַחֲדָא חַזְיָא לֵיהּ כְּדִלְקַמָּן בְּלֹא הוֹאִיל יָכוֹל לַעֲשׂוֹת ע"י הַטָּלֶה לְצוֹנֵן ואור"י דְּהָכִי עָדִיף טְפֵי מֵהֲטָלָה לְצוֹנֵן דְּאִיכָּא לְמִיחַשׁ שֶׁלֹּא תִּזָּהֵר יָפֶה וְיָבֹא לִידֵי חִימּוּץ וְעוֹד י"ל הוֹאִיל וְאִי בָּעֵי מִיתְּשִׁיל עֲלָהּ לָא שְׁכִיחַ לֹא אָמַר לְהַתִּיר כִּדְמוֹכַח לְקַמָּן גַּבֵּי לֶחֶם הַפָּנִים וּשְׁתֵּי הַלֶּחֶם דְּאֵין אֲפִייָּתָן דּוֹחָה יו"ט אע"ג דְּאִיכָּא לְמֵימַר הוֹאִיל וְאִי בָּעֵי פָּרֵיק לֵיהּ שֶׁאֵין הַתַּנּוּר מְקַדְּשָׁם שֶׁאִם הָיָה מְקַדְּשָׁם א"כ יִפָּסְלוּ בְּלִינָה כֵּיוָן דְּאוֹפִין אוֹתָן קֹודֶם יו"ט וְכֵן מוּכָח בִּמְנָחוֹת (דַּף עב:) דְּמ"ד אֵין אֲפִיָּיתָן דּוֹחָה י"ט קָסָבַר דְּאֵין הַתַּנּוּר מְקַדְּשָׁן וְרַשְׁבָּ"א פֵּירֵשׁ כִּי נ"ל שֶׁדַּעַת רַשִׁ"י כֵּיוָן שֶׁהַסַּל מְצָרְפָן וְסוֹפוֹ לִיטֹּול אַחַת עַל כֻּולָּן נִמְצָא שֶׁטָּרַח בְּדָבָר שֶׁאֵין רָאוּי לַאֲכִילָה אֶלָּא מִטַּעַם הוֹאִיל שָׁרִי דְּאִי בָּעֵי לָא מַפְרִישׁ חֲדָא לְחַלָּה אֶלָּא בָּצַע פּוּרְתָּא מִכָּל חֲדָא וַחֲדָא וְכָל חֲדָא וַחֲדָא חַזְיָא לֵיהּ וְכֵיוָן דְּכִי נָמֵי לֹא תִּקְרָא לָהּ שֵׁם עַד שֶׁתֵּאָפֶה לָא שָׁרִי אֶלָּא עַל יְדֵי הוֹאִיל וְאִם יִקְרָא לָהּ שֵׁם קֹודֶם שֶׁתֵּאָפֶה הָווּ תְּרֵי הוֹאִיל וּתְרֵי הוֹאִיל לָא אָמְרִינַן וְקָשֶׁה לְרַשְׁבָּ"א לְפֵירוּשׁוֹ כֵּיוָן דְּאִם יִבְצַע מִכָּל חֲדָא וַחֲדָא יְהֵא מֻותָּר בְּלֹא הוֹאִיל הֵיאַךְ שָׁרוּ רַבָּנָן לְמֶיעְבַּד ע"י הוֹאִיל כֵּיוָן דְּאֶפְשָׁר בְּלֹא הוֹאִיל וְתֵירֵץ שֶׁלֹּא הִטְרִיחוּ חֲכָמִים לִבְצֹועַ מִכָּל אַחַת וְאַחַת ור"י מַקְשֶׁה דְּהָא כִּי נָמֵי בָּצַע מִכָּל חֲדָא וַחֲדָא אָסוּר לֶאֱפוֹת כִּדְמוֹכַח בפ"ב דְּבֵיצָה (דַּף כא.) דְּאָמַר עִיסָּה שֶׁל נָכְרִי וְשֶׁל יִשְׂרָאֵל אָסוּר לֶאֱפוֹת בי"ט כֵּיוָן דְּאֶפְשָׁר לְמִיפַּלְגָה בְּלִישָׁה וְנִרְאֶה לְרַשְׁבָּ"א לְחַלֵּק דְּדַוְקָא בְּעִיסַּת נָכְרִי אָסְרוּ מִדְּרַבָּנָן אֲבָל גַּבֵּי חַלָּה לֹא אָסְרוּ מִשּׁוּם תִּיקּוּן חַלָּה וְאֵין נִרְאֶה לְרִיבָ"א מַה שֶּׁמַּשְׁמַע מִתּוֹךְ פ"ה דאע"פ שֶׁהָיָה בָּהֶן כְּדֵי חִיּוּב חַלָּה מִתְּחִלָּה בָּעֵינַן צֵירוּף סַל לְהַפְרִישׁ אַחַת עַל כֻּולָּן וְכֵן מַשְׁמַע בִּפְסַק שֶׁלּוֹ לְקַמָּן דְּלָא בָּעֵינַן צֵירוּף סַל לְר' אֱלִיעֶזֶר אֶלָּא כְּשֶׁלֹּא הָיָה בַּתְּחִלָּה שִׁיעוּר חַלָּה דְּאַהָכִי מַייְתֵי לָהּ לְקַמָּן בִּשְׁמַעְתִּין גַּבֵּי הָנֵי נָשֵׁי דְּאָפְייָן קְפִיזֵי לְפִסְחָא וְהָכִי תַּנְיָא בְּהֶדְיָא בְּמַס' חַלָּה (פ"ב מִשְׁנָה ד) דִּתְנַן הָעוֹשֶׂה עִיסָּתוֹ קַבִּין קַבִּין פָּטוּר מִן הַחַלָּה עַד שֶׁיִּשּׁוֹכוּ ר' אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר אַף הָרוֹדֶה וְנוֹתֵן לַסַּל וְכוּ' מַשְׁמַע בְּהֶדְיָא דְּמַיְירֵי הֵיכָא דְּלָא הָיָה שִׁיעוּר חַלָּה אֲבָל הֵיכָא דְּיֵשׁ שִׁיעוּר חַלָּה לָא בָּעֵינַן צֵירוּף סַל לְהַפְרִישׁ מִזֶּה עַל זֶה אֶלָּא הַקָּפָה בְּעָלְמָא כְּדֵי לִתְרֹום מִן הַמֻּוקָּף כְּמוֹ בִּתְרוּמָה וּמַעֲשֵׂר דְּלָא בָּעֵינַן צֵירוּף סַל לְהַפְרִישׁ מִזֶּה עַל זֶה אֶלָּא הַקָּפָה מִיהוּ נִרְאֶה לְרִ"י דְּעִם נְתִינָה לַסַּל בָּעֵינַן נָמֵי נְגִיעָה בַּהֲדֵי הֲדָדֵי מִשּׁוּם נְטִילַת חַלָּה מִן הַמֻּוקָּף וְכִדְאָמַר ר' אֱלִיעֶזֶר גּוּפֵיהּ בְּפֶ' כְּשֵׁם (סוֹטָה ל.) שְׁתֵּי עִיסּוֹת אַחַת טְהוֹרָה וְאַחַת טְמֵאָה נוֹתֵן פָּחוֹת מִכְּבֵיצָה בָּאֶמְצַע כְּדֵי לִיטּוֹל מִן הַמֻּוקָּף מִדְּלָא שָׁרִי עַל יְדֵי צֵירוּף סַל מַשְׁמַע דְּבָעֵי נָמֵי נְגִיעָה:
Le commentaire objecte : s'il en est ainsi, qu'il lui donne un nom, puis qu'elle cuise, au motif du hoil : puisque, s'il veut, il demande l'annulation à son sujet. Le Ri répond : dès lors qu'on peut agir sans hoil, nous n'avons pas à agir par le hoil. Et si tu dis : s'il en est ainsi, pourquoi Rabbi Eliezer permet-il de cuire au motif du hoil, du fait que chacune lui est propre, comme plus loin ? Sans hoil, on peut agir en jetant dans l'eau froide. Le Ri répond : ceci vaut mieux que le jet dans l'eau froide, car il y a à craindre qu'elle ne veille pas bien et que la pâte en vienne à lever. On peut encore dire : le hoil, s'il veut il demande l'annulation, n'est pas fréquent. On ne le dit pas pour permettre, comme il ressort plus loin au sujet du le'hem ha-panim et des deux pains : leur cuisson ne repousse pas Yom Tov, bien qu'on puisse dire hoil, puisque, s'il veut, il le rachète, car le four ne les consacre pas. S'il les consacrait, ils seraient disqualifiés par la lina, puisqu'on les cuit avant Yom Tov. Et de même il ressort dans Menahot (72b) : celui qui dit que leur cuisson ne repousse pas Yom Tov estime que le four ne les consacre pas. Le Rachba explique : il nous semble que telle est la pensée de Rachi. Puisque le panier les réunit, et qu'à la fin il prélève une sur toutes, il se trouve qu'il se peine pour une chose qui n'est propre à être mangée que par le motif du hoil. C'est permis, car, s'il veut, il ne sépare pas une seule pour la halla : il coupe un peu de chacune, et chacune lui est propre. Et puisque, même si elle ne lui donne pas de nom jusqu'à ce qu'elle cuise, ce n'est permis que par le hoil, si elle lui donne un nom avant de cuire, ce sont deux hoil, et deux hoil, on ne les dit pas. Le Rachba objecte à son explication : puisque, s'il coupe de chacune, ce sera permis sans hoil, comment les Sages permettent-ils d'agir par le hoil, dès lors que c'est possible sans hoil ? Il répond : les Sages n'ont pas imposé la peine de couper de chacune. Le Ri objecte : même s'il coupe de chacune, il est interdit de cuire, comme il ressort au chapitre 2 de Beitsa (21a), où l'on dit : une pâte d'un non-Juif et d'un Israël, il est interdit de la cuire à Yom Tov, puisqu'on peut la partager au pétrissage. Il semble au Rachba de distinguer : c'est seulement pour la pâte d'un non-Juif qu'ils ont interdit de-rabbanan. Pour la halla, ils n'ont pas interdit, à cause du tikkoun de la halla. Le Riva n'admet pas ce qui ressort du commentaire : même lorsqu'il y avait dès le début de quoi obliger à la halla, on exigerait le tsirouf du panier pour prélever une sur toutes. Et de même il ressort de sa décision plus loin : on n'exige le tsirouf du panier pour Rabbi Eliezer que lorsqu'il n'y avait pas au début le chiour de la halla. C'est pour cela qu'on l'amène plus loin dans notre passage, au sujet de ces femmes qui cuisent des kapiza pour Pessa'h. Et ainsi c'est enseigné explicitement dans le traité Halla (chapitre 2, michna 4) : celui qui fait sa pâte kav par kav est exempt de la halla jusqu'à ce qu'elles se collent. Rabbi Eliezer dit : même celui qui retire du four et dépose dans le panier, etc. Cela montre explicitement que le cas est celui où il n'y avait pas le chiour de la halla. Mais là où il y a le chiour de la halla, on n'exige pas le tsirouf du panier pour prélever de l'une sur l'autre : un simple rapprochement suffit, pour prélever du moukaf, comme pour la terouma et le maaser, où l'on n'exige pas le tsirouf du panier pour prélever de l'une sur l'autre, seulement le rapprochement. Toutefois il semble au Ri qu'avec la mise dans le panier on exige aussi le contact mutuel, à cause du prélèvement de la halla min ha-moukaf. Comme Rabbi Eliezer lui-même le dit au chapitre Ke-chem (Sota 30a) : deux pâtes, l'une pure et l'une impure, on place moins d'un œuf au milieu afin de prélever du moukaf. Du fait qu'il ne permet pas par le tsirouf du panier, il ressort qu'on exige aussi le contact.
הוֹאִיל אִי בָּעֵי מִיתְּשִׁיל עֲלָהּ תֵּימַהּ לְרַשְׁבָּ"א אַמַּאי אָמַר בְּפֶרֶק כָּל שָׁעָה (לְעֵיל פְּסָחִים דַּף לח.) דְּמַצַּת מַעֲשֵׂר שֵׁנִי אֵין יוֹצֵא בָּהּ בְּפֶסַח לר"מ דְּסָבַר מַעֲשֵׂר שֵׁנִי מָמוֹן גָּבוֹהַּ הוּא וְלָא חֲשִׁיב מַצַּתְכֶם הָא הוֹאִיל אִי בָּעֵי מִיתְּשִׁיל עֲלָהּ מַחְשְׁבִינַן [לֵיהּ] כְּשֶׁלּוֹ וְעוֹד דְּאָמַר לְעֵיל (פְּסָחִים דַּף ה:) אֲבָל אַתָּה רוֹאֶה שֶׁל אֲחֵרִים וְשֶׁל גָּבוֹהַּ וְהָא שֶׁל גָּבוֹהַּ נָמֵי חֲשִׁיב כְּשֶׁלּוֹ הוֹאִיל אִי בָּעֵי מִיתְּשִׁיל עָלֶיהָ וְתַי' רִ"י דְּשָׁאנֵי הָנְהוּ דִּכְתִיב בְּהוּ לָהּ' אע"ג דְּאִי בָּעֵי מִיתְּשִׁיל עֲלַהּ חֲשָׁבָם הַכָּתוּב שֶׁל גָּבוֹהַּ וְעוֹד תי' ר"י הֵיכָא דַּאֲתָא הֶקְדֵּשׁ לְיַד הַגִּזְבָּר לָא אָמְרִי' הוֹאִיל אִי בָּעֵי מִיתְּשִׁיל עֲלָהּ וְהוֹאִיל אִי בָּעֵי פָּרֵיק נָמֵי לָא אָמְרִינַן דְּאִם כֵּן הָיָה קוֹנֶה אוֹתוֹ דְּאַטּוּ נַחְשֹׁוב חָמֵץ שֶׁל נָכְרִי כְּשֶׁלּוֹ הוֹאִיל אִי בָּעֵי קָנֵי לֵיהּ וְעוֹד תֵּירֵץ כֵּיוָן שֶׁנִּתְחַמֵּץ שׁוּם אָדָם לֹא יִפְדֶנּוּ וצ"ע בְּהָנְהוּ הוֹאִיל דְּכָל שָׁעָה (ג"ז שָׁם) הוֹאִיל וְלֹא קָרָא לָהּ שֵׁם:
Étonnement pour le Rachba : pourquoi dit-on au chapitre Kol cha'a (plus haut, Pessahim 38a) que, de la matsa du maasser cheni, on ne s'acquitte pas à Pessa'h selon Rabbi Meir, qui estime que le maasser cheni est un mamon gavoha et ne compte pas comme votre matsa ? Or, puisque, s'il veut, il demande l'annulation à son sujet, nous le comptons comme le sien. Et encore, on a dit plus haut (Pessahim 5b) : mais tu vois celui des autres et celui de gavoha. Or celui de gavoha aussi compte comme le sien, puisque, s'il veut, il demande l'annulation à son sujet. Le Ri a répondu : ceux-là sont différents, car il est écrit à leur sujet pour ה'. Bien qu'il puisse, s'il veut, demander l'annulation, le verset les a comptés comme appartenant à gavoha. Le Ri a encore répondu : là où le hekdech est parvenu à la main du gizbar, on ne dit pas hoil, s'il veut il demande l'annulation. Et hoil, s'il veut il rachète, on ne le dit pas non plus : sinon il l'acquerrait. Ira-t-on compter le hamets d'un non-Juif comme le sien, puisque, s'il veut, il peut l'acquérir ? Il a encore répondu : une fois qu'il a levé, personne ne le rachètera. Et cela demande examen, au sujet de ces hoil du chapitre Kol cha'a (là-bas aussi) : hoil, et il ne lui a pas donné de nom.
💡 Explication

La Guemara écarte la tovat hanaa. Tout le monde la tient pour autre qu'un mamon. Le point de mahloket est le hoil (puisque). Rabbi Eliezer : une parole de consécration se déracine par une cheela devant un sage. Puisque cette voie existe, la halla peut revenir au tevel et redevenir sienne. La laisser lever est donc une transgression.

La cuisson sans nom, à Yom Tov, suit le même hoil : chaque pâte peut ne pas être la halla. Rabbi Yehochoua refuse ce hoil. Pas de transgression sur le levain. Transgression sur la cuisson, parce qu'une des pâtes, la halla, ne lui sert pas à manger.

Tossefot serre le hoil. Le Ri : quand on peut faire sans hoil, on ne passe pas par lui. Deux hoil de suite ne se disent pas. Un hoil rare, comme la cheela ou le rachat du le'hem ha-panim, ne sert pas à permettre. Le hoil tombe aussi quand le hekdech est déjà entre les mains du gizbar.

🖼️ Schéma
Hoil de Rabbi Eliezer : la cheela Nom de halla parole de bouche S'il veut il interroge un sage Retour au tevel la parole est déracinée C'est son bien il transgresse Rabbi Yehochoua : on ne dit pas ce hoil. Pas de transgression sur le levain. Transgression sur la cuisson : une pâte ne lui sert pas.
Chaîne du hoil selon Rabbi Eliezer : le nom, la cheela, le retour au tevel, le bien.
4
אִיתְּמַר: הָאוֹפֶה מִיּוֹם טוֹב לְחֹול, רַב חִסְדָּא אָמַר: לוֹקֶה, רַבָּה אָמַר: אֵינוֹ לוֹקֶה.

On a enseigné : celui qui cuit de Yom Tov pour un jour de semaine, Rav Hisda dit : il reçoit les coups. Rabba dit : il ne reçoit pas les coups.

📜 Rachi (2)
הָאוֹפֶה מי"ט לָחוּל לְאַחַר שֶׁאָכַל וְגָמַר סְעֻודָּתוֹ דִּפְשִׁיטָא לָן דְּלָא חַזְיָא לֵיהּ מִידִי הָאִידָּנָא עַד אֻורְתָּא שֶׁהוּא חוֹל:
Après qu'il a mangé et achevé son repas. Car il nous est clair que rien ne lui est propre maintenant, jusqu'au soir, qui est un jour de semaine.
לוֹקֶה מִשּׁוּם לֹא תַעֲשֶׂה כָל מְלָאכָה:
À cause de : tu ne feras aucun travail.
🗂️ Tossefot (1)
רַבָּה אָמַר אֵינוֹ לוֹקֶה וא"ת דְּאָמַר בְּהַמַּצְנִיעַ (שַׁבָּת צה.) הַמְכַבֵּד וְהָרוֹדֶה חַלּוֹת דְּבַשׁ שָׁגַג בְּשַׁבָּת חַייָּב חַטָּאת הֵזִיד בְּיוֹם טוֹב סוֹפֵג אֶת הָאַרְבָּעִים דִּבְרֵי רַבִּי אֱלִיעֶזֶר וַחֲכָמִים אוֹמְרִים אֵין כָּאן אֶלָּא שְׁבוּת וְאַמַּאי לוֹקֶה לְר' אֱלִיעֶזֶר לֵימָא הוֹאִיל וּמִיקַּלְעִי לֵיהּ אוֹרְחִים וְאַפֵּי' רַבָּנָן לָא פָּטְרִי אֶלָּא מִשּׁוּם דְּלָא חֲשִׁיבִי דְּבַשׁ בְּכַוַּורְתּוֹ מְחֻובָּר וְיֵשׁ לוֹמַר כְּגוֹן שֶׁהִדְבִּישׁ הַדְּבַשׁ וְאֵינָהּ רְאוּיָה לֶאֱכֹול וְאַפֵּי' אִי מִיקַּלְעִי לֵיהּ אוֹרְחִים לָא חֲזִי לְהוּ אִי נָמֵי בְּרוֹדֶה סָמוּךְ לִשְׁקִיעַת הַחַמָּה שֶׁאֲפִילּוּ יָבוֹאוּ אוֹרְחִים אֵין שְׁהוּת בַּיּוֹם לְאָוכְלוֹ וּבְהַאי שִׁינּוּיָא א"ש מַה שֶׁהִקְשָׁה רִיבָ"א דְּשָׁמְעִינַן לֵיהּ לְרַבָּה דְּאִית לֵיהּ הֲכָנָה בְּרֵישׁ מַסֶּכֶת בֵּיצָה (דַּף ב:) וּבְרֵישׁ בְּכָל מְעָרְבִין (עֵירוּבִין לח:) דְּאָמַר אֵין יוֹם טוֹב מֵכִין לְשַׁבָּת אִי אָמְרַתְּ הוֹאִיל הֵיכָא מַשְׁכַּחַת לָהּ דְּאֵין יוֹם טוֹב מֵכִין לְשַׁבָּת וְהַשְׁתָּא מַשְׁכַּחַת לֵהּ סָמוּךְ לִשְׁקִיעַת הַחַמָּה כִּדְפָרֵישִׁית וְאִם תֹּאמַר אִי אָמְרִינַן הוֹאִיל א"כ בִּטַּלְתָּ כָּל מְלֶאכֶת שַׁבָּת הוֹאִיל וְרָאוּי לְחוֹלֶה שֶׁיֵּשׁ בּוֹ סַכָּנָה וי"ל כֵּיוָן דְּלָא שְׁכִיחַ כְּלָל לָא אָמְרִינַן הוֹאִיל:
Et si tu dis : on dit dans Ha-matsni'a (Chabbat 95a) : celui qui balaye, et celui qui détache des rayons de miel, s'il a agi par inadvertance à Chabbat, il est passible d'un hatat ; s'il a agi de propos délibéré à Yom Tov, il encaisse les quarante. Paroles de Rabbi Eliezer. Et les Sages disent : il n'y a ici qu'un chevout. Pourquoi est-il passible selon Rabbi Eliezer ? Qu'on dise hoil : puisque des invités peuvent lui arriver. Et même les Sages ne dispensent que parce que le miel dans sa ruche ne compte pas : il est attaché. On peut dire : par exemple, le miel s'est gâté et n'est plus propre à manger. Même si des invités lui arrivent, il ne leur sert pas. Ou bien : celui qui détache près du coucher du soleil. Même si des invités viennent, il ne reste plus dans le jour le temps de le manger. Et avec cette distinction, s'arrange ce qu'a objecté le Riva. Nous tenons de Rabba qu'il admet la hakhana, au début du traité Beitsa (2b) et au début de Bekhol me'arvin (Erouvin 38b), où il dit : Yom Tov ne prépare pas pour Chabbat. Si tu dis hoil, où trouve-t-on que Yom Tov ne prépare pas pour Chabbat ? Maintenant on le trouve près du coucher du soleil, comme on l'a expliqué. Et si tu dis : si l'on dit hoil, alors tombe tout travail de Chabbat, puisque la chose est propre à un malade en danger de mort. On répondra : puisque ce cas n'est pas fréquent du tout, on ne dit pas hoil.
💡 Explication

À propos du hoil, une memra. L'homme a fini son repas. Ce qu'il cuit maintenant ne lui sert plus avant le soir, et le soir est un jour de semaine. Rav Hisda : coups, pour le lav lo ta'asse kol melakha. Rabba : pas de coups.

Tossefot borne le hoil. Le miel gâté, ou détaché au coucher du soleil, ne sert à aucun invité : là, Rabbi Eliezer frappe. Un cas qui n'arrive presque jamais, le malade en danger, ne rend pas permis tout travail de Chabbat.

5
רַב חִסְדָּא אָמַר לוֹקֶה: לָא אָמְרִינַן ״הוֹאִיל וּמִיקַּלְעִי לֵיהּ אוֹרְחִים — חֲזִי לֵיהּ״. רַבָּה אָמַר אֵינוֹ לוֹקֶה: אָמְרִינַן ״הוֹאִיל״.

Rav Hisda dit qu'il reçoit les coups : on ne dit pas hoil, puisque des invités peuvent lui arriver, cela lui est propre. Rabba dit qu'il ne reçoit pas les coups : on dit hoil.

📜 Rachi (1)
הוֹאִיל וְאִי מִיקַּלְעִי לֵיהּ אוֹרְחִין שֶׁיְּהוּ צְרִיכִין לֶפֶת זֶה הַיּוֹם:
Qui auraient besoin de ce pain aujourd'hui.
💡 Explication

Le hoil vise ici est précis : des oréhim peuvent arriver et avoir besoin de ce pain le jour même. Rabba compte alors la cuisson comme faite pour Yom Tov, même si personne ne vient. Rav Hisda refuse d'appuyer l'autorisation sur une arrivée qui n'a pas eu lieu.

6
אֲמַר לֵיהּ רַבָּה לְרַב חִסְדָּא: לְדִידָךְ דְּאָמְרַתְּ לָא אָמְרִינַן ״הוֹאִיל״, הֵיאַךְ אוֹפִין מִיּוֹם טוֹב לְשַׁבָּת? אֲמַר לֵיהּ: מִשּׁוּם עֵירוּבֵי תַּבְשִׁילִין.

Rabba dit à Rav Hisda : selon toi, qui dis qu'on ne dit pas hoil, comment cuit-on de Yom Tov pour Chabbat ? Il lui dit : à cause de l'erouv tavshilin.

📜 Rachi (1)
הֵיאַךְ אוֹפִין מי"ט לְשַׁבָּת אִי לָאו דְּאָמְרִי' הוֹאִיל אִי מִיקַּלְעִי לֵיהּ אוֹרְחִין חֲזִי לֵיהּ כּוּלֵּיהּ לְיוֹם טוֹב:
Si ce n'était que nous disons hoil : puisque des invités peuvent lui arriver, le tout lui est propre pour Yom Tov.
💡 Explication

Question de Rabba. Sans hoil, la cuisson de Yom Tov pour Chabbat devrait tomber, comme la cuisson pour un jour de semaine. Rav Hisda répond par l'erouv tavshilin : le mets cuit posé la veille, qui ouvre le droit de préparer pour Chabbat.

7
וּמִשּׁוּם עֵירוּבֵי תַּבְשִׁילִין שָׁרֵינַן אִיסּוּרָא דְּאוֹרָייְתָא?! אֲמַר לֵיהּ: מִדְּאוֹרָיְיתָא צָורְכֵי שַׁבָּת נַעֲשִׂין בְּיוֹם טוֹב, וְרַבָּנַן הוּא דִּגְזַרוּ בֵּיהּ, גְּזֵירָה שֶׁמָּא יֹאמְרוּ אוֹפִין מִיּוֹם טוֹב אַף לְחֹול. וְכֵיוָן דְּאַצְרְכוּהּ רַבָּנַן עֵירוּבֵי תַּבְשִׁילִין — אִית לֵיהּ הֶיכֵּירָא.

Et à cause de l'erouv tavshilin, permettrions-nous un interdit de la Torah ? Il lui dit : de la Torah, les besoins de Chabbat se font à Yom Tov.

Et ce sont les Sages qui ont décrété à ce sujet, un décret de peur qu'on dise : on cuit à Yom Tov même pour un jour de semaine. Et puisque les Sages ont exigé un erouv tavshilin, il a un heker.

📜 Rachi (2)
מִדְּאוֹרָיְיתָא צָורְכֵי שַׁבָּת נַעֲשִׂין ביו"ט דִּכְתִיב (שְׁמוֹת יב) אַךְ אֲשֶׁר יֵאָכֵל לְכָל נֶפֶשׁ וְשַׁבָּת ויו"ט חֲדָא קְדֻושָּׁה הִיא דְּתַרְוַיְיהוּ שַׁבָּת אִיקְּרוֹ וְכִי הֵיכִי דְּמֻותָּר לְבַשֵּׁל לִבּוֹ בַּיּוֹם מֻותָּר לְבַשֵּׁל לְמָחָר:
Car il est écrit (Chemoth 12) : seulement ce qui sera mangé pour toute personne. Et Chabbat et Yom Tov sont une seule sainteté, car tous deux sont appelés Chabbat. Et de même qu'il est permis de cuire pour ce jour-là, il est permis de cuire pour le lendemain.
וְרַבָּנָן הוּא דִּגְזוּר כִּי לָא אוֹתִיב עֵירוּב תַּבְשִׁילִין כְּדֵי שֶׁלֹּא יֹאמְרוּ אוֹפִין אַף לְחוֹל:
Quand il n'a pas posé l'erouv tavshilin, afin qu'on ne dise pas : on cuit même pour un jour de semaine.
💡 Explication

Rabba serre la réponse : un erouv est une institution des Sages. Il n'ouvre pas à lui seul un interdit de la Torah. Rav Hisda sépare les deux niveaux. De la Torah, tsorkhei Chabbat na'asin be-Yom Tov : le verset akh acher ye'akhel le-khôl nefech couvre le lendemain, parce que Chabbat et Yom Tov portent le même nom de sainteté.

Les Sages ont ajouté un gezerah : sans signe, on en viendrait à cuire aussi pour la semaine. L'erouv est ce heker, la marque visible qui distingue Chabbat du jour ordinaire.

8
אַיְּתִיבֶיהָ: בְּהֵמָה הַמְסֻוכֶּנֶת, לֹא יִשְׁחֹוט אֶלָּא כְּדֵי שֶׁיָּכוֹל לֶאֱכוֹל הֵימֶנָּה כְּזַיִת צָלִי מִבְּעוֹד יוֹם. ״יָכוֹל לֶאֱכֹול״ — אַף עַל גַּב דְּלָא בָּעֵי לְמֵיכַל. בִּשְׁלָמָא לְדִידִי, דְּאָמְרִי ״הוֹאִיל״: ״הוֹאִיל וְאִי בָּעֵי לְמֵיכַל מָצֵי אָכֵיל״ — מִשּׁוּם הָכִי יִשְׁחֹוט. אֶלָּא לְדִידָךְ, דַּאֲמַרְתְּ לָא אָמְרִינַן ״הוֹאִיל״, אַמַּאי יִשְׁחֹוט?

Il lui objecta : une bête en danger, on ne l'égorge que s'il peut en manger un kazayit rôti tant qu'il fait encore jour. Peut manger : même s'il ne veut pas manger.

Soit, selon moi, qui dis hoil : puisque, s'il veut manger, il peut manger. C'est pour cela qu'il égorge.

Mais selon toi, qui dis qu'on ne dit pas hoil, pourquoi égorgerait-il ?

📜 Rachi (4)
בְּהֵמָה מְסֻוכֶּנֶת וְרוֹצֶה לְשׁוֹחֲטָהּ בְּיוֹם טוֹב שֶׁלֹּא תָּמוּת וְיַפְסִידֶנָּה:
Et il veut l'égorger à Yom Tov, pour qu'elle ne meure pas et qu'il ne la perde.
כַּזַּיִת צָלִי זֶהוּ קַל בַּבִּישּׁוּלִים:
C'est le plus léger des cuissons.
כְּדֵי שֶׁיָּכוֹל לֶאֱכֹול שֶׁיְּהֵא שְׁהוּת בַּיּוֹם כְּדֵי לְהַפְשִׁיט וְלַחְתֹּוךְ כַּזַּיִת וְלִצְלוֹת וְלֶאֱכֹול וְאִי אִיכָּא שְׁהוּת כִּי הַאי שָׁרִי ואע"ג דְּלָא אָכֵיל מִינָּהּ:
Qu'il y ait dans le jour le temps de dépouiller, de couper un kazayit, de rôtir et de manger. Et s'il y a un tel temps, c'est permis, même s'il n'en mange pas.
אַמַּאי שְׁחִיט הָא לֹא צָרִיךְ לְמֵיכַל שֶׁכְּבָר אָכַל:
Il n'a pas besoin de manger : il a déjà mangé.
💡 Explication

Deuxième objection de Rabba, une baraita. La bête est mesoukenet : elle va mourir d'elle-même, et la viande serait perdue. On ne fait la chehita à Yom Tov que s'il reste, avant la nuit, le temps d'un kazayit tsali, un kazayit rôti. Le rôti est la préparation la plus courte.

Rabba lit yakhol le'ekhol au sens large : il peut manger, même s'il ne veut pas. Cela colle au hoil. Rav Hisda, qui refuse le hoil, reste sans raison : l'homme est déjà repu, il n'a besoin de rien.

9
אָמַר לֵיהּ: מִשּׁוּם הֶפְסֵד מָמוֹנוֹ. וּמִשּׁוּם הֶפְסֵד מָמוֹנוֹ שָׁרֵינַן אִיסּוּרָא דְאוֹרָיְיתָא?!

Il lui dit : à cause de la perte de son bien. Et à cause de la perte de son bien, permettrions-nous un interdit de la Torah ?

📜 Rachi (1)
מִשּׁוּם הֶפְסֵד מָמוֹנוֹ וְיוֹדֵעַ הוּא שֶׁאֵינוֹ מֻותָּר בְּלֹא אֲכִילָה גָּמַר בְּלִבּוֹ לֶאֱנֹס אֶת עַצְמוֹ וְלַעֲבֹור עַל דַּעְתּוֹ וְלֶאֱכֹול כַּזַּיִת וַהֲוָה לֵיהּ כְּצָרִיךְ לְזַיִת בי"ט וּמִשּׁוּם הַהוּא זַיִת בָּעֲיָא לְמִישְׁחֲטֵיהּ לְכֻולָּהּ דְּאִי אֶפְשָׁר לְכַזַּיִת בְּלֹא שְׁחִיטָה אֲבָל הָכָא דְּלֵיכָּא לְמֵימַר גָּמַר בְּלִבּוֹ לֶאֱנֹס עַצְמוֹ מִשּׁוּם הוֹאִיל לָא שָׁרֵינַן אִיסּוּרָא דְּאוֹרָייְתָא כֵּיוָן דְּלָא צָרִיךְ לְמִידִי:
Et il sait qu'il n'est pas permis sans manger. Il a décidé en son cœur de se contraindre, de passer outre son avis, et de manger un kazayit. Il est alors comme quelqu'un qui a besoin d'un kazayit à Yom Tov, et c'est à cause de ce kazayit qu'il faut l'égorger toute entière, car un kazayit est impossible sans chehita. Mais ici, où l'on ne peut pas dire qu'il a décidé en son cœur de se contraindre, à cause du hoil nous ne permettons pas un interdit de la Torah, puisqu'il n'a besoin de rien.
💡 Explication

Rav Hisda déplace la raison : hefssed mamono, la perte du bien. Rabba répond sur le même ton que pour l'erouv : un interdit de la Torah ne cède pas à une perte d'argent, prise seule.

Rachi déplie déjà la suite. L'homme sait que la chehita sans nourriture reste interdite. La perte le pousse à se forcer pour un kazayit. Ce kazayit, lui, est un besoin de Yom Tov, et il entraîne toute la bête.

10
אֲמַר לֵיהּ, אִין: מִשּׁוּם הֶפְסֵד מָמוֹנוֹ — גָּמַר בְּלִבּוֹ לֶאֱכֹול כְּזַיִת, וְאִי אֶפְשָׁר לִכְזַיִת בָּשָׂר בְּלֹא שְׁחִיטָה.

Il lui dit : oui. À cause de la perte de son bien, il a décidé en son cœur de manger un kazayit, et un kazayit de viande est impossible sans chehita.

💡 Explication

Rav Hisda tient les deux bouts. La perte ne permet pas à elle seule. Elle produit une décision : il mangera un kazayit, quitte à se forcer. Or un kazayit de viande ne s'obtient pas sans chehita de la bête entière. L'abattage est donc celui d'un homme qui a un besoin réel, le jour même.

🖼️ Schéma
Pourquoi la chehita de toute la bête Perte du bien la bête va mourir sans chehita Décision il se force à manger un kazayit Chehita un kazayit de viande exige l'abattage du tout
Perte, décision d'un kazayit, chehita de toute la bête.
11
אַיְּתִיבֶיהָ: לֶחֶם הַפָּנִים

Il lui objecta : le le'hem ha-panim.

📜 Rachi (1)
לֶחֶם הַפָּנִים כָּל שַׁבָּת וְשַׁבָּת:
Chaque Chabbat.
💡 Explication

Nouvelle objection de Rabba, ouverte seulement ici. Le le'hem ha-panim se cuit chaque semaine pour le Chabbat suivant. Rachi fixe le rythme : kol Chabbat ve-Chabbat. La suite du raisonnement est au daf suivant.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).