Sougya : La page poursuit le compte des coups de celui qui cuit le gid dans le lait un jour de fête. Abaye reprend la deracha du verset d'Ye'hezkel sur l'agneau : deux cents restés dans la cuve, et le breuvage permis à Israël.
Le mouktse en sort, parce que son interdit vient d'ailleurs, et parce qu'il n'y a pas de hilouk melakhot à Yom Tov. On retire alors la hav'ara, et le compte se referme sur les bois du hekdech.
Rami bar Hama range le débat de Rav Hisda et de Rabba sur le ho'il dans la michna de la halla en impureté : Rabbi Eliezer le dit, Rabbi Yehochoua ne le dit pas. Rav Papa et Rav Chicha limitent chacun un des deux avis.
La fin du daf fixe la mesure de pâte à Pessa'h, blé et orge, grain de choix et grain maigre.
De deux cents : du surplus de deux cents qui sont restés dans la cuve. De là, pour l'orla (fruit des trois premières années) qui s'annule dans deux cents.
Suite de la deracha d'Ye'hezkel 45, 15, ouverte en bas de 47b sur l'agneau du korban. Min ha-matayim : on ne prend les nesakhim que là où deux cents parts permises restent dans la cuve, face à l'orla mélangée.
Rachi rappelle que l'annulation de l'orla et des kilaï ha-kerem dans deux cents sort déjà du Sifrei. Le de-là de la baraïta est un appui, le texte ne le donne pas comme source unique.
Du breuvage d'Israël : de ce qui est permis à Israël. De là, ils ont dit : on n'apporte pas de nesakhim (libations) tirés du tevel (produit non prélevé).
Mi-mashke Israël est lu : de ce qui est permis à Israël. Le tevel, que l'on n'a pas le droit de manger, ne fournit pas le vin des libations.
On pourrait penser : il n'apportera pas du mouktse (mis de côté). Tu dis : de même que le tevel est particulier, en ce que l'interdit de son corps l'a causé, de même tout ce que l'interdit de son corps a causé.
Sort le mouktse, que l'interdit de son corps n'a pas causé, et que l'interdit d'une autre chose a causé. Et si tu dis que l'interdit du mouktse est de la Torah, quelle différence pour moi entre l'interdit de son corps et l'interdit d'une autre chose ?
La baraïta aurait pu écarter aussi l'animal mouktse. Elle ne le fait pas. Le tevel est écarté parce que l'issour gufo, l'interdit de son propre corps, le rend impropre. Le mouktse est interdit à cause d'autre chose : le Chabbat, dit Rachi. Son corps reste un animal permis.
Abaye serre la conséquence. Si le mouktse était un interdit de la Torah, la baraïta n'aurait pas de raison de séparer le corps et la chose extérieure. La distinction enseigne un mouktse rabbinique.
Et de plus : c'est toi qui as dit : il y a division des travaux pour le Chabbat, et il n'y a pas division des travaux pour le jour de fête.
Second coup d'Abaye, toujours contre le bois de mouktse comme lav de plus. Hilouk melakhot : au Chabbat, deux travaux font deux peines. À Yom Tov, Rabba lui-même tient qu'il n'y a pas cette division.
Dès lors, mouktse et cuisson du gid le jour de fête ne donnent pas deux fois les coups. Le compte de la baraïta ne peut pas prendre le mouktse comme second interdit de Yom Tov.
Alors, retire la hav'ara (allumage), et fais entrer les bois d'une achera (arbre d'idolâtrie). Et l'avertissement vient d'ici : Rien du herem ne collera à ta main.
La hav'ara sort de la liste des cinq coups. À sa place : brûler avec le bois d'une achera. L'azhara, le verset qui formule le lav, est : rien du herem ne collera à ta main (Devarim 13, 18).
Rav Aha fils de Rava dit à Abaye : qu'il reçoive les coups aussi au titre de : Tu n'introduiras pas une abomination dans ta maison.
Le bois d'achera tombe sous un second verset : tu n'introduiras pas une toeva (abomination) dans ta maison (Devarim 7, 26). La liste gagnerait un lav. Le compte de cinq ne tient plus.
Alors : retire la hav'ara (allumage), et fais entrer les bois du hekdech (bien consacré). Et l'avertissement vient d'ici : Leurs asherim, vous les brûlerez au feu... vous ne ferez pas ainsi pour Hachem, votre D.ieu.
Dernier remplacement. Les bois du hekdech ont un seul avertissement : on brûle les asherim, et l'on ne fera pas ainsi pour Hachem (Devarim 12, 3-4). Brûler un consacré pour le détruire est un lav.
Le compte des cinq coups se referme sans la hav'ara, sans le bois de mouktse, et sans le lav supplémentaire de l'achera.
Rami bar Hama dit : ceci de Rav Hisda et de Rabba, c'est la discussion de Rabbi Eliezer et de Rabbi Yehochoua. Car Rabbi Eliezer tient : nous disons ho'il (puisque).
Et Rabbi Yehochoua tient : nous ne disons pas ho'il.
Nouvelle sougya. La michna (46a) : comment sépare-t-on la halla en impureté, à Yom Tov ? La pâte est devenue impure, la part de halla n'est plus propre au kohen. Rabbi Eliezer : on ne lui donne le nom qu'après la cuisson. Rabbi Yehochoua tient l'autre côté.
Rami bar Hama y lit le débat de Rav Hisda et de Rabba. Eliezer dit le ho'il : puisque l'on peut prélever un peu de chaque pain, chacun reste mangeable, et la melakha est permise. Yehochoua ne s'en sert pas pour permettre un travail de Yom Tov.
Rachi écarte un autre ho'il, celui de la cheela (annulation par un sage), vu plus haut. Ici le puisque porte sur l'interdit de la melakha.
Rav Papa dit : peut-être Rabbi Eliezer n'a-t-il dit là-bas que l'on dit ho'il que parce qu'au moment où elles entrent au four, chacune est propre pour lui. Mais ici, où c'est pour des hôtes que c'est propre, et où pour lui ce n'est pas propre : dis de même que l'on ne dit pas ho'il.
Rav Papa empêche de transporter l'avis d'Eliezer jusqu'au pain cuit pour des hôtes. Dans la halla, au moment du four, chaque pain peut encore être le sien : on peut dire de chacun qu'il ne sera pas la halla. Rachi le dit même sans recourir au ho'il.
Le pain du jour de fête cuit pour des hôtes que l'on n'a pas invités est propre pour eux, et impropre pour lui. Là, même Eliezer peut refuser le puisque.
Rav Chicha fils de Rav Idi dit : et peut-être qu'il n'en est pas ainsi. Rabbi Yehochoua n'a dit là-bas que l'on ne dit pas ho'il que parce qu'il y en a une qui n'est propre ni pour lui ni pour les hôtes.
Mais ici, où c'est propre au moins pour les hôtes : dis de même que l'on dit ho'il.
Rav Chicha fait le mouvement inverse. Yehochoua refuse le ho'il là où une part n'est mangeable pour personne : la halla impure, et l'on ne prélève pas d'ordinaire un peu de chaque pain. Le pain propre au moins pour des hôtes peut, même selon lui, entrer dans le puisque.
Rachi s'arrête sur une difficulté. Yehochoua dit que tel hamets sort de l'avertissement de bal yerae. Cela montre qu'il refuse aussi le ho'il de la cheela, et celui-là est une rigueur. Le ho'il des hôtes est une légèreté. Rachi répond d'abord : maintenant, la chose n'est pas à lui. Puis il dit que son cœur balbutie, et il propose une autre version du début de la sougya : le puisque d'Eliezer est seulement celui du prélèvement sur chaque pain.
Ils l'ont dite, [les sages,] devant Rabbi Yirmeya et Rabbi Zeira. Rabbi Yirmeya l'a reçue.
Rabbi Zeira ne l'a pas reçue. Rabbi Yirmeya dit à Rabbi Zeira : une parole qui nous était difficile, et qui est restée plusieurs années : sur quoi Rabbi Eliezer et Rabbi Yehochoua divergent-ils ?
Maintenant on l'a dite au nom d'un grand homme, et nous ne la recevrions pas ?
L'enseignement de Rami bar Hama est raporte devant Rabbi Yirmeya et Rabbi Zeira. Yirmeya le reçoit. La question ouverte depuis des années : quel est le point de partage entre Eliezer et Yehochoua ?
Rachi dit pourquoi tovat hanaa ne suffit pas à les séparer. Même si Eliezer tient que ce bénéfice est un bien, et que le hamets est donc le sien, cuire reste un acte de melakha. Mieux vaudrait laisser passer bal yerae sans geste, que de faire un travail de ses mains. Le ho'il répond à cela : selon Eliezer, la cuisson n'est pas une melakha interdite.
Il lui dit : comment la recevrais-je ? Car nous avons enseigné : Rabbi Yehochoua lui a dit : selon tes paroles, le voici qui transgresse au titre de : tu ne feras aucun travail.
Et il s'est tu. Et s'il en est ainsi, qu'il lui dise : mon motif, c'est le ho'il.
Rabbi Zeira refuse. Dans la baraïta, Yehochoua objecte : selon toi, il transgresse lo taaseh kol melakha. Eliezer se tait. S'il disposait du ho'il, il répondrait : il n'y a pas de profanation du jour, dit Rachi.
Il lui dit : et selon ton raisonnement, ceci que nous avons enseigné dans une baraïta : Rabbi Eliezer lui a dit : selon tes paroles, le voici qui transgresse au titre de bal yerae et de bal yimatse. Et il s'est tu.
Lui non plus ne lui aurait pas répondu ? Or il lui répond dans la michna.
Car nous avons enseigné : tel n'est pas le hamets au sujet duquel on est averti, au titre de bal yerae et de bal yimatse. Le sens est donc : il s'est tu dans la baraïta, et il lui répond dans la michna.
Ici de même : dis qu'il s'est tu dans la michna, et qu'il lui a répondu dans une autre mekhilta.
Rabbi Yirmeya répond par un parallèle. Eliezer objecte à Yehochoua : selon toi, il transgresse bal yerae et bal yimatse. La baraïta montre un silence. La michna donne pourtant la réplique de Yehochoua : tel hamets sort de cet avertissement.
Un silence dans un texte peut donc avoir sa réponse dans un autre. Eliezer a pu se taire dans la michna, et répondre par le ho'il dans une autre mekhilta.
Rachi ajoute que les deux peuvent diverger à la fois sur tovat hanaa et sur le ho'il. L'idée, vue plus haut, que tous tiennent que tovat hanaa n'est pas un bien, précédait cette réplique d'Eliezer sur bal yerae.
On a enseigné : Rabbi dit : la halakha est comme Rabbi Eliezer. Et Rabbi Yits'hak dit : la halakha est comme ben Beteira.
Rabbi (Rabbi Yehouda ha-Nassi) fixe la halakha comme Rabbi Eliezer : on cuit, puis on nomme la halla. Rabbi Yits'hak suit ben Beteira : on jette la pâte dans l'eau froide, pour qu'elle ne lève pas.
Tossefot : Rav Yossef suit Rabbi, par la règle halakha ke-Rabbi me-haveiro, et la coutume va dans ce sens. Le RI réserve la règle aux cas sans mahloket d'Amoraïm. Ici Rabba et Rav Hisda divergent sur le ho'il.
Et quelle est la mesure de la pâte ? Rabbi Yichmael fils de Rabbi Yo'hanan ben Beroka dit : pour le blé, deux kav ; pour l'orge, trois kav.
Rabbi Natan dit au nom de Rabbi Eliezer : l'inverse.
Nouveau sujet : le chiour de pâte que l'on peut pétrir d'un coup à Pessa'h, sans qu'elle échappe à la garde contre le hamets.
Rabbi Yichmael : deux kav de blé, trois kav d'orge. Rabbi Natan, au nom de Rabbi Eliezer, renverse. Rachi : l'orge lève plus vite que le blé, d'où la mesure plus courte du côté de l'orge dans cette seconde version.
Or on a enseigné : Rabbi Yichmael fils de Rabbi Yo'hanan ben Beroka dit : pour le blé, trois kav, et pour l'orge, quatre kav ! Pas de difficulté.
Celle-ci, dans le grain maigre (hassikhta) ; celle-là, dans le grain de choix (ma'alyata).
Une autre baraïta donne des chiffres plus hauts, au nom du même tana. La Guemara départage par la qualité du grain. Rachi précise : la première baraïta (deux et trois) vise le grain de choix ; la seconde (trois et quatre) vise le grain maigre, plus chargé de son.
Trois kav maigres de blé ne rendent que la farine de deux kav de choix. La mesure porte sur la pâte que l'on peut garder, et le volume de grain change avec la qualité.
Rav Papa dit : apprends de là que le blé maigre est inférieur au blé de choix davantage que l'orge maigre n'est inférieure à l'orge de choix. Car là-bas, un tiers ; et ici, un quart.
Rav Papa tire un écart de qualité. Au blé, le passage de 2 à 3 est un tiers. À l'orge, le passage de 3 à 4 est un quart. Le blé maigre s'éloigne de son grain de choix plus que l'orge maigre du sien.
Rachi place l'enseignement dans le mekah ou-mimkar, l'achat et la vente : de combien le grain maigre vaut moins que le grain de choix.
Rav dit : un kav de Melogna pour Pessa'h, et de même pour la halla. (Et l'on a enseigné :)
Rav donne une mesure de lieu : le kav de Melogna. À Pessa'h, on ne pétrit pas au-delà, pour garder la pâte du himouts. La même quantité, le reste de l'année, fait entrer la pâte dans l'obligation de halla.
Le segment s'arrête sur l'ouverture d'une question, ve-hatanya. La suite est au daf suivant.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).