Sougya : Le quatorze Nissan tombe un Chabbat : Rabbi Meir fait le biour de tout dès la veille, les Sages le laissent à son heure, Rabbi Eliezer bar Tsadok sépare la terouma et le houlin. Un fait à Yavne, chez Rabban Gamliel, montre le biour à l'heure, ce Chabbat-là même.
La michna règle ensuite celui qui se rappelle son hamets en route : mitsva, sauvetage, ou séjour facultatif, puis la viande de kodech sortie de Yerouchalayim, avec les mesures de Rabbi Meir, de Rabbi Yehouda et des Sages. La Guemara lève la tension sur le repas de fiançailles, rechoute ou mitsva, premier repas ou sivlonot.
Elle poursuit par le repas sans mitsva, l'union d'une fille de cohen, et le conseil d'épouser la fille d'un talmid 'hakham.
Michna. Le quatorze qui tombe un Chabbat : on élimine tout avant le Chabbat, paroles de Rabbi Meir.
Et les Sages disent : à son heure. Rabbi Eliezer bar Tsadok dit : la terouma, avant le Chabbat ; et le houlin, a son heure.
Le 14 Nissan est le jour du biour du hamets. S'il tombe un Chabbat, le feu de la brûlure est interdit ce jour-là.
Rabbi Meir avance tout à vendredi, terouma et houlin, hors le repas du Chabbat. Les Sages gardent l'heure du 14, même ce Chabbat. Rabbi Eliezer bar Tsadok coupe en deux : la terouma avant le Chabbat, le houlin a son heure.
Rachi : la terouma a peu de mangeurs, un zar (non-cohen) ne la mange pas, ni sa bête. Le houlin, on lui trouve des convives jusqu'à l'heure.
Guemara. On enseigne : Rabbi Eliezer bar Tsadok dit : une fois, mon père passa le Chabbat à Yavne, et le quatorze tomba un Chabbat.
Zounin, l'intendant de Rabban Gamliel, vint et dit : le moment est venu d'éliminer le hamets. Je suivis mon père, et nous éliminâmes le hamets.
Le fait tranche pour l'heure du 14, même un Chabbat. Zounin, préposé de Rabban Gamliel, donne le signal à Yavne. Rabbi Tsadok et son fils font le biour sur place.
Rachi limite chavat : un seul Chabbat passé la-bas, celui du 14.
Michna. Celui qui va abattre son Pessa'h, circoncire son fils, ou manger un repas de fiançailles dans la maison de son beau-père, et qui se rappelle qu'il a du hamets dans sa maison : s'il peut revenir, l'éliminer, et revenir à sa mitsva, il revient et l'élimine.
Sinon, il l'annule dans son cœur.
Trois trajets de mitsva : la chehita du Pessa'h, la mila, la seoudat eroussin chez le beau-père. Le hamets reste à la maison.
S'il reste du jour pour le biour et pour reprendre la mitsva, il revient. Le jour trop court : bitoul ba-lev, l'annulation dans le cœur.
Pour sauver des goyim, du fleuve, des brigands, de l'incendie et de l'éboulement, il annule dans son cœur. Et pour établir une résidence de Chabbat facultative, il revient aussitôt.
Cinq sauvetages : poursuivis par des goyim, fleuve, listim (brigands), incendie, éboulement. Même avec du temps devant lui, il fait bitoul ba-lev. Rachi : de la Torah le bitoul suffit, on ne le ramène pas.
Chevitat ha-rechoute. Rachi : il fait nuit sur le tehoum pour gagner deux mille coudées de plus, en vue d'une affaire facultative. Il revient tout de suite. Une chevita de mitsva, deuil ou fête, se règle comme le Pessa'h.
Tossefot : cette lecture se heurte à Erouvin 31a, où l'on ne fait un erouv que pour une mitsva. Le Ri lit le cas autrement : il va se réjouir à Pessa'h chez un ami ou un parent.
Et de même, celui qui est sorti de Yerouchalayim et se rappelle qu'il a en main de la viande de kodech : s'il a dépassé Tsofim, il la brûle sur place. Sinon, il revient et la brûle devant la bira, avec le bois de la ma'arakha.
Les kodashim kalim ont pour clôture le mur de Yerouchalayim. Sortis, ils sont passoul. Tsofim décide s'il revient.
Au-delà : brûlure sur place. En deçà : retour, brûlure devant la bira, bois de la ma'arakha. Rachi lit le verset : on brûle au lieu où l'on mange.
Tossefot : de la Torah, ces pièces-ci se brûlent partout. L'exigence de la bira est une gezeira à cause des kodshei kodashim. Tsofim, dans la Tossefta, est tout point d'où l'on voit la ville, sans écran. La bira : un lieu du Har ha-Bayit selon Rabbi Yo'hanan ; toute la Maison selon Reish Lakich.
Et jusqu'à quelle mesure reviennent-ils ? Rabbi Meir dit : l'un et l'autre, pour un kebeitza.
Rabbi Yehouda dit : l'un et l'autre, pour un kazayit. Et les Sages disent : la viande de kodech, pour un kazayit ; le hamets, pour un kebeitza.
La question porte sur le chiour du retour, pour le hamets de la maison et pour la viande qu'il porte.
Rabbi Meir : kebeitza dans les deux cas. Rabbi Yehouda : kazayit dans les deux. Les Sages coupent : kazayit pour le kodech, kebeitza pour le hamets.
Sous la mesure, Rachi : bitoul pour le hamets, brûlure sur place pour la viande. Tossefot, d'après le Yerouchalmi : le kodech n'a pas de tikkoun par le bitoul, d'où le kazayit. Le hamets en a un, d'où le kebeitza.
Guemara. Et l'on oppose : celui qui va manger un repas de fiançailles dans la maison de son beau-père, ou établir une résidence de Chabbat facultative, revient aussitôt.
Une baraïta met le repas de fiançailles avec la chevitat ha-rechoute : retour immédiat. La michna, elle, le range avec le Pessa'h et la mila : on ne revient que s'il reste du temps.
Rabbi Yo'hanan dit : pas de difficulté. Celle-ci, Rabbi Yehouda ; celle-là, Rabbi Yossi.
Car on enseigne : le repas de fiançailles est facultatif, paroles de Rabbi Yehouda. Rabbi Yossi dit : c'est une mitsva.
Rabbi Yo'hanan départage par une mahloqet de tanaïm. Rabbi Yehouda : la seoudat eroussin est rechoute, d'où la baraïta, retour immédiat. Rabbi Yossi : c'est une mitsva, d'où la michna, retour seulement s'il reste du temps.
Et maintenant que Rav Hisda a dit : le désaccord porte sur le second repas, mais sur le premier repas tout le monde dit que c'est une mitsva. Même si tu dis que l'une et l'autre sont de Rabbi Yehouda, pas de difficulté : celle-ci, au premier repas ; celle-là, au second repas.
Rav Hisda resserre la mahloqet. Le premier repas est mitsva pour les deux. Le second, celui des sivlonot, reste en débat.
Dès lors, les deux textes peuvent être de Rabbi Yehouda : la michna vise le premier repas, la baraïta le second. Rachi : après les fiançailles, le fiancé renvoie des cadeaux et mange là-bas.
On enseigne. Rabbi Yehouda dit : je n'ai entendu que le repas de fiançailles, et non les sivlonot.
Rabbi Yossi lui dit : moi, j'ai entendu le repas de fiançailles et les sivlonot.
La baraïta dit tout haut ce que Rav Hisda a posé. Rabbi Yehouda n'a reçu pour mitsva que la seoudat eroussin. Rabbi Yossi a reçu aussi les sivlonot.
Rachi glose sivlonot : doronot, de beaux ustensiles. Tossefot s'étonne qu'on ne cite pas cette baraïta comme appui formulé de Rav Hisda.
On enseigne. Rabbi Chimon dit : tout repas qui n'est pas un repas de mitsva, un talmid 'hakham n'a pas le droit d'en profiter.
De la question du repas de fiançailles, la Guemara passe à la règle générale. Rabbi Chimon : un talmid 'hakham s'abstient de tout repas dépourvu de mitsva.
Par exemple, quoi ? Rabbi Yo'hanan dit : par exemple, une fille de cohen pour un Israël, et une fille de talmid 'hakham pour un am ha-arets.
Car Rabbi Yo'hanan a dit : une fille de cohen pour un Israël, leur union ne réussit pas.
La question demande un repas qui a l'air d'une noce et qui sort pourtant de la mitsva. Rabbi Yo'hanan donne deux unions : fille de cohen avec un Israël, fille de talmid 'hakham avec un am ha-arets.
L'Israël, ici, est un non-cohen. Rachi : ce mariage abaisse la famille sacerdotale. Ein zivvougan oleh yafe : l'union ne monte pas sous une bonne étoile.
Qu'est-ce ? Rav Hisda dit : ou bien veuve, ou bien divorcée, ou bien elle n'a pas de descendance.
Dans la baraïta on enseigne : elle l'enterre, ou il l'enterre, ou elle le mène à la pauvreté.
Mai hi : que devient cette union. Rav Hisda lit les mots placés à côté du verset où la fille de cohen devient femme d'un étranger : almana, geroucha, ou zera ein lah.
La baraïta parle en actes : elle l'enterre, il l'enterre, avant l'heure selon Rachi, ou elle le mène à la pauvreté.
Le Ben Yehouyada limite ces paroles au temps des tanaïm et des amoraïm, cohanim de yihous et amei ha-arets de cette époque. De nos jours, cohanim de hazaka : ces issues ne s'appliquent pas. Il reste bon de se garder.
Est-ce ainsi ? Or Rabbi Yo'hanan a dit : celui qui veut s'enrichir s'attachera à la descendance d'Aharon ; à plus forte raison la Torah et la kehouna les enrichissent.
Pas de difficulté : celle-ci, pour un talmid 'hakham ; celle-là, pour un am ha-arets.
La difficulté vient d'un autre dit de Rabbi Yo'hanan : s'attacher à la descendance d'Aharon enrichit, et le kal va-homer ajoute la Torah à la kehouna.
Le départage : le talmid 'hakham qui épouse une fille de cohen s'enrichit. L'am ha-arets qui l'épouse est le cas où l'union échoue. Rachi : le sage est un éloge pour Aharon ; l'am ha-arets, une honte, et ils sont punis.
Le Ben Yehouyada compte 48 degrés de la Torah et 24 de la kehouna, total 72, compte de hesed et de kol ha-tov.
Rabbi Yehochoua épousa une fille de cohen, et il tomba malade. Il dit : cela ne convient pas à Aharon que je m'attache à sa descendance, au point qu'il ait un gendre comme moi.
Récit. Rabbi Yehochoua, malade après ce mariage, lit sa maladie ainsi : Aharon ne veut pas de lui pour gendre. Le ton est celui de sa propre modestie.
Rav Idi bar Avin épousa une fille de cohen. Il en sortit deux fils ordonnés : Rav Chechet fils de Rav Idi, et Rabbi Yehochoua fils de Rav Idi.
Rav Papa dit : si je n'avais pas épouse une fille de cohen, je ne me serais pas enrichi.
Deux issues du côté favorable, celui du sage. Rav Idi bar Avin a deux fils semikhim, aptes à trancher. Rav Papa rattache sa richesse à ce mariage.
Le Ben Yehouyada : répéter berih de-Rav Idi enseigne que les fils ressemblent au père, grand en sagesse et en crainte. Un fils vient du mérite de la Torah, l'autre de la kehouna.
Rav Kahana dit : si je n'avais pas épouse une fille de cohen, je n'aurais pas été exilé. On lui dit : or tu as été exilé vers un lieu de Torah.
Je n'ai pas été exilé comme les gens sont exilés.
Autre issue, du même mariage : l'exil. Rav Kahana quitta Babel pour Erets Israël, Rachi le renvoie à Bava Kamma 117a.
On lui répond : le lieu est un lieu de Torah. Il répond : les disciples partent de leur gré ; lui est parti malgré lui, sous la poursuite et la crainte du pouvoir.
Tossefot en tire qu'il n'était pas cohen. Le foulard du pidyone ha-ben et les parts sacerdotales, il les prenait pour sa femme. Le titre kahana, dans la bouche de Rav, désigne son nom.
Rabbi Its'hak dit : quiconque profite d'un repas facultatif finit par être exilé, car il est dit : Et ils mangent des béliers du troupeau et des veaux du milieu de l'étable, et il est écrit : C'est pourquoi, maintenant, ils seront exilés à la tête des exilés.
Rabbi Its'hak lie le repas de rechoute à l'exil par deux versets voisins d'Amos (6, 4 et 6, 7). Le premier décrit le festin, béliers et veaux d'étable. Le second enchaîne : ils partent en tête des exilés.
Les Sages ont enseigné : tout talmid 'hakham qui multiplie ses repas en tout lieu finit par ruiner sa maison, par rendre sa femme veuve, par rendre orphelins ses petits, son étude s'oublie de lui, de nombreuses disputes viennent sur lui, ses paroles ne sont pas écoutées, il profane le Nom du Ciel, le nom de son maître et le nom de son père, et il cause un mauvais nom pour lui, pour ses fils et pour les fils de ses fils, jusqu'à la fin de toutes les générations.
La baraïta liste la suite, pour le talmid 'hakham qui multiplie les repas bekhol makom, en tout lieu.
Rachi lit le veuvage comme un almenout hayout : il s'exile pour vivre, l'étude lui échappe, la femme reste sans lui de son vivant. Les gozalim sont les enfants. L'oubli vient du manque de révision. Les disputes viennent de l'oubli, ou des hakafot, les crédits des boutiquiers.
Chem Chamayim : le Nom du Ciel, avec le nom du maître et celui du père.
Qu'est-ce ? Abaye dit : on l'appelle fils de celui qui chauffe les fours.
Rava dit : fils de celui qui danse dans les auberges. Rav Papa dit : fils de celui qui lèche les plats.
Rav Chemaya dit : fils de celui qui plie et se couche.
Mai hi vise le mauvais nom. Quatre formules, chacune sur le fils, bar.
Abaye : bar mahim tanourei, celui qui chauffe les fours. Rava : bar markid bei kouvei, celui qui danse dans les auberges. Rav Papa : bar malhik pinkhei, celui qui lèche les ecueilles. Rav Chemaya : bar makh rêva, celui qui plie son vêtement et s'endort, comme l'ivre.
Rachi rapproche makh de la formule de Ta'anit 6b. Le Ben Yehouyada : chaque sage parle la langue de sa ville. Multiplier les repas, c'est en faire plusieurs le même jour.
Les Sages ont enseigné : toujours, un homme vendra tout ce qu'il a et épousera la fille d'un talmid 'hakham. Car s'il meurt ou s'il est exilé, il tient pour assuré que ses fils seront des talmidei hakhamim.
Et qu'il n'épouse pas la fille d'un am ha-arets : car s'il meurt ou s'il est exilé, ses fils seront des amei ha-arets.
La baraïta passe de l'interdit du repas à l'alliance. Vendre tout pour la fille d'un talmid 'hakham : s'il meurt ou part en exil, les fils restent des sages, par la mère. La fille d'un am ha-arets : dans le même cas, les fils le deviennent.
Le Ben Yehouyada lit le'olam de deux façons : même un second zivoug, qui suit les actes ; ou même face à une parente que l'usage donnerait à épouser.
Les Sages ont enseigné : toujours, un homme vendra tout ce qu'il a, il épousera la fille d'un talmid 'hakham, et il mariera sa fille à un talmid 'hakham. Parabole : des raisins de la vigne avec des raisins de la vigne, chose belle et reçue.
Et qu'il n'épouse pas la fille d'un am ha-arets. Parabole : des raisins de la vigne avec des baies du séné, chose laide
Seconde baraïta, même conseil, avec un second volet : marier sa fille à un talmid 'hakham. Le mashal : raisins de vigne avec raisins de vigne, davar nae u-mitkabel. Vigne avec baies du séné, davar kaour.
Le segment s'arrête sur ce mot. La suite est au daf suivant. Le Ben Yehouyada développe le mélange des vins : rouge et blanc, doux et amer, face à l'aigre du séné.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).