Sougya : L'amoud reprend la michna au milieu : on ne change pas de minhag à cause de la mahloket, puis le biour des fruits de cheviit transportés d'un lieu à un autre. La Guemara demande pourquoi la veille de Pessa'h se distingue des veilles de Chabbat et de yom tov : ici l'interdit commence à midi, et l'on frappe aussi de shamta.
Des baraitot énumèrent ensuite qui ne voit jamais de siman berakha : le travail aux seuils du Chabbat, le zariz et le shafel, le salaire de l'épouse et du moulin, roseaux et cruches, bétail menu, quatre peroutot, et les sofrim de stam, sauf s'ils travaillent lishma. Deux coutumes closent la page : Beit Shean, que Rabbi Yo'hanan maintient par le verset de la moussar du père, et Hozai, où l'on prélève la hala sur le riz.
Et qu'un homme ne change pas à cause de la mahloket. De même : celui qui achemine des fruits de cheviit d'un lieu où ils ont disparu vers un lieu où ils n'ont pas disparu, ou d'un lieu où ils n'ont pas disparu vers un lieu où ils ont disparu, est tenu de faire le biour.
Rabbi Yehouda dit : Sors, et apporte-toi toi aussi.
Fin de la michna ouverte sur l'amoud précédent. Deux règles. On ne change pas de pratique à cause de la mahloket. Et pour les fruits de cheviit : dès qu'une espèce a disparu des champs pour la bête, les gens du lieu doivent le biour de ce qui reste à la maison.
Le transport dans les deux sens ramène les humrot des deux lieux : il est hayav levar. Rabbi Yehouda répond : tsé ve-have lekha af ata. Rachi renvoie le sens de cette phrase à la Guemara. Le Roch, par le Yerouchalmi, rattache l'heure de midi au temps du korban Pessa'h : un particulier s'abstient le jour de son korban, et le Pessa'h ne commence qu'à hatsot.
Guemara. Pourquoi spécialement les veilles de Pessa'h ?
Même les veilles de Chabbat et les veilles de yamim tovim aussi ! Car on a enseigné : celui qui fait un travail les veilles de Chabbat et de yamim tovim, à partir de la minha et au-delà, ne voit jamais un signe de berakha.
Là-bas, c'est à partir de la minha et au-delà que c'est interdit ; proche de la minha, non. Ici, à partir de midi.
Ou encore : là-bas, c'est un signe de berakha qu'il ne voit pas, mais on ne le frappe pas de shamta. Ici, on le frappe aussi de shamta.
La michna a laissé le travail de la veille de Pessa'h au minhag jusqu'à hatsot. On en tire qu'après midi l'interdit vaut partout. La Guemara demande pourquoi fixer cette heure : une baraita interdit déjà le travail des veilles de Chabbat et de yom tov dès la minha.
Deux écarts. Là-bas, l'interdit commence à la minha, neuf heures et demie ; avant, il ne tient pas. Ici, il commence à midi. Là-bas, on perd le siman berakha ; on ne frappe pas de shamta. Ici, la shamta s'ajoute. Le Roch, au nom de Avi ha-Ezri, limite l'interdit au travail fait pour gagner : réparer ses affaires pour le Chabbat, ou écrire pour son étude, reste permis toute la journée.
Le corps de la baraita : celui qui fait un travail les veilles de Chabbat et les veilles de yamim tovim à partir de la minha et au-delà, à la sortie du Chabbat, à la sortie du yom tov et à la sortie de Yom Kippour, et en tout lieu où il y a un nidnoud d'aveira, pour inclure un taanit tsibour, ne voit jamais un signe de berakha.
Goufa : la baraita entière. Le travail est visé aux seuils où une erreur d'heure ferait tomber dans l'interdit : veille de Chabbat et de yom tov dès la minha, sortie de Chabbat, de yom tov et de Yom Kippour.
Rachi, pour la sortie : honneur du Chabbat, on ajoute du hol sur le kodech. Nidnoud aveira : un indice d'interdit. Cela inclut le taanit tsibour pour la pluie. Les autres jeûnes publics restent dehors. Chemouel : cette humra ne s'applique pas en Babylonie.
Les Sages ont enseigné : il y a un zariz qui gagne, et il y a un zariz qui perd. Il y a un shafel qui gagne, et il y a un shafel qui perd.
Zariz qui gagne : celui qui travaille toute la semaine et ne travaille pas la veille de Chabbat. Zariz qui perd : celui qui travaille toute la semaine et travaille la veille de Chabbat.
Shafel qui gagne : celui qui ne travaille pas toute la semaine et ne travaille pas la veille de Chabbat. Shafel qui perd : celui qui ne travaille pas toute la semaine et travaille la veille de Chabbat.
Rava a dit : ces femmes de Mehoza, bien qu'elles ne fassent pas de travail la veille de Chabbat, c'est par mefankouta, car les autres jours non plus elles ne travaillent pas. Même alors, nous les appelons shafel qui gagne.
Quatre figures, selon le travail de la semaine et celui de la veille. Zariz : l'homme de métier, Rachi. Shafel : l'inactif. Gagner, ici, c'est s'abstenir la veille. Perdre, c'est travailler cette veille-là.
Les femmes de Mehoza s'abstiennent par mefankouta, délicatesse : elles ne travaillent aucun jour. Rava les compte quand même parmi le shafel qui gagne. Rachi : même sans viser la mitsva, il reste une mitsva shelo lishma.
Rava oppose deux versets. Il est écrit : Car ton hesed est grand jusqu'aux cieux.
Et il est écrit : Car ton hesed est grand au-dessus des cieux. Comment cela ?
Ici, pour ceux qui agissent lishma ; ici, pour ceux qui agissent shelo lishma. Et comme Rav Yehouda.
Car Rav Yehouda a dit au nom de Rav : que l'homme s'occupe toujours de Torah et de mitsvot, même shelo lishma, car à partir du shelo lishma on arrive au lishma.
Deux versets. Tehilim 57, 11 : le hesed jusqu'aux cieux. Tehilim 108, 5 : le hesed au-dessus des cieux. Lishma prend la mesure haute. Shelo lishma s'arrête aux cieux. Rav Yehouda au nom de Rav : on s'occupe toujours de Torah et de mitsvot, même shelo lishma, parce que de là on arrive au lishma.
Tossefot sépare ce shelo lishma de Berakhot 17a. Là-bas : étudier pour se vanter, provoquer, faire échouer les autres, sans viser la pratique. Ici : le shafel qui gagne, sans visée mauvaise. Le Roch attribue la phrase de Berakhot a Rava lui-même, et cite le Yerouchalmi : on interrompt l'étude pour faire la souka et le loulav ; la formule dure vise celui qui enseigne sans viser l'acte.
Les Sages ont enseigné : celui qui compte sur le salaire de sa femme et sur un moulin ne voit jamais un signe de berakha. Le salaire de sa femme : la matkulta.
Le moulin : l'agrata. Mais si elle travaille et qu'elle vend, le verset la loue, car il est écrit : Elle a fait un sadin et l'a vendu.
Deux gains sans siman berakha. Le salaire de l'épouse : la matkulta. Rachi : elle porte une balance au marché pour la louer, gain mince et avilissement. Tossefot, avec Rabbenou Hananel : filage payé au poids, et elle découvre ses bras. Ketoubot 64b fixe ce poids à cinq sela.
Le moulin : l'agrata, le loyer. Grande peine, petit gain. Acheter des moulins pour les revendre reste un commerce ordinaire. Si elle fabrique et vend elle-même, le verset la loue : sadin asseta va-timkor.
Les Sages ont enseigné : celui qui gagne sa vie avec des roseaux et des cruches ne voit jamais un signe de berakha. Quelle est la raison ?
Puisque leur volume est grand, l'œil les domine. Les Sages ont enseigné : les marchands du simta, ceux qui élèvent le bétail menu, ceux qui coupent de beaux arbres, et ceux qui portent leurs yeux sur la belle part, ne voient jamais un signe de berakha.
Quelle est la raison ? Parce que les gens s'étonnent à son sujet.
Roseaux et cruches : le volume, apahzayhu, est grand, et l'ayin les domine. Rachi : les kanim sont les bâtons minces des clôtures. Quatre activités où les gens s'étonnent : marchands du simta, élevage de behema daka, coupe de beaux arbres pour en vendre le bois, et celui qui, au partage, vise toujours la belle part.
Tossefot : Houlin 84b promet la richesse par le bétail menu, et le jeu ashtarot / meashrot, les troupeaux qui enrichissent. Rabbenou Tam : la-bas, dans les horashin, les forêts, là où le troupeau ne porte pas sur le champ d'autrui.
Les Sages ont enseigné : quatre peroutot n'ont jamais en elles un signe de berakha : le salaire des scribes, le salaire des metourguemanin, le gain des orphelins, et l'argent qui vient d'une province d'outre-mer.
Quatre sommes, appelées peroutot, sans siman berakha : salaire des kotvin, salaire des metourguemanin, gain tiré des yetomim, argent venu de medinat ha-yam. Rachi décrit le metourgueman : le Chabbat, il se tient devant le 'hakham, écoute, et répète pour le public. La Guemara va donner la raison des trois derniers, puis celle des scribes.
Soit, le salaire des metourguemanin : parce que cela a l'apparence d'un salaire de Chabbat. L'argent des orphelins aussi : ils ne sont pas aptes à la mehila.
L'argent qui vient d'outre-mer : parce qu'un ness ne se produit pas chaque jour.
Bishlama : ces trois raisons passent. Le metourgueman travaille le Chabbat ; sa paie a l'air d'un sekhar Chabbat. Les orphelins : association le-mahetsit sakhar. Un mineur ne fait pas mehila. L'outre-mer : des bateaux envoyés dans le danger. Le ness ne se renouvelle pas chaque jour. Reste la question des scribes.
Mais le salaire des scribes, quelle est la raison ? Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : les hommes de la Knesset ha-Guedola ont tenu vingt-quatre jeûnes au sujet des scribes de sefarim, de tefilin et de mezouzot, afin qu'ils ne s'enrichissent pas ; car s'ils s'enrichissaient, ils n'écriraient plus.
Les Sages ont enseigné : les scribes de sefarim, de tefilin et de mezouzot, eux, leurs marchands, les marchands de leurs marchands, et tous ceux qui s'occupent de la melakhet shamayim, pour inclure les vendeurs de tekhelet, ne voient jamais un signe de berakha. Et s'ils s'en occupent lishma, ils en voient.
Les scribes : les hommes de la Knesset ha-Guedola ont tenu vingt-quatre jeûnes pour que les écrivains de sefarim, tefilin et mezouzot ne s'enrichissent pas. S'ils s'enrichissaient, ils cesseraient d'écrire. La baraita étend la chose : eux, leurs marchands, les marchands de leurs marchands, et toute la melakhet shamayim, y compris les vendeurs de tekhelet pour les tsitsit.
S'ils travaillent lishma, pour que la mitsva reste disponible, ils voient un siman berakha : la richesse ne les fait pas quitter le travail. Tossefot : les jeûnes visent ceux qui écrivent pour vendre. Celui qui se loue à un baal ha-bayit reste dehors : on ne coupe pas sa parnassa.
Les gens de Beit Shean avaient coutume de ne pas aller de Tsor à Sidon la veille de Chabbat. Leurs fils vinrent devant Rabbi Yo'hanan.
Ils lui dirent : Pour nos pères, c'était possible ; pour nous, cela ne se peut pas. Il leur dit : Vos pères l'ont déjà accepté sur eux, car il est dit : Écoute, mon fils, la moussar de ton père, et n'abandonne pas la torah de ta mère.
Minhag des gens de Beit Shean : ne pas aller de Tsor à Sidon la veille de Chabbat. Rachi : le marché de Sidon tombe ce jour-là ; ils ne veulent pas perdre les préparatifs du Chabbat. Ils étaient riches, l'abstention leur était possible. Leurs fils demandent à Rabbi Yo'hanan de les en délier. Il refuse : les pères ont déjà accepté. Verset : la moussar du père, et la torah de la mère.
Le Roch ouvre ici le dossier des choses permises qu'un minhag traite comme interdites. Minhag important, fixé selon un talmid 'hakham : la michna en impose les humrot. Minhag que les gens ont pris seuls : on peut le permettre hors de leur présence. Erreur, comme Beit Shean cru à tort en Erets Yisrael : le 'hakham peut permettre.
Les gens de Hozai avaient coutume de prélever la hala sur le riz. Ils vinrent et le dirent à Rav Yossef.
Il leur dit : Qu'un zar la mange en leur présence. Abaye lui objecta : Des choses permises, et que d'autres ont prises en usage comme interdites —
Les gens de Hozai séparent la hala sur une pâte de riz. Le riz est hors des cinq céréales : ce prélèvement n'a pas de kedousha de hala. Rav Yossef : qu'un zar la mange devant eux, pour montrer l'heter sur place. Abaye objecte par la baraita des choses permises que d'autres traitent comme interdites. La phrase s'arrête ici ; la suite est au daf suivant.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).