Pesachim 51a — Coutume d'interdit, bain, et graisse du yeter

Pesachim 51a

Sougya : L'amoud poursuit les gens de Houzai, qui prélèvent la halla sur le riz. Rav Yosef voudrait réserver aux Koutim l'interdit de permettre devant eux ; la Guemara répond qu'eux aussi étirent la lénience.

Rav Ashi distingue selon que la majorité mange du riz ou du grain. La baraïta est reprise : on ne permet pas, devant ceux qui l'ont pris, un usage permis dont ils ont fait un interdit.

Trois faits l'illustrent, à Kabul, à Biri et à Akko. Rabba bar bar Hana, venu d'Erets Israël, mange en Bavel le de-aytra et le caché ; Abaye et Rav Ashi règlent le voyageur, puis Rabba bar bar Hana interdit cette graisse à son fils.

Trois minhagim locaux Chose permise. Eux en ont fait un interdit. On ne le leur dit pas. Kabul Deux frères au bain Yehouda et Hillel Hillel sort vers la chambre externe Raison : gezera à cause du mari de la sœur Biri Kordikison le Chabbat chaussures larges Ils les retirent et les donnent aux serviteurs Crainte : elles glissent 4 amot dans le reshut ha-rabim Akko Bancs des non-Juifs le Chabbat Rabban Shimon b. Gamliel descend sur le sol Apparence de mekah u-memkar, achat et vente Ils ne disent pas : vous êtes permis. Gens de la province maritime : les rabbins n'y sont pas habituels. Ils sont comme les Koutim.
Kabul, Biri, Akko : usage permis, minhag d'interdit, et silence des Sages.
Révéler l'heter : Tossefot et Roch Rabbeinou Nissim, Meguilat Setarim, et le Yerushalmi. Ils savent que c'est permis Ils veulent une houmra seyag et perishout On ne permet pas devant eux Ils se trompent Ils tiennent pour interdit ce qui est permis On peut permettre devant eux Minhag important Instauré selon des hakhamim Michna : houmrim des deux lieux Le de-aytra est de ce registre Minhag faible Pris par les gens, d'eux-mêmes Silence devant eux Hors de leur présence : heter possible Beit Shéan : erreur, ils tenaient le lieu pour Erets Israël. Rabbi a permis.
Tossefot et Rosh : erreur et houmra voulue, minhag important et minhag faible.
Voyageur : Abaye et Rav Ashi Michna : houmrim du lieu quitté et du lieu d'arrivée. Bavel vers Bavel Houmrim des deux. Mahloket. Erets Israël vers Erets Israël Houmrim des deux. Bavel vers Erets Israël À plus forte raison. Erets Israël vers Bavel Abaye : il garde Erets Israël. Bavel est soumis. Semikha là-bas. Rav Ashi Même EY vers Bavel Sans intention de revenir : minhag du lieu Rabba b. b. Hana veut revenir De-aytra, graisse du yeter sur la keiva Erets Israël en mange. Bavel en a fait un interdit. Il en mange, puis le caché devant Rav Avira et Rabba fils de Rav Houna. Au fils : n'en mange ni devant moi ni hors de ma présence. Le père a vu Rabbi Yo'hanan. Le fils ne l'a pas vu.
Abaye selon les trajets. Rav Ashi selon l'intention de revenir. Le de-aytra.
1
אִי אַתָּה רַשַּׁאי לְהַתִּירָן בִּפְנֵיהֶם. אֲמַר לוֹ: וְלָאו מִי אִיתְּמַר עֲלַהּ, אָמַר רַב חִסְדָּא: בְּכוּתָאֵי! כּוּתָאֵי מַאי טַעְמָא — מִשּׁוּם דִּמְסָרְכִי מִילְּתָא, הָנָךְ אִינָשֵׁי נָמֵי סָרְכִי מִילְּתָא.

Tu n'es pas autorisé à les permettre devant eux. Il lui dit : n'a-t-on pas enseigné à ce sujet que Rav Hisda a dit : il s'agit des Koutim ?

Les Koutim, quelle en est la raison ? Parce qu'ils étirent la chose.

Ces gens-là aussi étirent la chose.

📜 Rachi (4)
דְּסָרְכִי מִילְּתָא שֶׁל קֻולָּא וּמְזַלְזְלִין יוֹתֵר:
Ils étirent la chose : du côté de la kola (lénience), et ils traitent encore plus légèrement.
הָנָךְ אִינָשֵׁי נָמֵי כֵּיוָן דְּלָא גָּמְרִי:
Ces gens-là aussi : puisqu'ils n'ont pas étudié.
סָרְכֵי מִילְּתָא קֻושְׁיָא הִיא דְּאָתוּ לְאִימְּנוֹעֵי מֵחַלָּה אַף מִדָּגָן:
Ils étirent la chose : c'est une objection. Ils en viendraient à s'abstenir de la halla même pour le grain.
הַמַּפְרִישׁ מִן הָאֹורֶז עַל הַדָּגָן אוֹכֵל טְבָלִים דְּלָא חָל הַשֵּׁם עַל הָאֹורֶז וְלֹא נִיתְקַן הַדָּגָן וְהַמַּפְרִישׁ מִן הַדָּגָן עַל הָאֹורֶז מַאֲכִיל טֶבֶל לַכֹּהֵן שֶׁאֵין הַשֵּׁם חָל עַל הַדָּגָן בִּשְׁבִיל הָאֹורֶז שֶׁהֲרֵי אֵינוֹ מְחֻוייָּב וְנִמְצָא שֶׁאֵין זוֹ חַלָּה אֶלָּא טֶבֶל:
Celui qui prélève du riz pour le grain mange des tevel (produits dont les prélèvements n'ont pas été pris) : le nom de halla ne prend pas sur le riz, et le grain reste sans réparation. Celui qui prélève du grain pour le riz fait manger du tevel au kohen : le nom ne prend pas sur le grain à cause du riz, puisqu'il n'y est pas soumis. Ceci demeure du tevel.
💡 Explication

Suite de Houzai. Rav Yosef avait dit qu'un zar mange devant eux la halla prélevée sur le riz. Abaye objecte par la baraïta : on ne permet pas devant eux une chose permise dont d'autres ont fait un interdit. Rav Yosef répond par Rav Hisda : la baraïta vise les Koutim (Samaritains).

La Guemara refuse la limite. La raison des Koutim est qu'ils étirent la kola. Les gens de Houzai, qui n'ont pas étudié, feront de même. Rachi lit l'objection ainsi : ils finiraient par laisser aussi le grain sans halla.

2
אֶלָּא אָמַר רַב אָשֵׁי: חָזֵינַן אִי רֻובָּן אֹורֶז אָכְלִי — לָא נֵיכְלַהּ זָר בְּאַפַּייְהוּ, דִּילְמָא מִשְׁתַּכְחָא תּוֹרַת חַלָּה מִינַּייְהוּ. וְאִי רֻובָּן דָּגָן אָכְלִי — נִיכְּלָה זָר בְּאַפַּיְיהוּ, דִּילְמָא אָתֵי לְאַפְרוֹשֵׁי מִן הַחִיּוּב עַל הַפְּטוּר, וּמִן הַפְּטוּר עַל הַחִיּוּב.

Alors Rav Ashi dit : nous examinons. Si la majorité mange du riz, qu'un zar (non-kohen) n'en mange pas devant eux, de peur que la règle de la halla soit oubliée chez eux.

Si la majorité mange du grain, qu'un zar en mange devant eux, de peur qu'on en vienne à prélever du soumis pour l'exempt, et de l'exempt pour le soumis.

🗂️ Tossefot (1)
דִּילְמָא אָתֵי לְאַפְרוֹשֵׁי מִן הַפְּטוּר עַל הַחִיּוּב וא"ת וְהֵיכִי אָתֵי לְמִיטְעֵי תִּיפּוֹק לֵיהּ דְּמַפְרִישׁ מִמִּין עַל שֶׁאֵין מִינוֹ וי"ל דִּבְבָלוּל אִיכָּא לְמִיטְעֵי דְּלֵית בֵּיהּ מִשּׁוּם מִין עַל שֶׁאֵין מִינוֹ כִּדְפֵי' בְּפֶ' כָּל שָׁעָה (לְעֵיל פְּסָחִים לה.) וְאִיכָּא לְמִיחַשׁ שֶׁתְּהֵא עִיסָּה רֻובָּהּ אֹורֶז בְּמָקוֹם אֶחָד וְיַפְרִישׁ מֵאוֹתוֹ צַד עַל צַד אַחֵר:
De peur qu'on en vienne à prélever de l'exempt pour le soumis. On objecte : comment en viendrait-on a se tromper ? Il suffit de ceci : on prélève d'une espèce pour une autre espèce. On répond : dans un mélange, on peut se tromper, car il n'y a pas l'empêchement d'espèce pour une autre espèce, comme il est expliqué au chapitre Kol sha'a (plus haut, Pesachim 35a). Et l'on craint que la pâte soit, d'un côté, en majorité du riz, et qu'on prélève de ce côté pour l'autre côté.
💡 Explication

Rav Ashi règle selon la nourriture du lieu. Majorité de riz : le zar ne mange pas cette halla devant eux, afin que la torat halla ne s'efface pas. Majorité de grain : il en mange devant eux, afin qu'ils voient que le riz ne porte pas une vraie halla, et qu'ils ne prélèvent pas du hayav (soumis) pour le patour (exempt), ni l'inverse.

Tossefot : riz et grain sont deux espèces, et ce prélèvement est déjà nul. La crainte reste dans une pâte mélangée : un côté surtout de riz, l'autre de grain, et l'on prélève d'un côté sur l'autre.

🖼️ Schéma
Rav Ashi : riz ou grain Halla prélevée sur une pâte de riz. Le zar est un non-kohen. Majorité : riz Le zar n'en mange pas devant eux Crainte : la règle de la halla s'oublie Majorité : grain Le zar en mange devant eux Crainte : prélèvement hayav / patour, dans les deux sens Riz pour le grain : le grain reste tevel Le nom de halla ne prend pas sur le riz Grain pour le riz : tevel au kohen Le riz n'oblige pas la halla
Rav Ashi : selon la majorité, le zar mange ou se tait devant eux.
3
גּוּפָא, דְּבָרִים הַמֻּותָּרִין וַאֲחֵרִים נָהֲגוּ בָּהֶן אִיסּוּר — אִי אַתָּה רַשַּׁאי לְהַתִּירָן בִּפְנֵיהֶן. אָמַר רַב חִסְדָּא: בְּכוּתָאֵי עָסְקִינַן. וְכוּלֵּי עָלְמָא לָא? וְהָתַנְיָא: רוֹחֲצִין שְׁנֵי אַחִין כְּאֶחָד, וְאֵין רוֹחֲצִין שְׁנֵי אַחִין בְּכָבוּל. וּמַעֲשֶׂה בִּיהוּדָה וְהִלֵּל בָּנָיו שֶׁל רַבָּן גַּמְלִיאֵל שֶׁרָחֲצוּ שְׁנֵיהֶם כְּאֶחָד בְּכָבוּל, וְלָעֲזָה עֲלֵיהֶן כָּל הַמְּדִינָה, אָמְרוּ: מִיָּמֵינוּ לֹא רָאִינוּ כָּךְ. וְנִשְׁמַט הִלֵּל וְיָצָא לַבַּיִת הַחִיצוֹן, וְלֹא רָצָה לוֹמַר לָהֶן: מֻותָּרִין אַתֶּם.

Le corps de l'enseignement. Des choses permises, et d'autres en ont fait un interdit : tu n'es pas autorisé à les permettre devant eux.

Rav Hisda dit : nous traitons des Koutim. Et pour tout le monde, non ?

Or on a enseigné : deux frères se baignent ensemble, et deux frères ne se baignent pas à Kabul. Et il y eut un fait : Yehouda et Hillel, fils de Rabban Gamliel, se baignèrent tous deux ensemble à Kabul.

Toute la province les blâma. Ils dirent : de notre vivant, nous n'avons jamais vu cela.

Hillel se déroba et sortit vers la chambre extérieure, et il ne voulut pas leur dire : vous êtes permis.

📜 Rachi (3)
רוֹחֲצִין שְׁנֵי אַחִים כְּאֶחָד וְאֵין כָּאן מִשּׁוּם פְּרִיצוּת דְּנֵימָא מִתּוֹךְ שֶׁמְּצֻוִּין יַחַד וְעַכְשָׁיו רוֹאִין עֲרוּמִים זֶה אֶת זֶה נוֹתְנִין עַיִן אִישׁ בְּאָחִיו לְמִשְׁכַּב זְכוּר:
Deux frères se baignent ensemble : il n'y a pas ici de pritsout (indécence), à savoir qu'on dirait : du fait qu'ils se trouvent ensemble et qu'ils se voient nus l'un l'autre, chacun porte le regard sur son frère pour un mishkav zakhar (rapport entre hommes).
וְאֵין רוֹחֲצִין כו' כְּלוֹמַר אֵין נוֹהֲגִים שְׁנֵי אַחִים לִרְחֹוץ כְּאֶחָד:
Et l'on ne se baigne pas, etc. : c'est-à-dire que deux frères n'ont pas coutume de se baigner ensemble.
בְּכָבוּל מָקוֹם:
À Kabul : un lieu.
🗂️ Tossefot (1)
אִי אַתָּה רַשַּׁאי לְהַתִּירָן בִּפְנֵיהֶן תֵּימַהּ א"כ הֵיאַךְ הִתִּיר ר' בֵּית שְׁאָן בפ"ק דְּחֻולִּין (דַּף ו:) וְתֵירֵץ רַבֵּינוּ נִסִּים בִּמְגִילַּת סְתָרִים דְּהַאי דְּבָרִים הַמֻּותָּרִים וַאֲחֵרִים נָהֲגוּ בָּהֶן אִיסּוּר הַייְנוּ שֶׁיּוֹדְעִים שֶׁהֵן מֻותָּרִים וְהֵם רוֹצִים לְהַחְמִיר עַל עַצְמָן וְכֵן מַשְׁמַע לִישָּׁנָא דְּבָרִים הַמֻּותָּרִים אֲבָל דְּבָרִים שֶׁנּוֹהֲגִים מֵחֲמַת טָעוּת שֶׁסְּבוּרִים שֶׁהוּא אָסוּר וְהוּא מֻותָּר יָכוֹל לְהַתִּיר בִּפְנֵיהֶם וְכֵן מַשְׁמַע בְּהֶדְיָא בִּירוּשַׁלְמִי וא"ת א"כ אַמַּאי קָאָמַר דִּילְמָא אָתֵי לְאַפְרוֹשֵׁי מִן הַפְּטוּר עַל הַחִיּוּב כֵּיוָן דְּיָדְעִי שֶׁהוּא פָּטוּר וְי"ל דְּלָאו כ"ע יָדְעִי וא"ת דְּמַשְׁמַע דַּוְוקָא בִּבְנֵי הַמְּדִינָה אוֹ בְּכוּתָאֵי אֵינוֹ רַשַּׁאי לְהַתִּיר אֲבָל בִּפְנֵי חֲכָמִים אוֹ שֶׁלֹּא בִּפְנֵיהֶם מֻותָּר וְאַמַּאי וְהָא תְנַן נוֹתְנִין עָלָיו חֻומְרֵי מָקוֹם שֶׁיָּצָא מִשָּׁם וְשֶׁהָלַךְ לְשָׁם ואור"י דְּמַתְנִיתִין אַיְירֵי בְּמִנְהָג חָשׁוּב שֶׁהִנְהִיגוּ ע"פ ת"ח וְהָכָא מַייְרֵי שֶׁנָּהֲגוּ בְּנֵי הַמְּדִינָה מֵעַצְמָם וְכֵן הָנְהוּ דְּמַיְיתִי וּדְאַייִּתְרָא דִּלְקַמָּן קִים לֵיהּ דְּהָוֵי מִנְהָג חָשׁוּב ור"י מִסְתַּפֵּק בְּמִנְהָג שֶׁאֵינוֹ חָשׁוּב דִּיכוֹלִין לְהַתִּיר בִּפְנֵי ת"ח אִם יָכוֹל לְהַתִּיר לָהֶם כִּדְמַשְׁמַע לְקַמָּן וְלֹא רָצוּ לוֹמַר לָהֶם מֻותָּרִים אַתֶּם מִשּׁוּם דִּבְנֵי הַמְּדִינָה חָשׁוּב לְהוּ כְּכוּתָאֵי אֲבָל לַתַּלְמִידִים מַשְׁמַע שֶׁהָיוּ אוֹמְרִים מֻותָּרִין אַתֶּם אוֹ דִּילְמָא יָכוֹל לְהַתִּיר לְעַצְמוֹ בִּפְנֵיהֶם אֲבָל לָהֶם אֵינוֹ יָכוֹל לְהַתִּיר וה"ק לֹא רָצָה לוֹמַר לָהֶם מֻותָּרִים אַתֶּם וּמַה שֶׁהֶחְמַרְתֶּם לֹא מֵחֲמַת אִיסּוּר אֶלָּא מֵחֲמַת מִנְהַג שְׁטוּת וְלַתַּלְמִידִים הָיָה מַתִּיר לְעַצְמוֹ בִּפְנֵיהֶם אֲבָל לֹא לָהֶם וְרַשְׁבָּ"א אוֹמֵר דְּלָא קָשֶׁה מִמַּתְנִי' דְּרַב אַשִּׁי דְּמוּקֵי מַתְנֵי' בְּאֵין דַּעְתּוֹ לַחֲזֹור וּבְכוּתָאֵי אֲפִילּוּ דַּעְתּוֹ לַחֲזֹור אָסוּר וּלְאַבַּיֵּי דְּמוּקֵי ה"מ מִבָּבֶל לא"י אֲבָל מא"י לְבָבֶל עָבְדִינַן כְּוָותַייְהוּ וּבְכוּתָאֵי אֲפִילּוּ מא"י לְבָבֶל אָסוּר וְהָנְהוּ נָמֵי דְּמַיְיתִי הָווּ מא"י לְבָבֶל:
Tu n'es pas autorisé à les permettre devant eux. Étonnement : s'il en est ainsi, comment Rabbi a-t-il permis Beit Shéan au premier chapitre de Houlin (daf 6b) ? Rabbeinou Nissim a répondu dans la Meguilat Setarim : ces choses permises dont d'autres ont fait un interdit visent des gens qui savent qu'elles sont permises et qui veulent s'imposer une houmra. Le langage " choses permises " le laisse entendre. Des choses dont l'habitude vient d'une erreur, eux tenant pour interdit ce qui est permis : on peut les permettre devant eux. Le Yerushalmi le dit explicitement. On objecte : s'il en est ainsi, pourquoi dit-on " de peur qu'on en vienne à prélever de l'exempt pour le soumis ", puisqu'ils savent que c'est exempt ? On répond : tout le monde ne le sait pas. On objecte : il ressort que devant les gens de la province, ou devant les Koutim, on ne permet pas ; devant des hakhamim, ou hors de leur présence, on permet. Pourquoi ? La michna enseigne : on lui impose les houmrim du lieu d'où il est sorti et du lieu où il est allé. Le Ri explique : la michna parle d'un minhag important, instauré selon l'avis de talmidei hakhamim. Ici, les gens de la province ont pris l'habitude d'eux-mêmes. Il en va de même pour les cas cités. Pour le de-aytra plus loin, il tient pour acquis que c'est un minhag important. Le Ri reste dans le doute, pour un minhag qui n'est pas important, la où l'on peut permettre devant des talmidei hakhamim. Peut-on le leur permettre ? Plus loin, ils ne voulurent pas leur dire " vous êtes permis ", parce que les gens de la province comptent à leurs yeux comme des Koutim ; aux disciples, il semble qu'ils disaient " vous êtes permis ". Ou bien : on peut se le permettre à soi-même devant eux, et on ne peut pas le leur permettre. Et voici le sens : il ne voulut pas leur dire " vous êtes permis, et la houmra que vous avez prise vient d'un minhag insensé ". Aux disciples, il se le permettait à lui-même devant eux, et il ne le leur permettait pas. Le Rashba dit : la michna ne fait pas difficulté. Rav Ashi établit la michna là où il n'a pas l'intention de revenir ; chez les Koutim, même s'il a l'intention de revenir, c'est interdit. Pour Abaye, qui établit : cela vise de Bavel vers Erets Israël, et d'Erets Israël vers Bavel nous agissons comme eux. Chez les Koutim, même d'Erets Israël vers Bavel, c'est interdit. Les cas cités étaient eux aussi d'Erets Israël vers Bavel.
⚖️ Rosh (1)
בְּנֵי בְּיָשֵׁן נְהוּגֵין דְּלָא אָזְלִי מָצוֹר לְצִידֹן בְּמַעֲלֵי שַׁבְּתָא אֲתוֹ בְּנַיְיהוּ לְקַמֵּיהּ דְּרַבִּי יוֹחָנָן אֲמַרוּ אֲנַן מַאי אֲבָהָתַנָא הֲוָה אֶפְשָׁר לְהוּ אֲנַן לָא אֶפְשָׁר לַן אֲמַר לְהוּ כְּבָר קִבְּלוּ עֲלֵיהֶם אֲבוֹתֵיכֶם וּכְתִיב שְׁמַע בְּנִי מוּסַר אָבִיךָ וְגוֹ'. תַּנְיָא דְּבָרִים הַמֻּותָּרִים וַאֲחֵרִים נָהֲגוּ בָּהֶן אִיסּוּר אִי אַתָּה רַשַּׁאי לְהַתִּירָם בִּפְנֵיהֶם. אָמַר רַב חִסְדָּא בְּכוּתָאֵי מִשּׁוּם דִּמְסָרְכִי וּמְדַמֵּי מִילְּתָא לְמִילְּתָא וְאָתוּ לְמִישְׁרֵי אִיסּוּרָא דְּאוֹרָייְתָא וְלָא כּוּתָאֵי בִּלְחוּד הוּא דְּאָסוּר לְמִישְׁרֵי לְהוּ אֶלָּא בכ"מ שֶׁאֵינָן בְּנֵי תּוֹרָה כִּדְתַנְיָא רוֹחֲצִין שְׁנֵי אַחִין כא' וְאֵין רוֹחֲצִין ב' אַחִין כא' בְּכָבוּל. וּמַעֲשֶׂה בִּיהוּדָה וְהִלֵּל בְּנֵי רַבָּן גַּמְלִיאֵל שֶׁרָחֲצוּ שְׁנֵיהֶם כְּאַחַת בְּכָבוּל וְלָעֲזוּ עֲלֵיהֶם בְּנֵי מְדִינָה וְאָמְרוּ מִיָּמֵינוּ לֹא רָאִינוּ כָּךְ וְנִשְׁמַט הִלֵּל וְיָצָא לַבַּיִת הַחִיצוֹן וְלֹא אָמַר לָהֶם מֻותָּרִין אַתֶּם. תַּנְיָא עִם כָּל אָדָם רוֹחֲצִין חוּץ מִבְּאָבִיו וְחָמִיו וּבַעַל אֲחוֹתוֹ. ר' יְהוּדָה מַתִּיר בְּאָבִיו מִשּׁוּם כְּבוֹד אָבִיו. וְק' הֵיאַךְ הִתִּיר ר' בֵּית שְׁאָן בפ"ק דְּחֻולִּין דַּף ו: מִשּׁוּם שֶׁהֵעִיד עַל ר' מֵאִיר שֶׁאָכַל שָׁם עָלֶה שֶׁל יָרָק בְּלֹא מַעֲשֵׂר מִכָּל מָקוֹם בְּנֵי הַמָּקוֹם נָהֲגוּ בּוֹ אִיסּוּר. וּפִי' רַבֵּינוּ נִסִּים בִּמְגִילַּת סְתָרִים דַּוְקָא דְּבָרִים שֶׁיָּדוּעַ לָהֶן שֶׁהֵן מֻותָּרִין וְנוֹהֲגִין בָּהֶן אִיסּוּר לְפִי שֶׁרוֹצִים לְהַחְמִיר עַל עַצְמָן אִי אַתָּה רַשַּׁאי לְהַתִּירָן בִּפְנֵיהֶם אֲבָל אִם נוֹהֲגִין מֵחֲמַת טָעוּת שֶׁסִּבּוּרִין שֶׁהוּא אָסוּר וְהוּא מֻותָּר יָכוֹל לְהַתִּירָן לִפְנֵיהֶם. וּלְפִי זֶה נִיחָא הַךְ עֻובְדָּא דְּבֵית שְׁאָן דְּטָעוּת הָיָה שֶׁהָיוּ סִבּוּרִין שֶׁהוּא א"י. וְהָכִי אִיתָא בְּהֶדְיָא בַּיְּרוּשַׁלְמִי הֵל' א' ר' יוֹסֵי ב"ר בּוֹן אָמַר כָּל דָּבָר שֶׁאֵין יָדוּעַ בּוֹ שֶׁהוּא מֻותָּר וְהוּא טוֹעֶה וְנוֹהֵג בּוֹ אִיסּוּר נִשְׁאָל וּמַתִּירִין לוֹ וְכָל דָּבָר שֶׁיָּדוּעַ בּוֹ שֶׁהוּא מֻותָּר וְהוּא טוֹעֶה וְנוֹהֵג בּוֹ אִיסּוּר נִשְׁאָל וְאֵין מַתִּירִין לוֹ. כְּלוֹמַר אִם בָּא לְחָכָם לִישָּׁאֵל אִם יָכוֹל לְזַלְזֵל בַּמִּנְהָג שֶׁנָּהֲגוּ בּוֹ אֲבוֹתָיו כְּהַהִיא דִּבְנֵי בְּיָשֵׁן לֹא יַתִּיר לוֹ הֶחָכָם וְכֵן נָמֵי אָדָם שֶׁנָּהַג אִיסּוּר בְּדָבָר הַמֻּותָּר לִסְייָג וְלִפְרִישׁוּת לֹא יַתִּיר לוֹ הֶחָכָם הַמִּנְהָג הַהוּא מִמֵּילָא דְּהָוֵי כְּמוֹ נֶדֶר כִּדְאִיתָא בפ"ב דִּנְדָרִים ד' טו: תַּנְיָא דְּבָרִים הַמֻּותָּרִים וַאֲחֵרִים נָהֲגוּ בּוֹ אִיסּוּר אִי אַתָּה רַשַּׁאי לְהַתִּירָן לִפְנֵיהֶם מִשּׁוּם שֶׁנֶּאֱמַר לֹא יַחֵל דְּבָרוֹ אֲבָל הֶחָכָם יָכוֹל לְהַתִּיר לָהֶם בַּחֲרָטָה כְּמוֹ שְׁאָר דְּבָרִים וְיִפְתַּח בַּחֲרָטָה שֶׁהֵם מִתְחָרְטִים שֶׁנָּהֲגוּ כֵּן לְשֵׁם נֶדֶר. וְהָא דְּאָמַר הָכָא דְּדַוְקָא בְּכוּתָאֵי אוֹ בְּנֵי מְדִינָה אִי אַתָּה רַשַּׁאי לְהַתִּירָן בִּפְנֵיהֶם אֲבָל שֶׁלֹּא בִּפְנֵיהֶם אוֹ בִּפְנֵי ת"ח אַתָּה רַשַּׁאי לִנְהֹוג בּוֹ הֶיתֵּר קַשְׁיָא אַמַּאי וְהָאֲנַן תְּנַן נוֹתְנִין עָלָיו חֻומְרֵי מָקוֹם שֶׁהָלַךְ לְשָׁם וְהָוֵי לֵיהּ לְאַקְשׁוּיֵי מִמַּתְנִיתִין אַהַךְ בָּרַיְיתָא כִּדְפָרִיךְ לְקַמָּן מִמַּתְנִי' אַרַבָּה בַּר בַּר חַנָּה דְּאָכַל תַּרְבָּא דְּאַיִּיתְרָא. הִילְכָּךְ צָרִיךְ לוֹמַר שֶׁיֵּשׁ חִילּוּק בַּמִּנְהָגִים דְּמַתְנִיתִין אַייְרֵי בְּמִנְהָג חָשׁוּב שֶׁנָּהֲגוּ בְּנֵי הַמָּקוֹם עַל פִּי ת"ח וְתַלְמִיד חָכָם נָהַג עִמָּהֶם. אֲבָל מִנְהָג גָּרוּעַ שֶׁל בְּנֵי הַמְּדִינָה שֶׁנָּהֲגוּ מֵעַצְמָם דָּבָר אֶחָד מֻותָּר לְהַתִּירָן שֶׁלֹּא בִּפְנֵיהֶם כְּגוֹן כָּל הָנֵי דְּחָשֵׁיב בַּבָּרַייְתָא רְחִיצַת שְׁנֵי אַחִין וִיצִיאַת קוּנְדִּיקִיסוּן וִישִׁיבַת סַפְסַלֵּי נָכְרִים בְּשַׁבָּת. וּדְאַיִּיתְרָא מִנְהָג חָשׁוּב הֲוָה ע"פ תַּלְמִיד חָכָם.
Les gens de Beishan ont coutume de ne pas aller de Tsor à Sidon les veilles de Chabbat. Leurs fils vinrent devant Rabbi Yo'hanan. Ils dirent : nous, qu'en est-il ? Pour nos pères, c'était possible ; pour nous, ce n'est pas possible. Il leur dit : vos pères l'ont déjà pris sur eux, et il est écrit : Écoute, mon fils, la morale de ton père, etc. On enseigne : des choses permises, et d'autres en ont fait un interdit : tu n'es pas autorisé à les permettre devant eux. Rav Hisda dit : chez les Koutim, parce qu'ils étirent et assimilent une chose à une autre, et ils en viennent à permettre un interdit de la Torah. Les Koutim ne sont pas les seuls à qui il est interdit de permettre : en tout lieu où ils ne sont pas des benei Torah. Comme on enseigne : deux frères se baignent ensemble, et deux frères ne se baignent pas ensemble à Kabul. Et il y eut un fait : Yehouda et Hillel, fils de Rabban Gamliel, se baignèrent tous deux ensemble à Kabul. Les gens de la province les blâmèrent et dirent : de notre vivant, nous n'avons jamais vu cela. Hillel se déroba, sortit vers la chambre extérieure, et ne leur dit pas : vous êtes permis. On enseigne : on se baigne avec tout homme, sauf avec son père, son beau-père et le mari de sa sœur. Rabbi Yehouda permet avec son père, à cause de l'honneur du père. Et c'est difficile : comment Rabbi a-t-il permis Beit Shéan au premier chapitre de Houlin, daf 6b, du fait qu'on a témoigné que Rabbi Meir y avait mangé une feuille de légume sans maasser ? De toute façon les gens du lieu y avaient pris l'habitude de l'interdit. Rabbeinou Nissim explique dans la Meguilat Setarim : seulement des choses dont on sait qu'elles sont permises, et dont on fait un interdit parce qu'on veut s'imposer une houmra : tu n'es pas autorisé à les permettre devant eux. S'ils ont cette habitude par erreur, tenant pour interdit ce qui est permis : on peut les permettre devant eux. Selon cela, le fait de Beit Shéan s'éclaire : c'était une erreur, ils tenaient l'endroit pour Erets Israël. Et c'est ainsi explicitement dans le Yerushalmi, halakha 1. Rabbi Yossi bar Rabbi Boun dit : toute chose dont on ne sait pas qu'elle est permise, où l'on se trompe et où l'on en fait un interdit : on interroge, et on la lui permet. Toute chose dont on sait qu'elle est permise, où l'on se trompe et où l'on en fait un interdit : on interroge, et on ne la lui permet pas. C'est-à-dire : s'il vient chez un 'hakham demander s'il peut traiter légèrement un minhag que ses pères ont pratiqué, comme le cas des gens de Beishan, le 'hakham ne le lui permettra pas. De même, un homme qui a pratiqué un interdit dans une chose permise, pour une clôture (seyag) et pour la perishout : le 'hakham ne lui relâche pas ce minhag de lui-même, car c'est comme un neder (vœu), comme il est dit au deuxième chapitre de Nedarim, daf 15b. On enseigne : des choses permises dont d'autres ont fait un interdit, tu n'es pas autorisé à les permettre devant eux, parce qu'il est dit : il ne profanera pas sa parole. Le 'hakham peut le leur permettre par harata (regret), comme les autres matières, et il ouvrira par la harata : ils regrettent d'avoir pris cette habitude au titre d'un neder. Et ce qu'on dit ici : seulement devant les Koutim ou les gens de la province tu n'es pas autorisé à les permettre ; hors de leur présence, ou devant des talmidei hakhamim, tu es autorisé à y pratiquer l'heter. C'est difficile : pourquoi ? Nous avons appris : on lui impose les houmrim du lieu où il est allé. Il aurait fallu objecter de la michna contre cette baraïta, comme on objecte plus loin de la michna contre Rabba bar bar Hana qui a mangé le helev de l'aytra. Il faut donc dire qu'il y a une distinction entre les minhagim. La michna parle d'un minhag important, que les gens du lieu ont pratiqué selon des talmidei hakhamim, et qu'un talmid 'hakham a pratiqué avec eux. Un minhag médiocre des gens de la province, qu'ils ont pris d'eux-mêmes : on peut le permettre hors de leur présence. Par exemple tous ceux que la baraïta énumère : le bain de deux frères, la sortie en kondikison, et le fait de s'asseoir sur les bancs des non-Juifs le Chabbat. Et le de-aytra était un minhag important, selon un talmid 'hakham.
💡 Explication

Goufa : on reprend la baraïta. Rav Hisda la limite aux Koutim. La Guemara objecte par des Juifs : à Kabul, deux frères ne se baignent pas ensemble, alors que la halakha le permet. Hillel, fils de Rabban Gamliel, sort plutôt que de leur dire l'heter.

Rachi : le bain de deux frères ne porte pas de pritsout. L'interdit de Kabul est un minhag. La réponse vient plus loin : ces villes, sans rabbins habituels, sont comme les Koutim.

Tossefot et le Roch séparent deux cas. Houmra voulue, eux sachant l'heter : on ne permet pas devant eux. Erreur : on peut permettre. Beit Shéan était une erreur sur la frontière d'Erets Israël. Ils séparent aussi le minhag important, celui de la michna, et le minhag faible pris par les gens eux-mêmes.

4
יוֹצְאִים בְּקוּרְדְּקִיסוֹן בְּשַׁבָּת, וְאֵין יוֹצְאִין בְּקוֹרְדָּקֵיסוֹן בַּשַּׁבָּת בְּבֵירֵי. וּמַעֲשֶׂה בִּיהוּדָה וְהִלֵּל בָּנָיו שֶׁל רַבָּן גַּמְלִיאֵל שֶׁיָּצְאוּ בְּקוֹרְדָּקֵיסוֹן בַּשַּׁבָּת בְּבֵירֵי, וְלָעֲזָה עֲלֵיהֶן הַמְּדִינָה, וְאָמְרוּ: מִיָּמֵינוּ לֹא רָאִינוּ כָּךְ. וְשֶׁמַּטְוָם וּנְתָנוּם לְעַבְדֵיהֶן, וְלֹא רָצוּ לוֹמַר לָהֶן: מֻותָּרִין אַתֶּם.

On sort en kordikison le Chabbat, et l'on ne sort pas en kordikison le Chabbat à Biri. Et il y eut un fait : Yehouda et Hillel, fils de Rabban Gamliel, sortirent en kordikison le Chabbat à Biri.

La province les blâma, et ils dirent : de notre vivant, nous n'avons jamais vu cela. Ils les retirèrent et les donnèrent à leurs serviteurs, et ils ne voulurent pas leur dire : vous êtes permis.

📜 Rachi (1)
קוֹרְדָּקֵיסִין אשקפונ"ש (אישקפינ"ש: נַעֲלַיִים קַלּוֹת) רְחָבִים וְלָא חָיְישִׁינַן דִּילְמָא מִשְׁתַּלְּפִי וְאָתֵי לְאֵייתוֹיִנְהוּ אַרְבַּע אַמּוֹת וְאֵין דֶּרֶךְ בְּנֵי בִּירִי לָצֵאת בְּקוֹרְדָּקֵיסִין שֶׁהֵן נוֹהֲגִין בָּהֶן אִיסּוּר:
Kordikisin : chaussures légères et larges. Et nous ne craignons pas qu'elles se déchaussent et qu'on en vienne à les porter quatre amot. Les gens de Biri n'ont pas coutume de sortir en kordikisin : ils y ont pris l'habitude de l'interdit.
💡 Explication

Deuxième fait. Le kordikison est une chaussure large. La halakha permet d'en sortir le Chabbat. À Biri, le minhag l'interdit. Yehouda et Hillel les retirent et les remettent à leurs serviteurs, sans dire l'heter aux gens du lieu.

5
וְיוֹשְׁבִין עַל סַפְסַלֵּי גּוֹיִם בְּשַׁבָּת, וְאֵינָן יוֹשְׁבִין עַל סַפְסַלֵּי גוֹיִם בַּשַּׁבָּת בְּעַכּוֹ. וּמַעֲשֶׂה בְּרַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל שֶׁיָּשַׁב עַל סַפְסַלֵּי גוֹיִם בַּשַּׁבָּת בְּעַכּוֹ, וְלָעֲזָה עָלָיו כָּל הַמְּדִינָה, אָמְרוּ: מִיָּמֵינוּ לֹא רָאִינוּ כָּךְ. נִשְׁמַט עַל גַּבֵּי קַרְקַע, וְלֹא רָצָה לוֹמַר לָהֶן: מֻותָּרִין אַתֶּם. בְּנֵי מְדִינַת הַיָּם נָמֵי, כֵּיוָן דְּלָא שְׁכִיחִי רַבָּנַן גַּבַּיְיהוּ — כְּכוּתִים דָּמוּ.

Et l'on s'assoit sur les bancs des non-Juifs le Chabbat, et l'on ne s'assoit pas sur les bancs des non-Juifs le Chabbat à Akko. Et il y eut un fait : Rabban Shimon ben Gamliel s'assit sur les bancs des non-Juifs le Chabbat à Akko.

Toute la province le blâma. Ils dirent : de notre vivant, nous n'avons jamais vu cela.

Il se déroba sur le sol, et il ne voulut pas leur dire : vous êtes permis. Les gens de la province maritime aussi, puisqu'il n'y a pas de rabbins habituels chez eux, sont semblables aux Koutim.

📜 Rachi (2)
סַפְסַלֵּי נָכְרִים שֶׁהֵן מוֹכְרִין בָּהֶן סְחוֹרָה וְלָא חָיְישִׁינַן לַחֲשָׁדָא:
Bancs des non-Juifs : ils y vendent de la marchandise, et nous ne craignons pas le heshad (soupçon).
כְּכוּתָאֵי דָּמֵי דְּכֵיוָן דְּלָא גְּמִירִי וְלָאו מְקוֹם תּוֹרָה הוּא סָרְכֵי מִילְּתָא:
Ils sont semblables aux Koutim : puisqu'ils n'ont pas étudié et que ce n'est pas un lieu de Torah, ils étirent la chose.
💡 Explication

Troisième fait, à Akko : s'asseoir le Chabbat sur les bancs où les non-Juifs étalent leur marchandise. Rabban Shimon ben Gamliel descend sur le sol plutôt que de dire l'heter.

Réponse à l'objection : les gens de ces villes sont comme les Koutim. Les rabbins n'y sont pas habituels, ils n'ont pas étudié, et ils étirent la kola.

6
בִּשְׁלָמָא סַפְסַלֵּי גּוֹיִם, מִשּׁוּם דְּמִחֲזֵי כְּמִקָּח וּמִמְכָּר. בְּקוּרְדַּקְיָסוֹן נָמֵי, דִּילְמָא מִשְׁתַּלְּפִין וְאָתֵי לְאֵיתוֹייִנְהוּ אַרְבַּע אַמּוֹת בִּרְשׁוּת הָרַבִּים.

Soit, les bancs des non-Juifs : parce que cela a l'apparence d'un achat et d'une vente. Les kordikison aussi : de peur qu'ils se déchaussent, et qu'on en vienne à les porter quatre amot dans le reshut ha-rabim (domaine public).

💡 Explication

La Guemara donne la raison des minhagim. Les bancs : mekah u-memkar, apparence de commerce le Chabbat. Les kordikison : si la chaussure glisse, on la porterait quatre amot dans le domaine public, interdit de la Torah.

7
אֶלָּא רוֹחֲצִין מַאי טַעְמָא לָא? כִּדְתַנְיָא: עִם הַכֹּל אָדָם רוֹחֵץ, חוּץ מֵאָבִיו וְחָמִיו וּבַעַל אִמּוֹ וּבַעַל אֲחוֹתוֹ. וְרַבִּי יְהוּדָה מַתִּיר בְּאָבִיו מִפְּנֵי כְּבוֹד אָבִיו, וְהוּא הַדִּין לְבַעַל אִמּוֹ.

Mais le bain, pour quelle raison non ? Comme on a enseigné : un homme se baigne avec tous, sauf avec son père, son beau-père, le mari de sa mère et le mari de sa sœur.

Et Rabbi Yehouda permet avec son père, à cause de l'honneur de son père, et il en va de même pour le mari de sa mère.

📜 Rachi (2)
מֵאָבִיו וְחָמִיו מִתּוֹךְ שֶׁרוֹאֵהוּ וְנִזְכָּר שֶׁמִּשָּׁם יָצָא נוֹתֵן לִבּוֹ לְהִרְהוּר וְכֵן בְּחָמִיו נוֹתֵן לִבּוֹ שֶׁיָּצְתָה אִשְׁתּוֹ מִכָּאן וְכֵן בְּבַעַל אֲחוֹתוֹ נָמֵי אִיכָּא הִירְהוּרָא:
De son père et de son beau-père : du fait qu'il le voit et qu'il se rappelle être sorti de lui, il porte son cœur à l'hirhour (pensée). Pour son beau-père aussi, il porte son cœur au fait que sa femme est sortie de lui. Pour le mari de sa sœur aussi, il y a un hirhour.
מִשּׁוּם כְּבוֹד אָבִיו שֶׁמְּשַׁמְּשׁוֹ בַּמֶּרְחָץ:
À cause de l'honneur de son père : il le sert au bain.
💡 Explication

Les deux premiers minhagim ont une raison proche d'un interdit. Le bain de deux frères reste à expliquer. La baraïta interdit le bain avec quatre parents, à cause de l'hirhour. Rabbi Yehouda permet le père : le fils le sert, et c'est le kavod av. Même issue pour le mari de la mère.

🖼️ Schéma
Avec qui se baigne-t-on Baraïta. Puis le décret de Kabul, puis le talmid. Avec tous règle de base Deux frères : permis, sans pritsout Sauf, à cause de l'hirhour Père Beau-père Mari de la mère Mari de la sœur R. Yehouda : le père est permis, kavod av Même règle pour le mari de la mère Kabul : deux frères aussi Gezera à cause du mari de la sœur Talmid avec son rav : interdit Permis s'il le sert au bain
Bain permis avec tous, sauf quatre parents. Kabul étend l'interdit à deux frères.
8
וַאֲתוֹ אִינְהוּ וּגְזוּר בִּשְׁנֵי אַחִין מִשּׁוּם בַּעַל אֲחוֹתוֹ. תְּנָא: תַּלְמִיד לֹא יִרְחַץ עִם רַבּוֹ, וְאִם רַבּוֹ צָרִיךְ לוֹ — מֻותָּר.

Et eux sont venus et ont décrété pour deux frères, à cause du mari de sa sœur. On enseigne : un talmid ne se baigne pas avec son rav.

Et si son rav a besoin de lui, c'est permis.

📜 Rachi (3)
וְאָתוּ אִינְהוּ בְּנֵי כָּבוּל:
Et eux sont venus : les gens de Kabul.
תַּלְמִיד לֹא יִרְחַץ עִם רַבּוֹ שֶׁצָּרִיךְ לְהִתְבַּייֵּשׁ מִכְּבוֹדוֹ וּמִמּוֹרָאוֹ:
Un talmid ne se baigne pas avec son rav : il doit avoir honte devant son honneur et sa crainte.
וְאִם הָיָה רַבּוֹ צָרִיךְ לוֹ שֶׁיְּשַׁמְּשֶׁנּוּ בַּמֶּרְחָץ:
Et si son rav avait besoin de lui : pour le servir au bain.
💡 Explication

Les gens de Kabul ont étendu la baraïta : deux frères, à cause du mari de la sœur. Autre enseignement, sur le respect : un talmid ne se baigne pas avec son rav. S'il doit le servir, le bain est permis.

9
כִּי אֲתָא רַבָּה בַּר בַּר חָנָה, אָכַל דְּאַיִּיתְרָא. עוּל לְגַבֵּיהּ רַב עַוִּירָא סָבָא וְרַבָּה בְּרֵיהּ דְּרַב הוּנָא, כֵּיוָן דַּחֲזִינְהוּ כַּסְּיֵיהּ מִינַּייְהוּ. אֲתוֹ וַאֲמַרוּ לֵיהּ לְאַבָּיֵי. אֲמַר לְהוּ: שַׁוִּוינְכוּ כְּכוּתָאֵי.

Quand Rabba bar bar Hana vint, il mangea du de-aytra. Rav Avira l'ancien et Rabba, fils de Rav Houna, montèrent chez lui.

Dès qu'il les vit, il le leur cacha. Ils vinrent et le dirent à Abaye.

Il leur dit : il vous a rendus semblables aux Koutim.

📜 Rachi (2)
אָכַל דְּאַיִּיתְרָא חָלָב שֶׁבִּכְפִיפַת הַקֵּיבָה שֶׁהַקֵּיבָה כְּפוּפָה וַעֲשׂוּיָה כְּקֶשֶׁת וְאוֹתוֹ חָלָב שֶׁבִּמְקוֹם הֶיתֵּר אוֹכְלִין בְּנֵי אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל וּבְנֵי בָּבֶל נוֹהֲגִין בּוֹ אִיסּוּר:
Il mangea du de-aytra : la graisse qui est dans le pli de la keiva (caillette). La keiva est pliée et faite comme un arc. Cette graisse qui est à l'endroit du yeter, les gens d'Erets Israël la mangent, et les gens de Bavel y ont pris l'habitude de l'interdit.
שַׁוִּינְכוּ כְּכוּתָאֵי דְּאָמְרִינַן לְעֵיל דְּבָרִים הַמֻּותָּרִים וַאֲחֵרִים נָהֲגוּ בָּהֶן אִיסּוּר אִי אַתָּה רַשַּׁאי לְהַתִּירָן בִּפְנֵיהֶן וְאוֹקְמָה רַב חִסְדָּא בְּכוּתָאֵי:
Il vous a rendus semblables aux Koutim : car nous disons plus haut : des choses permises dont d'autres ont pris l'habitude de l'interdit, tu n'es pas autorisé à les permettre devant eux. Et Rav Hisda l'a établi pour les Koutim.
💡 Explication

Le de-aytra est le helev (graisse) à l'endroit du yeter, la corde, sur la keiva pliée comme un arc. Erets Israël en mange. Bavel en a fait un interdit. Rabba bar bar Hana, venu d'Erets Israël, en mange, puis le couvre devant Rav Avira et Rabba fils de Rav Houna.

Abaye : en cachant l'heter, il les a traités comme des Koutim, gens devant qui l'on ne révèle pas la permission.

🖼️ Schéma
De-aytra : graisse sur la keiva Rachi : la caillette est pliée comme un arc. Roch : arc et corde. Keshet, l'arc Partie courbe de la keiva Helev de cette place : interdit Roch Yeter, la corde Partie droite, sur l'arc EY en mange. Bavel : minhag d'interdit C'est le de-aytra Rabba bar bar Hana en mange à Bavel, puis le couvre quand les rabbins entrent.
Keiva en arc : helev de la corde, mange en Erets Israël, minhag d'interdit en Bavel.
10
וְרַבָּה בַּר בַּר חָנָה לֵית לֵיהּ הָא דִּתְנַן נוֹתְנִין עָלָיו חֻומְרֵי הַמָּקוֹם שֶׁיָּצָא מִשָּׁם וְחֻומְרֵי הַמָּקוֹם שֶׁהָלַךְ לְשָׁם? אָמַר אַבַּיֵּי: הָנֵי מִילֵּי מִבָּבֶל לְבָבֶל, וּמֵאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל לְאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל. אִי נָמֵי, מִבָּבֶל לְאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל. אֲבָל מֵאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל לְבָבֶל — לֹא. כֵּיוָן דַּאֲנַן כַּייְפִינַן לְהוּ, עָבְדִינַן כְּוָותַייְהוּ.

Et Rabba bar bar Hana n'a-t-il pas ce que nous avons enseigné : on lui impose les houmrim du lieu d'où il est sorti et les houmrim du lieu où il est allé ? Abaye dit : cela vise de Bavel à Bavel, et d'Erets Israël à Erets Israël.

Ou encore, de Bavel à Erets Israël. Mais d'Erets Israël à Bavel, non.

Puisque nous leur sommes soumis, nous agissons comme eux.

📜 Rachi (3)
הָנֵי מִילֵּי מִבָּבֶל לְבָבֶל מֵעִיר לָעִיר בְּבָבֶל דְּכֵיוָן דְּלָא כָּייְפִי לְהָדְדִי אִם יְשַׁנֶּה מִנְהָגָן לְעֵינֵיהֶן יֵשׁ כָּאן מִפְּנֵי הַמַּחֲלֹוקֶת וְכָל שֶׁכֵּן מִבָּבֶל לְאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל אַל יְשַׁנֶּה אֶת מִנְהַג הַמָּקוֹם מִפְּנֵי הַמַּחֲלֹוקֶת:
Cela vise de Bavel à Bavel : d'une ville à une autre en Bavel. Puisqu'ils ne sont pas soumis l'un à l'autre, s'il change leur minhag devant leurs yeux, il y a matière à mahloket. À plus forte raison de Bavel vers Erets Israël : qu'il ne change pas le minhag du lieu, à cause de la mahloket.
אֲבָל מֵאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל לְבָבֶל אִם יְשַׁנֶּה אֶת הַמִּנְהָג בְּבָבֶל אֵין כָּאן מַחֲלֹוקֶת דַּאֲנַן כָּייְפִינַן לִבְנֵי א"י דְּאִינְהוּ סְמִיכִי וּבְבָבֶל לָא סְמִיכִי:
D'Erets Israël vers Bavel : s'il change le minhag en Bavel, il n'y a pas de mahloket. Nous sommes soumis aux gens d'Erets Israël : eux ont la semikha, et en Bavel il n'y a pas de semikha.
עָבְדִינַן כְּוָותַייְהוּ כְּלוֹמַר אִם בָּאִין מִשָּׁם לְכָאן אֵין לָהֶם לְשַׁנּוֹת מִנְהָגָם אֶלָּא עוֹשִׂין כִּמְקוֹמָן:
Nous agissons comme eux : s'ils viennent de là-bas ici, ils gardent leur minhag et font comme dans leur lieu.
🗂️ Tossefot (2)
כֵּיוָן דַּאֲנַן כַּייְפִינַן לְהוּ וְכוּ' קָשֶׁה לְר"ת דבפ"ק דְּסַנְהֶדְרִין (דַּף ה.) אָמַר פְּשִׁיטָא מֵהָכָא לְהָתָם מַהֲנֵי דְּהָכָא שֵׁבֶט וְהָתָם מְחוֹקֵק מַשְׁמַע דִּבְנֵי בָּבֶל עֲדִיפֵי וְתֵירֵץ דה"מ לְאַפְקוֹעֵי מָמוֹנָא אֲבָל לְעִנְיַן אִיסּוּר וְהֶיתֵּר וּסְמִיכָה בְּנֵי א"י עֲדִיפֵי שֶׁלּוֹמְדִים תּוֹרָה בָּרַבִּים וְאָמְרִינַן (ב"ב דַּף קנח:) אַוֵּירָא דְּאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל מַחְכִּים.:
Puisque nous leur sommes soumis, etc. C'est difficile pour Rabbeinou Tam. Au premier chapitre de Sanhédrin (daf 5a), on dit : c'est évident, d'ici vers la-bas cela vaut, car ici c'est le shevet (sceptre) et là-bas le mehokek (législateur). Il en ressort que les gens de Bavel priment. Il répond : cela vise le retrait d'un bien (afke'ata de mamon). Pour l'issour et l'heter, et pour la semikha, les gens d'Erets Israël priment : ils étudient la Torah en public. Et nous disons (Bava Batra, daf 158b) : l'air d'Erets Israël rend sage.
עָבְדִינַן כְּוָותַייְהוּ לָא עָבְדִי כְּוָותַייְהוּ ה"ל לְמֵימַר וּמִשּׁוּם פּ"ק דְּחֻולִּין (דַּף יח:) נְקַט הָכִי דְּקָאָמַר הָתָם כִּי סְלֵיק רַבִּי זֵירָא אֲכַל מֻוגְרֶמֶת דְּרַב וּשְׁמוּאֵל וּפָרִיךְ וְלֵית לֵיהּ לְרַבִּי זֵירָא נוֹתְנִין עָלָיו חֻומְרֵי מָקוֹם וְכוּ' וּמְשַׁנֵּי אַבַּיֵּי הָנֵי מִילֵּי וְכוּ' אֲבָל מִבָּבֶל לְאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל כֵּיוָן דַּאֲנַן כַּייְפִינַן לְהוּ עָבְדִינַן כְּוָותַייְהוּ:
Nous agissons comme eux. Il aurait fallu dire : ils n'agissent pas comme eux. Il a choisi cette formule à cause du premier chapitre de Houlin (daf 18b). Il dit là-bas : quand Rabbi Zeira monta, il mangea la mougrama de Rav et Shmouel. On objecte : Rabbi Zeira n'a-t-il pas " on lui impose les houmrim du lieu " ? Abaye répond : cela vise..., et de Bavel vers Erets Israël, puisque nous leur sommes soumis, nous agissons comme eux.
💡 Explication

Objection : la michna met sur le voyageur les houmrim des deux lieux. Rabba bar bar Hana allège en Bavel ce que Bavel interdit.

Abaye : la michna vise un trajet interne, Bavel ou Erets Israël, et le trajet de Bavel vers Erets Israël. D'Erets Israël vers Bavel, l'homme d'Erets Israël garde son minhag. Bavel est soumis : la semikha est là-bas. Rachi : changer devant des pairs ferait mahloket ; devant Bavel, la soumission écarte cette crainte.

Tossefot : à Sanhédrin 5a, le shevet de Bavel prime pour retirer un bien. Pour l'interdit, le permis et la semikha, Erets Israël prime. La formule " nous agissons comme eux " est reprise de Houlin 18b, où le trajet est inverse.

11
רַב אַשִּׁי אָמַר: אֲפִילּוּ תֵּימָא מֵאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל לְבָבֶל, הָנֵי מִילֵּי הֵיכָא דְּאֵין דַּעְתּוֹ לַחֲזוֹר, וְרַבָּה בַּר בַּר חָנָה דַּעְתּוֹ לַחֲזוֹר הֲוָה. אֲמַר לֵיהּ רַבָּה בַּר בַּר חָנָה לִבְנֵיהּ: בְּנֵי, לֹא תֹּאכַל לֹא בְּפָנַי וְלֹא שֶׁלֹּא בְּפָנַי. אֲנִי שֶׁרָאִיתִי אֶת רַבִּי יוֹחָנָן שֶׁאָכַל — כְּדַי הוּא רַבִּי יוֹחָנָן לִסְמֹוךְ עָלָיו בְּפָנָיו וְשֶׁלֹּא בְּפָנָיו. אַתָּה לֹא רָאִיתָ אוֹתוֹ, לֹא תֹּאכַל בֵּין בְּפָנַי בֵּין שֶׁלֹּא בְּפָנַי.

Rav Ashi dit : même si tu dis d'Erets Israël à Bavel, cela vise la où il n'a pas l'intention de revenir. Et Rabba bar bar Hana avait l'intention de revenir.

Rabba bar bar Hana dit à son fils : mon fils, n'en mange ni devant moi ni hors de ma présence. Moi, qui ai vu Rabbi Yo'hanan en manger : Rabbi Yo'hanan est digne qu'on s'appuie sur lui, en sa présence et hors de sa présence.

Toi, tu ne l'as pas vu : n'en mange ni devant moi ni hors de ma présence.

📜 Rachi (2)
אֲפִילּוּ תֵּימָא מֵאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל לְבָבֶל אַל יְשַׁנֶּה:
Même si tu dis d'Erets Israël vers Bavel : qu'il ne change pas.
לֹא תֹּאכַל דְּאַייִּתְרָא:
N'en mange pas : le de-aytra.
🗂️ Tossefot (1)
רַבָּה בַּר בַּר חָנָה דַּעְתּוֹ לַחֲזוֹר הֲוָה וּבְחֻולִּין נָמֵי מְתָרֵץ רַבִּי זֵירָא אֵין דַּעְתּוֹ לַחֲזוֹר הֲוָה קְצָת קָשֶׁה דְּהַשְׁתָּא לִצְדָדִין קָתָנֵי וְחֻומְרֵי מָקוֹם שֶׁיָּצָא מִשָּׁם בְּדַעְתּוֹ לַחֲזֹור וְחֻומְרֵי מָקוֹם שֶׁהָלַךְ לְשָׁם בְּאֵין דַּעְתּוֹ לַחֲזֹור:
Rabba bar bar Hana avait l'intention de revenir. Dans Houlin aussi, on répond pour Rabbi Zeira : il n'avait pas l'intention de revenir. C'est un peu difficile : la michna s'enseigne alors par côtés. Les houmrim du lieu d'où il est sorti, quand il a l'intention de revenir. Les houmrim du lieu où il est allé, quand il n'a pas l'intention de revenir.
💡 Explication

Rav Ashi : même d'Erets Israël vers Bavel, on prend le minhag du lieu quand on n'a pas l'intention de revenir. Rabba bar bar Hana comptait revenir : il garde la kola d'Erets Israël.

À son fils, né en Bavel : l'appui est d'avoir vu Rabbi Yo'hanan manger le de-aytra. Le fils ne l'a pas vu. Il s'abstient devant son père comme hors de sa présence. Tossefot : les deux membres de la michna visent alors deux cas, selon l'intention de revenir.

12
וּפְלִיגָא דִּידֵיהּ אַדִּידֵיהּ. דִּאָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה, סָח לִי רַבִּי יוֹחָנָן בֶּן אֶלְעָזָר: פַּעַם אַחַת נִכְנַסְתִּי אַחַר רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן רַבִּי יוֹסֵי בֶּן לָקוֹנְיָא לַגִּינָּה,

Et sa parole contredit son autre parole. Car Rabba bar bar Hana a dit : Rabbi Yo'hanan ben Elazar m'a raconté : une fois, je suis entré à la suite de Rabbi Shimon ben Rabbi Yossi ben Lakonya dans un jardin,

⚖️ Rosh (1)
כִּי אֲתָא רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אֲכַל תַּרְבָּא דְּאַיִּיתְרָא פֵּירוּשׁ שְׁנֵי מְקוֹמוֹת הֵן בְּחֵלֶב שֶׁעַל גַּבֵּי הַקֵּיבָה אַחַת כְּקֶשֶׁת וְאַחַת כְּיֶתֶר שֶׁעַל גַּבֵּי הַקֶּשֶׁת אָסוּר וְשֶׁעַל הֶיתֵּר מֻותָּר אִיכָּא מַאן דִּנְהִיג בֵּיהּ אִיסּוּרָא וְאִיכָּא מַאן דִּנְהִיג בֵּיהּ הֶיתֵּרָא וּבְבָבֶל נָהֲגוּ בּוֹ אִיסּוּר וְכִי אֲתָא רַבָּה בַּר בַּר חָנָה מֵאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל לְבָבֶל נָהַג בּוֹ הֶיתֵּר כְּמִנְהַג מְקוֹמוֹ. עוּל לְגַבֵּיהּ רַב עַוְּיָא וְרַבָּה בְּרֵיהּ דְּרַב הוּנָא כֵּיוָן דַּחֲזִינְהוּ כַּסְּיֵיהּ אֲתוֹ וַאֲמַרוּ לֵיהּ לְאַבָּיֵי אֲמַר שַׁוִּינְכוּ כְּכוּתָאֵי. וְרַבָּה בַּר בַּר חָנָה לֵית לֵיהּ נוֹתְנִין עָלָיו חֻומְרֵי מָקוֹם שֶׁיָּצָא מִשָּׁם וְחֻומְרֵי מָקוֹם שֶׁהָלַךְ לְשָׁם אָמַר אַבָּיֵי הָנֵי מִילֵּי מִבָּבֶל לְבָבֶל וּמֵאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל לְאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל אִי נָמֵי מִבָּבֶל לא"י אֲבָל מֵאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל לְבָבֶל כֵּיוָן דַּאֲנַן כַּייְפִינַן לְהוּ עָבְדִינַן כְּוָותַייְהוּ. רַב אָשֵׁי אָמַר אֲפִילּוּ תֵּימָא מֵאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל לְבָבֶל וְרַבָּה בַּר בַּר חָנָה דַּעְתּוֹ לַחֲזוֹר הֲוָה. וקי"ל כְּרַב אַשִּׁי דְּהוּא בָּתְרָאָה וְיֵשׁ לְאָדָם לֵילֵךְ אַחַר מִנְהַג הַמָּקוֹם שֶׁדַּעְתּוֹ לְהִשְׁתַּקֵּעַ שָׁם בֵּין לְקֻולָּא בֵּין לְחֻומְרָא כִּי הָא דְּר' זֵירָא אָכַל מַגְרוּמְתָּא דְּרַב וּשְׁמוּאֵל בַּעֲלוֹתוֹ לא"י כִּי לֹא הָיָה דַּעְתּוֹ לַחֲזֹור לְבָבֶל הִילְכָּךְ לֹא נָהַג חֻומְרֵי הַמָּקוֹם שֶׁיָּצָא מִשָּׁם וְכֵן רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אֲכַל תַּרְבָּא דְּאַיִּיתְרָא בְּבָבֶל מִשּׁוּם שֶׁהָיָה דַּעְתּוֹ לַחֲזֹור לְאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל וּלְהָכִי לֹא נָהַג חוּמְרֵי הַמָּקוֹם שֶׁהָלַךְ לְשָׁם. וְדַוְקָא בְּצִינְעָא שֶׁלֹּא יְשַׁנֶּה מִפְּנֵי הַמַּחֲלֹוקֶת וּלְהָכִי כַּסְייָה. אֲבָל בְּפַרְהֶסְיָא לֹא. וְלָא מִיבְּעֵי כִּי הַהִיא דְּאַיִּיתְרָא שֶׁיֵּשׁ לוֹ לִנְהֹוג כְּחֻומְרֵי הַמָּקוֹם שֶׁהָלַךְ לְשָׁם וְלֹא יָקֵל מִפְּנֵי הַמַּחֲלֹוקֶת אֶלָּא אֲפִי' הַהוֹלֵךְ מִמָּקוֹם שֶׁמַּחְמִירִין לְמָקוֹם שֶׁמְּקִילִּין וְאַפֵּי' דַּעְתּוֹ לַחֲזֹור יֵשׁ לִנְהֹוג כְּקֻולֵּי הַמָּקוֹם שֶׁהָלַךְ לְשָׁם וְאַל יַחְמִיר כְּמִנְהַג מְקוֹמוֹ מִפְּנֵי הַמַּחֲלֹוקֶת בְּדָבָר שֶׁנִּיכָּר בּוֹ שִׁינּוּי מִנְהָג. כִּדְמוֹכַח לְקַמָּן דְּקָאָמְרִינַן מִמָּקוֹם שֶׁאֵין עוֹשִׂין לְמָקוֹם שֶׁעוֹשִׂין וְאַל יְשַׁנֶּה אָדָם מִפְּנֵי הַמַּחְלֹוקֶת וְנַעְבֵּיד וְהָא אָמְרַתְּ נוֹתְנִין עָלָיו חֻומְרֵי מָקוֹם שֶׁיָּצָא מִשָּׁם וּמְשַׁנֵּי רָבָא אֵין בָּזֶה מִשּׁוּם שִׁינּוּי מַחֲלֹוקֶת כְּלוֹמַר וַדַּאי לֹא יַעֲשֶׂה כִּי צָרִיךְ לִנְהֹוג חֻומְרֵי הַמָּקוֹם שֶׁיָּצָא מִשָּׁם וְאֵין בָּזֶה מִשּׁוּם מַחֲלֹוקֶת דְּמֵימָר אָמְרִינַן מְלָאכָה הוּא דְּלֵית לֵיהּ פּוֹק חֲזִי כַּמָּה בַּטְלָנֵי אִיכָּא בְּשׁוּקָא. מַשְׁמַע הָא לֹא אֶפְשָׁר בְּלֹא מַחֲלֹוקֶת הָיָה לוֹ לַעֲשׂוֹת מְלָאכָה עִמָּהֶם דְּגָדוֹל הַשָּׁלוֹם וְיֵשׁ לוֹ לַעֲבֹור עַל מִנְהַג מְקוֹמוֹ כֵּיוָן דְּלֵית בֵּיהּ אִיסּוּרָא דְּאוֹרָייְתָא אֶלָּא שֶׁנָּהֲגוּ בּוֹ אִיסּוּר לְהַחְמִיר עֲלֵיהֶן.
Quand Rabba bar bar Hana vint, il mangea le helev de l'aytra. Explication : il y a deux endroits dans la graisse qui est sur la keiva. L'un est comme un arc, l'autre comme un yeter (corde) sur l'arc. Ce qui est sur l'arc est interdit, et ce qui est sur le yeter est permis. Il y a celui qui y prend l'habitude de l'interdit, et celui qui y prend l'habitude de l'heter. En Bavel, on y a pris l'habitude de l'interdit. Quand Rabba bar bar Hana vint d'Erets Israël en Bavel, il y pratiqua l'heter, selon le minhag de son lieu. Rav Avya et Rabba, fils de Rav Houna, montèrent chez lui. Dès qu'il les vit, il le cacha. Ils vinrent et le dirent à Abaye. Il dit : il vous a rendus semblables aux Koutim. Et Rabba bar bar Hana n'a-t-il pas : on lui impose les houmrim du lieu d'où il est sorti et les houmrim du lieu où il est allé ? Abaye dit : cela vise de Bavel à Bavel et d'Erets Israël à Erets Israël, ou encore de Bavel à Erets Israël. D'Erets Israël à Bavel, puisque nous leur sommes soumis, nous agissons comme eux. Rav Ashi dit : même si tu dis d'Erets Israël à Bavel, et Rabba bar bar Hana avait l'intention de revenir. Et la halakha est comme Rav Ashi, car il est le dernier. Un homme doit suivre le minhag du lieu où il a l'intention de s'établir, pour la kola comme pour la houmra. Comme ce cas de Rabbi Zeira, qui mangea la groumta de Rav et Shmouel en montant en Erets Israël, car il n'avait pas l'intention de revenir en Bavel. C'est pourquoi il ne pratiqua pas les houmrim du lieu d'où il était sorti. De même, Rabba bar bar Hana mangea le helev de l'aytra en Bavel, parce qu'il avait l'intention de revenir en Erets Israël, et c'est pourquoi il ne pratiqua pas les houmrim du lieu où il était allé. Et seulement en privé (tsin'a), afin qu'il ne change pas à cause de la mahloket : c'est pourquoi il le cacha. En public (parhessia), il s'abstient. Le cas de l'aytra va de soi : il doit pratiquer les houmrim du lieu où il est allé, et il n'allège pas en public à cause de la mahloket. Même celui qui va d'un lieu où l'on est sévère vers un lieu où l'on est souple, même s'il a l'intention de revenir, doit pratiquer les koulot du lieu où il est allé, et laisser la houmra du minhag de son lieu, à cause de la mahloket, dans une chose où le changement de minhag se voit. Comme il ressort plus loin. Nous disons : d'un lieu où l'on ne fait pas de travail vers un lieu où l'on en fait, et qu'un homme ne change pas à cause de la mahloket. Et nous ferions le travail ? Or tu as dit : on lui impose les houmrim du lieu d'où il est sorti. Rava répond : il n'y a pas en cela un changement qui fasse mahloket. C'est-à-dire : il ne fera pas le travail, car il doit pratiquer les houmrim du lieu d'où il est sorti, et il n'y a pas en cela de mahloket. On dira : c'est du travail qui lui manque ; sors et vois combien d'oisifs il y a au marché. Il en ressort : là où l'on ne peut éviter la mahloket, il aurait dû faire le travail avec eux. La paix est grande. Il doit passer outre le minhag de son lieu, dès lors qu'il n'y a pas, en cela, d'interdit de la Torah, et qu'ils y ont pris un interdit pour s'imposer une houmra.
💡 Explication

La Guemara ouvre une contradiction interne de Rabba bar bar Hana. Rabbi Yo'hanan ben Elazar raconte être entré dans un jardin à la suite de Rabbi Shimon ben Rabbi Yossi ben Lakonya. Le récit continue au daf suivant.

Le Roch fixe la halakha comme Rav Ashi, le dernier : on suit le minhag du lieu où l'on compte s'établir, en kola et en houmra. L'aytra s'allège en privé. En public, on ne montre pas un changement de minhag, à cause de la paix.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).