Pesachim 52a - Second jour de fête, et biour des fruits de la cheviit

Pesachim 52a

Sougya : L'amoud ouvre sur Rav Safra, qui connaît la fixation du mois : le second jour de fête, le travail est interdit dans un lieu habité et permis dans le désert, selon Rav Ami. Rav Natan bar Assia voyage ce jour-là jusqu'à Pumbedita ; Rav Yosef le punit, et la Guemara pèse le ban et la flagellation pour un érudit.

Puis la michna des fruits de la cheviit : Rav Shisha, une inversion appuyée sur Rabbi Elazar, et Abaye proposent trois lectures du biour ; Rav Ashi écarte Abaye et rapproche les trois conserves, Ravina les dattes de Tsoar.

Second jour de fête : lieu habité et désert Rav Safra connaît la kvia de-yarha. Rav Ami tranche. Yishouv, lieu habité Travail interdit Minhag devant leurs yeux Tossefot : même en privé même s'il compte revenir Midbar, désert Travail permis Hors de la communauté Rav Ami Rav Natan bar Assia, vers Pumbedita Première version Rav Yosef met au ban Abaye demande la malkout La shamta est plus grave En Occident on vote les coups d'un érudit, pas le ban Deuxième version Rav Yosef fait frapper Abaye demande le ban Rav et Shmuel : on met au ban Homme ordinaire : ban Érudit : ce qui est bon pour lui Roch : les coups exigent l'accord de tous. Le ban, pour une chose grave, est immédiat. La shamta est plus grave que la malkout. Rav : shem mita, un nom de mort.
Second jour de fête : lieu habité et désert. Deux versions de la peine de Rav Natan.
Fruits de cheviit : trois lectures Sors et apporte-t'en toi aussi. Biour : retrait quand l'espèce cesse au champ. Rav Shisha Deux lieux encore pourvus au champ Il apprend que son lieu a cessé Tanna kamma Biour, houmra Rabbi Yehouda Kola : là-bas, l'espèce est encore là Puis la Guemara renverse, car R. Elazar Inversion Même trajet entre deux lieux égaux Au départ, pas encore interdit Tanna kamma Pas de biour Rabbi Yehouda Houmra : mépris du lieu. C'est cessé R. Elazar : Yehouda ne parle qu'en houmra Abaye Texte de la michna gardé A, pas cessé puis B, cessé puis retour en A Tanna kamma Pas de biour Rabbi Yehouda Biour : B a cessé au moment du retour Rien à ajouter au texte de la michna Rav Ashi écarte Abaye Le dos de l'âne n'absorbe pas la houmra du lieu traversé. La discussion rejoint les trois conserves, puis les dattes de Tsoar.
Trois lectures du transport des fruits de cheviit, puis l'objection de Rav Ashi.
Trois conserves dans une jarre Légumes dont le biour diffère. La conserve les tient ensemble. Rabbi Elazar D'après la première Celle qui cesse le plus tôt au champ Dès ce moment les trois sont interdites Rachi : un seul mélange Rabbi Yehochoua Même d'après la dernière On mange les trois tant qu'elle est au champ Kola Rachi : le tanna kamma Rabban Gamliel Chaque espèce pour elle-même Cesse au champ : on la retire de la jarre Halakha selon lui Rachi : Rabbi Yehouda Ravina : dattes de Yehouda On en mange jusqu'au dernier palmier de Tsoar, ville des dattes. Rabban Shimon ben Gamliel prend la parole. La suite est sur 52b.
Trois conserves : Rabbi Elazar, Rabbi Yehochoua, Rabban Gamliel. Dattes de Tsoar.
1
בַּייִּשּׁוּב לָא עָבֵידְנָא מִפְּנֵי שִׁינּוּי הַמַּחְלֹוקֶת. בַּמִּדְבָּר מַאי? אֲמַר לֵיהּ: הָכִי אָמַר רַב אַמֵּי: בְּיִישּׁוּב אָסוּר, בַּמִּדְבָּר מֻותָּר.

Dans un lieu habité, je ne le fais pas, à cause du changement qui entraîne la contestation. Dans le désert, qu'en est-il ?

Il lui dit : ainsi a dit Rav Ami : dans un lieu habité, c'est interdit ; dans le désert, c'est permis.

📜 Rachi (1)
בְּייִשּׁוּב לָא עָבֵידְנָא מְלָאכָה בְּיוֹם טוֹב שֵׁנִי הוֹאִיל וְנָהֲגוּ בּוֹ אִיסּוּר לֹא תְּשַׁנֶּה לְעֵינֵיהֶם אֶת הַמִּנְהָג:
Un travail, le second jour de fête. Puisqu'ils y ont pris l'interdit pour coutume, ne change pas la coutume devant leurs yeux.
🗂️ Tossefot (1)
בְּייִשּׁוּב לָא עָבְדִינַן אֲפִילּוּ בְּצִינְעָא וַאֲפִילּוּ דַּעְתּוֹ לַחֲזֹור דְּלָא אֶפְשָׁר לִמְלָאכָה בְּצִינְעָא כְּמוֹ שְׁאָר דְּבָרִים:
Même en privé, et même s'il a l'intention de revenir, car un travail ne se fait pas en privé comme les autres choses.
💡 Explication

Suite de Rav Safra à Rabbi Abba, en bas de 51b. Des gens comme eux connaissent la kvia de-yarha, la fixation du mois. Le second jour de fête des galuyot (exils) reste pourtant un minhag d'interdit.

Dans un yishouv (lieu habité), on ne travaille pas : le changement se verrait et ferait contestation. Tossefot : même be-tsin'a (en privé), et même si l'on compte revenir chez soi. Un travail ne se cache pas comme un autre acte. Dans le midbar (désert), Rav Ami permet.

🖼️ Schéma
Ou faire un travail le second jour Lieu habité : assur Shinouy ha-mahloket Même en privé Le travail ne se cache pas Désert : moutar Rav Ami Pas de public devant qui garder le minhag
Lieu habité : travail interdit. Désert : permis.
2
רַב נָתָן בַּר אָסְיָא אֲזַל מִבֵּי רַב לְפֻומְבְּדִיתָא בְּיוֹם טוֹב שֵׁנִי שֶׁל עֲצֶרֶת. שַׁמְּתֵיהּ רַב יוֹסֵף. אָמַר לֵיהּ אַבַּיֵּי: וּלְנִגְדֵּיהּ מַר נְגִידֵי! אֲמַר לֵיהּ: עֲדִיפָא עָבְדִי לֵיהּ, דִּבְמַעְרְבָא מִימְּנוּ אַנִּגְידָּא דְּבַר בֵּי רַב, וְלָא מִימְּנוּ אַשַּׁמְתָּא.

Rav Natan bar Assia alla de la maison de Rav à Pumbedita, le second jour de fête d'Atseret (Chavouot). Rav Yosef le mit au ban.

Abaye lui dit : que le maître le fasse donc frapper ! Il lui dit : je lui ai appliqué la plus grave.

Car en Occident, on se réunit pour voter les coups d'un membre de la maison d'étude, et on ne se réunit pas pour voter le ban.

📜 Rachi (3)
דַּעֲדִיפָא מִינָּהּ הַחֲמוּרָה מִמֶּנָּה:
La plus grave des deux.
עָבְדִי לֵיהּ עָשִׂיתִי לוֹ:
Je lui ai fait.
מִימְּנוּ אַנִּגְדָּא דְּבַר בֵּי רַב תַּלְמִיד שֶׁסָּרַח הָיוּ נִמְנִין לְהַלְקוֹתוֹ וְלֹא לְנַדּוֹתוֹ מִשּׁוּם דְּשַׁמְתָּא חֲמוּרָה וְחוֹשְׁשִׁין לִכְבוֹד הַתּוֹרָה:
Un disciple qui a fauté, on se réunissait pour le frapper, et non pour le mettre au ban, car la shamta est grave et l'on prend garde à l'honneur de la Torah.
💡 Explication

Rav Natan voyage hors de la limite le second jour d'Atseret. Rav Yosef le frappe de shamta (mise au ban). Abaye demande la malkout (flagellation).

Rav Yosef répond qu'il a choisi la peine la plus grave. En Erets Israël, pour un érudit, on vote les coups ; on ne vote pas le ban, par égard pour la Torah. Le ban dépasse donc les coups.

3
אִיכָּא דְאָמְרִי: נַגְּדֵיהּ רַב יוֹסֵף. אָמַר לֵיהּ אַבַּיֵּי: נִשְׁמְתֵיהּ מַר, דְּרַב וּשְׁמוּאֵל דְּאָמְרִי תַּרְוַייְהוּ מְנַדִּין עַל שְׁנֵי יָמִים טוֹבִים שֶׁל גָּלִיּוֹת! אֲמַר לֵיהּ: הָנֵי מִילֵּי — אִינִישׁ דְּעָלְמָא. הָכָא, צוּרְבָּא מִדְּרַבָּנָן הוּא — דְּטָבָא לֵיהּ עָבְדִי. דִּבְמַעְרְבָא מִימְּנוּ אַנִּגְדְּתָא דְּבַר בֵּי רַב, וְלָא מִימְּנוּ אַשַּׁמְתָּא.

Certains disent : Rav Yosef le fit frapper. Abaye lui dit : que le maître le mette au ban, car Rav et Shmuel disent tous deux qu'on met au ban pour les deux jours de fête des galuyot !

Il lui dit : ces paroles valent pour un homme ordinaire. Ici, c'est un tsurba me-rabbanan (jeune érudit) : je lui ai fait ce qui est bon pour lui.

Car en Occident, on se réunit pour voter les coups d'un membre de la maison d'étude, et on ne se réunit pas pour voter le ban.

⚖️ Rosh (1)
רַב נָתָן אֲתָא מִבַּיָּרִים לְפוּמְבְּדִיתָא ביו"ט שֵׁנִי שֶׁל עֲצֶרֶת נַגְּדֵיהּ רַב יוֹסֵף אֲמַר לֵיהּ אַבָּיֵי לְשַׁמְּתֵיהּ מַר. דְּהָא רַב וּשְׁמוּאֵל דְּאָמְרִי תַּרְוַוייְהוּ מְנַדִּין עַל שְׁנֵי יָמִים טוֹבִים שֶׁל גָּלִיּוֹת. אֲמַר לֵיהּ הָנֵי מִילֵּי בִּשְׁאָר אִינָשֵׁי אֲבָל הָכָא צֻורְבָּא מִדְּרַבָּנַן הוּא וּדְטָבָא לֵיהּ עֲבַדִי לֵיהּ דִּבְמַעְרְבָא מִימְּנוּ אַנִּגְידָּא דְּצוּרְבָּא מִדְּרַבָּנָן וְלָא מִימְּנוּ אַשַּׁמְתָּא דְּרַבָּנָן. פֵּירוּשׁ מִימְּנוּ אַנְּגִידָא מִתְקַבְּצִים אֵצֶל הָרַב וְאֵין מַלְקִין אוֹתוֹ עַד שֶׁיַּסְכִּימוּ כֻּולָּם לְהַלְקוֹתוֹ. וְלָא מִימְּנוּ אַשַּׁמְתָּא מִשּׁוּם דְּאֵין מְשַׁמְּתִין אֶלָּא עַל דָּבָר חָמוּר וּבְדָבָר חָמוּר אֵין חוֹלְקִין כָּבוֹד לָרַב אֶלָּא מְשַׁמְּתִין אוֹתוֹ מִיָּד. לְפִי זֶה הַשַּׁמְתָּא חֲמוּרָה הִיא מִן הַמַּלְקוּת. וְגָרְסִינַן בְּפֶרֶק אֵלּוּ מְגַלְּחִין (מוֹעֵד קָטָן דַּף יז.) מַאי שַׁמְתָּא אָמַר רַב שֵׁם מִיתָה.
Rav Natan vint de Birim à Pumbedita le second jour de fête d'Atseret. Rav Yosef le fit frapper. Abaye lui dit : que le maître le mette au ban, car Rav et Shmuel disent tous deux qu'on met au ban pour les deux jours de fête des galuyot. Il lui dit : ces paroles valent pour les autres gens, mais ici c'est un tsurba me-rabbanan, et je lui ai fait ce qui est bon pour lui, car en Occident on se réunit pour voter les coups d'un tsurba me-rabbanan, et on ne se réunit pas pour voter le ban des rabbins. Explication : on se réunit pour les coups, ils se rassemblent auprès du rav, et on ne le frappe pas avant que tous conviennent de le frapper. On ne se réunit pas pour le ban, parce qu'on ne met au ban que pour une chose grave, et pour une chose grave on ne rend pas hommage au rav : on le met au ban aussitôt. D'après cela, la shamta est plus grave que la flagellation. Et nous lisons au chapitre Elou megalhin (Moed Katan 17a) : qu'est-ce que la shamta ? Rav a dit : un nom de mort (shem mita).
💡 Explication

Autre version. Rav Yosef a fait donner la malkout. Abaye réclame la shamta, sur la parole de Rav et Shmuel : on met au ban pour les deux jours de fête des galuyot.

Cela vaut pour un homme ordinaire. Pour un tsurba me-rabbanan, Rav Yosef choisit ce qui lui est bon : les coups. Le Roch explique le vote. Les coups attendent l'accord de tous. Le ban, réservé à une chose grave, est immédiat, et il est plus lourd. Rav le lit shem mita, un nom de mort.

🖼️ Schéma
Roch : vote des coups, ban immédiat Malkout On se rassemble chez le rav Tous doivent accepter Peine retenue pour le tsurba me-rabbanan Shamta Chose grave : pas de vote On met au ban aussitôt Plus grave que les coups Rav : shem mita
Coups : vote unanime. Ban : immédiat, et plus grave.
4
כַּיּוֹצֵא בּוֹ הַמּוֹלִיךְ פֵּירוֹת שְׁבִיעִית וְכוּ׳. וְלֵית לֵיהּ לְרַבִּי יְהוּדָה הָא דִּתְנַן: נוֹתְנִין עָלָיו חֻומְרֵי הַמָּקוֹם שֶׁיָּצָא מִשָּׁם וְחֻומְרֵי הַמָּקוֹם שֶׁהָלַךְ לְשָׁם?!

De même, celui qui transporte des fruits de cheviit (année sabbatique), etc. Et Rabbi Yehouda ne tient-il pas ce que nous avons appris : on lui impose les houmrim (rigueurs) du lieu d'où il est sorti et les houmrim du lieu où il est allé ?

📜 Rachi (1)
וְלֵית לֵיהּ לְר' יְהוּדָה כּוּ' דְּמַשְׁמַע שֶׁיָּכוֹל לוֹמַר לוֹ בֶּן מָקוֹם שֶׁלֹּא כָּלוּ לָבָן מָקוֹם שֶׁכָּלוּ צֵא וְהָבֵא לְךָ אַף אַתָּה מִמָּקוֹם שֶׁהֵבֵאתִי וְתִמְצָא שֶׁלֹּא כָּלוּ שָׁם לַחַיָּה וֶאֱכוֹל מֵאוֹתָן שֶׁתָּבִיא וְאוֹתָהּ שֶׁלְּךָ שֶׁיֵּשׁ לְךָ בַּבַּיִת אֲסוּרִין וְטַעֲמָא מִשּׁוּם דְּגָדְלוּ כָּאן וּבָזֶה הַמָּקוֹם כֻּלּוֹ אֲבָל אֲנִי הֵבֵאתִי אֶת שֶׁלִּי מִמָּקוֹם הֶיתֵּר וְאֵין כָּאן מַחֲלֹוקֶת וְלֵית לֵיהּ לְר' יְהוּדָה דְּאָסוּר מִשּׁוּם חֻומְרֵי מָקוֹם שֶׁהָלַךְ לְשָׁם וַאֲפִילּוּ אֵין שָׁם מַחֲלֹוקֶת דְּהָא מִמָּקוֹם שֶׁאֵין עוֹשִׂין לְמָקוֹם שֶׁעוֹשִׂין דְּטַעְמָא לָאו מִשּׁוּם מַחֲלֹוקֶת הוּא וְאָסְרִינַן לֵיהּ מִשּׁוּם חֻומְרֵי מָקוֹם שֶׁיָּצָא מִשָּׁם:
Cela implique qu'un homme d'un lieu où ils n'ont pas cessé peut dire à un homme d'un lieu où ils ont cessé : sors et apporte-t'en toi aussi de l'endroit d'où je les ai apportés, et tu trouveras qu'ils n'ont pas cessé là pour la bête sauvage. Mange de ceux que tu apporteras. Les tiens, que tu as à la maison, sont interdits, et la raison est qu'ils ont poussé ici et que, dans ce lieu, ils ont cessé. Mais moi, j'ai apporté les miens d'un lieu de heter (permission), et il n'y a pas ici de mahloket (contestation). Et Rabbi Yehouda ne tiendrait-il pas qu'il est interdit à cause des houmrim du lieu où il est allé, même lorsqu'il n'y a pas de mahloket ? Car, d'un lieu où l'on ne travaille pas vers un lieu où l'on travaille, la raison n'est pas la mahloket, et on le lui interdit à cause des houmrim du lieu d'où il est sorti.
💡 Explication

La michna, plus haut : celui qui mène des fruits de cheviit d'un lieu où l'espèce a cessé au champ vers un lieu où elle n'a pas cessé, ou l'inverse, doit faire le biour (retrait de la maison). Rabbi Yehouda dit : sors et apporte-t'en toi aussi.

La Guemara demande s'il tient la règle des houmrim des deux lieux. Rachi déplie sa phrase : les fruits du lieu ont cessé parce qu'ils y ont poussé ; les siens viennent d'un lieu encore permis, et l'autre peut aller en chercher la-bas. La question reste : la houmra du lieu s'impose même sans contestation visible, comme pour le travail à la veille de Pessa'h.

5
אָמַר רַב שִׁישָׁא בְּרֵיהּ דְּרַב אִידִי: מִילְּתָא אַחֲרִיתִי קָאָמַר רַבִּי יְהוּדָה, וְהָכִי קָאָמַר: אוֹ מִמָּקוֹם שֶׁלֹּא כָּלוּ לְמָקוֹם שֶׁלֹּא כָּלוּ, וְשָׁמַע שֶׁכָּלוּ בִּמְקוֹמוֹ — חַיָּיב לְבַעֵר. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: צֵא וְהָבֵא לְךָ אַף אַתָּה מֵהֵיכָא דְּאַיְיתִינְהוּ, וְהָא לָא כָּלוּ לְהוּ.

Rav Shisha, fils de Rav Idi, dit : Rabbi Yehouda parle d'une autre chose, et voici ce qu'il dit : ou bien d'un lieu où ils n'ont pas cessé vers un lieu où ils n'ont pas cessé, et il apprend qu'ils ont cessé dans son lieu, il est tenu de faire le biour. Rabbi Yehouda dit : sors et apporte-t'en toi aussi de l'endroit d'où je les ai apportés, et voici qu'ils n'ont pas cessé.

📜 Rachi (5)
הָכִי גָּרְסִינַן מִילְּתָא אַחֲרִיתִי קָאָמַר אוֹ מִמָּקוֹם שֶׁלֹּא כָּלוּ לְמָקוֹם שֶׁלֹּא כָּלוּ וְשָׁמַע שֶׁכָּלוּ בִּמְקוֹמָן חַיָּיב לְבַעֵר וְר' יְהוּדָה אוֹמֵר צֵא וְהָבֵא לְךָ אַף אַתָּה מֵהֵיכָא דְּאַיְיתִינְהוּ וְהָא לָא כָּלוּ:
Voici comment on lit. Ou bien d'un lieu où ils n'ont pas cessé vers un lieu où ils n'ont pas cessé, et il apprend qu'ils ont cessé dans leur lieu : il est tenu de faire le biour. Et Rabbi Yehouda dit : sors et apporte-t'en toi aussi de l'endroit d'où je les ai apportés, et voici qu'ils n'ont pas cessé.
מִילְּתָא אַחֲרִיתִי קָאָמַר תַּנָּא קַמָּא:
Le premier tanna.
וְשָׁמַע שֶׁכָּלוּ בִּמְקוֹמָן חַיָּיב לְבַעֵר ואע"ג דְּאֵין כָּאן חֻומְרֵי מָקוֹם שֶׁיָּצָא מִשָּׁם שֶׁבְּשָׁעָה שֶׁיָּצָא עֲדַיִין לֹא הָיוּ נוֹהֲגִין בָּהֶן חוּמְרָא:
Même s'il n'y a pas ici les houmrim du lieu d'où il est sorti, car au moment où il est sorti on n'y pratiquait pas encore de houmra.
ר' יְהוּדָה אוֹמֵר צֵא יָכוֹל זֶה לוֹמַר לִבְנֵי מְקוֹמוֹ שֶׁיָּצָא מִשָּׁם אֵינִי מְשַׁנֶּה מִמִּנְהַגְכֶם דְּהָא הוֹלַכְתִּים לְמָקוֹם שֶׁלֹּא כֻּלּוֹ וְצֵא וְהַבָּא לְךָ מִשָּׁם וְתוּכַל לִמְצוֹא הַרְבֵּה:
Celui-ci peut dire aux gens du lieu d'où il est sorti : je ne change pas votre coutume, car je les ai portés vers un lieu où ils n'ont pas cessé. Sors et apporte-t'en de là, et tu pourras en trouver beaucoup.
לְחוּמְרָא אֲמָרָהּ ר' יְהוּדָה הָכִי הֲוָה גְּמִיר לָהּ ר"א מֵרַבֵּיהּ דְּרַבִּי יְהוּדָה אָמַר לְחוּמְרָא:
Voici ce que Rabbi Elazar tenait de son maître : Rabbi Yehouda a parlé dans le sens de la houmra.
🗂️ Tossefot (1)
מִמָּקוֹם שֶׁכָּלוּ לִמְקוֹם שֶׁלֹּא כָּלוּ חַיָּיב לְבַעֵר תֵּימַהּ לר"י וַהֲלֹא אָסוּר לְשַׁנּוֹת מִפְּנֵי הַמַּחֲלֹוקֶת אֲפִילּוּ לְקֻולָּא כִּדְאָמַר לְעֵיל אֵין בָּזֶה מִפְּנֵי שִׁינּוּי הַמַּחֲלֹוקֶת דְּמֵימָר אָמְרִי כַּמָּה בַּטְלָנֵי אִיכָּא בְּשׁוּקָא הָא אִי לָאו הַאי טַעְמָא הֲוָה אָסוּר לְשַׁנּוֹת מִפְּנֵי הַמַּחֲלֹוקֶת וּמִיהוּ יֵשׁ לוֹמַר אִי מִדְּאוֹרַיְיתָּא חַייָּב לְבַעֵר מִשּׁוּם מַחֲלֹוקֶת לֹא יַעֲבֹור עַל דִבְרֵי תוֹרָה וְעוֹד אור"י דְּלָא שַׁיָּיךְ מַחֲלֹוקֶת אֶלָּא בְּדָבָר שֶׁתָּלוּי בְּגוּף הָאָדָם אֲבָל בְּפֵירוֹת לֹא שַׁיָּיךְ מַחֲלֹוקֶת דְּאָמְרִינַן מִמָּקוֹם שֶׁכָּלוּ בָּאוּ:
Étonnement du Ri : il est interdit de changer à cause de la mahloket, même vers la kola (lénience), comme on a dit plus haut : il n'y a pas en ceci de changement qui entraîne la contestation, car on dit : combien d'oisifs y a-t-il au marché. Voici que, sans cette raison, il serait interdit de changer à cause de la mahloket. On peut toutefois répondre : si, de la Torah, il est tenu de faire le biour, à cause de la mahloket il ne passera pas sur les paroles de la Torah. Et le Ri dit encore : la mahloket ne porte que sur une chose qui dépend du corps de l'homme. Pour des fruits, elle ne porte pas, car on dit : ils viennent d'un lieu où ils ont cessé.
💡 Explication

Rav Shisha sort Rabbi Yehouda du cas de la michna. Les deux lieux sont encore pourvus au champ. Ensuite, le voyageur apprend que son lieu d'origine a cessé. Le premier tanna impose le biour. Rabbi Yehouda le dispense : là où il est, l'espèce n'a pas cessé, et les gens d'origine peuvent aller en chercher.

Rachi note que, au départ, la houmra du lieu n'existait pas encore. La glose suivante prépare la suite : Rabbi Elazar a reçu que Rabbi Yehouda ne parle qu'en houmra.

Tossefot, sur le cas où l'on doit retirer des fruits dans un lieu qui en mange encore. S'abstenir est un écart. Plus haut, s'abstenir de travailler ne passe que parce qu'on y voit un oisif. Réponse : un biour de-oraita passe avant la crainte de la contestation. Autre réponse du Ri : la mahloket vise l'acte de l'homme. Pour des fruits, on dit qu'ils viennent d'un lieu où l'espèce a cessé.

6
לְמֵימְרָא דְּרַבִּי יְהוּדָה לְקֻולָּא קָאָמַר? וְהָאָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: לֹא אָמַר רַבִּי יְהוּדָה אֶלָּא לְחֻומְרָא! אֶלָּא אִיפּוּךְ — אֵינוֹ חַייָּב לְבַעֵר, רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: צֵא וְהָבֵא לְךָ אַף אַתָּה מֵהֵיכָא דְּאַיְיתִינְהוּ, וְהָא כָּלוּ לְהוּ.

Est-ce à dire que Rabbi Yehouda parle dans le sens de la kola ? Or Rabbi Elazar a dit : Rabbi Yehouda n'a parlé que dans le sens de la houmra !

Inverse donc : il n'est pas tenu de faire le biour. Rabbi Yehouda dit : sors et apporte-t'en toi aussi de l'endroit d'où je les ai apportés, et voici qu'ils ont cessé.

📜 Rachi (1)
אֶלָּא אִיפּוּךְ תּוֹסֶפֶת זוֹ שֶׁהוֹסַפְנוּ עַל הַמִּשְׁנָה וְאֵימָא אוֹ מִמָּקוֹם שֶׁלֹּא כָּלוּ לְמָקוֹם שֶׁלֹּא כָּלוּ וְשָׁמַע שֶׁכָּלוּ בִּמְקוֹמָן אֵינוֹ חַיָּיב לְבַעֵר דְּאֵין כָּאן מִשּׁוּם חֻומְרֵי מָקוֹם שֶׁיָּצָא מִשָּׁם שֶׁכְּשֶׁהוֹצִיאָם עֲדַייִן לֹא נֶאֶסְרוּ ר' יְהוּדָה אוֹמֵר יֵשׁ כָּאן זִילְזוּל מְקוֹמוֹ דְּאָמְרִי לֵיהּ בְּנֵי מְקוֹמוֹ הָרִאשׁוֹן צֵא וְהָבֵא לְךָ מֵהֵיכָא דְּאַיְיתִינְהוּ מִמָּקוֹם שֶׁהֲבֵאתָם וְתִמְצָא שֶׁכְּבָר כֻּלּוֹ:
Cet ajout que nous avons mis sur la michna, et lis ainsi : ou bien d'un lieu où ils n'ont pas cessé vers un lieu où ils n'ont pas cessé, et il apprend qu'ils ont cessé dans leur lieu, il n'est pas tenu de faire le biour, car il n'y a pas ici les houmrim du lieu d'où il est sorti, puisque, quand il les a sortis, ils n'étaient pas encore interdits. Rabbi Yehouda dit : il y a ici un mépris de son lieu, car les gens de son premier lieu lui disent : sors et apporte-t'en de l'endroit d'où tu les as apportés, du lieu d'où tu les as apportés, et tu trouveras qu'ils ont déjà cessé.
💡 Explication

La lecture de Rav Shisha met Rabbi Yehouda du côté de la kola. Rabbi Elazar a transmis l'inverse : Rabbi Yehouda ne parle qu'en houmra. On renverse donc les rôles dans le même cas.

Le premier tanna dispense du biour : au moment du départ, les fruits n'étaient pas interdits. Rabbi Yehouda oblige : garder ces fruits alors que le lieu d'origine a cessé est un mépris de ce lieu. Qu'on aille en chercher la où il les a pris : on verra qu'ils ont cessé.

7
אַבַּיֵּי אָמַר: לְעוֹלָם כִּדְקָתָנֵי, וְהָכִי קָאָמַר: אוֹ מִמָּקוֹם שֶׁלֹּא כָּלוּ לְמָקוֹם שֶׁכָּלוּ, וְהֶחְזִירָן לִמְקוֹמָן וַעֲדַיִין לֹא כָּלוּ — אֵינוֹ חַייָּב לְבַעֵר, רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: צֵא וְהָבֵא לְךָ אַף אַתָּה מֵהֵיכָא דְּאַיְיתִינְהוּ, וְהָא כָּלוּ לְהוּ.

Abaye dit : en réalité, comme le texte l'enseigne, et voici ce qu'il dit : ou bien d'un lieu où ils n'ont pas cessé vers un lieu où ils ont cessé, il les a ramenés à leur lieu, et ils n'ont toujours pas cessé : il n'est pas tenu de faire le biour. Rabbi Yehouda dit : sors et apporte-t'en toi aussi de l'endroit d'où je les ai apportés, et voici qu'ils ont cessé.

📜 Rachi (2)
לְעוֹלָם כִּדְקָתָנֵי דְּלָא אַייְּרִי מַתְנִיתִין בְּמֵבִיא מִמְּקוֹמוֹ לְמָקוֹם הַשָּׁוֶה לוֹ אֶלָּא לְמָקוֹם שֶׁאֵין שָׁוֶה לוֹ:
La michna ne parle pas de celui qui apporte de son lieu vers un lieu qui lui est égal, mais vers un lieu qui ne lui est pas égal.
וְהָכִי קָאָמַר מַתְנִיתִין הַמּוֹלִיךְ פֵּירוֹת שְׁבִיעִית מִמָּקוֹם שֶׁכָּלוּ לִמְקוֹם שֶׁלֹּא כָּלוּ אוֹ מִמָּקוֹם שֶׁלֹּא כָּלוּ לְמָקוֹם שֶׁכָּלוּ חַיָּיב לְבַעֵר הֶחֱזִירָן לִמְקוֹמָן וַעֲדַיִין לֹא כָּלוּ אֵינוֹ חַייָּב לְבַעֵר וְרַבִּי יְהוּדָה מַחְמִיר דְּאָמְרִינַן לֵיהּ צֵא וְהָבֵא לְךָ אַף אַתָּה מֵהֵיכָא דְּאַיְיתִינְהוּ הַשְׁתָּא וְהָא כָּלוּ לְהוּ:
La michna : celui qui transporte des fruits de cheviit d'un lieu où ils ont cessé vers un lieu où ils n'ont pas cessé, ou d'un lieu où ils n'ont pas cessé vers un lieu où ils ont cessé, est tenu de faire le biour. S'il les a ramenés à leur lieu et qu'ils n'ont toujours pas cessé, il n'est pas tenu de faire le biour. Et Rabbi Yehouda est stringent, car on lui dit : sors et apporte-t'en toi aussi de l'endroit d'où tu les as apportés maintenant, et voici qu'ils ont cessé.
🗂️ Tossefot (1)
אַבָּיֵי אָמַר לְעוֹלָם כִּדְקָתָנֵי לִדְבָרָיו אֵין חָסֵר כְּלוּם מִן הַמִּשְׁנָה דְּרַבִּי יְהוּדָה אַדִּיּוּקָא דְּמַתְנִיתִין קָאֵי:
Selon lui, rien ne manque à la michna, car Rabbi Yehouda porte sur ce qui se déduit de la michna.
💡 Explication

Abaye garde le texte. On ne renverse pas les noms, et l'on n'ajoute pas un cas de deux lieux égaux. Le trajet va d'un lieu encore pourvu vers un lieu où l'espèce a cessé, puis les fruits reviennent au premier, où elle n'a toujours pas cessé.

Le premier tanna dispense du biour. Rabbi Yehouda l'impose, en houmra : va en chercher à l'endroit d'où tu viens de les ramener, et là, c'est cessé. Tossefot : cette phrase de Rabbi Yehouda s'appuie sur une déduction de la michna. Le texte reste entier.

🖼️ Schéma
Abaye : l'aller et le retour des fruits Lieu A Pas encore cessé On part d'ici vers Lieu B Déjà cessé On y passe retour Lieu A Toujours pas cessé Tanna kamma : pas de biour Les fruits sont revenus en A Rabbi Yehouda : biour Va en chercher la où tu viens : B a cessé
Aller vers un lieu où c'est cessé, puis retour. Tanna kamma dispense. Rabbi Yehouda oblige.
8
מַתְקִיף לַהּ רַב אַשִּׁי: לְרַבִּי יְהוּדָה אַטּוּ אַגַּבָּא דְחַמְרָא קַלְטִינְהוּ?! אֶלָּא אָמַר רַב אָשֵׁי: בִּפְלֻוגְתָּא דְּהָנֵי תַּנָּאֵי, דִּתְנַן: הַכּוֹבֵשׁ שְׁלֹשָׁה כְּבָשִׁין בְּחָבִית אַחַת, רַבִּי אֶלְעָזָר אוֹמֵר: אוֹכְלִין עַל הָרִאשׁוֹן.

Rav Ashi lui objecte : selon Rabbi Yehouda, le dos de l'âne les aurait-il donc absorbés ?! Rav Ashi dit alors : c'est dans la discussion de ces tannaïm, car nous avons appris : celui qui conserve trois conserves dans une seule jarre, Rabbi Elazar dit : on mange d'après la première.

📜 Rachi (4)
גַּבָּא דְּחַמְרָא קַלְטִינְהוּ גַּבּוֹ שֶׁל חֲמוֹר שֶׁהִכְנִיסָן לְתוֹךְ אוֹתוֹ מָקוֹם הַחֲמוֹר קְלָטָן בְּחוּמְרֵי אוֹתוֹ מָקוֹם שֶׁלֹּא יוּכַל לְהַחֲזִירָן עוֹד הָא לֹא גָּדְלוּ שָׁם וְאֵינוֹ אוֹכְלָן שָׁם:
Le dos de l'âne qui les a fait entrer dans ce lieu : l'âne les aurait-il absorbés avec les houmrim de ce lieu, au point qu'on ne pourrait plus les ramener ? Or ils n'y ont pas poussé, et il ne les mange pas là.
הַכּוֹבֵשׁ שְׁלֹשָׁה כְּבָשִׂים שְׁלֹשָׁה מִינֵי יָרָק בְּחָבִית אַחַת שֶׁל חֹומֶץ אוֹ שֶׁל צִיר כְּדֵי לְהִתְקַיֵּים:
Trois sortes de légume, dans une seule jarre de vinaigre ou de saumure, pour qu'ils se conservent.
אוֹכְלִין מִשְּׁלָשְׁתָּן:
Des trois.
עַל הָרִאשׁוֹן עַל סְמַךְ הָרִאשׁוֹן הַמְמַהֵר לִהְיוֹת כָּלָה לַחַיָּה מִן הַשָּׂדֶה דְּמִשָּׁעָה שֶׁיִּכְלֶה אֶחָד מֵהֶן מִן הַשָּׂדֶה שְׁלָשְׁתָּן אֲסוּרִין דְּכִבְשַׁיְיהוּ מְשַׁוֵּי לְהוּ כְּחַד:
En se fondant sur le premier, le plus prompt à cesser pour la bête sauvage dans le champ. Dès qu'un d'eux cesse dans le champ, les trois sont interdits, car leur conservation les rend comme un seul.
🗂️ Tossefot (1)
הַכּוֹבֵשׁ שְׁלֹשָׁה כְּבָשִׂים כְּגוֹן לֶפֶת וּבָצָל וְקַפְלוֹט שֶׁאֵין בִּיעוּרָן שָׁוֶה רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר אוֹכְלִין עַל הָרִאשׁוֹן שֶׁטַּעְמוֹ אוֹסֵר כֻּולָּם וְלָא חֲשִׁיב כִּמְבֹועָר אַךְ לְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ תֵּימַהּ לר"י אֵיךְ מֻותָּר גּוּף אוֹתָם שֶׁכָּלוּ וְאוֹמֵר רַבֵּינוּ תָּם דִּבְתוֹרַת כֹּהֲנִים בְּפָרָשַׁת בְּהַר סִינַי פְּלִיגִי בִּקְרָאֵי דְּתַנְיָא מִן הַשָּׂדֶה תֹּאכְלוּ אֶת תְּבוּאָתָהּ כָּל זְמַן שֶׁאַתָּה אוֹכֵל מִן הַשָּׂדֶה אַתָּה אוֹכֵל מִן הַבַּיִת וְכוּ' מִכָּאן אָמְרוּ חֲכָמִים הַכּוֹבֵשׁ שְׁלֹשָׁה כְּבָשִׂים בְּחָבִית רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר כֵּיוָן שֶׁכָּלָה אֶחָד מִן הַשָּׂדֶה יְבַעֵר הַכֹּל מִן הַבַּיִת וְהַייְנוּ אוֹכְלִין עַל הָרִאשׁוֹן דְּבִשְׁמַעְתִּין וְאִם תֹּאמַר לְר' אֱלִיעֶזֶר לִישְׁתּוֹק קְרָא מִינֵּיהּ דְּנָפְקָא לָן מִוְּלִבַּהְמְתֶךָ וְי"ל דְּסָבַר ר' אֱלִיעֶזֶר דְּאִי לָאו הַאי קְרָא הֵ"א דְּאוֹתוֹ הַמִּין דַּוְקָא יְבַעֵר וְלֹא יוֹתֵר אע"פ שֶׁטַּעַם הָאִיסּוּר מְעֹורָב בָּהֶן דְּלָא דָּמֵי אִיסּוּר דְּבִיעוּר לִשְׁאָר אִיסּוּרִים דְּהָא שָׁרִי לַעֲנִיִּים וְהֵ"א דְּנִיחְשְׁבֵיהּ כִּמְבֹועָר כֵּיוָן שֶׁאֵין כָּאן אֶלָּא הַטַּעַם וְר' יְהוֹשֻׁעַ סָבַר דְּוַדַּאי הַטַּעַם חֲשִׁיב כִּמְבֹועָר וְהַאי קְרָא אָתֵי לְהַתִּיר אַף גּוּף אוֹתוֹ שֶׁכָּלָה הוֹאִיל וּמְעֹורָב בָּהֶן הַטַּעַם הַמֻּותָּרִין וּמִן הַשָּׂדֶה מַשְׁמַע לֵיהּ מִן דָּבָר שֶׁמִּקְצָת הַטַּעַם מִמֶּנּוּ בַּשָּׂדֶה תֹּאכֵלוּ אַף הָאִיסּוּר שֶׁעִמּוֹ וְרַבָּן גַּמְלִיאֵל סָבַר מַמָּשׁוּת שֶׁל כָּל אֶחָד שֶׁכָּלָה מִן הַשָּׂדֶה אָסוּר אֲבָל הַטַּעַם הוּא כִּמְבֹועָר וּבִמְגִילַּת סְתָרִים דְּרַבֵּינוּ נִסִּים פֵּירֵשׁ דְּרִאשׁוֹן הַיְינוּ שֶׁנִּיתַּן רִאשׁוֹן בְּכָבוּשׁ וְאַחֲרוֹן שֶׁנִּיתַּן אַחֲרוֹן בְּכָבוּשׁ וְהָכִי אָמְרִינַן בִּירוּשַׁלְמִי מַה טַעַם דְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר הָרִאשׁוֹן נוֹתֵן טַעַם בָּאַחֲרוֹן הִלְכָּךְ אִם כָּלָה מִן הַשָּׂדֶה אוֹתוֹ שֶׁכָּבַשׁ רִאשׁוֹן אוֹסֵר הַכֹּל אֲבָל הָאַחֲרוֹן אֵינוֹ נוֹתֵן טַעַם בָּרִאשׁוֹן וְאִם כָּלָה מִין הָאַחֲרוֹן מִן הַשָּׂדֶה אֵינוֹ אוֹסֵר אוֹתָם שֶׁנִּכְבְּשׁוּ קֹודֶם וְטַעַם דְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ אַחֲרוֹן נוֹתֵן טַעַם בָּרִאשׁוֹן פִּי' אַף הָאַחֲרוֹן כִּדְאָמַר הָכָא אַף עַל הָאַחֲרוֹן וְקָסָבַר ר' יְהוֹשֻׁעַ דְּמִיָּד כְּשֶׁכָּלָה אֶחָד מֵהַמִּינִים הָאַחֲרוֹן אוֹ הָרִאשׁוֹן אוֹ הָאֶמְצָעִי כֻּולָּן אֲסוּרִין דְּנוֹתֵן טַעַם זֶה בָּזֶה וְרַבִּי יְהוּדָה דְּמַתְנִיתִין לְחוּמְרָא כְּוָותֵיהּ וְרַבָּן גַּמְלִיאֵל סָבַר כִּדְפָרֵישִׁית דְּהַגּוּף שֶׁכָּלָה אָסוּר וְהַטַּעַם הָוֵי כִּמְבֹועָר:
Par exemple le navet, l'oignon et le poireau, dont le biour n'est pas le même. Rabbi Eliezer dit : on mange d'après le premier, car son goût interdit tous les autres, et on ne le tient pas pour déjà retiré. Mais pour Rabbi Yehochoua, le Ri s'étonne : comment la substance même de ceux qui ont cessé serait-elle permise ? Rabbeinou Tam dit que, dans le Torat Cohanim, à la section Behar Sinaï, ils discutent sur les versets. On enseigne : "Du champ vous mangerez sa récolte." Tant que tu manges du champ, tu manges de la maison, etc. De là, les Sages ont dit : celui qui conserve trois conserves dans une jarre. Rabbi Eliezer dit : dès qu'un a cessé dans le champ, qu'on retire tout de la maison. Et c'est bien "on mange d'après le premier" de notre sugya. Et si tu dis : selon Rabbi Eliezer, que le verset se taise à ce sujet, puisque nous le tirons de "et pour ton bétail" (ou-livhematekha). On peut répondre : Rabbi Eliezer tient que, sans ce verset, on aurait dit que seule cette espèce doit être retirée, et rien de plus, même si le goût de l'interdit est mêlé à elles. Car l'interdit du biour ne ressemble pas aux autres interdits, puisqu'il est permis aux pauvres. Et on aurait dit qu'on le tient pour déjà retiré, puisqu'il n'y a ici que le goût. Rabbi Yehochoua tient que, certes, le goût est tenu pour déjà retiré, et ce verset vient permettre même la substance de ce qui a cessé, puisque les goûts permis y sont mêlés. Et "du champ" signifie pour lui : d'une chose dont une part du goût est encore au champ, vous mangerez même l'interdit qui l'accompagne. Rabban Gamliel tient : la substance de chacun qui a cessé dans le champ est interdite, mais le goût est comme déjà retiré. Et dans la Meguilat Setarim de Rabbeinou Nissim, il explique que le premier est celui qu'on a mis le premier dans la conserve, et le dernier celui qu'on a mis le dernier. Et ainsi nous disons dans le Yerushalmi : quelle est la raison de Rabbi Eliezer ? Le premier donne son goût au dernier. Donc, si celui qu'on a conservé le premier cesse dans le champ, il interdit tout. Mais le dernier ne donne pas son goût au premier, et si l'espèce du dernier cesse dans le champ, elle n'interdit pas ceux qui ont été conservés avant. Et la raison de Rabbi Yehochoua : le dernier donne son goût au premier, c'est-à-dire même le dernier, comme on dit ici "même d'après le dernier". Et Rabbi Yehochoua tient que, dès qu'une des espèces cesse, la dernière ou la première ou celle du milieu, toutes sont interdites, car chacune donne son goût à l'autre. Et Rabbi Yehouda de notre michna, dans le sens de la houmra, est comme lui. Et Rabban Gamliel tient comme je l'ai expliqué : la substance qui a cessé est interdite, et le goût est comme déjà retiré.
💡 Explication

Rav Ashi écarte Abaye. Le passage sur le dos de l'âne, dans un lieu où l'espèce a cessé, ne fait pas prendre aux fruits la houmra de ce lieu. Ils n'y ont pas poussé, et on ne les mange pas là.

Il rapproche une michna de Cheviit. Trois légumes confits dans une jarre, aux dates de biour différentes. Rabbi Elazar : on mange les trois d'après le premier, celui qui cesse le plus tôt. Dès qu'il cesse au champ, les trois sont interdits : la conserve en fait un seul.

Tossefot donnent deux lectures. Rabbeinou Tam suit l'ordre de cessation au champ, à partir du verset. Rabbeinou Nissim, d'après le Yerushalmi, suit l'ordre dans la jarre : le premier donne son goût au dernier. Dans cette lecture, des qu'une espèce cesse, Rabbi Yehochoua interdit tout, et Rabbi Yehouda de la michna le suit en houmra.

🖼️ Schéma
Tossefot : deux lectures des trois conserves Rabbeinou Tam Ordre de cessation au champ Eliezer : un cesse, on retire tout de la maison Yehochoua : le goût compte comme déjà retiré Le verset permet la substance mêlée à un goût permis Gamliel : la substance cessée est interdite Le goût, lui, est comme retiré Verset : du champ, tant qu'on y mange Rabbeinou Nissim Ordre dans la jarre. Yerushalmi Premier : mis le premier Dernier : mis le dernier Eliezer : le premier donne son goût au dernier S'il cesse, tout est interdit Le dernier ne remonte pas Yehochoua : chacun donne son goût à l'autre Une espèce cesse : toutes interdites R. Yehouda, en houmra, comme lui
Rabbeinou Tam : ordre au champ. Rabbeinou Nissim : ordre dans la jarre.
9
רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ אוֹמֵר: אַף עַל הָאַחֲרוֹן. רַבָּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר: כָּל שֶׁכָּלָה מִינוֹ מִן הַשָּׂדֶה — יְבַעֵר מִינוֹ מִן הֶחָבִית, וַהֲלָכָה כִּדְבָרָיו.

Rabbi Yehochoua dit : même d'après la dernière. Rabban Gamliel dit : toute espèce qui a cessé dans le champ, qu'on retire son espèce de la jarre.

Et la halakha est selon ses paroles.

📜 Rachi (1)
אַף עַל הָאַחֲרוֹן עַל סְמַךְ מִין הַכַּלָּה אַחֲרוֹן וְאוֹכֵל מִשְּׁלָשְׁתָּן ואע"פ שֶׁמִּין הַשְּׁנַיִם כָּלֶה לַחַיָּה כְּבָר וְתַנָּא דְּמַתְנִי' וְר' יְהוּדָה בְּהָא פְּלִיגִי דְּתַנָּא קַמָּא סָבַר לַהּ כְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ דְּמֵיקֵל וְהָכִי מִישְׁתַּמְעָא לְמִילְּתֵיהּ מִמָּקוֹם שֶׁלֹּא כָּלוּ לְמָקוֹם שֶׁכָּלוּ כֻּולָּן חַייָּב לְבַעֵר אֲבָל כָּלוּ מִקְצָתָן אוֹכֵל אַף מִמִּין הַכַּלָּה כְּר' יְהוֹשֻׁעַ דְּאוֹכְלִין אַף עַל הָאַחֲרוֹן ר' יְהוּדָה אוֹמֵר צֵא וְהָבֵא לְךָ אַף אַתָּה מֵאוֹתוֹ הַמִּין מִן הַשָּׂדֶה וַהֲרֵי לֹא תִּמְצָא בַּשָּׂדֶה וְאָסוּר כְּרַבָּן גַּמְלִיאֵל:
En se fondant sur l'espèce qui cesse la dernière, et il mange des trois, même si l'espèce des deux a déjà cessé pour la bête sauvage. Le tanna de notre michna et Rabbi Yehouda discutent sur ce point. Le premier tanna tient comme Rabbi Yehochoua, qui allège. Et voici comment s'entend sa parole : d'un lieu où ils n'ont pas cessé vers un lieu où ils ont cessé, s'ils ont tous cessé, il est tenu de faire le biour ; mais si une partie d'entre eux a cessé, il mange même de l'espèce qui a cessé, comme Rabbi Yehochoua, car on mange même d'après la dernière. Rabbi Yehouda dit : sors et apporte-t'en toi aussi de cette espèce, du champ, et voici que tu n'en trouveras pas dans le champ, et c'est interdit, comme Rabban Gamliel.
💡 Explication

Rabbi Yehochoua prolonge jusqu'à la dernière espèce : tant qu'elle est au champ, on mange les trois. Rabban Gamliel sépare : on retire de la jarre l'espèce qui a cessé, et l'on garde les autres. La halakha suit Rabban Gamliel.

Rachi relie cela à notre michna. Le premier tanna suit Rabbi Yehochoua : si une partie seulement à cessé, on mange encore l'espèce cessée. Rabbi Yehouda suit Rabban Gamliel : cette espèce, on ne la trouve plus au champ, elle est à retirer.

10
רָבִינָא אָמַר: בִּפְלֻוגְתָּא דְּהָנֵי תַּנָּאֵי, דִּתְנַן: אוֹכְלִין בִּתְמָרִין עַד שֶׁיִּכְלֶה הָאַחֲרוֹן שֶׁבְּצֹועַר. רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר:

Ravina dit : c'est dans la discussion de ces tannaïm, car nous avons appris : on mange des dattes jusqu'à ce que cesse la dernière de Tsoar. Rabban Shimon ben Gamliel dit :

📜 Rachi (1)
אוֹכְלִין בִּתְמָרִים בְּכָל אֶרֶץ יְהוּדָה עַד שֶׁיִּכְלֶה דֶּקֶל הָאַחֲרוֹן שֶׁבְּצוֹעַר שֶׁהִיא עִיר הַתְּמָרִים וּתְנַן לְקַמָּן שָׁלֹשׁ אֲרָצוֹת לְבִיעוּר שֶׁאֵין בְּנֵי יְהוּדָה אוֹכְלִין מִשֶּׁכָּלוּ בְּכָל אֶרֶץ יְהוּדָה ואע"פ שֶׁלֹּא כָּלוּ בַּגָּלִיל אֲבָל אוֹכְלִין הֵן בִּיהוּדָה וַאֲפִילּוּ בַּמָּקוֹם שֶׁכָּלָה עַד שֶׁיִּכְלֶה מָקוֹם אַחֲרוֹן שֶׁבְּכָל אֶרֶץ יְהוּדָה לְפִי שֶׁחַיָּה כְּשֶׁאֵינָהּ מוֹצֵאת כָּאן הוֹלֶכֶת לְמָקוֹם אַחֵר וְהִיא מִתְפַּרְנֶסֶת שָׁם וְרַחֲמָנָא תָּלָה בָּהּ כְּדִלְקַמָּן:
Dans tout le pays de Yehouda, jusqu'à ce que cesse le dernier palmier de Tsoar, qui est la ville des dattes. Et nous avons appris plus loin : trois pays pour le biour. Les gens de Yehouda ne mangent plus dès que cela a cessé dans tout le pays de Yehouda, même si cela n'a pas cessé en Galilée. Mais on en mange en Yehouda, même dans un lieu où cela a cessé, jusqu'à ce que cesse le dernier lieu de tout le pays de Yehouda. Car la bête sauvage, quand elle ne trouve pas ici, va dans un autre lieu et s'y nourrit. Et Hachem a fait dépendre la permission d'elle, comme plus loin.
💡 Explication

Ravina propose un autre rapprochement. En Yehouda, on mange des dattes jusqu'au dernier palmier de Tsoar, au sud. Le biour suit le pays, pas le champ du voisin.

Rachi : trois pays pour le biour. Tant qu'il reste des dattes quelque part en Yehouda, on en mange dans tout Yehouda, même là où l'arbre local a fini. La bête se déplace dans le pays, et la Torah fait dépendre d'elle le droit de manger à la maison. La Galilée, autre pays, ne prolonge pas ce droit. Rabban Shimon ben Gamliel répond sur 52b.

🖼️ Schéma
Dattes : le dernier lieu du pays Yehouda On mange jusqu'au dernier palmier Tsoar, ville des dattes Même endroit local où c'est déjà cessé La bête va ailleurs dans le même pays Galilée Autre pays Elle ne prolonge pas le manger en Yehouda
Yehouda jusqu'à Tsoar. La Galilée est un autre pays pour le biour.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).